| PARADOXE ⇨ antilogie |
| description /PL 1918 | Opinion contraire à l'opinion commune. |
| exemple /ibid. | Le mouvement de la terre fut longtemps un paradoxe. |
| Suppl. 2010 | Le TLF recense une variété de paradoxes (et d'acceptions du mot), mais pour la logique signale cette définition : « Paradoxe logique. "Raisonnement dont l'erreur, non apparente, est déduite du fait que sa validité détruirait tout le savoir. Le paradoxe le plus connu est celui du menteur. Le menteur dit «je mens», phrase équivalente à sa contradictoire «je ne mens pas»" (Thinès-Lemp. 1975). » |
| bis | Il répercute aussi le paradoxe que ma mémoire persiste à présenter sous les dehors d'un service à thé comprenant tous les services à thé : « Paradoxe de Russell. "En 1905, Bertrand Russell montre que la notion d'«ensemble des ensembles qui ne sont pas éléments d'eux-mêmes» est contradictoire" (Encyclop. univ. t.6 1970, p.265, s.v. ensembles). » |
| [2012] | Où le bât blesse. Je n'ai pas la forme anglaise sous les yeux, mais l'universelle contribue certainement pour une grande part à la confusion. Il est certain qu'un ensemble élément de lui-même est aussi contradictoire. Il n'est pas difficile de montrer que le cercle qui se contient ne peut pas être distingué du cercle contenu. C'est plus évident avec les services à thé : si vous réunissez tous les services à thé du Royaume-Uni dans une salle du château de Windsor, l'ensemble des services à thé de Manchester n'est pas un service à thé, pas plus que le contenu de la salle des services à thé n'est un service à thé. — 'intérêt du service à thé, c'est qu'il contient de quoi former de nouveaux ensembles, comme l'ensemble des petites cuillers, des soucoupes, etc. Moins facile avec l'ensemble des éléphants d'Asie et l'ensemble des éléphants d'Afrique ou l'ensemble des éléphants des zoos. |
| PARADOXE DE GOODMAN ⇨ sur le web : Hempel |
| version GDEL | Soit le prédicat φ ‘être blanc et être observé postérieurement à t’. t étant l'instant de la dernière observation de n cygnes blancs. D'après la règle de généralisation, on devrait avoir ∀x [φ(x) ⇒ ˥φ'(x)]. |
| soit | Dans l'avenir (après t), aucun cygne observé ne sera blanc. |
| note | L'exposition du paradoxe est différente sur Wiki et fait appel à une émeraude « vleu », mais comme dirait George Boole c'est l'incidence de [couleur de] la chaussette du Capitaine sur le calcul de son âge. || Nelson Goodman (1906-1998) semble avoir influencé de façon déterminante la pensée de Popper, à moins que ce soit l'inverse. Cf. Hempel (Carl Gustav), aussi connu pour un paradoxe (au moins, de 1945) est son contemporain absolu, avec une seule année de différence dans un sens et dans l'autre (1905-1997). Hempel est l'homme des corbeaux « noirs », comme Popper l'homme des cygnes blancs. On remarquera que ces attaques contre l'induction ne l'empêche pas de se pratiquer quotidiennement et de bien se porter, quoi qu'en pense le logicien d'Omnis, comme on continue de généraliser malgré [contre] ce que pensait Hume. |
| complément | Il y a heureusement d'autres philosophes anglo-saxons que Hume, et notamment Hamilton (1788-1856), sur qui je suis tombé, à la recherche de Stuart Mill, dans le Précis d'histoire de la philosophie de Thonnard. Il est, à sa façon, le devancier de Silvio Ceccato, fondateur de la Scuola operativa, par sa formule qui semble préparer celle du chercheur italien : « penser, c'est conditionner » anticipe sur « penser, c'est corréler ». Pour Hamilton, l'objet cognitif est soumis à certaines conditions, dans la corrélation (!) entre lui et la conscience du sujet. Il ne reste plus qu'à étendre les corrélations d'objet en objet. |
| PARAMÈTRE ⇨ condition paramétrique |
| description/1987 | Désigne toute expression de la langue dont les positions déterminent une interprétation indirecte en raison d'une anisosémie [hétérosémie] (non-intersection). Au lieu de parler de figement (relatif, et qu'on peut remotiver) on parlera de "constante" discursive (ou de paramètre), et de stabilité d'assignation ⇩ cf. instanciation. |
| origine | l'écrivain Jean Paulhan |
| remarque | Comme condition le paramètre se représente par la lettre grecque phi ‘φ’. |
| exemple | φ Tout songe est mensonge ⇔ les rêves sont toujours trompeurs.
φ[avec le temps] |
| note ⇨ | Contrairement à ce que se figurait mon jury, l'emploi d'assignation est parfaitement honorable, comme me l'ont démontré mes lectures au XIXe siècle pour la préparation de « De l'inférence sémantique ». Je remercie Gallica (BNF) de son concours. |
| [2012] | L'emploi de « au » est conscient : je considère cette incusion dans le passé comme un voyage dans le temps. |
| PARAPHRASABILITÉ ⇨ principe |
| description/1987 | Ce principe pose de façon indiscutable la paraphrasabilité en critère du sens. Ne peut être considéré comme valeur sémantique ou condition du sens que ce qui entre dans la formulation d'une paraphrase. Il s'agit également du critère de sémanticité : un énoncé ou fragment d'énoncé ne peut avoir de sens que s'il est paraphrasable. |
| exemple/m. d. | Cf. la situation nous interdit d'espérer ℘ « Les circonstances nous privent de tout espoir ». |
| remarque | [2008] On admettra au moins deux distinctions à faire en ce qui concerne la paraphrasabilité et la paraphrase en général. La première tient à la différence évidente entre une manipulation syntactique et la formulation d'une équivalence sémantique et la seconde entre une paraphrase du sens et celle qui résulte de la reformulation du sens en termes de signification, c'est-à-dire incorporant les données axiologiques, doxologiques et idéologiques que peut y corréler un sujet-interprète. Si la première distinction est facilement vérifiable, bien que souvent contestée, la seconde est plus difficile à établir, le sujet qui interprète se défendant généralement de laisser ses convictions influencer sa compréhension.
En outre, comme je travaille essentiellement sur des sources écrites, les dictionnaires modernes sont moins sujets à trahir leur axiologie (l'un tient lieu des trois) que les ouvrages plus anciens. La troisième possibilité se situe dans l'interstice entre la paraphrase transformationnelle (passivation) (Paul bat Philippe → Philippe est battu par Paul) et la paraphrase sémantique (une personne du nom de Paul donne des coups à une autre du nom de Philippe) et tient à la prétendue différence de sens qui apparaîtrait dans la passivation ; il s'agit naturellement d'une distinction entre le sens et l'ordre de référence. À ce titre, l'expressivité stylistique entraîne le même effet référentiel, sur lequel se greffe naturellement les valeurs de signification. Voir ci-dessous « paraphrase », où je cherche à prendre mes distances avec le principe devenu plutôt encombrant, faute de corroboration suffisante dans la réalité |
| exemples | Différence entre la surcharge référentielle-idéologique de deux dictionnaires : Avancer en file indienne, à la file indienne, immédiatement l'un derrière l'autre comme faisaient les guerriers indiens. (PRE) ⊼ en ou à la file indienne, immédiatement l'un derrière l'autre, comme font les Indiens d'Amérique lorsqu'il marchent « sur le sentier de la guerre » (PL 1918).
Paraphrase sémantique partielle : l'araignée file sa toile (PL 1918) ⊼ l'araignée tisse sa toile (PRE). Cf. fidèle jusqu'au tombeau → la mort. La formulation de Grevisse est révélatrice en ce qui concerne le passif : « le sujet subit l'action ». Il note toutefois que certaines formes sont en réalité de simples adjectifs attributs — la rue était obstruée. Voir la suite des exemples dans les fiches suivantes.
|
| rappel [2010] | On se souviendra de l'observation pertinente de J.-Cl. Milner au sujet de l'imparaphrasabilité des objets (de leur « nom ») : la seule possibilité consiste à fournir une « description portative » ou un superordonné (classe de dénotés). |
| [2012] | On a compris que si j'avais creusé la question à l'époque (85-87) j'aurais peut-être dès ce moment aménagé une place à la dénotation qui se distingue sémiotitquement du sens. Dans l'exemple « la rue était obstruée » ‘voie’ peut convenir ou, plus librement, ‘passage’. |
| PARAPHRASE I ⇨ paraphrase ; périphrase |
| définition /LL | En linguistique, grammaire de paraphrases désigne une forme de grammaire générative qui s'intéresse aux relations de paraphrase : dans quel cas peut-on dire qu'un énoncé est une paraphrase d'un autre énoncé ? Quelles sont les règles qui permettent de passer d'une phrase à une autre phrase de même sens, qui pourrait apparaître dans le texte à la place de la première ? |
| exemple /ibid. | Une table qui est en bois → une table en bois |
| complément /Petit Robert | Phrase synonyme d'une autre (ex. Jean aime Louise → Louise est aimée de Jean). — Expression de plusieurs mots qui est synonyme d'un mot. |
| Suppl. 2010 | Le Petit Larousse 1918 la définit comme « explication ou traduction plus étendue que le texte. Par ext. Discours, écrit long et diffus. Fam. Interprétation maligne. » |
| définition /RD | La paraphrase d'un énoncé comme un énoncé qui a le même signifié, mais un signifiant différent. |
| note | Selon Josette Rey-Debove, le terme ne doit pas s'employer pour les unités inférieures à la phrase. Un mot a une périphrase, groupe non codé de plusieurs mots pouvant être substitué au mot et qui a le même désignatum ou le même signifié. Cf. la « description portative » mentionnée plus haut. |
| remarque | Greimas cherche à distinguer deux types de paraphrase, le premier serait substitutif et dénotatif et le second oblique et connotatif, dont la fonction serait de désambiguïser l'énoncé premier par référence au contexte de l'énoncé ou à l'instance de l'énonciation. |
| observation | Dans le dictionnaire de Greimas et Courtès, « contexte » désigne le texte avant et après l'unité considérée. Pour « instance », la chose est moins claire, bien qu'on trouve l'expression ‘mode de présence’. |
| complément | Selon Milner (1973) et Culioli (1976), phrase et paraphrase partagent l'appartenance à une famille de phrases associées ou de paraphrases ; cette notion est déjà présente chez Harris. Pour Wunderlich et Brekle (1974), il y a trois sortes de paraphrases : lexicale, déictique et pragmatique, tandis que pour Martin, il n'y en aurait que deux : linguistique et pragmatique. |
| PARAPHRASE II ⇨ corrélation |
| description/1987 | Critère du sens. La paraphrase dont il est le plus souvent question dans la théorie est un cas particulier de la relation paraphrastique : la paraphrase d'élucidation qui existe dans une métalangue préthéorique et où la théorie intervient pour faire de la paraphrase (disons) d'un syntagme la combinaison des valeurs assignables à ce syntagme ainsi que les conditions qui les verrouillent. On peut aussi la considérer comme la linéarisation du sémème*. La relation paraphrastique proprement dite obéit aux contraintes d'homosémie et d'isosémie. |
| exemple | Le Petit Larousse 1918 donne une paraphrase comme premier sens du verbe ‘haïr’. Vouloir du mal à qqn.
[2008] L'exemple rebattu de X bat Y mérite cependant une rallonge. D'une part situationnelle ou contextuelle, selon le cas. Si l'énoncé comportait une indication de circonstances (aux échecs, à la course) la paraphrase syntactique demeurerait la même, mais il y a de fortes chances que les deux paraphrases sémantiques ne puissent s'appliquer. Je parle ici de ℘ « Pierre donne de coups à Justin » et ℘ « Justin reçoit des coups de Pierre ». |
| *note | La désaffection de la sémantisation pour le sème entraîne la mise à l'écart du sémème, contrairement à ce que j'écrivais entre 92 et 98. La théorie des opérations sémantiques réhabilite le mot et le sens. Le « signifiant » redevient ce qu'il était, une forme, qui ne signifie que par interprétation (son sens et sa dénotation sont conditionnels). Cf. énantiomorphe, punais. |
| MAJ | relation d'équivalence entre deux énoncés (P ⇔ Q) ou entre un syntagme et son sens (a+b ⇔ P) ; ex. une conscience délicate est une conscience scrupuleuse. |
| observation | Flahaut (1978) remarque que le procédé (la paraphrase) par lequel on fait comprendre ce qu'on veut dire et on s'assure qu'on a compris est banal (je souligne), mais ce qui l'est moins, c'est que le procédé n'est pas nécessairement efficace ni répandu. Je l'ai d'ailleurs très tôt écarté de la règle où elle était considérée comme dernier constituant lorsque je me suis aperçu que quoi qu'en dise Flahaut, malgré sa banalité, la paraphrase n'est pas d'un usage courant chez le locuteur moyen.
Par contre, ce qui est fréquent, c'est le jugement de banalité porté sur une chose souvent entendue sans qu'elle ait été comprise. D'un point de vue axiologique, cela suppose chez le sujet parlant des catégories mentales du type banal|pas banal qui permettent de trier les événements ou les énoncés et les énoncés sur les événements. |
| [2012] | La remarque de Flahaut n'est donc pas perdue. |
| PARATAXE ⇨ asyndète ; zeugme |
| description /DLL | Dans une parataxe, deux phrases syntaxiquement indépendantes sont liées dans un rapport de subordination implicite grâce à l'emploi d'une courbe mélodique commune qui dispense de l'usage d'une conjonction. |
| exemple /ibid. | « Je dois partir : je suis en retard. » Le fait que la chute mélodique caractérise seulement retard, au lieu de partir et retard comme cela se produirait si les deux phrases étaient maintenues séparées, aboutit à unir les deux phrases dans un rapport de dépendance qui se révélerait dans l'hypotaxe par l'emploi de la conjonction « parce que ». |
| observation | Pour ingénieuse que soit l'explication, elle fait absolument abstraction du sens et du fait que la suite de phonèmes puisse céder la place à une suite de caractères imprimés. On peut avancer que la première proposition implique la seconde, dans la mesure où une obligation entraîne une explication. On notera que je m'en tiens à un niveau « propositionnel » du sens (SV/SVO). La deuxième proposition pourrait être : « on m'attend », ou « mon train n'attendra pas », ou encore « je me suis déjà trop attardé ». |
| PARCOURS I (au sens de l'énonciation) |
| description /Guillemin-Fleschernote | Le parcours au sens où l'entend A. Culioli est une opération de quantification qui consiste à passer en revue tous les éléments ou toutes les occurrences d'une classe ou d'un ensemble sans en distinguer aucune. Ainsi on a (1), où toutes les occurrences possibles de Saturday sans en privilégier aucune. Elles sont substituables les unes aux autres. Si on a (2), on prend n'importe quel élément ayant la propriété fool que l'on pourrait substituer à n'importe quel autre élément ayant la même propriété. |
| exemple /ibid. | 1) He played football on Saturdays ; 2) Any fool could tell you that. |
| observation | G-F applique ensuite cette notion à une série de relations que décrivent les énoncés. Ce n'est pas tout à fait ainsi que je conçois le parcours (qui se traduirait par scanning) qui est une opération cognitive appliquée à des paradigmes linguistiques, référentiels et idéologiques (axiologiques et doxologiques), et dont l'issue normale est la détermination (sélection) d'un candidat. Dans l'exemple (1) de Guillemin-Flescher il n'y a parcours qu'en cas d'interprétation. Au même titre que pour l'emploi de he : en situation, le récepteur cherchera à qui appliquer le pronom. |
| note | Tiré du glossaire de sa Syntaxe comparée du français et de l'anglais Problèmes de traduction. Jacqueline Guillemin-Flescher s'inspire beaucoup de la théorie de l'Énonciation d'Antoine Culioli. |
| PARCOURS II [de classes] ⇨ générique ; boucle ; primitif |
| description/1987 | Opération consistant à passer en revue les termes (ou les sèmes) d'une classe, dans une progression vers l'abstrait ou le concret dans le cas de classes hiérarchisées, dans un sens comme dans l'autre dans le cas de classes d'extension, comme celles de candidats à l'anaphore ou à la référence. |
| exemple | Cf. interdire ⇘ défendre ⇘ prohiber ⇘ DÉFENDRE (boucle terminale = synonymie) ; la juxtasémie mettrait en rapport avec ‘empêcher’ et ‘priver de’. Comme il y a boucle dans l'exemple, il peut se réécrire : interdire ⇘ défendre ↹ prohiber
[anaphore] « Pierre a rencontré Luc à la poste, en compagnie de Paul. Il [?=Paul, Luc, Pierre] était venu poster un colis. » (exemple emprunté à A. Culioli). |
| synonyme | Le terme de chemin générique désignait dans un premier temps le parcours de la classe d'inclusion ; ce dernier n'est d'ailleurs qu'une orientation de la métasémie de et son parcours. |
| rem | Pour féconde que paraisse la notion de prime abord (comme les fameuses séries paradigmatiques de Saussure), à l'application on s'aperçoit qu'il s'agit plus d'une construction théorique (sinon d'une vue de l'esprit) que d'un fait observable à coup sûr et d'un emploi généralisé. Si je maintiens les notions de paradigme et de parcours dans les descriptions de la règle, il faut admettre que les deux, le paradigme comme le parcours, sont limités dans la réalité, qu'il s'agisse d'observations de sujets parlant en phase d'interprétation ou de vérification sur le modèle analogique du fonctionnement que présente le dictionnaire.
Si les reconstructions génériques se heurtent vite aux boucles synonymiques primitives dans un dictionnaire fourni comme le PRE (plus rapidement encore dans un Larousse d'il y a 90 ans minimum), il faut croire que le locuteur ne pourrait systématiquement remonter que de quelques crans ; quant au parcours vers le bas (du genre vers l'espèce, du superordonné au subordonné), il faut s'attendre à des résultats plus décevants. Cette démarche « descendante » est particulièrement délicate à construire à partir du dictionnaire, puisque celui-ci est « tourné » vers la généralité (de l'inconnu au connu).
On appliquera la même économie donc que celle qui tombe sous le sens avec la recherche de candidats anaphoriques ou cataphoriques (anaphore prospective). Dans une lecture, on n'est pas habituellement contraint de remonter deux paragraphes plus haut pour trouver le nom auquel renvoie l'anaphorique. Et l'anaphore prospective ne dépasse pas normalement le cadre immédiat (empan visuel) de l'énoncé. Naturellement mon propos ici est général et les « encyclopédies personnelles » sont souvent étonnantes. |
| PARTIES DU DISCOURS |
| description | Classes de mots au nombre de neuf, caractéristiques des grammaires traditionnelles, mais conservées dans la plupart des syntaxes modernes |
| exemple /DL | nom, pronom, verbe, adjectif, déterminant (article), adverbe, préposition, conjonction, interjection. |
| note | Certaines sources (notam. le Petit Larousse 1918) font état de dix parties du discours : nom, article, adjectif, pronom, verbe, participe, adverbe, préposition, conjonction, interjection. |
| PÉRIPHRASE ⇨ paraphrase |
| définition /PL 1918 | Procédé qui consiste à exprimer par plusieurs mots ce que l'on aurait pu dire en un seul : |
| exemple /ibid. | la ville lumière pour Paris ; le roi des oiseaux pour l'aigle ; l'astre de la nuit pour la lune. |
| exemple /Verest | Au lieu de dire simplement : je crains le Tout-Puissant, Racine écrit : Celui qui met un frein à la fureur des flots Sait aussi des méchants arrêter les complots. |
| [2012] | En toute justice, il faut signaler que Verest ne peux pas savoir quelle était l'intention de Racine. |
| remarque | Si l'on suit le PL 1918, Verest fait lui-même une périphrase, puisque le quatrième vers, se lit Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre crainte. La périphrase comme circonlocution est le propre d'une société et d'une époque données. L'exemple que le PRE donne de Gautier (qui dit « en ce temps »), fait de Jules Janin « le prince des critiques ». Cf. Aristarque ⇔ critique juste et éclairé. La culture classique est un musée de périphrases. Certaines ont survécu : le fléau de Dieu. |
| DLL | Ce dictionnaire donne la définition de périphrase en lexicographie sans faire état de ce qu'en disait Rey-Debove. « Ensemble de deux ou plusieurs mots formant une lexie ou considéré comme ayant un seul signifié : pour le moment, tireur isolé (ce dernier considéré comme une périphrase en français par rapport au mot anglais sniper). Les formes verbales composées sont un cas particulier de la périphrase (dite périphrase prémorphologique), qu'il s'agisse d'un auxiliaire avec participe (j'ai mangé) ou d'un semi-auxiliaire avec infinitif ou participe (il est venu en courant). Il va écrire est un futur périphrastique. » L'article est signé Brian Gill. |
| [2012] | « Il va écrire » pourrait très bien être considéré comme une intention que l'on prête à qqn, suivie, par exemple de « j'en suis sûr ». L'obsession du classement peut mener loin ou empêcher d'avancer, c'est selon. |
| PHRASE I ⇨ agrammaticale ; interprétation ; compréhension ; ambiguïté |
| définition | Unité grammaticale possédant des caractéristiques prosodiques ou typographiques et que l'on peut définir par des règles de bonne formation syntaxique ou par des propriétés sémantiques. || (grammaticale) phrase bien formée en ce qui concerne la syntaxe, à l'exclusion de toute considération sémantique |
| exemple /PL 1918 | Le corps appesantit la vieillesse. |
| remarque | Les théories linguistiques et sémantiques des années 70, notamment anglo-saxonnes, faisaient de l'interprétation des phrases un obligé, en regard de leur cohérence interne. Ce qui est normal, dans la mesure où le modèle était celui d'une grammaire, qui s'étendait jusque dans les sémiotiques. Smith et Wilson font une distinction intéressante entre le « sens » d'une phrase et l'interprétation d'un énoncé (utterance). On dira plutôt l'interprétation d'une phrase [proposition] et la signification d'un énoncé. Car les deux (qui sont souvent les mêmes) font l'objet d'une interprétation. La différence réside dans le fait qu'une phrase devient un énoncé quand on la dote d'une signification, c'est-à-dire quand elle s'inscrit dans des coordonnées référentielles et fait appel à une série de jugements de valeur, de points de vue différents. |
| note | Smith et Wilson font naturellement allusion à la pragmatique, où les croyances, les occasions et les « principes de conversations » jouent un rôle. Le PL 1918 fait intervenir l'acception ‘deviner’ dans l'article interpréter, et bien que la phrase-exemple soit le syntagme « interpréter un songe », on ne perdra pas de vue que la conjecture joue un grand rôle dans la compréhension proprement dite. Plus techniquement, on pourra parler de l'hypothèse comme principe de déduction naturelle (≢ [par opposition à] formelle). |
| PHRASE II ⇨ paraphrase ; paraphrase ; consultation |
| définition/PL 1918 | Assemblage de mots présentant un sens complet. |
| exemple/ibid. | La phrase de Voltaire est généralement courte. |
| remarque | « Sens complet » (description scolaire d'apr. LL) a le sens ici d'autonomie en ce qui concerne la signification (cf. LL). Le critère déterminant a été formulé par Benveniste : « la phrase ne s'intègre pas dans une unité de niveau supérieur. » Les phrases n'ont ni distribution ni emploi (sauf certaines exceptions en petit nombre). Elle ne constitue pas une classe d'unités intégrables. Personnellement je tends à souscrire à cette conception, même si je me suis intéressé aux rapports qu'entretenaient les phrases en discours, dans un même texte, notamment en ce qui concerne les opérateurs sémiotiques, et compte tenu des observations qui suivent et qui militent en faveur de classes au sens de paradigme, mais sans intégration à une unité supérieure (discours ou texte). |
| métalexicographie | Dans l'étude des rapports entre le dictionnaire et son lecteur, la phrase de départ (en cours de rédaction ou en cours de lecture), dans laquelle se trouve le mot sur lequel on cherche confirmation ou infirmation, ou simplement information, est comparée à 1) la définition et aux acceptions de ce mot et 2) aux exemples, syntagmes, expressions, phrases et citations ou fragments de citation.
Le comportement du lecteur est donc plus souple que celui du linguiste, car du point de vue qui est le sien, on serait tenté de reconnaître l'appartenance à une classe aux phrases qu'il compare. J'en donne un exemple, qu'on rapprochera de l'exemple ci-dessus avec Voltaire. Le rapport que cherche le lecteur est un rapport d'intersection (sans le nommer comme tel, bien sûr), entre le sens de l'unité lexicale (qu'il possède ou qu'il a trouvé) et la phrase (la sienne ou celle du dictionnaire, v. ci-dessous). Il cherche une congruence ou une possibilité d'intégration ou de paraphrase. Il se sert implicitement d'une règle analogue au schéma de la règle d'interprétation sémantique : le mot ‘m’ dans toute phrase assimilable à la phrase ‘p’ a le sens ‘s’. |
| PL 1918 | Fénelon et Racine ont la phraséologie grecque. || La volonté, l'intelligence et la sensibilité sont les trois facultés maîtresses de l'homme. |
| [2012] | Σ maîtresses ⊢ {principales} ou {qui l'asservissent} ? |
| PHRASE-EXEMPLE ⇨ dictionnaire ; énoncé ; syntagme ; consultation lexicographique ; paramètre |
| description/1984 | Il s'agit des phrases complètes ou non ou des citations qui illustrent les sens (les acceptions) fournis par le dictionnaire ; la phrase-exemple est en général représentée par la lettre grecque pi minuscule ‘π-’ dans la théorie ; quand elle constitue un syntagme stable ou une locution, elle figure avant son élucidation et ici sera représentée par phi ‘φ’ (notation du paramètre).. |
| PL 1918 | π-homme vendu au gouvernement ≍ {gagné par l'appât de l'argent} |
| exemple/Petit Robert | π φPasser une chose par profits et pertes (ou par pertes et profits) ⇔ la considérer comme perdue, en faire son deuil. |
| remarque | Pour mémoire, le deuxième segment d'élucidation « en faire son deuil » ne pourrait figurer dans une application théorique de la règle à titre de valeur, en raison de sa nature figurée (négaréférentielle, ℟) et paramétrique.
|
| contre-exemple/PRE | « Le transport continuait sa route à travers l'océan Indien » (Loti). Cette phrase est donnée en illustration de transport de troupe, mais son potentiel illustratif est déficitaire. La seule contribution de la phrase est de l'ordre de la navigation : convoi, navire... |
| exemples divers | Les discussions dégénèrent souvent en cacophonies. · Les envieux ne cessent de tout dénigrer. · L'Irlande fournit de nombreux émigrants. · Les gaz sont éminemment compressibles. |
| t.o.s. | Notion qui, en métalexicographie, regroupe les exemples donnés par les dictionnaires, qu'il s'agisse de citations d'auteurs ou de syntagmes forgés à titre illustratif. S'oppose, dans la théorie, à la notion de phrase-occurrence, point de départ de la recherche du sujet parlant qui consulte le dictionnaire. Elle me vient des auteurs de l'excellent dictionnaire pédagogique Bordas, Maurice Davau, Marcel Cohen et Maurice Lallemand, ainsi que l'équipe dirigée par Armand Montagne. |
| exemple /Lexis | Un seul éplucheur ne suffira pas pour une telle quantité de légumes. |
| note | Le Robert électronique (PRE) ne donne pas d'exemple à ‘éplucheur’, mais à ‘épluchure’, on trouve : Épluchures de pommes de terre. Épluchures d'oranges. Balayer les épluchures. À ‘épluchage’ : Épluchage des légumes, des pommes de terre, des fruits. Corvée d'épluchage. |
| remarque | Matoré souhaite avec raison écarter tout fait de style des exemples de dictionnaire, alors qu'une certaine mentalité considère comme sa mission de « cultiver » le public qui consulte. Si l'on veut une lexicographie qui ressemble plus à une discipline lexicologique et moins à un art philatélique, la pertinence devrait intervenir dans la sélection de citations, s'il le faut, et écarter celles qui ne reproduise pas le sens de l'acception. C'est le cas de la citation que fait le Petit Robert de Martin du Gard : « une doctrine toute faite qui le rassure, le guide. », pour ‽{rendre la confiance, la tranquillité d'esprit à (qqn)} |
| observation | En fait, la représentation devrait être double, la virgule « dictionnairique » étant source de confusion. Soient {rendre la confiance à qqn} ⋁ {rendre la tranquillité d'esprit à qqn} ; l'empilement de définitions ou de péri/paraphrases se fait au détriment du lecteur qui consulte et de la discipline, en plus d'avoir un effet impressionniste. note [2010] : fréquent, à la longue, avec la consultation du TLF. |
| [2012] | Je ne devrais pas m'élever contre le caractère impressionniste de certains articles de dictionnaire, puisqu'il confirme le caractère aléatoire du sens que postule la théorie des opérations sémantiques. |
| note sur la fiche | Fiche remaniée [2012] qui remplace les deux fiches portant sur la même notion. |
| PHRASE COMME PRODUCTION |
| Alfred Binet (1903) | « Lorsqu'on écrit des mots sans suite, on n'est pas obligé de lier ses idées, on se contente d'idées plus ou moins incohérentes tandis que lorsqu'on compose une phrase qui a un sens, on est obligé de faire un peu de logique, à moins, bien entendu, qu'on se contente de reproduire une phrase apprise par coeur, ou de paraphraser un lieu commun. » |
| Frédéric Paulhan (1889a) | « Quand nous traçons une phrase, les mots qui suivront celui que nous écrivons sont présents à l'esprit et tendent à s'associer aux images motrices qui accompagnent l'acte d'écrire quand nous écrivons un mot les lettres qui suivent celle qui nous occupe tendent aussi à passer avant elle et nous savons que la moindre inattention, la moindre négligence permet à ces tendances de se manifester, de là viennent bien souvent des hésitations, des lapsus, des oublis de mots ou de lettres, des confusions, qui mettent en lumière l'inhibition qui se produit normalement et qui cesse de se produire en ce cas. » |
| Antoine Meillet (1918) | « D'autre part, on ne parle que pour établir un lien entre deux notions, pour dire par exemple que Pierre est bon ou que Pierre vient. Si le sujet auquel on attribue quelque qualité ou quelque action est connu, on peut ne pas l'indiquer expressément; si l'on sait de qui il s'agit, le latin peut dire bonus est ou venit. Mais, le plus souvent, on est amené à exprimer dans la phrase à la fois le « sujet » et le « prédicat ». La grammaire d'une langue est l'ensemble des procédés par lesquels, dans cette langue, on groupe les mots. » |
| Henri Delacroix (1924a) | « Toute phrase est faite pour énoncer quelque chose. Donc elle comprend un prédicat » (Brugmann). |
| Henri Delacroix (1924a) | « La phrase est, nous le savons, l'expression linguistique d'une représentation synthétique, dont les éléments sont distingués et disposés suivant leurs rapports logiques. » |
| [Fiche ajoutée en 2010]. |
| [2012] | Sans chercher la petite bête, on se demandera en quoi consiste l'exercice auquel fait allusion Binet dans la citation : la prise de notes, sans doute, mais lorsque je la pratique, il y a généralement un rapport soit implicite, soit indiqué par une flèche. Idiosyncrasie ? |
| PHRASE COMME RÉCEPTION |
| Henri Delacroix (1924a) | « Toutes les parties de la phrase émise ou entendue doivent être toutes ensemble dans la conscience. » [Il est clair que les phrase de Proust ne comptent pas.] « La compréhension exige la présence simultanée du début et de la fin, la simultanéité du tout. » [commentant Steinthal & Lazarus] |
| [2012] | Unité provisoire dans la phase de référence dans le rélférentiel. |
| Alfred Binet (1902) | « Je ne me sens pas en mesure encore d'étudier ce tout organique qui constitue la phrase ; c'est un produit trop complexe pour que je puisse en faire l'analyse psychologique avec quelque précision. » |
| Lucien Arréat (1912) | « comme la valeur du mot est modifiée par son emploi dans la phrase. » |
| Henri Delacroix (1924a) | « La phrase est l'analyse verbale d'une pensée, c'est-à-dire d'une représentation complexe. La possibilité de penser et de parler en phrases est liée au jugement, à l'unité à la fois synthétique et analytique de la pensée. » |
| [2012] | Malgré la rapidité des opérations cognitives, il semble bien que le cerveau (la conscience) répugne à « penser » plusieurs choses à la fois (multitasking). Ex. si j'écris, j'entends, mais je n'écoute pas, sauf si l'on me dicte quelque chose. |
| Alfred Binet (1902a) | « Beaucoup de phrases, quoique comprises, ne produisent aucune image appréciable ; d'autres donnent lieu des images incomplètes, fragmentaires, qui illustrent une des parties de la phrase seulement, par exemple un nom d'objet familier ; aucune n'a fait jaillir une image assez complète pour comprendre le sens de la phrase entière. » |
| Henri Delacroix (1924a) | « Le mot est nécessaire à l'intelligence de la phrase. (...) La phrase est nécessaire à l'intelligence du mot. Nous avons vu qu'il ne reçoit son sens que par le « syntagme ». Le contexte [ici le sens est clair : environnement verbal] est nécessaire à la compréhension. » |
| Meyerson | « Retenons de là qu'il faut « que toute phrase énoncée ait un sens, qu'elle apprenne à l'interlocuteur quelque chose qu'il ignorait auparavant, c'est-à-dire que la proposition présente un contenu ». Le langage courant emploie souvent des expressions toutes faites comme « Un sou est un sou », ou encore de soi-disant (sic) « lapalissades » qui, en réalité, ne sont jamais tout à fait vides de sens ; il suffit, en effet, de réfléchir un instant pour s'apercevoir que le second terme, ‘sou’, du dicton n'est pas pris dans le même sens que le premier. » cité par André Metz (1934) |
| [Fiche ajoutée en 2010]. |
| [2012] | Meyerson télescope avec hardiesse : contenu = connaissance nouvelle = sens ??? Comme il était chimiste de formation, on l'absout. Pour qu'une phrase informe il faut qu'elle soit interprétée : on ne peut donc assimiler information et sens ou dénotation. Dans « Attention, le train va partir », il n'y a pas de connaissance nouvelle, ni sens abstrus ou absons, mais l'information résulte de l'interprétation correcte des dénotations. Quant au contenu, tout le monde sait qu'une phrase contient des mots et, impérativement, au moins un. |
| PLÉONASME I ⇨ tautologie ; synapsie ; montée |
| définition | Répétition dans un même énoncé de mots ayant le même sens, soit par maladresse, soit dans une intention stylistique |
| exemple | descendre en bas || je l'ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux, vu || (DL) suffisamment assez. |
| remarque | Le pléonasme dit vicieux est cependant normalisé par l'insertion dans la chaîne d'un déterminant, comme le remarque Liefrink (1973) |
| exemple /rem | un revolver à barillet défectueux, dont la paraphrase ne sera pas ℘ qui a un barillet, mais ℘ dont le barillet est défectueux. |
| PLÉONASME II ⇨ redondance |
| description (1980) | Effet résultant du passage au plan de la langue objet de sèmes non investis dans des lexèmes, mais transformés en lexèmes. Cf. filer 15 noeuds à l'heure. On notera que la montée (lexémisation) du sème correspondant à la relation d'interdéfinition n'entraîne pas d'effet pléonastique. |
| exemple | Les noctambules font la fête [/faire la fête/ est un applicatif]. |
| rem | [2008] L'intérêt pour les phénomènes de pléonasme s'est dissipé dès que la notion de redondance a cédé la place à une conception plus neutre du partage d'éléments descripteurs, celle de l'intersection ; les sèmes ont également perdu leur intérêt, aboutissant à des constructions mécaniques, dérivées des travaux déjà anciens de Bendix, sans rapport avec l'emploi réel de la langue). |
| [2012] | L'élément de sens a le mérite de ne pas prétendre à une généralité qui l'empêcherait de cerner ce qu'il y a de spécifique dans une interprétation, et surtout, de correspondre à l'intuition de Diderot. Comme le pressentaient Stuart Mill et Spencer, la métaconversion du mot est une solution qui correspond à l'économie de la cognition humaine. |
| POLARISEUR ⇨ attracteur ; homosémie |
| description/1987 | Unité lexicale ou expression représentant un hypothétique « centre sémantique de la phrase », à partir duquel semblent s'organiser les intersections. Les autres termes de la phrase seraient plus ou moins « éloignés » du pôle organisateur et présenteraient ainsi une hiérarchie décroissante, indépendante de la syntaxe proprement dite. Cette proximité sémantique est vraisemblablement typique des phrases-exemples de dictionnaires, et les phrases-exemples les plus polarisées sont aussi les meilleures illustrations : |
| exemple | « le [jeune]0 [voleur]2 fut [condamné]3 au [minimum]0 de la [peine]1 » — voleur et condamné reprennent des traits de ‘peine’, qui manifeste une plus grande concentration de « sèmes » ; les termes marqués de 0 sont « informatifs » plutôt que sémantiques : ce sont les différences qui d'ailleurs sont isosémiques à leur façon. ∥ Dans la phrase suivante :
« On enleva le voile de la statue à inaugurer. »,
c'est inaugurer, statue, voile et enlever qui sont, dans l'ordre, les concentrations de sèmes (le polariseur manifeste une intersection avec chacun des termes) |
| observation/2007 | L'apparition de la notion de polarisation sémique m'a conduit à préférer « homosémie » à la première idée, reprise à Greimas et Pottier, d'une isosémie-isotopie que j'appelais tout bonnement redondance en 1976-1979. En effet, le principe d'une distributivité égale des « sèmes » sur un énoncé doit être remis en cause si l'étude de la sémantisation ne peut démontrer une participation suffisante du contexte à l'investissement sémique d'une base. Le pôle sémique (il peut y en avoir plusieurs, à concentrations variables) est le terme (la base) qui comporte le plus d'intersections sémantiques dans le segment phrastique. Le polariseur ou attracteur (en théorie et au minimum) reprend un « sème » d'une ou plusieurs des autres unités lexicales, à l'un des niveaux d'analyse (le niveau correspondant à une position dans une classe paradigmatique). |
| mise au point 2008 | L'observation ci-dessus laisserait entendre que la théorie des opérations sémantiques s'attache encore à la description d'énoncés de manière statique, or il n'en est rien. Ces considérations appartiennent au pan descriptif de la théorie de la sémantisation de 1987, distinct du pan dynamique de la recherche sur les modalités [et les opérations] de l'interprétation sémantique. Aujourd'hui, seules les relations logico-sémantiques constituent un objet d'étude, en raison de leur intégration à la règle et non plus dans l'illusoire possibilité de décrire l'organisation du lexique ou l'incernable combinabilité des sens (ou des osni [=objets sémiotiques non identifiés]). |
| [2012] | En tentant de mener de front deux entreprises distinctes, j'étais un peu comme un équilibriste qui se mettrait à jongler déambulant sur son fil. Il y a une profonde contradiction entre une description de la phrase comme objet de la langue, qui se conduirait comme l'ancienne analyse logique, et la proposition comme suite de formes à interpréter. |
| POLYSÉMIE ⇨ homonyme ; monosémie |
| description | Caractère d'un mot qui, dans un dictionnaire*, présente plusieurs sens. || Phénomène par lequel une unité lexicale est dite avoir plusieurs sens (plus d'un au moins). S'oppose à la fois à l'homonymie et à la monosémie, celle-ci étant le propre des termes dits techniques ou scientifiques, comme si on voulait donner tort à Diderot qui se plaignait déjà de la multiplication des sens dans la langue des métiers. Mais il ne faut pas croire que les techniques ou sciences échappent à la polysémie : . Les sens changent naturellement avec les époques (pas toujours autant qu'on le croit), mais aussi selon les sources lexicographiques consultées. ‘Desquamation’ a deux sens en 1918 et en 2001, mais ce ne sont pas les mêmes. Le seul qui soit demeuré identique à lui-même étant le sens médical (et courant). Le sens géologique existait déjà lors de l'édition du LXX que je possède. De ce point de vue il existe un rapport entre polysémie et synonymie. Si l'homonymie comme fait semble résulter de la polysémie comme processus, la polysémie comme fait semble résulter de la figuration/extension de sens comme processus. |
| *note | Dans la langue, en tant que forme du lexique. Précaution inutile (Alpha, probablement). Car il est possible d'établir la polysémie en comparant les contextes où apparaît une même unité lexicale comme forme. — propriété du mot dans le lexique d'avoir plusieurs sens distincts, quoiqu'ils puissent être dérivés les uns des autres, et qui répond à la formule : forme{sens|sens|sens|sens|...} ; s'oppose à la monosémie « ordinaire » du mot dans l'énoncé. |
| exemple | affranchir ≝ rendre la liberté à un esclave ; exempter d'une charge ; payer d'avance le port d'un envoi ; délivrer. ∥ Au hasard, abreuver, absence, absorber, capucine, charbon, chatouiller, dérouler sont polysémiques. |
| obs. | Même un mot comme judicieux manifeste une certaine polysémie, c'est-à-dire qu'il semble avoir plusieurs sens (ou emplois, ou acceptions), et dont le nombre dépend du locuteur comme du dictionnaire ; le PL 1918 le fait « bisémique » et même si le Robert électronique [Petit Robert] n'a que deux subdivisions, on compte trois emplois distincts pour la seconde, dont la forme impersonnelle il serait judicieux de). |
| rem | Même si l'on fait la distinction (parfois difficile) entre sens, acception, emploi, règle générale le mot de la langue naturelle (≢ formelle/machine/artificielle) a plus d'un sens. Cela tient sans doute à la nature des signes linguistiques et la polysémie constituerait une autre forme de la disproportion du signe. On se souviendra de « l'équation » du Petit Robert : 60 000 mots et 300 000 sens, ce qui fait en moyenne cinq sens par mot. Les critiques venant de logiciens en général ne tiennent pas compte du rôle de la langue naturelle qui est bien plus étendu que celui auquel la logique peut prétendre. Un « langue bien faite » qui la concurrencerait comporterait au minimum 300 000 mots (la nomenclature du PRE n'est pas exhaustive [ni celle d'ailleurs du TLF], si tant est que le recensement de tous les éléments du lexique soit possible, indépendamment des locuteurs, comme le dépouillement analytique de tous les textes. Par ailleurs, j'ai eu l'occasion de signaler que les signes des logiciens subissent les mêmes aléas et les mêmes contraintes que les signes linguistiques : polysémie, synonymie et homonymie. |
| [2012] | Vers le milieu des années 80, une école (anglo-saxonne) apparentée sans doute au prototypisme retournait à la thèse monosémique en réduisant la polysémie à des « nuances » que connaîtrait le sens « unique » d'un mot et le dilemme d'une telle thèse comme une grande partie des efforts de ces chercheurs consistaient à raisonner sur ce qui rattache une nuance à l'autre. Sans jeu de mots, c'est aussi le sens de la démarche en question, en plus de marquer un recul très net dans la connaissance qui marquait un curieux retour aux débuts d'une sémantique qui se dégagait mal d'une rhétorique et se construisait sur la négation de ce qui permet d'isoler le sens : son équivalence, quelque relative qu'elle soit. Le logicisme mal compris pourrait avoir eu une influence : il est clair que les logiciens comme les philosophes n'ont que peu d'estime pour la langue qui pourtant est la seule à pouvoir tourner et contradictions et paradoxes. |
| [2012]bis | Fiche remaniée en partie (résultat de la refonte deux fiches distinctes). |