Suppléments
de la Présentation alphabétique et chronologique de la théorie des opérations sémantiques (1979-2012)
Sémantiques particulières I
Sémantique de l'adjectif, du nom, du dérivé et du composé
| sémantique de l'adjectif qualificatif · légende de l'application de la règle · sens & position · sémantique de l'adjectif relationnel · sémantique du nom · sémantique du dérivé · dérivation grecque (Grevisse) · sémantique du composé |
| sémantiques particulières ⇨ index des suppléments |
2 · sémantique de l'adjectif relationnel | 4 · sémantique du nom | 6 · sémantique du verbe | 8 · sémantique du verbe (suite) | 10 · sémantique syntagmatique (synapsie, complément de nom, etc.) |
| 1 · sémantique de l'adjectif qualificatif | 3 · sémantique du dérivé | 5 · sémantique du composé | 7 · sémantique de l'adverbe | 9 · sémantique de la préposition et de la conjonction | tableaux · affixation et composition |
Les chiffres du tableau ne correspondent pas aux numéros des pages de supplément. La présente page porte le numéro 1 dans le tableau. Les numéros 2, 3, 4 et 5 sont également sur cette page. Les numéros 6 et 7 sont page 2. Les tableaux sans numéro sont page 6.
Toutes les informations grammaticales réunies ici doivent être réinterprétées en termes de grammaire de reconnaissance (sémantique de l'interprétation) et non d'analyse structurale ou de faits purement grammaticaux.
Dans ces suppléments, on ne s'intéresse donc pas directement à la syntaxe des « parties du discours », mais à ce qui peut faire l'objet d'une « sémantique particulière ». Naturellement les tableaux comportent une information dont la généralité est variable, mais je les ai construits ou présentés en raison de cette caractéristique. Ils permettent, en outre, en raison de leur analycité, d'illustrer très efficacement les conditions positionnelles (d'ordre) et les conditions morphologiques de la règle, même si je n'en suis pas encore, sur toutes les fiches, à la synthèse annoncée.
Comme tous les textes cités des pages de ces suppléments, ceux-ci font ou feront l'objet de remarques de nature strictement sémantique dans la perspective de la théorie des opérations sémantiques, celles-ci s'accompagnent, le cas échéant, d'applications de la règle d'interprétation, à des fins d'illustration, comme on le voit directement ci-dessous. La description d'une unité lexicale peut faire appel à la notion intégrée à la règle pour le verbe principalement, mais qu'on pourra étendre à toutes les formes que prennent les syntagmes et les propositions — le module, emprunté à Bernard Pottier, dans sa Linguistique générale. Théorie et description de 1974. Références précises : pp. 43, 54, 120, 235, 259, 315. Il en fait particulièrement la « structure mémorisée du comportement, caractérisant un verbe et les traits casuels de ses actants. »
Naturellement, la notion a subi une légère modification en passant dans la panoplie de la règle. Pour en donner une définition aujourd'hui, je remplacerais « structure » par « schéma », et j'écarterais le renvoi à un comportement. Dans son aspect le plus nu, le module ne spécifie que les places des cooccurrents.
[S[V]O],
et dans la version sémio-modulaire (ou sémiomodulaire) les termes peuvent apparaître avec en exposant les éléments pertinents, casuels ou non. On se souviendra que dans la théorie des opérations, le cas n'est pas une notion exploitable et, s'il s'y présente, ce sera au titre d'élément de sens, comme le temps ou le mode. Dans une extension à la syntaxe du syntagme et des relateurs/opérateurs que sont les prépositions (par. ex.), on peut imaginer un module nominal avec l'exemple de la case « complément/LXX », table d'acajou massif :
[table[d']acajou] - module prépositionnel ou prépositif
[[table[d']acajou]massive] - module complétif
[acajou[massif]] - module adjectival
[[[[table]d']acajou]massif] - module nominal.
L'autre domaine où pourrait s'appliquer la notion de module est celui de la morphologie (je parle ici des conditions de la règle) ou de l'étymologie. Plus congrue, l'adaptation aux relateurs/opérateurs que sont les prépositions ou conjonctions. Soit pour les prépositions, les propositions suivantes : « Paul arrive à huit heures » et « Jacques n'arrive pas à se concentrer à cause du bruit »
a) [[à]huit heurestemps]
b) [arriver[àbut]se concentrer]
c) [[à cause de]le bruit]
Toutefois, seul b) est réellement crédible ; les autres exemples gagnent à se rattacher au module verbal. On verra en plus grand détail le cas des prépositions à leur section. Si l'on applique le module aux relateurs de propositions (les conjonctions), on ne peut le situer qu'après l'interpétation (surtout dans le cas de la coordination de propositions) du segment qui les précède. Soit « il avait tort, mais il ne voulait pas l'admettre »
ℙ[mais]ℙ'
ℙ doit être logiquement interprété avant ℙ'.
Il faut garder à l'esprit que l'analyse à laquelle on se livre parfois dans un passage difficile (ou confus) au cours d'une lecture est toujours un second mouvement. Dans un premier temps, il n'y a de la part du lecteur aucune construction rappelant les portemanteaux du chomskysme, même si la mise en place du référentiel implique une remise en ordre graduelle des éléments qui le constituent. Et le phénomème que j'ai appelé auto-gommage par rattachement à des éléments préexistants.
| SÉMANTIQUE DE L'ADJECTIF QUALIFICATIF proprement dit ⇨ adjectif | |
| description /PL 1918 | Mot que l'on joint au substantif pour le qualifier ou le déterminer (possessif, démonstratif, [je complète par la liste du NPRé] exclamatif, indéfini, interrogatif, numéral, relatif). |
| complément /NPRé | (...) susceptible d'être adjoint directement (épithète) ou indirectement (attribut) au substantif (...) pour exprimer une qualité. |
| Grevisse | On distingue trois sortes d'épithète : l'épithète de nature, qui exprime une qualité permanente, essentielle d'un être ou d'un objet, une propriété tenant à la nature de cet être ou de cet objet ; l'épithète de caractère, qui exprime une qualité vraiment distinctive et individuelle ; l'épithète de circonstance, qui indique une qualité actuelle et transitoire de l'être ou de l'objet désigné. |
| complément /LXX | ex. position épithète avant-après selon l'usage ou le sens : un homme brave/un brave homme. Comme qualificatif d'un verbe ou d'un autre adjectif il devient adverbe [aucune indication que cette recatégorisation affecte le sens] ; dans cet ordre d'idées, un nom peut devenir adjectif, ex. paille, pourpre [le sens est {couleur de}]. L'accord peut-il affecter le sens quand le qualificatif se situe après le complément d'un nom ? ex. table d'acajou massif/table d'acajou massive. La position avant-après affecte le sens d'un paradigme d'adjectifs, soit ⇅[brave, bon, commun, petit, ...]. Les superlatifs et les comparatifs se construisent avec des adverbes ou des adjectifs devenus adverbes (fort), à l'exception, comme le signale Dauzat (ci-dessous), de meilleur (et mieux), pire (et pis) et moindre. |
| application | ▲ ‘bon’ ∁ ⊥ homme ⊢ {⇕[simple, crédule]} ▲ ‘bon’ ∁ un homme ⊥ ⊢ {qui veut du bien à autrui} |
| légende | ▲ — introduit une application ‘bon’ — terme à sémantiser ∁ — symbole qui se lit « dans le contexte [avant | entre | après] » et qui introduit toutes les conditions : dans la règle canonique, elles sont contenues entre les signes ∁ et ⊢ ; ⊥ — l'antitruc marque la position ou l'ordre du terme (mot) à sémantiser à l'intérieur de la règle ; homme — le cooccurrent du mot dont le sens fait l'objet de l'inférence ; ⊢ — symbole de l'inférence (à ne pas confondre avec l'implication dont l'application est plus limitée ; ex. le signe ⊥ « implique » un cooccurrent). {⇕[simple, crédule]} — le contenu des accolades est normalement 1) la valeur inférée, 2) le sens ou l'élément de sens attribuable 3) un blanc, si l'inférence échoue → {‽} ; ⇕ — symbole du paradigme, indiquant la possibilité d'un parcours : ici c'est plus une coquetterie, car c'est une question de choix d'équivalent ; [simple, crédule] — les crochets sont les signes à tout faire de l'écriture de la règle, en particulier dans la représentation du module (voir page suivante) ; la présence de la virgule écarte le risque de confusion, le module comportant toujours un emboîtement au minimum — toutefois, plus bas, j'ai fait l'essai d'une variante pour le module, d'abord pour le paramètre φétude historique, sans bénéfice utile, puis pour forme injurieuse (qui est aussi un paramètre, c'est-à-dire une expression relativement figée [fripon de X] en exploitant les soulignements comme moyens de séparation) ; le même artifice a été ensuite appliquée au module verbo-attributif sans gain précis. |
| complément/ Dauzat | (Grammaire raisonnée de la langue française 1947) Selon lui, le qualificatif sert à préciser la manière d'être, l'aspect, la qualité ou le défaut d'un être, d'un objet, d'une abstraction, qualité objective ou subjective, vraie ou supposée ; la position épithète est le plus souvent après, mais peut être en apposition (5, ci-dessous) ou emboîtable (6, ci-dessous) : l'adjectif peut équivaloir à un complément de nom (3, ci-dessous) ou à une phrase participiale (4, ci-dessous). La qualification peut se faire au moyen du complément nominal d'après l'être ou l'objet qui est pourvu de la qualité (7, ci-dessous) ; l'attribut est relié au sujet par le verbe être ou un équivalent (8, ci-dessous). |
| exemple bis | (Dauzat) 1) un gros arbre, 2) un homme remarquable, 3) élection présidentielle, 4) arrêté préfectoral, 5) « Le visiteur, pâle, est reparti. », 6) « une étude historique remarquable », 7) voix de stentor/taille de guêpe, 8) l'homme est mortel ; petit poisson deviendra grand. |
| mise en règle | ▴note1 ‘gros’ ∁ ⊥ arbre ⊢ {épais} — (sens : PL 1918 ; NPRé) ▴ ‘remarquable’ ∁ un homme ⊥ ⊢ {digne d'être [distingué ↺ remarqué]note2} ▴ ‘présidentielle’ ∁ élection ⊥ ℂ[_] ⊢ {du président} — (Dauzat) ▴ ‘remarquable’ ∁ étude historique ⊥ ℂ[φ[étude historique]]note3 ⊢ {digne d'être remarquée} — (PL 1918) ▴ ‘de guêpe’ ∁ taille ⊥ ℂ[⊨]note4 ⊢ {fine} — (sens : Dauzat) ▴ ‘fripon de’ ∁ ⊥ valet ℂ[ce_X_de_Y] ⊢ {qui trompe adroitement} — (sens : PL 1918/ ex. de Dauzat)note5 ▴ ‘mortel’ ∁ est ⊥ ℂ[Xhomme_est_Y] ⊢ {sujet à la mort} — (ex. d'attribut de Dauzat, avec condition modulaire où la valeur du sujet est présente ; sens : PL 1918). |
| notes | note1 Le symbole réduit ▴ indique une application partielle de la règle (XII-2007). note2 La substitution se fait en remontant à « l'action de remarquer » dans le PL 1918, dictionnaire auquel j'attache désormais les interprétations, comme s'il était un informateur humain, pour la suite des mises à jour et révisions de la Présentation. Bien entendu, sauf impossibilité. Les sources complémentaires seront dûment signalées. note3 introduit une analogie (relation analogique). note4 La condition paramétrique correspond ici à l'épithète « emboîtable » de Dauzat. note5 Ce dernier cas est une adjectivation d'un substantif antéposé, avec comme corollaire le passage du déterminé en position de complément (déterminant). (Cf. Dauzat p. 417.) |
| position/ sens | (Toujours Dauzat — l'épithète dans la proposition nominale) La position avant le nom (antéposition) est selon lui affaire de rythme (accentuation), parallèlement à la valeur affective et expressive. Certains adjectifs ne peuvent jamais précéder le nom : il s'agit d'expressions (hareng saur) qui font pendant aux survivances — chauve-souris, vif-argent, à plat ventre — de l'époque où l'antéposition atteignait jusqu'à 80 p. cent des épithètes), des participes passés pris adjectivement (et généralement les participes présents (avec pourtant des cas de valeur affective — une ravissante toilette —), les adjectifs en -u, avec un bonnet pointu, ceux en -é, exprimant une qualité ou une propiété physique, avec une pièce carrée, les adjectifs polysyllabes sans valeur affective (abdominal, général, triangulaire, etc.), et les substantifs employés adjectivement — une robe orange, un homme canaille). La valeur affective accompagne souvent la désaccentuation, par association traditionnelle : bon fils, grand bras, gros homme. Dans la langue courante, les couleurs ne connaissent pas l'antéposition. Même dans le style soutenu et la poésie, les monosyllabes devant les monosyllabes sont exclus : vert pré ⊼ verte ramure, bleues fleurs ⊼ jaunes immortelles. Les épithètes exprimant la qualité, la valeur, l'admiration, l'effroi, etc. (abominable forfait) ont un pouvoir émotif et donne plus d'intensité (milieux cultivés). [⊼ est le signe adopté pour la comparaison, soit A ⊼ B, c'est-à-dire A est comparé à B.] Dauzat récuse l'explication de certains grammairiens qui voient dans l'antéposition l'expression d'une qualité plus essentielle ; toutefois, il reconnaît le rôle de la position dans la différence entre sens propre et sens figuré. Dauzat distingue trois formes principales d'incidence sémantique de la position que je regroupe dans les tableaux ci-dessous. |
| classes sémantiques | (NGF) nom animé/nom non-animé L'ambassadeur est pensif. « Ce n'est que par métaphore [, notent Dubois & Lagane,] qu'il pourrait s'appliquer aux animaux ou aux choses. » La vache est pensive. La fleur est pensive. Sans en prendre ombrage, en tant que schnauzer honoris causa, à l'époque où l'on découvre que l'intelligence n'est pas une propriété strictement humaine, je verrais là également une méconnaissance de notre nature animale. Quant aux choses, il y a longtemps que les poètes se passent de ce genre d'entraves. On aura naturellement reconnu un sous-produit des restrictions de sélection du chomskysme élargi. « d'autres adjectifs ne peuvent être normalement utilisés qu'avec les noms de choses (noms non-animés) » — Une tige ligneuse. Une réaction chimique. De nombreux adjectifs ont des sens différents [propre/figuré] selon qu'ils se rapportent à des noms animés ou à des noms non-animés. — Ce lait est tiède. Ce garçon est tiède. L'herbe est verte. Ce vieillard est encore vert. état permanent/qualité passagère Ex. (durable) Pierre est grand. La table est basse. (passagère) Cet homme est ivre. adjectifs concrets/abstraits Ex. Le bureau est rectangulaire. Pierre est bon, généreux. adjectifs itransitifs/intransitifs — transitif, suivi d'un complément : Pierre est désireux de bien faire. Paul est fier de son fils. — intransitif, généreux, aimable, peureux, etc. La NGF signale d'autres « classes sémantiques », comme la couleur (blond, rouge, vert, et.), la dimension (haut, bas, large, étroit, etc.), l'adjectif à sens adverbial, comme un bon danseur (cf. les synapsies de Benveniste) est un homme qui danse bien. rem on peut étendre ces classes à la forme, à la propriété en général, à l'appréciation, etc. Encore faut-il en justifier l'existence par une détermination particulière. |
| rem | Si avec l'adjectif qualificatif l'on voit l'importance de la position pour certaines interprétations, on est également obligé de noter que le sens de l'épithète met en péril le principe de parcimonie sous-jacent à l'attribution d'une valeur par inférence. Il faut néanmoins se rendre à l'évidence : l'équivalence interadjectivale ne semble pas aussi grande que celle qui existe entre les noms. |
| synthèse | Comme le signale la Nouvelle grammaire du français de Dubois et Lagane, l'adjectif est un mot qui dépend d'un nom, sous le double rapport de la syntaxe et du sens. La syntaxe est ici, ainsi que dans les autres fiches, secondaire : elle apparaît comme la condition syntagmatique ou modulaire (dans le cas de l'attribut, ci-dessous). Il va donc tendre au changement de sens en fonction du nom qu'il détermine/qualifie. Soit « adjectif verbal » : ▴ verbal ∁ adjectif ⊥ φ[adjectif ⊥] ⊢ {participe présent adjectivé} — où s'applique une condition paramétrique si l'expression est mémorisée, sinon, on aura un blanc ou une conjecture, du type {relatif au verbe}, qui resterait en deçà de la réalité. adjectivé ∁ participe présent ⊥ φ[participe présent]-ant ⊢ {employé comme adjectif} |
| fonction attribut | attribut du sujet. Le chat est gris. Le chat devient maigre. Voir verbe copule. attribut du complément d'objet. (NGF) « Avec quelques verbes comme croire, estimer, juger, trouver, rendre, laisser, l'adjectif dépend du complément d'objet (c.o.) et s'accorde avec lui ; il est alors attribut du complément d'objet. » Ex. — « je crois (j'estime, je juge) ces précautions insuffisantes. Je trouve votre idée très intéressante. » « Une tache rend ces mots illisibles [faire que... soit] ». « Ne laissez pas les enfants seuls près de l'étang [faire que... soit] ». Le verbe trouver entraîne une ambiguïté, selon les auteurs. Ex. — j'ai trouvé [≍ {découvert}] ce livre amusant. J'ai trouvé [≍ {jugé}] ce livre amusant. Les notations sont de moi, mais les interpétations des auteurs. |
| application | En réalité, ce n'est pas trouver qui est à l'origine de la confusion, mais le fait qu'on puisse concevoir « un objet amusant » avant de l'avoir jugé tel. Les paraphrases ne seront pas les mêmes et le déplacement de l'adjectf/attribut n'est possible que dans un cas. Dans le premier cas, j'ai trouvé ce livre qui est amusant ; dans le second, ce livre, je l'ai trouvé amusant. ( ℘ = je me suis amusé en le lisant) 1) ▴ amusant ∁ livre ⊥ ⊢ {de blagues} 2) ▴ amusant ∁ livre ⊥ ℂ[[X[trouve]qqch]⊥] ⊢ {divertissant} Il ne s'agit pas d'ambiguïté, mais de polysémie. L'indécision serait levée si la première occurrence était accompagnée d'un locatif, « dans une malle », par exemple. |
| note | Dauzat fait remarquer que le substantif qui symbolise la comparaison dans des locutions intensives comme manger comme un ogre, doux comme un mouton peut se présenter comme attribut : « c'est un ogre », « c'est un mouton ». |
| application | « Paul est un mouton » — ▴ mouton ∁ ⊨[Xqqn[comme]un ⊥] ⊢ {doux} Ce n'est pas la seule possible. ▴ ‘mouton’ ∁ est un ⊥ ⋀ ⊨[˥[esprit critique]] ⊢ {suiveur} |
| nom | épithète | nom | exemple/valeur |
| homme | grand | de haute taille | |
| grand | homme | d'une grande valeur | |
| personnage | triste | attristé | |
| triste | personnage | dépravé, méchant | |
| lame | fine | sens propre | |
| fine | lame | escrimeur remarquable | |
| tête | forte | de grande dimension | |
| forte | tête | personne audacieuse, indisciplinée | |
| maison | propre | bien tenue | |
| ma propre | maison | à moi | |
| maison | ancienne | maison | synonymes |
| mon ancienne | maison | valeur affective | |
| méchant | sonnet | figuré | |
| méchant | homme | méchant | propre |
| nom | épithète | nom | exemple/valeur | atténuation/extension/valeur |
| un homme | brave | courageaux | ||
| un brave | homme | sympathique | atténuation de bravoure | |
| un ami | vieux | |||
| un vieil | ami | de longue date | valeur affective - personne | |
| un homme | pauvre | sens propre | ||
| un pauvre | homme | valeur affective | ||
| des pierres | rares | qu'on trouve rarement | sens propre | |
| de rares | pierres | des pierres espacées | extension de sens | |
| note de Dauzat (p. 416) | La valeur figurée, expressive ou atténuée, n'est généralement possible qu'avec un substantif particulier (fine lame, forte tête) ou un groupe de substantifs similaires : « grand homme, grand seigneur, grand personnage ; viel ami, vieux compagnon ; pauvre homme, pauvre hère, pauvre diable. » La valeur propre reparaît avec d'autres noms : une grande femme est une femme grande, de vieux arbres sont des arbres vieux, de pauvres gens* sont des gens pauvres, une forte corpulence est une corpulence forte. | |||
| *remarque | Ici, je m'inscris en faux. L'expression en est une de commisération, ≍ {malheureux}. [confirmé par le NPRé.] | |||
| nom | épithète | nom | valeur |
| un homme | beau | beauté | |
| un bel | homme | prestance | |
| une anecdote | véritable | véridique | |
| une véritable | anecdote | une anecdote qui est bien une anecdote | |
| un journal | nouveau | « n'est pas nécessairement » | |
| un nouveau | journal | qui apporte des nouveautés | |
| note | Jules Lemaître avait dit que Victor Hugo aurait fait un « ambassadeur admirable » (digne d'admiration), mais non un « admirable ambassadeur », (c'est-à-dire remarquable dans sa charge). | ||
| « Certaines expressions composées d'un substantif et d'un adjectif changent de sens suivant que l'adjectif est placé avant ou après le substantif. Telles sont les expressions suivantes : » | |||
| avant | nom | après | valeur |
| mauvais | air | air sans distinction | |
| air | mauvais | air méchant | |
| brave | homme | honnête et bon | |
| homme | brave | courageux | |
| bon | homme | qui a de la bonhomie, de la simplicité dans les manières | |
| homme | bon | qui a de la bonté | |
| commune | voix | l'unanimité | |
| voix | commune | ordinaire, qui manque de distinction | |
| grand | homme | homme illustre | |
| homme | grand | de haute taille | |
| honnête | homme | qui a de la probité | |
| homme | honnête | qui a de la politesse | |
| méchante | épigramme | sans esprit | |
| épigramme | méchante | mordante | |
| pauvre | homme | sans industrie, sans courage | |
| homme | pauvre | qui est dans la misère | |
| propres | termes | les mêmes mots sans y rien changer | |
| termes | propres | qui expriment bien ce que l'on veut dire | |
| SÉMANTIQUE DE L'ADJECTIF RELATIONNEL (adjectif dérivé) | |
| description | Bien que l'on soit en droit, et à juste titre, de le considérer comme dérivé (Dauzat parle de dérivations analogiques, L&F)*n1, l'adjectif que je nomme relationnel (inconnu au NPRé) est classé généralement dans les dérivés à suffixes savants (Dauzat) ou la dérivation savante (Grevisse), -iste, -ique. Le terme « relationnel » me vient de la grammaire anglaise, en particulier celle de linguistes (Quirk et al.). Il est cependant repris par le GDEL, avec la définition suivante : « adjectif qualificatif dérivé d'un nom et exprimant l'existence d'un rapport entre le nom auquel l'adjectif est joint et le nom dont l'adjectif est dérivé. » ; malheureusement, l'exemple donné n'est ni explicite ni pertinent, la notion de problème pouvant s'appliquer à tout univers de discours. Ex. du GDEL : les problèmes sucriers et betteraviers. — Il est plus probant de se tourner vers l'adjectif proprement dit, sucrier que le GDEL a eu l'amabilité de définir comme suit : « relatif à la production du sucre ». Légère variation pour ‘betteravier’ adjectif — Qui se rapporte à la production ou à l'utilisation de la betterave. On supposera que « relatif à » et qui se rapporte à » sont des équivalents. Je suis tombé par hasard sur l'entrée que le dictionnaire Longman's (projet certainement inspiré du DFC) consacrait à relational, qu'il oppose par ailleurs à notional : (word) used as part of a sentence but without a meaning of its own — ‘have’ in « I have gone » is a relational word. La définition de notional reprend le mot-exemple. notional ≝ (word) having an actual meaning in a sentence — ‘have’ in « I have an apple » is notional ; it means {possess}. [Les accolades sont de moi ; elles servent à isoler et à identifier les valeurs ou éléments sémantiques.] Cette définition du mot relationnel, pour reprendre l'expression du Longman's, est en réalité celle du mot-outil ou du morphème comme unité grammaticale. Quirk et al. étaient plus spécifiques, rapportant wooden cross à made of wood, comparé à wooden actor, dont le sens n'est pas relationnel. Je n'ai malheureusement plus le volume dans ma bibliothèque. |
| note sur « relationnel » | Il semble que j'aie télescopé deux notions. Une recherche dans deux sources (un article sur la détermination et le traité des opérateurs sémiotiques) citant Quirk et al. fait état d'adjectifs inhérents et non-inhérents. L'inhérence caractérise directement le référent du nom. Il ne semble pas que j'aie pu traduire relational par inhérent. On admettra néanmoins, en ne suivant pas le dictionnaire Longman's, que la définition du GDEL et l'inhérence de Quirk et al. se recoupent. |
| observation | On voit donc qu'il s'agit d'une classe plus large que celle des anciennes classifications basées sur l'origine des suffixes (où « savant » égale grec et latin en matière de suffixe, comme de préfixe n2). Quitte à réintroduire une forme de circularité, il faut tenir compte du fait que si l'on fait un parallèle avec la définition de ‘remarquable’ par le PL 1918 ≝ digne d'être remarquée pour ‘sucrier’ ≝ qui a rapport à la fabrication du sucre (même source), on est obligé de noter que dans le cas de remarqué, on peut substituer distingué, tandis que sucre ne peut céder sa place à aucun équivalent. L'observation peut s'étendre à l'opérateur définitoire « digne de » qui peut se voir remplacer par « qui mérite de », gracieuseté du NPRé, à ‘digne’. Quant à ‘relatif’, on a « RELATIF À... : se rapportant à..., concernant. ». L'ébauche d'une recherche intégrale indique que « qui concerne » appartient à la métalangue du NPRé, tantôt dans l'article proprement, tantôt dans l'explication étymologique. On serait a priori tenté de faire de ‘digne de’ une forme d'opérateur définitoire relationnel, mais cette intégration ne peut se justifier que sur un corpus étendu. On doit aussi tenir compte de formes comme « se dit de » ou « qui a trait à ». Pour l'instant, je retiendrai les variantes « relatif à/qui a rapport à/qui concerne » et dont le nom-souche, qui est également un avatar du générique ou superordonné, n'a pas d'équivalent pouvant lui être substitué sans modification du sens. |
| exemples | loi successorale ▴ ‘successorale’ ∁ loi ⊥ ℂ[_] ⊢ {[relative aux] successions} n3 pouvoir magique ▴ ‘magique’ ∁ pouvoir ⊥ ℂ[⋈] ⊢ {[tenant de la] magie} n4 bornes kilométriques ▴ ‘kilométriques’ ∁ bornes ⊥ ℂ[⋈] ⊢ {marquant chaque km} n5 système prohibitif ▴ ‘prohibitif’ ∁ système ⊥ ℂ[¬⋈] ⊢ {qui interdit ⋁ restreint} n6 cavité abdominale ▴ ‘cavité’ ∁ cavité ⊥ ℂ[⋈] ⊢ {[appartenant à l'] abdomen} muscle abducteur ▴ ‘abducteur’ ∁ muscle ⊥ ℂ[⋈] ⊢ {[produisant l'] abduction} n7 |
| *notes | n1 Larive et Fleury, Troisième année de grammaire, 1895. n2 Comme je ne me mêle pas vraiment de morphologie ou de formation des mots, je parlerai peu de préfixes, même si j'y ai touché brièvement à propos de la sémiosyntaxe fondamentale, avec les parasynthétiques (mots cumulant les dérivation avant et après, cf. Grammaire Larousse de Chevalier et al., GLFC). n3 On voit que le retour du terme-souche (dont dérive le mot interprété) comme élément de sens est un obligé du sens du dérivé relationnel. On peut donc considérer que le dérivé relationnel est un cas particulier de l'interdéfinition au sens de la théorie et porter ainsi sa condition, autorisant la dérogation au principe écartant la reprise de la forme. n4 Les crochets dans les accolades encadrent une légère modification de la métalangue du dictionnaire (qui n'est pas nécessairement celle du sujet parlant/comprenant moyen). J'ai ajouté la notation de l'interdéfinition. On remarquera que tous les sens d'un dérivé formellement relationnel ne sont pas « relationnels » à leur tour, ainsi que le fait que certaines formes exprimant le rapport n'ont peut-être pas été toutes recensées (qui marque s'ajoute à qui tient), dans le troisième exemple c-dessus. n5 Le PL 1918 n'a pas le syntagme, mais donne le verbe ‘kilométrer’ ≝ marquer les distances kilométriques ; j'ai donc opté pour le NPRé. n6 Il s'agit d'un contre-exemple, comme quoi tous les dérivés formellement dérivationnels (prohibitif vient de prohiber) ne sont pas contraints à la reprise formelle. On peut envisager comme raison la concurrence d'équivalents ou la souche, qui est ici verbale. Mais cette dernière explication serait surprenante, et ne se vérifie pas sur ‘rétrécissement’ ou inégalement sur ‘retranchement’. Il faut plutôt songer à l'usage et à l'idiosyncrasie des lexicographes. n7 Ici l'interdéfinition est héritée du latin, comme c'est le cas de domesticité, entre autres. |
| NOTE | Je cite ici comme curiosité ce passage de la grammaire de Larive et Fleury de 1895 à propos de déplorable des suffixés en -able et -ible. « Ces adjectifs ne doivent qualifier que des noms pouvant servir de compléments directs aux verbes d'où ils dérivent. Par exemple, on peut dire une conduite déplorable, parce qu'on dit « déplorer la conduite de qqn » ; mais il ne serait pas possible de dire : un prince déplorable, attendu qu'on ne dit pas « déplorer un prince », et qu'il n'y a qu'un nom de chose qui puisse servir de complément direct au verbe déplorer. » Le PL 1918 semble d'accord avec le Robert, contre L & F qui ne tiennent pas compte du sens ancien recensé par le NPRé {qui est à plaindre} = {qui mérite d'être déploré}PL 1918 (vérifié en remontant à ‘déplorer’ ≝ {plaindre avec un sentiment de compassion}) |
| exemples bis | Grevisse (1959) range la dérivation adjectivale avec la dérivation nominale, mais la répartit entre dérivation populaire et dérivation savante et la Grammaire Larousse du français contemporain (1964 [1979]) (GLFC) regroupe les formes adjectivales dérivées dans les suffixes nominaux, mais ne fait pas la distinction de Grevisse. Voici le tableau que j'en tire (le point de départ est la GLFC) : |
| GSF | Jean Dubois, dans le volume de sa grammaire structurale qu'il consacre à la phrase et à ses transformations, tourne le dos à la linguistique descriptive où règnait le mot pour voir dans l'adjectif non pas une formation lexicale, mais une étape (une transformation) dans la réalisation de la phrase (énoncé, pardon). Quoique j'aie le plus grand respect pour ses travaux, en particulier en lexicologie et lexicographie, je suis assez sceptique quand on fait à ‘dresseur’ le sort qu'il lui réserve. Je ne présente ci-dessous que les exemples, censés former une continuité. Je suppose que ‘montreur d'ours’ passerait par la même moulinette. En fait, il apparaît trois pages plus loin. On peut aussi se demander si le fait de ‘militer’ (donnant ‘militant’) ne pouvait pas donner un ‘militeur’. On peut entrevoir une objection historique en l'espèce de la formation du lexique, dont l'étymologie relève des traces, mais tout d'abord, en ce qui concerne la nominalisation et l'adjectivisation, il faudrait analyser tous les noms d'agent (suffixés en -eur), les noms d'instruments (suffixés en -oir, -euse), les noms de personne exerçant une activité (-ste, -ier, -ant), puisque l'adjectivisation est une étape avant la nominalisation. Il note cependant que les nominalisations qu'il a examiné auparavant n'impliquent pas une adjectivisation. Malheureusement, il est difficile de cerner le candidat de cette anaphore. Une objection qui vient à l'esprit au souvenir de mon apprentissage (pénible) de la grammaire quand on enseignait encore l'analyse logique tient au principe de parcimonie. On voit ici que les conséquences de la grammaire intériorisée sont très lourdes pour la cognition et font de l'homme non pas un bipède sans plumes, mais un animal grammatical. Elles impliquent cependant un adjectif, cf. p. 53. de « Paul a la qualité fière » on conclut à la « fierté de Paul ». Il paraît injuste d'opposer le PL 1918 à la panoplie du chomskysme. En fait, la consultation n'est pas vaine, car on apprend que « La fierté de Paul » ne se dirait pas : caractère de CE qui est fier, avec pour exemple, la fierté du cœur est une qualité ; la fierté des manières est souvent un défaut. Dans le Petit Larousse de 1980, on est résolument à ≝ caractère d'une personne fière, tandis qu'en 1957, le Larousse classique donnait encore ≝ caractère de celui ou de ce qui est fier π‘fierté d'âme’. Doit-on en déduire que les règles de nominalisation ont changé au cours du XXe siècle ? Doit-on supposer une universalité à ces règles, alors que Dubois donne l'exemple de dilettante → dilettantisme, qui sont certainement italiens ? Le pluriel -anti concurrençait encore la forme ‘dilettantes’ en 1918. |
| exemples /GSF | Pierre dresse des ours. Pierre montre des ours au public. Pierre qui dresse des ours, montre des ours au public. Pierre qui dresse des ours → Pierre qui est dressant des ours → Pierre qui est dresseur d'ours. Pierre/dressant des ours/montre des ours au public. Pierre/dresseur d'ours/montre des ours au public. |
| synthèse | Si j'avais formé le projet de lire les chapitres consacrés aux nominalisations, je crains que mon incursion dans l'adjectivisation m'ait échaudé. Naturellement, il s'agit d'une description syntaxique et synchronique, mais à quoi peuvent-elles rimer sinon à une énorme supercherie si quand je corrige une phrase, il m'arrive très souvent de substituer un mot à un autre et non une transformation à une autre ? Si la synchronie consiste à nier la dimension historique du langage, elle s'embarque sans biscuits. Peut-on imaginer une sociologie synchronique de cet ordre ? Une linguistique sans mémoire, avec des locuteurs automates. Je me fourvoie peut-être, mais cette syntaxe qui dérive ne le fait-elle pas justement dans l'ambiguïté absolue ? L'autre et dernière objection à ce propos tient à la contrainte que cette syntaxe fait peser sur le locuteur : en amenuisant la portion déjà congue du lexique, ne nous oblige-t-elle pas à produire sans fin des suites de transformations dont le produit est aussitôt voué au néant ? J'ai relu l'introduction qu'il réservait à la dérivation et je ne faisais pas erreur : diachroniquement, il affirme que ce sont les règles qui changeraient pour autoriser telle ou telle transformation. Le cas de ‘betteravier’ est intéressant, parce que Dubois fait état d'un (agriculteur) producteur de betteraves, concurrent de l'adjectif entrant dans le syntagme (pardon pour cette conception distributionnaliste) « industrie bettaravière ». La règle n'existait pas en 1918, d'après mon PL 1918. Ce qui est faux, puisque ‘sucrier’1 et ‘sucrier’2 sont recensés. Quoi qu'il en soit, il ne m'appartient pas de statuer sur la question. Dans la théorie, on peut considérer les conditions comme des sous-règles qui sont toutes des formes de la règle d'interprétation, et dans le cas de la dérivation, la condition morphologique n'apparaît que lorsque la forme à sémantiser n'est pas répertoriée dans le thésaurus mémorisé du sujet interprétant. La transformation qui conduirait selon la GSF à ‘sternutatoire’ n'interviendra pas (bien que le locuteur français moyen connaisse les principaux schémas syntaxiques), dans l'interprétation du mot et la condition morphologique ne serait valable que pour un latiniste. Il n'y a pas en français de verbe ‘sternuter’, même s'il existe une sternutation, un sternutatif en plus de mon exemple. Le sujet interprète aurait peut-être plus de chance avec ‘saltatoire’, s'il est amateur de patinage artistique, mais règle générale la connaissance du sens de l'affixe ne suffit pas à interpréter une forme dont le radical est inconnu, ou l'objet de trop de spéculations. — rem — Le NPRé fait remonter ‘saltatoire’ à 1893, mais le marque didactique, avec deux applications différentes, l'une pour l'appareil ⊥ de la sauterelle et l'autre pour la chorée ⊥. Le PL 1918 n'a que ‘saltation’ et ‘saltigrade’. On peut imaginer qu'avec ‘saltigrade’, l'interprétation peut recourir à la condition morphologique. |
| application | Soit « Les grands hommes sont orgueilleux » (Sartre-NPRé) →T→ « L'orgueil des grands hommes » ▴ orgueilleux ∁ sont ⊥ ℂ[xhumain[être]⊥] ⊢ {prétentieux} ▴ orgueil ∁ ⊥ grands hommesφ ℂ[⊥[de]n] ⊢ {arrogance} note — dans le paradigme des candidats à la substitution, le NPRé fait figurer vanité en dernier lieu et arrogance en premier. prétentieux est emprunté au PL 1918. Le cadre schématique de l'interdéfinition pourrait être invoqué ici également (à titre descriptif, et non comme partie intégrante de la règle). |
| fibreux [x[est]y] | fibre [y[de]x] |
| le bois de l'orme est fibreux | la fibre (du bois) de l'orme |
| SÉMANTIQUE DU NOM ⇨ nom | |
| description /PL 1918 | [nom] mot, dit aussi substantif, servant à désigner une personne ou une chose. [Nom commun] qui convient à tous les êtres de la même espèce [≢ nom propre]. Picoche, parlant du mot, fait remonter à Kant les catégories (formes) qui nous permettraient de coordonner nos sensations : temps, espace, quantité, qualité, relation ; mais il serait surprenant que ces notions ne datent que XVIIIe siècle. On doit pouvoir au moins remonter à Porphyre et sinon, à Aristote. |
| complément | Grevisse précise qu'en grammaire, « chose » englobe « non seulement les objets, mais encore les actions, les sentiments, les qualités, les phénomènes, etc. », avec pour exemple : Louis, chien, table, livraison, colère, bonté, gelée. Quant il parle de la compréhension (intension) il emploie la terminologie de Thonnard (« notes » que comprend l'idée). Il énumère ensuite les sortes de noms : nom commun (nom qui s'applique à un être ou objet « en tant que cet être ou cet objet appartient à une espèce ») ; il entend par commun, commun à tous les individus de l'espèce. Il indique ensuite que le nom propre est celui qui ne peut s'appliquer qu'à un seul être ou objet ou à une catégorie d'êtres ou d'objets pris en particulier. Là le bât blesse. Tous les Anglais (son exemple) sont Anglais. Il y a des milliers de Jules, des millions d'Andrew. Il faut chercher ailleurs l'explication de la nature et de la désignation du nom propre et non dans le fait qu'on soit seul à le porter, cf. la région des Grands Lacs. Il poursuit avec son classement en noms concrets et noms abstraits. |
| exemples | concrets — plume, fleuve, nuage, navire, ange [!], âme [!] abstraits — patience, épaisseur, durée, intensité, consternation (la patience et l'épaisseur sont des « êtres de raison », qui sont abstraits de l'inhérence...). |
| Grevisse /suite | Les noms concrets désignent un être réel (matériel ou immatériel [!]), ayant une existence propre, alors que les noms abstraits désignent une propriété ou une qualité séparée par notre esprit du sujet auquel elle est unie. Toutefois, il semble que par métonymie le concret puisse trouver un emploi abstrait et vice versa. Ex. un mal de tête ⇨ perdre la tête. avoir une correspondance avec qqn ⇨ lire la correspondance de qqn. Cette subdivision des noms communs est dite par lui « du point de vue de la réalité, de la ‘quiddité’ signifiée ». Du point de vue numéral, il divise les noms en individuels et collectifs. L'individuel désigne un objet particulier (comme le nom propre) et le collectif, comme il faut s'y attendre, désigne une collection d'êtres ou d'objets. |
| complément | [PL 1918] Quiddité ≝ Philos. scol. ensemble des conditions qui déterminent un être particulier. Vx. |
| exemples | individuels — jardin, habit, pierre. collectifs — foule, tas, groupe, valetaille, ramassis, clientèle. Grevisse rejette la subdivision du collectif en général (collection entière) et partitif (partie indéterminée de la collection). Il parle de figure et d'ellipse, respectivement, pour le passage de l'individuel au collectif et du collectif à l'individuel. |
| Grevisse /fin | Ses dernières catégories relèvent de la « constitution graphique » des mots. Le nom simple et le nom composé (distinct du « composé », semble-t-il, qu'il dit être pris au sens large quand la soudure est faite). Ses exemples de mot simple dénoncent indirectement l'arbitraire de ce classement : ville, chef, portemanteau, contrecoup. Il faut dire que la deuxième catégorie se complique d'une absence d'uniformisation de la graphie, tantôt avec ou sans trait d'union, contre-porte, porte-plume, haut fourneau, château fort. [Ces quatre exemples n'ont pas changé de 1964 à 2001 (cf. NPRé).] |
| Dauzat | Pour lui, le nom (substantif) s'oppose au verbe, parmi les mots variables. Fonction de dénomination. Appellatif. Il exerce ou subit une action ou (comme complément) représente l'être ou l'objet sur lequel porte l'action ou encore les circonstances de l'action (il a marché nuit et jour). Complément du nom, de l'adjectif (fier de son succès), de l'averbe (beaucoup de blé) ou en apposition (un enfant prodige ; Rome, capitale de l'Italie). Dans la classification des substantifs, Dauzat utilise le sens et la forme comme division principale, mais se sert des mêmes catégories que Grevisse (sa grammaire devance celle de ce dernier de douze ans, mais ne répond pas aux mêmes préoccupations), noms communs ⋁ noms propres ; noms unitaires (seule différence) ⋁ noms collectifs ; noms concrets ⋁ noms abstraits. Par la forme il reconnaît les composés et les dérivés, par rapport au nom (mot, dit-il, plus généralement) simple, puis distingue les préfixés des composés, faisant des suffixés les seuls dérivés. |
| Dauzat /suite | Par rapport au nom propre, Dauzat a noté avant moi l'incongruité qui consiste à dire que le nom propre désigne une personne ou une chose. Il apporte d'ailleurs le même argument. De son point de vue, le nom propre individualise les membres d'une famille par rapport aux autres et les habitants d'un pays par rapport aux étrangers. On pourrait dire qu'il distingue, mais je ne suis pas sûr que cela suffise. En ce qui concerne le nom commun, il est aussi plus complet que Grevisse en précisant qu'il désigne la chose ou l'être, « en tant qu'il appartient à une catégorie, à un genre, à une espèce. Et il ajoute : — ou qu'il représente une substance (l'eau, le feu, le fer) ou une abstraction (la pensée, la beauté, le bien). Il évite donc le piège de l'immatériel où tombe Grevisse. Il faut surtout remarquer que le langage permet de parler de ce qui existe d'une part et, surtout, de ce qui n'existe pas, avec comme passerelle entre les deux le mode du « comme si ». Quand un nom s'applique à un être, chose ou abstraction, il le dit unitaire ; la pluralité s'exprime par la marque du nombre, les, des, cinq. Le nom collectif, tout en restant singulier, désigne « une pluralité formant un groupe accidentel (foule, multitude...) ou organisé (régiment, escadre, armée), à un nombre indéterminé comme dans les exemples précédents, ou numériquement chiffré (dizaine, centaine...). » L'opposition entre noms concrets et noms abstraits ne lui paraît pas pertinente, car si elle est « nette en logique, l'opposition l'est nettement moins en fait, à cause du passage constant de l'une à l'autre catégorie. Nombre de mots ont, suivant le cas, l'une ou l'autre valeur : comparer le problème de l'habitation (abstrait) et une habitation confortable (concret). » |
| rem | En première approximation, la distinction pourrait être exploitée dans la règle si, par exemple, la référence niée ℟ ne suffisait pas à faire attribuer ce qu'il est convenu d'appeler « nom abstrait », alors qu'on voit qu'il s'agit d'un sens. De même, pour aller dans le même sens que Dauzat, on songera à « l'âme » d'un fil électrique par opposition à celle que je n'ai pas, sauf sous forme d'états. |
| synthèse | Du point de vue de la théorie des opérations, le nom, comme le verbe, sont des blocs de construction du référentiel (comme les « circonstances » des circonstanciels, mais sémantiquement, le passage de l'adjectif au nom ou au verbe se fait sans problème majeur. Je n'affirme pas qu'un verbe puisse recevoir un nom comme valeur sémantique, mais a priori rien ne semble interdire une telle attribution. Le dictionnaire ne se prive pas du rapport inverse, dans la définition des noms d'action : chute ≝ action d'un objet qui tombe (PL 1918) ; tombée ≝ mouvement d'une chose qui tombe (PL 1918). La forme normale de ce rapport donne malgré tout la priorité au nom {action}, et c'est cette même structure que l'on constate quand le nom apparaît dans la définition d'un verbe : produire ≝ composer une œuvre (NPRé). C'est cette circularité à peine contournée (ou plutôt tenue à distance) que les logiciens anglo-saxons reprochent à la langue sous le nom d'interdefinition. J'ai récupéré la notion pour étudier les rapports « métonymiques » qu'avait isolés Robert Martin. On peut toutefois utiliser le schéma de l'interdéfinition (⋈) dans le cas des dérivés sans crainte : il est somme toute normal que des termes morphologiquement apparentés soient également dans un rapport sémantique quelconque. Cf. les schémas sur ‘tondre’ et ‘sauvegarde’ plus pas. On se souviendra toujours que l'interprétation n'est pas une grammaire et si elle a des liens avec les grammaires mentalistes, c'est essentiellement parce que celles-ci exploitaient des catégories sémantiques (qui sont représentables sous diverses formes lexicales). L'adjectif (et le complément de nom qui en fait office) et le nom forment ce que j'ai appelé une sémiotaxie, que l'on peut aussi dénommer syntagme, mais ce dernier terme n'implique pas de façon affirmée « l'assemblage de sens » que suppose la sémiotaxie. C'est de cet assemblage que dérive la condition syntagmatique-positionnelle. Le tableau positionnel donne une idée générale du principe qui est en réalité d'une application beaucoup plus répandue. cf. pouvoir suprême — ▴ suprême ∁ pouvoir ⊥ ⊢ {au-dessus de tous} ▴ pouvoir ∁ ⊥ suprême ⊢ {puissance politique} ▴ soir ∁ robe ℂ[n[du]n'] ⊢ {soirée} |
| tonte | tondre |
| action de tondre | couper de près |
| sauvegarde | sauvegarder |
| protection accordée par une autorité quelconque | protéger |
| SÉMANTIQUE DU DÉRIVÉ | |
| description /PL 1918 | Mot qui dérive d'un autre. dériver : tirer son origine. Dans les indications qui suivent, j'essaierai le plus possible d'éviter de reprendre de qui a été dit des adjectifs relationnels. |
| exemple | Fruitier est un dérivé de fruit. |
| détails /GLFC | Trois aspects : la suffixation (accident ⇨ accidentel) [vue brièvement ci-dessus pour l'adjectif qualificatif], la préfixation (fermer ⇨ refermer) et le transfert de classe grammaticale (beau ⇨ le beau), qui reçoit souvent le nom de dérivation impropre [et que j'ai décrit comme recatégorisation]. suffixes : La GLFC propose de classer les suffixes selon le transfert de classe, c'est-à-dire 1) ceux qui n'opèrent jamais le transfert de classe, soit les suffixes verbaux expressifs (-ass-, -ot-, -aill-, ...) ; 2) les suffixes qui opèrent parfois le transfert de classe sans le faire dans tous les cas, ainsi -age servant à former des noms à partir de verbes (arracher ⇨ arrachage) ou à partir d'autres substantifs (feuille ⇨ feuillage), et 3) ceux qui opèrent toujours le transfert de classe, soit -able qui sert toujours à former des adjectifs à partir de verbes ou de noms. Étant donné sa complexité, les auteurs ont décidé de servir du système classique, dont on a vu un exemple dans le dernier tableau, ci-dessus. suffixes verbaux (produisant des verbes) : -er (et les -iser et -ifier, techniques) — fourrage, fourrager, béton, bétonner, fraise, fraiser, bavard, bavarder, libéral, libéraliser, code, codifier. -er s'associe à d'autres suffixes expressifs pour donner des suffixes complexes comme -ailler, -iller, -ouiller, -asser, -eler, -eter et -oter, -onner, -oyer, etc. Ex. rimailler, mordiller, chatouiller, finasser, bosseler, voleter, vivoter, chantonner, coudoyer, etc. -ir a donné atterrir, amerrir et alunir (ainsi qu'avenusir), mais se rencontre normalement dans les verbes qui dérivent d'adjectifs de couleur : blanchir, noircir, roussir, etc. suffixe adverbial : La GLFC signale que le seul suffixe vivant est celui qui est aussi le plus productif, -ment, à partir d'adjectfs, de noms, richement, petitement, puissamment ; diablement, et même à partir d'un adverbe dépourvu de marque, quasi ⇨ quasiment, critiqué, cependant. |
| suite /GLFC | Préfixation : Contrairement à la suffixation, la préfixation ne change pas le mot de classe grammaticale. Les auteurs signalent les plus productifs des préfixes, regroupés dans le premier tableau ci-dessous. [On ne perdra pas de vue que le GDEL consacre dix pages grand format à l'énumération des affixes et formants grecs, latins et français.] Parasynthétiques : mots formés à la fois par préfixation et par suffixation. Il s'agit surtout de verbes. herbe ⇨ désherber, branche ⇨ embranchement. Ils suivent ensuite le principe signalé par Dauzat pour les adjectifs qu'il disait emboîtables : redésherber, désherbement... |
| suite /GLFC | Dérivation impropre (recatégorisation) : Liste des transferts — nom propre ⇨ substantif (macadam) ; substantif ⇨ adjectif ([cela fait] très petite fille) ; substantif ⇨ interjection (diable !) ; pronom ⇨ substantif (le moi, le ça, un petit rien) ; adjectif ⇨ substantif (le beau, le rouge et le noir) ; adjectf ⇨ adverbe (parler haut) ; adjectif ⇨ interjection (bon !) ; verbe à l'infinitif ⇨ substantif (le boire, le manger) ; verbe au participe ⇨ adjectif ou substantif (un être charmant, un inconnu) ; adverbe ⇨ adjectif (un homme très bien) ; adverbe ou préposition ⇨ substantif (le bien, le pour et le contre). |
| suffixe en fr. | en latin* | exemples |
| -ie | -ia | agronomie, photographie |
| -ique | -icus | anatomique, anesthésique |
| -ose | - | névrose, chlorose |
| -ite | - | bronchite, conjonctivite, otite |
| -ite | - | anthracite, lignite |
| note | *« se confondant avec le suffixe latin », écrit-il ; personnellement, j'ai renoncé à transcrire les suffixes en grec, comme je ne maîtrise pas suffisamment la langue en question. Navré. Voir les tableaux supplément 5, sur la suffixation et la dérivation. — On notera également que Cottez, dans son précieux Dictionnaire des structures du vocabulaire savant, recense sept types de suffixe -ite, donc cinq en plus du médical et du minéral de Grevisse. Un fossile, dérivé du minéral, un chimique (servant à former les noms des sels des acides en -eux), sur l'origine duquel il contredit Brunot, un autre chimique, qui semble s'opposer à-ose, un -ite commercial, formant des noms d'explosifs, et le dernier, un biologique, à valeur diminutive, dont le premier exemple créé, zoonite, a été abandonné (absent du PL 1918, mais subsistant dans le LXX [1933]). | |
| application | Soit « La balsamite, du nom du personnage d'Alexandre Dumas... » (phrase forgée) ▴ balsamite ∁ ≟[[[Balsamo]médecin]⊥-ite] ⊢ {‽} La balsamite est en réalité une plante, mais on voit que le formant suffixal -ite pourrait engendrer quelque confusion. Le suffixe -ine réserve également des surprises, avec sa tendance à désigner le principe actif, mais pas dans le cas de balsamine. Même au titre de condition conjecturale (≟), la condition morphologique est loin d'être parmi les plus sûres. On peut cependant noter que la condition morphologique qui utilise le même emboîtement que la condition modulaire n'est pas une condition non contiguë ℂ et peut emprunter l'ascenseur paradigmatique ⇕[⊥]. | |
| SÉMANTIQUE DU COMPOSÉ | |
| suite /GLFC | Dans la composition (voir le tableau, adapté de la GLFC) les éléments qui sont réunis ont une existence indépendante dans le lexique, contrairement aux affixes (préfixes et suffixes) : chou et fleur ⇨ chou-fleur. Un composé se reconnaît lorsqu'il est impossible de déterminer séparément l'un ou l'autre des éléments qui le constituent. [Cette technique appelle une précision : la « détermination » doit se faire dans le composé comme tel.] Ni « pomme jaune de terre » ni « pomme de bonne terre » ne sont acceptables, tandis que bonne pomme de terre présente la « bonne forme ». [On peut également proposer « pomme de terre glaise » comme forme inacceptable ou anomale.] Le cas des verbes composés (les phrasal verbs) n'est pas aussi tranché. D'une part les auteurs de la GLFC reconnaissent que le sujet parlant n'est pas toujours sensible à leur état de composés ; l'exemple qu'ils donnent du premier cas est celui de saupoudrer et dans le second, le groupe verbal semble normalement analysable. Toutefois la règle qu'ils proposaient pour l'identification du composé ne s'applique qu'à demi sur l'exemple avec ‘avoir’ : avoir peur. Si « avoir terrible peur » est à rejeter, on doit admettre avoir grand peur (et même très peur, dans la langue courante). Le zeugme qu'ils proposent pour tester prendre la fuite s'expose au même genre de remarque : si « prendre son manteau et la fuite » leur paraît agrammatical, que diraient-ils de « tomber du lit et des nues » ? La GLFC considère commes mots composés les locutions adverbiales (tout à coup, petit à petit, sur-le-champ, etc.), les locutions prépositives (à cause de, grâce à, au-dessus de, etc.) ou les locutions conjonctives (à mesure que, à supposer que, etc.) ; toutefois, il ne semble pas exister de conjonctions de coordination composées. Des locutions comme en revanche, en conséquence présentent les caractères syntaxiques des adverbes, comme elles peuvent occuper diverses place dans la proposition. Le tableau des composés ne regroupe donc que les noms et les adjectifs. Pour les listes de locutions prépositives et conjonctives, voir la section qui y est consacrée : locutions prépositives ; locutions conjonctives. |
| note /Dauzat | Dauzat, qui explique la « répugnance » du français « à dériver les composés », signale qu'il a fallu soixante ans pour qu'apparaisse cheminot, à partir de chemin de fer. Mais le plus curieux, c'est l'emploi qu'il fait en 1947 de l'astérisque pour signaler la malformation d'un dérivé *gréviste général à partir de grève générale, dont les partisans ont été appelés grève-généralistes (Dauzat donne son exemple comme un contresens). Il emploie encore l'astérisque devant *bicyclettiste, alors qu'on m'a appris que c'était Chomsky (1957) qui marquait ainsi l'agrammaticalité. Il étonne également par son emploi « moderne » de la notion d'anaphorique. |
| synthèse | La condition morphologique devrait intervenir dans les noms composés comme dans les dérivés, mais qu'en sera-t-il des noms hérités du latin, comme cela semble le cas de ‘stercoraire’ ? Tout le monde n'est pas latiniste, surtout de nos jours, pas plus que la plupart des locuteurs du français, quel que soit leur niveau de scolarité, n'ont pas nécessairement une formation classique (au sens gréco-latin). Néanmoins, un sujet interprétant le mot ‘stercoraire’ peut savoir qu'il s'agit d'un oiseau (et même d'un oiseau aquatique, et au surplus connaître son surnom de mouette pillarde ou ravisseuse), sans savoir que le nom lui vient des mots latins stercus, stercoris, signifiant {excrément, fumier}. Il semblerait d'ailleurs qu'il porte mal son nom, résultant comme le cas de la mante religieuse, d'une observation incomplète ; il s'agirait de ce que les Anglo-Saxons appellent un misnomer. Il est d'ailleurs ichtyophage. Mais c'est une question pour les ornithologues. Toutefois, qu'il ait ou non bonne réputation comme volatile (c'est un prédateur de mouettes et autres oiseaux de mer), cela ne l'empêche pas d'être un bon exemple pour un sémanticien, puisque son nom a un synonyme (il a deux noms), le labbe et que le mot ‘stercoraire’ est polysémique comme nom et adjectif (désigne également des plantes et des insectes), en plus d'être synonyme de l'adjectif ‘stercoral ’, relatif aux excréments et de scatophile. Les partisans d'une sémantique phrastique antélexicale ou protolexicale se trouvent certainement devant un dilemme dans l'analyse du discours scientifique ou technique où l'intersection entre unités lexicales est faible et que la sémantisation de certains mots est déterminante. Morphologiquement, on peut cependant conjecturer des propriétés adjectivales ou nominales en raison du suffixe -aire, qui seraient de toute façon présentes sous une autre forme dans le contexte. En voici un descriptif, donc peu probant dans le cas que je signale à propos de la thèse phrastique du sens ; la thèse compositionnelle aurait là un exemple parfait d'isosémie au sens de Pottier 1974. Le contexte est emprunté à l'article que lui consacre Omnis. « Excellents voiliers, mais maladroits sur l'eau, les stercoraires se nourrissent de proies arrachées à d'autres oiseaux. » Le caractère quasi-définitoire de l'énoncé prive l'exemple de naturel, et c'est moi d'ailleurs qui ai remplacé l'anaphorique-coréférent initial (il) par le nom de l'oiseau. |
| complément | État donné ce qui précède, comment doit-on interpréter « stercoration » ? ▴ stercoration ∁ [[stercor- ⇒ {excréments}][-ation ⇒ {action}]] ⊢ {production d'excréments} Le PL 1918 n'est pas le seul à faire dans la stercologie, le LXX indique même un sens agricole de stercoration, entre médecine et religion (la secte hérétique des sterconaristes). |
notes
Comme tous les textes cités des pages de ces suppléments, ceux-ci font ou feront l'objet de remarques de nature strictement sémantique dans la perspective de la théorie des opérations sémantiques ; celles-ci s'accompagneront, le cas échéant, d'applications de la règle d'interprétation, à des fins d'illustration.
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