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Sens et dénotation


« Il devait parfois écumer ses idées bouillonnantes »
Jules Renard.



deuxième tranche



Corpus phrastique I




Préambule


Les phrases réunies et examinées ici devraient permettre d'envisager la configuration générale d'une phrase du double point de vue du sens et de la dénotation.  L'établissement du corpus fait suite aux deux pages (la première tranche) consacrées au rôle potentiel de la dénotation dans le modèle sémiocognitif de la théorie des opérations sémantiques et dans la théorie proprement dite.

Il importe de signaler le caractère éminemment spéculatif des considérations relatives à la question.  Ainsi l'application stricte de la catégorie notionnelle (référent non matériel) enlève à Napoléon une part de sa réalité.  Aussi strictement, l'exemple que donne Lexis pour ‘conquérir’ comporte des absents.  π « Le [Mont Everest] a été [conquis]ℕ/℟ en 1953 par une [[expédition] [britannique]] ».  Sauf à multiplier les étiquettes, on est obligé de considérer l'inactuel (le futur comme le passé) comme notionnel, minimalement.  Voir remarque 84').  —  Moins encore que dans la première tranche, il ne s'agit ici de véritables analyses sémantiques des phrases ni de leurs « membres ».  L'examen du corpus cherche à déterminer la proportion relative des notions opératoires principales, la dénotation et le sens.  La dénotation, si elle est partie intégrante de la référence comme extension, n'en est pas moins extérieure à la sémiosis, comme l'indiquait Josette Rey-Debove.  Le nouveau voisin monté sur sa motoneige pétaradante qui me dit :  « je suis chez moi ici » montre bien le côté primitif de la dénotation que Jakobson ne pouvait constater avec la même acuité à propos des shifters.

Il en résulte que toute indication est susceptible de changer et rien dans ce corpus n'est résolument fixe, à l'exception des phrases retenues aux fins d'examen.

Comme il ne s'agit pas de grammaire ni de syntaxe, la plupart des phrases suivent le schéma SVO [sujet-verbe-objet →la pomme de terre contient une forte proportion de fécule] ;  il s'agit généralement d'exemples ou, plus rarement, de citations de dictionnaires.  On ne s'étonnera pas que j'aie mis largement à contribution, mais pas seulement, mon vieil ami le Petit Larousse illustré de 1918, dont la couverture porte l'illustration dans le style de Mucha.

La contrainte de ce type de phrases tient également au fait qu'elles se cantonnent trop souvent dans la forme « x est un y » ou sa variante « xx est l'y de z ».  Comme je n'ai pas encore établi de limite matérielle au nombre d'exemples, à partir du numéro 100), je puiserai également dans le PL 82 et le Robert électronique, quitte à retoucher les tournures, ainsi de « auteur qui illustre son pays par ses ouvrages » faire « Cet auteur illustre son pays par ses ouvrages. »

L'« analyse » à laquelle la phrase est soumise consiste donc à déterminer quel est le rapport sémiotique (plutôt que l'apport) de ses « parties », celles-ci étant le plus souvent les parties du discours considérées comme des unités lexicales (mots pleins plutôt que mots-outils) :  nom (commun) [si le nom propre est fréquent dans les exemples du PL 1918, j'en ai limité le nombre], verbe, adverbe, adjectif.  Par rapport sémiotique, on entend ici les relations qui se manifestent dans un modèle comme celui (sémiocognitif) de la théorie des opérations sémantiques, dont je donne deux versions (avant et après l'introduction de la dénotation comme phénomène cognitif), pour mémoire : 

Avant
modèle 1995


Par « introduction de la dénotation », il faut entendre sa prise en compte comme partie prenante du processus et non son absence, car la modélisation à laquelle procède le sujet dans le premier modèle ci-dessus forme une chaîne référentielle :  discours-coordonnées-référence-référentiel.  Si le modèle-cadre est encore taxonomique avec sa tripartition « sémantisation-modélisation-sémiotisation », le modèle 2010 est nettement plus opératoire.  La couleur commune de la référence de l'un et des opérations de l'autre n'a cependant pas d'incidence théorique.  La première conséquence du refus de la contradiction que présente la dénotation comme sémantique consiste à admettre une opération dénotative en alternance avec une opération sémantique et à minimiser l'dée d'une succession absolue du sens à la référence.  Le référentiel demeure.  Le remaniement du modèle permet ainsi d'envisager la constitution d'un référentiel donné alors même que peuvent avoir lieu les opérations sémantiques.  Pour une discussion des modèles sémiocognitifs à partir du modèle de reconnaissance du processus de lecture (1979), on peut se reporter au chapitre 7 du dernier ouvrage « De l'inférence sémantique ».

Après
modèle 2010


Les symboles adoptés dans l'examen correspondent partiellement aux schémas ci-dessous :  du premier (à gauche) sont exclues (voir le troisième graphique, modèle réduit) la dénotation proprement dite (niveau 1 au bas du graphique, avec le syntagme) et les représentations cognitives (le référent « interne » — dernier « niveau » des représentations avec l'intervention de la signification Σ), ainsi que deux « mécanismes » de polysémie/polydénotation (redirection et indirection) ;  du second (à droite), surnommé « sagittal situationnel », viennent les catégories ou coordonnées [circonstances] cognitives sollicitées par la phrase.  Elles ne seront indiquées avec précision que si leur rôle le justifie.


de la dénotation au sens  sagittal.png

Le sagittal référentiel a évolué au cours de l'étude et se présente désormais assez chargé : 


sagisit.png

Le schéma retenu pour l'examen du corpus exclut donc les représentations internes que se fait l'interprète et ici la fonction dénotative proprement dite (qui dans le modèle général [2010 ci-dessus] se présente potentiellement en deux temps :  avec la dénotation et après le sens si de celui-ci dérive une référence) ;  le modèle réduit connaît deux versions (la seconde rappelle les étapes internes à la dénotation, sans impact direct sur le découpage analytique et le balisage) : 

modèle réduit/modèle dénotation-sens
modèle réduit dénotation-sens  modèle dénotation-sens


Voici les symboles et leur légende (repris dans un tableau qu'on trouvera au bas de chaque page du corpus).  Κ pour les catégories du sagittal situationnel, précisions éventuelles entre [crochets], soit ‘jamais’ → jamais-Κ[temps] ;  ℝ pour le référent matériel de la dénotation, soit ‘pomme de terre’ → [pomme de terre] ;  ℕ pour le référent notionnel, soit ‘fausseté’ → fausseté-ℕ et ℟ pour le sens, ‘farouche’ dans « naturel farouche » → farouche-℟ ;  la flèche vers le haut, ⇑, signale un déictique, dont la fonction est de désigner, fonction qui s'inscrit à l'intérieur de la classe de la dénotation, soit ‘le’ dans « le coup fatal » → [le]⇑, par opposition à ‘la’ dans « danser la farandole » ;  on peut envisager un dernier rapport, classé justement sous le chef de relations, qui apparaissent à la droite du tableau des symboles au bas de la page  —  le symbole est celui de la relation indifférenciée avec entre crochets la valeur, qu'illustre le possessif dans l'exemple 0') :  ℛ[∈], relation[appartenance].  Pour ne gêner ni la lecture ni la compréhension les phrases-exemples seront dédoublées  —  une première forme sans symboles, suivie de l'analyse, marquée ' (prime).  Les chevrons invertis  —  >...< —  qui introduisaient une description plutôt qu'une définition, lorsqu'il s'agit d'une dénotation matérielle, sont remplacés par les triangles couchés que l'on voit ici ⊲...⊳.  Cela malgré le même signe ≝ ;  l'alternance de ≝ et = n'a pas dans le corpus de portée théorique ou de méthode.

Les résultats de « l'analyse » peuvent eux-mêmes se présenter sous deux formes complémentaires, illustrées conjointement dans l'exemple 0) : 


0)  on m'a escamoté ma montre

0')  on-⇑ [m']⇑ a-Κ[temps] [escamoté] [ma]ℛ[∈] montre-ℝ


mise au point

Je me proposais de faire le point à mi-chemin dans le premier passage consistant à baliser les phrases-exemples du corpus, c'est-à-dire entre l'exemple 100) et 101).  Est-ce le caractère laborieux et indécis du processus ou son aspect répétitif, je n'ai pu me dégager du balisage proprement dit pour essayer d'en tirer un quelconque enseignement que vers la fin du premier passage (une vingtaine de phrases avant la fin du corpus).  Il est alors apparu que la dénotation matérielle n'était pas « automatique » et qu'elle dépendait souvent de la désignation, mais comme c'est souvent le cas avec les éléments linguistiques, la désignation n'est pas plus automatiquement ni systématiquement assurée.  ‘les’ devant ‘peines’ n'a pas plus de capacité de désignation que ‘ses’ devant le même mot.  Cela tient au fait que le pluriel est souvent l'expression d'une généralité.  Il en ira différemment si ‘peines’ est suivi d'une relative :  « les peines qu'on ne m'a pas épargnées », « qui ne m'ont pas été épargnées ».

Je me suis efforcé, dans un premier passage, à ne pas privilégier la catégorie du sens, marquée par ℟ ici, pour essayer d'être le plus neutre possible.  Mais avec le second passage, il a fallu trancher et marquer le plus clairement possible les distinctions à faire entre la dénotation « dure » (à référent matériel) et la dénotation « molle » (à référent notionnel) et à l'intérieur de cette dernière ce qui est d'emblée du domaine du sens et ce qui reste des « objets abstraits ».  Assez paradoxalement, c'est sans doute la signification (au sens où elle est entendue dans la théorie des opérations sémantiques, donc distincte du sens) qui devrait faciliter la transition en faisant intervenir l'axiologie et la doxologie sinon l'idéologie.  Dans la grille des critères, qui continue d'évoluer, cela met en cause les pôles idée-jugement-affectivité, en haut à droite.

La grille qui suit se borne à faciliter la deuxième phase du balisage, à partir d'un noyau de quatre notions (« thèmes ») dont la première forme apparaît entre le balisage 178') et l'exemple 179).


cat.png


Comme on glisse une lentille colorée sur l'objectif d'un appareil-photo classique, il faut faire intervenir le critère ultime de la dénotation, c'est-à-dire sa place dans le temps (à défaut de pouvoir parler de « chronicité »).  Cette relativisation de la dénotation m'a frappé au cours des orages qui ont marqué le mois de juillet (2010).  D'un point de vue sémiocognitif, comme celui de la théorie des opérations sémantiques, il faut en effet distinguer « l'orage qui éclate » de « l'orage d'hier soir » et de « celui qu'on donne en prévision pour mercredi » (qui se dit si l'on n'est pas mercredi).  J'ai déjà abordé brièvement cette question à propos des référents dans l'Essai (le tableau qui conclut la section à laquelle renvoie le lien), mais ici je propose un regroupement moins ambitieux, destiné uniquement à modaliser la dénotation et sa désignation concurrente.  Soit le petit graphique suivant, développant l'axe chronologique : 

axe chronologique
cat4.png


L'exemple 00) Anne de Beaujeau était la sœur de Charles VIII est d'emblée historique ce qui rend sa dénotation notionnelle, comme serait celle d'une définition lexicographique commençant par « autrefois » ou comportant l'indication au moyen âge.  Un exemple comme celui-ci x2), tiré du PL 1996, est abstrait :  π Défrayer la chronique locale.  Les trois autres « temps » se passent de commentaire :  antérieur (futur), actuel (présent ou concurrent) et anticipé (futur).  L'axe chronologique sera signalé par X4.  Ces notions chronologiques ne se limitent pas aux verbes (cf. la Chute de l'Empire romain).

premier et second noyaux
ipac.png  ipac2.png

Pour tenter d'atteindre une plus grande précision dans la déternination des balises, les critères d'abord agglutinés autour du premier et du second noyaux (ci-dessus), peuvent en être désolidarisés pour permettre de mieux cerner l'incidence de la dénotation dans une phrase.  La première série est axée sur l'action (nom & verbe), ce qui se produit, l'acte, l'état et le devenir.  La capacité et le résultat sont les deux temps, antérieur et postérieur, de l'action.  Soit l'habitude, comme exemple de capacité et la cicatrice comme résultat.  L'état est l'absence d'action et le devenir (ou je vois mieux le procès) l'action entre deux états, c'est-à-dire la transition.  On peut également faire intervenir les « circonstances » du sagittal situationnel.  L'axe du procès sera signalé par X1.

X1
cat1.png


La dénotation proprement dite est axée autour de l'être (n.), regroupant la chose et l'animé (rendu ici par personne, mais valable pour l'animal) ;  tout être peut envisagé (en général) comme nom-de-classe (le mouton ou les moutons) ou par désignation comme individu (le ou ce mouton, effet également partiellement atteint avec l'article indéfini :  un mouton, indéfini, comme son nom [pardon, son adjectif] l'indique).  Les choses sont de deux ordres :  objet ou phénomène, se présentant sous forme de classe, ou plutôt d'ensemble, si l'on veut conserver à la classe son caractère abstrait.  L'axe de « l'être », dénomination prétentieuse, mais difficile à contourner, sera signalé par X2.

X2
cat2.png


Les objets notionnels (si l'on admet une dénotation notionnelle, c'est-à-dire abstraite [cf. indu, « contre la règle »]) sont regroupés avec les phénomènes subjectifs autour de l'idée, au sens large et courant que signale le Petit Robert :  « Toute représentation élaborée par la pensée (qu'il existe ou non un objet qui lui corresponde) », mais qui recoupe l'acception qui le précède dans la même source :  « représentation abstraite et générale d'un être, d'une manière d'être, ou d'un rapport », que je n'attribue pas nécessairement à « l'entendement » comme le font les lexicographes.  Le schéma est assez explicite, après quelques tâtonnements, relativement aux termes à retenir pour le « subjectif psychologique » et l'« opinion ».  L'axe de l'abstraction/subjectif sera signalé par X3, si besoin est.

X3
cat3.png


La présence de sept éléments dans les trois axes de critères est absolument fortuit, même si la grille de départ comporte vingt-et-un éléments.  Il était possible plaquer le couple classe-individu sur X3, comme il reproduit déjà le couple objet-phénomène, mais il n'appartiendrait en propre qu'à l'abstraction.  Dans l'affectivité, point et dans le jugement, il serait en conflit interne au lieu d'être dans un rapport solidaire et analytique.  Arrivé à la fin du deuxième passage et balisage, je suis revenu sur cette question et j'ai proposé un cinquième « axe » (ou réseau d'axes) qui serait celui du sens.  La réunion des quatre axes originaux donne le graphique suivant : 


quatre axes
axescat.png


On peut les disposer en carré : 


axescrit.png



Découpage analytique et balisage


Le critère que l'on peut retenir pour distinguer la dénotation à référent matériel de la dénotation à référent notionnel consiste à déterminer si l'on a affaire à une description ou à une définition quand on aborde l'article de dictionnaire qui est consacré au mot sous la loupe.  Avec ‘fécule’, dans le PL 1982, il n'y a pas de doute.


1)  la pomme de terre contient une forte proportion de fécule

1')  la [pomme de terre] [contient] une [forte] [proportion] de [fécule]

rem  —  ‘pomme de terre’ est une redirection dénotant le tubercule.  ‘proportion’ et ‘contenir’ méritent un nouvel examen. 

rem bis  —  Le TLF fait de ‘contenir’ une capacité (axe 1) ;  mais ‘proportion’ reste notionnel (rapport abstrait).  Si l'on applique la grille des « temps », on est obligé de transformer le ℝ de ‘pomme de terre’ en ℕ, si la ‘pomme de terre’ en question n'est pas actuelle ou concurrente de l'énoncé.  Les changements seront introduits par la couleur rouge, soit ℝ → .

rem ter  —  Il ne s'agit pas de prétendre voir un sens là où il est clair qu'il y a dénotation, comme ici on est en face de la classe des pommes de terre.  Toutefois, entre le référent notionnel de la pomme de terre et le sens, il n'y aurait que l'ordre des opérations qui intervienne si ce référent notionnel pouvait se substituer à la forme qu'il permet d'interpréter (c'est la contrainte de la valeur sémantique).  Référence-Sens, Sens-Référence.  C'est la non substitution qui maintient donc la frontière que les deux modèles réduits présentés plus haut tendaient à doter d'une interconnexion.  Les modèles en question omettent le niveau de la représentation cognitive, car c'est celle du référentiel et celui-ci varie plus en fonction des sujets que formes perçues, mais on peut envisager le cas où le référent (matériel ou notionnel) serait absent, comme l'illustre les figures de la page suivante.


Dans ce dernier examen du corpus, sauf exception, il s'agit de « classer » approximativement (les points de vue peuvent différer) les exemples retenus dans le corpus dans l'une des trois catégorie suivantes :  tendant vers la dénotation, mixte, tendant vers le sens, ceci en tenant compte des proportions.


2)  la faune australienne est caractérisée par les marsupiaux

2')  la faune-ℕ australienne-ℝ [est caractérisée]ℕ ⋁ ℟ par-Κ[moyen] les-⇑ marsupiaux-ℝ

rem  —  PL 82 :  difficile de trancher entre ≝ définir par un caractère distinctif ⋁ constituer le caractère essentiel de qqn, qqch ;  cf. π la franchise le caractériseil se distingue par sa franchise.  L'adjectif relatif à un pays (forme d'adjectif relationnel) est notionnel plutôt que matériel.  L'application de l'axe chronologique (grille des temps) permet également de déterminer que les ‘marsupiaux’ ne sont pas présents.

rem bis  —  Toutefois ‘continental’ serait plus matériel que notionnel, malgré son explication « notionnelle », c'est-à-dire {relatif aux ⊲continents⊳}.


3)  la fauvette chante agréablement

3')  [la]⇑ [fauvette]ℝ [chante]ℝ [agréablement]Κ[manière]

rem  —  La modification est égalment sans surprise ici.  Ce serait différent avec cette fauvette ou la fauvette que voilà.


4)  on n'y voit goutte

4')  on-⇑ [n'y voit goutte]℟

rem  —  Il s'agit d'un paramètre [φ] et donc d'une unité.  Le Petit Robert maintient la dénotation du verbe ‘voir’ et signale un équivalent pour l'ouïe mais qui porte sur la compréhension (très ancienne redirection).  « N'y voir goutte = ne rien voir du tout.  ‘n'y entendre goutte’ = ne rien comprendre (cf. pas du tout). »  On peut se demander si le ‘voir’ n'a pas d'emploi semblable.  Plus prudent, le PL 82, note la construction sous la forme ‘ne ⊥ goutte’ ≝ ne ⊥ rien, aucunement. et les formes avec verbe sont des exemples :  ne voir, n'entendre goutte, par tradition puisque le PL 1918 en donne le canevas avec le sens {pas du tout}.

rem bis  —  ‘⊥’ signale le point d'insertion (équivalent d'une variable).  Exceptionnellement, dans les pages du corpus le signe ‘=’ sera employé alternativement avec le signe ≝, la question de la dénotation posant celle d'une véritable définition (dans la tradition aristotélicienne, GP et DS — genre prochain & différence spécifique).


5)  À la griffe on reconnaît le lion

5')  [À la griffe on reconnaît le lion]℟

rem  —  C'est également le cas, ici, de la classe des proverbes (ou maximes) :  ex ungue leonem ≝ à certains traits on reconnaît le grand artiste.  Ce ne sont pas seulement des paramètres lexicaux (ou discursifs), mais nettement culturel et marqué du triple sceau de la signification (axiologique, doxologique, idéologique).


6)  les peines que cela m'a coûtées !

6')  [les]⇑ [peines]-ℕ que [cela]ℝ[␏] [m']Κ[agent] [a]Κ[temps] [coûtées]-ℝ

rem  —  Redirection notionnelle au moins, avec deux acceptions possibles :  douleur morale ⋁ {travail | fatigue | effort}, où les valeurs ne sont pas d'égal statut.  Le PL 82 qui sert ici d'interprète donne une phrase-exemple dans le même style :  π les efforts que ce travail m'a coûtés ;  voir π 28).  ␏ est le symbole de la situation, dans l'inventaire des conditions.

rem bis  —  Le signe ℟ est celui de l'indirection, ou, ici même, celui qui marque le caractère indubitablement sémantique de l'unité entre guillemets simples, ‘coûter’.  ≝ [TLF, au fig.] {nécessiter la réalisation d'une chose difficile et/ou désagréable}.


7)  les avantages de la liberté contre-balancent ses inconvénients

7')  [les]⇑ avantages- de la liberté-ℝ ⋁ contre-balancent-ℕ ⋁ ℟ ⇦[ses] inconvénients-ℕ[Κ[résultat]]

rem  —  ‘liberté’, outre sa polysémie, pose un problème car même si c'est une notion, elle peut avoir un référent situationnel [représenté] (peut-être imaginaire ou imaginé), surtout par opposition à ‘servitude’.  résultat est à prendre au sens de [≍] {conséquence}.  Note :  le PL 82 orthographie contrebalancer.  TLF ‘avantage’ {tout ce qui apporte un bien, un plaisir ou un profit}.

rem bis  —  [TLF] ‘apporter’ lui-même n'est pas dénotatif le bien procuré est notionnel, comme l'est l'action elle-même {faire obtenir}.  ‘inconvénient’ = {désavantage attaché à une chose qui peut cependant présenter un aspect plus avantageux}.


8)  cette ville est le boulevard de l'Italie

8')  [cette]⇑ [ville]ℝ [est]Κ[état] le [boulevard]ℝ de l'[Italie]ℝ

rem  —  ‘boulevard’ est une acception ancienne que le Petit Robert ne signale que dans l'étymologie, ≍ [rempart].  Le verbe ‘être’ est défini linguistiquement comme pouvant indiquer une identité, mais le sagittal des relations ne reconnaît que l'équivalence :  on peut lui donner un rôle prédicatif, ∋.  Le classement de ‘boulevard’ correspond à la description :  « ville qui défend l'accès à l'Italie » ↺ « son rempart ».

rem bis  —  Avec le démonstratif, ‘ville’ reste un référent matériel, dans l'état du contexte, mais l'axe chronologique doit être X4abstrait pour garder sa cohérence avec le temps verbal.  Par contre, la balise d'Italie basculer dans l'X3 :  abstrait.


9)  une partie des écrits de Cicéron est perdue

9')  une [partie]ℕ des [écrits]ℝ/ de [Cicéron]ℝ [est]Κ[état] X4[abstrait] [perdue]℟

rem  —  La balise de ‘perdu’ doit être rectifiée, d'après le TLF {Dont on n'est plus en mesure de préciser la localisation}, mais celle d'écrits devient mixte, à la lecture de la citation 4.a)7 du dictionnaire.


10)  les mauvais traitements abalourdissent un enfant

10')  les-⇑ mauvais-ℕ traitements-Κ[manière-action] abalourdissent-ℕ/ un-⇑désignation indéfinie enfant-ℝ

rem  —  Le syntagme ‘mauvais traitements’ ≍ {sévices} forme naturellement une unité (un paramètre).  On pourrait faire basculer ‘abalourdir’ (s'il était encore dans l'usage) dans le domaine du sens, mais il faut noter que la définition comporte un verbe d'action (exprimant la causation) et une notion potentiellement dénotative :  qqn.  C'est une question à creuser.  Optons pour mixte :  ℕ/ℝ.

rem bis  —  Le TLF ne permet pas de doute pour ‘traitement’ = ⊲manière d'agir avec quelqu'un⊳, et la redirection est matérielle :  ⊲acte manifestant ce comportement⊳.  Le choix des signes utilisés pour distinguer la description dénotative de la définition notionnelle ou sémantique s'était d'abord porté sur les chevrons inversés ou invertis, >...<, mais la solution ne me satisfaisait pas :  j'ai finalement opté pour ces triangles couchés que l'on voit ici.


11)  Descartes, abstraction faite de son fameux système des tourbillons, fut un grand philosophe

11')  [Descartes], [abstraction faite de] ⇦[son] [fameux]ℕ → ℟ [[système] des [tourbillons]]Σ X3[imaginaire], [fut]ℛ[∋] un [[grand]Σ [philosophe]]Σ X3[jugement]

rem  —  L'anaphorique peut comporter une information :  on considérera ici qu'il s'agit également d'une indication de paternité.  ‘fameux’ a pour la paraphrase possible ℘ tristement célèbre.  Cf. ces citations, empruntées au TLF :  « "Descartes expliquait le système du monde par l'hypothèse syllogistique des tourbillons"  (Proudhon, Créat. ordre, 1843, p. 110).  « Il cite avec éloge (...) L. M. Salentin, qui tentait de faire renaître la doctrine des tourbillons de Descartes »  (Queneau, Enf. du limon, 1938, p. 148). »  le syntagme ‘système des tourbillons’ est marqué exceptionnellement du symbole de la signification, Σ, qui, dans la théorie des opérations sémantiques, s'étend aux domaines de la sémantique du jugement.  Cette balise qui n'était pas prévue s'impose en raison de la fréquence de la notion d'appréciation (opinion), en plus et séparément de la catégorie grammaticale de l'adjectif.

rem bis  —  Les tourbillons n'ayant existé que dans la tête de ce pauvre Descartes, on les modifie et l'appréciation s'ajoute à ‘grand’, qu'on pourrait très bien marquer par la quantité du sagittal situationnel.


Comme ils sont répétitifs et fréquents, les déictiques et les anaphoriques (⇑, ⇦) seront négligés à partir de ce point, sauf exception digne de remarque.  —  Je signale à tout hasard que l'information que donnent les phrases date à plus d'un titre, comme la plupart des exemples viennent jusqu'à présent du Petit Larousse illustré de 1918.


12)  la barre de l'Adour rend difficile l'accès du port de Bayonne

12')  la barre-ℝ de l'Adour-ℝ rend-Κcause-action difficile-℟ l'accès-ℕ du port-ℝ de Bayonne-ℝ

rem  —  Même dans ce domaine, ‘barre’ dénomme deux choses différentes, élévation du fond fluvial ou marin et déferlement en raison des hauts fonds, le premier produisant le second sans doute, bien que le mascaret provienne de la rencontre du flux et du reflux.  ‘accès’ doit changer de balise, comme l'indique la description du TLF = ⊲action ou possibilité d'accéder⊳, qui selon l'axe 1, X1 correspond à la capacité, distincte de la possibilité du sagittal référentiel.


13)  Cuvier a renouvelé la zoologie

13')  [Cuvier] [a [renouvelé]ℕ ⋁ ℟]X3[jugement] [la [zoologie]]X3[abstrait]

rem  —  ‘renouveler’ correspond à la quatrième acception du PL 82 ≝ {rendre nouveau en transformant}.  On peut considérer que si la première acception est déjà une substitution, à cheval entre le référent matériel et notionnel, la quatrième pourrait être un sens, les paradigmes de II et III étant, promesse et contrat.  —  Le TLF donne, pour renouveler ≝ ⊲Donner un aspect neuf, original à quelque chose⊳.


14)  les Égyptiens pratiquaient la zoolâtrie

14')  les Égyptiens-ℝ pratiquaient-ℕ la zoolâtrie-ℕ

rem  —  On « rend un culte » d'après mes deux Larousse à 64 ans d'intervalle, mais ni l'un ni l'autre ne donne d'acception satisfaisante à ‘rendre’.  J'hésite à m'en remettre au TLF qui ne connaît pas la ‘barre d'eau’.  Omission peu banale pour un dictionnaire qui voulait embrasser les deux siècles.  J'aurais dû m'en douter même si je n'ai pas encore une très grande expérience dans sa fréquentation ;  rien de ce qui est religieux ne nous est étranger  —  À preuve :  « Rendre un culte.  Honorer d'un culte.  Insensés et criminels sont aussi ceux qui tiennent pour des dieux, des idoles insensibles, façonnées de main d'homme, ou rendent un culte aux animaux  (Théol. cath. t. 4, 1 1920, p. 1015). »  C'est le Robert qui rend les armes.

rem bis  —  L'application de l'axe chrono (X4) met dans la même ligne l'historique, l'imaginaire et l'abstrait.  On privera donc ‘pratiquer’ de sa référence.


15)  l'impression xylographique en Europe remonte au XIIe siècle

15')  l'[impression]ℝ [xylographique]ℕℝ en [Europe]ℝ [remonte]℟ au XIIe [siècle]ℕΚ[temps]

rem  —  Le sens de ‘remonter à’ donne deux indices importants :  la possibilité de substitution (un équivalent) et la richesse des paraphrases.  Là, le Petit Robert n'a pas flanché.  ‘xylographique’ est un adjectif relationnel, faisant le pont entre la propriété et la dénotation.   —  Il m'est toutefois impossible de m'assurer qu'elle est encore une réalité, métitant la balise ℝ.  Le TLF suit la xylographie jusqu'à l'aube du XXe siècle.


16)  le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable

16')  le vrai-ℕ peut-ℕ Κ[possibilité] quelquefois-Κ[temps] n'être-ℛ[∋] pas-ℛ vraisemblable-

rem  —  Le PR attribue la phrase à Boileau.  L'axe X1 permet de situer le verbe dans la capacité d'état comme procès.


17)  les crocodiles sont peu vulnérables

17')  les [crocodiles][classe] [sont] [peu] [vulnérables]

rem  —  Le PR fait une distinction concret-abstrait pour vulnérable, mais ce n'est pas tant que la deuxième acception soit notionnelle qui frappe, c'est l'exemple donné :  Être vulnérable aux attaques de qqn. et « Sa jeunesse, son inexpérience [...] la rendaient vulnérable »  (Beauvoir) où ‘vulnérable’ a le sens de {sensible} ⋁ {donner prise à} (soit ℟).

rem bis  —  Le référent est général.  Son attribut également.  Toutefois leur impact est nul, car ni le crocodile ni son peu de vulnérabilité ne sont abstraites ou sémantiques.


18)  Louis XVI ordonna l'abolition de la torture

18')  [Louis XVI] ordonna-ℕ l'abolition-ℕ de la torture-ℝ

rem  —  Dans « dans les tortures de l'absence » il s'agit d'un sens, comme dans les expressions comportant ‘instruments de torture’ où la référence est absente (comme le corset pour George Sand.  ‘ordonner’ et ‘abolir’ sont socialement des dénotations [affectant le réel], mais ils dont définis plutôt que décrits.

[bis]  La citation d'Alphose Karr est plus utile que celle de Mallarmé, qui n'a ni dénotation ni sens :  « Aboli bibelot d'inanité sonore » (Mallarmé) ≠ « Si l'on veut abolir la peine de mort, en ce cas que messieurs les assassins commencent » (A. Karr).  Je ne reprendrai pas la discussion du sens et de la référence dans les termes de Frege avec Louis XIV et le Roi-Soleil.  Il s'agit de référence dans les deux cas, comme dans l'étoile du berger et Vénus.

rem ter  —  Il faut croire que Louis XVI ordonna l'abolition de la torture (appelée semble-t-il torture légale) dans cette acception précise : ⊲Sanction corporelle très grave, pouvant entraîner la mort, qui était infligée par des tribunaux laïques ou religieux soit pour obtenir des révélations, soit en guise de punition⊳ [TLF].  L'autre torture (ℝ) ne peut passer dans l'historique de l'axe chronologique, soit ≝ ⊲Souffrance physique intense infligée à quelqu'un⊳.


19)  la vie est mêlée de miel et d'absinthe

19')  la vie-ℕ X4abstrait est mêlée-ℕ de miel-℟ et d'absinthe-℟

rem  —  ‘mêler’ (rare en emploi concret) ⊲unir, mettre ensemble (plusieurs choses différentes) de manière à former un tout⊳, précise le PR.  Comme ici — dans cette étude — il n'y a pas « d'emploi concret » mais dénotatif à référement matériel, on considère que le référent est notionnel (la définition est alors ≝ réunir, selon le même dictionnaire [comme il est électronique, je peux m'en servir sans source d'éclairage à part celle du clavier, par cette canicule].  L'absinthe n'a pas de métaphore répertoriée et demande donc une inférence avec la condition niant la référence pour sa valeur et cela à partir d'une de ses propriétés, opposée à celle, reconnue, du miel.

rem bis  —  Il ne s'agit pas pour ‘vie’ de ⊲ensemble des phénomènes et des fonctions essentielles se manifestant de la naissance à la mort et caractérisant les êtres vivants⊳ axe X2 (l'être) [phénomène].  ‘vie’ (toujours le TLF) ≝ ⊲existence envisagée dans sa durée totale⊳ ou ⊲période allant de la naissance à la mort d'un être vivant⊳.  Rappel de X4 (axe chronologique) : 

axe 4
cat4.png


20)  il est survenu un accroc dans cette affaire

20')  [il] est [survenu] un [accroc] dans [cette]⇦ [affaire]

rem  —  ‘survenir’ reçoir la valeur {arriver}.  ‘accroc’, ≝ ⊲difficulté qui arrête, [⋁] incident qui a des conséquences malheureuses⊳.  Si l'on retient la valeur de {ensemble de faits} que propose le PR, « l'état de choses » perd sa dénotation singulière, sauf à devenir scandale ou événement, mais la perception qu'on s'en fait est alors également notionnelle (subjective [jugement-affectivité], cf. X3, axe de l'abstraction, que je rappelle : ).

axe 3
cat3.png

rem bis  —  Le temps de ‘survenir’ est, selon l'axe chrono [X4], antérieur, sans détermination dans le sens de la dénotation ou du sens.  « S'il survient » serait [anticipé/abstrait].


21)  l'aconitine est un poison très violent

21')  l'aconitine-ℝ est-ℛ[] un poison-ℝ/ℕ très-° Κ[quantité] violent-℟

rem  —  Le symbole ‘°’ indique qu'il s'agit d'un de ces classiques degrés de signification (plus, moins, autant ;  très, peu, etc, qu'on peut rendre aussi par Κ[quantité], intensifs-comparatifs.  ‘poison’ est défini comme substance, mais ses propriétés sont abstraites dans l'explication qui est donnée (PR).  ‘poison violent’ est classé parmi « (des forces matérielles, naturelles) » par le Robert.  Mais le texte de la description/définition est le suivant :  [poison] « capable de troubler gravement ou d'interrompre les fonctions vitales d'un organisme, utilisée pour donner la mort. »

rem bis  —  Naturellement, je ne prétends pas qu'une notion empoisonne « au sens propre », mais on a ici une incertitude entre la classe et l'individu (la désignation n'étant pas claire).  Cf. X2 : 

axe 2
cat2.png


22)  il n'y a pas de rose sans épines

22')  [il n'y a pas]Κ[état] être[objet] de [rose] [sans]ℛ[Κ[accompagnement]] [épines]

rem  —  ‘il y a’ = il existe ≝[PR] « servant à présenter une chose comme existant ».  ‘rose’ renvoie à ‘épine’ qui renvoie à ‘médaille/revers’ :  toute joie comporte une peine (cf. Toute médaille a son revers).  La marque LOC. du dictionnaire en fait un paramètre φ où la proposition reçoit ce qui peut passer pour le sens d'une phrase (à la façon d'une unité lexicale cependant), mais comme elle doit être analysée à son tour, ayant la forme d'une phrase, on peut la reporter à la fin de la série [201)].

[bis]  Comme l'avait vu l'écrivain Jean Paulhan à qui j'ai emprunté l'expression de paramètre, il s'agit de constantes du discours, comme le montre l'expansion qu'en tire le moraliste Joubert (cité dans le PR) :  « Au lieu de me plaindre de ce que la rose a des épines, je me félicite de ce que l'épine est surmontée de roses. »  Ce sont ici de fausses épines et de fausses roses, car dans mon expérience superficielle le rapport n'est pas épine (1) et roses (+1).

rem bis  —  ≝ [TLF] {toute chose a son mauvais côté, son aspect désagréable}, pour π toute médaille a son revers.


23)  l'égoïste ne voudrait s'affecter de rien, et tout l'affecte

23')  l'égoïste-ℕ Σ ne voudrait-℟ X3[affectivité] s'affecter-℟ X1[état] de rien-ℕ Κ[quantité], et tout-ℕ Κ[quantité] l'Κ[patient] affecte-℟ X1[action]

rem  —  ‘affecter’ a le sens de ‘toucher’, mais comme lui n'a pas ici la dénotation matérielle qu'aurait « la balle l'a touché à l'épaule » ou « sa tête touche le plafond ».

rem bis  —  ‘égoïste’ [TLF] = ⊲qui n'est occupé que par son intérêt ou son plaisir propre⊳.  ‘vouloir’ [id.] ≝ ⊲avoir la ferme intention, le souhait, le désir de⊳.  ‘affecter’ [id.] ≝ ⊲produire un effet de nature physique, [⋁ produire un effet de nature psychique ou morale] faire une impression sur⊳ ;  ‘s'affecter’ [id.] = ⊲se laisser gagner par un sentiment pénible⊳.


24)  toute vérité a deux visages

24')  [toute] [vérité] a [deux]ℕ/Σ [visages]Σ

rem  —  Aucune forme analogue dans le PR.  Et à ‘visage’, Bossuet est cité :  « Les deux visages de la justice », avec la mention Fig.

rem bis  —  Cf. 22).  Les deux visages sont-ils une allusion à la vérité sortant d'un puits tenant un miroir à la main ?  Je cite in extenso l'alinéa que consacre le TLF à cette duplicité (au mot ‘visage’) :  « Loc. adj. inv., au fig. À deux visages, à double visage. [En parlant d'une pers.] Hypocrite, trompeur, plein de duplicité. Dans toutes les provinces de France, dans tous les villages, dans les villes, il voyait grouiller ces gens à double visage (Aymé, Uranus, 1948, p. 22). [En parlant d'un inanimé abstr.] Vérité à deux visages. Celle qui devait être une si grande reine [Catherine de Médicis] joua le rôle de servante. Elle fit ainsi l'apprentissage de cette politique à deux visages qui fut le secret de sa vie (Balzac, Cather. de Médicis, Introd., 1843, p. 37). »  Cf. 27) rem bis.


25)  la ville débilite

25')  la [ville]ℕ/Κ[lieu] [débilite]/℟

rem  —  ‘ville’ ≝ manière dont on vit/séjour qu'on y fait (redirection) ;  X2 et X3 font de la ville un phénomène subjectif.  Le TLF juxtapose une description dénotative et un exemple « figuré » [℟] :  ⊲rendre débile, affaiblir, diminuer les forces physiques⊳ π L'excès de la jouissance débilite l'imagination  (Camus, Chute, 1956


26)  il y a de l'affinité entre la musique et la peinture

26')  [il y a] de l'[affinité][ℕ/ℛ]℟ Σ [entre] la [musique] et la [peinture]

rem  —  ‘il y a’, voir 22) ;  Le PR parle de la sensibilité de la liaison du rapport qu'est l'affinité, mais les contextes cités sont explicites :  mystérieuses ⊥, sorte d'⊥.  La surcharge dans le balisage peut être remplacé par la notation du sens (indirection :  ℟). Cf. l'intéressante sémiotaxie ‘mettre en musique’ par indirection.  Voir également le présentatif c'est dans 29).

rem bis  —  ‘affinité’ [TLF] = {rapport de nature ou de convenance entre des êtres ou des choses} ;  pour ‘musique’ on retient plutôt ⊲art de s'exprimer par les sons suivant des règles variables selon les époques et les civilisations⊳ que ⊲combinaison harmonieuse ou expressive de sons⊳.  C'est aussi l'art qui est retenu pour la peinture, bien que l'on puisse trouver des analogies entre sons et couleurs, question de tempérament.


27)  ce livre renferme de grandes vérités

27')  ce-⇑ livre-ℕ renferme-ℕ de grandes-℟ Κ[quantité] vérités-ℕ

rem  —  ‘livre’ est une redirection notionnelle.  On comparera à « ce livre comporte 250 pages » ou « ce livre renferme un index détaillé et une table analytique ».

rem bis  —  Le TLF cite Sainte-Beuve dont J'extrais cette saillie :  « il se publie de nos jours bien des volumes; il y a peu de livres ».  ‘refermer’ [TLF] = ⊲contenir en soi, dans un espace, dans un lieu⊳, mais en redirection (au fig., selon le TLF) ⊲avoir en soi, inclure⊳.  ‘vérités’ = ≝ {énoncé conforme à la réalité — vérités constantes et nécessaires au regard des sciences, indépendantes de l'expérience au regard de la logique, reconnues comme provenant de Dieu par les philosophes classiques et par les religieux}.


28)  les efforts que ce travail m'a coûtés (PL 1982)

28')  les [efforts]ℝ/ que ce [travail]ℝ/ m'a [coûtés]

rem  —  Voir π 6).  Cf. « les sommes que cette maison m'a coûté ».  Le balisage de ‘travail’ et ‘effort’ est mixte comme il n'y a pas de situation qui permette d'établir si l'effort est physique non plus que le travail intellectuel.  C'est le verbe qui détermine la valeur des noms en l'absence de contexte étendu.

rem bis  —  Le TLF confirme l'indirection pour ‘coûter’ et une redirection au sein de celle-ci (extension de sens), que je signale :  {nécessiter la réalisation d'une chose difficile et/ou désagréable} et {avoir pour conséquence une chose désagréable, la perte de quelque chose}.  ‘effort’ [TLF] :  « [En parlant de capacités intellectuelles] Un effort de compréhension, d'imagination, d'intelligence, de mémoire, de réflexion »  Pour ‘travail’ on peut retenir la description que le TLF restreint au ⌂ littér. = ⊲ensemble d'activités intellectuelles qui se rapportent à la production d'une ouvre⊳, en concurrence avec la redirection (résultat) ⊲cette ouvre⊳.


29)  c'est sa coutume d'arriver en retard (PL 82)

29')  [c'est]⇑/⇨ sa-⇑ [coutume]ℕ/℟ d'[arriver] [en [retard]]ℕ/Σ

rem  —  Involontairement le PR présente un argument pour la valeur dénotationnelle de ‘en retard’ en marquant un sens figuré plus bas dans l'article.  Le PR présente également comme vieilli ou littéraire le sens {habitude} de ‘coutume’.

rem bis  —  ‘coutume’ [TLF] = ⊲comportement fréquent, répétitif et attendu d'une personne qui le considère comme une quasi obligation⊳ (la redirection se fait à partir de ⊲manière de se comporter, ordinaire et courante, d'un groupe social⊳).  L'acception de ‘arriver’ doit être démêlée dans le TLF, soit ⊲parvenir à l'étape fixée, parvenir à atteindre (qqn) après des difficultés, parvenir à destination⊳.  Le TLF n'a pas plus de chance avec ‘en retard’, qu'il limite à ce traitement :  « En retard. Qui reste à faire, qu'il faut ou faudrait accomplir, rattraper. Avoir du courrier en retard. J'ai des notes en retard chez le boucher, chez l'épicier (Mauriac, Noud vip., 1932, p. 193). J'ai tellement envie de dormir et tellement de sommeil en retard (Sartre, Nausée, 1938, p. 15). »  Il est presque préférable de se servir du sens étendu due ‘en retard sur’ = {fait qu'un courant de pensée ou son expression sont dépassés}. π Être en retard sur son époque.  Finalement, on le trouve tout jsute sous Retard sur (en gras) :  (mais arriver est en retard « ? En retard. Après l'heure ou le moment fixé. ∥ Loc. adv. Être, mettre, se mettre en retard. Le ton est d'arriver en avance à l'église et en retard au théâtre (Péladan, Vice supr., 1884, p. 221). Ils étaient en retard pour l'usine (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 262).  »


30)  on nomme l'aï paresseux à cause de la lenteur de ses mouvements

30')  on-⇑ [nomme]Κ[métalinguistique] ⇑[l']aï-ℝ paresseux [à cause de]Κ[cause] la [lenteur] de ⇦[ses] [mouvements]

rem  —  La flèche ⇦ indique la coréférence (anaphore) qui renvoie à ‘nommer’ ≝ {donner un nom} mérite un examen plus approfondi.  ‘à cause de’ = {du fait de} [TLF] ;  ‘lenteur’ = ⊲manque de rapidité d'une personne, d'un animal à effectuer une action, un mouvement⊳ ;  cf. ‘lent’ = {manque de rapidité d'une personne, d'un animal à effectuer une action, un mouvement} ;  ‘mouvement’ = [mouvement propre à l'animal] ⊲fait de déplacer dans l'espace son corps ou certaines parties de son corps⊳ TLF.

rem bis  —  ‘nom’ [TLF] = ⊲mot ou groupe de mots qui sert à désigner une réalité concrète ou abstraite⊳ ;  ‘nommer’ = ⊲attribuer un nom à quelqu'un, à quelque chose⊳ ;  ‘attribuer’ = ⊲[Le compl. d'obj. dir. désigne une qualité, un défaut, une fonction, une signification, etc.; le suj. lui-même peut désigner, p. méton., une qualité ou un défaut] Considérer, à tort ou à raison, telle qualité, tel défaut comme propre à quelqu'un, à quelque chose; lui supposer telle qualité, tel défaut⊳.  Le singulier de ‘mouvement’ serait d'après le TLF la {faculté de se mouvoir} ⋁ ⊲l'usage que l'on fait de cette faculté⊳.


31)  C'est de l'algèbre pour lui

31')  [C'est]⇑ de l'[algèbre] [pour]Κ[patient] [lui]⇑

rem  —  ‘lui’ → personne de sexe masculin dans la situation de référence.  Cf. le ‘ils’ de la π 33).  Le PR marque le sens :  Fig. et vieilli, avec pour synonymes ⊥ de l'hébreu, ⊥ du chinoisVoir les symboles et notations.


32)  Field a écrit de remarquables nocturnes

32')  [Field] a [écrit]ℕ/℟ de [remarquables]℟/Σ [nocturnes]/ℝ

rem  —  Le PR assure la boucle entre ‘écrire’ et ‘composer’.  ‘nocturne’ en musique a d'abord été dénotatif pour sa relation avec ‘nuit’.  Dans les trois types de morceaux signalés par le TLF, seuls les deux derniers sont nocturne par indirection.  La pièce pour piano « évoquant l'atmosphère de la nuit ».


33)  ils se sont arrogé des pouvoirs excessifs

33')  ils-⇑ se sont arrogé-℟/Σ[ℝ] des pouvoirs-ℕ excessifs-℟/Κ[quantité]

rem  —  Le pouvoir est considéré comme notionnel tant qu'il ne s'exerce pas concrètement :  dans « le pouvoir de vie et de mort » la chose se présente donc différemment, bien qu'il s'agisse toujours d'une forme de potentiel.  Toutefois, dans « le pouvoir en place » il y a redirection avec dénotation matérielle.  ‘s'arroger’ a été vérifié dans Lexis.

rem bis  —  Le contrôle dans le TLF fait pencher la balance dans l'autre sens :  action [souvent intempestive, toujours arbitraire].  La nature notionnelle du référent de ‘pouvoir’ [droit, autorisation faculté légale] est confirmée.  Le contexte n'est pas assez étendu pour déterminer s'il s'agit de {puissance politique}, mais le paradigme est ouvert.  ‘conférer’ s'opposerait doublement à ‘s'arroger’.


34)  les cyclones sont des tourbillons d'un grand rayon

34')  les [cyclones]ℝ/ [sont]ℛ[⇗] des [tourbillons] d'un [grand]℟[ℕ] [rayon]ℕ/⌂[géom.]

rem  —  Le verbe introduit un superordonné (relation), où ‘être’ a un sens dit inclusif.  On peut aussi y voir l'appartenance :  cyclone ∈ tourbillon.

rem bis  —  J'ai écarté l'acception D-1 du TLF ≍ ⊲espace circulaire déterminé⊳, qui est donc synonyme de ‘cercle’.


36)  les lois sont les barrières contre le crime

36')  les lois-ℕ sont les barrières-℟ contre-℟/ℛ[X1/X3-X4] le crime-ℕ/X3[abstrait]

rem  —  ‘barrière’ a, par indirection, le sens d'obstacle.  Il s'agit de la notion de crime (infraction grave) et non d'un crime (homicide), comme dans « le vol semblait le mobile du crime ».

rem bis  —  L'opposition marquée comme indirection est aussi une X1[action] X3/X4[abstraite].  Par contre, le crime est mixte, bien qu'ici il s'agisse de l'idée de crime (X3), correspondant à ‘loi’, encadrée conceptuellement par le « droit universel et immuable » et la « raison naturelle » que cite le Code civil (TLF).


37)  la Grèce fut le berceau de la civilisation

37')  la [Grèce]ℝ/ [fut]X4[historique] le [berceau] de la [civilisation]ℕ/X2-X3[phénomène[abstrait]

rem  —  Lexis apporte une variante, mais dont le temps du verbe ne s'explique pas :  « L'Italie et la Grèce sont le berceau de la civilisation occidentale ».  Ici on doit se méfier de la définition donnée car même si {lieu} est une catégorie du sagittal phrastique, ce qui est donné, c'est le sens après indirection.  On peut donc marquer la catégorie Κ[lieu], mais ce sont le(s) sujet(s) de la phrase qui est/sont le(s) lieu(x) référent(s).  La balise ℕ pour ‘civilisation’ correspondant à l'indication {{phénomène} social} que donne Lexis.

rem bis  —  On ajoutera une balise notionnelle à ‘Grèce’ et une X4 historique au verbe.  La civilisation est mixte, dans le meilleur des cas, en raison de ses vestiges.  L'exemple de Lexis (ci-dessus) témoigne de l'évolution des mentalités.


38)  ce malade est bien mieux

38')  ce-⇑ malade-ℝ est bien-ℕ/Σ mieux-℟/Σ/Κ[quantité]

rem  —  Lexis indique ‘mieux’ = {en meilleur santé}.  L'adverbe ‘bien’ peut aussi avoir trait à la santé en devenant adjectif invariable.  « le malade est bien aujourd'hui ».

rem bis  —  ‘bien’ et ‘mieux’ appartiennent au même paradigme (comparatifs).  ‘bien’ a dans ce syntagme une « valorisation intensive » (TLF).  La balise Σ est l'application de X3 [affectivité ⋁ jugement].


39)  c'est une bibliothèque vivante

39')  c'est une [bibliothèque]℟/X2-X1 [vivante]℟/X2-X3[Σ]

rem  —  On se souviendra que dans le premier schéma complexe de ce que j'avais appelé les parcours lexicaux, figurait en bonne place la notion de syntagmation.  On a ici un bonne exemple du rôle de la syntagmation dans le passage vers le sens.  Naturellement dans une situation sans ambiguïté, le présentatif et le prédicat suffisent, mais ici on voit que le rôle de condition joué par la situation peut l'être par le cooccurrent.  L'effet eût été le même si la phrase avait été :  « cet homme est une véritable bibliothèque ».  L'acception correspondante est absente de Lexis.  Mais ce dictionnaire donne par contre l'expression (paramètre) φ c'est un dictionnaire vivant.

rem bis  —  Le présentatif ‘c'est’ n'a pas besoin de présentation(s).  Le nom et l'adjectif sont des indirections dans le même axe (X2) :  chosepersonne pour le nom et pour l'adjectif, dans le paradigme [personne] le passage à [animé], avec valorisation ;  on peut citer un extrait de la citation que fait le TLF de Valéry :  « On dit d'un livre qu'il est « vivant » quand il est aussi désordonné que la vie (...) ».  X1 signale le procès (devenir).


40)  les veilles prolongées fatiguent l'esprit et le corps

40')  [les veilles-℟/ℛ[↗] prolongées-Κ[temps] fatiguent-ℝ[Κ[action]] l'esprit-ℕ/X3[abstrait] et le corps-ℝ/X2[chose]]X3[jugement]

rem  —  Même au sens d'intellect, ‘esprit’ ne peut être autre que notionnel.  C'est quand on peut substituer ‘personne’ que l'on a une dénotation matérielle (à référent matériel), car rappelons-le, la dénotation reste une opération cognitive ou à tout le moins sémiotique, puisqu'elle établit la classe correspond au mot.  Le verbe ‘fatiguer’ est marqué comme dénotation matérielle, mais c'est l'effet qui a une dénotation (la fatigue), autrement ‘fatiguer’ se paraphrase par {faire éprouver}.  ‘veille’ est un emploi particulier, défini par {nuits sans sommeil} par Lexis et qui « sont consacrées à une occupation, un travail (souvent litt.) ».

rem bis  —  L'autre sens d'esprit auquel je fais allusion est celui des « chaînes » ou de la sématologie (ou de la théologie) appartient au même axe X3, mais de l'abstrait passe à l'imaginaire.  La généalogie des parcours lexicaux importe peu.  Le lien entre ‘veilles’ et ‘épuisé’ est signalé comme syntagme par le TLF qui en signale l'emploi littéraire, soit donc X3[jugement] pour l'énoncé ou ℛ[↗] pour ‘veilles’.


41)  les usuriers sont des vampires

41')  les [usuriers]ℝ/X4[historique] sont des [vampires]ℝ/℟[X3[imaginaire]]

rem  —  Lexis donne un exemple :  « les vampires de la finance » et la description est celle d'une personne « qui s'enrichit du travail et du bien d'autrui ».  Il n'y aurait donc pas eu indirection, mais redirection à référent matériel, malgré l'assimilation analogique.

rem bis  —  Le TLF ne dépanne pas en ce qui concerne l'usure et les usuriers. La dénotation neutre (A) de ‘usure’ ⊲intérêt que produit l'argent prêté⊳ est maqrqué Vx ou rare ;  ce n'est qu'à l'acception B-2 qu'apparaît ⊲fait de prêtre de l'argent (...) taux supérieur à la coutume ou la loi⊳ :  le délit apparaît en sous-acception.  Mais si l'on se reporte à ‘usurier’, on se trouve devant un vide sémantique où l'usurier est marqué Vx..  Même le sens par indirection (℟), soit P. anal. dans le TLF n'a de citations que du XIXe siècle.  Mais pour l'acception ⊲qui pratique l'usure⊳ Vx. la citation la plus récente est celle de Morand, dans Londres en 1933.  À notre époque où des cartes de crédit réclame près de 30 %.  Par contradiction, ‘vampire’ (en réalité marqué p. anal.) ⊲personne qui s'enrichit aux dépens du travail ou du bien d'autrui, en l'épuisant ou en le ruinant⊳.  Comme on est dans l'axe X3-imaginaire, on supposera une migration de l'âme des usuriers dans le corps des vampires.  Le risque avec des cas comme ceux-là c'est de compromettre l'assimilation de la dénotation imaginaire au sens ou alors d'affirmer que la dénotation du lexicographe passe à côté du sens, qu'on cherchera non dans la glose, mais dans les rapports synonymiques.


42)  ses exploits lui ont valu une gloire immortelle

42')  ses [exploits]ℝ/Σ/X1[action/acte] lui ont [valu]℟/X3[jugement] une [gloire]℟/X3[phénomène-jugement] [immortelle]℟/X3[imaginaire]

rem  —  Lexis recense ‘valoir à’ avec le sens de {rapporter} (seule un exemple sur quatre est positif) et le PR avec le sens {avoir pour conséquence}, et les 2/3 des exemples sont négatifs.  La définition causative est dans un cas {faire avoir qqch} (Lexis) et dans l'autre {faire obtenir} (PR).

rem bis  —  [[x[valoir]qqch]à[qqn]] n'est pas mieux traité dans le TLF où la construction « entraîne pour qqn », je cite, « telle ou telle conséquence (bonne ou mauvaise) ».  ‘gloire’ [TLF] = {célébrité éclatante (...)}.  ‘immortelle’ [TLF] = p. hyperb. ou [en parlant d'un inanimé abstr.], comme dit Mme de Staël, « L'immortel et l'infini ne nous sont sensibles que par l'âme ».


43)  on n'additionne que des unités de même espèce

43')  on n'additionne-ℕ/ℝ/X1 que des unités-ℕ/X3[abstrait de même-ℛ[≡] espèce-ℕ/X3[abstrait

rem  —  ‘additionner’ peut se dire de choses physiques ≍ {ajouter} [Lexis les sépare en tant que formes].


44)  César réussit à triompher des Gaulois

44')  [César]X4[historique] [réussit]℟/Σ à [triompher]ℝ/Σ/X1-X3 des [Gaulois]X4[]hist.

rem  —  ‘réussir’ est marqué comme sens en raison de sa teneur appréciative ou qualificative et de l'idée de résultat (catégorie du sagittal situationnel). 

rem bis  —  [TLF] ‘réussir’ ≝ ⊲parvenir à faire (quelque chose de positif)⊳.  [Id.] ‘triompher’ = ⊲Avoir l'avantage d'une manière éclatante, remporter un succès total sur quelqu'un⊳. 


45)  je tremble qu'il n'apprenne trop vite cette malheureuse nouvelle

45')  je tremble-℟ qu'il n'apprenne-ℝ X1[capacité]-X4[anticipé] trop-℟ vite-℟ cette malheureuse-℟ Σ/X3[affectivité] nouvelle-ℝ

rem  —  On a préféré {éprouver une violente crainte} à {être agité de petits mouvements [...]}.  ‘trop’ et ‘vite’ sont considérés comme des appréciatifs et leur référence, si elle existe, ne peut être postérieure qu'à celle de l'objet sur lequel ils portent.  La paraphrase spontanée dans le cas de « l'acquisition d'une information » (Lexis) serait temporelle :  tôt.  Il en ressort que lorsque l'adjectif n'est pas « relationnel » (cf. adjectival), comme il exprime une qualité, c'est-à-dire une propriété, est porté à être traité sémantiquement plutôt que dénotativement.  L'adverbe, qui « modifie la signification », est ainsi l'adjectif du verbe et de l'adjectif.  L'adjectif tend alors par prédication à adopter des coordonnées du sagittal :  état, manière d'être.

rem bis  —  Ces coordonnées correspondent à l'axe 1 et à l'axe 3 (subjectivité).  ‘trembler que’ est confirmé par synonymie [≡craindre].  ‘apprendre’ [TLF] ≝ ⊲Recevoir communication de quelque chose⊳ ;  ‘malheureux’ [id.] = {qui est fâcheux, regrettable ou tragique} ;  ‘nouvelle’ [id.] = ⊲Annonce d'un événement, généralement récent, à une personne qui n'en a pas encore connaissance⊳ ⋁ ⊲événement dont on prend connaissance⊳ :  X1-action ⋁ fait.


46)  de l'anarchie au despotisme, la transition est inévitable

46')  de l'[anarchie]Σ au [despotisme]Σ/X3[jugement], la [transition]Κ[procès]/X1[devenir] est [inévitable]Σ Κ[nécessité] x4[anticipé]

rem  —  La source (c'est un essai) est ici le Larousse 1996 sur Bibliorom, et donne un sens figuré à despotisme (indirection), mais l'anarchie n'a pas ce privilège (seule une redirection, avec changement de lieu/domaine).  On ne sait donc pas ici s'il s'agit de la théorie politique (elle existe dans les deux cas) ou d'une part l'état de trouble et de l'autre l'abus de pouvoir.  On a donc opté pour l'anarchisme (idéologie) dans le premier cas et pour {autorité tyrannique}, plutôt que la version notionnelle expurgée :  ≝ forme de gouvernement dans lequel une seule personne détient tous les pouvoirs.  Si ‘éviter’ peut être marqué ℝ, ‘inévitable’ comporte une modalité.

rem bis  —  Malgré la présence d'une action (d'ailleurs abstraite) dans la description de l'adjectif ‘inévitable’, on est enclin à l'assimiler au sens.  ‘despotisme’ n'est pas un dénotatif strict, comme le note Destutt de Tracy dans le TLF, « ce n'est qu'un abus ».  S'il s'était agi de ‘despotisme éclairé’ l'axe 3 se serait appliqué, mais ajoutant abstraction.


47)  transportez-vous dans le passé

47')  [transportez]-vous [dans]Κ[lieu] X3[abstrait]-X4[antérieur le [passé]id.

rem  —  Le PL 96 note la deuxième acception (la première est une sorte de performatif réservée au parquet) Litt. que je traduis pas indirection :  « Transportons-nous à l'époque des Croisades » (ex. de Lexis).

rem bis  —  Pour mémoire ‘transporter’ [TLF] = ⊲faire changer de place, de lieu⊳.  ‘se transporter’ [Empl. pronom.] Le devoir de l'historien est de se transporter dans le passé, de s'identifier avec lui (Quinet, Napoléon, 1836, p. 150), rangé sous « Au fig. [Le compl. d'obj. désigne une pers.] Conduire, mener par la pensée, par l'imagination (dans un autre lieu, dans une autre époque). ».  En raison de l'organisation particulière (assez désordonnée) du TLF, j'ai failli passer à côté, comme le rédacteur a intercalé deux alinéas entre « Empl. pronom. [Le suj. désigne le plus souvent une autorité] Synon. se rendre. Commissaire, juge qui se transporte sur les lieux. » et l'acception qui nous intéresse.


48)  ces couleurs ne tranchent pas assez

48')  ces couleurs-X1-2-3[phénomène subjectif/abstrait] ne tranchent- pas assez-Κ[quantité]

rem  —  On notera l'indirection (par rapport à la notion qu'est la quantité) dans l'expression familière ‘en avoir assez [de]’ ≍ {être excédé}.  On notera encore que l'un des indices du sens par rapport à la dénotation est bien la possibilité de substitution synonymique.  Ici :  {constraster} ou ‘contraster’.  Cet indice est confirmé ou confirme l'absence (℟) de « coupure ».  C'est l'opposition (≢) qui apparaît comme relation dans ce sens.  Pour ‘couleur’, ni Lexis ni le PL 96 ne donne satisfaction.  On se serait attendu à une acception comme « ce qui a une couleur » (par redirection de la sensation) plutôt que de trouver « Ce qui s'oppose au blanc, au gris et au noir. »  Le PR s'en tire mieux, même si la présentation impresssion-sensation est complexe :  ≝ aspect d'une surface (quant à la couleur).

rem bis  —  La difficulté de définition des couleurs avait déjà été signalé par Weinreich, mais ici il s'agit DE LA couleur.  Le TLF s'en tire à peine mieux avec sa description :  « Qualité de la lumière que renvoie un objet et qui permet à l'oil de le distinguer des autres objets, indépendamment de sa nature et de sa forme  ».  Elle mêle, on le voit, les axes 1 (capacité), 2 (phénomène), 3 (abstraction/subjectif) pour ce qui n'est qu'une « fausse dénotation ».  En faisant intervenir la notion de ‘nuance’, il est possible de lui accorder un sens. Le TLF confirme le sens de ‘trancher’ ≝ {former un contraste (avec quelque chose)}.


49)  rien ne peut le blanchir

49')  [rien]X3[abstrait] ne [peut]Κ[possible] X1[capacité] [le]⇑ [blanchir]

rem  —  ‘rien’ ≍ {aucune chose}.  Exemple complémentaire :  π rien ne l'arrête.  Cf. a contrario :  « un rien l'arrête ».  C'est sans doute par tradition ou perversion étymo-historique que le PR définit ‘rien’ de la manière suivante, plutôt que d'en faire une particularité :  « Quelque chose (dans un contexte qui n'est pas affirmatif [forme ou sens]). »  Naturellement, rien vient du latin pour ‘chose’, mais le changement linguistique n'est pas une mince affaire.  ‘blanchir’ ≡ ‘innocenter’, ‘disculper’.  Si ‘le’ a un référent humain, bien sûr, sinon (dans le cas d'un objet) on a un procès causatif {faire devenir blanc} avec le sens possible de {nettoyer}.

rem bis  —  ‘blanchir’ [TLF] = {disculper ⋁ innocenter}.  Le TLF ne recule devant aucun sacrifice pour rien ;  tout y est.

rem ter  —  Je rappelle que les couleurs choisies signalent des tendances plutôt que des catégories étanches.  Si je me fie à l'impression qui résulte de l'examen des quelque deux cents phrases, il y a toujours ou de la dénotation ou de la désignation dans une phrase qui tend à la sémanticité et inversement on trouvera des éléments sémantiques dans les phrases tendant à être principalement dénotative.  Les phrases mixtes ont des proportions à peu près égales, entre le sens et la dénotation.  Conformément aux principes de la théorie des opérations sémantiques, un sujet interprète peut très bien donner un traitement dénotatif à ce qu'un autre percevrait comme sémantique.




Suite des phrases, page 2





Rappel





Le tableau des symboles de balisage a servi dans le premier passage, concurremment avec les sagittaux et les modèles de la dénotation et du sens ;  avec le second passage, l'examen tente d'appliquer les axes qui figurent tout au bas du rappel.

symboles-notations
corpus-tableau.png  notations.png

dénotation
modèle réduit dénotation-sens  modèle dénotation-sens


Le sagittal phrastique incorpore désormais certaines des catégories classiques logico-philosophiques, particulièrement manifestes dans les adverbes et ce que j'appelle les appréciatifs depuis mon étude des « contextes indifférents » (non diagnostiques), ainsi que les verbes modaux de type semi-auxiliaire, la quantité, la possibilité et la nécessité ;  on n'oubliera pas la négation.


sagittal situationnel
sagisit.png  sagittal des relations


Les relations ci-dessus à droite (dans le sagittal) sont en partie reprises comme conditions conjecturales dans la règle d'inférence sémantique (règle d'interprétation), comme on le voit ci-dessous dans le sagittal des conditions et le tableau correspondant.


conditions-s.png  tableau des relations




d'un modèle l'autre  zones de dénotation et de sens




axe 1 action-état-devenir
cat1.png

axe 2 de l'être-chose-personne
cat2.png

axe 3 axe abstraction/subjectif
cat3.png

axe 4 chronologique
cat4.png


Le réseau des « axes » peut être présenté de façon à être saisi comme un tout, où les critères gardent une certaine indépendance.  Un début d'explication figure au début de la page 4 du corpus.


axescrit.png




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