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De l'inférence sémantique




Synonymie (suite et fin)




et la règle dans tout ça ?  ·  comment s'assurer qu'il n'y a pas de synonymes  ·  René Bailly  ·  Bernard Quémada  ·  sur les synonymes (extr. de la GE du XIXe siècle)  ·  Extraits de Girard et Beauzée  ·  Levizac (copie de Girard)  ·  Extraits de Lafaye  ·  théorie des synonymes de Lafaye  ·  Lafaye sur Craindre et cie  ·  Extrait de Boissière :  peur




« Ce sont les approches de la mort
que nous avons à craindre. »
 
Montaigne.





Et la règle dans tout ça ? 

Le gros inconvénient de l'étude qui précède tient à l'obligation où l'on se trouve de recourir à son sentiment linguistique (la redoutable intuition, mieux honnie sous la dénomination d'introspection).  Même bien informé et rodé, un locuteur (y compris les linguistes qui parlent de leur idiolecte) est toujours susceptible de prendre non pas des vessies pour des lanternes, mais bien la signification pour le sens et d'invoquer la « connotation » pour distinguer X de Y.  C'est d'ailleurs ce qui constitue le danger de recueils produits par les antisynonymistes.  Et comme ils ont tendance à se copier sans vergogne, ils maintiennent des distinctions qui ne sont peut-être plus de nos jours et qui étaient déjà, à l'origine, artificielles.

On peut à juste titre s'inquiéter de leur tournure-fétiche :  à proprement parler, quand on sait que l'argument du sens propre est la plupart du temps rhétorique.  Le sens propre fait appel au sens critique.  On comprend donc parfaitement le bien-fondé où se trouverait une approche strictement distributionnelle, mais l'inconvénient ici tient à ce que même la sémiotaxie n'est pas à l'épreuve de l'erreur :  En admettant que l'on dresse effectivement les paradigmes des cooccurrents de X, rien ne garantit que A et B dans AXB se construisent également avec Y (soit AYB), sans qu'X et Y ait d'autre rapport entre eux que d'être des formes d'une même langue, en admettant un corpus unilingue.

Il y a vingt-sept ans [écrit en 2010], sur un corpus très limité, j'ai étudié la possibilité de mettre au point des règles de synonymie, de manière assez myope et avec un appareil assez lourd, repris en partie dans une annexe de l'Essai.  C'est le corpus d'origine qui sert de point de départ à la démonstration.  Je me garderai bien de l'intégrer ici.  Je ne lui emprunte que ce qui semble en être la synthèse, après l'examen de la synonymie potentielle de « juste milieu » et entre-deux.

« On retiendra que dans la synonymie, il faut envisager non pas deux termes et une totalité de contextes irrecensable et qui ne prouverait même pas l'identité du premier ou du second terme, [indépendamment l'un de l'autre,] mais bien un énoncé-cadre où deux termes sont en mesure de commuter compte tenu de la satisfaction d'une ou de plusieurs conditions. »  Bien qu'il s'agisse là d'une conclusion, elle peut très bien servir de point de départ à une spéculation sur le rôle potentiel de la règle.  Si les règles synonymiques développées en 82-83 et reprises dans l'Essai se paraient de l'inférence, ce n'était qu'un déguisement plus ou moins habile.  La seule formulation plausible est celle de la phrase citée : 

A)  x, y ∁ [[⊤x⊤] ≡ [⊤y⊤]] ⋀ ≍{z} ⊢ [yx]

Comme on le voit, il ne peut s'agir que d'une règle dérivée de celle d'inférence sémantique, les mots substituables correspondant à des sens équivalents dans des conditions équivalentes.  Les conditions minimales sont ici l'équivalence de contextes, le contexte étant représenté par [⊤x⊤], et l'équivalence de sens attribuable, résumée par {z}, mais qui peut se déployer comme suit : 

B)  [[x ≍ {z}] ≡ [y ≍ {z}]]

Il est bien ici question de sens attribuable (ou assignable), c'est-à-dire de sémantisation et non de définition.  À tort ou à raison, un lexicographe qui se respecte ne songerait pas à donner à deux mots distincts par la forme une définition identique en tous points, surtout s'ils sont suspects de synonymie, à moins de correspondre aux critères d'acceptabilité qui ont cours (un exemple hors de mon domaine, les niveaux de langue).  Pas plus qu'il n'exploiterait la formulation d'un autre dictionnaire sans y apporter son grain de sel ou son point de vue, rectification ou correction nécessaire le Trésor fait exception, voir plus bas).

On a remarqué sans doute que le traitement donné dans les diverses sources lexicographiques (au sens strict, ici, excluant les recueils antisynonymiques) s'accroissait en fonction de la taille de l'ouvrage.  Un dictionnaire de poche, en raison de son exiguïté, non seulement réduit le nombre d'entrées, mais va recourir davantage à la synonymie pour réduire la taille des articles et ses acceptions se feront plus sélectives, comme les définitions, cf. ici même les tableaux du Larousse classique et du Larousse de poche.

Le même phénomène existe encore dans les dictionnaires en un volume, même quand ils passent à l'électronique, comme c'est le cas du Petit Larousse.  La perspective des dictionnaires Larousse a d'ailleurs changé peu après 1982 (cette remarque ne s'applique pas aux dictionnaires en plusieurs volumes  —  encyclopédiques ou de langue) ;  j'ai personnellement (à tort ou à raison) attribué ce changement à un renouvellement de l'équipe, avec pour conséquence l'abandon de la tradition Larousse qui liait le sens au syntagme qui servait d'exemple et l'organisation de l'article en fonction de la fréquence et non de l'historique du mot, comme c'est le cas dans le Petit Robert (modèle OED).  Le DFC et le Lexis ne semblent donc pas avoir de successeurs dignes de leurs avancées.

Ceci ne veut pas dire que l'on trouvera davantage et mieux dans les dictionnaires plus étendus.  La grande entreprise lexicographique du XXe siècle, le Trésor de la langue française, n'est pas nécessairement plus utile ou plus pratique que le Petit Robert.  Sa nomenclature, par exemple, ne comporte pas ‘monstration’.  Plus près de notre sujet, ‘peur’ comporte une définition inutilisable.  S'il donne les synonymes, il ne tente heureusement pas d'en distinguer « les nuances » (sauf erreur de ma part :  et je me trompais, car « l'étude synonymique » est masquée sous l'abréviation Rem.).  J'admets que je ne le connais pas encore très bien, mais l'accumulation des exemples littéraires est un luxe pédant.  Il importe peu à l'usager que Colette utilisé tel mot de telle manière.  Et le choix des exemples laisse à désirer, par exemple, Teilhard de Chardin, à ‘phylum’, qui n'est guère plus utile que la citation du même que faisait Cuvillier.  Je viens en outre de tomber sur une réutilisation d'une citation (de Balzac), exploitée à ‘haubert’ et à ‘pennon’.  Cela fait penser à bouteille d'eau minérale sur la table de Le Clézio dans le Lexis.

Or il ne suffit pas qu'une forme apparaisse dans une phrase pour que cette phrase soit « diagnostique » ou pertinente quant au sens attribuable à la forme, à sa sémantisation.

Cette critique vaut également pour le Petit Robert qui a une fâcheuse tendance à construire des acceptions en fonction de ses exemples, alors que l'exemple ne doit que confirmer et illustrer une définition ou une acception dotée d'une certaine généralité.  Le corpus du lexicographe ne doit pas figurer dans le dictionnaire au titre d'exemples.  Cette tendance est une forme de circularité autrement plus nocive que la poule comme femelle du coq (ou est-ce l'inverse ?).  C'est un travers fâcheux chez Cuvillier (qui n'est pourtant pas lexicographe), dont l'exemple est souvent une manière de signer la définition.  On notera aussi que l'exemple signé (la citation) remplit mal son rôle de paradigme d'emploi comme il est marqué au coin d'un locuteur donné, qui préférait le style au sens dans la plupart des cas.

Ce qui tend donc à se produire, c'est qu'avec un dictionnaire plus détaillé, la synonymie se dilue, tandis que les articles et les définitions gagnent en spécificité, quittes à traiter un terme général de la langue comme un nom propre.  Ce que confirme alors la citation.  Le mot n'est plus un mot de la langue, mais un mot au sens de X, c'est-à-dire un mot au sens de Céline, Hugo, Chateaubriand... ou Colette.

Cette digression avait en réalité pour objet une analogie que l'on peut imaginer entre les dictionnaires (que je traite par méthode, on le sait, comme des locuteurs et des interprètes), selon la taille de leur vocabulaire et l'approfondissement de leur analyse, comme des sujets parlant la langue avec plus ou moins de bonheur et de compétence.  La synonymie serait ainsi un mode privilégié chez le locuteur lambda tandis que le puriste serait la réincarnation de La Bruyère, disputeur de synonymes et spécialiste de la « dissertation de mots », selon le mot de Mme de Maintenon.

Pour ne pas clore cette partie du supplément sans une fiction de conclusion, on aura peut-être remarqué que B) ci-dessus, s'il déplie la condition sémantique de A), ≍{z} = au sens de z, est en soi « redondant », l'équivalence s'établissant automatiquement entre mots qui auraient le même sens.  B) peut donc sembler superflu, mais toute autre formulation se heurterait à la difficulté d'une équivalence sans un sens équivalent, comme en C) : 

C)  [[x≍{a}] ≡ [y ≍{b}]]

La solution consiste évidemment à parler en termes d'éléments de sens.  Et D), alors, devient une condition hypothétique où l'équivalence entre les deux formes+sens est relative au nombre d'éléments de sens partagés : 

D)  [[x≍{z|a}] ≡ [y ≍{z|b}]]

Pour illustrer cette équivalence relative, je me proposais de prendre ‘craindre’ et ‘redouter’, mais le TLF donne une double acception pour ‘redouter’ :  Craindre fortement quelqu'un ou quelque chose; appréhender (quelque chose à venir) avec angoisse.  Sans qu'on sache évidemment si pour le lexicographe les deux formulations sont équivalentes.  Attardons-nous donc sur ‘redouter’ défini à partir d'appréhender, qui semblait au contraire s'en écarter : 

≝ « Envisager avec une inquiétude mêlée de crainte quelque chose d'imminent et encore mal défini. »  Compte tenu de cette acception, « appréhender avec angoisse » devient « envisager qqch d'imminent [et encore mal défini] avec angoisse ».  On remarquera que ce que j'ai mis entre crochets n'est pas absolument compatible avec l'intensité que l'on prête à l'angoisse, que confirme le sens courant relevé par le TLF : 

angoisse ≝ «  Inquiétude intense, liée à une situation d'attente, de doute, de solitude et qui fait pressentir des malheurs ou des souffrances graves devant lesquels on se sent impuissant. » (Trésor)

Toutefois, l'intensité n'est probablement pas une notion sémantique (sauf si on étudie le sens les formes apparentées à ‘intense’) et tient à l'expression (le discours quotidien est souvent hyperbolique) et à l'exploitation pragmatique.

On remarquera également que le Trésor semble combiner pour ‘appréhender’ les deux segments équivalents du Petit Robert :  Envisager (qqch.) avec crainte, s'en inquiéter par avance.

Dans les trente contextes recueillis pour ‘appréhender’, on ne relève pas le caractère {imminent}, mais plutôt {plus ou moins proche}.  C'est enfin l'idée de {suite} ou {après} qui semble la plus fréquente.

Les substitutions choisies pour le couple ‘appréhender’ et ‘redouter’, où ce dernier commute avec l'autre, même la substitution que j'ai marquée semble après coup acceptable.  On donc supposer que la règle synonymique, dans sa formulation complète s'applique : 

E)  x, y[[⊤x⊤] ≡ [⊤y⊤]][[x≍{z|a}] ≡ [y ≍{z|b}]] ⊢ [yx]

Essayons de rester intelligible.  Si l'on prend le cas du verbe ‘appréhender’, il faut prendre garde à ne pas le faire suivre d'un c.o.d. humain, pour éviter toute confusion avec ‘appréhender’ ≍ {mettre en état d'arrestation}.  Admettons donc appréhender le froid, qu'on peut tirer de « appréhender l'hiver » (tableau 5), comme on a dans le tableau 4 redouter le froid ;  si la flèche d'intensité ⇧⇩ s'applique pour l'avenir, d'après Lexis-DFC, on peut considérer que c'est affaire d'appréciation personnelle dans le cas du froid.

La neutralisation d'un élément de sens avait été mise en évidence par Jean Dubois (1964) et l'on peut considérer qu'un sens dans un énoncé-cadre, abstraction faite du sens qu'il prend, marque toujours un écart par rapport à l'acception recensée.  Si l'on travaille avec une formule sémique {a, b, c, d}, chaque élément de sens peut être précédé de ±, y compris celui que l'on considérerait comme le principal.

En bleu, donc, dans E), on a l'équivalence contextuelle qqn redoute le froidqqn appréhende le froid.  On remarquera que l'ancienne condition de synonymie (celle d'il y a 25 ans) s'applique également, c'est-à-dire ≡ quelqu'un craint le froid, mais ce n'est déterminant ici que parce qu'elle pourrait confirmer l'examen du tableau ci-dessous.

En ocre dans la règle en E), on a la condition la plus délicate, celle que tout bon lexicographe s'efforce d'exclure d'une acception, sans doute en raison d'une séquelle de la doctrine du mot juste.  Pour se rassurer, on peut comparer les définitions du TLF : 


appréhender/redouter [⊥ froid]
redouterappréhender
TLFCraindre fortement quelqu'un ou quelque chose; | appréhender (quelque chose à venir) avec angoisse.Envisager avec une inquiétude mêlée de crainte quelque chose d'imminent et encore mal défini
Petit RobertCraindre comme très menaçant | appréhenderEnvisager (qqch.) avec crainte, | s'en inquiéter par avance.

L'équivalence sémantique, dans E), et figurant en D), se traduit en exemple de la façon suivante :  redouter ≍ (au sens de) {craindre ±{fortement ⋁ comme menaçant}} ≡ (équivaut à) appréhender ≍ (au sens de) {craindre ±{inquiétude ⋁ imminence}}.

On note que j'ai bousculé l'ordre des éléments de définition du TLF comme ceux du Robert, en ce qui concerne appréhender, principalement parce que je ne partage pas le choix qui est fait de rattacher ‘appréhender’ à ‘inquiétude’.  L'inquiétude peut difficilement être le genre prochain de l'appréhension.

inquiétude ≝ « État de préoccupation, de trouble ou de tourment qui empêche le repos, la sérénité. » (TLF ;  il s'agit de l'acception courante [comme si la sérénité était l'état normal], avant le glissement vers le pathologique).  On remarquera, à ce sujet, que le Trésor définit l'appréhension2, c'est-à-dire au sens de {crainte}, par le verbe :  « envisager avec inquiétude une chose imminente ».  On ne peut s'empêcher de remarquer que l'exemple cité de Paul-Louis Courier va à l'encontre du « mal défini » et de la conception de l'appréhension comme une crainte atténuée, tandis que le fait de redouter serait une crainte intense.  Il y est en effet question « du plus grand des désastres ».

Mais j'ai trop conscience de la difficulté du travail d'un lexicographe pour poser en réformateur.  Quant à l'application d'une règle de synonymie, elle est chez le locuteur une application implicite des inférences signalées ici, à partir de l'équivalence du contexte verbal et des sens assignables.





Comment s'assurer qu'il n'y a pas de synonymes


René Bailly

Le titre est bien sûr ironique, mais René Bailly, s'il relève des synonymes, a bien soin de les qualifier, car les « synonymes indiscutables » forment « un cadre étroit » (les expressions sont de lui).  Son recueil regroupe donc ; 

1  —  Les synonymes à même radical, du type :  déraisonnable-irraisonnable ;  ridicule-risible.

2*  —  Les synonymes à radicaux différents, du type :  commencement-début ;  craindre-redouter.

3  —  Les synonymes se distinguant par un degré d'intensité de sens, du type :  bassesse-abjection ;  nuisible-pernicieux ;  protéger-défendre.

4  —  Les synonymes se distinguant par une différence d'affectation, du type :  concierge-portier ;  majuscule-capitale.

5  —  Les synonymes socialement divers :  a) langage usuel et langage didactique ou technique, du type :  amaigrissement-étisie ;  fondre-fuser ;  imprimer-tirer  —  b) langage correct et langage familier, populaire ou argotique, du type :  laisser-plaquer ;  ventre-bedaine-bidon.

6  —  Les synonymes chronologiquement divers (archaïsmes et néologismes), du type :  chevalier-preux-paladin ;  défaveur-décri ;  distinguer-discriminer ;  gêner-handicaper.

7  —  Les synonymes géographiquement différents (mots dialectaux et étrangers), dans la mesure où ces termes sont entrés dans le français courant, du type :  fête-assemblée-kermesse ;  goûter-lunch.

8  —  Les synonymes analogiques, groupés autour d'un terme général commun, du type :  cours d'eau-ruisseau-rivière-fleuve ;  vent-brise-bise-zéphyr.

9  —  Les synonymes discutés pour une raison étymologique ou grammaticale (barbarismes), du type :  ésaventure-avatar ;  parler-causer ;  résoudre-solutionner.

10  —  Les faux synonymes (comme mise en garde), du type :  métis-créole ;  pire-pis.

*rem  —  Ces deux premières distinctions semblent être attribuables à Bernard Lafaye (1858).


Bernard Quémada

Dans son son remarquable ouvrage de 1968 sur les dictionnaires, Bernard Quémada déroute un peu en établissant une catégorie qui semble, à l'examen assez peu fondée :  il distingue les synonymes absolus des synonymes approchants ou analogues [en fait, il reprend Lafaye], et ceci, après avoir décrit la démarche des « synonymiciens » (pour faire pendant à la « synonymique ») comme contradictoire, sauf qu'il parle de leurs objectifs, l'un étant de « rapprocher des mots dans la signification reconnue comme identique ou tenue pour équivalente » et l'autre de « distinguer (...) les termes susceptibles d'être confondus en précisant la nuance de sens capable de les différencier ».

Quémada s'appuie curieusement sur « les analyses [il dit :  toutes] effectuées du XVIe au XIXe siècle » qui aboutiraient à une seule et même constatation :  « il n'existe d'équivalence rigoureuse [je souligne] entre deux termes que dans des catégories lexicales délimitées, associées à des concepts ou à des techniques spécialisés, conditions que remplissent seuls certains termes concrets des vocabulaires scientifiques ou techniques. »

Le synonyme absolu est donc un mot en double et surtout ne fait pas appel à la sémantique, mais à la grammaire et à la dénotation (désignation).

Il ne me fera pas croire que cette conclusion figure en l'état dans les ouvrages qu'il a recensés, même si la plupart des synonymiciens sont des antisynonymistes et répètent à satiété l'anathème du Grand Siècle.  On a affaire, à la rigueur, à des variantes sur le thème de l'abbé Girard (une langue bien faite n'a pas de termes en double) qui est plus une doctrine (celle du mot juste) que le résultats des analyses qui ne viennent qu'au XIXe siècle, avec Laveaux, Guizot, Lafaye.  Mais celles-ci (y compris celle de Lafaye, utilisant l'idée d'intersection de cercles) s'appuie sur des préjugés du siècle précédent (Lafaye paraphrase Port-Royal), assimilant synonymie et mauvaise poésie.

L'analyse de Quémada fait de Girard le grand théoricien de la synonymique, que j'ai décrit moi-même comme l'antisynonymiste type.  Quémada a beau jeu de s'appuyer sur les analyses du XIXe siècle quand il cite cette phrase de la préface de Laveaux :  « les mots synonymes, qui en effet n'existent pas... »  Guizot, sur qui s'appuie Lafaye, note ainsi qu'il a « choisi les mots qui m'ont paru le plus véritablement synonymes, ceux qu'il est le plus aisé de confondre, et par conséquent plus utile de distinguer les nuances. »  [Je souligne.]

Lafaye également (dans Quémada) ne retient que « les mots que distingue une nuance de sens ».  L'inconvénient de cette formulation (je ne dirai pas qu'elle ne veut rien dire) tient à ce qu'il est impossible d'isoler techniquement une « nuance de sens ».  L'exemple que je trouve en ouvrant Bailly au hasard est clair dans la confusion qu'il engendre :  « C'est la sensibilité qui suscite la gratitude et la justice qui inspire la reconnaissance. »  Je renvoie le lecteur à l'article gratitude ;  contentons-nous de comparer ce que l'on nous donne comme « différence » : 

a)  il implique des actions par lesquelles on s'acquitte d'obligations contractées.

b)  accompagné de la conscience qu'on doit quelque chose en retour.

La phrase-exemple peut elle-même être scindée pour mettre en évidence l'absence d'éléments de comparaison : 

c)  la sensibilité suscite la gratitude

d)  la justice inspire la reconnaissance

La préséance donnée à gratitude par Bailly est révoquée en doute par les acceptions compatibles du Trésor de la langue française : 

GRATITUDE  Lien de reconnaissance envers quelqu'un dont on est l'obligé à l'occasion d'un bienfait reçu ou d'un service rendu. Gratitude respectueuse; accepter qqc. avec gratitude.

RECONNAISSANCE  Fait de reconnaître un bienfait reçu, un service rendu, une obligation morale. En reconnaissance de ce que vous avez fait pour moi.

Voilà trois points communs, suffisants, il me semble, pour ne pas faire la fine bouche.  La seule analyse possible en ce qui concerne la synonymie (ou l'antonymie, ou la polysémie, ou l'analogie lexicale) consiste à juxtaposer les acceptions pertinentes et à relever les intersections.  Dans une note à la page XIV de son introduction, Lafaye signale le fait qu'« avant Girard, un ami de Mme de Sévigné, un philosophe cartésien, Corbinelli, avait formé le projet de déterminer par comparaison l'exacte signification des mots. »

rem  —  On constate sans mal que René Bailly distingue les synonymes non pas d'un point de vue linguistique, mais dirait-on, mentaliste, c'est-à-dire en termes de référence ou si l'on préfère par la situation.

Pour ceux qui voudraient un autre point de vue, plus près de celui de Quémada et de Bailly, il y a dans le Grand Larousse de la langue française (1978) une rubrique sur les synonymes, faisant appel aux travaux linguistiques de l'époque.  Mes notes l'attribuent à Josette Rey-Debove, mais je ne peux le confirmer, comme il s'agit d'un griffonnage dans la marge d'une photocopie.  Dans cette rubrique, il est fait état de vingt-trois « principes différenciateurs de synonymes » mis au point par Kurt Baldinger, mais en note, on apporte un bémol considérable :  les traits tiennent souvent à la personne du locuteur ou à son attitude mentale et à l'effet visé sur le destinataire, « dont on peut contester la pertinence ».  Autrement dit, la tradition de Bailly (c'est-à-dire celle de Girard) est perpétuée.

Dans cette rubrique il est aussi question d'un principe d'économie [que Girard avait découvert, certainement] qui s'opposerait à l'existence de synonymes absolus, mais qui tolérerait une synonymie partielle et approximative.  Il est clair que ces catégories n'ont pas lieu d'être.  Personnellement, je ne confonds pas ancien et vieux, malgré ce qu'en dit le Petit Larousse 1918, qui fait figurer {vieux} dans la définiton d'‘ancien’ et réciproquement.  L'exemple de vieux château est clairement synonyme de château ancien, mais le syntagme ancien château n'est synonyme ni de l'un ni de l'autre.

Ce principe n'est pas applicable à la langue qui n'est ni un objet naturel ni surtout un organisme*⇩, pas plus que d'une démarche scientifique, intellectuelle ou assimilée.  J'aurais la même réaction si l'on me parlait d'un principe d'économie à l'œuvre dans le psychisme.  Il en va différemment dans l'intelligence, dont l'exercice tend à l'économie.

*⇨ « le sort de tout ce qui est vivant ne lui permet pas de rester toujours dans le même état. »  Girard (abbé Gabriel) 1677-1748 [Extrait de la Préface]

Il faut (...) ne point s'imaginer que ceux [des mots] qu'on nomme synonymes, le soient dans toute la rigueur d'une ressemblance parfaite, en sorte que le sens soit aussi uniforme entr'eux que l'est la saveur entre les gouttes d'eau d'une même source.  Car en les considérant de près, on verra que cette ressemblance n'embrasse pas toute l'étendue et la force de la signification., qu'elle ne consiste que dans une idée principale, que tous énonce, mais que chacun diversifie à sa manière par une idée accessoire qui lui constitue un caractère propre et singulier.  La ressemblance que produit l'idée générale fait donc les mots synonymes ;  et la différence qui vient de l'idée particulière qui accompagne la générale, fait qu'ils ne le sont pas parfaitement, et qu'on les distingue comme les diverses nuances d'une même couleur.

Avec lui et les grammairiens du Grand Siècle s'est installé la doctrine idéologique du « mot juste », dont même Saussure ne pourra ou ne tentera pas de secouer le joug.  Pourtant le siècle de Louis XIV a connu une « planification linguistique » avant la lettre.  Bouhours, Malherbe, Guez de Balzac, Vaugelas et Fénelon y ont pris part à divers titre (sans oublier l'Académie, dont Vaugelas a été secrétaire).  Il y a eu réforme pour que l'Usage*⇩ devienne celui de la cour.  Dans une société de droit divin, l'Usage vient d'En-Haut.

*⇨  Enfin, j'ose le dire,1'esprit de justesse et de distinction est par-tout la vraie lumière qui éclaire ; et, dans le discours , il est le trait qui distingue l'homme délicat de l'homme vulgaire. Girard, « Préface », Synonymes français.  1718.  [Le premier titre de l'ouvrage étaitLa justesse de la langue française ou les différentes significations des mots qui passent pour être synonymes.].

Jean-Claude Choul — 05/11/2010 22:57:23





Sur les synonymes ou contre ? 

« On entend par synonymes des mots qui peuvent se substituer l'un à l'autre sans que la signification de la phrase où ils sont employés soit changée d'une manière appréciable, par exemple larmes et pleurs.  Mais il importe de remarquer qu'il n'y a pas, en réalité, de synonymes parfaits.  Cela tient à ce qu'il n'y a pas de mots qui puissent se substituer l'un à l'autre indifféremment dans toute l'étendue de leur signification, et que, même dans le cas d'une synonymie qui peut sembler absolue à un examen superficiel, la connaissance précise des significations permet de reconnaître la différence de nuance qu'il y a entre deux mots regardés couramment comme synonymes.  La synonymie absolue peut être supposée exister réellement au point de vue purement lexicographique, en ce sens que plusieurs mots de signification très voisine peuvent recevoir la même définition ;  mais il y a toujours entre ces mots, dans le discours et dans l'expression de la pensée, une nuance telle que l'un ne peut être remplacé par l'autre dans tous les cas.  Il y a en effet, entre plusieurs mots dits synonymes, certaines distinctions à établir, qui peuvent se ranger sous quatre chefs.  Des synonymes peuvent différer :  »

« 1° comme les espèces d'un même genre ou comme le genre diffère de l'espèce, par exemple chérir et aimer ; 
2° pour être employés l'un dans le style noble, l'autre dans le langage courant, comme courroux et colère, ou encore l'un dans le langage courant, l'autre dans le langage familier, comme ivre et saoul ; 
3° pour appartenir l'un au langage technique, l'autre à la langue commune, comme coryza et rhume de cerveau ; 
4° parce qu'ils ne peuvent s'employer dans les mêmes locutions, par exemple sommeil et somme. »  [On comparera cette liste assez brève avec celle, reproduite ci-dessous, que donnait en 1946, René Bailly dans son Dictionnaire des synonymes chez Larousse.]

« On voit donc que dans tous les cas de synonymie l'identité de signification est plus apparente que réelle, et que les termes synonymes ne peuvent s'employer indifféremment l'un pour l'autre, ou même qu'ils éveillent des idées un peu différentes.  La principale cause de synonymie est la diversité de langage qui se produit entre les générations, les groupes et les individus qui expriment les mêmes idées sous des formes différentes.  C'est ce qui a lieu surtout pour les idées de l'ordre moral, qui peuvent être considérées à des points de vue très divers ;  en outre, les différences mêmes entre ces idées ne sont pas aussi marquées qu'elles le sont entre les faits sensibles, de sorte que les termes qui servent à les exprimer se confinent et se substituent très facilement; enfin ces expressions sont presque toutes figurées ;  or une expression ne peut passer du sens propre au sens figuré sans perdre de sa propriété, c.-à-d. de sa précision, et par conséquent devient synonyme d'autres avec lesquelles elle ne l'est pas au sens propre. »

« La propriété des termes étant indispensable pour exprimer nettement la pensée, et l'une des principales qualités du style étant la précision et la clarté des termes employés, on conçoit que l'on se soit préoccupé, à toutes les époques, de déterminer la signification exacte des mots exprimant des idées voisines et susceptibles d'être confondus ensemble, de façon à délimiter aussi strictement que possible leur compréhension. Il en fut ainsi chez les Grecs, antérieurement même au développement des études grammaticales proprement dites : le sophiste Prodicos, disciple de Protagoras, parlait volontiers sur la signification exacte des mots et il est fréquemment question, dans les dialogues de Platon, de la manière dont il étudiait les synonymes.  Aristote fait quelques remarques à ce sujet, et nous savons que les philosophes péripatéticiens, comme Aristoxène, et stoïciens, comme Chrysippe, ne restèrent pas étrangers à ce genre de recherches.  »

« Des questions de synonymie sont souvent traitées dans les œuvres des critiques alexandrins, Aristophane de Byzance, Aristarque, Tryphon, Didyme. Un grammairien d'époque incertaine, nommé Simaristos, avait composé quatre livres.  Citons encore Séleucus d'Alexandrie, Hérénnios, Philon de Byblos, qui écrivirent des traités sur les différences de sens des mots synonymes, et à l'époque byzantine Jean Philoponos. »

« Chez les Latins, la synonymique fut moins en honneur ;  si on laisse de côté quelques observations éparses dans Cicéron et dans Quintilien, il n'y a guère à mentionner que les noms de Fronton, le maître de Marc-Aurèle (De differentiis vocabulorum) et de Nonius Marcellus (De differentia... ), qui est le cinquième livre de la Compendiosa doctrina. »

« A l'époque moderne, le premiers ouvrages importants sur la synonymie des langues anciennes sont ceux de Vömel et de H. Schmidt pour le grec, de Döderlein et de Ramshorn pour le latin ;  en France, les traités de Pillon (grec), de Gardin-Dumesnil et de Barrault et Grégoire (latin).  Les langues modernes ont également fourni dès cette époque matière à de nombreux ouvrages de synonymique ;  nous citerons seulement, parmi les précurseurs, ceux qui sont relatifs au français ;  ce sont les Synonymes français de l'abbé Girard (1718), fréquemment réimprimés, et réunis en une édition par Beauzée (1780) ;  les Nouveaux synonymes français de l'abbé Roubaud (1785), le Nouveau Dictionnaire universel des synonymes de la langue française de Guizot (1809), le Dictionnaire complet des synonymes français de Haag (1835), le Dictionnaire des synonymes de la langue française de Lafaye (1858, réédité en 1869), etc.  »(Mondry Beaudouin, in La Grande Encyclopédie.).  Repris dans Cosmovisions.





Pour mémoire :  Girard et Beauzée

Articles tirés de Girard, abbé Gabriel (1677-1748). Synonymes françois, leurs différentes significations et le choix qu'il en faut faire pour parler avec justesse, Nouvelle édition, considérablement augmentée... et enrichie de notes, par M. Beauzée. 1786.

179. CRAINDRE. APPRÉHENDER. REDOUTER. AVOIR PEUR. (Tome I)
On craint par un mouvement d'aversion pour le mal, dans l'idée qu'il peut arriver.  On appréhende par un mouvernent de désir pour le bien, dans l'idée qu'il peut manquer.  On redoute par un sentiment d'estime pour l'adversaire, dans l'idée qu'il est supérieur.  On a peur par un foibIe d'esprit pour le soin de sa conservation, dans l'idée qu'il y a du danger.  Le défaut de courage fait craindre.  L'incertitude du succès fait appréhender.  La défiance des forces fait redouter.  Les peintures de l'imagination font avoir peur.  Le commun des hommes craint la mort au-dessus de tout ;  les Epicuriens craignent davantage la douleur ;  mais les gens d'honneur pensent que l'infamie est ce qu'il y a de plus à craindre.  Plus on souhaite ardemment une chose, plus on appréhende de ne la pas obtenir.  Quelque mérite qu'un Auteur se flatte d'avoir, il doit toujours redouter le jugement du Public.  Les femmes ont peur de tout, et il est peu d'hommes, qui, à cet égard , ne tiennent de la femme par quelqu'endroit ;  ceux qui n'ont peur de rien, sont les seuls qui font honneur à leur sexe (a).
(a) Voyez Tome II, art. 23 et 24. [Suivent, ainsi que 25]  —  Cet alinéa est reproduit tel quel dans Guizot 1850.

23.  ALARME, TERREUR, EFFROI, FRAYEUR, ÉPOUVANTE, CRAINTE, PEUR, APPRÉHENSION
Termes qui désignent tous les mouvements de l'âme, occasionnés par l'apparence ou par la vue du danger.  L'alarme naît de l'approche inattendue d'un danger apparent ou réel, qu'on croyait d'abord éloigné.  La terreur naît de la présence d'un événement ou d'un phénomène que nous regardons comme le pronostic et l'avant-coureur d'une grande catastrophe.  La terreur suppose une vue moins distincte du danger que l'alarme, et laisse plus de jeu à l'imagination, dont le prestige ordinaire est de grossir les objets.  Aussi l'alarme fait-elle courir à la défense, et la terreur fait-elle jetter les armes.  L'alarme semble encore plus intime que la terreur :  les cris nous alarment, les spectacles nous impriment de la terreur ;  on porte Ia terreur dans l'esprit, et l'alarme au cœur.
L'effroi et la terreur naissent l'un et l'autre d'un grand danger ;  mais Ia terreur peut être panique, et l'effroi ne l'est jamais.  II semble que l'effroi soit dans les organes, et que la terreur soit dans l'âme.  La terreur a saisi les esprits, les sens font glacés d'effroi :  un prodige répand la terreur, la tempête glace d'effroi.  La frayeur naît ordinairement d'un danger apparent et subit :  vous m'avez fait frayeur.  Mais on peut être alarmé sur le compte d'un autre, et la frayeur nous regarde toujours en personne :  si l'on a dit à quelqu'un, le danger que vous alliez courir m'effrayoit, on s'est mis alors à sa place.  La frayeur suppose un danger plus subit que l'effroi, plus voisin que l'alarme, moins grand que la terreur.
L'épouvante a son idée particulière :  elle naît, je crois, de la vue des difficultés à surmonter pour réussir, et de la vue des suites terribles d'un mauvais succès. ( Encycl. 1, 2.77.) * Le projet de ia fameuse conjuration contre la république de Venise auroit épouvanté tout autre que le Marquis de Bédemar, dont le génie puissant planoit au-dessus de toutes les difficultés.  La crainte naît de ce que l'on connoît la supériorité de la cause qui doit décider de l'événement.  La peur vient d'un amour excessif de sa propre conservation, et de ce que connaissant ou croyant connoître la supériorité de la cause qui doit décider de l'événement, on est convaincu qu'elle se décidera pour le mal.  On craint un méchant homme  ;  on a peur d'une bête farouche.  Il est juste de craindre Dieu, parce que c'est reconnoître sa supériorité infinie en tout genre, et avouer notre foiblesse :  mais en avoir peur, c'est en quelque forte blasphémer, parce que c'est méconnoître celui de ses attributs dont il semble, lui-même se glorifier le plus, sa bonté toujours, miséricordieuse.  L'appréhension est une inquiétude qui naît simplement de l'incertitude de l'avenir, et qui voit le même degré de possibilité, au bien et au mal.* (B.)  L'alarme naît de ce qu'on apprend, l'effroi de ce qu'on voit, la terreur de ce qu'on imagine, la frayeur de ce qui surprend, l'épouvante de ce qu'on présume, la crainte de ce qu'on fait, la peur de l'opinion qu'on a, et l'appréhension de ce qu'on attend. 
La présence subite de l'ennemi donne l'alarme, la vue d'un combat donne l'effroi, l'égalité des armes tient dans l'appréhension, la perte de la bataille répand la terreur, les suites jettent l'épouvante parmi les peuples et dans les provinces ;  chacun craint pour soi ;  la vue du Soldat fait frayeur ;  on a peur de son ombre.  Encycl., ibid. ).

24. ALARMÉ.  ÉFFRAYÉ.  ÉPOUVANTÉ.
Ces mots désignent en général l'état actuel d'une personne qui craint., & qui témoigne sa crainte par des signes extérieurs. Épouvanté est plus fort qu'effrayé, et celui-ci qu'alarmé.
On est alarmé, d'un danger qu'on craint ;  effrayé d'un danger passé qu'on a couru sans s'en appercevoir ;  épouvanté, d'un danger présent.  L'alarme produit des efforts pour éviter le mal dont on est menacé :  l'effroi se borne à un sentiment vif et passager :  l'épouvante est plus durable, et ôte presque toujours la réflëxion (a).  Encycl. V , 412.
(a) Voyez Tome I, art. 179. [Ci-dessus] Cet alinéa est reproduit tel quel dans Guizot 1850, comme le précédent.

25.  EFFRAYANT.  ÉPOUVANTABLE.  EFFROYABLE.  TERRIBLE.
Ces mots désignent en général tout ce qui excite la crainte :  effrayant est moins fort qu'épouvantable ;  et celui-ci moins fort qu'effroyable par une bizarrerie de Ia langue, épouvanté étant au contraire plus fort qu'effrayé (a).  De plus, ces trois mots se prennent toujours en mauvaise part ; et terrible peut se prendre en bonne part, et supposer une crainte mêlée de respect.
Ainsi on dit, Un cri effrayant, un bruit épouvantable, un monstre effroyable, un Dieu terrible.
II y a encore cette différence entre ces mots, qu'effroyable et épouvantable supposent un objet présent qui inspire de la crainte ;  effroyable, un objet qui inspire de l'horreur, soit par la crainte, soit par un autre motif ;  et que terrible peut s'appliquer à un objet non-présent.  La pierre est une maladie terrible ;  les douleurs qu'elle cause sont effroyables ;  l'opération est épouvantable à voir ;  les seuls préparatifs sont effrayants (Encycl. V, 412)
(a) Il n'y a rien là de bizarre, puisqu'épouvantable est plus fort qu'effrayant :  pourquoi seroit-il bizarre qu'effroyable dît plus que l'un et l'autre ? (B.)




Extrait de Lévizac (1807)

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Guizot, p. 235, emprunté à Roubaud.

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Lafaye (Pierre-Benjamin Lafaist, dit) 1809-1867 [Extraits de l' Introduction]

[À propos de Condillac]  Un esprit aussi droit n'avait pu ignorer combien sous ce rapport [la synonymie] tous les dictionnaires sont défectueux et peu satisfaisants.  Choqué de ce vice, il avait conçu comme Girard le moyen d'y porter remède.

1° Une langue doit-elle avoir des mots absolument synonymes ?  Personne n'oserait l'affirmer à moins qu'il ne confondît la superfluité avec l'abondance.  En cela consisterait une véritable imperfection.  De deux mots qu'on pourrait prendre indistinctement l'un pour l'autre en toute occasion l'un serait superflu.  Or, en fait de langue, la raison réprouve tout ce qui n'est qu'une surcharge pour elle (...)

[À propos du français]  « C'est peut-être la seule langue, dit Condillac [abbé Étienne Bonnot de (1715-1780)] qui ne connaisse point de synonymes. »

Le philologue ne craindra pas, en cherchant des différences, de poursuivre des chimères.

De bonne heure les grammairiens avaient observé que de légères variations dans la forme matérielle des mots et des expressions en amenaient de correspondantes dans le sens, légères aussi et difficiles à apercevoir.  Grammairien par état et synonymiste par occasion, [Nicolas] Beauzée [1717-1789] entreprit de tourner ces remarques au profit de l'art des synonymes, pensant avec raison que rien ne pouvait rester étranger à ce dernier de ce qui regarde la distinction des termes équivoques.




Théorie des synonymesLafaye, figures, pp. XXXIX-XLI

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Texte correspondant

Il n'y a pas de synonymie possible entre les noms d'individus, Paris, la Seine, les Alpes,César.  Un individu, comme le mot seul l'indique, n'admet pas de division, se réduit à un point il n'a pas de parties dont l'une lui soit commune avec tel ou tel individu, et dont l'autre ou les autres lui appartiennent en propre.  Pour que des mots soient synonymes, il faut qu'ils représentent des notions complexes ou générales, collections d'idées simples. Soient deux termes complexes, aversion et inimitié. Chacun d'eux ou l'idée de chacun d'eux se compose d'un certain nombre d'idées élémentaires plus générales et plus simples, qui constitue son domaine, son étendue, ou, comme on dit dans l'école, sa compréhension et celle-ci se met bien sous la forme d'un cercle (fig. 1).  Les mots aversion et inimitié expriment deux genres représentables par deux cercles (fig. 2) plus ou moins étendus, suivant le nombre plus ou moins grand des idées simples constitutives de chacun. Or, les genres, comme dit Platon dans le Sophiste,peuvent s'associer les uns aux autres, et c'est justement à cause de cela qu'il y a des mots synonymes. Parmi les idées simples constitutives des genres, il y en a qui entrent dans la composition de plusieurs, et c'est pourquoi ceux-ci tendent à se confondre. Une partie de leur domaine devient commune, ce qu'on peut figurer sous l'image de deux cercles conjoints (fig. 3). Ainsi, l'aversion et l'inimitié renfermant toutes deux l'idée simple ou élémentaire d'un mouvement de l'âme contre ce qui l'affecte désagréablement, en cela ces deux mots se touchent ou plutôt coïncident, c'est là l'idée* générale qui les réunit ssemblance; d'acception devront avoir une partie commune (fig. 4). Mais comme ils désignent, le premier une désaffection pour les choses ou les personnes, qui reste dans l'âme et ne tend pas à repousser l'objet haï; le second une désaffection pour les personnes seulement, et qui devient de sentiment passion et qui fait leur ressemblance; par conséquent, leurs sphères d'acception c'est en quoi ils s'éloignent, c'est ce qui constitue à chacun une partie de domaine distincte, contenant des idées simples ou élémentaires qui lui sont propres et le rendent espèce sous l'idée générale commune. Et ce que nous disons de l'aversion et de l'inimitié s'applique aussi à trois, à quatre ou à plusieurs termes complexes c'est-à-dire qu'ils sont susceptibles d'avoir en commun une même idée élémentaire, tout en conservant chacun une partie à soi, c'est-à-dire qu'ils peuvent être synonymes, ou en partie identiques et en partie différents (fig. 5 et 6).

D'un autre côté, comme plusieurs termes complexes, se trouvant avoir en commun la même idée élémentaire, semblent par cette raison synonymes entre eux, ou tout à fait équivalents, de même un terme complexe ayant une compréhension qui embrasse plusieurs idées élémentaires, est souvent en rapport de synonymie avec plusieurs autres termes qui les contiennent aussi.  Le mot délicat par exempte a une sphère d'acception telle, qu'il entre en conjonction, pour ainsi dire, avec ceux de fin, de friand, de dangereux, et en parlant des personnes, avec ceux de faible, de difficile, de scrupuleux et de susceptible; ce qu'on peut représenter de la sorte (fig. 7). Voilà pourquoi un même mot peut entrer à la fois dans plusieurs séries de synonymes. Il est alors comme la chauve-souris, oiseau d'une part, souris de l'autre.

Ainsi, les mots synonymes devront être des termes complexes, parce qu'ils doivent avoir une compréhension, et ils doivent avoir une compréhension pour être capables d'embrasser, outre l'idée d'un genre qui leur est commune, certaines idées accessoires qui, dans chacun, donnent à ce genre les caractères d'une espèce. 
Maintenant, quand est-ce que la synonymie est très-grande ou très-petite entre les mots? Elle est très-grande quand le genre exprimé en commun est prochain, et près de s'étendre à toute la compréhension; de telle sorte, qu'il faut une grande attention pour discerner dans chaque mot la partie de son domaine qui reste en dehors (fig. 8). Elle est très-petite dans le cas contraire.  Il y a une synonymie étroite entre l'éloignement et l'aversion, parce qu'elles impliquent un genre prochain qui les rapproche, ou plutôt fait presque coïncider leur compréhension c'est l'idée d'une passion immanente, purement subjective, ou d'un sentiment de désaffection qui ne porte point l'âme au dehors, et qui a pour objet des personnes ou des choses. Le genre conjointement signifié par aversion et par inimitié, l'idée vague d'une désaffection, est moins prochain, et laisse lieu dans chacun des deux mots à plus de particularités ou à une particularité plus étendue, ce qui fait que les deux mots sont moins synonymes (voy. fig. 4, p. xxxix).  Ou bien encore comme la notion du genre commun, quelque simple qu'elle soit, ne l'est jamais tout à fait, les mots sont d'autant plus synonymes, que leur idée commune est moins simple, ou que leurs idées élémentaires communes sont plus nombreuses ou plus grandes, et leurs idées élémentaires distinctives plus rares ou plus petites, et par conséquent si ditficiles à apercevoir, qu'elles ont peine à empêcher la coïncidenee des cercles de compréhension. D'après la théorie précédente, les termes synonymes représentent les diverses espèces d'un genre contenu dans tous.  Mais il arrive quelquefois à un ou plusieurs termes, significatifs d'une ou de plusieurs espèces, d'être synonymes du terme exprimant le genre qu'ils impliquent. Ainsi, transfuge est synonyme de déserteur, à l'idée duquel il ajoute celle de passer au service des ennemis; ce qu'on peut figurer de cette façon (fig. 9). Ainsi, rosse et coursier sont synonymes de cheval (fig. 10), qui désigne sans accessoire leur idée générale commune.  Cependant, il y a peu de synonymes de cette sorte, et leur affinité n'est jamais bien grande.  On en comprend la raison.  Comme le mot, signe du genre, en rend l'idée simplement, on n'a rien à y démêler de particulier; son synonyme demande seul qu'on s'applique à y découvrir une ou plusieurs nuances, qui ordinairement se montrent sans peine. Que si on a affaire à des mots, tous synonymes par participation à une même idée générale, il sera plus difficile d'apercevoir ce que le sens de chacun renferme de plus que cette idée et en quoi diffère ce qu'il y ajoute de ce qu'y ajoutent les autres.  Mais il ne suffit pas de ces conditions pour rendre des mots synonymes.  Il s'en faut bien qu'on doive prendre pour tels tous ceux qui enferment dans leur sphère d'acception l'idée d'un genre commun, dont chacun fait une espèce en y joignant une certaine idée accessoire. Il y en a qui se rencontrent ainsi en une idée générale, même très-prochaine, sans pourtant mériter la qualification de synonymes. C'est que, malgré toute l'étendue de leur ressemblance, leur différence saute aux yeux, leur partie non commune, si restreinte qu'elle soit, se montre d'elle-même. Or, il faut un moyen de juger que des mots, liés par la communauté d'une idée générale très-prochaine demandent ou ne demandent pas, pour que leur différence apparaisse, le secours de la science et de l'analyse. Sur ce point on devra consulter le dictionnaire ordinaire.  Si les mots qui remplissent les conditions requises pour être synonymes le sont en effet, ou il les déclarera tels expressément, ou il les supposera tels en les faisant servir de définitions les un;, aux autres. Puisque c'est à son insuffisance qu'on prétend remédier par ces travaux il faut d'abord savoir où le besoin de remède se fait sentir. Obligation d'autant plus étroite quand le dictionnaire qu'on a en vue jouit, comme celui de l'Académie en France et celui de la Crusca en Italie, d'une grande autorité. C'estla considération qui a déterminé Romani à ne traiter comme synonymes que les mots donnés pour tels par le dictionnaire de la Crusca.  Au moyen du dictionnaire ordinaire, on peut s'assurer que des mots implïquant une idée générale très-prochaine sont synonymes, non-seulement s'il les déclare ou les suppose tels dans ses définitions, mais s'il leur fait jouer évidemment le même rôle dans les phrases usuelles où il les place.  On accordera donc ce titre, par exemple, à passer et à ~epaMer,d'une part, à. courir et à parcourir, Je l'autre, parce que l'on dit également, selon l'Académie, passer et dépasser le but, les bornes, les ordres; courir et parcourirune carrière. Il convient aussi de constater si les termes significatifs d'une idée générale prochaine sont tous opposés à un même terme, soit par le dictionnaire, soit par les bons écrivains, auquel cas on peut les tenir pour synonymes.  Ainsi imaginaire, chimérique et fantastique passeront à bon droit pour tels parce que signifiant tous trois, qui n'a point d'être hors de l'entendement, qui n'a qu'une existence de raison, ils se trouvent opposés à réel dans les trois exemples suivants.  « Il ne faut point prendre au peuple sur ses besoins réels pour des besoins de l'État imaginaires. » MONTESQ.  « Exempts de maux réels ils s'en forment même de chimériques. »  MASS.  « La Fable, en créant des monstres fantastiques a aidé l'imagination à peindre des monstres réels. » LAH.




Extraits du dictionnaire de Lafaye (1884) concernant Craindre et cie.

EFFROYABLE.  EFFRAYANT.
Qui cause une grande peur.  Le radical de ces deux mots est le même, effroi, d'où l'on a formé effroyable et effroyer ;  ce dernier a été écrit et prononcé à l'italienne, effrayer, et de ce verbe sont sortis effrayant et frayeurEffrayant exprime une qualité de fait, effroyable une qualité de droit, ou une qualité de droit et de fait en même temps ;  en sorte qu'un spectacle effrayant effraye, et qu'un spectacle effroyable est bien fait pour effrayer, doit effrayer, ou est capable d'effrayer, et effraye.  La chose effrayante frappe et produit tout son effet en un seul coup :  une figure effrayante frappe de crainte, mais seulement pendant qu'elle agit.  « La vue d'un objet effrayant fait de vives et de fortes impressions sur le coeur. »  BOSS . La chose effroyable a un fond d'effroi, en quelque sorte, ce qu'on redoute en elle c'est elle et ses suites, et non son impression du moment ;  peut-être même n'en produit-elle aucune. « Tout chemin qui conduit à un précipice est effroyable, fût-il couvert de roses. » FÉN.  La peur vous saisit à la vue d'un objet effrayant, même quand il ne serait pas à craindre ;  un objet effroyable est à craindre, même quand il ne vous fait aucune impression.  Ce qui est effrayant ne l'est souvent qu'à raison de notre ignorance et par l'effet instantané qu'il produit: le cri des oiseaux de nuit est effrayant. (BoiL.).  Voltaire dit de Rome : 
Ce colosse effrayant, dont le monde est foulé, En pressant l'univers, est lui-même ébranlé. VOLT. 
Ce qui est effroyable n'est pas tel seulement de fait, mais par nature, et demeure toujours tel.  Un monstre effroyable (MOL.) ;  les effroyables cachots où sont tourmentées les âmes rebelles (Boss.).  Quoique ayant même radical, effroyablea plus de rapport avec effroi, et effrayant avec frayeur ;  or, on ne dit pas qu'un tyran est la frayeur, comme on dit qu'il est l'effroi de ses sujets, et c'est parce que le mot frayeur et le mot effrayant ne marquent pas, comme effroi et effroyable, une qualité permanente, mais bien une qualité passagère, considérée toute par rapport à son effet du moment.

CRAINDRE APPRÉHENDER REDOUTER AVOIR PEUR.
On craint, on appréhende, on redoute un danger, et on en a peur.  Craindre est le terme générique.  Il a cependant plus d'analogie avec appréhender. Tous deux expriment une simple vue de l'esprit ;  ils supposent un danger à venir, et se rapportent à la prudence. On craint, on appréhende un événement, ou qu'un événement n'arrive. Redouter ne s'emploie pas de cette manière, et si avoir peur se dit quelquefois en ce sens, c'est par exagération, (.omme le remarque très-bien l'Académie.  Mais on craint un danger probable, et on appréhende un danger possible. C'est par sagacité et parce qu onvoit bien ce qui peut arriver qu'on craint et qu'on s'alarme ;  c'est par précaution et parce qu'on pressent ce qui pourrait bien arriver qu'on appréhende et qu'on s'inquiète. On a des raisons de se croire menacé du danger qu'on craint c'est ainsi qu'un plaideur qui sent la faiblesse de sa cause craint de la perdre.  On appréhende, quoique tout à fait incertain si le danger se réalisera jamais. 
« Loin d'agir en amant qui, plus que la mort même, Appréhende toujoursd'offenser ce qu'il aime ll... »  MOL.
« Tout ce que nous avons un peu appréhende a ét&que la brigue ouverte de certaines gens ne tirât l'affaire à des excessives longueurs. » BOSS.  « Siméon ne disant rien en particulier à Marie lui laisse appréhender toutes choses. »  ID.  « Si un grand trouve l'occasion de faire plaisir à un homme de bien, il doit appréhender qu'elle ne lui échappe. »  LABR.  « La plupart des femmes (en Suède, après la réformation, ) appréhendaient que, faute de l'usage du sel et des exorcismes ordinaires, leurs enfants ne fussent pas bien baptisés. ; VERT.
On redoute ce qui est supérieur ou ce qui provient d'une cause supérieure, terrible, qui fait trembler, à laquelle on ne peut avantageusement résister. Redouter le crédit, la puissance, les forces de quelqu'un, une brigue, le courroux d'un maître, la justice de Dieu, le jugement des connaisseurs.  « En naissant dans la pompe et dans l'éclat, Jésus-Christ n'aurait été que respecté, que révéré, que redouté, et il voulait être aimé. »  BOURD.  « Après avoir convaincu les criminels d'Etat, au moment qu'ils attendaient une sentence de mort et qu'ils redoutaient son juste courroux, Théodose leur rendait la vie. ID. 
Sors vite de ces lieux, redoutemon courroux. REGN.
« Caïus Gracchus redoutait la tribune, qui avait été si funeste à son frère. »  ROLL.  « Comme Pompée redoutait la fortune et la valeur de ce grand capitaine (César), il tâcha de le tirer du gouvernement des Gaules. » VERT.  « Je redoutais moins le caractère de Mme la maréchale que son esprit ;  c'était par là qu'elle m'en imposait. » J. J.  « La nature a-t-elle fait les enfants pour être obéis et craints ?  leur a-t-elle donné un air imposant, un oeil sévère, une voix rude et menaçante pour se faire redouter ?  ID.  « Solon, dit Thalès, voilà ce qui m'a fait craindre le mariage ;  j'en redoutais le joug et je connais maintenant que le coeur le plus ferme ne peut soutenir les afflictions qui naissent de l'amour et du soin des enfants. » FÉN.  On peut craindre autre chose que ce qui est supérieur, tout ce qu'on verrait arriver avec peine, l'oubli d'un ami, par exemple.  Avoir peur exprime une émotion violente et subite causée par l'idée qu'il y a du danger, un danger présent et pressant qui menace notre conservation.  C'est une marque de faiblesse.  Avoir peur de tout. « Saint Pierre, voyant les flots de la mer agités, craignit Homme de peu de foi, lui dit Jésus-Christ, pourquoi avez-vous eu peur? BOURD.  « Les esprits forts disent par dérision qu'un tel a peur de l'enfer. » ID.  Les enfants ont rarement peur du tonnerre, à moins que les éclats ne soient affreux. J. J. « Tous les enfants ont peur des masques. » ID.  Les enfants chantent la nuit quand ils ont peur. »  ID.  « Si j'entrevois de nuit une figure sous un drap blanc, j'aurai peur. » ID.  « Comme on vint rapporter au duc d'York au moment de livrer bataille à la reine Marguerite, que son fils Edouard marchait pour se joindre à lui, et que, s'il attendait cette jonction la victoire serait infaillible, il répondit fièrement qu'il ne serait pas dit que le duc d'York eût peur d'une femme. » BOSS.

CRAINTE, APPRÉHENSION; 2° INQUIÉTUDE, ALARME, PEUR; 3° ÉPOUVANTE, EFFROI, FRAYEUR,TERREUR. 
Idée d'un danger, d'un mal à venir dont on est menacé, et sentiment pénible d'aversion pour ce mal, tel est le sens commun à tous ces mots.  Crainte est le terme générique. La crainte est l'opposé de l'espérance. « La crainte est l'attribut naturel de l'homme. »  VOLT.  « Il y a onze passions, parmi lesquelles se trouve la crainte :  c'est une passion par laquelle l'âme s'éloigne d'un mal difficile à éviter. » BOSS.  « La vie de la cour n'est qu'une révolution fatigante de craintes, de précautions, d'espérances. » MASS.  Cependant ce mot se distingue, ainsi qu'appréhension, de tous ses autres synonymes, en ce que d'ordinaire il n'exprime de l'idée commune que la partie intellectuelle, une vue de l'esprit, et non pas en même temps, comme tous les autres, un état passionné, un trouble de l'âme.  « L'état de prospérité où se trouvait Marius ne calmait point les inquiétudes que lui donnait la crainte du retour de Sylla. »  ROLL.  « La crainte, qui produit la tristesse, n'est point une émotion de l'âme, mais un simple jugement. »  MAL.  On peut en dire autant de l'appréhension.  La crainte et l'appréhension sont des effets de la prudence et n'ont rien que de louable; elles naissent de la prévoyance d'un danger à venir et assez éloigné pour ne pas émouvoir elles sont plus ou moins fondées. Les autres mots signifient des sentiments qui sont les effets de la faiblesse, et ont plus ou moins de violence.  D'ailleurs, le mot crainte, en particulier, se charge d'accessoires qui ne supposent dans l'âme aucune agitation :  la crainte de Dieu, des lois, de l'opinion, de nos parents, d'un supérieur, d'un ennemi, témoigne seulement que nous éprouvons pour eux, du respect, de la soumission, de l'estime, sans trouble, sans aucun mouvement passionné.
Crainte, appréhension.
La crainte a pour objet un mal on un danger probable, et l'appréhension un mal on un danger possible. Craindre, qui paraît avoir quelque rapport étymologique avec le latin cavere, prendre garde, prendre des précautions, fait entendre qu'on a des raisons plus ou moins fortes de croire à ta réalité d'un danger.  Appréhender, suivant son acception scolastique, signifie simplement concevoir sans croire à sa conception, sans y ajouter la jugement; si bien que l'appréhension est un pressentiment, une idée, un avertissement vague qu'on se donne à soi-même, plutôt qu'une prévision ayant un fondement dont on puisse rendre compte. Un voyageur appréhende toujours le mauvais temps; il ne le craint que quand le ciel est chargé de nuages ou que le tonnerre commence à gronder. La crainte est la vue, et l'appréhension le soupçon d'un danger.  Si la crainte est un effet de la prudence, l'appréhension dénote une prudence attentive et scrupuleuse.  Après le départ d'Ulysse, Pénélope fut dans une appréhension continuelle que quelqu'un ne vînt la surprendre par des apparences trompeuses. (FÉN.)  « Job portait au fond de son coeur une continuelle appréhension de déplaire à Dieu. Boss. mPropositions qui nous semblent vraies, mais dont la vérité ne nous est pas si évidente, que nous n'ayons quelque appréhension qu'elles ne 'soient fausses. P. R. n Après avoir loué le courage que ces soldats avaient fait paraître pendant toute la guerre, Sylla leur laissa entrevoir quelque légère appréhension qu'ils ne se débandassent sitôt qu'ils se verraient dans leur patrie. » VERT.
Inquiétude, alarme, peur.
Ces mots expriment à un faible degré l'émotion pénible produite dans l'âme par l'idée d'un danger.  Inquiétude, de inquietus, non tranquille, est le plus faible des trois il marque seulement que l'âme a perdu son calme, sa sérénité, qu'elle est troublée.  C'est une simple absence de repos causée par l'appréhension.  Dans cet état on est en peine sans savoir précisément pourquoi.  « Pompée n'était pas sans inquiétude. » VERT.  « Cet Ëtat naissant (Rome) commençait déjà à donner de l'ombrage et à causer de l'inquiétude à Carthage. » ROLL. « Toutes ces précautions ne guérissaient pas les inquiétudes dont était tourmenté Louis XL.  Quoique son fils fût encore enfant, il appréhendait qu'on ne lui mît la rébellion dans l'esprit. » BOSS.  « Dites à celles qui se troublent, que mon repos doit calmer leur inquiétude.  ID. « Ce malade n'est nullement convaincu qu'il doit mourir ;  il a seulement quelque doute, quelque inquiétude sur son état, mais il craint toujours beaucoup moins qu'il n'espère. »  BUFF. 
Alarme signifie, au propre, l'agitation causée parmi des gens de guerre à la nouvelle que l'ennemi approche, et cette agitation est ainsi dénommée, parce qu'elle fait courir à l'arme ou aux armes (all'arme, it.), à la défense.  Ce mot s'emploie ensuite et d'ordinaire au pluriel pour désigner une grande inquiétude sur la santé ou le sort de quelqu'un, ou sur les dangers dont est menacée une chose, inquiétude excitée, non par ce qu'on pressent, mais par ce qu'on apprend.  En sorte que l'alarme implique plus de sollicitude que l'inquiétude, un objet bien déterminé, et une nouvelle ou un renseignement qui la fait naître.  C'est un sentiment qui accompagne la crainte plutôt que l'appréhension.  « Si nous aimions Dieu, aurions-nous ces craintes lâches qui nous troublent, qui nous abattent, ces vaines alarmes que nous ressentons sitôt que le Seigneur frappe à notre porte, et qu'il nous apprend par la maladieque la mort s'approche ? » FÉN.  « Les petits de l'alouette sont en alarme quand ils ont entendu les paroles du maître du champ à son fils. » (LAF.). Dans Iphigénie, Iphigénie dit à Agamemnon, en parlant d'Achille :  « Il sait votre dessein ;  jugez de ses alarmes. »  RAC.  « Après avoir donné à la place durant six jours des alarmes continuelles, les ennemis en vinrent à un assaut général. » BOSS. «  Il y a toujours une oie qui fait sentinelle, et qui, au moindre danger, donne à la troupe le signal d'alarme. » BUFF.  « Cette triste nouvelle (de la défaite de Trasimène), quand on l'eut apprise à Rome, y jeta une grande alarme. »  ROLL.  « La renommée, qui se plaît à exagérer surtout les malheurs, causa une alarme incroyable.  Le bruit se répandit parmi les soldats que l'armée romaine avait été taillée en pièces. » ID.  « Ces agitations éternelles, ces troubles, ces inquiétudes, ces alarmes qui venaient me saisir au sein d'un bonheur apparent. » BOURD.  « La science du salut est importune; elle ne ferait que nous inquiéter et nous alarmer. » ID. 
Peur, en latin pavor, de pavere, de même étymologie que pallere, pâlir, est une crainte qui fait pâlir, crainte toute subjective, qui dépend surtout du tempérament, et non pas comme l'inquiétude et l'alarme, de la réflexion, de la conception d'un danger à venir :  c'est un mouvement instinctif et indélibéré dont on ne peut se défendre, un faible de la machine pour le soin de sa conservation.  On n'en guérit point.  La peur est commune chez les esprits faibles, les femmes et les enfants.  On a peur d'un fantôme, des ténèbres, de son ombre.  Ce mot emporte souvent l'idée de lâcheté.  « L'incrédule est un lâche qui cache sa peur sous une fausse ostentation de bravoure. » MASS.  « Ils avaient pris honteusement la fuite, et s'étaient retirés dans l'enceinte des retranchements, asile ordinaire de la peur et de la lâcheté.  ROLL.  Le vingt-cinquième chapitre des Caractères de Théophraste est intitulé, dans la traduction de Labruyère De la peur ou du défaut de courage.  «  Peut-on réduire en question si le courage vaut mieux que la peur ?...  On sait que la peur est un témoignage de faiblesse. »  VAUV.  « Cela ouvre notre esprit aux soupçons et aux fantômes de la peur. »  ID.  « Hector sourit de la peur de son fils Astyanax, tandis qu'Andromaque répand des larmes. » VOLT. 
Tant le faible vulgaire, avec légèreté
Fait succéder la peur à la témérité.  ID. 
Athalie se reproche d'avoir été effrayée d'un songe :
Moi-même quelque temps honteuse de ma peur, Je l'ai pris pour l'effet d'une sombre vapeur.  RAC.
Et, à la fin, abandonnée de ses troupes, elle s'écrie Quoi ! la peur a glacé mes indignes soldats ! Lâche Abner, dans quel piège as-tu conduit mes pas !  ID.
Épouvante, effroi, frayeur, terreur.  Grande peur.
Épouvante, d'ex pavere, a même radical que peur.  Aussi ces deux mots ont-ils un caractère commun qui est de marquer une tendance à éviter le danger par la fuite, au lieu que ceux d'effroi, de frayeur et de terreur ne vont qu'à représenter l'état où l'âme se trouve jetée. « Diogène prit l'épouvante et se sauva à Athènes. »  FÉN. « Les Turcs prirent la fuite, saisis d'épouvante. »  VOLT. 
D'où vient, princes, d'où vient que vous fuyez ainsi ?
Prenez-vous l'épouvante en nous voyant paraître ?  MOL.
« Ils prirent la fuite avec la dernière épouvante. »  LAH.  « L'épouvante se répandit partout, et cette aile fut mise en fuite avec grand carnage. »  BOSS.  — Ensuite, l'épouvante a cela de tout à fait particulier qu'elle apporte le désordre dans l'esprit, qu'elle le bouleverse, qu'elle l'effarouche, elle nous fait fuir tout éperdus, ne sachant pas où nous allons.
Les Maures se confondent; L'épouvante les prend à demi descendus. CORN.
Les éléphants rompaient les rangs, écrasaient les bataillons entiers, et jetaient partout l'époujante et le désordre.  ROLL.  « La confiance des rois est bien vaine, s'ils s'imaginent être forts par cette multitude d'hommes qu'ils assemblent.  Un contre-temps, une ombre, un rien met l'épouvante et le désordre dans ces grands corps. »  FÉN.  « Les Moscovites jetèrent les armes dès qu'ils virent les Suédois l'épouvante fut si subite et le désordre si grand que les vainqueurs trouvèrent sur le champ de bataille sept mille fusils tout chargés. » VOLT. 
Effroi, du latin frigus, froid, risson, indique une peur qui fait frissonner, qui glace, qui fait dresser les cheveux, une crainte mêlée d'horreur.  Différent de l'épouvante, en ce qu'il ne comprend pas l'idée de fuite, l'effroi s'en distingue encore par l'effet qu'il produit en nous.  Si l'épouvante trouble l'esprit, l'effroi frappe l'âme de stupeur ;  elle demeure immobile, elle ne peut plus rien, elle est comme pétrifiée par un saisissement qui enchaîne toutes ses puissances intérieures.  « C'est ainsi qu'on se figure l'effroi dort fut saisi Balthazar quand tout à coup il aperçut cette main qui sur la muraille écrivait son arrêt.  (BOURD.)  « Enfin Astarbé expira laissant remplis d'horreur et d'effroi tous ceux qui la virent. »  FÉN.  « Cette nouvelle remplit la ville d'effroi et de consternation. »  ROLL.
Tout le peuple étonné regardait, comme moi,
L'approched'un combat qui le glaçait d'effroi.  RAC.
Que vois-je ?  cria-t-il; ôtez-moi cet objet !
Qu'il est hideux que sa rencontre
Me cause d'horreur et d'effroi
N'approche pas, ô Mort ! ô Mort, retire-toi ! LAF.
Le plus horrible effroi saisit le voyageur.  VOLT.
« Ce mélange de compassion et d'effroi enchaîne toutes les puissances de l'âme et exclut tout discours. »  ID.  Lorsque Villeroy, le gouverneur de Louis XV, fut exilé près de Lyon par le régent, tout était non-seulement demeuré sans le plus léger mouvement, mais dans l'effroi et la stupeur d'une exécution de cette importance. »  S. S.
Frayeur a la même racine qu'effroi ;  mais, à cause de son rapport évident avec le verbe effrayer, il signifie un sentiment d'effroi passager, actuel, instantané, un accès.  On dit :  entrer en effroi (PASC.), mais non pas en frayeur.  C'est une crise subite et peu durable souvent produite par un songe, une apparence ou un jeu de l'imagination abusée.  Au lieu de glacer, comme l'effroi, elle ne fait que causer un frissonnement.  Elle ressemble assez à la peur, si ce n'est qu'elle est toujours plus forte, moins dépendante du caractère que des apparences, toute réduite à l'impression et ne portant point essentiellement à la fuite.  Une parole étonne saint Pierre, une simple fille le fait trembler ;  dans le trouble où il entre et la frayeur dont il est saisi, il devient parjure. »  BOURD. « Jésus Christ se fit de sa mort une image qui le saisit de frayeur. »  ID.  « Après que Mégaclès eut fait massacrer ceux de la faction de Solon, les Athéniens furent saisis d'une frayeur qui les troublait tous les jours de plus en plus.  Ils croyaient qu'il revenait des esprits par toute la ville. »  FÉN.  « Quand on eut conduit Patkul au lieu du supplice, et qu'il vit les roues et les pieux dressés, il tomba dans des convulsions de frayeur. » VOLT.  « La frayeur et le trouble à la vue d'un danger subit décèlent le fond du cœur d'un prince. »  ROLL.  « Une frayeur plus grande et plus juste vint s'emparer de mes sens.  Mes deux conducteurs, sentant bien que je tremblais m'exhortaient inutilement à ne rien craindre. »  LES.  « Je n'eus jamais de frayeurs noctumes. »  J. J. 
Terreur, latin terror, vient de terrere, faire trembler.  L'épouvante, l'effroi et la frayeur se rapportent davantage à l'état de l'âme, et la terreur à la cause qui fait impression sur elle. C'est pourquoi on dit en parlant d'un conquérant, il est la terreur des peuples, il porte partout la terreur de son nom ou de ses armes ;  locutions dans lesquelles les trois autres synonymes ne sauraient convenir.  « Condé, jusqu'alors l'appui de l'État, en devint tout d'un coup la terreur. »  BOURD.  « Au dernier jour le fils de Dieu paraîtra environné de ses anges, et précédé de puissance, de terreur et de majesté. »  MASS.  « Philippe n'eut qu'à se montrer ;  la terreur de son nom jeta partout l'épouvante. »  RON.  Voltaire dit en parlant de Charles XII :  « Rien ne pouvait prévaloir contre la terreur de ses armes. »  Or, la cause de la terreur est représentée par ce mot comme puissante, redoutable, supérieure en force, irrésistible.  De là vient que terrible ressemble plus à redoutable et à formidable que épouvantable et effroyable, plus voisins, de leur côté, d'affreux et d'horrible ;  car on dit bien laideur épouvantable, laideur effroyable, mais non pas laideur terrible.  Quant à l'effet de la terreur, l'idée de force lui étant propre, c'est d'abattre, de décourager, de faire jeter les armes, « Pierre fit un exemple d'Ananias et de Saphira.  Ce premier coup de foudre inspira aux fidèles une salutaire terreur. »  BOSS.  « La justice tonne et foudroie.  Elle remplit l'imagination de la terreur de la peine. »  ID.  « Pour répandre partout la terreur, les Romains laissaient dans les villes prises des spectacles terribles de cruauté. » ID.  « Ceux que la mort aura trouvés sans l'amour de Dieu ne le verront grand que pour en être remplis d'une terreur qui les fera abimer dans l'enfer pour se cacher autant qu'ils pourront à une majesté si redoutable. »  NIC. «  En arrivant en Espagne, Crassus trouva la terreur répandue partout et la cruauté de Marius n'y était pas moins redoutée que si on l'eût vu lui-même présent sur les lieux. » ROLL.






Boissière :  peur  [légèrement élagué, extrait du Dictionnaire analogique, 1862]

Affre, grande peur ;  les affres de la mort.  Alarmant :  Alarme :  donner l'alarme ;  sonner l'alarme ;  cloche d'alarme ;  fausse alarme ;  - Alarmé.  Alarmer ;  S'Alarmer ;  Alarmiste ;  Alerte fausse alerte ;  donner l'alerte.  Appréhender craindre ;  Appréhension, crainte.

Cacade.  faire la Cane, montrer de la peur.  Chantage, manière d'obtenir de l'argent en faisant craindre une dénonciation, etc. Chaud: avoir chaud aux fesses ;  chaude alarme.  Chausses: faire dans ses chausses.  Pop.  Coïon, capon, lâche ;  - Colonnade ;  Coïonner ;  Coïonnerie ;  Couard, poltron ;  Couardement Couarder ;  Couardise.  Craindre, avoir peur ;  Craint, dont on a peur ;  Crainte, peur: de crainte de ou que ;  Craintif, - craintivement.  Croquemitaine, Barbe-bleue, ogre, loup, loup-garou, font peur aux enfants.

Danger ;  -Dangereux ;  etc.  Dècomposé (visage).  -Décontenancé ;  - Décontenancer, faire perdre contenance.  - Défait.  Diable :  Cest le diable! j'ai cru voir le diable.

Échaudé :  chat échaudé craint l'eau froide.  Écoutes (être aux), cheval Écouteux.  Effaré, hors de soi, troublé, hagard ;  Effarer :  Effarouché ;  Effaroucher, effrayer et donner envie de fuir.  Effrayant ;  Effrayé ;  Effrayer, faire peur ;  s'Effrayer, se laisser atteindre par la peur ;  Effroi, grande frayeur ;  Effroyable ;  - Effroyablement. Égaré, troublé, avoir les yeux égarés, l'air égaré.  Épée de Damoclès.  Épouvantable ;  - Épouvantablement ;  Épourantail ;  Epouvantail à ou de cheneviète ;  -Épouvante, frayeur ;  - Epouvantement ;  - Epouvanteur.

Fantasmagorie ;  Fantôme :  se faire un fantôme ou des fantômes.  Farouche, effarouché.  - avoir le Feu au derrière.  Fièvre :  donner la fièvre en avoir la fièvre.  Figer le sang ;  le sang se fige dans les veines.  Formidable, terrible ;  Formidablement.  foudre (coup de ).;- Poudroyant ;  - Foudroyé :  Foudroyer.  Frappé et Frapper de crainte.  Frayeur, peur avec agitation véhémente.  Frémir ;  Frémissant ;  Frémissement ;  - Frisson ;  Frissonnement- Frissonner.  Fuir, s'enfuir, prendre la - Fuite.

Galoper :  la peur.le galope.  Garde (prendre), se Garder ;  Gare les conséquences se Garer, pour éviter.  Glaçant ;  - Glacé - Glacer d'effroi ;  Glacer le sang dans les veines.

Honte ( mauvaise ou fausse) ;  Honteux.  Horreur ;  - Horrible ;  Horriblement ;  Horripilation, quand les cheveux se dressent se hérissent ;  Hiuau, ailes de buse dressées comme épouvantail.  Hypnophobie, terreur pendant le sommeil, cauchemar.

Imposant ;  Imposer, imprimer une crainte respectueuse.  Inquiet ;  - Inquiétude ;  etc.  Interdire troubler., mettre dans I'embarras.  Intimidateur j - Intimidation ;  Intimidé ;  - Intimider, inspirer de la crainte.  Intrépide, qui ne tremble jamais ;  etc. 

Lâche, poltron ;  - Lâchement ;  - Lâcheté.  Lièvre, animal cité pour sa timidité. 

Mané, thécel pharès, mots effrayants tracés sur les murs du festin de Balthazar.  Méduse, l'une des Gorgones, dont la tête pétrifiait ceux qui la regardaient ;  - Médusé, terrifié.  Méfiance,, V.  défiance.  Menaçant.  Monstre ;  se faire un monstre de quelque chose.  Mort plus mort que vif ;  - Mourir de peur. 

Nécrophilie, qui craint la mort ;  Nécrophobie. 

Ombrage :  faire ombrage. ;  Ombrageux, craintif, défiant ;  Ombre il a pour de son ombre.  Oser ne pas oser, manquer de hardiesse.

Pale, - Pâleur ;  - Pâlir.  Pâlissant.  Panique, ou terreur Panique, subite et imaginaire.  Panophobie, peur de tout, surtout la nuit ;  Panophobique.  Pavor, dieu de la peur.- Perdre la carte, la tête.  Périblepsie, regard effaré.  Pétrifiant - Pétrifié Pétrifier, changer en pierre, rendre immobile comme une pierre.  Peureux, qui a souvent peur, craintif.  Phobe et Phobie expriment la peur dans hémaphobe, qui a peur du sang ;  hydrophie, peur ou horreur de l'eau ;  nécrophobie,, de la mort ;  etc.  Poule, faire venir ou avoir la chair de poule.  Poussée (donner la), faire grande peur.  Pusillanime ;  - Pusillanimement ;  Pusillanimité, faiblesse de l'âme.

Qui-vive (être, se tenir sur le).

Rassuré (peu), pas très-rassuré.  Redoutable ;  Redouté Redouter, craindre.  Respect :  tenir en respect, respect humain.  Révérencielle (crainte), filiale, mêlée d'amour et de respect, opposé à servile.

Saisi de crainte Saisissant - Saisissement.  Saut. ;  - Sauter, tressaillir faire sauter.  Sauve-qui-peut général.  Scrupule, crainte ou timidité de la conscience, etc. Sensitive, symbole de la timidité.  Souleur., frayeur subite.  (vx) Stupéfaction - Stupéfait ;  - Stupéfiant ;  - Stupéfier - Stupeur.  Suée grande frayeur  — ;  Suer :  j'en sue.

Taff :  avoir le taff, la taffe, le taffetas, la vesse, avoir peur en argot ;  - taffeur, traqueur, frileux, peureux.  Terreur, crainte violente ;  - Terrible, qui imprime la terreur ;  Terriblement - Terrifiant Terrificition Terrifié Terrifier Terroriser Terrorisme - Terroriste, partisan du régime de la terreur.  Théopholie, qui craint Dieu Timide, qui manque de hardiesse ;  Timidement ;  Timidité Timoré, craintif.  Tourner ou faire Tourner le sang.  Transe, frayeur inquiète ;  Transi de peur Transir Transissement. Tremblant ;  - Tremblement ;  Trembler ;  - Trembleur Tremblotant;- Trembloter :  trembler comme la feuille.  Trouble, émoi, émotion Troublé etc.

Venette, peur ;  ;  avoir ou donner la venette.

Cet extrait de Boissière ne constitue pas une preuve à apporter dans un sens comme dans l'autre.





supra  ·  ∥  ·  Annexe sur le métalangage  ·  ∥  ·  Annexe sur les principes  ·  ∥  ·  Addenda