| POLYSYNDÈTE var. polysyndéton, polysynthéton, polysynthète) |
| définition /LL | La polysyndète désigne une coordination multiple qui s'effectue à l'aide de la même conjonction. Le cas le plus fréquent est la répétition de « et ». |
| exemple /ibid. | Elle a mis pour toujours et la voile et la rame Et la berge et la berme et la samaritaine (C. Péguy) |
| déf. TLF | RHÉT. Figure consistant à répéter une même conjonction (le plus souvent et) avant chaque mot d'une énumération, ou devant chacun des membres d'une phrase. « Selon Quintilien (...) polysyndète et asyndète sont complémentaires: ces deux figures ne sont autre chose qu'un amas de mots ou de phrases qu'on entasse, avec cette seule différence que quelquefois on y ajoute des liaisons ou des particules conjonctives, et quelquefois on les retranche » (Dupr. 1980). |
| exemple /LXX | On égorge à la fois les enfants, les vieillards Et la sœur et le frère Et la fille et la mère. Racine : Esther. |
| PRAGMATIQUE II ⇨ pragmatique ; Quintilien |
| description | (étude de l') ensemble des rapports qui s'établissent d'une part entre le locuteur et le destinataire et d'autre part entre les interlocuteurs et la situation par l'intermédiaire de l'énoncé ; elle décrit l'usage que peuvent faire des phrases-formules les interlocuteurs qui visent à agir les uns sur les autres. L'essentiel est constitué par l'idée que la parole est l'équivalent d'un acte, ce qui est discutable et fait nécessairement abstraction des conditions sociales, juridiques et politiques. Le classement des « actes » de parole tient assez curieusement de l'explication de la lumière par les luminaires ou du soporifique par ses vertus dormitives, cf. promissif, exercitif, comportatifs, expositifs, constatifs, veridictifs et la mystérieuse trinité locutoire, illocutoire, perlocutoire. |
| note | Le projet est condamné par sa seule ambition. Ducrot a affirmé que la syntaxe et la sémantique devaient être élaborées à l'abri de toute considération pragmatique ; néanmoins, il évoque lui-même le sous-entendu qui, à mon sens, est la contrepartie pragmatique du présupposé lexical ou propositionnel. |
| addenda | Cervoni (1987:23) voit dans une linguistique qui met « la problématique énonciative en marge de son objet propre » une mutilation de « l'analyse du sens ». C'est sans doute par abus de langage (et par refus de certaines contraintes d'une analyse linguistique rigoureuse) que l'analyse des situations d'énonciation devient celle « du sens ». (Curieux retour à Bloomfield.) note [2010] On remarquera qu'il est difficile de mutiler quelque chose qui n'existe pas comme tel : « analyse sémantique », passe encore, mais pour analyser le sens il faudrait d'abord l'isoler et non pas l'étendre à « tout ce qui bouge ». Voir la liste des objets sémantiques dans la conclusion de « De l'inférence sémantique » |
| cf. | "Who says what to whom with what effect?" (This query was originally posed by the U.S. political scientist Harold D. Lasswell.) [tiré de Britannica électronique. Quintilien, au vestiaire.] |
| [2012] | Pour reprendre la métaphore de Cervoni : faire de la pragmatique le lieu du sens, c'est soit noyer le poisson dans une tératologie du sens, soit étouffer toute velléité scientifique sous les faits. Quant au rôle précis de l'énonciation, elle ne peut rien dire du sens, comme il ne préexiste pas à l'interprétation. |
| PRÉDICAT I ⇨ sujet ; verbe ; objet ; fonction ; fonction propositionnelle ; relations |
| définition | Expression d'une propriété permettant de réunir tous les objets qui la possèdent ; dans la grammaire traditionnelle, fonction de la phrase qui exprime l'attribut du sujet ; élément central de la phrase, autour duquel s'organise la fonction des autres éléments de l'énoncé. |
| description /LL | L'opposition thème/prédicat recouvre l'opposition « élément dont on parle »/« ce que l'on dit de cet élément ». Dans Le petit train est cassé, « le petit train » est le thème, « est cassé », le prédicat. Dans le cas d'une phrase simple, (S+V), le prédicat correspond au groupe du verbe (V+Compl. divers) ; mais dans des phrases du type, Les romans policiers, j'adore ça, il est difficile de dire que le prédicat est seulement adore ça ; en fait, il est constitué par j'adore ça. [voir contre-exemple.] De plus, le sujet ne peut plus être confondu avec le thème, ni le prédicat avec « ce qu'on dit du thème », car on exclut alors les impératifs ou d'une manière plus générale les performatifs, c'est-à-dire les énoncés qui expriment un ordre, une invitation, un souhait, un engagement, comme « Viens ! ». |
| remarque | (contre-exemple) « les polars, j'adore » — Le LL cite Les Éléments de linguistique française de J. Dubois et F. Dubois-Charlier pour la deuxième moitié de leur propos, mais il me semble qu'en ouvrant la grammaire à l'énonciation, on vide de sens certaines notions. Prédiquer n'est pas commander. Si l'impératif connaît les compléments (viens à la maison ; mange ta soupe), il ne dit rien de l'objet de son discours. Voir la fiche bleue suivante (prédicatif) pour un avis contraire à celui que j'exprime. |
| rem | Il est vrai que mon point de vue n'est pas grammatical. Pour moi le syntagme « le petit train » est analysable en termes de prédication. D'autre part, dans « Jules mène une vie obscure », à mon avis le prédicat n'est pas mène une vie obscure, mais bien [sa vie = la vie de Jules] « est obscure ». |
| [2012] | Mon avis contraire est sans doute dû à mon aversion de gamin pour la grammaire qu'on m'inculquait de force plutôt que de gré. Néanmoins, la théorie des opérations sémantiques a largement récupéré le prédicat comme relation et opération sémantique. En outre, l'exemple (cf. « mène ») présume de la part de l'énonciateur que l'obscurité de la vie de Jules n'a pas de secrets pour lui (l'énonciateur) ; autrement dit, en quoi demeure-t-elle obscure ? |
| PRÉDICAT II ⇨ relation ; appartenance ; prédication |
| description | relation inverse de l'appartenance qui prédique une propriété ou un caractère (un élément de sens) d'un terme ; (cf appartenance ∈ ). a ∋ x se lit « a est/a (un) x ». |
| note | En sémantique, le prédicat n'est pas une implication, contrairement à ce que l'on constate souvent en logique. Le prédicat est toujours une propriété appartenant au sujet et vérifiable par l'inversion des termes au moyen de l'appartenance. ∵ A ∋ B ∴ B ∈ A.
∵ ≍ {si} ; ∴ ≍ {alors}. VAR. (A ∋ B) ⇒ (B ∈ A) |
| observation | Comme de nombreuses relations, sinon toutes, la prédication a pour propriété d'être également une opération. Dans un stade de ma recherche, ces relations ont pris le nom de relations opératoires. Les autres, qui restent à dénombrer de façon définitive, sont prises en charge par l'inférence, et dans la règle, plus particulièrement comme modalité de la conjecture, qui est la forme spéculative/hypothétique de l'inférence. |
| PRÉDICATIF syntagme ⇨ ⇧ |
| description /DL | On donne le nom de syntagme prédicatif au syntagme verbal dans la phrase composée d'un sujet et d'un prédicat. Dans la phrase « L'homme est heureux », est heureux est le syntagme prédicatif. Dans la phrase « La voiture a renversé la poubelle », a renversé la poubelle est le syntagme prédicatif. |
| remarque | On est en droit de s'interroger sur cette interprétation des matériaux, dans cette fiche et celle qui la précède. LetF (1895) ne parle pas de prédicat : la proposition, énonciation d'un jugement, se compose de trois parties, un sujet, un verbe et un attribut. Le sujet, comme l'attribut, peut être complexe. Je reviens bredouille également d'un coup d'œil dans Chapsal (1855), dans la Grammaire de l'Académie (1936) et dans celle de Dauzat (1947). Même résultat après avoir feuilleté Arnauld et Lancelot (la Grammaire) : il y est question de sujet et d'attribut, mais dans une proposition. |
| PRÉFIXALE (PROPOSITION) ⇨ préphrase ; apodose ; protase |
| [2012] | La notion de préfixe appliquée aux propositions et aux phrases va à l'encontre de ce que la grammaire enseigne à propose du deuxième segment d'une phrase où ‘que’ assure la liaison (dite alors subordination) : dans l'optique traditionnelle, la « complétive » (après le que) est « modifiée » par la principale (avant le que, et est en réalité postiche), avec pour équivalence sémantique, « les résultats sont truqués, selon lui » : « P que Q » ou « x que y ». |
| exemples | Il affirme que les résultats sont truqués. Il croit que la Terre est plate. Il m'assure qu'il viendra. Je t'assure que je viendrai. Il jure que la fin du monde est proche. Il m'a raconté que sa femme l'avait quitté. Sa femme m'a révélé qu'il l'avait quittée. Il a prétexté que sa voiture était en panne. |
| observation | La mainmise de la gammaire est très nette, avec comme preuves les anaphores et la concordance. La notion de préphrase ou de proposition préfixale s'inspire des verbes-opérateurs de l'école distributionnaliste. Dans « dit(x, y) » y est privé d'autonomie grammaticale, mais cela ne devrait pas entamer l'événement ou le phénomène rapporté. Si Luc vient à moi et me chuchote à l'oreille : les résultats sont truqués, le trucage est aussi subjectif que si je prononce la première phrase de la série. La voiture de Luc peut effectivement être en panne, et personne ne peut nous assurer que la prochaine tempête solaire ne paralysera pas toute vie civilisée sur terre ou pis. |
| PRÉFIXE ⇨ dérivé ; suffixe ; sémantique du dérivé |
| description | Morphème de la classe des affixes qui, antéposé à un mot base, forme avec lui un nouveau mot appelé dérivé. |
| LetF | On appelle préfixe toute syllabe placée au commencement d'un mot et avant la racine pour modifier le sens de celle-ci. |
| exemple/LetF | Ab, abs, av, a, ad, anti, ante, anté... Supra, super, sur, sous, sus, sou soubre, trans, tra, très, tré. — abject, aversion, adjoindre, antichambre, biscornu, circonvoisin, mésuser, provenir, suspendre, transplanter, travestir, trépasser. |
| PRÉPHRASE ⇨ préfixale (proposition) ; apodose ; protase |
| [2012] | Certains verbes opérateurs, en raison de leur contextes d'emploi habituels, tendent à accréditer la subordination sémantique qui découle de la subordination grammaticale. Cf. « dire son opinion, on dit (c'est un bruit qui court) » (PL 18) ; inversement pour affirmer ≝ assurer, soutenir qu'une chose est vraie (PL 18). |
| exemples | Je pense que je suis (cf. Descartes) ; « penser, c'est prononcer une phrase intérieure » (Leconte de Lisle) ; je suis sûr qu' il fait tout pour me nuire ; Pascal pense que l'homme est fait pour penser. |
| observation | On est donc amené à croire qu'il y aurait une transitivité de la valeur sémantique attribuée au verbe de la proposition préfixale ou préphrase. Toutefois, comme dire est polysémique, ce serait préjuger. Je suis sûr que Pascal n'a jamais pensé en terme de nombre et uniquement en termes de disposition : car une enquête statistique, malgré ce qu'elle a d'aléatoire, prouverait que peu d'hommes se servent de cette disposition. La déformation que j'ai fait subir à la quasi-devise de Descartes indique le caractère subjectif intransitif de « penser que » dans l'exemple, notamment avec la complétive retenue : impossible de lui substituer assurer, soutenir, dire, croire, imaginer. Ce caractère est anomal, car un attribut suivant le verbe autorise ensuite les substitutions. |
| PRÉSUPPOSÉ ⇨ sous-entendu ; prédicat |
| description | « Contenu » partiel (s'opposant au « contenu » asserté) d'un segment de phrase tel qu'il persiste dans la négation et l'interrogation : « Jacques fumait » pour « Jacques continue à fumer ». [Le terme de ‘contenu’ n'appartient pas à la théorie des opérations sémantiques.] |
| DDL | Selon Ducrot (en France, car la présupposition a des partisans américains et anglais, cf. Kempson) un énoncé, même d'apparence simple, peut être décomposé en au moins deux propositions logiques distinctes. « Jacques a peu mangé » comprend 1) « Jacques a mangé quelque chose » et 2) « la quantité mangée est faible ». Mon fils est malade → 1) j'ai un fils 2) il est malade. — Les propositions 2 apportent une « information nouvelle » (ce que le locuteur pose, le posé) ; les propositions 1) sont au contraire des préalables que l'on doit admettre comme vrais pour comprendre les propositions 2). |
| [2012] | La compréhension n'est pas subordonnée ce que suppose ou non une phrase, mais aux capacités du sujet qui en interprète les éléments (les mots réunis en syntagmes et en propositions). Et l'interprétation bénéficie de l'imagination du sujet au cas où la phrase présenterait des anomalies. |
| remarque | Le DDL indique comment le présupposé peut échapper à la règle qu'en a tirée Ducrot sur son maintien dans la négation ou l'interrogation. Si le présupposé n'est pas nié dans « mon fils n'est pas malade », il le sera dans « Ce n'est pas votre fils qui est malade », que le DDL désigne comme une négation réfutatrice, à caractère métalinguistique, mais surtout non descriptive. L'interrogation ne met en doute que le posé quand elle est totale : est-ce que mon fils est malade ? C'est l'interrogation partielle (c'est encore une fois le terme du DDL) qui mettrait en cause le présupposé. |
| note | A-t-on essayé avec « N'est-ce pas votre fils qui est malade ? » qui a la vertu d'être amphibologique [l'insertion de là éclaire le propos.]. |
| observation | L'énoncé mon fils est malade ne présuppose pas que j'aie un fils (ni que le locuteur en ait un non plus). Le « fils » est aussi posé que « la maladie », dans le cas où le sujet énonciateur est de bonne foi et suffisamment renseigné sur l'état dudit fils (qui pourrait simuler). C'est pour cela que la négation du prédicat ne le touche pas. Le test devrait porter sur un énoncé comme « mon fils n'est pas mon fils ». On remarquera que le premier exemple associe le présupposé au verbe, et même diraient les linguistes présuppositionnistes américains au présupposé du présupposé du verbe (une partie de sa définition, en fait) : manger ≝ absorber un aliment (d'apr. le PL 2002).
Il ne s'agit donc pas du même phénomène, qui d'ailleurs, ne serait pas interprétable dans l'optique du PL 1918, dont la définition est différente : ≝ mâcher et avaler. Ni l'un ni l'autre ne comporte {nourriture} ou {aliment} dans sa définition, dans le même dictionnaire . — Néanmoins, la même remarque s'applique : Jacques a mangé qqch n'est pas le présupposé, mais le posé (ce qu'on dit au sujet du « thème »). S'il y a présupposition, ce n'est pas tant dans les énoncés, mais dans l'acception du verbe. Sans complément, manger a bien pour présupposé [il implique] {quelque chose}, même si dans le cas du PL 1918 il l'hérite d'avaler ⋈ {avaler}. Il est bien entendu que dans la théorie des opérations sémantiques la présupposition est une notion superflue. On notera que l'exemple du DESL comporte un itératif ou duratif : Jacques continue à faire des bêtises. L'exemple du DL comporte une emphase : C'est Pierre qui viendra. Le DL affirme même que Pierre viendra n'a pas de présupposé.
Le test proposé est celui-ci : A présuppose B si 1) A contient toutes les informations de B et 2) si la question est-ce que A ? contient les mêmes informations. Il semble y avoir quelque confusion (ou pétition de principe) chez l'auteur de l'article qui teste en réalité un énoncé au détriment de l'autre, ou plus exactement au moyen de l'autre. Imaginons que je teste B Jules a bu au moyen de A Jules a peu bu... Textuel : « On constate ainsi que « Est-ce que Pierre viendra ? » contient les informations de Pierre viendra, mais non celles de C'est Pierre qui viendra. » |
| test | si A contient B et si est-ce que A contient B, alors B est présupposé par A. |
le présupposé ou l'esprit du discours
| (A) C'est Pierre qui viendra ⇒ (B) | Est-ce que c'est Pierre qui viendra ? ⇒ (B) | (B) qqn viendra ⇐ (A) C'est Pierre qui viendra |
| (C) Pierre viendra ⇒ (D) x viendra | Est-ce que Pierre viendra ? ⇒ (D) x viendra | (D) qqn viendra ⇍ (C) Pierre viendra* |
| *selon le DL, qui semble confondre B et C, qu'il faut au contraire lire comme ‘x viendra’ est présupposé par « Pierre viendra » |
| explication de ⇐ | Signe adopté pour la « présupposition », forme d'implication à rebours. |
Encore des observations
| DESL | L'énoncé serait inacceptable si les présupposés n'étaient pas vrais ou crus vrais par l'auditeur (c'est moi qui souligne : autrement dit le locuteur peut mentir...). Cela après avoir imaginé une table de vérité des propositions présupposantes... Un présupposé faux entraînant une proposition ni vraie ni fausse et un trou dans ladite table. Ce n'est pas le seul qui doit être colmaté. |
| note | En 1979, la présupposition, que je ne remettais pas en cause à l'époque, faisait partie de la signification, dans le modèle de la lecture que j'avais imaginé. Aujourd'hui, je ne peux m'empêcher de voir le rapport qu'il y a entre les éléments postiches ou postulés (ceci a été retardé; Pierre croit cela) de la grammaire générative pour amener les transformations. La piste lexicale me semble également prometteuse : continuer à se définit par {ne pas cesser} l'activité en question. Un esprit aventureux ne manquera pas d'y voir aussi la reprise de la relation de présupposition de Hjelsmlev (ci-dessous). Dans un schéma SVO, V (pré)suppose S et O. |
| rem | [2008] Les remarques précédentes me semblent un peu myopes aujourd'hui. Ce qui est certain, c'est que le point de vue qui amène un chercheur à se dire et à affirmer que le sens d'un mot est présupposé est en soi suspect. Quant à « résister » à la négation et à l'interrogation, un esprit facétieux verrait là des formes de torture. Il faut d'abord se demander ce qu'est une présupposition. Et ce qu'elle « présuppose ». Une supposition préalable. Mais c'est en amont que réside la difficulté, car même un dictionnaire ancien comme le PL 1918 recense 4 sens distincts, dont deux éclairent la perspective de la présupposition telle qu'elle a été célébrée par Ducrot (comme une messe). 1º Inventer et 2º fabrication d'une pièce fausse. L'emploi qui suit la dernière valeur est à son tour révélateur : supposition d'enfant, qui consiste à faire passer l'enfant d'un autre pour le sien.
Le fils supposé est aussi suspect que son énonciateur de père. Mais prenons d'abord un exemple hypersimple qu'on soumettra à la question. Les enfants jouent. Les enfants jouent-ils ? Les enfants ne jouent pas. Raté, si le présupposé est [les enfants font quelque chose] (seule possibilité).
Les enfants continuent à comploter. Les enfants ne continuent pas à comploter. Est-ce que les enfants continuent à comploter ? continuer à ≝ poursuivre ce qui est commencé.
Dans la théorie des opérations sémantiques, il n'y a pas de « suppositions préalables », mais des déductions, des conséquences tirées d'hypothèse formulées sur ce qui est dit (dans la phase de signification). C'est par une contorsion contre nature que les présuppositionnistes d'une part prêtent des intentions à l'énoncé et de l'autre prennent pour argent comptant ce que dit le locuteur. |
| PRÉSUPPOSITION II ⇨ pragmatique |
| description | relation ou information implicite d'un énoncé ; information indirecte, mais d'emblée lisible ; n'intervient pas dans la sémantique du mot, même syntagmé, puisqu'elle appartient à la référence, dévolue à la phrase. |
| exemple | L'énoncé réel « mon fils est malade » implique l'existence d'un fils issu de celui qui parle. On pourrait d'ailleurs considérer le présupposé comme interdisant certains énoncés. Il m'est par exemple interdit de dire « nous, les Chinois », sauf à titre fictif ou mensonger. On admettra de ce point de vue que l'écrivain est un redoutable thaumaturge, faisant parler juges et philosophes, putains et saintes, sans un battement de cils, et sans égards pour Austin ni Ducrot. |
| note [2010] | Plus haut, je notais le caractère superficiel d'une expression comme « l'analyse du sens », mais elle se justifie si l'on tient compte des exercices de jonglerie des présuppositionnistes : à défaut de faire de la sémantique, on se livre à une analyse du sens. Elle complète les maximes du discours et les actes de paroles (Quand faire, c'est parler). |
| PRIMITIF I lexical ⇨ primitif ; universel ; métaterme ; noème |
| définition /RD | Morphème lié ou libre (mot) dont le sens ne peut être analysé et exprimé par une périphrase, expansion, définition. Toute tentative de périphrase synonymique d'un primitif est vouée à l'échec à cause de sa pauvreté sémique ; l'analyse, en effet, exigerait des unités multiples encore sémantiquement plus pauvres qui n'existent pas. Il est donc normal que les dictionnaires renoncent à définir les primitifs et recourent à une glose métalinguistique, ou à la seule présentation d'exemples. |
| exemple /ibid. | être |
| remarque | On notera le rapport qu'il y a avec le parcours générique dans la théorie de la sémantisation (1987). Cf. prépotence ⇨ pouvoir ⇨ autorité ⇨ puissance ⇨ (↹) pouvoir, dans le Petit Larousse 1918. |
| [2012] | On peut supposer que les boucles que provoquent les primitifs entameraient l'assurance de ceux qui cherchent des universaux (cf. noème) : si Josette Rey-Debove a raison, la quête des universaux revient à la recherche des indéfinissables. Il ne s'agit plus de sémantique mais de métaphysique. |
| PRIMITIF II ⇨ primitif ; métaterme ; sème ; noème ; sème ; universel ; parcours |
| description/1987 | Dans une sémantique classique, le sens se décompose en unités plus petites, atomes de sens, qui se combinent, semble-t-il, pour produire le(s) sens des unités lexicales. Dans la théorie sémantique issue de la sémantisation, le primitif est condamné à ne pouvoir décrire que l'abstraite généralité (les boucles terminales des chemins génériques) ; on lui préfère le transcodage [conversion] des lexèmes promus au rang de métatermes. La construction de chemins génériques conduit, au terme de la progression vers la généralité et l'abstraction, à une boucle de synonymie par neutralisation. C'est dans cette boucle que se trouvent les primitifs.
Ce n'est pas la combinaison de /membrane/ et /couche/ qui produira la classe de dénoté(s) de tunique (de l'œil). D'une certaine façon l'ordre entre prohiber, interdire, défendre, priver, enlever importe moins que la faculté pour l'un ou l'autre de donner une valeur à l'un des termes de la série. Les classes hiérarchisées, une fois construites, peuvent toujours évoluer, notamment en fonction de nouvelles sources, et devraient garantir en fin de compte la généralité nécessaire à une description scientifique. |
| exemple/PL 1918 | prophétie ⇘ prédiction ⇘ chose prédite ⇘ annoncée d'avance ↹ prédire
secousse ⇘ agitation ⇘ mouvement ⇘ état ⇘ situation ↹ état |
| PRONOM ⇨ substitut ; possessif |
| description | Terme désignant une unité linguistique qui représente en un point de la chaîne une unité correspondante et qui a un statut syntaxique de substantif (il en prend le genre et le nombre). L'unité peut être une phrase. « Je n'irai pas. Il le sait. » Il est en effet préférable de parler d'anaphorique ou plus généralement de substituts. [Comme la plupart des définitions sans indication, notes prises à la volée, celle-ci est probablement tirée du Dictionnaire-Index d'Alpha.] |
| note | Le PL 1918 distingue six sortes de pronoms : personnels, possessifs, démonstratifs, relatifs, interrogatifs, indéfinis. |
| note /LetF | Cinq sortes pour Larive & Fleury, certains pronoms relatifs servant de pronoms interrogatifs. |
Les pronoms démonstratifs, relatifs (ou conjonctifs)/interrogatifs & indéfinis
| démonstratifs |
| sing. | plur. | 2 genres & inv. |
| masc | celui, celui-ci, celui-là | ceux, ceux-ci, ceux-là |
| fém. | celle, celle-ci, celle-là | celles, celles-ci, celles-là | ce, ceci, cela |
| relatifs |
| sing. | plur. | 2 genres/2 nombres |
| masc. | lequel, duquel, auquel | lesquels, desquels, auxquels |
| fém. | laquelle, de laquelle, à laquelle | lesquelles, desquelles, auxquelles | qui, que, quoi, dont où |
| indéfinis |
| sing. | plur. | indéterminés |
| masc. | aucun, autre, certain, chacun, l'un, l'autre, l'un l'autre, nul, quelqu'un, tel, tout | aucuns, autres, certains, les uns, les autres, les uns les autres, quelques-uns, tels, tous | autrui, on, personne, quiconque, plusieurs, rien |
| fém. | aucune, autre, certaine, chacune, l'une, l'autre, l'une l'autre, nulle, quelqu'une, telle, toute | aucunes, autres, certaines, les unes, les autres, les unes les autres, quelques-unes, telles, toutes |
| PROPOSITION ⇨ fonction propositionnelle |
| description | (en logique) Assertion d'un jugement qui s'exprime sous forme d'un énoncé global et inanalysé, et portant sur la vérité et la fausseté des propriétés que possèdent des individus ou des objets mis en relation par l'énoncé. On peut lui attribuer une des deux valeurs de vérité, soit le vrai, soit le faux. || (atomique ou nucléaire) expression d'un jugement minimal |
| description /DL | En grammaire traditionnelle, on donne le nom de propositions aux phrases élémentaires dont la réunion par coordination ou subordination constitue la phrase. La proposition est constituée de la réunion d'un sujet et d'un prédicat. Ainsi « le film que j'ai vu hier m'a beaucoup intéressé » comporte deux propositions. (...) Sémantiquement il y a proposition toutes les fois qu'il y a énonciation d'un jugement ; en ce sens, « l'homme habile réussit » comporte deux affirmations dépendantes l'une de l'autre. « L'homme est habile, l'homme réussit. » |
| remarque | On peut s'étonner de trouver dans l'énonciation le critère de ce qui est sémantique. On peut d'ailleurs se demander si référentiellement il s'agit du même homme dans les deux affirmations. Sémantiquement, pour moi en tant que sujet interprète, seul l'homme habile réussit, pas l'homme en général. D'ailleurs « l'homme réussit » ne « veut » rien dire, au sens où si la proposition est comprise, elle n'est pas interprétable significativement. Ici l'ininterprétabilité correspond à l'inapplicabilité à une situation du monde. Il en irait autrement si l'on abordait la question sous cette forme : L'homme qui réussit est habile. On n'aurait pas « un » homme, mais cet homme-là. |
| Suppl. 2010 | (LL) Le terme proposition est aussi utilisé en logique, où il désigne un jugement simple constitué d'un sujet et d'un prédicat, ce dernier pouvant contenir un attribut : x est grand, x est court, etc. La logique propositionnelle essaie de décomposer les phrases de la langue en propositions plus simples, puis de caractériser les enchaînements. Ainsi Le professeur dort sera analysé en - x est professeur et x dort. |
| rem [2010] | On note que le DL tend à assimiler les deux démarches, mais je signale surtout le passage en raison des prétentions des présuppositionnistes ⇧ et fiches suivantes. |
| PROTOTYPISME ⇨ iconisme ; concept : classe des dénotés |
| description | Le prototypisme est une forme d'iconisme sémantique (ou référentiel). Les paradigmes d'inclusion sont remplacés un modèle de la chose en question. Ainsi le prototype de l'oiseau serait le moineau pour un Parisien. Pour un Américain, on doit supposer qu'il s'agit de l'aigle (chauve). Dans une perspective pareille, chaque fois qu'on me parle de moyen de transport, je devrais penser à une brouette, puisque c'est celui qui m'a marqué dans mon enfance. On a affaire à un retour à l'hypothèse de Sapir-Whorf. Le fruit de l'Africain n'est pas celui de l'Européen. Mais les fruits changent non seulement avec les continents, mais avec les goûts (et naturellement, les saisons). Enfant, je mangeais des prunes et des cerises, aujourd'hui, ce sont des raisins et des bananes. On voit bien qu'il n'y pas là l'ombre « d'un sens » d'une théorie sémantique. |
| note & observation | On en trouvera un exposé favorable sinon enthousiaste chez J. Lerot. Comme dans le cas de l'iconisme, on peut parler de régression théorique. Comparativement, tous les travaux issus des hypothèses (parfois dogmatiques) des philosophes du langage, notamment anglo-saxons, sont des théories d'évitement du sens. Le béhaviorisme pour sa part a le douteux mérite d'avoir combiné les deux. Chomsky est un cas à part, entretenant des hypothèses innéistes, des théories d'évitement et de régression théorique (cartésien, dites-vous ?). Comme il est d'abord syntacticien, cela le met à l'abri de certains reproches, mais s'il est « de gauche » en tant qu'intellectuel, il n'en demeure pas moins un linguiste impérialiste, subordonnant le sens à la syntaxe. |
| complément | Il semble que par son refus d'imaginer le concept « homme » (concept universel, dit-il), John Stuat Mill (1806-1873) ait frayé la voie aux prototypistes. « Comment avoir l'idée d'un homme qui ne serait ni grand ni petit, ni gras ni maigre, ni blanc ni noir, ni homme ni femme, ni jeune ni vieux, mais tout cela à la fois et rien de tout cela ? » On peut ne pas le suivre dans cette pétition de principe, mais cela ne l'empêche pas d'affirmer sans autre forme de procès que « nous ne pensons pas par concepts universels, mais par images concrètes. » [in Thonnard]. Pourquoi n'a-t-il pas appliqué là le même jugement qui lui a fait corriger le tableau de Comte en confiant à la psychologie ce que le chef de file du positivisme répartissait entre la physiologie et la sociologie ? Non seulement rien ne s'oppose à un concept général, mais rien n'empêche celui-ci de cohabiter avec des images concrètes. Qui d'ailleurs subissent elles-mêmes une généralisation réductrice. L'homme en question c'est l'homme des droits de l'homme, que de malheureux protypistes qui s'ignorent (et s'anglicisent) transforment en droits humains. Je conçois qu'on puisse opposer ceux-ci aux droits animaux (je préfère « droits de l'animal »), mais que faire du droit divin ? Évidemment, dans un monde où « l'État français » ne déclenche plus de réaction, on ne s'étonnera pas d'une pseudo-orthodoxie lexicale au ras du mot. |
| contre | « Ainsi, l'idée de l'arbre que je me suis formée de cette façon est une notion générale, et comprend les idées sensibles du poirier, du pommier, et en général de tout arbre qui existe actuellement. Or, l'arbre qui répond à mon idée générale de l'arbre n'existe nulle part ; il n'est pas poirier, car alors les pommiers seraient exclus ; en un mot, il n'existe que dans mon âme [sic], il n'est qu'une idée, mais une idée qui se réalise dans une infinité d'objets. » Euler, 2e partie, lettre XXXII ; édit. Cournot, cité par J. Duval-Jouve (1844) |
| [2012] | Exact, la classe de dénotés n'a pas de matérialité obligatoire. Quant aux images de J. S. Mill, ce sont celles de la psychologie du XIXe siècle |
| Quintilien ⇩ ⇨ sagittal ; grille d'intelligibilité |
| [2012] | Rhéteur latin du 1er siècle de notre ère. Esprit grave et judicieux, selon le PL 1918, il a réagi, dans son Institution oratoire, contre la tendance de ses contemporains à faire de l'éloquence un métier de jurisconsulte et d'avocat. Il a d'autre part transmis le célèbre hexamètre rhétorique qui résume également toute l'instruction criminelle : |
| les circonstances | Quis, quid, ubi, quibus, auxiliis, cur, quomodo, quando ?
Qui, quoi, où, par quels moyens, pourquoi, comment, quand — la personne, le fait, le lieu, les moyens, les motifs, la manière et le temps |