Sens et dénotation
Corpus IV
mise en garde ou « où est passé l'autogyre ? »
Pour éviter toute méprise, il est absolument essentiel de rappeler qu'ici (dans les pages de Sens et dénotation et dans l'ensemble des textes comme de la théorie) le terme de dénotation est pris dans le sens classique de la tradition logico-philosophique et non dans l'adaptation faussement scientifitique d'une école linguistique (celle de Martinet, probablement) qui imagine une stabilité et une invariance ou une invariance et une non subjectivité dans le lexique ou dans ses fonctions (dénomination, désignation, déixis, fléchage, sens).
Cette conception qui limite le lexique à la désignation fait des unités lexicales des noms propres remonte aux années 60 et s'appuie sur une interprétation erronée de ce qu'était la connotation, tant chez les scolastiques que chez Stuart Mill. Pour une fois, le dictionnaire de Dubois et al. trahit son peu d'information sur l'opposition que faisait Stuart Mill (ou peut-être s'appuie-t-il sur une source peu crédible — cf. « De l'inférence sémantique ») : la connotation chez Mill est la compréhension (logique : les traits d'un objet ou d'un être), ce qui fait de la dénotation ce qu'elle est : la référence sous forme lexicale. Pour mémoire, le connotatif chez les scolastiques est la fonction adjectivale, complétant le concept.
On peut imaginer une stabilité relative de certaines désignations (‘voiture’, à travers les siècles, et par suite de dénotation), mais l'invariance relative est sinon une contradiction du moins un tour de force. On peut diviser le lexique en une partie que connaît le locuteur et une autre qu'il ne connaît pas ou mal, mais celle-ci n'en est pas objective pour autant (quant à séparer les objets tangibles de ceux qui ne le sont pas, vous risquez de faire des malheureux). La binette et la houe, le rabot et le tarabiscot les uns ont leur place dans une remise et les autres à proximité d'un établi, dans un atelier. Voilà ce qu'est la dénotation. Il n'y a donc pas de sens dénotatif et on laissera la connotation à l'histoire de la philosophie.
⇨ Comme la place de la dénotation n'est plus une question de spéculation dans le lexique désormais et comme cette modalité du signe caractérise des mots ayant une portée différente de celle du sens, et sans passer par lui, un premier symbole avait été choisi encadrant la valeur attribuée, les deux coins couchés ⊲...⊳, puis l'application de la nouvelle venue progressant, il fallut distinguer l'unité lexicale et sa valeur correspondante qui se borne généralement à la classe, car la sémantique ne fait pas de lexicologie, on a d'abord adopté une double flèche vers le haut ⇈ précédant la forme et le signe de correspondance ≘ préfixant la classe de dénotation. La visibilité du premier signe laissant à désirer et le symbole delta étant pris, j'ai résolu d'employer une flèche sous forme de point d'exclamation en gras, soit ⇪, tandis que la correspondance était maintenue. La conversion se fera graduellement. ⇦
Rappel de la grille des critères de balisage originellement mise au point après la π 179). Elle a migré au début du corpus, et se retrouve au début et à la fin de chaque page.

Cette grille se divise en quatre « axes » (en réalité des réseaux d'axes) qui figurent ci-dessous :
axes 1-2-3-4
Depuis la première mise au point des graphiques successifs qui ont fini par constituer cette grille de critères, la question de leur véritable utilité venait régulièrement m'interpeller, mais aussi celle de leur nature exacte, ainsi que la possibilité d'expliquer clairement comment en tirer parti. En effet, je les ai appliqués plus ou moins intuitivement sur plus de 150 phrases, en me servant d'une page imprimée pour ne pas encombrer davantage les écrans, mais sans notes.
Autrement dit, je procédais un peu comme le randonneur qui, à intervalles réguliers fait le point, sauf qu'ici, compte tenu des parcours que proposent les phrases, on faisait beaucoup de surplace ou de retours au point de départ. Au départ, justement, il ne s'agissait pas pour moi de déterrer l'analyse sémique ni de considérer ces catégories comme de réels concurrents des deux sagittaux (situationnel et relationnel), même s'il se trouve des recoupements. Chaque « axe » ou polariseur d'axes n'est qu'une série de points de repère permettant de déterminer sur quel plan se situe la phrase et de marquer ses syntagmes de balises correspondant aux « axes ».
Les « axes » offrent des parcours de tel point à tel autre, à l'exception des points marqués « verbe » et « nom » dans l'axe 1 (X1, axe du procès) qui sont des étiquettes grammaticales : parce qu'il y a des noms d'action [la chasse, la fenaison, la pénétration... (le TLF citant la grammaire Larousse de 1936)] comme des verbes d'action ; même si ces catégories se révèlent insuffisantes dans une analyse linguistique, leur objet n'est pas ici autre que celui de distinguer l'un de l'autre. Le terme d'axe vient simplement du fait que si vous allez de l'état à l'action, vous faites un parcours sur un axe, idem pour celui qui irait de la capacité au résultat en passant par l'action.
Les graphiques ne sont pas immuables. L'événement est le nom d'un type d'action. La lecture se fait dans un sens comme dans l'autre, sauf si l'un des sens est contraire aux habitudes de pensée. Ce n'est pas parce que dans la représentation que le résultat se trouve au-dessus du devenir qu'il y a une hiérarchie et rien n'empêche d'aller de devenir à résultat (en passant par action, mais c'est sous-entendu), bien que l'inverse se fasse plus difficilement. Je reprends X1 ci-dessous, pour que les repères ne soient pas trop abstraits.
axe 1
Comme c'est souvent le cas en sémantique, un terme tient lieu d'un paradigme, c'est-à-dire d'une série de termes substituables les uns aux autres, à un titre ou à un autre [les paradigmes sont des classes d'équivalence]. Dans les schémas, c'est même obligatoire pour éviter la prolifération et un effet de fourmillement. Le deuxième graphique, l'axe de l'être (X2), a une contrainte analogue à celle, grammaticale, que j'ai signalée pour X1. Il s'agit de la distinction faite entre la dénotation et la désignation : Si de tels parcours sont possibles, je veux dire de membre à classe et de classe à membre (en passant par être[objet | personne| phénomène]), il s'agit de passage de la désignation à la dénotation et inversement (ou le contraire). On notera qu'interviennent alors certaines contraintes grammaticales (défini, démonstratif, etc.). La hiérarchie ou l'appartenance, on le voit, est rendue ici par un parcours. Une chose peut être un objet et un phénomène, un « être », une chose et une personne. Personne tient également lieu d'animal, par économie. Cet axe est, probablement, avec celui du temps, l'axe le plus analytique, bien qu'aucune intention de cet ordre ne soit intervenue.
Le rôle des balises qui sont placées à côté de celles provenant des sagittaux ou des symboles (notations) est de permettre de pondérer la phrase du côté de la dénotation ou du sens. Je ne préjugerai pas des résultats pour l'ensemble, mais c'est probablement la mixité qui dominera. Sauf texte technique ou scientifique [j'ai quelque part un manuel de technologie], rares seront les phrases entièrement dénotatives (disons référentielles), à moins, paradoxalement, de se trouver dans le discours quotidien pratique (cf. les phrases pour touristes et idem, « cette coupole, c'est le Louvre ? »). L'examen du corpus devait préciser les premières observations qui résultaient de la première étude (les phrases ont-elles un sens I et II). Mais de ce point de vue, la contribution de l'axe de l'être est probablement la moins importante. Je le répète tout de même :
axe 2
Le réseau le plus sollicité est probablement l'axe 3, celui cumulant deux phénomènes qu'on serait tenté de considérer comme des pôles, l'abstraction et la subjectivité, mais elles ont toutes deux un caractère cognitif prononcé, « intérieur », si je puis me permettre, synthétisé par le terme. Comme représentation, c'est également celle, avec l'axe 4, qui présente l'aspect le plus équilibré. Naturellement si l'on oppose les couples jugement-affectivité et abstraction-imaginaire, on ne le fera pas en fonction des catégories « phénomène » et « objet ». Car il y a certainement autant d'objets affectifs sinon plus que de phénomènes du même type et il en va de même pour tous les quatre repères. Si les notions de classe et de membre de classe (individu) doivent intervenir, on combine les deux axes 2 et 3 [soit pour classe de phénomène], comme on le ferait avec les axes 1 et 4 pour une action qui ferait appel à l'histoire ou à l'anticipation.
L'objet du jugement peut être extérieur (X2) et l'on peut avoir des phénomènes de jugement (la doxa) ; il en va de même pour l'affectif (sentiment ainsi que tout ce qui est d'ordre psychologique, y compris le comportement). Les croyances mettent en rapport phénomène, jugement, imaginaire. Le savoir, représenté par l'abstraction, n'exclut pas le pratique, obtenu par combinaison avec l'axe de l'être (X2), pas plus que l'historique, en rapport avec X4. C'est probalement le jugement et l'affectif qui font de ce réseau le plus fréquemment invoqué. D'ailleurs, sans vouloir brouiller les pistes, nombreuses sont les catégories du sagittal des circonstances qui sont du domaine de l'abstraction, comme c'est aussi le cas de la plupart des relations. L'exception qui vient à l'esprit naturellement est la contiguïté.

Comme je viens de le suggérer, l'axe chronologique (X4) n'est pas strictement un reflet des découpages grammaticaux, même si antérieur, actuel et anticipé reproduisent grosso modo le passé, le présent et le futur, mais par rapport à un objet qui peut être passé (résultat) ou futur (devenir, capacité). L'imaginaire prend en charge le conditionnel et le subjonctif (d'accord, ce sont des modes, mais ils s'expriment sous forme de temps, d'ailleurs l'anticipé peut aussi relayer le « si » conditionnel). L'abstrait est le temps que j'emploie le plus souvent (c'est un présent, mais il n'est pas actuel) : c'est aussi le temps des exemples quand le présent n'est pas lié à une situation (nécessairement imaginaire ici). L'historique se passe de commentaire, comme il est le temps des faits passés, notamment ceux de l'Histoire, même si le temps de la phrase peut varier.

J'ai évité de parler de modalité et d'aspect, pour ne pas m'enferrer dans le bric-à-brac grammatical et être tenté de voir partout des « systèmes », mais il est possible d'envisager un axe du sens, qui recouperait celui de l'abstraction-subjectivité, en distinguant cette fois des « thèmes » de l'axe 2, membre et classe. Il empièterait également sur l'axe 4, (temps) imaginaire-abstrait-anticipé, mais aussi sur l'axe 1, avec capacité et devenir, qui serait réinvesti entre la capacité et l'anticipation.
axe 5 (du sens)
Découpage analytique & balisage (suite)
160) ce texte ne me dit rien
160') ce [texte]ℝ/ℕ X2-X3[chose-abstraction] [ne me dit rien]ℕ/℟ Σ X3[jugement]
rem ‘texte’ = ⊲ensemble de phrases...⊳ ; ‘ne rien dire à qqn’φ = {ne rien évoquer} [PL 2002].
rem bis [PR] LE TEXTE, UN TEXTE = ⊲la suite des mots, des phrases qui constitue un écrit ou une œuvre (écrite ou orale)⊳. On se doit de remarquer qu'une suite de mots, pas plus qu'une suite de phrases ne constitue vraiment un texte : il manque ici la propriété pertinente. On supposera qu'avec un peu de bonne volonté ‘suite’ doit être pris dans un sens particulier : non pas {ce qui se suit}II, mais {ordre de ce qui se suit en formant un sens}IB3, acceptions qui dans le dictionnaire en question apparaissent dans des embranchements différents, signalés ici par les exposants après les accolades.
161) le monde nous parle de sa propre absence (Claudel)
161') le [monde]ℝ/ℕ X2-X3[phénomène-abstraction] nous [parle]Κ[action] ℛ[⊨] X3[imaginaire] de sa [propre]ℕ X2-X3[être-abstrait] [absence]ℕ (Claudel)
rem Abrégé. Il y est sujet d'un texte comme sujet de réflexions, d'interprétation. ‘propre’ = ⊲qui appartient spécialement à quelqu'un, à quelque chose, qui le qualifie et le distingue de façon spécifique ; particulier⊳ ; ‘absence’ = ⊲fait de n'être pas présent, de manquer⊳ [PL 2002].
162) devant nos arguments, il a dû céder du terrain
162') [devant]Κ[lieu] ℛ[≢] nos [arguments]ℕ X3[abstraction], il a [dû]Κ[nécessité] X1[résultat] [céder du terrain]φ ℟ X3[jugement]
rem [PR] - Loc. φ céder du terrain = fig. ⊲faire des concessions, un compromis⊳. [PL 2002] ‘argument’ = ⊲preuve, raison qui appuie une affirmation, une thèse, une demande⊳
163) sa pensée cheminait à tâtons
163') sa [pensée]ℕ X3[phénomène-abstrait] [cheminait]℟ X1[action] [à tâtons]℟ X3[affectivité]
rem [PL 2002] ‘cheminer’ = Fig. {pour une chose, progresser lentement} ; ‘à tâtons’ = Fig. {sans vraie méthode | de manière empirique}
164) l'incident a dû se produire comme il le rapporte, si tant est qu'il dise la vérité
164') [l'incident]ℝ/ℕ X2[phénomène] a [dû]Κ[nécessité] X4[antérieur] [se produire]ℝ X1[devenir] [comme]Κ[manière] ℛ[⊨] il le [rapporte]Κ[action]/ℕ X3[phénomène], [si tant est qu]℟ X3[imaginaire-abstraction]'il [dise]ℕ X3[abstraction-affectivité] la [vérité]ℕ/Σ X3[jugement]
rem ‘rapporter’ = {faire le récit de ce qu'on a vu et entendu} ; ‘si tant est que’ = {à supposer que} ; ‘dire’ = {déclarer} ; ‘vérité’ = ⊲caractère de ce qui est vrai⊳. [PL 2002].
165) elle ne comprenait rien à ce qui lui arrivait
165') elle ne [comprenait]ℕ X3[phénomène-abstraction] [rien]Κ[quantité] X2-X3[chose-abstraite] à [ce qui]situation ⇑ [lui arrivait]ℝ X3[affectivité]
rem ‘comprendre’ = {concevoir} [PL 2002] ; ‘arriver à qqn’ [PR] = ⊲événement, accident⊳
166) la synonymie établit une équivalence superficielle
166') la [synonymie]ℕ/ℛ[≡] X3[abstraction-jugement] [établit]ℕ ℟ X3[jugement] une [équivalence]ℛ[≡] X3[jugement] [superficielle]ℕ X3[jugement-affectif]
rem ‘établir’ = {poser} [PR, adapté] ; ‘synonymie’ {relation entre termes synonymes} ; → {se dit de deux ou plusieurs mots de même fonction grammaticale, qui ont un sens analogue ou très voisin} ; ‘équivalent’ = {qui a la même valeur} (raccourci de ‘équivalence’-qualité de...)
rem bis J'aurais pu adapter l'acception fournie par le PL 2002, dont les exemples (Établir un fait, l'innocence d'un accusé) concordent peu avec la phrase-exemple à évaluer. La définition (5) est celle-ci : ⊲démontrer la réalité de | prouver⊳.
167) dans les expressions figées seul un des synonymes peut entrer
167') [dans]Κ[lieu] les [expressions figées]φ X2[chose] [seul]Κ[quantité] un des [synonymes]ℕ ℝ/X3[jugement] [peut]Κ[possibilité] X1-X4[capacité-anticipé] [entrer]ℕ X3[abstraction]
rem [PR] φ ‘Expression | locution figée’ = ⊲dont on ne peut changer aucun des termes, et dont le sens global ne correspond pas au sens des différents composants⊳. ‘seul’ = {à l'exclusion des autres}]. ‘entrer’ = {être admis} [PL 2002 (adapté pour ce dernier)].
rem ter Je ne suis même pas sûr que ce soit le cas ni que ce soit vérifiable sur un corpus de quelque étendue. Il est entendu que les paramètres ont des équivalents (sinon ils seraient incompréhensibles), mais ces équivalents se substituent à la locution, pas à un membre du paramètre.
168) la forme obligée de toute religion est le symbolisme (Renan)
168') la [forme]Κ[manière] [obligée]Κ[nécessité] X3[jugement] de [toute]Κ[quantité] [religion]ℕ X3[phénomène-imaginaire] est le [symbolisme]ℕ X3[abstraction] (Renan)
rem ‘symbolisme’ = ⊲système de symboles exprimant des croyances⊳. ‘religion’ = {ensemble de croyances et de dogmes définissant le rapport de l'homme avec le sacré}
rem bis [PL 2002] obligé ≝ ⊲commandé par une nécessité ⋁ une obligation | nécessaire⊳
169) cette analyse n'est qu'un survol de la question
169') cette [analyse]ℕ X3[abstraction] n'est qu'un [survol]℟ X3[jugement] de la [question]ℕ X3[abstraction]
rem ‘analyse’ = ⊲étude faite en vue de discerner les différentes parties d'un tout, de déterminer ou d'expliquer les rapports qu'elles entretiennent les unes avec les autres⊳ ; ‘survol’ = {examen rapide et superficiel} ; ‘question’ = {sujet à examiner} [PL 1996].
170) vous supposez l'impossible
170') vous [supposez]ℕ X3[jugement] [l'impossible]ℕ X3[imaginaire]
rem Comme il me semble difficile de trancher, je donne ici les deux acceptions candidates : ‘supposer’ = {poser par hypothèse une chose comme établie} ⋁ {croire, juger probable, vraisemblable que} [PL 1996]. Le même dictionnaire considère le nom comme paramètre, φ L'impossible = {ce qui ne saurait exister | se produire | être réalisé}.
171) l'habitude est une étrangère qui supplante en nous la raison (Sully Prudhomme)
171') l'[habitude]ℕ X3[affectivité] est une [étrangère]℟ X3[imaginaire] qui [supplante]℟ X3[jugement] [en nous]ℕ/Κ[lieu] X3[imaginaire] la [raison]ℕ X3[phénomène-abstrait] (Sully Prudhomme)
rem ‘habitude’ = ⊲disposition, acquise par la répétition, à être, à agir fréquemment de la même façon⊳ ; ‘étranger’ = {qui n'appartient pas à une famille, un groupe, une ville} ; ‘supplanter’ = ⊲écarter qqn de la place qu'il occupe pour se substituer à lui ; évincer⊳ ; ‘raison’ ≝ {faculté propre à l'homme par laquelle il peut penser | facultés intellectuelles} [PL 1996].
⇩ PR puis TLF.
172) Les souvenirs remontent à la mémoire.
172') Les [souvenirs]ℕ X3[abstraction] [remontent]℟ X3[imaginaire] [à la mémoire]ℕ X3-X2[phénomène-affectif-chose].
rem ‘souvenir’ = ⊲survivance, dans la mémoire, d'une sensation, d'une impression, d'une idée, d'un évènement passés⊳ [PL 1996] ; ‘remonter’ = {aller de nouveau en haut} [PR, source de l'exemple]. ‘mémoire’ = ⊲activité biologique et psychique qui permet de retenir des expériences antérieurement vécues⊳ [PL 1996].
173) il lui voue une véritable adoration.
173') il [lui voue]X3[affectivité] une [véritable]Σ/℟ X3[jugement] [adoration]℟ X3[affectivité].
rem ‘vouer’ = {promettre, engager d'une manière particulière} ; ‘adoration’ = ⊲amour ardent pour qqn | amour fervent ⋁ culte passionné⊳ [PL 1996 & PR]
174) Je suis béotien en la matière.
174') Je [suis béotien]℟/redirection X3[affectif-jugement] [en la matière]φ/℟ Κ/ℛ[⌂] X3-X2[phénomène-classe].
rem Le sens {profane} n'est donné que par le PR auquel j'ai emprunté l'exemple. On a affaire à une redirection à partir d'un sens (personnage lourd) et non à partir d'une dénotation (originaire de Béotie). S'agit-il d'un phénomène de promotion sociale ? ‘en matière de’ [PL 1996] ≝ {en ce qui concerne [tel domaine]}
rem bis Κ/ℛ[⌂] combine la catégorie et la relation pour introduire la condition de domaine. Familièrement, on aurait « là-dedans ».
175) il s'égarait dans une philosophie brumeuse
175') il [s'égarait]℟ X3[jugement-affectivité] dans une [philosophie]redirection/ℕ X3[abstraction] [brumeuse]X3[jugement]
rem ‘s'égarer’ = {s'écarter du bon sens, de la vérité} ; ‘philosophie’ = ⊲doctrine, système philosophique⊳ ; ‘brumeux’ = {qui manque de clarté, obscur}, marqué « Litt. » [PL 1996].
176) « Réalisme, idéalisme, autant de brumes » (Renard).
176') « [Réalisme]ℕ X3[abstraction], [idéalisme]ℕ X3[abstraction], [autant]Κ[quantité] ℛ[≡] de [brumes]X3[jugement] » (Renard).
rem ‘brume’ = [PL 1996] {[Litt.] état confus, manque de clarté de la pensée}. ‘réalisme’ = ⊲[Philos. [id.]] Doctrine qui affirme que la connaissance du réel constitue le réel lui-même, que cette connaissance soit la seule réalité ou qu'à côté d'elle figure une autre réalité, l'objet auquel elle s'applique⊳ [on a là une description notionnelle, assez peu claire pour justifier le dédain de Renard]. ‘idéalisme’ = ⊲[Philos. [id.]] Courant, tendance philosophique qui subordonne à la pensée toute existence, tout être objectif et extérieur à l'homme⊳
177) l'orage a éclaté brutalement
177') l'[orage]ℝ X2[membre] a [éclaté]℟ X1-X4[action-anétrieur] [brutalement]Κ[manière] X3[affectivité]
rem ‘brutalement’ ≝ {avec {soudaineté et violence}} PR. ‘éclater’ [Fig.] = {se produire, se manifester brusquement} [PL 1996]. L'orage est ici un dénotateur à référent matériel/physique ; dans un récit, il serait notionnel (parce que relaté ou imaginaire), de même dans une prévision : le futur n'a pas de dénotation. ‘un orage’ est également notionnel (inactuel).
rem bis L'inactuel tomberait dans l'axe chronologique avec la balise anticipé.
178) les troupes ont été surprises par la soudaineté de la riposte.
178') les [troupes]ℝ X2[personne-classe-membre] ont été [surprises]Κ[patient] X1-X3[action-affectivité] par la [soudaineté]Κ[temps/manière] X4[inanticipé] de [la riposte]ℝ X1-X4[action-inanticipée].
rem ‘surprendre’ ≝ ⊲prendre à l'improviste, au dépourvu, par surprise⊳ ; ‘riposte’ et ‘troupe’ sont des dénotateurs, bien qu'ils ne soient pas sur le même pied. ‘riposte’ est une action (voir rem 179') et ‘troupe’ un groupe, c'est-à-dire un ⊲ensemble de personnes⊳. Deux des quatre « thèmes » :

179) « l'action la plus folle appelle aussitôt une riposte de même qualité » (Alain).
179') « l'[action]ℝ/ℕ X1[acte] la [plus]Κ[quantité] [folle]℟ X3[jugement] [appelle]X3[jugement] [aussitôt]Κ[temps] une [riposte]ℝ de [même]ℛ[≡] [qualité]Κ[manière] X3[jugement] » (Alain).
rem ‘riposte’ [PR] = ⊲vive réaction de défense⊳ ; ‘fou’ [PL 1996] = {excessif, considérable en nombre, en intensité} ; ‘appeler’ [id.] = ⊲rendre souhaitable, nécessaire⊳. ‘action’ = ⊲ce que l'on fait⊳. Cette description est celle de l'acte et non sa dénotation notionnelle que le PL 1996 appelle entre autres {faculté d'agir}. ‘appeler’ = {demander | exiger | entraîner} (PR).
180) « il affectait de garder une attitude insouciante » (Barrès)
180') « il [affectait]ℕ X3[affectivité] de [garder]℟ X4[actuel] une [attitude]ℕ X3[affectivité] [insouciante]ℕ/Σ X3[affectivité] » (Barrès)
rem [PL 96] ‘insouciant’ = {qui témoigne que l'on ne se soucie de rien} ; ‘attitude’ = {manière dont on se comporte avec les autres} ; ‘affecter’ = ⊲faire paraître (une manière d'être, des sentiments) qui ne sont pas réellement les siens⊳ ; ‘garder’ = ⊲conserver (tel sentiment) | rester dans (tel état)⊳ — ‘garder’ [PR] = ⊲continuer à avoir (...) une attitude⊳.
181) La solitude a pour elle beaucoup d'attrait.
181') La [solitude]ℕ/Κ[état] ℝ/X3[affectivité] [a pour elle]Κ[patient] [beaucoup]Κ[quantité] [d'attrait]Σ/ℕ X3[affectivité].
rem ‘solitude’ = {isolement} ; ‘avoir’ = {posséder} ; ‘attrait’ = ⊲qualité par laquelle une personne ou une chose attire, plaît⊳ [PL 1996].
182) il éprouvait une prédilection inquiète pour la tristesse
182') il [éprouvait]ℕ/Κ[action/état] X3[affectivité] une [prédilection]ℕ X3[affectivité] [inquiète]ℕ X3[affectivité] pour la [tristesse]ℕ X3[affectivité]
rem La distinction entre action et état n'est pas simple, ni « opératoire », comme le signalaient Gallo et Rouaultnote. ‘éprouver’ c'est {avoir}, mais aussi être le siège d'une action. Le PL 1996 fait boucle entre ‘éprouver’ et ‘ressentir’, ce n'est pas de l'interdéfinition, mais de la circularité à l'état pur. ‘prédilection’ = {préférence marquée pour qqn, pour qqch} ; ‘inquiet’ = {qui témoigne de l'appréhension} ; ‘tristesse’ = {état naturel ou accidentel de chagrin, de mélancolie}. Le PL 1996 sépare par un ‘ ; ’ l'état du caractère. Le PR y voit un état, un moment, sa cause, le caractère qui exprime et le caractère qui incite, sans oublier l'air. Le caractère qui incite se distingue mal de la cause, et l'air du moment : l'exemple de l'air est une manière, soit π sourire avec tristesse.
183) Dans cette situation, un échec est plus probable qu'un succès.
183') Dans cette [situation]/Κ[état] X3[objet], un [échec]ℝ/Σ X3[jugement] [est plus]Κ[quantité] [probable]Κ[temps] qu'un [succès]ℝ/Σ X3[jugement].
rem ‘situation’ = cas. Cf. ⊲état de qqch dans un domaine déterminé⊳. ‘échec’ = {insuccès} ; ‘probable’ = {qui a beaucoup de chances de se produire | vraisemblable} ; ‘succès’ = {résultat heureux | réussite}. [PL 1996].
rem bis La situation est désignée, mais elle n'est pas référée et forme un objet cognitif plutôt qu'une situation extraliguistique (␏).
184) Le fait est contestable.
184') Le [fait]/ℕ X3[objet-abstrait] [est contestable]ℕ X3[jugement].
rem cf. ‘fait’ = {ce qui arrive}. ‘incontestable’ = {qui ne peut être contesté ⋁ mis en doute | indéniable}. Le « fait » peut être une action (événement, acte) mais aussi son résultat : ce qui est fait | ce qui existe | réalité. Ici on peut se contenter d'un sens omnibus : {chose}.
rem bis Cf. ‘Le fait est que’. La couleur « sens » ajoutée témoigne de mon de incertitude.
185) Ce sont des choses qui arrivent.
185') [Ce sont des]⇦ ⇑ [choses]/ℕ X3[jugement] [qui arrivent]Κ[action] X3[affectivité].
rem ‘être (c'est/ce sont)’ = présentatif. ‘chose’ = ⊲situation, ensemble d'évènements⊳ ⋁ {ce qui a lieu} ; ‘arriver’ = ⊲se produire | survenir | s'accomplir⊳. [PL 1996].
rem bis Il s'agit, a priori, d'un paramètre, bien que le dictionnaire ne l'identifie pas comme locution.
186) Je n'ai pas la science infuse.
186') Je n'ai pas la [science infuse]ℕ/Σ X3[jugement].
rem ‘science infuse’ ⊲que l'on posséderait naturellement, sans l'avoir acquise par l'étude ou l'expérience⊳. [PL 1996].
187) Le bruit se répandit qu'il avait disparu.
187') Le [bruit]ℕ X3[jugement-affectif] [se répandit]Κ[état] X2-X3[phénomène] qu'il avait [disparu.]Κ[action] X3[affectivité]
rem ‘disparaître’ = {s'absenter brusquement} ; ‘se répandre’ = {se propager} ; ‘bruit’ = ⊲nouvelle ou rumeur répandue dans le public⊳.
188) il est déraisonnable et contraire à toutes les observations d'admettre que l'organisation produise la vie
188') il est [déraisonnable]Σ X3[jugement] et [contraire]ℕ X3[jugement] à toutes les [observations]ℕ X2-X3[phénomène-abstraction] d'[admettre]ℕ X3[jugement] que l'[organisation]ℕ X3[abstraction] [produise]Κ[action] X1[capacité] la [vie]ℕ X1[résultat]
rem TLF citant Cournot. ‘déraisonnable’ = {qui manque de raison, de bon sens} ; ‘contraire’ = {qui s'oppose radicalement [à qqch]} [PL 1996] ; ‘observation’ = ⊲action de considérer avec une attention suivie la nature, l'homme, la société, afin de les mieux connaître⊳ [PR] ; ‘admettre’ = {reconnaître pour vrai} ; ‘organisation’ = ⊲la structure, l'agencement eux-mêmes⊳ ; ‘produire’ = {créer, élaborer, concevoir} ⋁ {provoquer, causer} ; ‘vie’ = ⊲ensemble des phénomènes (nutrition, assimilation, croissance, reproduction...) communs aux êtres organisés et qui constituent leur mode d'activité propre, de la naissance à la mort⊳.
189) Le mot de propriété (...) désigne la qualité par laquelle une chose est ce qu'elle est
189') Le [mot]ℕ X3[abstraction] de [propriété]ℕ X3[abstraction] (...) [désigne]ℕ X1[action] la [qualité]ℕ X3[jugement] par laquelle une [chose]ℝ X2[objet] [est]ℛ[≡] [ce qu'elle est]ℝ/ℕ
rem TLF citant Proudhon. ‘mot’ = {élément de la langue} ; ‘propriété’ = ⊲ce qui est le propre | la qualité particulière de qqch⊳ ; ‘désigner’ = {représenter | signifier} ; ‘qualité’ = {état caractéristique} ; ‘chose’ = ⊲être, objet inanimé ⋁ objet de la réalité⊳ [PL 1996]. ‘être’ = {identité}. ‘ce [que]’ = ⊲sert à désigner la chose que la personne qui parle montre ou a dans l'esprit⊳ [PR].
190) nous embrassons la multiplicité des atomes dans une aperception unique
190') nous [embrassons]℟ X3[affectivité] la [multiplicité]Κ[quantité] des [atomes]ℕ/ℝ X3[abstraction] dans une [aperception]ℕ X3[phénomène] [unique]ℕ:
rem TLF citant Bergson. ‘embrasser’ = Litt. {saisir (qqch) par la pensée} ; ‘multiplicité’ = {nombre considérable} ; ‘atome’ = ⊲constituant élémentaire de la matière[[,]?] assemblage de particules fondamentales⊳ ; ‘aperception’ = {action par laquelle l'esprit appréhende | prend conscience} ; ‘unique’ = {seul}. [PL 1996] et pour le dernier, confirmé dans le PR.
191) Arnauld, pour décréditer Malebranche, l'entame par ce point le plus vulnérable de sa théorie, par l'aspect le plus choquant pour le bon sens et le plus impopulaire
191') [Arnauld]ℝ X2[personne], [pour]Κ[but] [décréditer]ℕ X3[jugement] [Malebranche]ℝ, l'[entame]℟ X1[action] par ce [point]ℕ/ℝ X3[abstrait] [le plus]Κ[quantité] [vulnérable]ℕ/Σ X3[affectivité] de sa [théorie]ℕ X3[abstraction], par l'[aspect]ℕ le plus [choquant]ℕ X3[jugement-affectif] pour le [bon sens]Σ X3[jugement] et le plus [impopulaire]ℕ/Σ X3[affectif]
rem TLF citant Sainte-Beuve. ‘décréditer’ = ⊲faire perdre à (qqn, qqch) la considération, [le prestige, l'influence] dont il jouissait⊳ ; ‘entamer’ = {attaquer} ; ‘point’ = ⊲endroit précis et nettement délimité⊳ ; ‘vulnérable’ = {faible, défectueux, qui donne prise à une attaque} [PL 1996] ; ‘théorie’ = ⊲Construction intellectuelle méthodique et organisée, de caractère hypothétique (au moins en certaines de ses parties) et synthétique⊳ [PR] ; ‘aspect’ = {manière dont qqn ou qqch se présente à la vue, à l'esprit} ; ‘choquant’ = {qui blesse | désagréable ⋁ offensant} ; ‘bon sens’ = ⊲ensemble des opinions dominantes dans une société donnée⊳ ; ‘impopulaire’ = {qui n'est pas conforme aux désirs de la population | qui n'est pas aimé du grand nombre}. [PL 1996]. Le contexte semblait exclure la première acception de ‘bon sens’ ou ‘sens commun’ ≝ {capacité de distinguer le vrai du faux, d'agir raisonnablement}.
192) Un tel bonheur ne pouvait être que fragile.
192') Un [tel]ℛ[≡] [bonheur]ℕ X3[affectivité] ne [pouvait]Κ[possibilité] X1[capacité] être que [fragile]ℕ/Σ X3[jugement-affectif].
rem ‘ne ⊥ que’ = seulement. ‘tel’ = {semblable | pareil} ; ‘bonheur’ = ⊲état de complète satisfaction, de plénitude⊳ ; ‘fragile’ = ⊲peu stable | mal assuré | sujet à disparaître⊳.
193) Je crains, par endroits [chez Claudel], de prendre pour faute quelque anomalie délibérée
193') Je [crains]ℕ X3[affectif], par [endroits]Κ[lieu] [[chez Claudel]]Κ[lieu], de [prendre]Κ[action] pour [faute]Σ/ℕ X3[jugement] quelque [anomalie]ℕ X3[jugement] [délibérée]ℕ X3[affectivité]
rem TLF citant Gide. ‘craindre’ = {éprouver de l'inquiétude ⋁ de la peur devant qqn, qqch | redouter} [PL 1996] ; ‘endroit’ = [je cite le Robert, le seul à recenser le paramètre] « 4¨ Loc. adv. Par endroits : à différents endroits dispersés, çà et là. « Le livre me paraît bon, et même très bon par endroits » (A. Gide). » ; ‘prendre’ = φ prendre (qqn, qqch) pour = {les regarder à tort comme étant tels} ; ‘faute’ = ⊲manquement à une norme, aux règles d'une science, d'un art, d'une technique, etc⊳ ; ‘anomalie’ = ⊲écart, irrégularité par rapport à une norme, à un modèle⊳ ; ‘délibéré’ = {conscient, réfléchi}, cf. φ de propos délibéré = {à dessein | exprès}.
194) Ce Dominique était assurément un homme extraordinaire
194') Ce [Dominique]ℝ/ℕ X3[imaginaire] était [assurément]ℕ X3[jugement] un [homme]ℕ ℝ/X2-3[personne-imaginaire] [extraordinaire]ℕ X3[jugement-affectif]
rem TLF citant Duhamel. ‘assurément’ = {certainement | sûrement} ; ‘homme’ = ⊲individu de sexe masculin considéré du point de vue de ses qualités et défauts propres⊳ ; ‘extraordinaire’ = {hors du commun | remarquable, exceptionnel}. Le double balisage de « Dominique » tient à son statut incertain : personnage ou individu et son rapport également double avec Duhamel et le lecteur.
195) ces événements ont envenimé la crise.
195') ces [événements]ℝ X1-X2[événement-chose-phénomène] ont [envenimé]Σ/℟/Κ[action] X3[jugement-affectivité] la [crise.]ℕ/ℝ X3[jugement-affectivité]
rem ‘événement’ = ; ‘envenimer’ = [Fig.] {se détériorer, devenir hostile} ; ‘crise’ = on a au moins trois candidats "la crise économique" et a) ⊲phase difficile traversée par un groupe social⊳ et b) ⊲pénurie, insuffisance⊳.
196) la rage lui enfielle l'estomac
196') la [rage]℟ X3[affectivité] lui [enfielle]℟ X1-X3[action-jugement-affectivité] [l'estomac]℟ X2[chose]
rem ‘rage’ = ⊲mouvement violent de dépit, de colère, de désir, etc.⊳ ; ‘enfieller’ = [Vx, litt.] ⊲rendre fielleux, plein d'aigreur⊳ [PL 1996] ; ‘estomac’ = ⊲? poitrine/personne⊳. Le PR signale qu'à l'époque de Molière ‘poitrine’ était jugé vulgaire.
197) Parlons plus vertueusement. Le mal est un mal (A. France)
197') [Parlons]ℕ X1[action] plus [vertueusement]Σ/Κ[manière] X3[jugement-affectivité]. [Le mal]ℕ X3[jugement] est [un mal]ℕ X3[jugement] (A. France)
rem TLF. ‘parler’ = [deux candidats, par analogie] a) ⊲parler d'or, avec justesse, pertinence, sagesse⊳, b) ⊲parlant (précédé d'un adverbe) : de tel point de vue. Humainement parlant⊳ ; ‘vertueusement’ = {de façon vertueuse} ; ‘mal’ = a) [le] ⊲ce qui est contraire au bien, à la vertu, ce qui est condamné par la morale⊳b) [un] ⊲ce qui est susceptible de nuire, de faire souffrir, ce qui n'est pas adapté⊳ [PL 1996] ou l'inverse. Cf. [PR] LE MAL = tout ce qui, opposé au Bien, est l'objet de désapprobation ou de blâme & UN MAL, DES MAUX → affliction, désolation, épreuve, malheur, peine.
198) la critique patentée boycotte Flaubert et Baudelaire
198') la [critique]ℕ/redirection ℝ/X3[jugement] [patentée]Σ X3[jugement] [boycotte]Κ[action]/Σ X1-X3[action-jugement] [Flaubert]ℝ et [Baudelaire]ℝ
rem ‘critique’ = ⊲ensemble de ceux qui, dans les médias, font métier de juger, de commenter ces ouvres.⊳ ; ‘patenté’ = {attitré, confirmé} [PL 1996] ; ‘boycotter’ = ⊲mettre en quarantaine⊳ [PL 1996] & [PR] ⊲mettre à l'index⊳ ; la véritable dénotation (ℝ) reste ⊲interdit ou blocus matériel et moral prononcé contre un individu, un groupe, un pays et contre les biens qu'il met en circulation⊳ ou [PL 1996] ⊲cessation volontaire de toutes relations avec un individu, un groupe, un pays afin d'exercer une pression ou par représailles⊳.
199) l'unité significative diable est cette essence âcre, sulfureuse et brûlante (Merleau-Ponty)
199') l'[unité]ℕ X2[chose] [significative]X3[abtraction] [« diable »]ℕ/Σ X3[imaginaire] est cette [essence]ℕ X3[abstraction] [[âcre]℟, [sulfureuse]℟ et [brûlante]℟]X3[imaginaire] (Merleau-Ponty)
rem TLF. ‘unité’ = {chose qui est une ⋁ élément simple d'un ensemble homogène} [PR] ; ‘significatif’ = {qui a du sens} [emprunté à ‘signifiant’ du PR, car ni lui ni le PL 1996 ne reconnaissent le sens marqué par l'anglais [probablement ‘significant’] que lui donné Merleau-Ponty] ; ‘essence’ = {nature d'un être} ou ⊲ce qui constitue le caractère fondamental, la réalité permanente d'une chose⊳ ; ‘âcre’ = {piquant, irritant au goût, à l'odorat} ; ‘sulfureux’ = [Fig.] {qui sent le soufre, l'hérésie} ; ‘brûlant’ = {qui soulève les passions ⋁ qui donne une sensation de brûlure}. [PL 1996]. M-P n'est ni linguiste ni sémanticien ; il se contente d'aligner des mots cherchant l'effet ; sémantiquement le dénotateur fumée ne sent pas la fumée. L'écriture philosophique ne semble pas avoir progressé de Bergson à Merleau-Ponty.
200) Existe-t-il, indépendant de l'homme, dans l'univers et dans les choses, un principe moral infrangible ? (Maeterlinck)
200') [Existe-t-il]Κ[état], [indépendant]ℕ ℛ[∅] de l'[homme]ℕ X2[personne], dans [l'univers]ℝ/ℕ X3[abstraction] et dans les [choses]ℝ/ℕ X3[abstraction], un [principe]ℕ X3[abstraction] [moral]ℕ X3[jugement] [infrangible]ℕ/℟ X3[affectivité] ? (Maeterlinck)
rem TLF. ‘exister’ = {être} ; ‘indépendant’ = {qui n'est pas solidaire de qqch} ; ‘homme’ = ⊲l'espèce humaine en général⊳ ; ‘univers’ = ⊲le monde entier | l'ensemble de ce qui existe⊳ ; ‘chose’ = ⊲objet de la réalité⊳ ; ‘principe’ = ⊲règle générale théorique qui guide la conduite ⋁ loi générale/règle élémentaire [PL 1996] ⋁ notion [PR]⊳ ; ‘moral’ = {⊲qui concerne les règles de conduite en usage dans une société⊳} ; ‘infrangible’ = {qui ne peut être brisé}.
201) toute joie comporte une peine
201') [toute]∀ [joie]ℕ X3[affectivité] [comporte]ℕ/Κ[métalinguistique] ℛ[∈] une [peine]ℕ X3[affectivité]
rem cf. π 22) il n'y a pas de rose sans épines, dont 201) est l'élucidation. Cf. ‘tout’ Le PL 2002 indique que ‘comporter’ ≝ ⊲Comprendre, renfermer quelque chose, par nature⊳. Cet élément de définition ou élément de description justifie la catégorie. ‘joie’ et ‘peine’ sont normalement en relation d'opposition : joie ≢ peine.
202) Toute médaille a son revers
202') [[Toute]∀ [médaille]℟ X2[chose] a son [revers]℟ X2[chose]]φ[X3[jugement]]
rem ‘tout(e)’ = chaque/n'importe quel. Le balisage indiqué n'est valable que pour l'interprétation proverbiale, dans les crochets englobants et marquée φ paramètre. La Lapalissade est fonctionnellement dénotative.
Résultats et conclusions
Comme je l'ai noté sur mon blog, une fois dissipée la surprise des premières conclusions des deux pages portant sur le sens des phrases, et la progression dans l'examen du corpus, il est devenu évident que le bouleversement initial était un effet trompeur. Le modèle sémiocognitif reste ce qu'il est, à quelques remaniements mineurs près. La règle elle-même n'est en fin de compte que l'objet de changements cosmétiques (les ⊲X⊳ ⇨ ⇪[X]), accommodant la dénotation lorsqu'il lui faut la première place dans l'ordre d'application des règles. On se souviendra que le modèle original est issu d'une étude du processus de lecture comme phénomène sémiotique et n'a pas, comme la pragmatique, à donner une quelconque priorité à la « parole ».
C'est en réfléchissant à la nécessité de modifier l'ordre d'application des processus, sens-référence-signification, que je me suis aperçu que la dénotation-extension des philosophes affectait ma perspective. C'est aussi en songeant à mon existence d'ermite et à mes interlocuteurs les plus fréquents, mes quatre schnauzers, que j'ai compris que le modèle ne changeait pas, mais ses acteurs et ses situations. Quand je lis « crampon de fer » dans le dictionnaire, l'ordre des opérations est celui du modèle initial (SRS = sens-référence-signification). Arrivé à la phase signification, j'entends la voix de ma défunte mère, « quel crampon ! », comme c'était une de ses expressions récurrentes.
Quand je parle de la rouille du châssis à l'employé du service chez Subaru, c'est nécessairement la dénotation qui prend le dessus, et ce n'est que normal.
Ceci ne revient pas à dire que mon expédition a été inutile, mais comme on dit malicieusement aujourd'hui il me fallait la « recadrer ». La faible proportion de phrases à tendance dénotative sauf à être une liste de termes concrets énumérés de vive voix, aucun énoncé n'est franchement entièrement dénontatif est cependant presque une surprise. L'expérience a été justement pénible en raison de la nécessité où je me trouvais de me dédoubler : notionnel ou matériel ?
Les résultats, dois-je le rappeler, ne sont pas en titane. Les trois couleurs adoptées, sens, mixte, dénotation, correspondent à des tendances, à des proportions. Elles se répartissent (les couleurs) comme suit : 53 % pour les phrases à sémantisme dominant ; 35 % pour les phrases proportions mixtes et difficiles à classer ; 10 % pour la tendance dominante à la dénotation. La phrase 0) n'a pas été cotée.
Si j'avais travaillé sur un corpus oral, les résultats auraient été différents, comme ils auraient différé encore si les phrases avaient été recueillies dans des milieux homogènes. J'aurais également pu étudier mes « conversations » avec mes schnauzers, où la dénotation devraient dominer, mais où l'expression des sentiments occupe aussi une grande place.
Si un instant l'édifice théorique de la théorie des opérations sémantiques a paru ébranlé, ce n'est qu'en apparence. La règle n'a jamais dépendu de son objet d'application, comme le prouve son application à l'anaphore (coréférence), et le modèle est, dans son organisation, essentiellement reconfigurable, déformable selon les sujets et les circonstances ; les deux, dans leurs principes, restent valides et conformes à ceux-ci.
Rappel

dénotation

sagittal phrastique | sagittal relationnel

Les relations ci-dessus à droite (dans le sagittal) sont en partie reprises comme conditions conjecturales dans la règle d'inférence sémantique (règle d'interprétation), comme on le voit ci-dessous.
axe 2 de l'être-chose-personne
axe 3 axe abstraction/subjectif


note — « Comme il est clair que la classification des grammaires traditionnelles en "verbes d'état" et "verbes d'action" n'a aucun caractère opératoire, il est indispensable d'en adopter une autre. » Maria Caterina GALLO et Jacques ROUAULT, Schémas d'action et types de procès, Intellectica, 1992 1/2, 13-14, pp. 105-127.
