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Présentation alphabétique et chronologique de la théorie des opérations sémantiques (1979-2011)
VIII
Interdéfinition · Métaterme
| INTERDÉFINITION ⇨ énoncé connecteur ; métonymie ; analyse comparative ; circularité |
| description | Relation entre un mot et un autre, un sens et un autre et un mot et un sens ; s'inscrit dans le sémiogramme ; caractérise particulièrement les ensembles (objets réels ou de pensée) contigus [et dans un rapport parties-tout]. |
| développement/ | L'interdéfinition est une relation complexe entre deux plans : celui de la langue objet et le plan descriptif. Elle postule que dans certains cas (parties d'un ensemble, séries causatives, associations et solidarités du monde réel, [terrain des métonymies]) les sémèmes de certains lexèmes vont comporter l'équivalent sémique de certains autres lexèmes (le rapport de tige et de plante, de grain et céréale, etc.). L'interdéfinition forte ou absolue correspond à une image en miroir de la relation, tandis que l'interdéfinition faible est une relation d'identité (transcodée) relativement fréquente entre le sème spécifique d'un sémème et un lexème. L'interdéfinition est alors un cas spécial de la connexité. |
| propriétés | [2007] Comme il s'agit d'une relation bi-plane et ternaire le plus souvent, on envisage mal les trois propriétés empruntées à la logique s'appliquer sans d'énormes difficultés. L'exemple que je dorlote depuis presque trente ans est celui de « merlon-créneau », bien que les dictionnaires ne me rendent pas toujours la tâche facile. Le Petit Larousse 1918, par exemple, ne fait pas figurer ‘créneau’ à merlon, ni ‘merlon’ à créneau, alors que l'un désigne le plein et l'autre le vide du parapet/de la maçonnerie dentelé(e) au sommet d'une tour ou d'une muraille (château ou fortification). La question demande donc un examen plus poussé. L'étude de l'interdéfinition donne en plus une excellente application de l'analyse comparative préalable à la construction théorique d'une règle d'interprétation. |
| rem | [2008] Si la relation se maintient, malgré l'implication de deux plans distincts, elle devra renouveler sa terminologie et faire état d'éléments de sens en intersection et de duplication du mot au plan descriptif, plutôt que de parler de descente et de montée, comme dans l'étude des pléonasmes. Ceux-ci, naturellement, échappent désormais à notre investigation. |
| Suppl. 2010 | Même si l'interdéfinition comme notion a perdu un peu de terrain et de généralité, elle demeure un repère théorique et ne doit pas se confondre avec ce qu'on pourrait nommer « l'autodéfinition » que l'on trouve à l'article ‘muselière’ du TLF : « (...) servant à emprisonner le museau de certains animaux, à les museler. » Je souligne. |
| INTERDÉFINITION ARTIFICIELLE ⇨ énoncé connecteur |
| description/ 1987 (rév.) | Dans le cas des figures, un énoncé normalisant les rapports anisosémiques ou hétérosémiques établit la connexion (à défaut de connexité) et constitue un semblant de solidarité (par assimilation) qu'on nomme « interdéfinition artificielle », qui représente le détour du sens par indirection figurale (en réalité dénotative). La juxtasémie des opérations sur les classes représente l'opération sous-jacente de l'interdéfinition artificielle. |
| exemple/m. d. | Les « idées et principes » républicains sont comme la foi religieuse. |
| rem | Dans le cas d'analogie, l'interdéfinition reconstitue le rapport de comparaison, jusqu'à citer les propritétés communes ou ressemblantes. Le passage à une sémantique restreinte avec la théorie des opérations sémantiques peut envisager de se défaire de cette notion dans sa version d'énoncé connecteur artificielle, car il ne s'agit plus pour elle d'explique les figures et autres manifestation discursives, mais d'en décrire l'interprétation, ce qui est une entreprise distincte. |
| INTERLOCKING ⇨ verrouillage ; redondance |
| description/1987 | Dans le verrouillage, il y a solidarité. Un fait ne peut se produire que si certaines conditions sont remplies. |
| exemple/m. d. | ‘Fleurs’ et ‘gerbe’ sont en relation de solidarité dans « gerbe de fleurs » ; l'assignation de l'une assure celle de l'autre et inversement. |
| rem | Les fleurs peuvent bien sûr se présenter autrement (guirlande, couronne, bouquet, PR) et les gerbes se constituer d'autres choses (le PL 1918 place les céréales, dont le blé en premier, suivi en cela par le Petit Robert). Fleurs n'y apparaît que dans l'exemple, et ‘gerbe’ n'apparaît pas à l'article « fleur ».
note technique — L'idée de verrouillage venait de la technologie de la redondance et du rôle précorrecteur de celle-ci. Avec la décision de s'en tenir à un vocabulaire plus sobre, avec l'intersection, on peut supposer que la compatibilité des mots vient du fait que leurs sens s'intersectent, mais cela ne constitue pas une obligation pour les lexicographes d'en faire état. Le Petit Robert a la bonne grâce de le faire, ne fût qu'au rang des associations, soit
gerbe ↗fleurs → fleur ↗gerbe. |
| INTERPRÉTATION I ⇨ compréhension ; sémiocognitif (modèle) ; |
| description /PL 1918 | Le sémantisme de l'époque recoupe le fait de faire connaître, traduire, expliquer, commenter. |
| remarque | On peut chercher à distinguer les activités de compréhension et d'interprétation, comme j'ai moi-même cherché à le faire dans l'élaboration de mon modèle sémiocognitif. Mais si techniquement, il est possible de faire correspondre le sens et la compréhension, dans la réalité, le passage du sens à la signification est presque immédiat, sauf dans des conditions d'examen critique. Dans le modèle en trois phases, les deux processus se recoupaient sur la deuxième phase, celle où les sens de la première phase sont rattachés aux coordonnées et aux agents de la référence et aux situations reconnues ou élaborées. |
| INTERPRÉTATION II |
| description/1987 | Dans le cadre d'une théorie sémantique, toute expression d'une langue peut recevoir une interprétation sous forme de valeur assignée dans l'application d'une règle, sous forme de description (v. DS = description sémantique), dégagée de l'appareil de traitement sémiotique, et sous forme de sémantisation, c'est-à-dire, dans un sens restreint, l'attribution d'une valeur, mais sans précorrélation (interprétation fortuite où même les conditions sont spontanées). Cette forme d'interprétation correspond au comportement « x veut dire y » du locuteur, comportement qui peut être ludique. |
| rem | [2008] On remarque que le terme est employé en dernier pour désigner la version personnelle qu'un sujet parlant et comprenant donnerait d'un mot ou d'une expression. Sa glose, donc, et non du processus comme tel. On se reportera donc aux fiches concernant la règle d'interprétation sémantique (et les fiches suivant celle-là ou l'attribution ou même « l'assignation », tant critiquée pour son allure anglo-judiciaire. On peut aussi consulter la carte conceptuelle Cayra. |
| INTERPRÉTATION (« mise au point ») |
| compréhension /TLF | [D'un point de vue qualificatif] Faculté/action de saisir par l'esprit quelque chose. [Par actualisation d'une connaissance mémorisée antérieurement] Faculté/action de saisir intellectuellement le rapport de signification qui existe entre tel signe et la chose signifiée, notamment au niveau du discours. Compréhension du langage. |
| interprétation /Ibid. | LING. « Attribution d'un sens à une structure profonde (interprétation sémantique) ou attribution de traits phonologiques et phonétiques à une structure de surface (interprétation phonétique) » (Ling. 1972). Action de donner un sens personnel, parmi d'autres possibles, à un acte, à un fait, dont l'explication n'apparaît pas de manière évidente; résultat de cette action. Synon. analyse, compréhension. |
| rem | On aimerait trancher avec plus de certitude et rattacher l'une à l'autre, avec ou sans préséance, mais les dictionnaires sont de mauvais complices. Seul le GDEL permet de relier l'interprétation à la signification où on l'entend ici (avec l'expression « manière de voir »). On doit donc supposer que la compréhension est un préalable. Mais avec celle-ci, on rester en plan : « saisir par l'esprit », appréhender, se représenter... Et il n'est pas possible de se tourner vers la linguistique d'inspiration chomskyenne.
Le TLF donne une citation de Ruyer où il parle de comprendre un mot, mais il est clair qu'on ne le comprend qu'au terme d'une interprétation. On admettra donc dans le cadre d'une sémantique des opérations qu'il y a recouvrement d'une phase à l'autre : la compréhension interprète 1) les sémiotaxies 2) la référence de celles-ci en tant que proposition et phrase dans la grille d'intelligibilité et 3) cède le pas à l'interprétation qui assure la valeur en termes de jugements. Ce qui permet d'opposer une fin de non-recevoir à un interprète en lui disant qu'il n'a rien compris. On rappelle que toute interprétation (comme partie intégrante de la compréhension ou comme terme de la compréhension) est toujours fonction de conditions, contraintes, facteurs (éléments antérieurs, situation, information, préjugés, etc.) |
| [Fiche ajoutée en 2010]. |
| INTERPRÈTE ⇨ récepteur |
| Valéty cité par Frédéric Paulhan (1927) | « L'auteur n'a pas plus d'autorité que qui que ce soit d'entre ses lecteurs pour interpréter ce qu'il a écrit. L'écrit est un fait. L'écrit est une chose. Il est désormais hors du pouvoir de celui qui l'a engendré d'imposer une signification ou une valeur quelconque à cet objet. Voilà ce qu'il faut bien comprendre et qui n'est généralement pas compris. On pourrait dire aussi que l'oeuvre est comme l'énoncé d'une sorte de problème et il n'est pas dit que celui qui a énoncé le problème soit nécessairement celui qui puisse en donner la solution la plus élégante. » |
| Frédéric Paulhan (1886) | « Bien que les mots aient évidemment une même signification générale pour chacun de ceux qui parlent correctement une langue, cependant chacun a sa compréhension propre, et, pour chacun, chaque mot signifie quelque chose de particulier et est compris d'une manière originale. » |
| [Fiche ajoutée en 2010]. |
| INTERSECTION ⇨ propriétés des relations |
| définition /DM | Intersection de deux ensembles A et B — Ensemble des éléments qui appartiennent à A et à B. On le note A ∩ B (on lit A inter B). (...) |
| exemple | épée ∩ glaive | libertinage ∩ dévergondage | accroc ∩ anicroche |
| rem | Le DM ne fournit pas d'indication concernant les propriétés d'une telle relation, qu'on peut cependant identifier comme une double appartenance (x ∈ A ⋀ x ∈ B). On supposera qu'elle est symétrique
A ∩ B ⇒ B ∩ A
transitive
A ∩ B ⋀ B ∩ C ⇒ A ∩ C
et antiréflexive (? - sgada)
˥[(A ∩ A) ⋀ (B ∩ B)] |
| INTERSECTION II ∩ ⇨ redondance ; homosémie |
| description/1987 | Modalité de la connexité où la reprise (redondance) des sèmes se fait sur des classes (catégories) de sèmes différentes, soit un cas où le même sème figurerait en position GD dans le premier sémème et en position ApSp dans le second. Plus généralement, l'intersection sémique est synonyme d'isosémie [par la suite homosémie]. La sémanticité, comme la paraphrase, dépend de l'intersection sémique. |
| exemple/m. d. & auj. | Cf. gercer inter lèvres, noté gercer ∩ lèvres ; prunelle ∩lumièrepupille (dans le PL 1918, mais pas dans le Petit Robert), indépendamment donc de leur synonymie. À noter que, pour le Petit Robert, prunelle ≚ oeil (plur.) [Ce signe est une variante de la synonymie, avec la synonymie relative ≅ et modulée ≞.] |
| rem | Dans une sémantique asymptotique, on peut envisager la synonymie (même si elle n'a pas lieu d'être décrite) comme l'intersection de la plupart des éléments de sens de deux mots. |
| rem [2010] | L'intersection est désormais le fait d'éléments de sens assignables : deux sens sont en intersection quand leurs formes respectives reçoivent les mêmes valeurs. |
| INTERSIGNIQUE (relation) ⇨ signique ; intrasignique |
| description/1987 | Relation externe au signe, entre les signes d'un même système (relation systémique). Les classiques figures de style sont intersigniques. |
| exemple /(Paris 1977-79) | Le rapport entre les deux P du panneau PARKING et du panneau PARKING SOUTERRAIN est intersignique. |
| INTERVALLE critique ⇨ polariseur |
| description/1987 | La distance entre le point de départ d'une reprise et le lexème où le sème est repris, exprimée en nombre de lexèmes. Normalement correspond au cas où les autres sèmes du sémème polariseur seraient repris par les lexèmes intercalaires. La réalité se complique toutefois de reprises croisées ou d'isosémies plus générales qui prennent en charge les « vides » anisosémiques. |
| rem | Appartient au pan descriptif de la première théorie de la sémantisation. Repose sur une analyse du sens de chaque élément constituant l'énoncé, au moyen des matrices métalinguistiques. Dérive de l'analyse de la redondance, issue de la première thèse (1979-1982). |
| INTRANSITIVITÉ (propriété des relations) ⇨ propriétés ; relation ; transitivité |
| description/* | Relation binaire ℛ telle que x ℛ y et y ℛ z n'implique pas (⇏) x ℛ z. |
| notation/var. | a ℛ b & b ℛ c ⇒ ˥(a ℛ c). |
| *note | D'après la description que donne le DM de la relation transitive. Toute erreur d'interprétation est mon fait. |
| INTRASIGNIQUE ⇨ intersignique ; signique |
| description/1987 | Relation interne au signe, comme le rapport du signifiant au signifié, ou de la forme au sens. L'arbitraire est intrasignique. |
| exemple | Le rapport entre P et /parking/ est intrasignique (et arbitraire). La présence du P dans le carré dont un côté est ouvert, les pans relevés, est intrasignique. |
| IRONIE ⇨ antiphrase |
| définition /PL 1918 | Raillerie, sorte de sarcasme qui consiste à dire le contraire de ce qu'on veut faire entendre. |
| Sarcasme /ibid. | Raillerie acerbe. |
| définition /Verest | (Figure) Critique sous la forme d'un éloge, s'oppose à l'astéisme, éloge sous la forme d'un reproche. |
| ISOMORPHISME ⇨ hypothèse Sapir-Whorf ; Sapir |
| définition/DLL | Ling. Relation entre deux langues qui ont les mêmes structures ou entre deux systèmes sémantiques comparables. Isomorphisme de la langue et des faits culturels (hypothèse de Sapir-Whorf). |
| REM | La sémantique structurale est fondée sur l'isomorphisme des deux plans du langage (plan de l'expression et plan du contenu). D'après le DDL. Cette distinction spatiale comme représentation fictive est abandonnée ici même, à partir de la constitution graduelle de l'Essai de sémantique. |
| rem | Le « contenu » (je maintiens le terme pour l'intelligibilité) n'est pas un « plan ». C'est un dispositif métalinguistique permettant d'étudier le sens de formes syntagmées. Cf. matrice. |
| note 2010 | La critique la plus sérieuse que l'on puisse faire de la recherche d'iso- ou d'homéomorphisme(s) consiste à y voir une forme du raisonnement par analogie. |
| ISOSÉMIE [≡HOMOSÉMIE] ⇨ anisosémie ; polariseur ; isotopie |
| description/1987 | L'isosémie est un accord sémantique qui se manifeste par la reprise d'un ou de plusieurs sèmes d'un lexème à l'autre (sur un ou plus d'un lexème). Il s'agit donc d'un partage ou d'une intersection sémique, notamment nécessaire à la relation paraphrastique. |
| exemple/m. d. | Cf. hiver ∩ gercer ∩ mains. ⇨ hiver ∩ gercer ∩ mains |
| remarque | La notion était empruntée à Bernard Pottier qui l'a développée parallèlement à celle de d'isotopie de Greimas, vers la même époque en tout cas. Je l'employais d'abord au sens d'unité/homogénéité sémantique d'un passage ou d'un énoncé, distincte en cela d'une relation lexicale. Toutefois, à la longue, il m'a semblé que l'idée d'égalité était gênante surtout avec l'apparition de la notion de polariseur ou d'attracteur « d'isosémie ». En réalité, rien ne distingue l'intersection sémantique en discours de l'intersection sémantique dans une étude du lexique (synonymie in abstracto, par ex.). Même si le terme de sème s'est effacé, on a maintenu les mots se terminant en -sémie, puisque le radical (ou suffixe, selon le point de vue) concerne le sens. L'homosémie (=même) a donc remplacé graduellement l'isosémie (=égalité). note 2010 : pour ensuite céder la place à l'intersection pure et simple. |
| ISOTOPIE ⇨ isosémie ; jeu de mots |
| définition | Plan de signification homogène constitué de catégories sémantiques redondantes. |
| exemple | Greimas lui-même s'était servi du jeu de mots pour illustrer le phénomène ; on le suivra avec cet exemple d'anisotopie — le plus bel empire n'est-il pas l'empire de soi ? (P. Morand). L'anisotopie n'est pas toujours drôle, comme le montre cet exemple classique de l'ambiguïté : je ne sais pas quels journalistes anglais lisent les romanciers français. Idem pour sa paraphrase syntaxique : je ne sais pas quels romanciers français lisent les journalistes anglais. On a affaire à une amphibologie, construction interprétable de deux façons. |
| ITÉRATIF ⇨ terminatif ; résultatif ; ⇩ |
| définition /DL | Syn. de Fréquentatif. On appelle fréquentatif une forme verbale pourvue d'un affixe, qui indique la répétition de l'action exprimée par la racine du verbe. |
| exemple /ibid. | Ainsi criailler, redire sont des formes fréquentatives qui ont, l'une le suffixe -ailler, l'autre le préfixe re-. |
| ITÉRATION ⇧ |
| définition /PL 1918 | Action de répéter, de faire de nouveau. |
| [EUL]© | En informatique, procédé de calcul répétitif qui boucle jusqu'à ce qu'une condition particulière soit remplie. |
| JEU DE MOTS ⇨ ludisémie ; isotopie |
| description/1987 | La ludisémie appartient à l'hypersémie, comme l'excès de corrélations incompatibles empêche la mise en place d'une paraphrase qui témoignerait du sens. S'oppose partiellement au pléonasme car celui-ci manifeste un excès de corrélations compatibles et le plus souvent identiques. |
| exemple/m. d. | « Je me suis acheté une paire de schizos pour ralentir. Car tout le monde sait que le schizo freine. » « Si un rhume est supportable de jour, il est redoutable de nuit » M. Tillieux. |
| JUXTASÉMIE ⋁ PROSSÉMIE ⇨ métasémie |
| description/1987 | Corollaire des parcours métasémiques vers l'abstraction et vers le concret, la juxtasémie rend compte du "rapprochement" assimilateur auquel procède le locuteur en appliquant la notion d'analogie. La juxtasémie, en prenant en charge le saut ou le bond d'une classe à l'autre, dans le cas de classes qui se jouxtent, se présente comme le parallèle de l'interdéfinition artificielle. |
| rem | Dans l'exécution d'un parcours métasémique paradigmatique, il se peut que le sujet bifurque par accident. Cela peut également se produire dans une reconstruction à partir d'une source lexicographique. L'obligation de choisir entre manière, position, attitude, situation peut entraîner une bifurcation juxtasémique accidentelle. Dans une conception statique et dichotomique (en arborescence) du lexique, la juxtasémie est le passage d'une branche à la branche voisine, sans passage par le ou les nœuds supérieurs. |
| LANGAGE & LANGUE ⇨ idiome |
| description | En ce qui concerne le langage, on peut récupérer la définition qu'en donnait Joseph Vendryes (1923 : 19) : « La définition la plus générale qu'on puisse donner du langage est d'être un système de signes (...) Il y a langage toutes les fois que deux individus, ayant attribué par convention un certain sens à un acte donné, accomplissent cet acte en vue de communiquer entre eux. »
On comparera avec la définition de la langue que donnait L. Hjelmslev (1953 : 99) : « Une langue au sens large, y compris, disons, notre langue parlée habituelle, est un système de signes ou de constituants de signes, qui donne forme à la fois à l'expression et au contenu d'une manière spécifique à chaque langue particulière. »
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| Langue /PL 1918 | Idiome d'une nation. (Je retiens l'acception pertinente.) |
| Langage /PL 1918 | Deux acceptions s'appliquent : Emploi de la parole pour exprimer les idées. || Tout moyen de communiquer la pensée ou d'exprimer le sentiment (il y a trois sortes de langages : le langage parlé, le langage écrit et le langage mimique). |
| exemples | Langue anglaise. || Le langage articulé est l'apanage de l'homme. || Les yeux ont leur langage. |
| LEXÉMISATION ⇨ montée ; sémémisation |
| définition (av. 1987) | Mouvement par lequel un sème apparaît dans un énoncé de la langue objet sous la forme lexémique qui lui correspond. Il peut en résulter 1) une interdéfinition ou 2) un pléonasme en particulier s'il n'y a pas étalement. |
| exemple | Cf. une ‽dune de sable et le sable d'une dune ; un ‽germe rudimentaire ; l'origine d'une maladie. Également : le barillet d'un revolver et un ‽revolver à barillet |
| LEXIQUE |
| définition /PL 1918 | (1) Dictionnaire des formes propres à un auteur ; (2) dictionnaire abrégé ; (3) Ensemble des mots d'une langue. |
| exemple /ibid. | 1) le lexique de Virgile ; 2) syn. lexique, vocabulaire, glossaire (à dictionnaire, dans le PL 18). |
| définition /Petit Robert | 1° Vx Dictionnaire. ⋄ Mod. Dictionnaire succinct (d'une science ou d'une technique, d'un domaine spécialisé). ⇨ glossaire. - Dictionnaire bilingue abrégé. ⇨ vocabulaire. - Recueil des mots employés par un auteur, dans une ouvre littéraire. ⇨ index. Un lexique de Cicéron, de La Bruyère. 2° (1861) Ling. L'ensemble indéterminé des éléments signifiants stables (mots, locutions...) d'une langue, considéré abstraitement comme une des composantes formant le code de cette langue. ⇨ aussi vocabulaire. Étude du lexique. ⇨ lexicographie, lexicologie. 3° Ensemble des mots employés par qqn. Un lexique de quatre mille mots. Le lexique de Proust (⇨ idiolecte).
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| remarque | L'article du Petit Robert est reproduit à des fins de comparaison. On remarque la stabilité des sens en quatre-vingts ans. Mais le « doit être distingué » du DL à propos de nomenclature et de terminologie, lexique et vocabulaire mérite plus de circonspection. La nomenclature peut faire l'objet d'un glossaire et d'un lexique et peut correspondre à un vocabulaire (automobile, voile, etc.). |
| LIER une variable |
| description /Alpha | (b) peut s'écrire ∃x p(x) ; on dit que la variable x a été liée par le quantificateur. |
| exemple | (a) tous les entiers naturels sont pairs ; (b) certains entiers naturels sont pairs. |
| définition /DM | Variable liée dans une formule — Variable x telle qu'il y ait dans cette formule au moins une occurrence de ∀ x ou de ∃ x. |
| LIEU COMMUN ⇨ cliché |
| TLF sens 1 | [vraisemblablement dérivé des lieux oratoires] Idée générale que l'on utilise pour étayer un sujet, une démonstration. On trouve, il est vrai, chez Bossuet des morceaux et de beaux lieux communs sur la mort, qui ont servi et resservi dans plusieurs de ses sermons ou de ses oraisons funèbres (Sainte-Beuve, Chateaubr., t. 2, 1860, p. 21).
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| /Ibid. sens 2 | Péj. Idée couramment reçue. Je me montre même plus prévenante, diseuse de banalités et de lieux communs : - Quel beau temps, monsieur Marin! (Colette, Cl. Paris, 1901, p. 227) |
| TLF, à commun | - Expr. Lieu commun. Idée, formule générale souvent répétée et appliquée à un grand nombre de situations. User de lieux communs; répéter, renouveler un lieu commun. Péj. Banalité, idée ou argument rebattu(s) |
| [Fiche ajoutée en 2010]. |
| LITOTE |
| définition /Petit Larousse 1918 | Figure de rhétorique qui consiste à dire moins pour faire entendre plus. |
| exemple /ibid. | Comme le : va je ne te hais point, de Chimène au Cid, pour lui donner à entendre qu'« elle l'aime beaucoup ». |
| LOCATIF ⇨ coordonnées |
| définition | Cas existant dans certaines langues, dont le latin, pour exprimer le lieu où se passe le procès exprimé par le verbe. |
| exemple /DLL | -i en sanskrit dans vane vasat-i, c'est-à-dire « il habite dans la forêt » |
| LOCUTEUR I ⇨ sujet parlant |
| définition | Personne qui, dans la situation de communication, forme un énoncé en direction de l'auditeur. |
| note | Le locuteur est également l'auditeur de son message et, de ce fait, peut être considérer comme un interprète également. D'où les conflits possibles sur ce qui a été réellement dit. Dans une communication du type quotidien, le locuteur est également récepteur et interprère du message de son interlocuteur. Tout cela sans qu'on garantisse l'intersection des pseudo-codes, ni des situations (perçues différemment), pas plus que des constructions référentielles. Si le sens est asymptotique, la communication est, dans le meilleur des cas, extrêmement aléatoire. |
| LOCUTEUR-INTERPRÈTE II ou SUJET INTERPRÈTE (sujet comprenant) |
| description | Si l'on prend comme exemple arénophile, on peut supposer un locuteur-interprète qui y verrait « X-phile », c'est-à-dire qu'il sémantise ‘-phile’ en raison de ses connaissances étymologiques, base qui comprend la précorrélation ‘-phile’ ≍ {qui_aime}, mais pas arén-{?}, c'est-à-dire qu'il ne connaît ni ‘arénicole’ ni ‘arénacé’, pas plus qu'arénifère.
Toutefois il connaît ‘arène’ ≍ {cirque}, corrélation morphosémantique qui peut amener la détermination d'un sens approximatif : arénophile ⊢ {qui fréquente les cirques}. On peut étendre la démonstration à l'énoncé, qui sera généralement plus généreux en ce qui concerne les corrélations. L'analyse de la syntagmation n'est donc pas le fait du locuteur ; c'est une opération que le linguiste effectue a posteriori, mais qui peut éclairer le processus de sémantisation. |
| désignation | J'avais d'abord choisi de désigner la personne qui sémantise (c'est-à-dire qui donne un sens à un énoncé) en calquant l'expression sur celle de sujet parlant qui est plus ou moins synonyme de locuteur : cela donnait le « sujet interprétant », mais je n'étais pas satisfait. S'il s'agissait de conversations je pourrais dire « auditeur » et dans le cas de la lecture « lecteur », mais je ne me vois pas les réunir : lecteur-auditeur. La difficulté vient probablement de très loin. Il n'est probablement pas très judicieux de séparer la reconnaissance de l'énoncé de sa production. L'activité langagière est une, me dira-t-on.
Du moins cette conception a-t-elle eu le haut du pavé pendant des siècles. La compréhension doit rester voilée et secrète, pratiquée dans le for intérieur, un peu honteuse et inavouable. Je me souviens avoir présenté, lors d'une conférence, à la surprise de certains participants, cette thèse sous le nom de « fascination du signifiant ». C'est à la suite d'un malentendu (auquel a contribué généreusement R. Barthes) que la linguistique est devenue la science-phare des sciences humaines dans les années soixante-dix, alors qu'elle s'était toujours signalée par un conservatisme outrancier et sévère depuis qu'elle s'était extraite avec peine de la philologie. |
| LOCUTION ⇨ idiomatique ; syntagmation |
| définition /PL 1918 | 1) Expression, façon de parler ; 2) réunion de mots invariables, qui équivaut à un seul mot : locutions adverbiale, conjonctive. |
| exemple | 1) chanter pouilles, rompre les chiens ; 2) au fur et à mesure, en dépit de, aussitôt que. |
| DDL | Dans la trilogie austinienne, acte de parole qui produit des énoncés conformes, distinct de l'illocution, qui produit qqch en disant et, perlocution, par le fait de dire. || remarque sans incidence sur le sens, mais sur la signification. |
| remarque/1980 | se distinguent des formes dites libres par une réduction marqué de la combinabilité et du sens analytique (ou dit compositionnel) ; on note également une compression du sens, c'est-à-dire un appauvrissement des traits définitoires. |
| LOGIQUE I ⇨ règles d'inférence ; théorème de Jacques Herbrand ; tautologie ; contradiction ; contradictoire ; syllogisme ; table de vérité ; paradoxe de Goodman ; paradoxisme ; Hempel |
| définition | Science du raisonnement en lui-même, abstraction faite de la matière à laquelle il s'applique et de tout processus psychologique ; discipline qui influence certaines théories linguistiques, en particulier en raison des moyens formels qu'elle met à la disposition des linguistes. |
| note | On remarquera qu'elle est fondée sur un pari épistémologique qui n'est probablement pas tenu. Par un juste retour des choses, on s'attendrait à voir une psychologie nier la nature formelle du raisonnement. |
| un sceptique [2010] | « si la logique se bornait à renfermer dans des expressions générales et dans des formules sèches et abstraites les lois prétendues formelles de la pensée, ce travail me paraîtrait curieux, mais de nul profit, et je n'oserais y inviter personne. » Charles Waddington (1857) |
| LOGIQUE II ⇧ |
| observation/2007 | Son rôle dans la théorie — Mes premières incursions dans le domaine sémantique se sont faites dans une relation ambiguë avec la logique. Sachant qu'elle avait exclu le sens, sans doute voulais-je savoir pourquoi. Ce n'est que récemment que je suis arrivé à une explication satisfaisante, sans doute parce que depuis quelques années, ma position théorique n'est plus antilogiciste. À la fin des années soixante-dix et par la suite, quand la théorie a pris forme, je fréquentais les ouvrages de logique « pour connaître l'adversaire », en quelque sorte, Quine synthétisant assez bien « l'homme à abattre ». À côté de lui, Blanché est pratiquement un copain. |
| suite | Je n'ai jamais été convaincu du bien-fondé des prétextes généralement invoqués : confusions verbales de la langue courante, recherche de la pensée claire (que Cuvillier invoque à la défense de la langue spéciale des philosophes), imprécisions, flou, flottement, « contingence historique » (Blanché). Comme la pensée est indiscernable d'un système de signes, il ne peut pas exister de pensée claire à laquelle on atteindrait en court-circuitant les langues dites naturelles. Ce n'est ni par économie ni par rigueur que la logique symbolique s'est constituée, mais uniquement pour éviter la difficulté du sens et la menace constante d'aporie. Ce n'est pas pour « atteindre », mais pour « fuir ». |
| remarque | Il faut comprendre que le logicien est allergique à la polysémie, mais il ne s'aperçoit pas du désordre qui règne dans l'emploi des signes et des termes par les logiciens eux-mêmes. Le logicien veut construire une langue, sans avoir pris soin de se demander ce que c'était ni comment ça marchait. La polysémie et la synonymie peuvent sembler des plaies, mais elles ne sont pas propres aux langues naturelles, elles sont propres à l'usage que l'homme fait de tout système de signes. |
| note | Selon Blanché (1957-1968), « le caractère essentiel de la logique symbolique est la substitution, aux grammaires de nos langues naturelles, d'une grammaire où les formes du discours soient calquées sur les formes logiques. » Cette opération ou ce projet impliquent l'existence de formes logiques ou leur possibilité. Dans l'optique pédagogique de Blanché, ces formes logiques préexisteraient : le logicien n'aurait qu'à les extraire du discours en procédant à la réduction de celui-ci. Il y a là ce qui ressemble fort à une pétition de principe.
Quant à la logicisation de la langue ou d'une discipline qui a pour objet la langue, les limites apparaissent très vite. Et, si l'on en croit ce que rapporte indirectement Blanché à propos de l'idéographie logique, elles avaient été pressenties très tôt, par un certain Padoa qu'il cite : « car si le choix des signes moyennant lesquels on représente les idées n'est subordonné qu'à des exigences de commodité et de clarté, la liberté dans le choix des idées qu'il convient de représenter par des signes est très restreint (sic). » |
| suite | Blanché est conscient des enjeux et des risques. « Quoi qu'il en soit du processus mental qui se déroule en nous lorsque nous raisonnons effectivement, il est certain que, traité par le logicien, le raisonnement se réduit à une manipulation de signes, à un calcul. » Mais on peut se demander si Carnap qui spécule sur la nature d'un système logique sait de quoi il parle quand il déclare qu'il est une langue, qu'il réduit à « un système de signes avec les règles de leur emploi ».
Il l'oppose à une théorie qui serait un système d'affirmations sur des objets déterminés. Un linguiste n'y trouve pas son compte (et encore moins le sémanticien) et il faut être un fin logicien pour voir en quoi les deux diffèrent réellement dans un propos qui est, somme toute, « une affirmation sur un objet déterminé ». |
LOGIQUE (CARRÉ) ⇨ carré logique
| LOI (logique) ⇨ inférence |
| description /Blanché | (Après avoir décrit les principales lois du calcul propositionnel [la contraposition est une loi], Blanché écrit :)
« Chacune de ces lois autorise un acte d'inférence, et s'assortit d'une règle posant la légitimité de cet acte. Une telle règle demeurerait facilement implicite, mais le logicien a le devoir de tout expliciter. Par exemple à la loi du tiers exclu correspond la règle suivante : d'une proposition et de sa négation, si l'une est fausse il est légitime d'affirmer l'autre ; à la loi de double négation est liée la règle qui donne le droit de supprimer les négations associées par couples ; à la loi de commutativité, celle qui autorise la commutation ; à la loi de contraposition, celle qui permet de nier l'antécédent d'une implication vraie dont le conséquent est faux, etc. » |
| différence entre loi et règle | 1) Tandis que la loi demeure sur le plan de la théorie, et que son énoncé est susceptible de vérité ou de fausseté, une règle d'inférence est un énoncé normatif ou impératif qui, comme tel, relève des catégories pratiques : une règle n'est ni vraie ni fausse, elle est bonne ou mauvaise.
2) Tandis que la loi s'exprime à l'intérieur du calcul, la règle est extérieure au calcul, qu'elle domine. La première appartient à la langue, la seconde à la métalangue : c'est un énoncé métalogique, qui dit quelque chose au sujet des énoncés de la logique. |
| LUDIQUE ⇩ |
| description | Terme employé pour désigner tout ce qui concerne le jeu. |
| exemple | Dans la théorie (version 1987), un sens à teneur ludique est dit « ludisémique » et le phénomène du jeu dans le sens porte le nom de « ludisémie ». ⇩. |
| LUDISÉMIE ⇧ |
| description | Forme de l'hypersémie, rattachée à la polysémie classique, comme le jeu de mots se fait sur l'homonymie (bière1, bière2) ou la possibilité pour une unité d'avoir plusieurs sens, mais pas en contexte ; il faut donc un opérateur ou un défaut dans l'isosémie. |
| note | Cottez ne fournit pas de solution gréco-grecque pour remplacer ce mot d'origine mixte. |
| MACROSTRUCTURE |
| définition | Ensemble des termes d'une langue décrits dans un ouvrage lexicographique (= nomenclature) |
| exemple | ignorantisme appartient à la macrostructure du Petit Larousse 1918, mais pas à celle du Petit Robert, ni à la nomenclature du L2002. |
| remarque | La macrostructure n'est donc pas une question d'exhaustivité. Les contraintes ont probablement évolué au cours du siècle. Les objets relégués au musée sont souvent retirés du dictionnaire, bien que les châteaux-forts et les armures semblent dotés d'une pérennité assez inexplicable. On cherchera en vain « autogyre » dans un dictionnaire récent. Le PL 1918, pour sa part, comporte un très grand nombre d'entrées marquées « Peu usité », dont ‘sautillement’. Curieusement, enfin, on y trouve des sens qui sont absents de son correspondant moderne. « Ici », pris dans le sens de maintenant : « Au moment présent. » |
| MANIPULATION |
| description | La procédure fondamentale en linguistique est la commutation-substitution, qui se présente sous la forme d'une réécriture, soit xAy → xBy, où x...y tiennent lieu du contexte (environnement linguistique) et A et B des unités lexicales. Si B est une métaphore, elle se présente comme la réécriture d'un segment A non métaphorique. |
| remarque | Les grammaires modernes font appel à des transformations diverses, mais c'est aussi le cas dans les phases isolées jusqu'à présent dans les procès cognififs de nature sémiotique. Forme → sens → référence → référentiel → signification {axio-, doxo-, idéo-signification} |
| MARQUE ⇩ |
| définition | Trait dont la présence ou l'absence oppose deux formes ou deux éléments dont les autres traits pertinents sont identiques. |
| exemple | cf. jouissance ≢ privation |
| MARQUE DE REJET ⇩ |
| définition /DL | Signe oral ou écrit (unité, suite d'unités ou signes graphiques) par lequel le sujet parlant manifeste son refus d'assumer son énoncé ou son discours. |
| exemple | Les guillemets. Le Petit Larousse 1918 parle d'une sorte de « canon-revolver », à propos de ce qui est probablement la première mitrailleuse. |
| MARQUÉ ⇧ |
| description | Se trouver dans une opposition binaire avec un autre terme (dit non marqué) et s'en distinguer par la présence d'un trait pertinent (dit marque) que l'autre terme ne possède pas ; le terme marqué aura une extension inférieure à celle du terme non-marqué. |
| remarque /DLL | la valeur descriptive de la notion de marque serait illusoire, n'étant pas en mesure de prédire le comportements des termes qualifiés de marqué ou non-marqué. Grosso modo, on retiendra que toute opposition n'est pas nécessairement une question de marque (la marque étant métalinguistique, même si elle peut prendre la forme d'un morphème - en ce qui nous concerne). On se souviendra que la notion est importée de la phonologie. |
MASSIF ou MASSIQUE ⇨ nombre
| MATRICE (métalinguistique) d'analyse, c'est-à-dire MMA |
| définition | Tableau à x lignes et y colonnes facilitant l'analyse comparée du sens d'un énoncé ou d'un segment d'énoncé apparaissant à la première ligne et dont les unités lexicales de la chaîne sont réparties dans les cases. Dans sa forme la plus simple, il ne comporte que deux lignes, la seconde servant à élucider et étudier les formes cooccurrentes. Étant donné que le matériau d'analyse provient de sources extérieures, son degré de généralité ou de spécificité peut varier et rendre difficile l'identification des intersections sémantiques ; c'est pourquoi le nombre de lignes sera fonction de la nécessité où l'on est d'analyser plus avant certains résultats. |
| exemple | L'exemple ci-dessous est tiré du Petit Larousse 1918, avec le concours du PR, pour le verbe. Dans l'exemple, ‘farouche’ est sémantisé, à son tour, à la ligne du dessous. |
exemple de matrice analytique
| (les) muscardins | s'apprivoisent | facilement |
| petit rongeur de la grosseur d'une souris qui vit dans les haies | devenir moins farouche | aisément |
| sauvage | |
| MÉLIORATIF ⇨ péjoratif |
| définition /LX | Se dit d'un terme propre à présenter l'idée sous un jour favorable (contr. péjoratif ⇧). |
| note | Les dictionnaires emploient souvent l'expression « (pris) en mauvaise part » pour signaler l'association péjorative dans leur note d'usage. |
| MÉMOIRE |
| mémoire sémantique | Selon Tulving en 1972, c'est la mémoire nécessaire à l'utilisation du langage, c'est un thesaurus mental, le savoir organisé qu'un individu possède pour les mots, les symboles non verbaux et leurs significations. La mémoire sémantique n'enregistre pas les propriétés des stimuli mais plutôt les referents cognitifs des signaux d'entrée. |
| deux types de mémoire | mémoire de l'abstrait / mémoire du concret (association des idées) ⇨ mémoire des choses avec leurs rapports. [J. Duval-Jouve (1844)] |
| plus | « pas une mémoire, mais des mémoires. » Frédéric Paulhan (1889a) citant Ribot |
| Frédéric Paulhan (1889a) | « La mémoire désigne le réveil de certains phénomènes intellectuels dans certaines circonstances. Nous l'avons donc implicitement étudiée en indiquant les conditions de réveil des idées à l'état normal, et en remarquant que c'est l'idée dont nous avons besoin qui se présente généralement à l'esprit. Si nous étudions une question de psychologie et que le mot âme se présente à nous, nous nous souviendrons de son sens psychologique, non du sens qu'il a dans l'expression l'âme d'un canon, etc. » |
| Henri Piéron (1918) | « Le champ de la mémoire, c'est celui de la vie mentale tout entière, car, sans souvenirs, une telle vie serait impossible, car il n' est pas de processus psychique qui n'implique des persistances mnémoniques, la notion de causalité elle-même paraissant résulter des associations habituelles que les successions des phénomènes engendrent dans le cerveau (Wernicke). Et, en revanche, l'exercice normal de la mémoire paraît exiger la participation de la plupart des autres processus mentaux. L'étude des phénomènes mnémoniques en général ne peut donc se faire que grâce à une abstraction conventionnelle. Elle.partira de la perception qui engendre le souvenir et s'arrêtera au jeu complexe des phénomènes associatifs, et aux procédés de simplification, de schématisation intellectuelle, qui économisent l'usage des souvenirs concrets et aboutissent, par l'établissement des lois générales et des théories explicatives, à limiter au minimum l'usage de la mémoire des faits particuliers. » |
| [Fiche ajoutée en 2010]. |
| MENTALISME ⇨ complément |
| description | Notion polémique utilisée par Bloomfield et les distributionnalistes pour caractériser les grammairiens et les linguistes qui considèrent que l'acte de parole est un effet de la pensée du sujet parlant et qui définissent les catégories grammaticales et les règles d'agencement des unités en termes de contenu sémantique. [d'après le DLL.] |
| exemple | le sujet est « celui qui fait l'action » |
| observation | Le refus du mentalisme est surtout l'interdiction du sens. Le PL 1918 (Bloomfield n'avait pas encore été traduit) se révèle encore précieux. Le complément est défini comme tout mot qui complète le sens d'un autre mot. |
| MÉTALANGAGE ⇨ métalangue |
| description/1987 | L'ensemble des principes de la théorie fixe les règles d'emploi du métalangage qui se présente en systématisation et en contrainte de la fonction métalinguistique naturelle (présente dans la langue objet) : le métalangage ne contient pas de métatermes assimilables aux primitifs des théories concurrentes ou classiques. Le problème de la description de la langue par elle-même est résolu par le transcodage (promotion) des lexèmes au rang de sèmes, au fur et à mesure que le besoin s'en fait sentir. Il n'y a donc pas de stock de métatermes. |
| exemple/m. d. | Origine=:ORIGINE/germe:=ORIGINE [transcodage, terme abandonné (comme il n'y a pas de « codes ») au profit de métaconversion] .
[2008] Pour les besoins de la description (ou de la sémantisation), c'est-à-dire « dans le contexte de » [cette description ou sémantisation], ici du terme ‘germe’, le mot de la langue ‘origine’ passe dans la catégorie des descripteurs.
La formulation a naturellement évolué avec l'adoption de signes logiques (bien qu'à l'origine du double signe := se trouve la logicienne S. K. Langeravec =int, avant R. Moreau, :=)
— ‘mot’ ⊣ {mot} ∁ ‘terme’ ⊢ {?} ou dans l'ordre inverse ∁ ‘terme’ ⊢ {?} ‘mot’ ⊣ {mot}
Dans le contexte de la sémantisation d'un terme, on asserte qu'un mot donné est converti en élément de sens. Son office terminé, le mot en question redevient ce qu'il était : il n'y a pas de stock d'éléments de sens. |
| Suppl. 2010 | En vérifiant l'ordre =+int dans Langer, je tombe sur une phrase où elle cite Whitehead et Russell attribuant la première utilisation du signe d'assertion d'alors ‘⊢’ à Frege. |
| MÉTALANGUE ⇨ métalinguistique |
| DL | La métalangue est une langue artificielle servant à décrire une langue naturelle (1) dont les termes sont ceux de la langue objet d'analyse, mais qui ont une seule acception et (2) dont les règles de syntaxe sont aussi celles de la langue analysée. (...) Toute langue a sa propre métalangue dans la mesure où elle utilise des mots comme c'est-à-dire, signifier, pour ainsi dire, vouloir dire, etc. |
| pour mémoire | LL est très proche. |
| rem | Il est important de noter que les éléments de sens eux-mêmes ne sont pas à proprement parler les métatermes d'une métalangue ; le locuteur ou sujet interprète n'a aucune raison de tenir un discours métalinguistique, sauf dans les cas prévus par la langue, signalés par Jakobson, sous le nom de fonction métalinguistique (voir fiche suivante ⇩). A contrario, les propos que je tiens dans le cadre de la théorie des opérations sémantiques peuvent être considérés comme produits à partir d'une métalangue, dont les termes (et parmi eux, l'expression élément de sens) sont ceux auxquels j'ai consacré les fiches de cette présentation alphabétique (AZ). |
| MÉTALINGUISTIQUE (fonction) I ⇨ métalangage ; autonyme |
| définition | Possibilité du langage de dépasser et d'englober le langage, et par laquelle le locuteur prend le code qu'il utilise comme objet de description. [d'après le DL.] |
| exemple | Une phrase comme « maison est un nom féminin » est métalinguistique. |
| rem | Les logiciens font usage d'expressions comme use (usage, emploi) et mention, ou encore du terme ‘autonyme’, pour éviter des difficultés du genre : « cette phrase est incompréhensible ». (Cf. Blanché, p. 29.) |
| MÉTALINGUISTIQUE (fonction) II |
| DL/1974 | La fonction métalinguistique est la fonction du langage par laquelle le locuteur prend le code qu'il utilise comme objet de description, comme objet de son discours, du moins sur un point particulier. |
| exemple/ibid.[3] | Des membres de phrases comme « ce que j'appelle X c'est Y », par exemple, relèvent de la fonction métalinguistique. |
| LL/1973 | « Je ne vous suis pas. Que voulez-vous dire ? » |
| note | LL assimile un part de l'apprentissage à une série d'opérations métalinguistiques. |
| Observation/sur LL | Ses références se font à Jakobson pour la fonction (ce qui est normal, sauf pour Popper), mais pour le métalangage, il est fait allusion au schéma de Hjelsmlev, sans qu'il soit nommé (p. 326). Il me semble cependant que le schéma est erroné dans la mesure où la langue-objet ne peut pas devenir le signifié de la métalangue, mais bien son signifiant (sa forme). Ou alors le schéma en question n'est d'aucune utilité. Je le reproduis tel qu'il apparaît, salva transpositio. Si l'on prend le cas de la sémantique se constituant en métalangue, en conservant les termes utilisés, c'est le signifié de la langue analysée qui devient l'objet, et son signifiant (le singulier pour le pluriel) qui devient le signifiant métalinguistique. |
| rem [2010] | De quelque côté que l'on penche, la chose n'a pas de conséquence dans la théorie des opérations sémantiques qui n'est pas d'inspiration hjelsmlevienne et où la métalangue n'est jamais que partielle, c'est-à-dire qu'elle ne peut exister hors du cadre de la langue qui lui sert d'hôte. |
Métalangue, selon LL
| signifiant | signifié | = langue objet |
| signifiant | signifié | = métalangage |
| MÉTAPHORE I ⇨ trope ; trope (am) ; métonymie ; synecdoque ; figuré (sens) |
| définition | Emploi d'un terme concret pour exprimer une notion abstraite ; procédé de style qui consiste à donner à un mot un sens qu'il n'a pas d'ordinaire, en vertu d'une analogie. || Le nom d'un objet est appliqué à un autre objet grâce à un caractère commun qui les fait rapprocher et comparer. Nyrop. || Analogie réelle ou imaginaire. La métaphore est le plus souvent une substitution (axe paradigmatique) et peut se lexicaliser. || Pour les littéraires, comme Bénac, la métaphore est une « fusion » des deux termes de comparaison. |
| exemple | Brûler d'amour ; cette femme est une perle ; la perle des Antilles. |
| LetF | La métaphore n'est qu'une comparaison abrégée : celui qui fait une métaphore assimile si bien dans son esprit l'objet qu'il veut peindre avec celui auquel il le compare, qu'il juge inutile d'indiquer la comparaison au moyen d'une expression comparative telle que comme, de même que, etc. — La métaphore a été ainsi appelée parce qu'elle transporte un mot de sa signification ordinaire à une autre signification qu'il n'a qu'accidentellement. |
| exemple/ibid. | Si au lieu de dire Achille s'élance comme un lion, on dit : Achille, ce lion, s'élance, on fait une métaphore.
[Petit Larousse 1918] C'est par métaphore qu'on dit : la lumière de l'esprit, la fleur des ans, etc. |
| complément | [PL 1918] Figure de rhétorique par laquelle on transporte la signification propre d'un mot à une autre signification qui ne lui convient qu'en vertu d'une comparaison sous-entendue.
[Littré 1872] 1° Terme de rhétorique. Dans le sens primitif, qui est celui d'Aristote et de l'étymologie, synonyme de trope ; c'est un terme général.
2° Dans un sens plus restreint, qui est le sens des rhéteurs postérieurs, de Cicéron, de Quintilien et le sens actuel, figure par laquelle la signification naturelle d'un mot est changée en une autre ; comparaison abrégée. Les métaphores ne sont autre chose que des similitudes abrégées, BOSSUET 6e avert. 82. |
| MÉTAPHORE II ⊫ ⇨ métonymie ; synecdoque ; figure |
| description/ 1987 | Les spéculations sur la nécessité d'une règle dérivée pour la métaphore sont résolues par l'adoption du principe du sens « indirect » comme explication du sens figural, dit couramment figuré. Le détour nécessaire à l'assignation du sens qui convient se fait par l'énoncé connecteur qui indique les conditions requises pour que la valeur s'applique, soit « la science flambeau de l'humanité » : « la science éclaire (indirection dénotative conduisant au sens) l'humanité comme le flambeau (dénotation directe) éclaire (dénotation directe) l'homme ». On note ici la nécessité d'un nouveau détour. Le nombre de corrélations nécessaires déplace la métaphore vers l'hypersémie. |
| exemple | Cf. le germe d'un amour. — [2008] l'embryon d'un amour — (PL 1918) la vertu germe dans son cœur. |
| sens par indirection | La caractéristique la plus nette d'une métaphore est la perte de la dénotation-désignation et de l'acception première du terme métaphorisé. Même un amour ardent ne grossit pas le nombre des grands brûlés (à rebours de l'historique Bal des Ardents). Ce n'est pas la seule figure qui se range parmi les pertes du sens premier, que l'on songe à la catachrèse, la métonymie ou encore l'euphémisme. Le cas de la synecdoque est un peu spécial, car la partie ou le tout gardent leur désignation le plus souvent.
Le cas de ressort dans le PL 1918 est intéressant, car avant de devenir figuré, il passe par l'extension de son sens. Or il y a déjà un passage non balisé de ≝ {élasticité} à ≝ {organe élastique}, avant cette extension à ≝ {moteur quelconque}. La figuration compte d'ailleurs deux acceptions a) activité, force, énergie, donner du ressort à l'esprit et b) moyen pour réussir, faire jouer tous les ressorts
On notera que le PR ne voit pas d'extension (bien que la notion soit employée par ses lexicographes : « application d'un mot à d'autres objets »), tout (ressort) est soit métaphorique soit figuré, hormis le premier, qui n'est pas le même que pour le Larousse, ce qui n'est pas surprenant, mais ce qu'il est c'est la structure de l'article. Sur le graphique, seuls les flèches numérotées 1, 2, 3 sont actives pour la dénotation et les rouges I, II, III pour les sens. |
| Suppl. 2010 | « On a proposé [Speranski, Essai sur l'origine psychologique des métaphores, Revue philosophique, septembre et octobre 1897] de réduire la métaphore à trois catégories ; deux principales et une secondaire. 1° Métaphores par ressemblance, les plus fréquentes et les plus simples elles résultent d'un acte de comparaison. 2° Métaphores par passage du connu à l'inconnu attribuer aux animaux et aux choses des qualités humaines. Ainsi quelques peuples ont dénommé le Soleil « le marcheur ». 3° Les métaphores par contraste. Les Furies désignées sous le nom d'Euménides. Ceci n'est-il pas une antiphrase plutôt qu'une métaphore proprement dite ? [Ribot (1915) a raison de se poser des questions sur la classification en question.] Le procédé métaphorique est unique : le second est une anthropomorphisation, forme extrême d'animisme. » Théodule Ribot (1915) |

| MÉTAPHRASE ⇨ paraphrase ; anaphrase |
| définition/ 1995 | au sens de {phrase d'une phrase}, c'est-à-dire un énoncé métalinguistique ou métadiscursif qui prend pour objet d'explicitation un segment d'énoncé naturel. |
| objet | Remplacer le terme marqué « paraphrase », auquel est associé la superfluité. |
| MÉTASÉMIE ⇨ suprasème ; infrasème ; juxtasémie |
| description/ 1987 | Les opérations métasémiques sont des parcours de classe, à l'exception de la juxtasémie (prossémie), qui est un déplacement « latéral » de classe à classe, plutôt qu'à l'intérieur d'une classe donnée, qu'il s'agisse de lexèmes ou de sèmes. || La relation métasémique est généralement labile : /faute/ est le suprasème (anosème) de /lapsus/, mais /manquement/ est le suprasème de /faute/, et inversement pour l'infrasème (catosème). Dans le système du Lexis le suprasème absolu serait /manifestation/. |
| rem | Ces recherches appartiennent à un pan de la théorie que je tends à délaisser. En effet, il est difficile de prétendre décrire un lexique « de reconnaissance » qui par définition reste labile dans son organisation, et en outre, variable d'un sujet à l'autre, mais il ne peut en être autrement dans une conception du sens où celui-ci est asymptotique. |
| MÉTATERME ⇨ métalangage ; primitif |
| description/1987 | Dans une théorie de « l'assignation » les métatermes descriptifs sont produits au fur et à mesure des besoins au moyen de la règle de transcodage [métaconversion], qui permet même de fixer la classe des sèmes nécessaires, qui sont des lexèmes changeant de plan et de rôle (ils perdent leur capacité de référer). Les métatermes notionnels sont issus des principes qui régissent l'ensemble de la théorie. |
| exemple | personne paresseuse, personne molle sont des métatermes dans ce sens, c'est-à-dire qu'ils résultent de la conversion (anciennement promotion) d'un mot de la langue au statut descripteur, définisseur, terme explicatif ou valeur sémantique, mais uniquement lorsqu'il s'agit de donner un sens au mot de la langue « flémard ». |
| exemple/2007 | l'expression « élément de sens » est un métaterme de la théorie, mais pas au sens décrit ci-dessus. Voir métalangue. |
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