Croire ∨ savoir 5 — 32-33



Verbes-opérateurs gnostiques, épistémiques et doxastiques


Croire ou savoir  (32)


La popote de Popper ou Popper au poteau

Popper, qui avait beaucoup de casquettes, affirmait :  « Il est logiquement impossible de vérifier de façon concluante une proposition universelle par référence à l'expérience, comme Hume l'a vu clairement, mais un seul contre-exemple falsifie au sens où j'entends ce mot [to prove to be false ;  disprove]1 et ce, de façon concluante, la loi universelle correspondante.  En un mot, une exception, loin de confirmer la règle, la réfute. »2

[1]  Tiré par moi du Macmillan Contemporary Dictionary (1973-79). Plus facile à comprendre avec la citation de Jefferson (1830) :  No man can falsify any material fact here stated. Prouver la fausseté de.

[2]  Rapporté par Stephen Thornton dans l'article consacré à Popper sur le site de la Stanford Encyclopedia of Philosophy. It is logically impossible to conclusively verify a universal proposition by reference to experience (as Hume saw clearly), but a single counter-instance conclusively falsifies the corresponding universal law.  In a word, an exception, far from 'proving' a rule, conclusively refutes it. [On notera l'astuce  —  la falsification singulière n'est, elle, pas soumise à la falsification, ce qui est contraire à la démarche scientifique.  En admettant un résultat non répétable (au sens d'Ullmo) on doit chercher à reproduire l'événement contraire, sous peine d'être un faussaire.]

[Je me suis permis de souligner deux segments 1)  l'impossibilité dont il parle est logique, donc n'a pas d'effet en dehors du cadre de cette discipline ;  et 2)  il s'appuie sur une constation faite par un individu, un « idéaliste » [en réalité un empiriste] qui réduisait la pensée à l'habitude et qui niait le monde extérieur il y a 200 ans.  C'est d'ailleurs l'erreur de Hempel et de Goodman — s'appuyer sur l'idée que la causalité est une question de succession[ns] et la négation d'une généralité induite et non transposée en l'espèce d'un opérateur logique.]

Heureusement que Popper ne s'est jamais procuré de casquette de grammairien (il a essayé, mais n'a trouvé que la vieille casquette de Bühler).  Mais on aurait pu lui faire remarquer qu'il était aussi impossible de vérifier logiquement une universelle.  Le quanteur a cet effet.  Alors exemple ou contre-exemple, l'universelle est intouchable.  Plus exactement encore, l'expérience au sens de vérification ne vérifie pas un énoncé logique, mais une formule mathématique, ou une observation empirique.

Il revient à la charge :  « les lois scientifiques s'expriment sous forme d'énoncés universels (c'est-à-dire qu'elles prennent la forme logique de « Tout A est X »3, ou son équivalent, qui sont de ce fait des conditionnelles déguisées (clandestines) — elles doivent être comprises comme des énoncés hypothétiques assertant que ce serait le cas dans certaines conditions idéales.  Par elles-mêmes elles ne sont pas de nature existentielle.  Ainsi, Tout A est X veut dire quel que soit A, alors il est X. »

[3]  Scientific laws are expressed by universal statements (i.e., they take the logical form 'All As are X', or some equivalent) which are therefore concealed conditionals — they have to be understood as hypothetical statements asserting what would be the case under certain ideal conditions.  In themselves they are not existential in nature.  Thus 'All As are X' means 'If anything is an A, then it is X'. [Même source.]

J'ai déjà touché à cette question avec la falsification des paradoxes de Hempel et Goodman, et ici il n'est pas difficile de voir que Popper ne parle pas de cela :  son discours est uniquement destiné à faire passer ce qu'il croit.  Il ne discute pas ceci ou cela.  Péremptoirement, il vaticine.  Voir la note spéciale.

Pour en venir à la litanie bien connue : 

« Le statut scientifique d'une théorie est sa falsifiabilité ou réfutabilité ou testabilité », que cite Angèle Kremer-Marietti dans son article/conférence sur les rapports entre Einstein et Popper.  En fait, contrapositionnez :  Popper et Einstein.  La négation est facultative, mais Kremer-Marietti ne tarde pas à nous montrer (comme je l'avais pressenti) un Popper « riding the coattails of Einstein »4, un Popper qui se trompe du tout au tout sur ce que disait sa dubitative idole, et profite de la notoriété de celui qu'il phagocyte ou parasite.

[4]  Note 12 d'AKM. riding someone's coattails :  to use your connection with someone successful to achieve success yourself. Tiré du FreeDictionary (Web).

note sur la vérification logique-expérimentale  S'il est possible de vérifier les « lois » scientifiques expérimentalement, je ne suis pas sûr que les mêmes lois puissent être vérifiées logiquement.  Dans la phrase de Popper, en anglais, l'adverbe logiquement détermine impossible, ce qui n'en fait pas un énoncé logique, mais courant.  Comme si je disais, « il m'est logiquement impossible d'être à Tokyo demain. », on a là un synonyme de matériellement ou pratiquement.  Le sens eût été différent si notre bon Popper avait écrit « il est impossible de vérifier logiquement [et] de manière concluante... ».  On peut se reporter au texte anglais.  En le faisant on constate encore une fois que Popper ne parle pas vraiment 1) de logique et 2) d'expérimentation.  Il dit textuellement, « experience », qui en français est au moins bisémique.  Une expérience n'est pas toujours scientifique.  Pas plus qu'une universelle n'est toujours une loi, scientifique ou autre.  Une injure peut prendre la forme d'une universelle.  « Tout poppérien est un charlatan. »  Et que Bachelard ne vienne pas me dire que c'est la faute à Aristote ou à Francis Bacon.  Quelquefois, effectivement, j'ai l'impression de discuter au milieu d'un cimetière.  L'affirmation de Popper est d'ailleurs une would-be universelle :  les lois scientifiques ⇒ toute loi scientifique.  Il est sémanticen (mais dogmatique) en outre, ce voleur de casquettes, car il explique ce que l'on doit comprendre (sous peine sans doute d'être déclaré infalsifiable, c'est-à-dire paria), les universelles sont des hypothétiques qui sont des conditionnelles (ce qui revient au même, dans ce cas précis, l'hypothèse étant soumise à des conditions). 

En fait, on se gardera encore une fois de poppériser son propre discours, c'est-à-dire de dire une chose ambiguë pour faire passer la contre-vérité (l'article de foi).  Distinguo, donc :  1) soumis à des conditions ;  2) une conditionnelle (si-alors, généralement implicative).  Il n'est pas inutile de reprendre sa pseudo-démonstration.  « Tout A est X veut dire quel que soit A, alors il est X. », où l'on note que « quel que soit A » n'est pas une explication de « Tout A est », mais une paraphrase qui n'élucide rien sémantiquement, puisque les expressions sont concurrentes en logique.  Pour le deuxième segment, il commet l'erreur commune des logiciens du XXe siècle, c'est-à-dire d'assimiler prédication (attribution) et implication.  C'est pour cela que dans Opérations sémantiques  j'ai opté pour une représentation propre de l'opération qui consiste à prédiquer, qui, lue à l'envers, fournit à juste tite une appartenance :  A ∋ X, soit X ∈ A ⋀ A ∋ X ⇏ A ⇒ X.

Il ne faut pas conclure de la fin du premier alinéa de cette note que je lui donne raison.  Une affirmative n'est pas, techniquement, une hypothétique et n'est certainement pas une implication, puisque l'implication procède de l'universelle.  La proposition universelle est celle ou le sujet est pris dans toute son extension.  On laissera de côté l'existentialité de l'universelle, qui est une épine dans le flanc des logiciens, mais on supposera que l'extension est sémiologiquement un indice d'existence (en tant que classe).  Popper cuisine assez confusément.  À l'en croire, l'assertion universelle est en réalité (il parle de conceal, cacher ou occulter) une hypothétique, mais sa formulation n'en apporte pas la preuve, car elle détruit l'universelle en le remplaçant par textuellement s'il y a quelque chose qui est un A, alors c'est un X (ma première traduction était plus élégante, mais masquait le caractère double que Popper substitue à « Tout A »).  Popper affirme en réalité qu'une universelle contient une particulière :  soit « tout poppérien est infalsifiable ».  « tout poppérien » se réécrit « quelque poppérien » (je compacte quelque chose qui est par la formule classique), ce qui assure cette fois une existentialité, nicht war ?, mais il y accole ensuite l'opérateur conditionnel « si » pour en faire une hypothétique, donc :  « si (il existe) quelque poppérien », « alors (il est) infalsifiable ».  C'est le corbeau qui revient nos hanter.  ∀x (Px ⇒ Ix) ⇒ ∃x (Px ⇒ Ix).

En fait, en partant par avion du milieu du Canada (Regina) on arrive à Tokyo le lendemain, mais c'est un artifice de fuseaux horaires.


Une alliance ou un repoussoir

« Cette curieuse alliance, écrit Angèle Kremer-Marietti dans le même texte, semblait devoir prouver que les travaux et les succès d'Einstein donnaient raison à l'épistémologie de Popper.  Or, à mon avis, il n'en est rien. »

Plus spécialement, elle explique que « les vues de Popper l'ont entraîné dans le sillage d'une conception de la science plus métaphysique que scientifique, détournée de l'observation et de l'expérimentation, et définitivement méfiante de ce qu'il appelait la « méthode de généralisation » sur la base de l'observation et de l'induction. »

Pour Popper, continue-t-elle, « toute vérification même réussie n'était jamais qu'une tentative avortée de réfutation et, dès lors, ce qui allait démarquer la science de la non-science n'était plus la vérifiabilité mais uniquement la « falsifiabilité » des théories. »5

[5]  Même texte, sur Popper et Einstein.


Mauvais cygne

Dans son article sur l'irrésistibilité du poppérisme,6  Angèle Kremer-Marietti ne manque pas de relever l'exemple-bateau (qui prend l'eau) du cygne  :  « peu importe le grand nombre de cygnes blancs que nous puissions avoir observé, il ne justifie pas la conclusion que tous les cygnes sont blancs  ». Elle cite là Popper qui « pose d'une manière générale la question de savoir si les inférences inductives sont justifiées. »  Je serai moins aimable qu'elle :  « générale » doit s'interpréter comme « vague », ou même d'une manière séductrice par la vulgarisation.  Il confond le processus et la quantité.  J'avais déjà diagnostiqué la même maladie chez Hume qui, on le sait, ne se reconnaissait pas dans la glace.

[6]  L'épistémologie de Sir Karl Popper, est-elle irrésistible ?  L'italique de la citation est de moi :  le terme d'une induction est-il vraiment une « conclusion », qui clôt la déduction ?

Hume n'a jamais eu de schnauzer, si j'en crois ce qu'il écrit à propos de la capacité de généraliser (qu'il n'a pas, de toute évidence).  Non seulement est-il privé de généralisation, mais aussi de causation, qu'il ramène à l'habitude, base de la croyance.  Voir la Stanford Encyclopedia of Philosophy (William Edward Morris).

Mon vieux Galopin avait une règle de production (au sens de Prolog) qui faisait de la promenade en direction de l'hôpital un amusant exercice d'acrobatie sur un muret.  Et qu'on ne vienne pas me parler de dressage.  Je n'y étais pour rien et les promenades variaient [la règle de succession de Hume ne suffit donc pas].

« Déjà en 1912, selon Angèle Kremer-Marietti, Bertrand Russell avait répondu à toutes ces difficultés concernant l'induction ce n'est pas l'existence de quelques cygnes noirs en Australie ni même celle de toute une classe de cygnes noirs qui peut ruiner le principe d'induction :  et même si on ne peut le prouver, ce principe n'en existe pas moins pour Russell, qui ajoute qu'on ne peut pas le réfuter non plus. »

Il faut croire que Russell était meilleur logicien que Popper.  Et surtout qu'il n'était pas hanté par une idée fixe.  Mieux encore, il était meilleur ornithologue, ne confondant pas le Cygnus olor et le Cygnus atratus.  (Et on dit que la langue ordinaire est vague :  voici la vraie fuzzy logic.)

Angèle Kremer-Marietti poursuit l'analyse :  « il en ressort manifestement que pour lui toute théorie scientifique n'est que conjecture.  Il suggère ainsi une incertitude généralisée qui sera reprise par un grand nombre d'épistémologues contemporains et qui portent prétendument sur la question de savoir comment faire pour repérer une théorie meilleure qu'une autre ? »7

Elle en tire des conclusions peu rassurantes pour les prochaines décennies (période de renouvellement des idées) :  «  Ce refus inspire ou confirme les positions relativistes qui aboutissent à déprécier tout travail scientifique comme étant seulement lié à des circonstances sociales ou autres mais non purement intellectuelles et rationnelles. »7

«  De plus », continue-t-elle, en signalant une fâcheuse tendance totalitaire chez cet apôtre d'une société ouverte, « Popper prétendait orienter selon des prescriptions normatives les méthodes des chercheurs dans des disciplines dont il n'était pas lui-même spécialiste :  un philosophe ou un historien des sciences n'est pas habilité pour imposer des normes aux chercheurs. »  On ne peut que constater qu'elle tire les mêmes leçons de moi de ce que j'ai appelé le passe-droit des « philosophes », qui va plus loin que le simple droit de regard du citoyen lambda.

Les erreurs qui découlent d'une erreur centrale s'apparentent à des hypothèses dérivées.  Ainsi Angèle Kremer-Marietti remarque qu' « en ce qui concerne les niveaux d'universalité ou les degrés de précision, Popper affirmait qu'il fallait dériver l'énoncé le moins universel du plus universel. »

Sa réaction ne se fait pas attendre : « On peut se demander simplement comment faire pour parvenir à des énoncés universels dont on déduirait des énoncés sans jamais s'aider de l'induction ?  Mieux encore, comment faire pour parvenir à des énoncés déjà reconnus les plus précis et les plus universels, quand on croit avec Popper que ce résultat ne sera jamais l'effet d'une falsification. »7

[7]  Même conférence/article qu'en 6.

Un des intertitres d'Angèle Kremer-Marietti montre le lien entre les deux positions, la seconde dérivant par réaction de la première :  « Du popperisme au relativisme. »

Comme je suis mal renseigné sur le relativisme, en dehors du fait que j'y sacrifie sans doute un peu par paresse et manque d'intérêt, je propose, après ce tour d'horizon :


Du Popperisme au paupérisme

A. Kremer-Marietti résume ainsi la pensée de Popper :

1. il n'y a pas de théorie vraie ;
2. il y a des théories falsifiées ;
3. il y a des théories non encore falsifiées.

Cela concorde avec mes impressions, toutes indirectes, comme j'ai le douteux mérite de n'avoir pas été contaminé, puisque j'ai toujours fui tout texte où il était question de Sir Karl (on généralise même à partir d'une singulière expérience malheureuse, même si la personne, à l'époque, ne comprenait pas ce qu'elle me disait [cf. la sémantique est infalsifiable]). Cela à deux exceptions près. Quand j'ai ébauché la rédaction de mon « Traité des idées » et quand je me suis lancé dans cette réflexion sur les moyens qu'un sémiolinguiste peut appliquer à la reconnaissance du savoir dans l'opinion.

Angèle Kremer-Marietti confirme également mon sentiment à propos de l'origine de la faillite : c'est « le refus, dit-elle, permanent de la part de Popper, de reconnaître la possibilité d'une science certaine ; ce refus est lié à l'abandon de la vérification. »  [On note que le deuxième critère habituel des disciplines scientifiques, la reproductibilité, a partie liée avec l'induction-généralité, car une expérience reproduite ne signifie rien si elle ne vérifie pas un principe (une hypothèse ou une « loi ») doté de généralité.  Autrement dit, on ne déduit que parce qu'on a d'abord induit.]


Popper linguiste
les quatre fonctions du langage ou Jakobson aux oubliettes

Aux trois fonctions du langage distinguées par son ancien professeur viennois Karl Bühler, Popper en ajoute une quatrième :  la fonction argumentative.  Ces quatre fonctions sont les suivantes8 : 

[8]  Tiré de Wikipedia.

1. la fonction expressive ou symptomatique, où l'animal exprime une émotion, par exemple un cri de douleur.
2. la fonction de signal, par laquelle l'animal fait passer un message, par exemple par un cri d'alerte.
3. la fonction de description, par laquelle l'être doué de langage articulé peut décrire à autrui quelque chose, par exemple le temps qu'il fait.
4. la fonction de discussion argumentée, qui permet à l'homme de discuter rationnellement en exerçant ses facultés critiques, en « argumentant », par exemple lorsqu'on débat d'un problème philosophique.

Rappel pour ceux qui seraient inquiets :  le modèle de Jakobson, même s'il a des défauts, a le mérite d'être fondé sur l'induction (l'observation) et de présenter une plus grande généralité.


schéma de Jakobson
context(e)
destinateur  ⇨  message  ⇨ destinataire9
code
contact


Ce schéma ne correspond pas aux hypothèses de la théorie des opérations sémantiques.


fonctions correspondantes (Jakobson)
référentielle
émotive ⇨  poétique  ⇨ conative
métalinguistique
phatique


Un linguiste est en droit de se poser des questions sur la quadripartition poppérienne, mais en plus il s'en posera sur l'apparente superposition, animal-homme.  La fonction descriptive (pourquoi pas narrative ou confidentielle ?) serait l'équivalent humain de la fonction expressive de l'animal (comme si l'homme n'héritait pas des mêmes fonctions que l'animal).  Et conséquemment quand l'animal lance un cri d'alerte (le « cygne noir », par exemple), l'homme « argumente » comme dit l'auteur infalsifiable. Faute d'induction, observations incomplètes.  Pourquoi pas une fonction de mensonge ? Ou d'auto-dérision ?  Mais j'ai mieux, à l'usage exclusif des poppériens psittacistes, la fonction de falsification.

[9]  Jakobson renvoie à Bühler (1933) pour les trois éléments que j'ai soulignés (destinateur, contexte, destinataire).  Les schémas de Jakobson se trouvent dans « Linguistique et poétique » (1960), repris dans les Essais de linguistique générale (1963 [1970]).


La modestie d'un faussaire

Popper rapporte que, durant l'été 1919 [il avait 17 ans], il se demandait : « En quoi le marxisme, la psychanalyse et la psychologie individuelle sont-ils insatisfaisants ? »  On dit que Gauss (1777-1855) était précoce, mais il faisait une chose à la fois.  Bon, à dix-sept ans (en 1960), je fondais un club d'astrophysique et je justifiais par l'existentialisme l'homosexualité de certains de mes camarades de classe.  À ma défense, j'avais déjà résolu la question du voyage dans le temps par le voyage dans l'espace dès ma dixième année, personne n'était cependant prêt à m'entendre.  Freud m'intéressait déjà (il m'intéresse toujours) et je n'aurais jamais eu le culot de prétendre remettre en question la psychanalyse [pas plus qu'aujourd'hui, après deux échecs d'analyse, et avoir été fervent lecteur de Paul Morand], l'astrophysique ou l'existentialisme.  Il faut dire qu'à l'époque des dix-sept ans de Popper la psychanalyse avait le même prestige et provoquait les mêmes réactions que le poppérisme à notre époque, mais ce dernier n'a jamais eu aucune valeur thérapeutique (et même si l'on conteste celles de la psychanalyse, celle-ci a le mérite de remplacer le confesseur et le directeur de conscience sans nous imposer Dieu).  Et la structure de l'inconscient/du rêve reste une excellente hypothèse explicative, même si elle paraît condamnée à rester « infalsifiable ».  Ou pour reprendre le terme qui m'avait irrité plus tôt (la rectification de Bachelard et consorts) :  l'inconscient est irrectifiable10, comme « l'argumentation » de Popper est stérile.

[10]  La différence n'en est pas une de précocité, mais de milieu et d'idéologie dominante.  le jeune bourgeois Popper a sans doute réagi pour protéger ses convictions et celles de son milieu, tandis que moi j'ai cherché à y échapper et j'ai trangressé (à mon arrivée au Canada, ce sont des frères en soutane qui ont pris le relais d'instituteurs relativement neutres sauf en ce qui concerne les fils d'ouvrier ;  je passais d'un univers clos à un autre, avec un changement quant à la sorte de mépris que j'inspirais).  Par souci de justice, je cite ici un extrait de Stephen Thornton, 2005: "Karl Popper".  Dans "The Stanford Encyclopedia of Philosophy" Edward Zalta, Ed. — 1919 [il a dix-sept ans] was in many respects the most important formative year of his intellectual life.  In that year he became heavily involved in left-wing politics, joined the Association of Socialist School Students, and became for a time a Marxist.  However, he was quickly disillusioned with the doctrinaire character of the latter, and soon abandoned it entirely.  He also discovered the psychoanalytic theories of Freud and Adler (under whose aegis he engaged briefly in social work with deprived children), and listened entranced to a lecture which Einstein gave in Vienna on relativity theory.  The dominance of the critical spirit in Einstein, and its total absence in Marx, Freud and Adler (sic), struck Popper as being of fundamental importance :  the latter, he came to think, couched their theories in terms which made them amenable only to confirmation, while Einstein's theory, crucially, had testable implications which, if false, would have falsified the theory itself.  [Je souligne et le sic est de moi.  Il faut croire que le jeune Popper n'avait pas beaucoup lu ceux qu'ils suivaient par mimétisme.  Et le tour de force est de faire tout cela dans la même année au lendemain de la première guerre mondiale.  Fabulation ?]

note [2010] Parmi les « fonctions » du langage (ou de tout système de signes), il manque certaine celle de l'asservissement de l'autre, de l'injure [forme de prédication humiliante] ;  on peut faire remarquer que la fonction argumentative de feu Popper est un héritage scolastique par le truchement des colleges anglo-saxons et leru traditionnel debate.

La récapitulation des réflexions sur les opérateurs doxastiques et épistémiques est reportée en annexe à la prochaine et dernière livraison, soit la section qui suit.


Croire ou savoir (33) [fin]


Sur le savoir


Pourquoi certains contemporains attachent-il tant d'importance à ce qu'a cru et écrit Hume (1711-1776) alors qu'eux-mêmes cherchent à démontrer que le facteur temporel (qui est extérieur à la formalisation, puisqu'elle-même y est soumise) empêche la vérification ou crée de nouveaux paramètres ?  Ce qui était vrai avant 1800 ne l'est plus après, et ainsi de suite tous les (disons) cinquante ans, pour s'accélérer au XXe siècle, et passer dans certains domaines, dits « pointus » à des périodes de plus en plus courtes.

Ce qui était vrai pour Meyerson et Spaier ne l'est plus, dit-on, pour Bachelard ou Foucault.  Naturellement tous les savoirs ou tous les systèmes de croyances ne sont pas également touchés, ni en égale profondeur, mais c'est justement ceux qui s'écartent de la masse des savoirs « triviaux » qui semblent connaître les « rectifications » les plus fréquentes.  Il est cependant difficile de bien départager les véritables « révolutions de la pensée » des effets de mode médiatique ou des entreprises d'autopromotion.

L'argument d'autorité est d'origine catholique, on ne s'attend donc pas à le trouver chez les Anglo-Saxons, par une extension naturelle de propriétés (mais clairement erronée).

De mon point de vue, que je n'imposerai jamais en disant des trucs du genre « il est logiquement impossible » ou « philosophiquement intenable » :  ni l'époque ni l'auteur ne sont de véritables déterminants du savoir représenté par une proposition complétive.

Ce sont des repères ou des coordonnées.  Au même titre que le domaine d'activité principal du personnage (sa « profession ») et sa bio-datation (cf. Hume [1711-1776]).

C'est ce que fait Armand Cuvillier dans son Vocabulaire philosophique (1956) en annexe.  Le choix est parfois intéressant ou curieux.  Nietzsche (1844-1900) est un « écrivain allemand », tandis que W. Wundt (1832-1920) est philosophe, alors qu'Omnis va placer ce dernier en psychologie.

Ce sont, comme je le disais, des poteaux indicateurs et non des facteurs de validité.  Mais il est bon de savoir d'où quelqu'un parle car on pourrait fabriquer une règle intuitive du genre :  l'incrédibilité d'un individu est inversement proportionnelle au degré de spécialisation qu'il a par rapport au sujet de son énoncé.

Toutefois, ce genre de règle n'est valable qu'approchée, comme la loi de Mariotte, et à température constante (lire :  honnêteté constante ou égale).  Il en va de même pour la fiabilité de la source d'une citation ou d'une information (présomption d'appartenance à un savoir).

Prenons l'exemple qui m'a fait refermer le volume quand je l'ai parcouru la première fois.  Roger Caratini, auteur de l'Encyclopédie Bordas1, expliquait que la phrase « la Norvège est un pays méditerranéen » était correcte quant à sa syntaxe et à son contenu (!), mais pas géographiquement, « ce qui n'intéresse pas le linguiste », ajoutait-il, [faisant de l'intéressé une sorte de brute ignorantissime, comme l'automate de Chomsky].

[1]  Dans le volume 00/09, Index, généralités. Chapitre « Méthodologie du travail intellectuel et scientifique ».  001.2,A,a (pas de numéro de page).  La loi en question se trouve en 001.2,C,a.  On remarquera qu'il introduit la notion de « loi scientifique » de façon très humienne, après avoir ramené le principe du déterminisme à une hypothèse. complément à propos de contenu En 1972, date de publication de l'encyclopédie en question, aucune crainte que contenu ait été pris aux sens que lui donne 24 ans plus tard le Robert. 1) de ce qu'il y a dans une phrase asémantique et 2) de ce qu'il y a dans une proposition logique, comme il s'agit de syntaxe à l'heure de gloire du chomskysme.

En quoi il a tort.  Mais comme sur la même page se trouve un portrait de Chomsky, anything goes, dirait un relativiste.  En fait, même là, Caratini a probablement tort, car s'il ne fait pas intervenir le « sens » (ou plutôt la référence, au goût de chacun :  aujourd'hui je suis accommodant), un générativiste doit quand même faire intervenir les relations ou restrictions sélectionnelles (que les dictionnaires traduisent ou traduisaient souvent par « se dit de »), or celles de « méditérranéen » se confondent avec son sens ou sa définition.  À sa décharge, on reconnaîtra qu'il mêlait également les logiciens à l'affaire.  Manque de sagacité, mais à l'époque où il travaillait (1978), l'horizon épistémique tendait à se confondre avec l'horizon idéologique, en ce qui concerne le sens au moins (je faisais mon DEA à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales).

Bon.  Il fallait que je relativise, puisque je vais lui emprunter une « loi scientifique » (je suppose que je pourrais la trouver ailleurs, mais le principe du moindre effort a tendance à intervenir).  Voici une « loi mathématique » (en fait, physique) :

« en appelant g l'accélération de la pesanteur en un lieu donné, t le temps de chute libre d'un corps dans le vide, l'espace parcouru au bout du tempst est : x =1/2gt². »

Je repensais aux affirmations de Popper, qui suit (ou devance) le modèle Hempel-Goodman.  L'erreur, selon moi, est en partie de faire de toutes les universelles des lois et inversement.  Je jonglais, en cherchant le sommeil, avec la « traduction logique » à donner à la loi de Mariotte.

« À température (t) constante (c), le volume (v) d'une masse gazeuse (D) varie en raison inverse (x/x'=y'/y) de sa pression (p). »2

D(t, c) ⇒ D(v/v' = p'/p)

[2]  Omnis, à « compressibilité ».  Corroboré dans le GML, auquel j'emprunte la proportion inverse et le symbole de la masse gazeuse.  Le GML donne trois formulations différentes de la loi.

Le rapport proportionnel ne semble pas réductible à une proposition logique, à moins de concevoir un prédicat (I = raison inverse) qui aura lui-même une traduction 1) expérimentale, 2) mathématique.

D(t, c) ⇒ I[D(v) ⋀ D(p)] où I est v/v' = p'/p

Note :  il existe un signe qui a le sens de proportionnel (∝).  [Je risque une réécriture, qui vaut certainement bien la première : 
D(t, c) ⇒ D(v ∝ p)].

Plutôt que de bricoler des formules sans corroboration possible, il est plus intéressant ou du moins probant de réexaminer [le cadre ci-dessous est du 31 mars 2008, revu le 2008-07-15 21:03:19] ce que Popper affirmait avec une certaine légèreté des universelles. 


citation de Popper avec traduction et commentaire
universal statements (i.e., they take the logical form 'All As are X', or some equivalent) which are therefore concealed conditionals — they have to be understood as hypothetical statements asserting what would be the case under certain ideal conditions. Les propositions universelles, c'est-à-dire qui prennent la forme de « toutes les théories sont falsifiables » [l'exemple est de moi] ou quelque équivalent et qui sont donc des conditionnelles dissimulées — elle doivent être entendues comme des propositions hypothétiques assertant un état de choses sous certaines conditions idéales.
∀x (Tx ⇒ Fx)

Tout T est F.  Contraposition  ⇨ 

∀x (¬Fx ⇒ ¬Tx) —

Aucun infalsifiable n'est une théorie (tout non-falsifiable est non-théorie). 

Le problème, comme je l'ai déjà signalé, c'est que d'une part que les universelles ne sont pas toutes des lois scientifiques (l'opinion peut prendre cette forme, comme l'injure, et l'idéologie) et que de l'autre ces Messieurs Popper, Goodman et Hempel confondent inférence inductive et implication conditionnelle comme le faisait encore récemment François Rastier.  Une universelle (à laquelle j'adjoins une générale ℧) peut très bien se mouler dans le si[_] alors[_], mais si l'on formalise, il faut alors distinguer ⊢ de ⇒.  Dans chacune il y a un point de départ (dit condition ou antécédent) et une conséquence, mais celle-ci n'est pas comprise dans sa condition en ce qui concerne l'inférence, contrairement à ce qui se passe dans l'implication, même déguisée en attribut.  Quand Popper réduit l'universelle à une hypothèse, il ne s'aperçoit pas que l'hypothèse est le point de départ du raisonnement et l'induction sa conséquente.  L'entreprise ne consiste donc pas à dénombrer les cygnes ou les corbeaux, cela ne s'appelle pas induction, mais inventaire.  On remarquera que la générale ℧ proposée n'est pas annulée par la contraposition, même dans son application moderne et intempestive. 

℧x (Tx ⇒ Fx) →τctp→ ℧x (¬Fx ⇒ ¬Tx).

La même issue attend la formalisation avec l'inférence. 

∀x (Tx ⊢ Fx).  →τctp→ ∀x (¬Fx ⊢ ¬Tx).
note — On remarquera que Popper est un idéaliste :  la condition d'une hypothétique n'est idéale que in the eyes of the beholder, dirait Shakespeare, c'est-à-dire aux yeux de celui qui la pose.  — Pourtant d'habitude très à cheval sur ces questions, Cuvillier (dont la première édition est antérieure de vingt ans au manuel de Thonnard) cite la forme moderne de la contraposition sans mise en garde au sujet de son application aux affirmatives universelles, dont Thonnard signale les résultats paradoxaux (il emploie le mot « obscur »).


Sur la croyance


Les jongleries tâtonnantes sur le cas de Mariotte plus haut me rappellent l'époque où myope je cherchais mes lunettes ;  aujourd'hui par un injuste retour des choses, c'est pour lire ou manger que je les cherche, mais je n'ai plus besoin de tâtonner, grâce au chirurgien qui m'a ouvert les yeux.

Je ne suis pas du tout persuadé que la croyance vienne de l'habitude et qu'ensuite on parvienne à en dégager le savoir.  Ni empiriste ni poppérien ni relativiste.  Je doute même que le critère de vérification externe du savoir soit entièrement valide.

J'imagine très bien des petits malins en train de « vérifier » des opinions pour les déclarer valides ensuite.  Après tout, je peux moi-même témoigner que la première version d'un semblant de sémantique chez Chomsky (bien avant la forme logique super-profonde) était le système de croyances (belief system).  Et Ruwet a entretenu ce genre d'opinions encore en 1981.  À cette époque, je me faisais la main sur les expressions idiomatiques et sur la toute première forme de la règle d'inférence sémantique, inspirée de la phonologie (drôle d'idée !)[1].

Tout cela pour dire que la croyance ne se transforme pas nécessairement en savoir.  En fait, les chances sont minimes.  Le plus étrange c'est que je peux constituer un savoir d'opinions.  Je veux dire par là établir une liste ou un catalogue (un système) de « propositions » tombant dans le champ de la croyance (par thème, par domaine, etc.).

Une information comme celle qui concerne le premier appontement d'un avion sur un navire en marche (1917) constitue un savoir (un élément de savoir), au même titre que 1515, alors que l'idée même de sainteté est une croyance.

On trouverait ainsi des « concepts » comme l'eschatologie qui sont les équivalents des chimères.  Il devient alors difficile de postuler la possibilité d'un « crible » permettant de distinguer les éléments de croyance des éléments de savoirs (sauf peut-être pour des savoirs triviaux comme en matière de sport ou d'actualité [mais l'actualité politique n'est pas un terrain où croît aisément le savoir]).

L'étude des opérateurs esquissée au cours de ces réflexions n'a cependant pas été tout à fait vaine.  Il est même possible que si l'on inverse l'ordre des compléments de la dernière phrase du paragraphe précédent (avant la parenthèse), on soit sur la voie.  D'un point de vue rationnel il serait plausible d'imaginer que le savoir (ce que l'on sait) soit plus facilement reconnaissable que ce que l'on croit, même si le trait émotif/affectif inhérent à la croyance la rend plus « prégnante » et plus convaincante.

La démarcation n'est pas aussi facile à établir que le croyait Popper.  Que penser d'une théorie qui rejette la définition de son fondateur pour continuer à exister ?  C'est ce qui est arrivé dans la théorie des ensembles.  Cantor en donnait cette définition (cf. Caratini3) :

[3]  Caratini, même volume que [1], 001.2,A,d.

Par ensemble on entend un groupement en un tout d'objets bien distincts de notre intuition ou de notre pensée.4

[4]  On voit le potentiel d'ambiguïté (Cuvillier [Cuvillier, Armand. 1956. Vocabulaire philosophique. Paris : A. Colin.] signale qu'il s'agit dans ce cas d'amphibologie — ambiguïté de proposition — j'imagine la tête des détecteurs d'ambiguïté syntaxique que sont les générativistes).  Mais ce n'est sans doute pas pour cela qu'elle a été abandonnée, bien que les formalistes trouveraient à redire à cette intrusion de la pensée humaine dans la pensée mathématique.

Caratini prétend que l'abandon de la définition vient du fait que l'axiomatique moderne y voit un cercle vicieux qui dirait « un ensemble est un ensemble ».  Il a tort une fois encore.5 Une définition est par définition une tautologie.  Comme la réunion des éléments « quatre côtés, côtés égaux, quatre angles droits » est un carré.  Incunable et « qui date des premiers temps de l'imprimerie » sont réciproques et peuvent commuter dans le contexte « une édition ___ » à sens équivalent.

[5]  Et cette fois, ce n'est pas « par association », comme disent les Anglo-Saxons ;  ce n'est pas pour avoir suivi à la lettre le générativisme à ses débuts.

L'explication de Bouvier, George et Le Lionnais est plus convaincante :  elle conduisait à des paradoxes qu'il a fallu résoudre. « Soient E et F deux ensembles ;  pour que l'on ait E = F il faut et il suffit que les relations x ∈ E et x ∈ F soient équivalentes. »6  On peut aussi songer à Russell et son paradoxe, que signe A. D. Irvine.

[6]  Dictionnaire des Mathématiques, pp. 294-295.

Que penser en outre du déterminisme ?  On laisse entendre qu'il a succédé au causalisme, qui est (ou était) fondé sur « l'observation » d'après laquelle « tout ce qui arrive a une cause par laquelle il arrive » (Omnis)7; ici é = événement, e = effet , c = cause :

[7]  Dictionnaire encyclopédique alphabétique en 1 vol. 1977. Larousse.

⊺é [é ⇒ (c ⇒ e)]

Déterminisme8 ;  ici e = événement, e' = effet, ↶ = précède, ↷ = suit :

⊺e [(e' ↶ e)* ⋀ (e' ↷ e)]

*doit se lire de droite à gauche. 

[8]  Omnis :  Hypothèse générale suivant laquelle tous les événements de l'Univers sont liés ensemble de sorte que, s'il était possible de les connaître tous et intégralement, on constaterait qu'ils sont à la fois nécessairement conditionnés par les événements antérieurs et conditions nécessaires de tous les événements à venir.  Infirmée par Bohr et Heisenberg en mécanique quantique.

On peut aussi noter la chose de cette façon, pour éviter la gymnastique visuelle et intellectuelle :

⊺e [(e ≺ e')* ⋀ (e' ≻ e)]


L'hypothèse gamma Γ et ses outils


Le point de départ de sa formalisation :

a)  KaP ⇔ (BaP ⋀ P)

que l'on doit à Hintikka (1962), c'est-à-dire : « le savoir est une croyance vraie ».  J'ai essayé de remonter à son origine9 :

b)  [BaP ⇔ ¬(KaP ⇒ P)] v [BaP ⇔ (¬KaP ⋀ ¬P)]

[9]  Il existe une première approximation dans la livraison 15 de cette série.  Celle qui apparaît sur le site est corrigée, mais je ne suis pas sûr du statut exact de la négation.  Vérification faite dans Blanché  [Blanché, Robert. 1968. Introduction à la logique contemporaine. Paris : A. Colin.] :  ¬p est faux si p est vrai.  le service à thé est introuvable  La mémoire me joue des tours.  Je ne retrouve pas l'exemple des tasses à thé pour le paradoxe russellien.  L'aurais-je inventé ?

Il est entendu que K = Know et B = Believe.  Par la suite j'adopte des lettres grecques, savoir = ε ;  croire = Δ et énoncer = Γ.


Les contraintes de l'hypothèse Γ

A)  Ce n'est pas la proposition ou l'énoncé qui détermine en toute certitude la nature de l'opérateur, mais le sens de la proposition est en intersection avec le sens de l'opérateur, soit p ∩ Γ.

B)  Ce n'est pas non plus le statut social de l'agent d'énonciation (a) ni simplement l'agent lui-même qui détermine la nature de l'opérateur.

C)  Enfin ni l'agent d'énonciation ni son statut ne déterminent la validité de l'énoncé p.

À ces trois premiers principes il faut ajouter D) :

D)  Il y a présomption que l'énoncé appartienne au savoir (p ∈ ε) si le domaine de l'énoncé p recoupe le domaine de l'agent d'énonciation a dans a Γ ℙ (lire :  a énonce ℙ), l'opérateur gnostique étant « neutre ».

L'hypothèse Γ (gamma) est développée de cette façon : 

p ⇒ ap ⇒ a Γ ℙ ⇒ (a ε ℙ v a Δ ℙ) ⊢ (ℙ →⊤→ a ℙ →⊤→ a Γ ℙ  ⇨  (a ε ℙ v a Δ ℙ))

Ce qui se lit :  Un énoncé implique un énonciateur (agent d'énonciation) qui implique un mode d'énonciation, ici au moyen d'un opérateur gnostique, qui implique soit un opérateur épistémique soit un opérateur doxastique).  On en déduit (⊢ = par inférence) que tout énoncé peut être transformé (-T-> [→⊤→] se lit devient par transformation) en distinguant l'énonciateur de l'énoncé et de son opérateur.

En guise de post-scriptum :  que se serait-il passé si Popper, au lieu de penser à son expérience néo-zélandaise, avait pris comme prédicat is_a_Cygnus (genre) qui accueille les deux couleurs ?  Il a, comme on le sait, falsifié avec succès son universelle [qu'il ne reconnaissait pas de toute façon].

Variante :  et si Hempel avait fait de ses faux prédicats (puisque ce sont des implications) des classes ? classe des corbeaux (C), classe des oiseaux noirs (N). ∀x (Cx ⇒ Nx) peut demeurer, mais la contraposition ne peut pas se faire puisqu'un oiseau peut très bien appartenir à la classe des oiseaux noirs sans être membre de la classe des corbeaux.  Toutefois, sa formule s'écrirait mieux :

∀x (Cx ⇒ Nx) ⇒ Cx

tel que ∀(Cx ⇒ ¬Nx) ⇒ ¬Cx,

et ainsi de suite, ad libitum et ad nauseum.

Finis coronat opus

notes de la page 5 (dernière) de croire ⋁ savoir

[1]  Je rappelle qu'il ne s'agit pas d'une implication.  Une forme linguistique n'implique pas un sens.  xiz en est une et n'implique que la recherche d'un sens (inconnu en français).  Ceci dit, la confusion entre les deux peut s'expliquer du fait qu'une relation d'implication puisse faire l'objet d'une inférence.  L'implication comme opération est d'ordre logique, tandis que l'inférence est toujours une opération (et jamais une relation) et ressortit au domaine (sémio-)cognitif.

[2]  On sait, depuis, que ce ne fut qu'un déjeuner de soleil ou un engouement sans lendemain.  Je dois confesser que formaliser pour le plaisir de formaliser me semble un travers plutôt pervers.

ns  —  Il y a des successions qui ne sont pas causales.  Sans vouloir chercher un exemple compliqué ou trop simple (8 ne cause pas 9), dans le cas de l'effet domino par exemple, ce n'est pas le fait que les dominos se succèdent qui entraîne leur chute en cascade, mais la distance qui les sépare. [février 2009]

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