De la sémantique, perspective cavalière
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207. Hypothèses
Je n'ai guère commenté les passages cités de Brunot, et c'est en grande partie parce que je me réservais pour le second passage, mais je dois quand même signaler que l'un des pivots de son système de relation est en réalité quelque chose qui me paraît assez faible, et je parle de la causalité. Je cite la remarque négative qu'il fait, à propos des éventuelles et des conditionnelles (l'exemple est a contrario).
« π si vous partez, je ne vous accompagnerai pas, je ne puis pas quitter Paris. Elle indique purement et simplement ce qui se produira, dans un cas donné, dans une éventualité. Si le départ du sujet A a lieu, ce départ ne sera en rien la cause de la conduite du sujet B, ce n'est pas pour cela que celui-ci restera à Paris. Il n'y a pas de rapport de cause à effet. » Il l'oppose à la phrase précédente, qu'il donne en bon exemple de conditionnelle :
« π si vous partez, vous compromettez l'avenir de l'affaire est une phrase conditionnelle. La condition une fois remplie, le départ accompli, l'événement indiqué ensuite en résultera. C'est par ce départ que l'affaire sera compromise. Il y a entre la condition et l'événement un rapport de cause à effet, de fait à conséquence. » Vérifions : ℘ votre départ compromettrait l'affaire.
Reprenons : Je ne nie pas la présence de l'éventuelle, mais son exemple comporte également une conditionnelle, au moins implicitement, sous une forme plus ou moins causale : « ce n'est pas pour cela que celui-ci restera à Paris », dit Brunot, mais néanmoins c'est parce qu'il ne peut pas quitter Paris qu'il ne l'accompagne pas. Pour bien saisir ce que je cherche à montrer, il suffit de déplacer les signes A et B.
A π si vous partez ; B π je ne vous accompagnerai pas > A π je ne puis pas quitter Paris ; B π je ne vous accompagnerai pas.
Mais Brunot le reconnaît : « Tout fait peut être cause et avoir une conséquence ». Trop facilement peut-être. Sans doute en est-il de même avec l'hypothèse, dont la liste des moyens se résume à la juxtaposition (coordination, subordination) de deux propositions. Pour ce qui est de ce qu'il appelle les ligatures, ‘si’ est incontournable, comme il constitue le moyen de vérification par paraphrase [symbole ℘].
Aussi : ‘et’, ‘au cas que’, ‘en cas que’, ‘à supposer que’, ‘une supposition que’, ‘pour peu que’. Ligatures conditionnelles : : ‘à condition de/que’, ‘sous cette condition’, ‘à savoir que’, ‘à charge que’, ‘pourvu que’, ‘sans’, ‘faute de’, ‘sans que’, ‘si ce n'est que’ et ses variantes, ‘n'eut été que’, ‘soit que’, ‘ou que’.
Exceptions hypothétiques. ‘à moins de’, ‘à moins que’, ‘excepté que’, ‘hors que’, ‘sinon’, ‘sauf si’, ‘sauf à’ [℘ même si]. π il continuera de jouer, sauf à la rendre malheureuse
Un certain nombre de notions que présente Brunot sont difficiles à circonscrire, soit qu'il prenne ses exemples dans l'histoire de la langue, soit que le phénomène n'ait pas l'étendue qu'il lui souhaite. Je crois que je viens, par mimétisme, d'employer ce qu'il appelle la variable dans l'hypothèse, dont un bon exemple est : π si savant qu'il soit, il est resté court. Mais il n'est pas difficile d'y voir autre chose, c'est-à-dire une généralisation. On n'est même plus très sûr de se trouver en présence d'une hypothèse ou d'une conditionnelle : π quoi qu'il fasse, il est condamné.
Par généralisation, je voulais dire un jugement [de valeur] sous-jacent du type : « aucun homme n'a réponse à tout », mais en réalité, c'est probablement un argument ad hominem, car « rester court » et « être savant » ne sont ni contraires ni contradictoires. On pourrait parler de ma gigantesque poële T-Fal (dont le couvercle, j'en suis sûr, vient de Chine) et dire : π quelque pratique qu'elle soit, son poids la rend difficile à manier d'une seule main.
C'est probablement un inconvénient de la méthode employée. Il y a dans la conception de « la pensée dans la langue » que se faisait Brunot une forte dose d'exégèse, liée aux matériaux historiques qu'il a longtemps maniés et compulsés. C'est d'ailleurs pourquoi il est parfois difficile de retenir un exemple. Si l'on suppose que la langue moderne commence pour lui au XIXe siècle, pour bien faire, les exemples vraiment modernes seraient ceux qui ne sont pas signés, π où qu'on aille, tout est détruit. Il s'agit, précisément, selon lui d'une circonstance en fonction de variable.
La véritable curiosité philologique ou grammaticale devrait me porter vers Damourette et Pichon ou les Le Bidois, dont j'ai le tome 2 de la Syntaxe du français moderne. Ces derniers en particulier appuient leur étude sur les « fondements historiques et psychologiques » du français. On y trouve notamment les notions de Brunot, causalité, finalité, conséquence, opposition, hypothèse. On retrouve également chez les Le Bidois toute la terminologie de Brunot, comme « système » et « ligature ». D'ailleurs comme Brunot, ils se tournent vers Lafaye pour situer la cause.
N'est-ce pas s'acharner alors que les résultats ne sont pas à la hauteur du temps passé à les glaner ? Une petite expression anglaise me trotte dans la tête : « more of the same ». Ne devrais-je pas plutôt examiner ce que j'avais recueilli comme supplément à Az, la présentation alphabétique et chronologique de la théorie des opérations sémantiques ?
On est en droit de se demander quel était mon but dès que j'ai affirmé vouloir compléter l'arsenal (ou la panoplie) des modules sémiosyntactiques qui sont exploités dans l'application de la règle d'interprétation sémantique. À lire les grammairiens (et même les « modernes »), le locuteur n'est pas le seul qui soit condamné à la conjecture. Les Le Bidois sont pris sur le fait, apportant une correction à l'interprétation attractive modale que Brunot donnait de ce qui constitue tout de même une « faute » de Flaubert (dans sa correspondance, il est vrai) : « Quel est le critique qui lise le livre dont il ait à rendre compte ? ». Le Bidois et Le Bidois l'attribuent à l'incertitude d'un tel critique et proposent une paraphrase : π quel est le critique qui ait à rendre compte d'un livre, et qui le lise ?
Dois-je ? Certainement pas avec l'idée de reprendre Flaubert, mais ne suffisait-il pas d'écrire : π quel est le critique qui lise le livre dont il a à rendre compte ? Le glissement s'explique par l'imbrication. Schématiquement ou analytiquement, « le critique lit le livre + relative » > « le critique a » [≍{doit}] + « [le critique] rend compte du livre ».
Il est tout de même possible que cette marche forcée dans le maquis historique de la grammaire ait un un résultat que je n'escomptais pas, c'est-à-dire une révision de l'hypothèse même du module. Techniquement, en effet, celui-ci n'a pas changé depuis qu'il rendait compte de la transformation nominale, c'est-à-dire, π la construction de la maison ⇒ [X [construit] Y]. L'hypothèse sous-jacente en ce qui concerne les propositions multiples imbriquées est celle d'une reconnaissance d'un même schéma, greffé diversement sur les S, V et O du module fondamental.
Il ne semble pas raisonnable en effet de supposer chez le sujet interprète une analyse grammaticale apparentée à celle qu'inculque l'école. La capacité de « désimbriquer » est certainement aussi variable que celle qu'on rencontre chez le producteur procédant à l'imbrication (et s'égarant dans les ramifications de sa construction). L'hypothèse doit rester générale et ne peut pas supposer un appareil cognitivo-grammatical parfaitement rodé sans tomber dans le wishful thinking (l'irréalisme).
Note : c'est en vérifiant « irréalisme » dans le PRE que je suis tombé sur l'explication de l'irréel chez Brunot ; comme je ne suis pas latiniste, j'ignorais qu'en latin il s'oppose au potentiel : cf. π s'il avait eu à s'expliquer, il aurait protesté. Re-note, le PRE ne permet pas de distinguer une forme de l'autre : π [potentiel] s'il me payait, je m'en irais.
208. Parcimonie
Sans aller jusqu'à affirmer que le triangle est la seule figure géométrique qui retienne mon attention, je dois admettre que j'ai tendance à ramener à trois « points » certaines questions. Il est bon de rappeler la règle de parcimonie dans les deux cas qui nous occupent : les données accumulées dans les suppléments d'Az et la tentation de vérifier Brunot dans Le Bidois et Le Bidois.
On n'entendra pas le principe en question au sens que lui a donné Bertrand Russell et qui contraint à substituer aux entités inférées des constructions logiques ; ici, on se contente de la version d'Occam qui privilégie l'économie de moyens. C'est un excellent rappel, car entre la préparation des suppléments et leur consultation aujourd'hui, il s'est passé tant de choses que j'avais perdu de vue la relative exhaustivité des relevés faits à l'époque (au moins plus d'un an et demi la rédaction d'Az datant de 2007). Si j'avais commencé par y jeter un coup d'œil, j'aurais probablement abandonné ma randonnée grammaticale. Le tableau réalisé d'après Grevisse en fin de page 5 est assez complet, bien qu'il se limite aux propositions adjectives et circonstancielles. Il y manque sans doute des exemples et la variante de la représentation du module, [P [depuis que] P], le relateur étant représenté par [Pp[ℛ]Ps] ; le problème, général, des abréviations, tient aux termes ayant la même initiale (cf. pp = participe passé ⋁ présent ⋁ proposition principale).
D'un point de vue strictement sémantique (ou référentiel) il n'est pas sûr que le sujet qui interprète une chaîne linguistique s'encombre de notions analytiques comme ‘principale’ ou ‘subordonnée’. Pas plus d'ailleurs qu'il ne recourre à un terme comme gérondif. Le tableau auquel je renvoyais ci-dessus faisait déjà état des catégories propositionnelles utilisées par Brunot (causale, etc.). On y trouve un complément à la page d'avant, où sont présentées les conjonctions : page 4 des suppléments d'Az.
Juste au-dessus, on trouve également un supplément à l'article et au tableau des prépositions que j'ai déjà eu l'occasion de mentionner. La préposition (cf. le groupe prépositionnel) concerne essentiellement les rapports intrapropositionnels. La conjonction au contraire joint entre elles des propositions au lieu d'assurer la cohésion de syntagmes.
À l'époque de la compilation des suppléments, à l'exception des tableaux consacrés aux conjonctions et aux propositions de Grevisse, je ne crois avoir été préoccupé de la façon dont les propositions étaient successivement interprétées : je réunissais surtout des matériaux pour pouvoir m'y reporter le cas échéant. Ayant longtemps frayé avec une certaine sémiotique discursive et textuelle, je n'allais pas prétendre construire une sémantique de l'énoncé : il ne peut pas y en avoir. Ce qu'il y a, néanmoins, c'est l'obligation, dans une théorie des opérations sémantiques, de rendre compte de l'interprétation de « pans » de discours, que les grammaires nomment tantôt des syntagmes (ou groupes) et tantôt des propositions.
La syntaxe et dans une certaine mesure la sémantique peuvent montrer en quoi les uns et les autres sont ou peuvent être des transformations réciproques. La plus sémantique des transformations est naturellement la paraphrase et peut varier considérablement d'un sujet à l'autre selon ses connaissances tant sémantiques qu'encyclopédiques ou grammaticales. L'interprétation sémantique n'a d'autre objet que la compréhension du segment discursif, et celui-ci passe par la construction d'un référentiel ou, comme les appelle Brunot, d'un système.
Comme j'ai déjà discuté de la synthèse et de son rôle possible dans la compréhension, en m'inscrivant en faux contre ce que soutenait Frédéric Paulhan, je ne prétendrai pas aujourd'hui que tout locuteur ayant compris un énoncé possède de cet énoncé une image cohérente portative. Dans un tel cas, la lecture d'un roman est une tâche au-dessus des forces de l'individu moyen. Si vous me proposez le télescopage plutôt que la synthèse, je me montrerai moins catégorique, et si vous me proposez un délestage périodique, je me montrerai plus réceptif encore.
Suis-je en train de prêcher contre ma paroisse ? Probablement. Mais seuls les tenants de la Raison croient que la cognition est un ensemble de processus logiques ou raisonnables. Disons que si l'interprétation de Px doit passer par un découpage en deux segments plus courts (ou en transformation équivalente), on ne peut guère préjuger de ce qui en restera quelques heures ou quelques jours plus tard.
Px Il est parti en claquant la porte
1) il a claqué la porte 2) il est parti 3) les deux actes et les deux sujets coïncident (avec un léger décalage sinon il court le risque 1) de se faire mal et 2) de ne pas pouvoir sortir). Note : ici je ne m'attacherai qu'à la modularisation nécessaire de la compréhension. [N[V]pasN] et [N[auxV]pas]. N = Pro. Dans un discours, ‘il’ [hormis dans les formes paramétiques, cf. il est faux de Sg, il est vrai que P, etc] désigne quelqu'un ou quelque chose. Prenons un exemple non fabriqué (c'est-à-dire fabriqué par quelqu'un d'autre, ici Musset, exploité par Grevisse) : π Mx je vois rêver Platon et penser Aristote (Px = π = phrase-exemple). [Sg = syntagme.]
Découpage (supposé) : je vois quelque chose ou je vois P (P = P1 et P2) ; Platon rêve ; Aristote pense. P1 et P2 correspondent à [N[V]]. L'ensemble correspondrait à [N[V][O[N[V]]ℛ[N[V]]]].
Accessoirement, dans la phase signification, l'interprète peut se demander pourquoi Platon n'a pas droit à la pensée, en dehors de toute considération stylistique. La représentation d'ensemble ne préjuge pas du déroulement réel de l'interprétation, pas plus que de l'ordre Vinf+N ou N+V. Pour prendre un exemple plus simple, mais du même tonneau : π je regarde tomber la pluie > [N[V]O] O ⇒ [N[V]] ; soit « je regarde la pluie qui tombe », « je regarde la pluie tomber ».
Mon exemple, comme celui de Musset, appartient, selon Le Bidois et Le Bidois, aux « verbes de perception », qui regroupent entre autres : regarder, voir, écouter, entendre, sentir. Ils sont très souvent suivis de la proposition infinitive. Nos grammairiens voient une nuance de sens différente entre les deux derniers π je l'ai vu qui entrait, je l'ai vu entrant, j'ai vu qu'il entrait. Naturellement le principe du contexte s'applique ici (avec les propositions) comme il s'applique avec les mots : A ∁ _B ⊢ {x}, mais les exemples des grammaires sont rarement assez copieux pour permettre de trancher.
Voici toujours un exemple de Le Bidois et Le Bidois, π Monsieur Lheureux la rencontra qui sortait de chez elle > ℘ Monsieur Lheureux la rencontra sortant de chez elle. Sans m'ériger en censeur, n'y a-t-il pas une ambiguïté dans la paraphrase qu'ils proposent ? Le Graal en vaut toujours la peine : la phrase exacte semble être « Un jour, pourtant, M. Lheureux la rencontra qui sortait de l'Hôtel de Bourgogne au bras de Léon ; et elle eut peur, s'imaginant qu'il bavarderait. » En appliquant le principe du contexte, non seulement la paraphrase n'est pas ambiguë, mais elle n'a pas lieu d'être. Et M. Lheureux a tout du maître-chanteur.
L'important, toutefois, c'est que dans ce cas, l'infinitive ne serait pas un choix judicieux sinon une maladresse : ℘ un jour, pourtant, M. Lheureux la rencontra sortant de l'Hôtel de Bourgogne au bras de Léon. Je n'ai pas lieu de reprendre ici les diverses explications que l'on a donné de la phrase comme macro-signe, mais il n'est pas inutile d'indiquer que si la phrase est un événement à reconstruire, Flaubert avait tout intérêt à bien délimiter les actions qui devaient y concourir, et il l'a fait.
Comme les suppléments auxquels je me suis rapporté me semblent relativement complets, je m'occuperai dans l'immédiat des propositions, en me servant du tome deux de Le Bidois et Le Bidois, à partir de la page 221, bien que l'incise n'ait pas à proprement parler de syntaxe, s'intercalant dans la phrase comme une parenthèse, ainsi que le notent nos auteurs.
209. Propositions
Pour un rappel des propositions du point de vue de Brunot, on se reportera ici. Texte 195, intitulé « Théorie nouvelle ». Avec Le Bidois et Le Bidois la première chose que je remarque, c'est qu'ils considèrent la juxtaposition au sens strict : celui qui donne lieu à la parataxe, « construction (...) sans qu'un mot de liaison indique la nature du rapport entre les propositions (ex. Ici, il est interdit de fumer, je pense). » Pourtant le même dictionnaire (il s'agit du PRE [e= électronique]), qui définit le fait de juxtaposer comme se faisant entre éléments sans liaison donne cet exemple : « Juxtaposer deux mots pour former un composé ». Je m'en voudrais de suggérer que juxtaposer c'est nécessairement lier, mais juxtaposer n'est pas non plus mettre en tas. C'est une forme d'assemblage. Et assembler, c'est mettre ensemble ... pour former un tout.
L'exemple de parataxe du PRE est déconstructible : il suffit dans un premier temps d'enlever la virgule entre ‘ici’ et « il est interdit de fumer » (ce qui donne une première phrase « complète ») et en deuxième lieu de déplacer « je pense » pour le mettre en tête et d'insérer le conjonctif [pardon, la conjonction]. La grammaire traditionnelle fait de « je pense » dans ce cas-là une principale, mais on sait (cf. l'hypothèse Γ [gamma]) que je les considère comme des propositions préfixales : elles ont un rôle semblable à celui du préfixe dans un mot : elles annoncent la couleur. π je pense qu'ici il est interdit de fumer ⋁ π je pense qu'il est interdit de fumer ici.
Le Bidois et Le Bidois déclarent : « D'ordinaire notre pensée s'énonce par un assemblage de mots rangés, liés et accordés selon les règles et usages propre à chaque idiome ». C'est très aimable à eux de généraliser, mais il y a des langues, comme l'anglais, qui se piquent de ne pas accorder, malgré un manque évident de cohérence dans l'ensemble : π my right shoulder hurts ; π both of them hurt.
Quant à « rangés », on peut se poser des questions : ne peut-on pas ranger alphabétiquement, ranger par ordre de grandeur, etc. « Liés » devrait être plus clair, mais ne l'est pas. Les deux = both of them. ‘both’ a un sens pluriel (dans la mesure où la notion peut exister), comme ‘them’. Finalement, c'est encore l'accord le plus clair, mais aussi le moins sûr quand on compare plusieurs langues. En français, toutefois, il est assez constant et dans la lecture il est d'un grand secours quand une phrase prend quelque ampleur. J'ai ainsi trouvé dans Pierre Benoit une phrase de six lignes d'un caractère serré où le sujet est séparé du verbe par seize mots, dont une incise de quatre mots (φ si faire se peut, qui est en plus un paramètre).
Revenons à la proposition, ou, comme disent Le Bidois et Le Bidois à « l'élément fondamental, essentiel, du langage ». Au lieu d'emboîter le pas aux grammairiens de la tradition, ils se rangent à l'avis de Alan H. Gardiner qui en fait une unité de communication : « un mot ou un groupe de mots révélant un dessein intelligible de communication, suivi d'une pause ». Mais l'intention de communiquer ne fait pas la communication, comme je le soutiens depuis maintenant depuis la reprise de mes études (en 1973).
Néanmoins, pour ceux qui voudraient corriger l'impression parfois pateaugeante des grammairiens examinés jusqu'à présent (à l'exception de Beauzée pour un certain nombre d'idées et de Brunot en général), la lecture de Le Bidois et Le Bidois est à recommander. L'alinéa 1112 confirme ce que je disais de leur conception des « propositions juxtaposées » : bien qu'ils admettent que la parataxe puisse être enfantine ou primitive, ils citent Corneille, mais cela ne lève pas l'anathème, malgré la parataxe célèbre de César.
L'alinéa 1112bis présente sous le nom de « propositions combinés » le phénomène qui consiste à accumuler des mots d'une même catégorie (ici des verbes, dont le deuxième exemple sépare l'auxiliaire des « participes » au moyen d'une incise). Ici, contrairement à ce que je suggérais plus haut, on a littéralement affaire à un amoncellement (les deux exemples sont de Hugo et ce n'est sans doute pas un hasard). On ne peut pas, comme le font Le Bidois et Le Bidois parler de véritables combinaisons. Si, plus bas, à propos de la coordination, ils font état de l'absence d'une union syntaxique, ils perdent de vue qu'elle est présente dans leurs exemples d'empilement.
Pour montrer ce que je veux dire, je me servirai de la série analogique que donne le PRE que je grefferai sur la phrase que le même dictionnaire cite de Carrel : π les pièces découpées par nous se montent, s'emboîtent, s'ajustent, s'assemblent, s'encastrent, s'enchâssent, se moulent exactement les unes dans les autres. L'accord marque que le verbe est le même pour chacune des propositions qui se répètent.
Le Bidois et Le Bidois admettent que ce type de succession a quelque chose de décousu, comme l'accumulation des détails types des circonstances chez Benoit quoi qu'on puisse penser de mes goûts, si la langue de Benoit est irréprochable, je préfère Léo Malet ; si ce dernier donne son avis sur le réoulement de ses enquêtes, l'autre tend à nous expliquer pourquoi ce qu'il devrait nous raconter doit être raconté, sans qu'il sache apparemment comment s'y prendre en raison des complications qu'il se plaît à créer.
Fin de la pause littéraire. La coordination et la subordination devraient minimiser ce risque de décousu : rien de tel, en effet, que des ligatures pour lier, mais seules les conjonctions lient les propositions (en plus de lier des mots de même fonction) : les prépositions sont normalement des liens syntagmatiques ; elles marquent le rapport qui unit un complément à un substantif, un verbe, un adjectif, un adverbe. Le Bidois et Le Bidois imaginent même une coordination latente, mais on notera que dans une partie de leur exemple il y a une conjonction : π il accourait et faisait le beau. Dans l'autre partie, il s'agit d'une préposition, celle d'un gérondif où la valeur est celle d'une conjonction : π il fuyait en aboyant -> π il fuyait et aboyait. On notera l'impossibilité de ‽il fuyait en claquant la porte [pour des raisons de concordance des temps que Brunot dit ne pas exister, mais on tournera la difficulté en parlant de concordance d'aspect].
Les Le Bidois souhaitent compléter la liste des conjonctions coordinatives (‘et’, ‘ou’, ‘ni’, ‘mais’, ‘car’, ‘or’, ‘donc’) au moyen de celle d'adverbes à même valeur syntaxique (‘aussi’, ‘cependant’, ‘pourtant’, ‘puis’, etc.). Ils insistent sur le lien visible, mais celui-ci le serait plus encore s'ils achevaient leur liste.
Ma conception laxiste de la juxtaposition me vient probablement de Bally, à qui ces messieurs s'en prennent, car au rebours de ce qu'eux font, il amorce la coordination avec l'énumération. Pour les paraphraser en juxtaposant, on dira que « Juxtaposer, vous comprenez, ce n'est pas coordonner ». D'ailleurs on peut leur reprocher le tour de passe-passe du sous-entendu quand ils voient dans l'apparente énumération « un verbe sous-jacent, facile à suppléer ».
Le verbe n'est d'ailleurs pas plus sous-jacent que le sujet : A) π l'homme est pauvre, mais [il est] honnête ; B) π Ces enfants sont intelligents, [ces enfants sont] dociles et [ces enfants sont] travailleurs. La véritable énumération est dans B) si l'on défalque la conjonction.
Pour Le Bidois et Le Bidois, la coordination est non seulement « certifiée » par la conjonction qui l'introduit, mais elle suppose une « unité qui se manifeste jusque dans la forme verbale ». La subordination est autre : elle repose sur l'idée qu'il y a dépendance et hiérarchie entre « les idées ». Le problème des Le Bidois c'est de s'appuyer sur deux définitions d'horizons opposés et de teneur différentes. D'une part Henri Delacroix, qui définit l'hypotaxe à partir d'une « subordination de phrases d'abord indépendantes, groupement sous une même unité d'éléments d'abord distincts » et de l'autre Charles Bally qui voit dans le procès une « transposition d'une phrase indépendante en terme de phrase (sujet, attribut, complément d'objet direct ou indirect, complément circonstanciel) ».
Si l'on peut tomber d'accord avec une transformation dans le sens où l'entend Bally, ce n'est pas le cas des Le Bidois qui pourtant interprètent, comme je le fais, ‘terme de phrase’ comme groupe ou syntagme fonctionnel. Le Bidois et Le Bidois refusent aussi que l'hypotaxe soit d'abord une syntaxe (ou une « taxe ») comme le voit Delacroix. La question est délicate pour moi, car je ne tiens pas à me prononcer sur une grammaire de production ni d'ailleurs, en réalité, sur une grammaire quelconque.
Je ne prendrai pas l'exemple des Le Bidois qui leur sert à montrer l'ambiguïté qui peut exister entre la coordination et la subordination, trop violent à mon goût (π elle me résistait, je l'ai assassinée !, mais dans le même ton, on peut avoir une dérobade, dont les conséquences sont moins pénibles pour tous : π elle me tenait tête : je me suis défilé. De juxtaposées, les propositions deviennent coordonnées avec l'insertion d'‘alors’ et la subordination apparaît avec l'insertion de ‘comme’. ℘ elle me tenait tête, alors je me suis défilé ; ℘ comme elle me tenait tête, je me suis défilé.
Il s'agit de leur démonstration. Mais on n'en tirera pas la conclusion qu'une conséquence puisse être accessoire, sous prétexte qu'elle est subordonnée [en particulier dans leur exemple, tiré du drame Antony (Dumas père).
210. Jeux de mots
Ce que j'ai esquissé dans le dernier alinéa du texte précédent gagne à être étendu. On a deux possibilités, travailler à partir de matériaux épars (la construire) ou « désubordonner » une phrase existante, c'est-à-dire l'analyser. Les deux présentent le même malaise, bien que l'analyse puisse être assimilée à une forme de compréhension des segments d'un énoncé. Toutefois, pour donner raison à Bally, le mieux serait de se servir de propositions séparées qu'on « assemblerait ».
Quoi qu'il en soit, la démonstration ne sera jamais entièrement généralisable, comme il existe, de l'aveu des Le Bidois, des conjonctions qui « sont aussi bien coordonnantes que subordonnantes », soit ‘de sorte que’, ‘de manière que’. Leur parcours est un peu sinueux (ou c'est moi qui butine) car après avoir vanté les vertus stylistiques de la parataxe contre la platitude de la construction régulière (avec mon exemple, π je me suis défilé, parce qu'elle me tenait tête) ; on comparera les résultats avec les conjonctions « indéterminées » :
π elle me tenait tête, de sorte que je me suis défilé ‽ elle me tenait tête, de manière que je me suis défilé (‽ signale l'incertitude). Plus acceptable, la subordonnée π je me suis défilé quand elle m'a tenu tête. On peut enfler la phrase, avec une subordonnée sans conjonction (aimablement fournie par Le Bidois et Le Bidois) : π (1) je me suis esquivé (2) quand je l'ai vu (3) entrer. On peut y ajouter π (4) alors qu'il ne s'était pas encore aperçu de ma présence, etc.
Suivant les indications de Bally, les Le Bidois passent en revue les fonctions grammaticales des subordonnées : sujet π qu'il ait fait cela m'étonne fort > ℘ son geste m'étonne fort ; attribut π il est aujourd'hui ce qu'il a toujours été ; CO π je lui ai annoncé que tu étais parti ; CdN π j'avais le pressentiment qu'elle m'éviterait ; j'ai revécu cette impression qui m'obsède. Voir plus haut, Brunot.
Conjonctions. La coordonnante et la subordonnante. ‘Car’ et ‘parce que’. π je me suis esquivé car elle me boudait ; je me suis esquivé parce qu'elle s'était mise en colère. Critère selon les Le Bidois : ‘pourquoi ? ’
Copulative, disjonctive, adversative, causale, déductive : et, ou (soit ; ni), mais (cependant, pourtant, néanmoins, toutefois, tout de même), car (parce que, en effet), or (par conséquent, par suite, partant), donc (ainsi, aussi, c'est pourquoi).
Et. π plus je te fréquente et plus je t'apprécie. Ou. π j'irai là-bas ou tu viendras ici ; π soit qu'il vienne ou qu'il change d'idée. Ni. π le rire n'empêche ni d'aimer ni de détester. Mais. π Il n'a rien dit, mais son regard était éloquent. Cependant. π il joue beaucoup, cependant il ne gagne jamais (cf. ‘toujours est-il que’, ‘n'empêche que’).
Si je m'écarte du texte que j'ai sous les yeux, c'est en partie en raison de ce qui me semble un défaut de pertinence : les exemples de Le Bidois et Le Bidois ne sont « ni clairs ni évidents », cherchant souvent à éclairer soit l'histoire de l'expression soit une particularité d'emploi. Ce n'est pas que je tienne particulièrement à être didactique, mais j'aime tout de même avoir la sensation de comprendre ce que je fais. Je laisse les convictions à d'autres. Mes exemples peuvent donc être empruntés à droite et à gauche, ou au centre (où se situe le PRE ? ) ; ils seront néanmoins le plus souvent déformés dans le sens de la simplicité.
Pourtant. π la journée avait été maussade, pourtant il souriait. Néanmoins. π on savait qui il était, néanmoins tout le monde se regarda avec perplexité. Toutefois. π cette grippe est bénigne, toutefois soignez-vous. Tout de même. π le voyage ne lui disait rien ; il m'accompagna tout de même. Car. π ‘car’ a survécu à la persécution de La Bruyère car Voiture lui sauva la vie. Parce que. π elle l'a quitté parce qu'il menaçait de le faire. En effet. π il ne pourra se rendre à votre invitation, en effet il est fortement enrhumé.
Note : si la substitution se fait au moyen de ‘effectivement’ on a affaire à l'adverbe et non à la conjonction, selon les Le Bidois.
Or. π On dit la liberté une perfection, or celle-ci n'existe pas. Par conséquent. π j'ai appris qu'il était malade ; par conséquent, il ne faut pas compter sur lui. Par suite. π l'article du projet de loi est supprimé ; par suite les dispositions qui s'y rapportaient disparaissent également. Partant. π il se voyait abandonné, partant son désarroi était grand. Donc. π il était là tout à l'heure, il ne doit donc pas être bien loin. Ainsi. π ainsi vous nous quittez si tôt ? Aussi. π il est rustre et brutal, aussi tout le monde le fuit. C'est pourquoi. π l'offre n'est pas intéressante, c'est pourquoi vous devez refuser.
Proposition participiale absolue. π Se destinant à l'art de la guerre, les Romains l'avaient perfectionné. π Eux repus, tout s'endort.
Subordonnée complétive infinitive (sens large). « Peu nombreux sont les verbes qui se font suivre immédiatement (...) d'un infinitif » : aimer, désirer, espérer, souhaiter, oser, préférer, vouloir, courir, ... penser, croire, dire, savoir, [apprendre ?] ... Verbes copules : sembler, paraître (devoir, pouvoir, aller sont considérés comme auxiliaires).
Subordonnée complétive infinitive (sens strict). Verbes de perception : regarder, voir, écouter, entendre, sentir, apercevoir, imaginer, etc. π je ne peux pas l'imaginer vivre sans moi. Laisser ; faire. π laissez dire les sots ; π il l'a fait passer dans son bureau. Les Le Bidois s'embarquent ici dans une discussion sur le mérite d'un objet-agent pour répondre à l'objet-sujet. On évitera ce marécage. La concurrence de l'infinitif et du participe présent est plus intéressante, mais elle n'est sans doute pas généralisable : π il voyait son cadavre flottant/flotter sur l'eau. π je te voyais tombant sur le dos / je te voyais tomber sur le dos. Le Bidois et Le Bidois explique que la seconde donne « à penser à un fait réel dont on a été témoin ». J'en suis moins sûr à cause de l'imparfait, le temps fictif. Ils passent ensuite en revue le tour à double conjonctif : π Ce neveu que tu m'as dit qu'il te ferait crever de chagrin ; il osait rejeter l'édredon énorme qu'elle exigeait qu'il gardât toute la nuit.
La proposition complétive proprement dite est introduite par ‘que’ ; elle peut être amenée par un verbe contenu dans la principale, par un nom ou un adjectif ayant valeur de verbe ou par une locution (‘sans doute que’). Amenée par un verbe, elle fait fonction de sujet, d'apposition ou d'objet.
Fonction sujet. π que ses amis le méconnussent, le remplissait d'amertume [on pourrait avoir « c'est ce qui » devant ‘le’ ou avec un nom propre ou un nom sujet, respectant l'inversion, ℘ ce qui remplissait mon neveu d'amertume]. En apposition. π cette idée lui vint qu'elle aurait peut-être l'air d'avoir fui devant la faillite. On suit avec la complétive et l'impersonnel ‘il’. J'invite celle ou celui qui lirait les lignes d'exemples à s'amuser à en construire les schémas (ou modules) : Soit la première de cet alinéa : [[S]P[O]ProV[O]COS].
211. Paramètres préfixaux
Note à propos du schéma du texte précédent : La complexité d'un module devrait nous inciter à revoir son rôle exact dans l'interprétation d'un segment linguistique. D'une part la rapidité de la lecture, que l'on prend souvent pour un déroulement automatique, s'oppose à une telle analyse (essayez avec le deuxième exemple du dernier alinéa : π cette idée lui vint...) et de l'autre, quel serait l'usage d'une telle construction au delà de l'immédiat, c'est-à-dire la constitution du référentiel, avec ses acteurs, son action-état et ses circonstances ? On peut aussi s'inquiéter du fait que sauf pour des spécialistes de l'écriture (la classe est plus large que celle des écrivains et des journalistes), la fréquentation de ses structures remonte aux premières années de scolarité.
Le titre a également besoin d'un éclaircissement : L'impersonnel-nominal donne lieu en effet à des constructions qui sont des formules à la manière des locutions : ‘il est étrange’, ‘il est rare’, ‘il est normal’ ce que j'appelle des paramètres, suivant la suggestion de Jean Paulhan. Le Bidois et Le Bidois admettent sans peine que la complétive qui devrait compléter le sens de l'impersonnel n'y parvient guère et nous confient qu'en réalité elle ne serait que « l'explicitation de ce sujet vague et indéterminé. » Il vaut mieux procéder à un retournement : c'est le paramètre qui « qualifie » la proposition que la syntaxe présente comme complétive : π A il est étrange que vous ayez revu ce louche individu > B que vous ayez revu ce louche individu est étrange ⋁ ℘ C le fait que vous ay[v]ez revu ce louche individu est étrange. D'où l'idée de considérer la formule [il[_]que] ou [je [crois] que]] comme des « préfixes phrastiques ». On peut d'ailleurs comparer π je crois que vous avez revu ce louche individu à l'exemple A.

Les Le Bidois donnent l'exemple de la substitution de ‘il est vrai que’ à ‘il est rare que’, où il y aurait changement d'état dans la pensée, le statique succédant au dynamique. Il suffit de noter le changement de mode inutile de philosopher sur le changement d'une opinion en fait (supposé). La comparaison implique aussi ‘il est possible que’ et ‘il est sûr que’ pour des raisons analogues. D'ailleurs historiquement la possibilité n'a pas toujours été asservie au subjonctif. On note que le tour impersonnel est aussi amené par ‘ce’, π ce n'est guère vivre que d'user ses jours sur de vieux textes (France).
La série comprend, en outre : ‘il est probable que’, ‘il paraît que’, ‘il semble que’, ‘il est bon que’, ‘il est certain que’, ‘il est faux que’, ‘il est temps que’, ‘il suffit que’, ‘il est suffisant que’, ‘il convient que’ [cf. ‘[je] conviens que’], ‘il est convenable que’, ‘il faut que’, ‘il arrive que’, ‘il paraît possible que’, [nég.] ‘il n'y a pas de risque que’, ‘il est dommage que’.
Dans une critique de Sandfeld, Le Bidois et Le Bidois apporte(nt) de l'eau à mon moulin (bien que je n'insiste pas sur le caractère de sujet de la phrase précédée d'une préphrase ou d'un énoncé préfixal : π l'ennuyeux est que je n'ai pas pu lui dire ce que j'avais décidé (T. Bernard) > ℘ [le fait que] je n'ai pas pu lui dire ce que j'avais décidé [est ennuyeux]. > ℘ je n'ai pas pu lui dire ce que j'avais décidé [et c'est ennuyeux]. Leur discussion porte sur la nature attributive ou non de la subordonnée qui n'apporte « à la phrase qu'une idée d'une extension forcément quelque peu restreinte », ce qui la disqualifie. Personnellement, je ne vois pas en quoi ‘l'extension’ intervient dans la fonction grammaticale, à moins de chercher sciemment le pot-au-noir.
Suite des préphrases potentielles : ‘on dirait que’, ‘mon avis est que’, ‘déclarer, dire, croire, penser, nier que’, cf. ‘nier que’ et ‘je nie que;’.
Verbes de « sentiment » : ‘désirer, craindre, douter que, s'étonner que, s'indigner que, être heureux que, aimer que’, ‘consentir, comprendre, s'imaginer que’, ‘hésiter, douter, se demander si, ne pas savoir si’.
Les Le Bidois parlent des verbes de « permission », mais ne donnent qu'un exemple... π permettre que, à part le trait d'esprit de Pascal : π l'homme n'est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête. La liste des verbes d'empêchement n'est guère plus fournie : ‘empêcher que’, ‘il n'empêche que’, ‘éviter que’, ‘prendre garde que’, cf. φ gardez-vous de croire ≍ {éviter}. [≍ = au sens de (signe de l'asymptote) ; les accolades encadrent une valeur sémantique.]
Verbes d'« attente » ou d'« espoir ». ‘attendre que’, cf. ‘s'attendre bien que’ ≍ {il n'est pas étonnant que}. ‘espérer que’
Autres constructions analogues : ‘avoir l'impression que, avoir la consolation que, être d'avis que, prendre garde que’.
Il faut dissiper ici le risque de confusion avec ce qu'il est convenu d'appeler le discours indirect. Le Bidois et Le Bidois rappelle la transformation qui y correspond : π A il m'a répondu : j'y vais > ℘ B il m'a répondu qu'il y allait. Le seul rapport qu'on puisse voir ici les préphrases et le discours indirect tient dans le caractère de formule [formulique, dit Balzac ; phrasoïde, diraient Damourette et Pichon] de l'interrogation indirecte (figée) : « je ne sais qui », « on ne sait quoi », « Dieu sait où », « on ne sait quand ». Le rapport, si rapport il y a, est ténu.
Avant de passer aux relatives (les conjonctives, selon Le Bidois et Le Bidois), on peut proposer un autre tableau concernant la construction [préfixe + phrase] ; on verra d'ailleurs le rapport celle-ci et certaines relatives : π c'est papa qui a perdu sa place. Toutefois le pronom relatif ‘qui’ [pronom conjonctif, selon les Le Bidois] impose une transformation complexe : X a perdu la tête > il a perdu la tête > c'est X > ‘il’ -> ‘qui’ > c'est X qui a perdu la tête.

Stock de phrases permettant de contrôler les diverses possibilités : c'est vrai, les changements surviennent, il fait ce qu'il peut, il doute de ma maladie, je n'y suis pour rien, ils veulent être libres, elle a des manières très personnelles, il y a du monde, la conversation devenait difficile, les fantômes lui apparaissent, il cherchera à vous consoler, elle se tourmente inutilement...
Le relatif et les relatives que nous examinerons ne sont pas sans entraîner la constitution de paramètres, ou pour employer le terme barbare qui avait fait sourire Greimas, la locutionnalisation : Le présentatif n'y manque pas : ‘c'est [_] qui’, ‘c'est [_] que’ ; π c'est moi qui l'ai fait ; c'est de là que viennent les mauvaises nouvelles.
212. Tout est relatif ou circonstanciel
J'étais en train de me demander à quoi rimait le classement logique des « conjonctives intégrantes » chez Le Bidois et Le Bidois et je me suis dit qu'un détour par le PRE devrait me faire du bien ; exact. Je donne tout le passage, car il y a à boire et à manger, et surtout, des points sur les i qui seraient orphelins (hypothèse, diraient les Le Bidois) :
« Se dit des mots servant à établir une relation, un lien entre un nom ou un pronom qu'ils représentent (cf. antécédent) et une subordonnée. (1677) Pronoms relatifs, ou n. m. les relatifs (‘dont’, ‘lequel’, ‘où’, ‘que’, ‘qui’, ‘quiconque’, ‘quoi’). ‘Où’ est un adverbe relatif [suit un verbe ⇩*⇩]. Tous les relatifs (sauf dont) sont aussi interrogatifs. (...). Proposition relative, ou n. f. une relative : proposition introduite par un pronom ou un adverbe relatif (ex. n'oubliez pas ceux qui restent). Relative exprimant la cause, le but, l'opposition et la concession, l'hypothèse. »
⇨*⇨ Mais ce ne semble pas un critère très fiable. Pour rester dans les mêmes eaux encore un instant, on remarquera que les préfixales ou préphrases peuvent très bien se construire avec les relatifs au moyen du présentatif ‘c'est’. π l'homme à qui je parlais ainsi secoua la tête > ℘ c'est l'homme à qui je parlais ; π c'est l'enfant dont la curiosité a été punie.
La série « logique » ayant été confirmée par le Robert, je me plie : opposition (concession) π on m'insulte, moi qu'hier on acclamait, lui, qui n'avait jamais été aimé de personne ; hypothèse π un esprit qui viendrait planer là si je savais quelque chose qui me fût utile ; causalité π tu es fâché contre moi qui ai fait des lettres de change ; finalité π je lui demande un de ses officiers qui me remette sain et sauf où je désirerai ; conséquence π on entreprit un quartier dont chaque rue portât le nom d'une province
Circonstancielles. Quitte à refaire le même chemin qu'avec Brunot, suivons la route des Le Bidois. Pour eux, la plus circonstancielle est celle de temps, ce qui est curieux, d'une certaine façon, car on pourrait dire qu'en réalité tout énoncé se caractérise d'abord par son temps, c'est-à-dire s'il est ou non d'actualité ; on notera que les cris d'appels, « au feu », « au secours », « à l'aide » sont a priori contemporains de l'événement correspondant ; on n'est pas enclin à demander « quand ? », mais plutôt « où ? » si le besoin d'intervention n'est pas visible.
On retrouve, selon Le Bidois et Le Bidois, la cause, la fin, la conséquence, l'opposition, la concession, la condition ou la supposition. Le temps s'ordonne naturellement en avant-pendant-après, c'est-à-dire antériorité, sumultanéité-contemporanéité, postériorité. Comme par hasard, le mode sans ligature, elliptique, marquerait la simultanéité : il lui est en effet difficile, réduit à son expression la plus simple, de faire autrement. π en se plaignant, on se console ; π elle se demandait tout en marchant.
Il semble que je me leurre en prenant ces noms de classe pour des impératifs de classement. Pour les Le Bidois, il est plutôt question d'interprétation, comme le montre le passage sur le participe présent de La Fontaine : π l'arbre tombant, ils seront tous dévorés et Hugo π on était dans le mois où la nature est douce, les collines ayant des lys sur leur sommet. Si l'arbre tombe ⋁ quand l'arbre tombera et chez Hugo, le lys devenant l'explication du segment précédent. C'est donc une grille d'interprétation et un trait du mentalisme grammatical : « cette construction avec un participe présent semble réservée aujourd'hui pour énoncer le rapport de causalité. »
Mais classer ou « catégoriser » n'est pas nécessairement interpéter ni comprendre. La ligature (ℛ) va-t-elle aider ? Elle semble éclairer le rangement en petites cases : S'inspirant sans doute des schémas (lignes de temps [chronologies]) de Brunot, Le Bidois et Le Bidois parle d'action-point (‘quand’, ‘lorsque’) et d'action-ligne (qu'interrompt l'action-point, le cas ce ‘comme’) : ‘pendant que’, ‘tandis que’, ‘aussi longtemps que’, ‘tant que’.
Il doit m'arriver d'être dans un état second et d'en sortir au détour d'une phrase, mais les Le Bidois s'étonnent de ce que ‘lorsque’ n'est pas la marque d'une subordination. Il me semble au contraire que tout ce qui a trait aux circonstances remet en question cette idée de subordonner. Pour rester dans la temporalité, vous pouvez voir une cause dans un fait antérieur, mais la seule chose que dise cette circonstance, c'est son antériorité. C'est leur exemple de Montesquieu qui lie l'empire à l'extension des frontières au dehors de l'Italie qui les déroute. Sans passer pour un herméneute de Mérimée, on doit reconnaître que sa phrase correspond au point B sur la ligne A de Brunot :
π A Colomba rentrait dans le jardin B lorsque Orso ouvrit la fenêtre et cria (...)
Une partie de mon problème vient de ce que je ne tiens pas compte du plan général de l'ouvrage, mais aussi que je glane plutôt que je ne cherche des matériaux servant à étayer une thèse ou une autre. Néanmoins, Le Bidois et Le Bidois emploient la méthode commutative-substitutive pour montrer l'intersection des temps (ou des actions, c'est selon) : ‘alors’, ‘à ce moment-là’, qui les embarrasserait bien dans la phrase de Montesquieu. Avec un exemple tiré du même Mérimée : π il parlait encore, quand il vit la flamme du fusil.
Leur rapprochement avec Montesquieu était une erreur : il ne décrit pas une action, il raisonne et pour lui une république ne peut pas, historiquement, être un empire. Leur discussion de ‘alors que’ aurait dû leur faire comprendre. Je résume en tableau leur classement de l'aspect.

À la liste des préphrases potentielles, on ajoutera les présentatifs « il y a », ‘voici’, ‘voilà’ construits avec ‘que’ : π il y a une demi-heure qu'ils se racontent des blagues ; voilà cinquante ans que nous habitons ici.
Le programme de ce qui suit est pratiquement donné par la liste du PRE citée dans le deuxième alinéa, en tête du présent texte, ou plus exactement par les titres des chapitres qui terminent le Livre XII de la Syntaxe des Le Bidois : propositions causales, finales, conséquentielles, concessives et oppositives et hypothétiques. On les a vues rapidement avec Brunot (texte 206), comme la temporalité est répartie entre les textes 205 et la moitié de 206.
Je serai peut-être appelé à compléter certaines mentions au moment de la relecture globale de cette Perspective cavalière de la sémantique et il ne serait pas surprenant qu'un retour à Brunot s'impose. Le Bidois et Le Bidois font grand cas d'un ouvrage de Charles Bally que je n'ai pas lu, Le langage et la vie (première édition 1926, éd. augm. 1935 (237 p.) Cap sur Gallica, donc.
Je viens de relire le texte 201 (65 sur le blogue) et j'ai pu noter que malgré sa prudence envers les classifications, Brunot se servait d'un certain nombre d'étiquettes à propos du complément d'objet second (COS, aussi connu par le passé comme complément d'attribution). Il faut dire qu'il y a été entraîné en voulant sérier les verbes : qu'il dit « d'attribution », puis ceux de la série ‘dire’ et ‘commander’. En principe, ces classes sont ouvertes et ont des contours changeants comme elles répondent au sens des termes.
Il passe ensuite au rapport d'appartenance du COS : π mon épaule me fait mal, qui a un lien avec les verbes d'attribution : π lui enlever le jouet des mains. Les autres types sont : intérêt, propos, programme, résultat, échange, relation, opposition. Les catégories pourraient être fournies par les classement sémantiques des prépositions (il cite les « ligatures » ‘entre’ et ‘avec’). On écartera la relation comme rapport spécifique et on peut désigner ce qu'il décrit comme une « mise en rapport » : ‘s'entraider’, ‘s'entremettre’ (cf. ‘intervenir’).
Comme le montre le texte qui suit, c'est-à-dire le 202, on aboutit aux circonstances. Ces réflexions sont inspirées par la question qui me tarabustait au moment de clore ma session de travail hier. Pourquoi une catégorie causale dans les propositions ? ou si l'on préfère, pourquoi et comment une partie d'un énoncé peut être considéré comme la cause d'une autre ? Mon état d'esprit était sans doute aggravé du fait que Gallica n'avait pas Bally. Sans rapport, me direz-vous, or c'est cela qui me tracassait, comme la question qui sert selon Le Bidois et Le Bidois est celle-ci : « Pourquoi ? »
Dans la série des circonstances retenues pour le modèle et la règle de la théorie des opérations sémantiques, pourquoi ? intervient pour découvrir la « raison » et non la cause. Un bon exemple de cet emploi abusif des Le Bidois est la phrase de Flaubert, π l'eau ne venait pas à la ceinture ; on pouvait passer, même lorsqu'ils montrent que la juxtaposition est une coordonnée sans ligature : ℘ l'eau ne venait pas à la ceinture ; on donc pouvait passer.
La conséquence n'est pas nécessairement un effet, pas plus qu'une condition n'est une cause. La même correction terminologique doit être faite pour « finalité » : c'est faire d'un but un objet métaphysique. La causalité est également remise en question à propos des explications que Gide donne de sa jalousie de Parménide et de Théodose. Une explication n'implique pas une cause. π la route est coupée par la crue. Pourquoi ne pas attribuer à la rivière une intention, dans ce cas ? Même chez un être animé, le fait d'appeler n'est pas une cause (ex. de Proust). Il est vain d'aligner les exemples : la causalité des Le Bidois est une coquille vide.
« La route est coupée par la crue » suppose une version non agentive (c'est-à-dire où c'est le sujet qui serait l'agent [supposé, aussi]) : π la crue coupe la route, mais qui grève l'entendement. Le PRE ne s'est pas laissé prendre au piège : π inondations dues aux crues.
Naturellement, cet examen critique m'oblige à un retour sur les « relations logiques » de Brunot lui-même. En particulier, comme il a le premier eu recours à Lafaye (Synonymes). Vérification faite, il semble que je sois passé sur la question assez rapidement, pour aller à la conséquence, mais non sans remettre en question la notion.
Son exemple que je discute dans le texte 206 tombe sous le coup de ma critique de la catégorie de Le Bidois et Le Bidois : la pluie n'est pas la cause du fait que je ne sors pas, car elle pourrait aussi bien être un prétexte que j'invoquerais. Mais la même pluie peut causer la crue de la rivière. C'est par habitude de langage que je dirai, π je ne suis pas sorti à cause de la pluie. Il en irait autrement avec une inondation.
On ne fera donc pas de ‘puisque’ une expression de la cause. La définition de Lafaye est assez juste : « confirme quelque chose d'admis ou de convenu ». Idem pour ‘comme’, même dans l'exemple de Flaubert : π comme le vent avait cessé, la voile tomba. Morale : on évitera le « sens causal » des Le Bidois. En particulier dans l'expression φ plus ça change, plus c'est la même chose. Le plus étonnant de leur description, c'est qu'elle comporte un alinéa sur les fausses causes, c'est-à-dire exploitant ‘sous prétexte que’, ‘sous couleur de’.
Le Bidois et Le Bidois suivent de très près Brunot, comme on le voit encore avec les « propositions finales ». Là encore, comme avec Brunot je suis obligé de m'inscrire en faux. Le grammairien pouvait se prendre pour un philosophe au XVIIIe siècle, mais la finalité après la causalité, c'est un fardeau trop lourd pour la langue quotidienne, dans leur rappel de l'emploi ambivalent de ‘pour’ : π elle la gronda pour être sortie sans sa permission. Encore une fois, la raison n'est pas la cause, même si dans l'échange les locuteurs emploient « pourquoi ? » et « parce que ». La finalité sera facilement remplacée par l'idée de but ou de destination le cas échéant, même avec les ligatures de finalité des Le Bidois qu'ils reprennent à Brunot.
Questions : en vue de quoi ? dans/avec quelle intention ? dans quel dessein ? avec quel effet ? avec quel but ? On peut se demander pourquoi les ligatures ‘de peur que’ et ‘de crainte que’ sont assimilée à la finalité (l'intention négative).
Brunot traitait la conséquence avant la finalité, les Le Bidois font l'inverse. Ils expliquent : « la conséquence proprement dite tient à la fois de la succession, en tant qu'elle se produit nécessairement après un premier fait (rapport chronologique), et de l'effet, puisqu'elle résulte d'une cause ou se déduit d'un principe (rapport logique). »
Avant de poursuivre, on se souviendra que c'est la commutation paraphrastique qui permet le mieux de contrôler l'appartenance d'un fait à une série et éventuellement à une classe. Pour la « causalité », la paraphrase la plus claire est « A cause B » ou « B est l'effet de A ». Certains verbes comportent cette idée : π c'est une erreur d'aiguillage qui a causé le déraillement ; cf. « A est à l'origine de B ». π c'est un attentat qui a provoqué la rupture de la digue.
Si je n'avais pas tiqué à propos de la conséquence de Brunot, je ne veux pas donner l'impression de me rattraper sur Le Bidois et Le Bidois ; toutefois, dans la foulée de la cause et de la finalité, la conséquentielle est encore un peu trop « logique ». En fait, c'est tout le système qu'il faudrait remettre à plat, sans oublier l'hypothétique qui n'est le plus souvent qu'une simple conditionnelle : je veux dire par là que la simple énonciation d'une condition, sans qu'il y ait formation d'hypothèse. De même la conséquence est une pseudo-déduction, comme celle que les Le Bidois donnent comme exemple sans ligature, π vous n'êtes point gentilhomme, vous n'aurez point ma fille, même si on y place les ligatures (les relateurs ℛ), ils ne changent rien à l'affaire et ne font que lui donner un semblant de conséquence (une conséquence est impliquée [entraînée par un fait ou découlant d'un principe]) : P puisque P ; comme P, P ; P donc P, P par conséquent P ; P aussi P ; P partant P.
Dans tous les cas, P peut être composé de SVO et chacun de ceux-là à son tour (c'est-à-dire être un syntagme, dont le complément peut être une proposition). On note que Le Bidois et Le Bidois ne distinguent pas la conclusion qu'ils tirent d'une conséquence (surtout dans l'emploi de ‘donc’). Et accessoirement que « logique » dans leur langue signifie « sémantique » ; il est probable que l'inverse soit vrai. De manière générale, l'intensité y est incorporée, comme la manière (‘de façon que’ = ‘tellement _ que’) : π s'enfla si bien qu'elle creva (la grenouille de La Fontaine). ‘tel[le/s] _ que’ englobe une proposition nominalisée : ℘ les faits s'enchaînent dans cet ouvrage > π tel était l'enchaînement.
Il n'y a en réalité pas de proposition conséquentielle (mes excuses à Brunot, que je relirai à ce sujet) comme chaque examen nous amène à verser l'exemple dans une autre case, ainsi π pour que les familles grandissent, la durée est nécessaire (Bourget) où le résultat le dispute à la condition. Cf. π pour que la vie soit grande et pleine, il faut y mettre le passé et l'avenir (France). ‘pour’ + infinitif est une « résultative », si je puis me permettre. π pour entrer, il suffit de pousser la porte. Quand les Le Bidois discutent la pertinence de la catégorie « à conséquence » (cf. ‘il faut’, ‘il est nécessaire’, ‘j'ai besoin’) de Brunot, il est clair que la conséquence le dispute à l'effet et au résultat.
Est-ce la faute au sens ? C'est la question qui vient à l'esprit devant des catégories aussi perméables, aussi peu étanches. Mais le vrai coupable est l'application intempestive de l'esprit de système. Le modèle des sciences naturelles poursuit la linguistique jusque dans ses retranchements grammaticaux. Sauf à retenir des thèmes à la Roget, dont Bally avait tenté une application en français dans son Traité de stylistique.
On ne sait guère si c'est par hommage ou pour une autre raison plus obscure que les Le Bidois suivent d'assez près le plan de Brunot. Je renvoie donc à la fin du texte 206 pour l'opposition et les moyens qu'elle met en œuvre. On constatera en outre que je ne conteste pas cette catégorie, car elle n'en est pas une. S'il y a classe, c'est dans les relations. L'opposition est en relation binaire avec l'équivalence (en sémantique, en principe, il n'y a pas d'identité ⇩*).
⇨* Comme il s'agit d'un processus d'interprétation, la démonstration de l'identité de deux sens est techniquement impossible. Même dans le cas de l'identité de forme(s).
Mes remarques sur Brunot et son classement se poursuivent dans le texte 207. Mais pour achever notre examen des cas des Le Bidois, on doit noter qu'ils se rendent soudain compte que les phrases qu'ils citent ont généralement deux valeurs distinctes. Ainsi, le schéma [P [bien que] P] abrite une concessive et une oppositive. On se demande ce que donnerait l'analyse d'un énoncé relativement complet. π bien qu'elle voulût s'accuser, elle n'osait ouvrir les lèvres (Flaubert).
Si l'on suit le commentaire de nos auteurs, Flaubert aurait dû, pour bien faire, introduire un ‘pourtant’ ou un ‘cependant’, sur le modèle de π quoique scythe et barbare, elle a pourtant aimé > ℘ bien qu'elle voulût s'accuser, elle n'osait pourtant ouvrir les lèvres.
Je crois que la « raison plus obscure » est éventée : montrer qu'il [Brunot] a souvent tort et que la pensée n'est pas sa chasse gardée. Pour m'en tenir à l'expression qu'ils lui disputent, c'est-à-dire ‘au lieu que’ + subj., je n'y vois pas comme une subordonnante où « le mode » serait « en exacte concordance » avec la pensée ce qui est une absurdité, en particulier comme il s'agit le plus souvent d'exemples d'écrivains, et donc de situations fictives. π au lieu que son histoire l'ait calmé, on dirait plutôt qu'il s'aigrit (Romains). La paraphrase est difficile : ℘ on dirait que, plutôt que de [au lieu de] le calmer, son histoire l'aigrit
Le caractère spongieux des notions utilisées n'est pourtant pas un fait que les auteurs poussent sous le tapis : si l'opposition (adversativité) exploite les relateurs locatifs (‘au lieu que’, ‘loin que’), c'est aussi le cas avec les relateurs temporels : ‘tandis que’, ‘cependant que’, ‘alors que’, ‘quand’, ‘quand même’, ‘lorsque’. Même ‘pour’ devient « adversative » : π pour absurde que fût cette affaire... (Gide).
‘si _ que’. π si petite que soit la consolation, elle berce (Bazin). Le contrôle (test) de l'opposition peut se faire avec ‘mais’ et ‘pourtant’. ℘ la consolation est petite, mais elle berce.
Hypothèse : retour à la cause. Sans appliquer la formule de Brunot (« tout fait peut être cause et avoir une conséquence »), on voit Le Bidois et Le Bidois rapporter le ‘si’ à la cause : π si vous venez, vous me ferez plaisir ; je ne nie pas que l'on puisse tirer les transformations suivantes : ℘ votre venue me causera le plus grand plaisir, ℘ votre visite aura pour effet de me plaire. Mais leur discussion est ailleurs : ils voient dans π si vous venez, ne venez pas seul une supposition sans condition, autrement dit « si vous venez » compte pour du beurre, car π ne venez pas seul suppose la venue aussi, et comme, ils disent, une éventualité. L'éventualité serait pourtant très proche d'une condition si l'on trouvait ; π dans l'éventualité où vous viendriez, faites-vous accompagner (les circonstances ne précisent pas s'il s'agit d'une compagnie d'un autre sexe ou d'un garde du corps).
Le plus amusant, c'est que les Le Bidois prennent le soin de prévenir une confusion qu'ils n'évitent pas : « On ne confondra pas la supposition (fondement nécessaire de l'hypothèse), et qui consiste à admettre comme réalisé quelque chose dont on fait le point de départ d'un raisonnement, d'où l'on tire une conséquence, (ou une conclusion logique), avec la condition, qui n'est qu'une circonstance sans laquelle la conséquence ne se produirait pas, (ou sans quoi la conclusion logique ne serait pas valable). »
« ‘à condition que’, ‘pourvu que’, ‘moyennant que’, sont, (...) des ligatures proprement conditionnelles. Les seules conjonctions ‘si’ et ‘quand’, (l'une et l'autre sous certaines réserves et seulement dans certains emplois) sont vraiment suppositives, (c'est-à-dire hypothétiques). » J'ai respecté leurs virgules et leurs parenthèses, mais je ne suis pas du tout sûr que ce soit pas la conséquence que doive se faire la distinction entre hypothèse et condition. Il est plus simple de faire remarquer que l'une repose sur l'autre tandis que l'inverse n'est pas vrai. La définition logique que retient le PRE va plus loin : Proposition hypothétique, où l'assertion est subordonnée à une condition. Le schéma est donc : hypothèse[[condition] + [assertion]].
Le recours au dictionnaire n'est pas sans risque car « conditionnel » est polysémique et, dans notre cas, bisémique : ce qui est conditionnel dépend d'une condition (cf. π il ne peut sortir que si la porte est ouverte) et c'est un mode qu'on peut aisément confondre avec l'expression d'une condition, comme le montre cet extrait du PRE :
« Le mode conditionnel, ou n. m. le conditionnel : mode du verbe (comprenant un temps présent et deux passés) exprimant un état ou une action subordonnée à quelque condition ou éventualité (ex. Si vous le vouliez, j'irais avec vous). » [cf. subjonctif].
On voit que le schéma est différent avec l'exemple du Robert : [[condition] + [hypothèse]]. Ce n'est pas la condition qui est « hypothétique », mais son application. Le Petit Larousse 1918 donne l'impression contraire : ≝ {supposition que l'on fait d'une chose possible ou non, et dont on tire une conséquence (≍{conclusion tirée d'un raisonnement})}. Le schéma est donc différent : [[supposition] + [conséquence]].
En toute hypothèse, on ne peut rien affirmer. Je ne plaisante pas, car l'effort que nous demandent les Le Bidois est impraticable : qu'elle soit implicite ou transitoire à la thèse, l'hypothèse prend la forme si A, alors B ; en outre, le contrôle se ferait normalement par la substitution de ‘dans l'hypothèse où’ (≍ {au cas où}), ce qui nous ramène à la formulation du Petit Larousse 1918 et de nos deux grammairiens qui veulent voir la conclusion dans B et l'hypothèse introduite par ‘si’.
Quant à lier l'hypothèse au conditionnel comme mode, ce serait une erreur. On peut imaginer quatre états pour une hypothèse : 1) elle est invérifiable ; 2) elle est en cours de vérification ; 3) elle est acceptée à défaut d'être vérifiée et sous peine de l'être dès que possible ; 4) elle est réfutée (les tourbillons de Descartes, les canaux de Mars). Scientifiquement, l'hypothèse est elle-même un état par lequel passent les observations et les faits ; il n'y a en réalité de conséquence/conclusion qu'en logique ou lorsque l'hypothèse est une régularité fonction de conditions.
On s'est aperçu que je réagissais négativement à l'idée de cause, que ce soit chez Brunot ou chez Le Bidois et Le Bidois. Je donne un exemple de ce qui me dresser le poil : « π mais l'apothicaire s'arrêta, tant Madame Lefrançois avait l'air préoccupé (Flaubert). On remarquera (disent les Le Bidois) que ‘tant’, dans cette construction, marque la cause et se place nécessairement en tête de sa proposition ; de plus, la causale où il se trouve est toujours énoncée après la phrase qui marque la conséquence. » Il est vrai que le romancier a tous les pouvoirs sur ses personnages, mais ce serait priver le personnage de son libre-arbitre que faire de sa conduite un effet de celle de Mme Lefrançois. La véritable cause s'exprimerait autrement : « l'air préoccupé de l'un interrompt l'autre », pour garder les ingrédients, mais on voit que la préparation n'est pas convaincante.
215. Sens et référence contre mentalisme
L'une de mes premières communications sinon la première portait sur les prépositions. Il n'y a pas de raison que ce soit par elles que je termine ce texte dans « son premier état », c'est-à-dire celui qui paraîtra sur le blogue. Le Bidois et Le Bidois critiquent la définition que donne de la préposition M. C. de Boer, en raison de son parti-pris syntaxique : elle « relie et subordonne » ; ils lui opposent A. Darby pour qui ‘de’ ne relie pas le nom propre ‘Paris’ au verbe ‘j'arrive’ dans la phrase : π j'arrive de Paris. « Ce qu'elle relie, disent-ils, c'est l'idée contenue dans ‘j'arrive’ et l'entité que représente le mot ‘Paris’. »
« Car, insistent-ils, (il est clair que) la préposition ne relie pas des mots, parties de phrase, etc. entre eux, mais les objets ou idées énoncés par ces mots ou parties de phrase. » On peut regretter qu'un objet soit énoncé, mais si plus loin il sera question (dans leur Syntaxe) du régime de la préposition, qu'est-elle ? peut-on demander si elle relie des idées une idée elle-même ? Un cas ? C'est le triomphe du mentalisme.
Je ne m'engagerai pas sur cette voie. Je ne suis même pas sûr qu'on puisse dire qu'il y a une idée dans la phrase-exemple en question, qu'on pourra comparer à celle-ci π je refuse de partir. Ce dernier ‘de’ pose un intéressant problème aux classificateurs. N'en déplaisent aux Le Bidois, Paris n'est pas une entité [sauf dans certains discours]. Le mot en question correspond à une grande ville d'Europe occidentale qui est aussi la capitale de la France, mais au-delà nous sommes en présence de représentations, de sensations ou d'impressions individuelles parfois contradictoires ou farfelues, comme cette idée américaine (brochure officielle) qui veut que les portes des chambres d'hôtel en France ne disposent pas de moyen de les verrouiller.
Voilà pourquoi le mentalisme était voué à la faillite, comme l'est la pragmatique. La règle d'interprétation de la théorie des opérations sémantiques dispose d'un poste « situation », mais il ne me viendrait pas à l'idée de recenser les situations (face à un tigre ou à dos de chameau, dans une coulée de boue ou de lave, un raz-de-marée). Quoi qu'il en soit, cela n'empêche pas les Le Bidois de parler de syntagme prépositionnel : soit le groupe formé d'un verbe ou d'un nom ou d'un adjectif ou de leur équivalent auquel la préposition s'intègre ‘s'intéresser à’, ‘pompe à’, ‘agréable à’.
Toutefois, il existe des syntagmes prépositionnels dont le premier mot est une préposition, comme les caractérisations : π au corps vif et fluet, à la voix cassée, dont la paraphrase est ℘ qui a un _, dont le _. Ou, selon Le Bidois et Le Bidois l'instrument, π lampe à essence. Avec l'infinitif il est difficile de trancher entre π éprouver X à et à toucher, où X = plaisir, etc. ‘écrire des lettres’ est indépendant de « elle était à la maison », mais dans π commencer à narrer, si je devais parler de syntagme prépositionnel, ce serait ‘commencer à’ (comme ‘se mettre à’), dont les Le Bidois rappellent le caractère aspectuel.
Le point de vue de nos deux grammairiens peut sembler faussé à plus d'un titre : à propos de ‘de’ en introducteur de l'infinitif en tête de phrase, ils omettent de signaler que ce n'est pas un tour « naturel », même s'il est répandu (les autres exemples [à part Gide, Fournier, Lemaître, Rolland] sont du XVIIe siècle), mais la tournure normale reste π ça m'a fait du bien de te parler. La phrase de Rolland peut se dispenser de la préposition. Le plus drôle c'est qu'ils expliquent le tour de La Fontaine en disant qu'il est le point de départ (utilisant ‘ce’ pour reprendre l'infinitif. Idem pour La Bruyère, où il s'agit de reprendre le complément de ‘se piquer de’. Leur « infinitif sujet » ne l'est que par inversion : π de t'avoir parlé m'a fait du bien ou par omission du présentatif classique ‘le fait de’ (avec variante [+ que], ‘le fait que’) : il ne s'agit pas de ma part d'une explication par l'ellipse.
Les prépositions ont-elles un sens ? La réponse est en fait la même que pour tout élément d'une chaîne linguistique. Sans nécessairement ramener les prépositions au même niveau que les conjonctions, ce que faisaient les anciens classements des pronoms relatifs, et ce qui est pourtant possible avec des constructions du type : π je crois que ; je crois à/en. La syntagmation, qui est la première forme de la paramétrisation, entraîne généralement un resserrement du sens, presque paradoxal quand on on songe au fait que les mots se combinent en raison d'affinités sémantiques, que l'on décrit parfois comme une redondance ou une isosémie (je laisse les mentalistes combiner des pensées et des entités dans la théorie des opérations sémantiques le terme technique désignant le recoupement sémantique de deux unités lexicales distinctes est l'homosémie (la relation d'intersection) et son contraire l'hétérosémie).
Si la préposition n'est pas réellement discriminante avec la première série (A) que présentent les Le Bidois (on peut discuter des emplois, comme avec π atteindre une chose ⋁ atteindre à une chose), la deuxième série (B) est diagnostique : A aborder, aider, applaudir, atteindre, contredire, fournie, goûter, habiter, insulter, monter, persuader, présider, rêver, satisfaire, souscrire, suppléer, toucher, viser, etc.
B penser une chose, penser à une chose ; tenir un livre, tenir à un livre ; toucher un chèque [une somme], toucher à ses revenus ; assister qqn, assister à un concert ; prétendre qqch, prétendre aux honneurs [à qqch].
‘de’ a ses adjectifs, comme ‘à’ : absent, distant,distinct, exempt, indépendant, inséparable, natif, veuf [sans doute au sens de {privé de/dépourvu de}]. Si je ne signale pas les catégories, c'est qu'elles reprennent les étiquettes mentalistes (la cause est là) ou bien celles des circonstances, dont j'ai fait le sagittal des relations (moyen, manière, instrument, etc.).
Autre série d'adjectifs se syntagmant à ‘de’ : content, envieux, fâché, fier, fou, furieux, heureux, honteux, ivre, joyeux, las, malade, reconnaissant, satisfait, soucieux, triste [cf. obligé de].
‘de’ et ses séries verbales : bénéficier, déchoir, découler, disconvenir, douter, jouir, regorger, etc. ; s'abstenir, s'enivrer, s'enquérir, s'éprendre, s'indigner, se méfier, se moquer, se réjouir, se repentir, se soucier, se souvenir, etc. ; abuser, accoucher, approcher, décider, dépasser, descendre, discuter, essayer, fournir, hériter, manquer, prétexter, protester, raisonner, rêver, songer, tâter, etc.
‘de’ + infinitif. désirer, souhaiter, espérer [le ‘de’ appartient à l'ancienne langue, disent Le Bidois et Le Bidois]. Série où ‘de’ est obligé : cesser, dédaigner, entreprendre, essayer, finir, oublier, promettre, proposer, refuser, regretter, risquer, tenter, etc. Selon les Le Bidois le ‘de’ n'a ici aucun sens en raison de leur construction SO [V+N] : π cesser un travail, craindre le froid. Si l'on a envie de remplacer l'indéfini par le défini dans le premier exemple, on ne comprendre pas le raisonnement pour le second, comme il n'existe pas de parallèle à cesser de travailler = ‽ craindre de refroidir. Le lecteur peut se livrer à un petit contrôle sur les autres : oublier de finir = ‽ oublier la fin.
‘par’ savoir par cœur, prendre par [la main], appeler par son nom ; revenir par le bois, par un beau matin ; commencer/débuter par, finir/achever par ; se rendre [célèbre] par [ses exploits] ; attaqué par, prise par, enveloppé par, excité par [le vin], secoué par, battu par, faire habiller par, se faire servir par, etc.
‘pour’ partir pour [destination], le départ est pour [temps], vivre/mourir pour [but], π ce cœur s'est-il brisé pour avoir trop aimé (Leconte de Lisle), [cause, selon Le Bidois et Le Bidois] ; notez qu'on peut dire ou écrire d'avoir trop. Je n'ai pas trouvé le présentatif ‘pour ce qui est de’. Idem dans le PRE, sauf en glose.
Les autres propositions (‘en’, ‘dans’, ‘sur’, etc.) on se reportera à l'annexe. En terminant ici, je voudrais signaler que malgré leur qualités les Le Bidois prennent souvent leur désir pour des réalités : ainsi en prenant à bras-le-corps deux des plus sérieux lexicographes du XIXe siècle au sujet de « n'avoir pour arme qu'un bâton » pour y plaquer ‘comme’ en y voyant une égalité, c'est chercher une mauvaise querelle. En particulier parce que ‘comme’ a le sens que Littré et Hatzfeld (+Thomas et Darmesteter) donnent à ‘pour’, c'est-à-dire {en qualité de} ⋁ {en guise de} : π prendre pour bouclier le couvercle d'une poubelle [bac à ordures].
En. Rapport d'intériorité, disent Le Bidois et Le Bidois, c'est-à-dire une chose contenue dans une autre : rapport spatial ou temporel, ou encore figuré. J'ai noté la chose, parce que le premier exemple sur lequel je tombe, avec le gérondif, ne concorde pas. Il n'y a pas d'intériorité dans en hurlant, en chantant, en regardant non plus que dans π vous parlez en soldat ≍ {en tant que} et si l'on paraphrase ℘ du point de vue du soldat, on a un rapport d'extériorité.
Il semble surtout que les « autres prépositions » (entendre : que ‘à’ et ‘de’) soient plus ou moins en friche. Pour ‘dans’ les Le Bidois se contentent de signaler qu'il n'est pas nécessairement interchangeable avec ‘en’. Seul détail vraiment utile, le fait que ‘dans’ ne s'emploie pas devant un pronom personnel, mais dans une curieuse construction de Maupassant : π l'épouvantable peur entrait en moi.
‘avec’ a droit à un meilleur traitement : « cette préposition marque essentiellement la communauté dans le lieu (co-situation) ou dans le temps (simultanéité) et, par extension, le moyen, l'instrument, la manière. » Le Bidois et Le Bidois relèvent sept types d'emplois, dont deux que je dédouble dans le tableau ci-dessous, où les exemples sont librement adaptés et parfois empruntés au PRE.

‘sur’ On se reportera à ma communication déjà ancienne. Les Le Bidois cite comme emplois la position (sur un arbre), direction (se jeter sur l'ennemi/sa proie ⇩* ; cette pièce s'ouvre/donne sur la rue), rapports temporels [par analogie, ajoutent Le Bidois et Le Bidois] (sur ces entrefaites ; allez sur ses soixante-dix ans**) et la postériorité (sur ce, je vous quitte ; je m'étais couché sur ces bonnes paroles).
⇨* Il me semble qu'il s'agit plus d'un but [d'un mouvement] que d'une direction (il suffit de contrôler par paraphrase) ; ** Ici par contre on a une direction dans le temps [spatialité temporelle].

‘entre’. Les Le Bidois présentent le sens de cette préposition entre guillemets sans indiquer de source : « dans l'intervalle qui sépare deux choses, ou deux personnes » [ce n'est pas Littré]. Elle peut, disent-ils aussi, se faire suivre d'un nom ou d'un pronom, π je pense, entre nous, que ; ils se consolaient entre eux. S'il se rapporte à plus de deux êtres, ‘entre’ prend le sens de {parmi}/{au milieu}, π vitrail tragique entre tous. Le paramètre ‘entre autres’ s'emploie dans le voisinage immédiat d'un nom auquel l'indéfini ‘autres’ peut se rapporter. Nos grammairiens condamnent donc la formule d'Abel Hermant citée par Grevisse : π je lis ceci entre autres.
Trois temps. A ‘dès’, ‘depuis’, B ‘durant’, ‘pendant’, C ‘après’ A : ‘dès’ (postériorité)et ‘depuis’ (continuité) marquent le point de départ dans le temps. ‘dès’ s'emploie avec un passé ou un futur, π ils s'aimaient dès la plus tendre enfance ; demain, nous partons dès l'aube. ‘depuis’ suppose une action-ligne ou un état qui dure : π depuis six mois, loin de toi ; je l'aime depuis que je l'ai vue. Elles régissent aussi un CC [complément circonstanciel] de lieu, condamné par Le Bidois et Le Bidois dans le cas de ‘depuis’, π dès le vestibule, je la devinai dans l'ombre ; depuis la terrasse, le panorama est imprenable. ‘depuis’ se construit avec ‘jusqu'à’ et peut se passer de régime, π il est là depuis. [suppose l'énoncé préalable d'une continuité].
B : ‘durant’, ‘pendant’. Le premier, en raison de son origine participiale, se placer après le nom, π il travailla ferme six heures durant ; cf. π ils s'injurièrent pendant une heure. Les deux indiquent la simultanéité, plus longue ou totale avec ‘durant’ (cf. π la vie durant) et qui peut n'être que partielle avec ‘pendant’ π je l'ai entendu faire les cent pas pendant la nuit. C : ‘après’, selon les Le Bidois, marque ce qui est plus loin dans l'espace ou postérieur dans le temps. Cette succession peut sembler peu naturelle : effectivement, le PRE donne d'abord la valeur {postérieurement dans le temps} et développe mieux la spatialité (orientée) et le mouvement (Le Bidois et Le Bidois parlent de direction) et la subordination hiérarchique, π maître après Dieu.
D : ‘près’, ‘proche’. Valeur : {à peu de distance}. ‘près’ peut marquer le mouvement et la situation (toujours chez les Le Bidois), π n'allez pas près du puits ; des groupes près des meules. ‘proche’ n'est plus courant, sauf comme adjectif, bien sûr, et dans la locution ‘de proche en proche’, malgré qu'en aient les Le Bidois. ‘près de’ se construit avec un infinitif : π les démarches étaient près d'aboutir. ‘près de’ au sens de {auprès de} est comparatif.
‘hors’, ‘hormis’, ‘en dehors de’. π hors ce contrat primitif, la voix du plus grand nombre ; hors de portée. π hormis les mots et les idées, tout lui semblait sans intérêt. π elle ne recevait plus personne en dehors de M. le Curé.
‘outre’, ‘en outre’, ‘en plus de’, ‘en sus de’. L'explication de Le Bidois et Le Bidois n'est pas très claire : « le terme régi se trouve dépassé dans l'espace (sens propre) ou en quantité (sens figuré). » Valeurs que donne le PRE : au-delà de, π outre-tombe ; en plus de, π la salle pouvait contenir, outre les douze cents députés, quatre mille auditeurs. (addition selon les Le Bidois), π en plus de son travail, il suit des cours ; π en sus des frais, le client doit...
‘jusque’. « introduit le terme-limite qu'on ne dépasse pas (dans l'espace ou dans le temps). » Toujours suivi d'un adverbe ‘alors’, ‘ici’, ‘là’, ‘où’, ou d'une autre préposition et de son régime : ‘à’, ‘dans’, ‘chez’, ‘en’, ‘sur’, ‘vers’, etc. π attendez jusqu'à demain ; jusqu'à hier il avait encore la fièvre. π il est allé jusqu'à prétendre ; tout le monde, jusqu'au maire, était là ; pousser la méchanceté jusqu'au sadisme.
‘parmi’. [nom, nominal plur. ou collectif]PRE π contente d'aller libre parmi les choses inconnues ; disséminées parmi les arbres ; [appartenance]PRE faire scandale parmi les lecteurs.
‘vis-à-vis’. [Emprunts faits au PRE] π des statues placées vis-à-vis l'une de l'autre ; l'un vis-à-vis de l'autre. Valeurs : {en face de, en présence de, devant} π j'en rougis vis-à-vis de moi-même (Flaubert). Valeurs : {en regard, en comparaison de} : π ma fortune est modeste vis-à-vis de la sienne. Emploi critiqué : exprimant une relation, avec la valeur {envers [qqn]}, π il s'était engagé vis-à-vis d'elle (Maupassant).
Pour un traitement peut-être plus systématique des prépositions, on peut se reporter aux suppléments de la Présentation alphabétique et chronologique de la théorie des opérations sémantiques, Az.
Une note encore : en lisant les grammairiens tentés par les classements, on est tenté de voir qu'ils sont dupes du contexte (j'entends ce terme au sens strict d'environnement verbal et même lexical dans une proposition ou une phrase ⇩*⇩) ; je veux dire par là qu'ils attribuent souvent au moyen de joindre ce qui revient à ce qui est joint, soit, sous forme de schéma, ils donnent à la préposition la valeur qui revient aux unités que celle-ci relie : V+Prép+N, V+Prép+N, N+Prép+N, N+Prép+V, Adj+Prép+N. Le cas de la conjonction est sans doute différent, mais il y a certainement matière à examen et réflexion : V+Conj+V, V+Conj+N, P+Conj+P.
⇨*⇨ La distinction se fait entre contexte contigu et contexte non contigu dans les conditions de la règle d'inférence (on évitera de considérer un alinéa comme le contexte d'un mot [à ce moment-là, le même alinéa aurait pour contexte le texte entier]).
Cf. je viens de Luxembourg, je suis de Luxembourg, je suis à Luxembourg, je vais à Trèves, je pars pour Nancy, je retourne à Bastogne, je reviens pour vous, je n'y suis pour personne, je suis passé par Bâle, je suis passé à Strasbourg, passer au tableau, j'arrive de Paris ; cf. ‘vers’, ‘sur’, ‘dans’, ‘en’ ; π passage de Vénus, passage de la ligne, passage de Toulon à Alger
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