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Présentation alphabétique et chronologique de la théorie des opérations sémantiques (1979-2012)




IX




Métonymie  ·  Paradigme




Table d'orientation de la page 9
métonymie I  ·  métonymie II  ·  mobilité  ·  mobilité/labilité  ·  modalité  ·  mode  ·  modèle I  ·  modèle II  ·  module  ·  monème  ·  monosémie I  ·  monosémie II  ·  montée  ·  morphème  ·  morphodéfinition  ·  morphologie  ·  mot  ·  motivation  ·  mot-phrase  ·  mot-valise  ·  mouvement ·  mythe  ·  mythème  ·  naturelle (langue)  ·  nécessaire  ·  négation I (expression de la)  ·  négation II  ·  négation alternée  ·  néologisme  ·  n'est pas  ·  neutralisation  ·  neutre  ·  niveau  ·  noème  ·  nom  ·  nom d'action  ·  nombre  ·  nomenclature  ·  nominalisation  ·  notation  ·  objet  ·  objectifs (d'une théorie sémantique)  ·  occurrence  ·  onoma  ·  onomasiologie  ·  onomastique  ·  onomatique  ·  onomatologie  ·  onomatopée  ·  onymatique  ·  opacité (relation d')  ·  opérateur (verbe, etc.)  ·  opérateur taxique  ·  opérateur sémiotique  ·  opérateur sémantique  ·  opérateur référentiel  ·  opérateur de signification  ·  opérateur axiologique  ·  opérateur doxologique  ·  opérateur idéologique  ·  opérateur logique  ·  opération  ·  opération & dénotation ·  opérationnalité (opérativité)  ·  opposition  ·  oppositivité (principe d')  ·  ordre  ·  organisation sémantique de la phrase  ·  orientation  ·  orthologie  ·  oxymore  ·  paradigme


MÉTONYMIE I ⇩  ⇨  synecdoque
définitionProcédé de style qui consiste à ne pas nommer une chose par son nom habituel mais à la désigner par un mot en étroit rapport avec elle (rapport de contiguïté). || Il s'agit d'une substitution qui a des conséquences sémantiques et entraîne une polysémie. || L'extension de sens qui consiste à nommer un objet au moyen d'un terme désignant un autre objet uni au premier par une relation constante.  Contiguïté - association.  Nyrop.
exempleBoire un verre ; récolte (action), récolte (produit).
LetFLa métonymie, du grec metonumia, changement de nom, est une figure qui consiste à remplacer le nom d'une chose par celui d'une autre.  La métonymie emploie :
exemple /ibid.1° la cause pour l'effet.  Neptune pour la mer, Cérès pour les moissons, Mars pour la guerre.

2° L'effet pour la cause.  Le mont Pélion n'a plus d'ombre, c'est-à-dire n'a plus d'arbres qui donnent de l'ombre.

3° Le signe pour la chose signifiée.  Le sceptre pour la royauté ; le laurier pour la victoire ; l'olivier pour la paix ; la palme pour le martyre ; la robe pour la magistrature ; l'épée pour l'art militaire.

4° Le contenant pour le contenu.  Boire un verre d'eau, c'est-à-dire, boire l'eau contenue dans un verre.

5° Le lieu où une chose se fait pour cette chose elle-même.  Du gruyère, du roquefort pour du fromage de Gruyère, du fromage de Roquefort ; un panama pour un chapeau de Panama.

6° Le possesseur pour l'objet possédé ; l'auteur pour l'ouvrage.  Alexandre emportait Homère dans toutes ses expéditions ; il l'avait toujours sous son oreiller (Homère est mis pour les ouvrages d'Homère).

7° L'abstrait pour le concret.  Là, parmi les douceurs d'un tranquille silence, Règne sur le duvet une heureuse indolence.


MÉTONYMIE II ⇧  ⇨ figure
description/ 1987Comme pour la métaphore et la synecdoque, c'est encore la combinaison du sens indirect (le sens direct ne pouvant s'appli­quer en raison d'une anisosémie) et de l'énoncé connecteur qui explique le mieux la présence de figures parmi les lexèmes.
exemple/1987Soit « Alexandre emportait Homère dans toutes ses expéditions ;  il l'avait toujours sous son oreiller ». Deux anisosémies (empor­tait - Homère; l'(Homère) - sous son oreiller).  Enoncé connecteur :  « Homère est mis pour ouvrages d'Homère », mais ouvrages d'Homère nécessite une autre interdéfinition artificielle (à moins que /ouvrages/ figure dans le « sémème » d'Homère et l'interdé­finition sera dite « faible »).
Suppl. 2010/12La métonymie est essentiellement une des formes lexicales prises par la relation de contiguïté :  la seconde est la synecdoque, devenue méronymie (partie) - holonymie (tout) du point de vue lexical.  Wiki définit l'holonymie comme « une relation partitive hiérarchisée », mais ce sont seulement les exemples corps-bras et maison-toit qui permettent de l'identifier, car la hiérarchie n'est pas convaincante, et la partitivité est une notion grammaticale qui s'adapte mal à l'idée d'un objet formant partie d'un tout ou d'un tout constitué de parties :  on comprend mal la partitivité d'une fleur (tige, pétale) ou d'une gare de triage (rail, voie, rame).  Le pied serait le méronyme de l'armoire, de la table, du lit, de la montagne, de grue...
maj [2010]L'introduction de la dénotation dans l'équation permet de distinguer la redirection de l'indirection dénotative dont seule cette dernière conduit au sens, la redirection menant à une nouvelle dénotation, ce qui est généralement le cas des métonymies (une redirection peut être de type notionnel, comme dans la synecdoque « l'airain tonne », l'airain n'étant pas dénotativement ce qui tonne.  L'âge d'airain, par contre, a une dénotation notionnelle sans détour :  l'un des quatre âges de l'humanité selon les anciens.


MOBILITÉ  [≡LABILITÉ]  ⇨  mouvement ; disproportion ; répartitivité
description/1987La mobilité sémique est la conséquence de la liberté théorique que sanctionne la notion « d'assignation. »  Il n'y a que les conditions qui puissent contraindre une assignation [attribution/interprétation] et les opérateurs sémiotiques qui permettent de régler très ponctuellement et de façon parfaitement provisoire le sens des lexèmes.
remQuoi que fassent les lexicographes, la langue qu'ils enregistrent n'est jamais tout à fait celle qui est parlée ni écrite.  L'ancienne lexicographie poursuivait une chimère autrement perverse, celle qui aurait consisté à fixer la langue, ou, à tout le moins, le lexique.  Mais lorsque je parle de « liberté théorique », je veux dire par là que théoriquement n'importe quel mot peut se voir attribuer n'importe quel sens.  Quand je constate qu'un chef d'État que je ne nommerai pas crée un adverbe qui a le sens de {de toute urgence}, je suis à la fois choqué et ravi de voir que mon hypothèse est vérifiée, ne fût-ce qu'accidentellement, par un familier des barbarismes et autres solécismes.  On comprend mieux, je l'espère, pourquoi je pense que les logiciens font un mauvais procès à une pauvre langue courante qui n'en peut mais.


MODALITÉ  ⇨  mode
définitionEnsemble de formes permettant au locuteur d'indiquer la manière dont il envisage le contenu de son énoncé.
remarque /d'apr. DLIl semble exister une certaine confusion (ou à tout le moins une homonymie ou paronymie) entre les diverses acceptions de modalité, mode, modalisation.  Les catégories les plus claires, en dehors des modes traditionnels (voir ci-dessous ici même la remarque), sont les modalités logiques qui consistent diverses manières d'envisager le prédicat de la phrase — vrai, contingent (ou nécessaire), probable (ou possible).  La modalité du « vrai » est traduite par l'absence d'auxiliaire de mode et la seule présence du temps.  Les modalités de la contingence (vs nécessité [vs = versus, c'est-à-dire « par opposition à »]) ou de la probabilité (vs possibilité) sont traduites par des auxiliaires de mode. || La modalisation s'en distingue par le fait qu'elle indique le degré d'adhésion du sujet parlant à son énoncé.  Dans l'exemple (1), et (2) la modalité est la probabilité, mais (2) n'est que partiellement assumé par le locuteur.  La modalisation dispose également d'adverbes (peut-être, bien sûr, sans doute) et repose en français sur le mode : par l'indicatif le sujet parlant assume, et il rejette partiellement ou toralement par le conditionnel et le subjonctif (dans les phrases indirectes, par le subjonctif ou le conditionnel) ;  phrases (3) et suiv.
exemples /ibid.1) Le train doit arriver à cinq heures.  2) Le train devrait arriver à cinq heures.  3) Pierre viendra.  4) Pierre viendrait parce que Paul est venu.  5) Quand bien même Paul viendrait.
remarque /DLLMot extrêmement polysémique.  Il dénote soit le type de phrase (modalité affirmative ou assertive, interrogative, optative, etc.), soit la valeur sémantique des modes (modalité indicative, subjonctive, hypothétique, etc.), soit la nuance stylistique d'un énoncé (modalité dubitative, etc.).  Chez Martinet, le terme désigne exclusivement les déterminants grammaticaux (dont l'inventaire est limité) d'une unité significative :  le pluriel, le défini, le possessif, le démonstratif sont des modalités nominales, la marque de la personne, du nombre, du temps sont des modalités verbales (en français).


MODE  ⇨  modalité
définitionCatégorie grammaticale, relative au système du verbe, indiquant le statut d'un énoncé linguistique.
exemple(modes personnels - DL) indicatif, subjonctif, impératif, conditionnel, infinitif et participe.


MODÈLE  ⇨  modèle
descriptionConstruction théorique qui simule la réalité, reproduisant un objet, non dans sa totalité vécue mais dans ce qui en est jugé essentiel (quand il s'agit du résultat d'un travail de formalisation ;  on parle alors de modèle mathématique).
complément /DLRend compte d'un ensemble de processus qui possèdent entre eux certaines relations.


MODÈLE II  ⇨  comme
définition/tsoLe symbole de l'analogie est aussi celui du modèle ;  a ⊨ b se lit donc soit « a est comme b » ou « A a pour modèle B » — dans la métaphore, b est substitué à a.
{crainte, course} ⊨ lièvre ; le chacal est également peureux, mais on ne rencontre pas traditionnellement dans les campagnes où était parlé le français au cours de son élaboration.  Cette idée de « modèle » risque, si l'on n'y prend pas garde, de donner des munitions aux chasseurs de prototypes.
 ⇨ pour le MODÈLE SÉMIOCOGNITIF, voir à sémiocognitif (modèle) et la carte conceptuelle sur Glinkr ou encore sur ce site, la carte conceptuelle AiBase.
Suppl. 2010Le chapitre sept de « De l'inférence sémantique » fait le point sur la question.  Voir aussi le plan.


MODULE (verbal, prépositionnel)  ⇨  organisation sémantique de la phrase ;  modules divers
descriptionAussi appelé « actantiel ».  Syn. de schéma syntactique.
exemple/SVO → SVprepO.  ||  Généralement représenté dans la règle par un enchâssement du type [s[v]o]
complément[Adv[Adj]] ⋀ [Aux[Adv[V]]]

l'adverbe précède l'adjectif (très sale) et l'adverbe est intercalé entre l'auxiliaire et le verbe (il a énormément travaillé)


MONÈME  ⇨  morphème ; mot
définitionUnité minimale signifiante dans la terminologie de Frei, puis de Martinet.
exemple /DLCe peut être un mot simple, un radical, un affixe, une désinence.  aujourd'hui, depuis, son, la, merci, ici.


MONOSÉMIE  ⇨  polysémie ;  monosémie
définition/d'apr. DLCaractère des morphèmes ou des mots monosémiques, typique des vocabulaires techniques ou scientifiques.
noteSe rencontre aussi dans les mots rares, comme immédiateté.  Par opposition à polysémie, qui se dit de mots ayant plus d'un sens.
exemple/ibid.laryngologie, appendicectomie, névralgie, etc.
[2012]Ces exemples sont dénotatifs.  Cf. ‘monostyle’, en architecture, où l'adjectif est monosémique, même s'il se rapporte à une classe de dénotés.


MONOSÉMIE II  ⇨  règle d'interprétation sémantique
description/1987Cette contrainte répond au souci de rigueur de la théorie.  Elle s'applique en tous les points de la règle et de la descrip­tion.  La monosémie d'un élément garantit, par solidarité, la monosémie d'un autre.  Même si la forme n'est pas normalement investie de sens, sa présence dans la règle asservit la valeur à la monosémie.
remarqueLe DDL signale le fait que dans une nomenclature, les termes sont monosémiques (principe de bi-univocité).


MONTÉE  ⇨ lexémisation ; redondance ; étalement ; mouvement
définition/1987L'interdéfinition peut être conçue comme le résul­tat d'une « montée », à la façon du pléonasme, mais non ressenti comme tel.  Dans la série donnée en exemple, il y a interdéfinition à plusieurs reprises, mais tous les éléments peuvent entrer en combinaison sans effet pléonastique.  On se souviendra pourtant que la montée (aussi dite lexémisation, par opposition à sémémisation) à effet pléonastique peut être détournée si on en change l'orientation : « le sable des dunes »; « j'ai acheté mon pain à la boulangerie », mais ‽boulan­gerie qui vend du pain.  L'étalement aura pour effet de réduire l'effet pléonastique :  boulangerie qui vend du bon pain.  Cf. boulangerie qui ne vend que du pain.
exemplepercussion - percussionniste - musicien - instru­ment - composer - exécuter - morceau
noteappartient à la phase « spatiale » de l'hypothèse descriptive.  Le sème monte vers la surface, le lexème descend vers la description (écho [assez faible] de la structure profonde).
[2012]Cette « tangibilité » du sens tient de l'hypostasie et d'une certaine naïveté (comme la fameuse prédiction des grammaires et sémantiques parrainées par Chomsky).


MORPHÈME  ⇨  monème  ;  sémantème
définitionUnité significative minimale et, au sens étroit, marque grammaticale, comme la flexion, l'affixe, le préfixe, le suffixe.
noteChez A. Martinet, le terme de morphème est réservé aux éléments grammaticaux.  Autrement, on le considère comme le constituant immédiat du mot.
exemple /DLin- dans indigeste, incapable, invalide ; -eux dans malheureux, paresseux.  La marque écrite du pluriel en français, -s, est un morphème.


MORPHODÉFINITIONracine ;  autodéfinition  ;  analycité
Définition qui s'inspire de la thèse qui considère la racine et les affixes comme des éléments signifiants, c'est-à-dire vecteurs de sens.  V. racine.
cf.nov- ;  novat-, mais il y a homophonie, comme tomb- et tomb-, dans ‘tombant’, ‘tombeur’ et ‘tombal’.
tosDans l'application de la règle la morphodéfinition intervient (avec les risques qu'elle comporte) comme condition morphologique ou étymologique.
[Fiche ajoutée en 2010].


MORPHOLOGIE  ⇨  condition morphologique
définitionBranche de la linguistique qui traite du lexique et des marques grammaticales indépendamment de leurs rapports dans la phrase.  Décrit les règles qui régissent la structure interne des mots (formation) et les formes qu'ils prennent selon le nombre, le genre, le temps, la personne.
noteDans le cas de règles de combinaison des syntagmes en phrases, on parle mieux de morphosyntaxe.


MORPHOLOGIQUE  ⇨  condition morphologique

MOT  ⇨  monème ;  mot-phrase ;  mot-valise ;  nom
définitionSuite phonique ou graphique qui peut être employée de façon autonome, ou en association dans un énoncé, et participant à son fonctionnement syntactico-sémantique.  Syn. unité lexicale, lexème, morphème.  ||  « Le mot n'est en définitive qu'une possibilité de variation significative à l'intérieur d'une phrase. »  Prieto (1975).
cf. Suppl. 2010« Considéré en lui-même, le mot n'est qu'une sensation auditive, et si la compréhension du mot n'est en somme qu'un cas particulier du passage de la sensation brute à une perception plus ou moins complexe. » [école de Taine] Barat (1917).
Petit Larousse 1918Son ou réunion de sons correspondant à une idée.  mot de plusieurs syllabes.  Caractère ou suite de caractères qui figurent ce mot.  un mot illisible.
remLa théorie des opérations sémantiques rend au mot sa place.  La citation de Prieto donne à la phrase une antériorité sur le mot, qui ne correspond pas à la réalité.  Un mot peut très bien tenir lieu d'une phrase.  Mais la sémantique des opérations n'en fait pas un cheval de bataille, ni un dogme.  Néanmoins, comme le lexique qu'elle considère est en fait le vocabulaire du sujet qui interprète les énoncés, il lui est en quelque sorte « interdit » de parler du lexique comme réalité indépendante (qui est de toute façon virtuelle ou abstraite).


MOTIVATION  ⇨  arbitraire
définitionRelation de nécessité plus ou moins étroite établie par le locuteur entre le signifiant et le signifié, ou dans sa sémiotique particulière entre le mot et la chose ;  au sens strictement saussurien, transparence relative des dérivés et composés, à partir des éléments qui les constituent  fermier par rapport à ferme ;  on se méfiera de cette notion, dont il est facile d'abuser :  nombre de contre-exemples illustrent le caractère aléatoire de cette observation.
Petit Robert4. Ling. Relation naturelle de ressemblance entre le signe et la chose désignée.  Motivation des onomatopées. - Caractère d'un signe complexe dont le sens se déduit de ses composants.  Mot qui perd sa motivation. ⇨ démotivé.
remsi ‘lapin’ était motivé, rabbit ne le serait pas, et le lièvre pourrait toujours courir.  Oh, pardon, c'est le furet. [Le DL fait état de fausses motivations, avec pour exemple forcené ≻ *force.]
ctr-exemplelampe lamper, rampe ramper, enfant enfanter, singe singer.
Petit Robert[arbitraire]  3. Ling. Dont le signifiant et le signifié sont liés de façon conventionnelle, non naturelle. « Le signe linguistique est arbitraire » (Saussure).
rem bisLe Petit Robert (et J. Rey-Debove, dans son lexique) n'est pas tout à fait fidèle à la réalité.  La nature n'a rien à voir dans l'histoire.  La définition de motivation qu'il donne se rattache plutôt à la discussion qu'en a fait Benveniste, parlant de nécessité dans le rapport Sa/Sé et qui déplace le rapport arbitraire dans le lien que le signe peut avoir avec la chose qu'il désigne.  La discussion dans l'ouvrage de Ducrot et Todorov est très complète, comme celle du dictionnaire de Greimas et Courtès.  La définition d'ouverture est en partie tirée du GDEL.
[2012]Le jeu de mots fournit un excellent contre-exemple à la réalité de la motivation :  l'emploi ludique du langage remotive les formes.  Ceux qui voient le cercle dans « circul- » doivent définir la ciculation comme le fait de tourner en rond.


MOT-PHRASEparamètre
définition /DL[= phrasillon (Tesnière)] unité isolée ou mot composite inanalysable qui joue sémantiquement le même rôle qu'une phrase.
exemple /ibid.Aïe! À la bonne heure! Au secours! voici, voilà, oui (cf. interjections de la grammaire traditionnelle).


MOT-VALISE
définitionMot résultant de la réduction d'une suite de mots qui ne conserve que la partie initiale du premier mot et la partie finale du dernier :  le célèbre franglais, le moins connu fumard à partir de fumée et brouillard (cf. smog [smoke + fog])
complément /DLOn le devrait à L. Carroll (portmanteau word) qui était aussi logicien.


MOUVEMENT  ⇨  mobilité
description/1987Le recours à la notion de « mouvement sémique » permet une explication partielle de la figure (le sème /humain/ passant dans le sémème de VIOLON pour donner ‘premier violon’), mais la thèse du sens par indirection semble plus prometteuse.  On se souviendra que la figure est elle-même un type d'explication de mécanismes sémiotiques (métaphore = transport).  On peut retenir le mouvement sous la forme des opérations de parcours (v. métasémie) ou comme lexémisation (montée) ou sémémisation (descente).
remLe mouvement des « sèmes » est délaissé vu la disgrâce qui frappe le sème.
Suppl. 2010L'anthropomorphisme et la personnification sont refoulés du fait que l'inférence sémantique n'est pas une opération quintessenciée ou théologique, mais bien l'assignation d'un sens à une forme dans certaines conditions et non une fonction propositionnelle déshumanisée.
maj [2010]L'hypothèse des parcours dénotatifs combinant référent matériel et notionnel ainsi que redirection et indirection permet de mieux situer la frontière entre le sens et la référence et d'écarter la phrase comme objet sémantique.



MYTHE
définition /PL 1918Trait, récit des temps fabuleux et héroïques : les mythes de la Grèce.  || Tradition qui, sous la figure de l'allégorie, laisse voir un grand fait naturel, historique ou philosophique : un mythe solaire.  || Fig.  Chose fabuleuse et rare : le phénix des anciens est un mythe.
description /LPAu sens premier, le mythe est « fable ».  D'Aristote à Hegel, la philosophie dans son rapport de rationalité absolue, y a vu l'échec d'une pensée.  L'ethnologie et la psychanalyse ont mis fin à ce rejet.  Le mythe primitif est le récit d'une histoire fondamentale, d'où le groupe tire la justification de son rituel et la texture de son existence.  Par extension, tout récit d'une séquence historique réelle, dont l'évocation sert à organiser l'imaginaire social et à charger le présent d'affectivité, sera assimilable à un mythe : la Révolution française, la Commune de Paris, 1917, etc.  Par métaphore, on peut appeler mythe une histoire qui a charge de rendre compte de ce qui, de l'ordre de l'originaire, est hors concept, et dont on affirme la nécessité, indépendamment de sa vérité historique : l'état de nature chez Rousseau, le meurtre du père chez Freud.


MYTHÈME
description /LPSelon Lévi-Strauss, les mythes sont structurés comme un langage.  Les mythèmes ou « phrases » sont de grosses unités de signification qui groupent les sémantèmes, comme ceux-ci groupent les morphènes (sic : lire morphème).
noteLe dictionnaire de poche « La Philosophie » (1972) a d'abord paru en 1969.  note 2010 :  on rappelle que la linguistique de Lévi-Strauss est d'abord jakobsonnienne.  Mais il est difficile d'ajouter foi à de « grosses unités de signification » ou de leur faire quelque crédit.


NATURELLE (langue)
descriptionExpression qui désigne l'ensemble des langues humaines par opposition à une classe de langages artificiels, langages formels (mathématiques ou logiques) et les langages de programmation.
noteEn 1987, F. Rastier trouvait moyen de s'élever contre l'expression en arguant que la langue était culturelle.  Il avait trente ans de retard, car Robert Blanché semble l'avoir employé en 1957.


NÉCESSAIRE  ⇨  problématique ;  apodictique
définition /Cuvillierctr. de contingent.  Ce que nous ne pouvons concevoir autrement (nécessité rationnelle et de droit).  Cette nécessité peut être 1) absolue et inconditionnelle (propositions dont les contradictoires impliqueraient contradiction ou seraient connues comme fausses a priori) ;  2) relative et conditionnelle (cf. hypothétique).
exemple 2dans une déduction, la conclusion est dite nécessaire, i.e. il y aurait contradiction à la nier si l'on accepte les principes.


NÉGATION (expression ou notation de la)  ⇨  symboles ; occurrence
description /v. 1995Le symbole se place devant le symbole ou le terme (¬X) et se lit :  non-X.  Dans le cas de la référence, on adopte le R nié, soit ‘℟’ ou encore ˥ℝ ou ¬ℝ.
noteIl existe des variantes du symbole, ‘⌉’ — ‘˥’.  Voir ci-dessous. ⇩


NÉGATION ALTERNÉE (logique)  ⇨  barre de Sheffer ; incompatibilité
description /DMTout connecteur peut être défini à partir de la négation alternée puisque ˥A = A | A et A ⋁ B = (A | B) | (A | B).
remarqueLes conséquences sémantiques, s'il y en a, n'ont pas encore été dégagées.
note 2010Le connecteur de la langue naturelle se définit par le rôle qu'il exerce dans la phrase, ainsi ‘mais’ n'est pas défini in abstracto, mais par le fait qu'il oppose (disons) :  Pierre est bien venu à cinq heures, mais il est reparti aussitôt.  La valeur du connecteur est normalement en intersection avec une valeur attribuée à une autre unité de l'énoncé.  Cf. le TLF :  « En employant mais le locuteur refuse ce qui est dit dans la prop. précédant mais et le remplace par ce qui suit. »


NÉOLOGISME  ⇨  mot
définitionMot, expression ou acception nouveaux, et plus généralement toute innovation lexicale.
exempleles jeunes loups (métaphore), mise en (sur) orbite (propre et figuré), mini-jupe, oléoduc.  Casser un personnage.
complémentL'extension de sens ne devrait pas normalement compter comme néologisme, mais le Robert en a décidé autrement, distinguant le néologisme de forme et le néologisme de sens.  Plaisanterie à part, la distinction avait déjà cours entre 1856 et 1918, le PL 1918 :  « Emploi de mots nouveaus ou de mots anciens dans un sens nouveau :  émotionner pour émouvoir est un néologisme. »


N'EST PAS  ⇨  symboles
NotationE barré, \E, soit ‘∄’
senséquivalence de la négation ≍ n'existe pas (il n'y a pas de x)


NEUTRALISATION  ⇨  boucle
description/1987Dans une relation entre « sémèmes », la neutralisation des « sèmes » qui diffèrent produit un synonyme.  C'est ce qui arrive dans la boucle terminale d'un chemin [parcours] générique, ou bien entre deux sources lexicographiques,
exemplecomme c'est le cas de « tige » et de « barre » comme superordonné de ringard.
note/DDLLa différence sémantique entre deux mots peut disparaître dans certaines situations ou certains contextes neutralisants.  Ex.  souliers ↺ chaussures.


NEUTRE (verbe)  ⇨  verbe ; diathèse (voix)
définition /PL 1918Syn. de verbe intransitif ou de transitif indirect.  Il ne peut avoir de complément direct.
définition /DLVerbes diathétiquement neutres :  les verbes symétriques comme casser, brûler, etc.
exemple /ibid.Il a cassé la branche.  La branche a cassé.


NIVEAU
descriptionLe concept de niveau est commun à toutes les théories de type taxinomique ; il implique que la langue est un ensemble structuré et hiérarchisé d'unités :  les unités de plus bas niveau se combinant entre elles pour former des unités de niveau supérieur et ainsi de suite ;  étages successifs de l'analyse (=rang, strate)
complément /DLLa langue est donc faite d'une hiérarchie de niveaux.
Suppl. 2010La théorie des opérations sémantiques n'intervient pas dans la discussion, comme elle tend à montrer que la hiérarchie n'est pas le seul mode d'organisation ;  la notion de proximité, traduite en termes d'intersection agmentant ou diminuant semble toutefois plus plausible.


NOÈME  ⇨  abstraction ;  abstrait-concret ;  sème  ;  primitif
définition /VTCPObjet de pensée, en général.  Chez Husserl, la noèse est l'acte même de la pensée, le noème l'objet intentionnel de cette pensée, objet irréel en ce qu'il n'est pas une chose ou un aspect d'une chose préexistante.
en linguistiquePottier (1992a:67), à la suite de K. Heger (1969 : 55), veut faire une distinction fondamentale « entre sème (asservi à une langue donnée) et noème (trait de sens indépendant de toute langue naturelle) » ;  il reconnaît cependant que le linguiste construit les noèmes par affinité avec les « sèmes » génériques.  Pottier (1992b : 73) attribue à K. Heger (1985) la distinction à faire « entre les concepts issus d'observations généralisées et les noèmes qui sont une construction théorique ».
noteHusserl n'y reconnaîtrait pas ses petits.  Mais Heger n'est pas le seul à avoir frayé avec la noèse :  Prieto est passé par là également.  Quant à prétendre que les concepts ne sont pas construits, nous ne devons pas nous servir de la même défininition.  Seil le concept saussurien confond la classe d'objets (arbre, cheval) avec le concept.
rem [2010]On ne voit pas bien le mérite qu'il y a à créer des unités indépendantes des langues (de toute façon issues de langues) pour rendre compte de ces langues.  Il en irait autrement si le langage était de nature chimique :  il y a erreur sur la science.
[2012]Le nombre d'objections que soulève l'universalité est proportionnel à la prétention en question.  L'arrogance de l'entreprise est une objection morale :  penser l'universel est une prétention démesurée.  Objection théorique :  l'universalité du noème suppose une pensée universelle, dont on ne possède aucune trace, et une langue universelle, qui reste à construire, et qui demeurera artificielle, parce qu'elle est de l'ordre du mythe (Tour de Babel, sanskrit, toute la linguistique du XIXe siècle).  Objection pratique :  comment saura-t-on que le noème est universel, puisque pour l'anglais, il faudra le traduire ?  Les mânes de Lulle et de Leibnitz doivent célébrer la naissance de la noématique, dernier avatar de leur combinatoire universelle.  Il y a trente ans, un certain Roy Harris construisait cette universalité en anglais sans s'apercevoir de la contradiction.  Objection de méthode :  l'universalité, plus encore que la généralité, perd de vue la nécessaire spécificité de l'objet d'une science.  Ultime objection, épistémologique :  l'universalité est contradictoirement de l'ordre de l'ethnocentrisme et de la foi.


NOM I  ⇨  mot ;  nom d'action
définitionterme traditionnellement employé pour désigner un mot qui se réfère à un être, une chose, une notion ; se garder de confondre le mot avec l'idée de nom (=name) comme étiquette des choses
note/DLFonctions du nom : sujet - Le patron est mécontent | attribut - Il est maître chez lui | apposition - Ajaccio, chef-lieu de la Corse | complément d'objet direct - Je vois des nuages | complément d'objet indirect - Je profite des vacances | complément d'attribution - Je donne des livres à mon neveu | complément circonstanciel - Je partirai lundi[J'ai remplacé les noms propres pour éviter toute confusion.]

classement traditionnel des noms
individuelscollectifs généraux (le, la, les)collectifs partitifs (un, une, des)
abstraitsqualité, blancheur, le lapinle nombreune collection,
concretsblanc, 10 mètres**, une pommela foule des malheureuxune armée française, du lapin
* on pourrait ajouter absolu [ce que du Marsais appelle « sens détaché »]/relatif  ;  ** selon le DQLF le concret est strictement individuel (tableau donné sous toutes réserves).


NOM IImot
Antoine Meillet (1920)« II n'y a, en réalité, que deux espèces de mots dont la distinction soit essentielle, commune à toutes les langues, et qui s'opposent nettement l'une à l'autre la catégorie du nom et celle du verbe.  Le nom indique les « choses », qu'il s'agisse d'objets concrets ou de notions abstraites, d'êtres réels ou d'espèces :  Pierre, table, vert, verdeur, bonté, cheval sont également des noms.  Le verbe indique les « procès », qu'il s'agisse d'actions, d'états ou de passages d'un état à un autre :  il marche, il dort, il brille, il bleuit sont également des verbes. »
[Fiche ajoutée en 2010].


NOM D'ACTION
description /NyropSelon Nyrop (:215-216), les noms d'action expriment le sujet de l'action (celui qui aide - « aide »), le régime de l'action (chose envoyée - « envoi »), le résultat de l'action (l'ouvrage exécuté - « travail »), la chose au moyen de laquelle l'action s'accomplit (instrument à l'aide duquel on sonde - « sonde »), le lieu où s'accomplit l'action (passage - « marché »), le temps (Restauration - suffixe -aison), la somme d'argent qui résulte de l'action (« retraite » - « commission »), un caractère externe et concomitant de l'action (« pleur » - « neige »).


NOMBRE  ⇨  pluriel
définitionCatégorie grammaticale comportant un ensemble de marques morphosyntaxiques qui indiquent des opérations sur la quantité et la classe.
exempleLe nombre oppose les noms comptables aux noms non-comptables.  fruit est comptable en fr. et non-comptable en angl.
description /DLComptables :  susceptibles d'entrer dans l'opposition un/plusieurs (singularité/pluralité) ;  les noms non-comptables (ou massifs ou encore massiques) ne sont pas susceptibles d'entrer dans cette relation ;  ils ne peuvent pas être accompagnés de numéraux.  Dans certains cas, c'est une acception qui est comptable (bois ≍ forêt) tandis que l'autre est non-comptable (bois ≍ matière)
exemple /ibid.[comptables] table, télévision, homme, chien ;  [non-comptables] courage, laideur, vin, blé.  Double statut : un veau/du veau.
[2012]J'ai quelque difficulté à ne pas pouvoir compter les laideurs, mais plus encore, les vins et les blés (on peut certainement dire « plusieurs blés », comme on peut dire « les riz cultivés en Asie »)


NOMENCLATURE  ⇨  terminologie ; lexique ; vocabulaire ;  dictionnaire
définition 1º Classification méthodique des termes d'une science, d'un art, d'une technique ; 2º ensemble des mots définis par un dictionnaire [acception déjà présente dans le PL 1918], syn. de macrostructure.  Son importance numérique varie avec le type d'ouvrage et le nombre de volumes, ainsi que la dimension du ou des volumes.  Le Lexis a une nomenclature supérieure à celle du Petit Larousse (il intègre notamment le Larousse classique).  Celle du Bordas se limite à 45 000 mots.  Le Robert Millésime 2007 affiche 60 000 mots ⇒ 300 000 sens.
note /DL« La nomenclature suppose la biunivocité du rapport signifiant-signifié :  un seul nom pour chaque chose, une seule chose pour chaque nom. »
[2012]Diderot n'aurait pas été d'accord avec cette dernière observation.  Voilà à quoi condamne le saussurisme, sinon le structuralisme.


NOMINALISATIONtransformation
définitionTransformation qui fait passer un prédicat dans la classe morphosyntaxique des noms. [Terme de GG ou GT].)
définition /DLUne nominalisation est une transformation qui convertit une phrase en un syntagme nominal et qui l'enchâsse dans une phrase, dite « phrase matrice » :  la phrase enchâssée joue alors le rôle d'un syntagme nominal.
exemple /ibid.Pierre croit cela + Paul est arrivé → Pierre croit que Paul est arrivé (en ital. : phrase nominalisée) [...]
remarqueLa véritable nominalisation porte en fait sur la phrase suivante :  « les ouvriers construisent le pont », qui devient le syntagme nominal la construction du pont par les ouvriers, avec le même recours à une forme postiche Δ a été retardé.  On s'étonne que les ouvriers ne soient pas les agents du retard.  ⇨ « la construction du pont a été retardée par les ouvriers » plutôt que « la construction du pont par les ouvriers a été retardée ».  Il me semble que comme la forme construction existe dans le lexique il n'est pas nécessaire d'invoquer que « les ouvriers construisent un pont avec retard ».  Dans sa Grammaire de 1965, J. Dubois se contentait de la maison est construite pour obtenir la construction de la maison.
noteIl serait intéressant de voir qui a parlé le premier de ‘nominaliser’, bien que la morphologie ait dû constater la dérivation bien avant que les anti-mentalistes prennent la phrase comme détour pour faire l'économie d'une transformation qui serait cognitive et très ancienne.  [Le Petit Robert date la forme « nominaliser » de 1929, sans indication plus précise.]
[2012]La nominalisation générative-transformationnelle est mieux rendue par l'existence de verbes opérateurs chez les distributionnalistes ou par ma notion de préphrase.  Il y aurait nominalisation si Pierre croyait à l'arrivée de Paul.  Dubois considère l'infinif sujet comme une nominalisation (sortir après minuit n'est pas très sain dans ce quartier, ainsi que la complétive, qu'on sorte en groupe passe encore, mais seul, c'est dangereux.)


NOTATIONS  ⇨  symboles


OBJECTIFS D'UNE THÉORIE SÉMANTIQUE  ⇨  principes ;  conditions
descriptionIl ne s'agit pas à proprement parler des principes, qui sont en plus grand nombre et figurent sur une page qui leur est consacrée, de la même manière que les conditions qui peuvent contraindre l'application d'une règle.  On a déjà compris que par prudence je me refusais à donner une définition du sens autre qu'un ensemble de corrélations intervenant dans une inférence.  La tâche d'une sémantique n'est pas à mon avis de dire ce qu'est le sens ni quels sont les sens des mots, expressions, propositions, sauf dans une application illustrant le fonctionnement de la règle, et la remarque est valable pour tout autre base d'une telle application. 

Le PL 1918 est plus apte, sinon à dire ce qu'est le sens, du moins à donner les sens et les dénotations des mots qui avaient cours au moment de sa rédaction.  On pourra m'opposer le fait que le sémanticien s'acquitterait de sa tâche scientifiquement.  Eh non, justement, scientifiquement, il n'y a rien à dire du fait que le mot ‘cravate’ ait désigné un cheval de Croatie.  Le Petit Larousse se charge très bien de raconter en quelles circonstances une telle chose a pu se produire.  Son prédécesseur de 1911 (un plus petit volume) n'informait pas tant, ne retenant sans précision que le cheval et le soldat de cavalerie légère.
développementOn me dira que j'ai beau jeu de prendre de tels exemples, alors que je tends, dans la version stricte de la sémantique des opérations, à limiter le sens aux objets sémiotiques sans contrepartie matérielle dans le monde des objets, c'est-à-dire dans la dénotation et la référence [l'extralinguistique].  Ce n'est pas aussi radical que cela peut sembler.  Crésus recevra le sens de {homme extrêmement riche}, parce que justement une condition typique de la règle s'applique, celle de la non-référence.  C'est-à-dire qu'il ne s'agit pas du personnage historique.  Ce qu'il faut retenir ici, c'est qu'une sémantique traitant des opérations cognitives concernant les unités lexicales et leurs mode de syntagmation (je n'aime pas le terme de « combinaisons » dans ce cas-là) ne décrira pas le sens à la seule fin descriptive de la lexicographie, par exemple, même en y ajoutant un ingrédient scientifique. 

Les contraintes scientifiques de reproductibilité ne sont pas garanties par le dictionnaire, même s'il tend à rester assez général.  En réalité, la répétabilité de l'attribution d'un sens {charge d'un âne} ne dépend pas de lui, mais des sujets parlants.  La répétabilité du mot ‘anodin’ a souffert, de 1911 à 2001.  Si l'on suit le Petit Robert son sens a pris une tournure péjorative qui le défigure, contrairement à la nature même des « anodins » de l'époque.  Le Robert, en tant que sujet initerprète, n'est pas en mesure de sémantiser le syntagme donné en exemple :  faire usage d'anodins, comme il ne reconnaît pas le substantif.  Et du point de vue de la règle, il ne permet qu'une conjecture qui faussera la compréhension du lecteur qui serait aux prises avec l'expression dans un auteur d'avant 1911. 

La théorie des opérations sémantiques étudie et décrit donc les modalités d'application de ce qu'on peut considérer comme le disposif cognitif fondamental intervenant dans la compréhension d'une chaîne linguistique, l'inférence qui associe une valeur sémantique à une forme linguistique dans une sémiotaxie.
conséquencesSi la règle constitue l'appareil essentiel des « descriptions », elle permet également de développer les relations qu'entretiennent entre eux les mots, dans le lexique, et dans la chaîne linguistique, au moyen des outils mis en place par la logique.  Appliquées au phénomène du sens, ces relations deviennent essentiellement sémantiques et sont fondées sur l'intersection qui permet en outre, grace à l'artifice de la représentation métalinguistique, de développer la notion d'interdéfinition qui assure l'emploi métalinguistique des termes de la langue comme valeurs sémantiques (éléments de sens)


OBJET (complément d'objet)  ⇨  complément (gram.) ;  attribution
PL 1918Syn. de complément.
EUL © Complément d'objet, syntagme nominal complément du verbe, qui désigne l'être ou la chose qui subit l'action exprimée par le verbe.  (On distingue le complément d'objet direct, qui dépend du verbe  [transitif en ce cas] sans l'intermédiaire d'une préposition  [Il lit un livre], et le complément d'objet indirect, qui dépend du verbe [transitif indirect] par l'intermédiaire des prépositions à ou de  [Il obéit à son patron].) Complément d'objet interne, complément d'objet précisant la modalité particulière de l'action exprimée par le verbe (par exemple « Vivre sa vie »). Complément d'objet second ou secondaire, nom parfois donné au complément d'attribution.


OCCURRENCEhapax
définition /Blanché(note 2 de la page 43 de son Introduction) Le mot d'occurrence sert à désigner l'apparition, répétée ou non, d'un même symbole.  Par exemple, dans la formule (p ⊃ q) ⊃ (∼q ⊃ ∼p), il y a deux occurrences de chacune des variables ‘p’ et ‘q’, trois occurrences de l'implicateur et deux du négateur.
note /DLOn parle d'occurrence toutes les fois qu'un élément linguistique figure dans un texte.  Le DL en fait l'équivalent de l'anglais token, qui s'oppose à type, ici « élément linguistique ».


ONOMA-
descriptionpréfixe tiré du grec, qui signifie {nom}.
 ⇨ voir les fiches suivantes.


ONOMASIOLOGIE  ⇨  onoma  ;  noème
descriptionDémarche qui consiste à partir du signifié (concept ou notion) pour en étudier les manifestations sur le plan des signes, contr. sémasiologie. [EUL ajoute sémantique et l'appelle Étude.]
exempleainsi en fr. la notion de difficulté s'exprime par embarras, ennui, obstacle, problème, tracas
noteD'où que vienne la définition ci-dessus, elle reste plus claire que celle du Petit Robert :  « Étude de la désignation par un mot. » Cf. désignation — « Signe linguistique (d'une chose, d'un concept).  Tel mot, telle expression n'est pas une désignation courante de la chose. Þ appellation, dénomination. », naturellement, à part « action de désigner ». ≝ 3º Être le signe linguistique de.  dénommer, nommer, représenter, signifier.  « Une institution est quelquefois expliquée par le mot qui la désigne » (Fustel de Coulanges).


ONOMASTIQUE  ⇨  onoma
définition /PL 1918[adj.] Qui a rapport aux noms propres.  [n. f.] Étude des noms propres.
exemple /ibid.Index onomastique.


ONOMATIQUE  ⇨  onoma ;  onymatique
définition /LXXAdj.  Relatif aux noms.
exemple /ibid.Cette adoption des Barbares par les Romains a laissé des traces onomatiques (La Bedollière).


ONOMATOLOGIE  ⇨  onoma
définition /PL 1918Science des noms et de leur classification.
note /LXX[adj.] Onomatologique :  système onomatologique ;  [n.] onomatologue :  nomenclateur.


ONOMATOPÉE  ⇨  motivation ;  onoma
définitionMot ou groupe de mots censé représenter phonétiquement ce qu'il désigne. || le processus lui-même.
définition /PL 1918Mot formé par harmonie imitative.
noteLe Petit Robert indique « suggérant ou prétendant suggérer ».
exemple /ibid.glouglou ; tic tac ; frou frou.  Cocorico, oua-oua (DL) ; ce dernier fait de cocorico un verbe cocoriquer.
Suppl. 2010[TLF] Création de mots par imitation de sons évoquant l'être ou la chose que l'on veut nommer.
id.[/Ibid.]  On y trouve un exemple de mauvaise foi saussurienne :  « Quant aux onomatopées authentiques (celles du type glou-glou, tic-tac, etc.), non seulement elles sont peu nombreuses, mais leur choix est déjà en quelque mesure arbitraire, puisqu'elles ne sont que l'imitation approximative et déjà à demi conventionnelle de certains bruits... Sauss. 1916, p.102. »  —  On note qu'il trouve moyen de créer une classe réduite et d'y voir en outre un choix... où donc se cache l'arbitraire ? 


ONYMATIQUE ⇨ onomatique
adj.« Le point de vue de de Morgan est dit par lui-même onymatique, la logique s'occupant exclusivement des noms et non des idées ou des choses auxquelles ces noms appartiennent. »  L. Liard (1883)
[Fiche ajoutée en 2010].


OPACITÉ (RELATION D')  ⇨  communication
descriptionComme elle se situe principalement dans le volet réception du « message », la théorie des opérations sémantiques (dite au début « sémantique opératoire ») rejette l'application à la communication humaine du schéma classique de la communication, apparu, semble-t-il, dans les années cinquante, sur le modèle de la radiophonie (TSF).  Il n'est pas non plus inutile de se reporter dans l'univers décrit par le Petit Larousse 1918 pour constater que même le verbe ‘transmettre’ est relativement limité dans ses acceptions.  C'est également le cas de ‘communiquer’ et de ‘communication’ (y compris ‘communiqué’).
remarqueIl est probable que ce soient Shannon et Weaver qui aient été à l'origine de ce modèle, comme ils ont formulé leur théorie en 1949, du moins est-ce à ce moment-là qu'a paru leur livre, The Mathematical Theory Of Communication.  Comme souvent dans ces cas-là, leurs idées se sont propagées sur le mode métaphorique.
observationSi le code est absent du schéma de 1949, il est sous-tendu dans la transformation du message en signal et dans l'opération inverse.  Mais il ne s'agit pas d'encodage et de décodage humain.  La langue n'est pas un code et, en outre, n'est pas uniformément maîtrisée par les sujets parlants.  Mais ce qui rend cette représentation particulièrement caduque c'est le fait que ce que veut dire celui qui parle ou qui écrit n'est pas « transmis » et doit être reconstruit par celui qui reçoit le message, qu'il lui soit adressé ou non.  Il y a, entre l'auteur du message et celui qui l'interprète, une relation où règne principalement l'opacité, en dehors des rapports quotidiens et des conversations anodines ou ritualisées, dont le sens est, de toute façon, largement absent, comme ils se bornent à une forme sonore de la gestualité.
note 2010Soyons juste, avant la mode de la communication, nous avions le petit schéma de l'acte de parole de Saussure où il réunit phonation et audition.  Mais il serait curieux de consulter les documents de Morse et Bell et, plus loin, ceux de Chappe.

Pour sa part, Binet (1903) a pu établir que deux personnes, même vivant ensemble, ne parlent pas le même langage.


exemples (Petit Larousse 1918)
transmettrefaire parvenir :  transmettre un ordre.  Faire passer par mutation :  transmettre une propriété.  Fig. Faire passer par succession :  transmettre ses vertus à son fils.
transmetteurAppareil qui sert à transmettre les signaux télégraphiques.
transmissibleQui peut être transmis :  beaucoup de tares physiques sont transmissibles par hérédité.
communiquerTransmettre :  l'aimant communique au fer ses propriétés attractives.  Donner connaissance de :  communiquer un avis.  Être en relation :  communiquer avec un savant.
communiquéAvis ou renseignement transmis officiellement.
communicationAction de communiquer :  la communication d'un mouvement.  Avis, renseignement :  recevoir une communication.
ex. [2010]« L'emploi judicieux de la définition est seul capable de prévenir ou de terminer des controverses ;  on discute souvent sans parvenir à s'entendre, faute de raisonner sur les mêmes idées, par l'illusion et l'entraînement des mots, dont chacun est toujours plus ou moins dupe. »  Martial de Fornel de la Laurencie (1906)
[2012]J'ajouterais que les mots n'y sont pour rien et que ce sont les interprétations qu'on en fait, sémantiquement, référentiellement et idéologiquement (ce dernier regroupe les deux autres formes de jugement qui faussent le sens :  axiologique et docologique)  ;  et que le problème n'est que reporté d'un cran puisque les termes des définitons doivent être à leur tour interprétés, et ainsi de suite.


OPÉRATEUR (verbe, adj., subst.)  ⇨  verbes gnostiques, doxastiques, épistémiques  ;  préphrase
définitionverbe admettant comme complément un infinitif ou une complétive.  Il y a aussi des adjectifs et des substantifs opérateurs ; élément linguistique « vide de sens » permettant de constituer une structure phrastique, ainsi la conjonction que dans la phrase « je pense qu'il viendra »
exempleil pense venir, il voit que... ; l'idée qu'il y est des hommes sur Mars, content que tout s'arrange
complémentEn logique, opérateur est souvent employé dans le sens de connecteur (implicateur, négateur, etc.). Cf. [EUL] ©  Opérateur propositionnel, connecteur qui, à tout groupe de propositions (arguments de l'opérateur), fait correspondre une proposition et une seule.  (Presque tous les opérateurs propositionnels sont des connecteurs.)


OPÉRATEURS LOGIQUES  ⇨  quantificateur (log.) ;  Connecteur
description /Alphaopérateur de négation ˥ (il est faux que) ; opérateur de conjonction ⋀ (et) ; opérateur de disjonction ⋁ (ou) ; opérateur d'équivalence ≡ (a la même valeur de vérité que)
DMLes connecteurs sont la négation, la conjonction, la disjonction, l'implication, l'équivalence (logique).
LING. cf. ci-dessusLa préposition de dans « je crains de venir ».


adapté du DM, d'Alpha et du manuel de référence DOS de WordPerfect 6
signeopérationtraductionvariante
˥négationnon¬ ou ~
conjonctionet
disjonctionou
implicationimplique ou si/alors
équivalencesi et seulement si≡, ≋, ≂ ou ≃


OPÉRATEUR dit aussi OPÉRATEUR TAXIQUE (sémio-)  ⇨  syntagme ; verbe opérateur
définition /1987Fonction de la sémio-syntaxe fondamentale qui, avec la base, constitue le rapport élémentaire de contiguïté qui fonde le sens.  Il ne s'agit ni d'une catégorie ni d'une classe, puisque lorsque « a » est la base, « b » est l'opérateur, et lorsque « b » est la base, « a » est l'opéra­teur.  « Financière » et « gestion » dans « une bonne gestion financière » sont à la fois base et opérateur l'un de l'autre, mais « bonne » est base et opérateur du syntagme « gestion finan­cière ».  La hiérarchie de la sémio-syntaxe est apparentée à la hiérarchie des incidences des condi­tions d'assigna­tion.
résuméfonction du mot qui a une incidence sémantique sur son cooccurrent, dit alors « base ».


OPÉRATEUR SÉMIOTIQUE  ⇨  sémiotisation
description /1987Les formes que prennent les opérateurs sémiotiques sont très diverses, comme le montrent les deux suivantes :  « au sens métaphysique, doctrine... », « l'aperception d'un rapport, c'est­-à-dire un jugement ».  La règle, valable pour tous les opérateurs demeure l'indé­pen­dance syntaxi­que et sémantique, vis-à-vis de l'énoncé dans lequel il se trouve.  On ne dira pas que le sens de l'énoncé serait le même, mais qu'il aurait un sens sans la présence de l'opérateur.  Même si ses fonctions sont métalin­guis­tiques (signi­ques, en fait), on ne ramènera pas l'opé­rateur aux phrases qui les intègrent syntaxi­quement :  « Il employait le mot au sens figuré ». 

Cer­taines formes peuvent être polyfonc­tionnelles, c'est le cas de « c'est­-à-dire » qui peut être au niveau sémé­mique opérateur d'homosémie, au niveau de la déixis, opérateur de dénomi­nation, au niveau doxologique, opéra­teur idéo­logique, comme le montrent ces deux exem­ples :  « ses paroles - c'est-à-dire, indisso­ciablement la matière de son dis­cours et sa manière de parler », « l'usage du langage, c'est-à-dire aussi bien la manière que la matière du discours ».
MAJdit aussi opérateur Δ (delta) ;  terme générique désignant la classe des opérateurs qui affectent le sens, la référence et la signification en tant que processus sémiotique (et non au sens équivalent à celui de sens).  La classe se divise en trois sous-classes qui se subdivisent ensuite selon leurs règles propres :  opérateurs de sens σ (sigma min.), opérateur de référence β (bêta), opérateur de signification Σ (sigma maj.) qui comprend les opérateurs axiologiques α (alpha min.), doxologiques δ (delta min.) et idéologiques ω (oméga min.).
notePour la succession des opérateurs sémiotiques, l'ordre alphabétique est remplacé par celui dans lequel ils se présentent dans le modèle sémiocognitif :  opérateur de sens, de référence, de signification ; ces derniers se répartissent en opérateurs axiologiques, doxologiques & idéologiques.


OPÉRATEUR SÉMANTIQUE ou DE SENS
descriptionopérateur sigma min. σ [corrigé] ;  classe des opérateurs qui affectent le sens proprement dit et ont normalement pour base un mot.
exemple (1995)L'opérateur inclusif [ou générique].  Il s'agit d'une sous-classe de l'opérateur sémique, qui propose le genre ou le générique (superordonné) comme moyen d'accéder au sens de sa base ;  comme l'hyperonyme représente un appauvrissement sémique (hyposémie), c'est un opérateur de contrainte (d'indication), plutôt que d'équivalence, même si la substitution est possible :  « baie au sens de fruit ».

c'est-à-dire comme dans « Le milieu, c'est-à-dire l'ensemble des conditions naturelles... »  C'est le type même de l'opérateur isosémique dont on peut étudier les substitutions hyperonymiques, souvent difficiles, du fait de la neutralisation ou de la suspension sémique.  Avec les opérateurs sémiotiques (sémémiques) d'équisémie ou de monosémie, l'isosémie est normalement respectée.  Le segment de sémantisation pouvant être substitué au terme (la base) de l'incidence, soit pour l'exemple ci-dessus, « l'ensemble des conditions naturelles » pour le milieu.


OPÉRATEUR RÉFÉRENTIEL ou DE RÉFÉRENCE
descriptiona porté divers noms, dont opérateur varsigma ou rô ;  regroupe les opérateurs T-L-N (temps, lieu, notion, empruntés à Pottier 1974).  Aujourd'hui on a adopté la lettre grecque bêta majuscule ‘β’, mais la lettre ℝ demeure le signe de la référence. 

L'opérateur référentiel est une catégorie très générale qui regroupe en gros la dénomination, l'extension, le locatif, le temporel et la situation. Il s'oppose à l'opérateur sémique et aux opérateurs axio-idéologiques, mais peut se combiner à eux.  L'énumération en fait également partie comme sous-catégorie de l'extension.  Si les opérateurs sémémiques contraignent ou libèrent le sens en installant le niveau sémantique, comme une nécessaire zone tampon où se développe le métalinguistique naïf, l'opérateur de référence semble chercher à le court-circuiter pour rapprocher le discours de l'univers (le règne du nom-de-la-chose [celui de la dénotation matérielle]) que le sémantique décale pour exister.
exempleLe véritable opérateur de domaine, aussi appelé opérateur thématique (cf. Chaumier [1982:100-101]) est aussi un opérateur de monosémie, ainsi pour pédoncule, « au sens anatomique/ botanique du terme », cf. en botanique, en anatomie.  Dans les cas où le texte ne pourrait pas servir de condition, l'assignation serait fonction de l'isosémie d'accueil.  La catégorie Espace-Temps regroupe les opérateurs chronologiques et spatiaux, c'est-à-dire toutes les indications de temps et de lieu, géographique ou physique (position).  L'opérateur de situation comporte l'espace-temps ainsi que l'actant-notion.


OPÉRATEUR DE SIGNIFICATION
noté Σregroupe les opérateurs axiologiques ‘α’, doxologiques ‘δ’ & idéologiques ‘ω’ (alpha, delta, oméga).

Les opérateurs gnoséologiques [gnostiques] ou épistémiques interviennent principalement dans la troisième phase, dite de signification, du processus de compréhension et d'interprétation et consistent principalement en segments de textes qui contrôlent les interprétations que reçoivent les segments de texte de base dont ils sont l'escorte.  « Ainsi, l'éternité, à l'échelle humaine, dans un discours sur les laboratoires de stockage souterrain des déchets atomiques.  » La base est l'éternité et l'opérateur à l'échelle humaine, la valeur un chiffre astronomique.  Dans la phase signification, on postule comme en phase référentielle une mémoire épistémique ou un stockage des « connaissances axiologiques » (des faits et des règles, en termes de Prolog), utilisant un schéma enthymémique x donc y, dont Rastier (1991 : 85-86) retrace les origines antiques.  En forme de prédicat Prolog, à deux arguments :  donc(x, y) ou sous forme de règle (équivalente) :  donc(y) SI fait(x) [cette formulation théorique ne présente pas suffisamment de redondance pour « tourner »].
exempleLa signature.  L'opérateur de signature est un opérateur mixte (référence-sémique) qui « signe » une citation ou l'acception dans laquelle doit être prise le signe qui en est la base, p. ex. au sens de Michelet, « un faux monnayeur au sens gidien ». Autre exemple d'opérateur signature simple : « ...en matière de langue, la « valeur » (au sens saussurien) d'un trait phonologique... » L'opérateur sémémique vient en réalité consolider le premier, en matière de langue, qui est un opérateur de domaine, appartenant à la référence.
notePendant assez longtemps, j'ai hésité à placer l'opérateur idéologique en position dominante (pour ne pas heurter les susceptibilités), et c'était tantôt l'axiologie ou la doxologie qui assumait le regroupement, jusqu'à ce que j'adopte, pour l'ensemble, du bout des doigts, le néologisme tératologique « idalogique », i=idéo ; d=doxa ; a=axio -logiques, [[abandonné pour revenir à la signification, au sens qu'elle a généralement, inanalysé.  La tripartition est une manière de l'analyser (2009)]].


OPÉRATEUR AXIOLOGIQUE
descriptionopérateur α (alpha) concerne les valeurs (au sens de « jugements de valeur » ) ; appartient à la panoplie descriptive de la phase de signification.
exempleTous les appréciatifs, toutes les formes de jugement, de prédication hiérarchisante ou de comparaison apparaissant dans des circonstances analogues aux exemples de doxèmes, ci-dessous seront des axiologèmes ou axièmes.  Dans la phrase de Malraux :  « L'idéal d'un dieu, n'est-ce pas, c'est de devenir homme en sachant qu'il retrouvera sa puissance », ce « n'est-ce pas » serait un exemple d'opérateur énonciatif axiologique, et discursif, comme le sera « si tu préfères », avec cette particularité qu'il peut également prétendre à assurer une synonymie relative (destinée à assurer la complicité ou la connivence du destinataire) :  cet opérateur discursif pourrait alors manifester un statut idéologique.


OPÉRATEUR DOXOLOGIQUE
descriptionou opérateur doxastique (on)* — (δ), concerne l'opinion ;  appartient à la phase de signification Σ.
exempleLes doxèmes.  Les doxèmes appartiennent, semble-t-il, à un stock morphologique limité comme les opérateurs sémémiques et que, conformément à leur origine, la doxa, ils naturalisent le texte, comme le montrent (a) et (b) :  (a) « Damné ou sauvé, Prévert figure assez bien - tel qu'il est - un authentique paradis d'images. »  (b) « Prévert est tel qu'il est (ainsi qu'il se doit, comme on dit, de toute évidence, etc.). »  Les proverbes et les dictons sont des doxèmes.  Leur présence en apposition, entre parenthèses, entre tirets, après un tiret en queue de phrase, font d'eux des opérateurs doxologiques.
*noteEn réalité, il serait souhaitable de garder l'adjectif « doxastique » pour désigner les verbes-opérateurs du type de croire, concernant donc l'opinion et la croyance.


OPÉRATEUR IDÉOLOGIQUE
descriptionTroisième type d'opérateur de la phase de signification, oméga (ω) ;  concerne [l'idéologie, soit] les « systèmes d'idées constituant un corps de doctrine philosophique et conditionnant le comportement individuel ou collectif » (Larousse).
exempleL'opérateur est idéologique dans la mesure où il se présente comme venant démasquer la vraie nature de l'objet, comme le fera l'expression ou plutôt, dans la phrase « Parmi les philosophes de l'angoisse ou plutôt de l'anxiété, il faudrait mentionner Pascal, si on l'appelle philosophe, et Lequier. »  La différence tient à la transportabilité (nulle dans le cas de « où plutôt de l'anxiété », qui ne maintient pas son incidence), comme d'ailleurs « si on l'appelle philosophe » qui est un bel exemple de ce qui forme le paradigme non seulement de l'opérateur textuel, mais en plus de l'opérateur idéologique :  l'opérateur textuel, pose une corrélation transitoire, citable, mais non solidaire et non transportable.


OPÉRATION  ⇨  inférence ;  ci-dessous ;  règle (dénotation)
description/1987Notion fondamentale de la théorie de la sémantisation et qui est reprise par la théorie sé­mantique, dont les descriptions sémantiques calquent la règle.  Le sens est le résultat (la relation) d'une opération (la mise en relation, corrélation) sur des formes, des valeurs et des condi­tions.  Il existe d'autres opérations dans l'application de la règle ou dans la description du sens ;  les parcours de classe en sont typiques.
exempleLe parcours à la recherche d'une valeur qui puisse entrer en corrélation avec les données contextuelles est un exemple d'opération implicite dans l'application de la règle.  Soit « chercher la quadrature du cercle », pour laquelle le PRE donne deux possibilités {problème insoluble} et {chose irréalisable}, parce qu'il explique la forme « C'est ⊥ », alors que le Petit Larousse 1918 paraphrase par ℘ poursuivre une entreprise foncièrement chimérique

Naturellement, il est impossible de présumer du sens que lui donnerait tel ou tel sujet qui aurait à l'interpréter.  Mais il est des cas, comme certains syntagmes à complément de nom, qui supposent une certaine généralité dans les opérations.  Soit « détournement de fonds » qui implique « x détourne des fonds » ou « des fonds sont détournés ».  Ce que les grammairiens contemporains appellent des transformations, mais il peut aussi s'agir de prédications.  « Les détours de l'âme humaine » ⇒ « l'âme humaine a des détours ».
remDe nombreuses opérations, selon la fréquence avec laquelle elles se répètent, sur des formes récurrentes et connues, sont en quelque sorte automatiques.  Sauf locution mal connue (ou ancienne), le verbe ‘chercher’ ne demande pas d'élucidation complexe, même si les dictionnaires peuvent sembler en peine pour le définir (ils le font par l'issue de la recherche).  Cf. chercher malheur ≍ {s'attirer des ennuis}, chercher son pain ≍ {mendier} (dans Littré).
[2010]Même si Rey-Debove (1979) situe la dénotation en dehors de la sémiosis (au profit de la désignation), elle constitue une des premières opérations subséquentes à celles de la perception des formes linguistiques.  Après la prise en charge de la dénotation dans la théorie des opérations sémantiques, la dénotation forme une règle de référence qui ne succède pas à la règle d'inférence sémantique, mais lui est parallèle ou, dans les cas où le référent est matériel, la court-circuite.  On adopte donc l'hypothèse d'une mobilité des opérations qui jusqu'alors ne s'entrecontaminaient que par la perméabilité des phases reconnues, au nombre de trois :  sens-référence-signification.  Il n'est pas exclu, dans une telle perspective, que la règle de signification puisse empiéter sur celle du sens ou même évacuer la dénotation.  Si la désignation (qui isole le singulier dans la classe dénotée) bénéficie de formes particulières dans le langage, la dénotation mobilise la plupart des parties du discours considérées comme lexicales :  nom, verbe, adjectif et parfois adverbe, mais il n'y a là aucun système.  Si la matérialité de la dénotation domine, il n'en reste pas moins que certaines dénotations ont un référent notionnel, qui favorise alors une migration vers le sens.  Si la sémantique semble condamnée à une portion congrue, elle n'en est pas moins essentielle au fonctionnement du langage qui sinon se réduirait, comme le veulent les fonctionnalistes, à un catalogue de noms de choses (planche) et de noms d'opérations (scier) sur (tréteau) ou au moyen de ces choses (égoïne).


OPÉRATIONNALITÉ (opérativité)  ⇨  principes
description/1987Tout poste (position) d'une règle ou d'une descrip­tion sémantique correspond à une opération qui consiste en l'applica­tion d'une règle.  Inverse­ment, toutes les règles sont des opérations.  La présence d'une condition correspond à l'applica­tion [du schéma] si x alors y.  L'opération­nalité est particulièrement impor­tante dans la perspec­tive de l'informatisation de la règle.  ||  [2007] On peut préférer le terme opérativité, sur le modèle italien.  Ce que j'appelais le schéma si-alors (la conditionnelle) est en fait l'inférence, forme fruste du raisonnement qui n'a pas le caractère mécanique de l'implicationnote [2010] :  ni apparemment ses contraintes de vérité.
remÀ l'époque de la thèse (1985-1987), je spéculais encore sur la possibilité d'étendre le nombre de règles, mais il a fallu admettre qu'en plus d'aller à l'encontre du principe de parcimonie, la démarche s'exposait à créer un foisonnement de règles dont la justification comprometterait la cohésion de la théorie en devenant une fin en soi.  Les règles existantes (qui ont survécu à tous les remaniements et réexamens) sont la règle d'interprétation (canonique), la règle de métaconversion, et la règle de résolution anaphorique.  Naturellement, les relations sémantiques sont considérées comme des règles, en vertu du principe qui établit l'équivalence relation-règle-opération, quoique [2010] il existe des exceptions.  ⇨ chapitre huit et huit « a » de « De l'inférence sémantique » sur la discussion des relations.
exempleL'inférence, en plus d'être une « règle opératoire » est la relation constitutive du signe, marquée par l'asymptote, ‘chenu’ ≍ {couvert de neige} [= au sens de].  L'appartenance, si elle ne constitue pas une règle indépendante, s'intègre à la condition conjecturale, comme les autres relations sémantiques :  {rapidité} ∈ ‘se dépêcher’ [= appartient à la description de] ;  elle peut aussi être implicite, dans l'application de la condition syntagmatique de position (cooccurrence).


OPPOSITION  ⇨  relation ;  sémiogramme
descriptionRelation fondamentale qui s'inscrit dans le sémiogramme ; a ≢ b se lit « a est l'opposé de b » ou « a s'oppose à b » ;  en tant que relation logique, elle comporte des sous-catégories.  Contraires et contradictoires.  Converses, mari ≢ femme ; acheter ≢ vendre.
exemple/DDLvrai ⇒ non-faux ;  faux ⇒ non-vrai ; non-vrai ⇒ faux ;  non-faux ⇒ vrai.  |  petit ⇒ non-grand ;  grand ⇒ non-petit ;  mais non-petit ⇏ grand ; et non-grand ⇏ petit.  La particularité du contraire semble être la gradation.
propriétésLa relation est néanmoins symétrique, antiréflexive, et intransitive, en première approximation.  [Interprétation personnelle, libre, d'après le DM.]
exemple/vérificationsi a ≢ c et b ≢ c, alors ˥[a ≢ b] [sans garantie, mais voici un exemple :  ˥[ancien ≢ récent ⋀ vieux ≢ récent, ancien ≢ vieux]]
complémentL'antithèse est la forme discursive de l'opposition.  L'opposition implique la négation comme opération, mais elle implique aussi une intersection qui permet de ne pas la confondre avec la simple différence.


OPPOSITIVITÉ (principe d')  ⇨  segmentation
description /DESLPrincipe selon lequel on ne doit attribuer à un signe que les éléments (phoniques ou sémantiques) par lesquels il se distingue d'au moins un autre signe.
cf. SaussureL'unité ne se définit que par ses différences, elle n'est fondée que sur rien d'autre que sur sa non-coïncidence avec le reste.  (CLG).
[2012]Si ce principe est valable pour le son, il n'est pas sûr que cette validité s'étende au sens, comme c'est l'intersection qui gouvernent les rapports sémantiques ;  je ne citerai que le fait que ce principe est contraire à la propriété dénotative dont le pivot est la classe :  ‘rond’ et ‘carré’ appartiennent à la classe des formes (exemple emprunté au tableau synoptique des identificateurs de Charles Bally).


ORDRE  ⇨  syntaxe ;  ⇧
descriptionTerme correspondant à l'idée de suite et de classement à l'intérieur de cette suite ; (ordre des mots) disposition des mots envisagée dans leur rôle grammatical, au sein de la phrase, sur l'axe de la succession temporelle (langue parlée) ou spatiale (langue écrite). 
description /DLToutes les langues ont des cas où l'ordre des mots est rigoureusement fixe et des cas où se manifeste une certaine liberté.  L'ordre des mots est un procédé syntaxique moins important en latin qu'en français.  Dans une langue donnée quand il existe une certaine liberté dans l'ordre des mots, on parle d'ordre grammatical ou ordre canonique pour celui qui est le plus conforme aux règles générales de la langue ;  d'ordre logique pour celui qui paraît conforme à la démarche supposée de la pensée ;  d'ordre psychologique pour celui qui résulte de l'état d'esprit de celui qui parle.
remarqueQuelque réduite que soit la place de la syntaxe dans la théorie des opérations sémantiques, on récusera le propos de Saussure (comme le fait le DL) au sujet de l'opposition syntagmatique :  « Placé dans un syntagme, un terme n'acquiert sa valeur que parce qu'il est opposé à ce qui précède ou à ce qui suit, ou à tous les deux. »  — note [2010] :  c'est manifestement de l'oppositivité jusqu'auboutiste.


ORGANISATION SÉMANTIQUE DE LA PHRASE  ⇨  module

ORIENTATION  ⇨  module
descriptionIl y a dans la théorie deux séries de phénomènes où l'orientation peut avoir son importance, en plus du domaine qui est le sien propre, la syntaxe.  Dans la sémio-syntaxe fondamentale la réciprocité semble assurée, mais à mesure que l'on passe à des unités plus larges, l'orientation change, comme la hiérarchie.  Dans la règle, les conditions sont le plus souvent orientées au rebours de l'orientation de leur incidence, et leur hiérarchie est variable, compte tenu des sous-conditions qui s'appliquent sur le module [[x[[INTERDIRE] DE]y]Àz], par exemple, qui s'applique ensuite globalement sur la condition référentielle ou positionnelle [nous].
exempleIl s'agit de la phrase donnée en exemple dans la fiche précédente.  rem  L'orde d'application des conditions est théorique et varie avec les sujets qui interprètent les énoncés.
rem [2010]Les modules peuvent être rendus par les stemmas de Tesnière, sauf dans la règle.



ORTHOLOGIE  ⇨  cacologie
définition /PL 1918Art de parler correctement.*  ||  Traité de cet art.
antonymecacologie
*LXXajoute : « de respecter la lexicologie et la syntaxe. »


OXYMORE ou oxymoron  ⇨  paradoxisme  ;  antithèse
description /LXXFigure, alliance de mots qui consiste à rendre une fine nuance de pensée au moyen d'une expression en apparence contradictoire.
noteLe PRE est plus radical :  « deux mots de sens contradictoires ».
exemple /LexisUn silence éloquent, avec la variante, un silence qui en dit long.
exemple /PREUne douce violence ; hâte-toi lentement.
remarque /DLLIl faut distinguer l'oxymoron qui tend à dire que A est non-A,

du paradoxe qui dit que A n'est pas A

et de l'antithèse qui dit que A n'est pas non-A.
observationPour ne s'en tenir qu'au paradoxe (paradoxisme) et à l'antithèse, le paradoxe correspond plutôt à A est contre B (ou A ≠ B [et mieux A ≢ B]), parce A ≠ A n'est pas tenable [ni A ≢ A] ;

tandis que l'antithèse n'est pas un truisme, ce qu'est A ≠ ˥A. 

L'antithèse « la nature est grande dans les petites choses » (PL 1918) obéit à un schéma plus complexe que la négation d'une identité.  Et celle-ci (Le travail rend tout aisé ; l'oisiveté, tout difficile) a un schéma symétrique que ne rend pas A ≠ ˥A.  Dans les deux cas, il n'y a pas de négation. 

La contrariété ne semble pas exister comme telle en logique (sauf dans carré logique 1-2-3), et le DM ne donne que le cas d'un événement contraire Ā d'un événement A, et celui de l'implication contraire :

« Étant donnée une implication P ⇒ Q, on appelle implication contraire, l'implication P ⇒ (non Q).  Les énoncés P ⇒ Q et P ⇒ (non Q) ne sont pas équivalents (‘⇔’ ou ‘≡’) et l'un n'est pas la négation de l'autre. » [(P ⇒ ˥Q) ≠ ˥(P ⇒ Q).sgada]

On admettra ici que = et signifient respectivement « est » et « n'est pas ». Quant à ≢, c'est l'opposition.  Et ˥P se lit « non-P ».
remÀ la relecture, accoudé sur mon PL 1918, je m'aperçois que mon vieux dictionnaire fait du paradoxisme (une sage folie) un oxymore, tandis que le paradoxe n'est qu'une opinion contraire à l'opinion commune.  Ce qui est conforme à la formulation que j'en donnais.  L'oxymore serait mieux symbolisé par l'incompatibilité :  A | B.  Mais on peut tenter d'en faire un carré ⇩ (ça me rappellera Greimas) [sans garantie].


sous toutes réserves
toute folie est sage
∀f (f ⇒ s)
 ⇦ contraires ⇨ nulle folie n'est sage
˥[∀f (f ⇒ s)] ≡ (∀f (f ⇏ s))
contradictoires
quelque folie est sage
∃f (f ⇒ s)
 ⇦ sous-contraires ⇨ quelque folie n'est pas sage
∃f (f ⇏ s)


PANINI (règle de)  ⇨  Règle de Panini


PARADIGME  ⇨  paradigmatique ; syntagme ; syntagmatique
définition(anciennement, au sens de modèle) forme type donnée par les grammairiens comme modèle de déclinaison ou de conjugaison ; c'est la ≝ du PL 1918 —  exemple, modèle :  les verbes aimer, finir, recevoir, rendre sont les quatre paradigmes des conjugaisons françaises.

en linguistique moderne, ensemble des termes d'une même classe grammaticale, morphologique ou sémantique (termes qui peuvent commuter).
noteRapports dits virtuels ou in absentia, que Saussure appelait associatifs.  Cf. enseignement, instruction, apprentissage, éducation...
remLa définition du Petit Robert semble comporter un terme de trop, que je souligne :  « Ensemble des termes substituables situés en un même point de la chaîne parlée. »


révision achevée le 06/05/2012 23:55:02





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