TSW WebCoder

De l'inférence sémantique




VII




Le modèle et ses outils




« La corneille est aussi mélodieuse que le rossignol quand il n'y a plus personne pour écouter. »

Joseph Vendryès.

Protagoras était déjà passé par là :  « l'objet est incolore tant qu'il n'y a pas d'œil pour le percevoir. »




plan du chapitre sept
[7]  ·  Évolution du « modèle sémiocognitif »  ·  modèle de la lecture -1979  ·  traitement de l'information  ·  modèle-cadre  ·  modèle de traitement (versant reconnaissance)  ·  macromodèle sémiocognitif — phases  ·  modèle sémiocognitif  ·  modèle global  ·  modélisation de la phase référentielle  ·  modèle d'intelligibilité de l'énoncé/de la situation  ·  catégories d'Aristote  ·  la règle d'inférence  ·  formule d'inférence  ·  [7a]  ·  les conditions gouvernant l'application de la règle  ·  tableau des conditions  ·  état actuel des conditions  ·  les relations  ·  tableau des relations  ·  examen des relations  ·  schéma relationnel du sens  ·  tableau du schéma  ·  schéma sémiorelationnel inférentiel  ·  sémiogramme  ·  le sémiogramme et la structuration du lexique intériorisé  ·  matrice (modèle) métalinguistique d'analyse  ·  synèse  ·  les relations dans les synèses  ·  synèses et métaphores  ·  schéma de la règle  ·  détails





Évolution du « modèle sémiocognitif »

L'idée d'un modèle de lecture (au sens strict de lire) remonte à ma thèse de troisième cycle de 1979, dont je reproduis ci-dessous le tableau schématique.  Il se lit de bas en haut et de gauche à droite.  Les flèches ne sont pas des symboles, elles indiquent uniquement la direction du processus.  La dernière, vers le bas, fait état d'une projection de l'acquis sur les opérations à venir, formant ainsi une boucle, inévitable.  Suit plus bas un modèle intermédiaire, paru dans un article en 1982, et la version du premier Traité de sémantique, mais auparavant, il convient de noter certains détails qui ont considérablement évolué au cours des années.  Le schéma plus souple, en-dessous, a été réalisé avec Aibase2.

modèle de la lecture -1979
univers de signification ⇨signification ⇩
univers de coordination ⇨référentiel ⇧
univers de discours ⇨message ⇧
signal ⇧

On constate qu'à cette époque je n'hésitais pas à me servir des outils des « sciences de la communication », lisant Aranguren et Colin Cherry, ce qui était logique pour une thèse qui se situait dans ce domaine, quoiqu'en « option sémiotique ».  J'ai même réussi à emprunter une expression aux logiciens en faisant un faux sens ou en en faussant le sens.  En effet, l'univers du discours est le « domaine des objets mis en jeu dans un raisonnement », comme le précise l'EUL.  Je ne suis peut-être pas le seul à m'être laissé leurrer, mais une version corrigée du tableau l'abandonnerait au profit d'univers sémantique, si le terme d'univers doit être maintenu ;  ce qui n'est pas de l'ordre de la certitude.  Par la suite, il a été question de phases, mais dont les frontières sont poreuses ou, si l'on préfère, les zones s'intersectent, comme j'aurai l'occasion de le montrer à propos des exemples empruntés aux dictionnaires (mes fidèles informateurs).

Même si aujourd'hui je fais une large place à l'inférence (empruntée à l'origine à la logique, mais le détour de la programmation et de la phonologie) dans le procès de la compréhension, je ne crois pas qu'on puisse conserver une notion comme celle d'univers de/du discours qui est en réalité référentielle.  À l'époque, le discours, de mon point de vue encore profane, mais sous la forte influence de Luis J. Prieto, était fait de « messages » et le signal (encore Prieto) appartenait à la perception.  Le signal était donc le signifiant reconnu comme tel, comme forme de la langue (mais sans l'opposition à « matière », du moins dans mon esprit).  Comme il s'agissait de lecture, avec une ambiguïté voulue (les linguistes américains parlant alors de reading au sens d'interprétation), on se situait d'emblée dans la réception et dans l'interprétation.

rem  —  L'univers du discours n'est autre, par rapport à la langue, que la situation comme système de coordonnées, mis en place par le discours ou se développant parallèle à celui-ci.

Il n'est pas impossible, si j'avais moins hostile à la logique il y a trente ans (la faute à Quine), que j'aie été tenté d'appliquer la distinction logique entre compréhension (au sens de l'anglais intension) et l'extension.  Après tout l'extension est la référence et le sens, à peu de choses près, correspondrait « logiquement » à la compréhension.  Et le modèle aurait été tripartite (si l'on fait abstraction de la perception nécessaire à la reconnaissance des formes).

Comme le signale Élie Rabier (1899) :  « La compréhension d'une idée est la somme des caractères qu'elle enferme.  L'extension d'une idée est la somme des êtres dans lesquels cette somme de caractères se trouve réalisée.  La compréhension d'une idée est donc l'ensemble des attributs dont elle est le sujet (ex. :  L'homme est animal, bimane, raisonnable, etc.) ;  l'extension d'une idée est l'ensemble des sujets dont elle est l'attribut (ex. :  Les Européens, les Africains, les Océaniens, les Américains sont hommes). »  .

Rabier est encourageant (rétrospectivement) :  « Le jugement en extension n'est jamais qu'une conséquence du jugement en compréhension. »  Il ajoute même : 

« En fait, quand nous jugeons, à quoi pensons-nous ordinairement ?  Est-ce aux rapports d'extension, est-ce aux rapports de compréhension ?  Il n'est pas douteux que, dans l'immense majorité des cas, nous ne pensions exclusivement aux rapports de compréhension. »  Avec en note :  « le même terme peut être envisagé soit comme attribut, soit comme classe. »  Classe (extension) ≠ attribut (compréhension).

rem  —  Je ne suis pas sûr aujourd'hui que tout le monde le suivrait à propos de la prééminence de la compréhension sur l'extension, en tout cas dans l'emploi de la langue courante.  Le modèle actuel ne tranche pas, comme il accommode les deux, avec une préférence pour la compréhension (≍ sens) qui se prête mieux à la représentation, y compris métalinguistique, tandis que l'extension comme images (sensorielles) pose des problèmes de figuration au niveau objet et au niveau métaextensif ou métaextensionnel.

La perception n'est pas écartée du modèle, elle est simplement hors de mes compétences personnelles, et je m'en remets à ce qu'en disait Alfred Binet (1903 ; 1903a) :  « Nous voyons nettement que l'esprit emploie tour à tour, et parfois cumulativement, deux procédés d'interprétation l'un verbal, l'autre sensoriel.  Le procédé verbal, c'est le jugement proprement dit, qui se manifeste à part de la sensation, comme une activité indépendante ;  le procédé sensoriel, assez compliqué en somme, avec ses opérations d'invention, d'ajustement, et de réalisation, a cela de particulier qu'il entame la sensation et la modifie profondément. »

J'avais tendance à ce moment-là à distinguer la compréhension (≍ pop. entraver) de l'interprétation et à les ordonner chronologiquement dans le procès général de signification.  Le principe étant :  on comprend ce qu'il écrit et on cherche à savoir où il veut en venir.  Il ne m'a pas fallu longtemps pour remplacer « message » par « sens », et ce, dès mes premiers travaux sur les locutions, c'est-à-dire un an ou deux plus tard.  Le niveau intermédiaire représente la référence, les coordonnées des situations du texte ou du discours formant un référentiel évolutif (ou une suite de référentiels compactables).  La compréhension englobait alors la référence, comme le faisait l'interprétation, sur le modèle bipartite qui suit.

compréhension{sens, référence} ;  interprétation{référence, signification}

Cela ne faisait pas vraiment de la référence le pivot du modèle.  Plus exactement, le référentiel constituait le point de départ de l'interprétation au sens de jugement de valeur.  Aujourd'hui, d'une part, je suis moins sûr qu'il y ait intérêt à distinguer la compréhension de l'interprétation (une réaction anti-cartésienne) et de l'autre, la signification se greffe certainement autant sur le sens que sur la référence, ayant moins en commun avec cette dernière qu'avec le sens.  Cette dernière observation a un retentissement sur tous les autres modèles, qui doivent évoluer.  Une des solutions consisterait à imaginer un référentiel composite, ce que j'aurai l'occasion d'évoquer à la page consacrée à la référence et à ses rapports avec le sens et la signification.

Il faut également envisager que le fait perçu (l'événement, l'action brute) fait l'objet de jugements de valeur, sans le détour du discours vocal ou écrit (ce qui n'exclut pas le langage).

Exemples où le jugement de valeur empiète sur le jugement, dans la sémiotisation de l'énoncé :  π je lui ai servi de marchepied.  π Turenne eut un glorieux trépas.  (Tué par un boulet à Salzbach.)

rappel  La signification, tout au long de cet essai, et en général sur ce site, est prise au sens de la théorie des opérations sémantiques, sauf dans les cas où il s'agit d'une citation explicite d'une autre source, comme dans ce renvoi.  Si la théorie des opérations sémantiques était une sémantique analytique descriptive, elle considérerait la signification comme le troisième élément d'un signifié ou le quatrième élément d'un signe marqué par la disproportion.  À toutes fins pratiques, ici la signification est, négativement, ce qui n'est ni la forme, ni le sens, ni la référence lorsqu'on parle du procès d'interprétation.  Elle est aux deux tiers socioculturelle (doxologie, idéologie) et consiste en valeurs de jugement ajoutées à ce que l'on comprend après avoir donné un sens et repéré une référence (« fléché », pour emprunter un terme de Culioli).  [Valeurs de jugements = (par permutation) jugements de valeur].

Comme exemple, on peut prendre harpie, dont seul un des trois sens répertoriés par le Petit Larousse [1918] sera doté par le dictionnaire (comme informateur) d'une signification, en l'occurrence le premier,≝ {nom de trois monstres de la Fable} ⇨ ∞<monstres ailés très voraces de la mythologie, à visage de femme, corps de vautour et griffes crochues>.  Le deuxième sens comportera certainement une signification et une référence pour un locuteur humain, mais le dictionnaire, ici, ne peut nous donner que la définition, c'est-à-dire ≝ {personne rapace,* femme très méchante} [‘rapace’ et ‘méchante’ sont « formatés » pour la signification].  La référence du troisième sens (≝ {aigle de l'Amérique du Sud} est une illustration, mais la signification est absente comme telle du dictionnaire.

*note  On peut y distinguer deux sens, l'un strictement féminin et l'autre au sexe indifférent.


modèle du traitement sémantique de l'information [1982]
phase discursivephase référentiellephase axio-idéologique
univers linguistiqueunivers encyclopédiqueunivers axiologique
opérations⇦ sens ⇧opérations⇦ référentiel ⇧opérations⇦ signification ⇧

boucles de rétroaction, du sens sur ses opérations, du référentiel idem, de la signification également — boucles de stockage, du sens sur son « univers », du référentiel sur l'encyclopédie, de la signification sur les « systèmes de valeurs ».


Le même, repris avec Aibase2 : 



modèle-cadre 1995
perception situation physique / cadre culturel ⇓
processus
de
sémiotisation
signification⇓ ⇐idéologie ⇓
axiologie ⇕
doxologie ⇕
modélisation / référentiel ⇒référence ⇕
encyclopédie / coordonnées ⇑
sens ⇒ sémantisation ⇕
forme ⇑
discours-texte ⇑ (parlé/écrit)

On remarque d'emblée que le rapport de la forme et du sens fait l'objet d'une opération qui porte le nom curieux de sémantisation.  Si j'ai probablement contribué à la diffusion de ce terme, je ne suis pas à l'origine du verbe qui m'a permis de le dériver, sémantiser, qu'on trouve déjà chez Benveniste.  La référence exploite 1) le sens, 2) l'encyclopédie du sujet, 3) les coordonnées issues des formes et du sens.  Elle est intégrée à un procès sémiotique plus large, avec la signification qui se subdivise en trois classes de croyances et de jugements, l'axiologique, correspondant au « je » et grosso modo à la notion « j'aime/j'aime pas », le doxologique, qui s'exprime par le « on » et représente l'opinion non personnelle (la doxa — la forme de dénonciation de l'opinion est la même que celle de l'idéologie :  ils), et l'idéologique correspondant au pronom « nous » et qui marque l'adhésion du sujet à un système de pensée extra-personnel.  La reconnaissance d'une opinion hostile, par exemple, celle de Thonnard à propos de Francis Bacon, a fait appel, chez moi, à des dispositifs cognitifs pertinents.

La dénonciation du « on » est possible avec le pronom éponyme, comme ici :  « on croit que X, mais c'est faux ».

La phase de signification met en œuvre non seulement la reconnaissance de phénomènes de l'ordre du jugement et de la croyance, mais aussi la production des mêmes.  Il y a également une fonction de tri [comparaison-sélection], par où on entérine une opinion ou la rejette (dans le cas que je signale, à titre d'exemple en passant, ce n'est pas un rejet, mais une mise en doute, comme l'opinion de Thonnard semble s'appuyer sur des sources indirectes et sur l'opinion que Bacon avait lui-même d'Aristote).

Aujourd'hui, comme je l'ai signalé, je ne ferais plus dépendre la signification du seul référentiel, même si on le dote d'une configuration plus complexe que les simples coordonnées issues d'une ou de plusieurs situations.  Si la référence met en jeu des éléments de connaissances elle est alors dans un rapport immédiat avec la valeur (au sens de jugement de valeur) potentielle de ces éléments.  Le stockage du savoir encyclopédique peut se faire avec la prédication d'une valeur de fiabilité (plus idéologique que la « vérité formelle »).

Dans le second ouvrage (maintenant intégré à la refonte générale sous le titre d'Essai de sémantique) le modèle s'était enrichi, et comportait certaines distinctions.


modèle de traitement (versant reconnaissance)
processus cognitif type d'information procès sémiotique traitement produit
perception discours (parlé/écrit) sémiotisation
forme sémantisation sens signe
situation(s) référence coordonnées
connaissances encyclopédie
modélisation référentiel
opinion sur la source interprétation doxologie doxiel
valeurs (système) axiologie axiel
attentes idéologie idéel
synthèse signification


La disposition (de haut en bas, gauche à droite) n'est pas nécessairement plus éclairante.  Le fait que la sémantisation produise un « signe » en attribuant un sens à une forme n'a pas de pertinence comme tel dans la théorie des opérations sémantiques.  Le signe n'est pas à proprement parler une unité opératoire dans les sémantiques structurales ;  Saussure rendait le sens indissociable de la forme (quoiqu'arbitraire), or il n'en est rien.

La référence s'est enrichie et la signification cède sa place à l'interprétation qui s'agrandit et la sémiotisation coiffe l'ensemble.  Avec le recul, je ne crois pas que le jeu de chaises musicales soit utile dans le cas de la signification.  Même dans la métalangue, elle peut être bisémique si les emplois sont clairs.  Dans le tableau ci-dessus, je la confinais au rôle de produit de la synthèse des trois types de systèmes (les -iel) que mettaient en place les trois sous-phases (axio-, doxo-, idéo-).  Je ne règlerai pas ici le statut des apports (« situations » dans la référence et opinion sur la source, attentes et système de valeurs pour la signification).  J'y reviendrai dans les chapitres qui leur seront consacrés plus loin.

Le modèle qui suit reprend les mêmes données dans l'ordre ascendant (de bas en haut).  Cette présentation ne me convainc pas davantage de l'adjonction du « produit » puisque ce qui est produit en réalité c'est la signification proprement dite.  Je note encore l'absence d'une « mémoire » pour la phase du sens, ce qui sera corrigé dans un modèle ultérieur.


Macromodèle sémiocognitif — phases
perceptionprocès sémiocognitifproduit
synthèse signification
idéologique idéel
axiologique axiel
doxologique doxiel
3 phase d'interprétation
modélisation référentiel
entrée: situation coordonnées / savoir
2 phase de référence
senssigne
entrée: signal forme
1 phase sémantique


Modèle sémiocognitif
perceptionéléments intervenant dans le traitementunités de traitementprocès sémiocognitif
signal acoustique/ graphiquemémoire acoustique / graphiqueformes lexicalesformesinterprétation ⇨ signes
mémoire morpho-lexicaleéléments de senssens
situation interlocuteurs ;  coordonnées générales :  lieu - temps - notion (« thème ») coordonnées situationnelles | discursives / narratives | schéma d'intelligibilité coordonnées mémorielles :  expérience | connaissances du monde (expérience vécue) | connaissances encyclopédiques (expérience livresque/médiatique) référentsréférenciation
modélisation
jugements doxastiques préexistantsréférentieldoxiel
jugements axiologiques préexistantsaxiel
jugements idéologiques préexistantsidéel
synthèse ⇨ signification


Ce « modèle sémiocognitif » est le premier, à part du modèle de 1982 avec ses boucles de stockage, à faire état des mémoires potentielles et, surtout, d'une improbable différence entre formes lexicales et éléments de sens ;  on supposera que ces derniers sont là pour la symétrie, car il n'y a pas d'éléments de sens en dehors de la règle.  D'ailleurs les mémoires acoustique et graphique sont des composantes de la mémoire morpho-lexicale et, d'un point de vue psychologique, des fonctions et des éléments sensoriels présents dans la perception.

La référence est encore une fois bien servie, même si elle perd inexplicablement son référentiel au profit de la signification.  Aujourd'hui, la distinction et surtout la séparation de la modélisation d'une « référenciation » me paraît osée.  La question invite à un réexamen.  La signification gagne des jugements existants mais perd le dispositif où s'opère le jugement.  Le nouveau lot de jugements ne justifie pas la mise en place d'un « système », en particulier comme il risque de ne durer que le temps de la conversation ou de la lecture ou alors d'être intégré à la mémoire générale à court ou à long terme.

Aujourd'hui, surtout après les critiques adressées à l'emploi générique de la notion de synthèse par Frédéric Paulhan, je ne considère plus la signification d'un segment discursif comme une synthèse ;  j'aurais plutôt tendance à la considérer comme le facteur de mémorisation de ce qui l'a déclenchée et comme tel, rival quant à la priorité mnésique.

La synthèse (au sens de tableau synoptique) qui suit, sous le nom de modèle global, s'inspire des modules d'une programmation logique hypothétique.  Elle n'est pas aussi fournie que le tableau précédent, mais a le mérite de pouvoir être étudiée par pans séparés, comme le montre plus bas, la modélisation de la phase référentielle.  Bien entendu, la phase référentielle n'est distincte de la phase sémantique que parce qu'elle met en œuvre des objets sémiotiques différents et que, méthodiquement, la séparation a un intérêt réel, notamment en ce qui concerne 1) les opérations qui s'y produiraient et 2) la possibilité d'une différence d'organisation de la zone cognitive concernée.  Je précise que si je parle de « zones » ou d'aires cognitives, il n'y a pas chez moi ipso facto d'homologie avec une quelconque localisation cérébrale (domaine qui m'est hermétique, en dehors du fait qu'on y parle aujourd'hui de « réseau distribué », ce qui n'est pas incompatble avec le modèle sémiocognitif à caractère systémique)

Les mêmes précautions valent pour la troisième phase, où l'on constate encore que c'est le référentiel qui continue à être « l'entrée » (input) du processus.  On s'y dispense toutefois des « produits » par classe de jugement.  Voir la REM au bas du tableau.

Chaque phase ici comporte un espace de stockage, mais il n'est ni fixe ni permanent.  Il ne serait pas surprenant que la référence (les coordonnées d'une situation, les images que suscite le discours) soit dans la proximité de la trace sémantique du segment d'énoncé correspondant.  On supposera un phénomène analogue pour les valeurs de jugement.  Les croyances n'ont, cognitivement, aucune raison d'être séparées des objets sémiotiques auxquelles elles se rattachent (sauf techniquement dans le cas de harpie dans la tradition du Petit Larousse).  La raison d'être du stockage dans le modèle tient à l'anticipation qui caractérise les phénomènes qui nous occupent. 

Pour reprendre l'exemple banal de l'église sur la place, on admettra qu'en vertu d'un principe qu'on pourrait appeler familièrement de principe d'« où veut-il en venir ? » ou, plus sérieusement, de complétude ou de motivation, un auditeur ou un lecteur a des attentes qui sont fonction de la partie déjà interprétée du discours.  On peut même imaginer que ces attentes sont inversement proportionnelles à la durée ou à la longueur de ce qui est entendu ou lu.  Naturellement, il y a des situations où les énoncés n'ont qu'une vertu phatique, mais une proposition comme celle de qui me sert d'exemple comporte un grand potentiel narratif, et comme je l'ai déjà signalé, elle implique également un modèle d'urbanisme et une structure sociale.

Toutefois, on ne fera pas de ceux-ci des objets sémantiques.  Néanmoins, la suite de cette petite phrase n'étonnera personne s'il est question des parties de l'église, de son histoire, de son style, de son curé, de ses paroissiens et ainsi de suite.  Des attentes du même type sont envisageables pour l'endroit où se trouve l'église.  « qu'elle partage avec le monument aux morts depuis 1918 », par exemple.  La grille ou schéma d'intelligibilité, plus bas, est présenté(e) comme appartenant à la référence, en raison des coordonnées qui situent un énoncé, mais chacun de ces postes peut être saturés à plusieurs reprises par des unités lexicales différentes.  Si on la situe dans la référence, elle présuppose une proposition ou, au minimum, un syntagme.

À une époque où j'employais des figures géométriques pour symboliser les étapes du processus, je résumais celui-ci dans une formule à complexité croissante, dont celle-ci est un rappel, f = forme, s = sens, ℝ = référence, ∞ = signification :

f ⇨ f[s] ⇨ f[[s]ℝ] ⇨ f[[[s]ℝ]∞].



Synthèse


modèle global
Phase 1
lexique intériorisé ⇕
‘formes’  ‘f’ ⊢ {x} sens ⇒ stockage ⇓
mémoire* (espace) de travail (anticipation) ⇦
Phase 2
situation(s) ⇕
sens ⇒   {s} ⊢ ℝ référentiel⇒ ⇓ stockage
encyclopédie ⇕ mémoire de travail (anticipation) ⇧
Phase 3
croyances α δ ω ⇕
référentiel⇒ ℝ ⊢ ∞ signification ⇒ stockage ⇓
jugement(s) ⇕ (mémoire de travail) anticipation ⇧


REM Ici le tableau se lit de haut en bas, de gauche à droite.  ℝ note la référence ou le référent ; ∞ la signification.  ⇕ indique un parcours de classe ou le balayage de la situation.  Les apostrophes (pseudo-guillemets) ‘a’ encadrent un mot/syntagme ;  les accolades un sens/élément de sens.  Le symbolisme de la phase 3 est sujet à caution et à révision ;  il y a de bonnes raisons de croire que le tableau en tant que forme ne rend pas justice au modèle.  Voir à ce sujet la version en carte conceptuelle.  Le mérite de cette représentation graphique permet l'alternance de la référence et du sens dans les cas où la dénotation est privilégiée par l'énoncé qui fait l'objet de l'interprétation.  Cf. « Les souris ont abîmé deux sacs de pommes de terre. »

*mémoire sémantique  —  Selon Endel Tulving en 1972 (« Episodic and semantic memory », In E. Tulving and W. Donaldson (Eds.), Organization of Memory), c'est la mémoire nécessaire à l'utilisation du langage, c'est un thesaurus mental, le savoir organisé qu'un individu possède pour les mots, les symboles non verbaux et leurs significations.  Dans cette version, qui n'est pas la mienne, la mémoire sémantique n'enregistre pas les propriétés des stimuli mais plutôt les référents cognitifs des signaux d'entrée. 

Voici le modèle actuel, sous deux formes (la seconde allégée pour plus de clarté), réalisées au moyen d'Aibase2  —  la première présente le remaniement postérieur à l'examen du rôle de la dénotation dans une « sémantique » de la phrase : 


modèle sémiocognitif

On note l'absence, dans cette représentation, de la perception, mais outre le « canal » sensoriel, ses rapports privilégiés avec le modèle se font par le sens (par les formes du sémiolexique) et la référence (dénotation-extension) et ses coordonnées.  Pour une représentation plus équilibrée, il faudrait élaguer ce schéma et l'alléger, dans le sens de cette version-ci : 


modèle de compréhension

Du tableau plus haut, on peut isoler la phase référentielle pour les besoins de la description.  C'est dans la case « situation » que s'appliqueront les catégories du modèle plus bas, dit « modèle d'intelligibilité » ou d'appréhension du réel.



Modélisation de la phase référentielle  ℝ

référence
situation ⇕
sens ⇒   {s} ⊢ ℝréférentiel ⇒ processeur de stockage ⇓
encyclopédie ⇕ mémoire de travail (anticipation)


Les symboles ⇕, ⊢, ℝ ont la même valeur que dans le tableau général qui précède le schéma ci-dessus qui est naturellement simplifié et en grande partie hypothétique.  Toutefois on peut avancer que le paradigme situation comporte à son tour les dix catégories paradigmatiques suivantes, qui sont basées sur les circonstances des juristes et des rhétoriciens latins, transmises par Quintilien sous forme d'hexamètre et illustrées par Cicéron :  « QUIS, QUID, UBI, QUIBUS AUXILIIS, CUR, QUOMODO, QUANDO ? »  —  Qui ? quoi ? avec quels moyens ? pourquoi ? comment ? quand ?  Dans une version moins statique, mais sans changement décisif : 


reference.png


modèle d'intelligibilité de l'énoncé/de la situation
repèrecoordonnéesremarque
1quisujet-agent
2fait/estaction-devenir-état
3quoi/quiobjet-patient
4[à] quipatient-récepteur
5lieu-position
6quandtemps
7commentmanière
8avec quoiinstrument
9pourquoimotif (parce que)
10dans quel butavec quelle intention (pour)


Dans la culture anglo-saxonne et notamment chez les journalistes ce « questionnaire » devenu le canevas de l'article ou du reportage, est connu sous le nom des Five Ws (+ One).  On retrouve le schéma dans la sociologie de l'information (F. Balle et J. G. Padioleau).

On pourra noter qu'une catégorie n'est pas présente, celle de nombre, mais avant même d'avancer une explication, on attirera l'attention sur le fait que la négation n'y est pas non plus et qu'elle est sûrement aussi importante que la quantification.  L'argument explicatif est plus simple :  ni le nombre ni la négation n'ont de potentiel expectatif ni ne contribuent à l'intelligibilité d'une phrase/situation (elles la modifient, mais ne la font pas.  En fait, c'est l'inverse.  Cf. « L'église est sur la place » ⇨ « les églises de village sont sur la place du village. »

Objection plus sérieuse, l'absence de la notion de résultat, impliquée dans celle d'action, mais il suffirait de l'ajouter à 10 ou de reporter le but/intention sur le motif.  On comparera les résultats suivants : 


version a
9pourquoimotif (parce que)
10avec quel ⊥but/résultat (pour)

version b
9pourquoi/ dans quel but avec quelle intention/dans quel motif
10pour quoi [faire]avec quel résultat

Les exemples forgés du genre de « l'église est sur la place du village » sont contraires à mes habitudes.  Normalement je considère le dictionnaire comme mon informateur pour ce qui concerne les énoncés ou fragments d'énoncés —ce que j'appelle phrase-exemple— et comme superlocuteur-interprète, puisque je lui confie l'interprétation de ses propres énoncés (ici ce sera surtout le Petit Larousse 1918, complété par le Quillet (1948) ou le Grand Larousse du XXe siècle 1928-1933 [réimpr. 1951] et parfois l'analogique de Boissière ou les synonymes de Lafaye, gracieuseté de Gallica, site de la Bibliothèque nationale de France.  Par curiosité, j'ai cherché ‘église’ et ‘place’ dans le Petit Larousse [1918], sans succès [la place y est soit de l'Opéra soit de la Bastille].  C'est Robert qui me donne « La place de l'église » à ‘place’, voisine de la place de la mairie.  Ne renvoie pas à ‘parvis’ qui n'est cité à ‘église’ que comme membre de l'extension de l'architecture d'icelle.

Fera exception à ce nombre restreint la reprise de la discussion des exemples saussuriens de la pseudo nature différentielle du sens, « craindre, redouter, avoir peur », abordée dans la partie non publiée de la Sémantique restreinte et qui se trouve maintenant en annexe, à cet essai.

Il y a matière à réorganisation avec les catégories 3 et 4, qui pourraient être compactées :  [faire/être] quoi, à quoi, qui, à qui, mais la préoccupation du petit nombre ne devrait pas nous obnubiler ;  elle risque de nous faire négliger une coordonnée.

En fait, la question du « résultat » pourrait être intégrée au verbe, c'est-à-dire à la catégorie d'action/état.  Personnellement, je ne souscris pas à une universalité obligatoire de ces notions et il y a des chances que la grille soit plus ou moins complète selon les individus.  Il est même possible qu'elle se forme « à la demande », selon les nécessités du moment.

  

La solution du petit schéma consiste à faire de la notion d'action/état/devenir le noyau des coordonnées qui sont alors maintenues à un nombre relativement gérable.

Comme je l'ai indiqué, la grille plus haut n'est autre qu'une variante enrichie de l'hexamètre rhétorique qui regroupe les circonstances et transmis par Quintilien, « quis, quid, ubi, quibus auxiliis, cur, quomodo, quando ? », et probablement dérivé des catégories d'Aristote, comme le signale Benveniste pour qui ce sont les concepts qui « organisent l'expérience ».  Andreewsky et Fluhr (1973) signalent que Tesnière et les grammairiens russes des années trente avaient adopté une analyse sémantico-syntaxique du discours qui soumettait une phrase à un questionnaire de ce genre.  Pour Bellenger (1978) la liste constitue une grille de lecture.  Les « espèces les plus générales de ce qui est signifié par un mot simple », selon Aristote, qui en comptait dix, soit : 

Catégories d'Aristote
1  · la substance2  · la quantité3  · la relation4  · la qualité5  · l'action
6  · la passion7  · le lieu8  · le temps9  · la situation10  · la manière d'être ou de posséder


Il est curieux que ces catégories soient considérées comme sémantiques alors qu'en tout état de cause, il s'agit de la conceptualisation d'un événement, donc nous sommes dans la référence.  On voit déjà comment le malentendu peut s'installer à propos du sens d'une phrase.  Sauf erreur de ma part, la même ambiguïté se retrouve dans l'accusation de « mentaliste ».

Dans la phrase-exemple ci-dessous, les numéros ne renvoient pas aux catégories d'Aristote, mais aux coordonnées du tableau de la grille d'intelligibilité.  1=qui, 2=fait/est, 3=quoi/qui, 4=à qui, 5=où, 6=quand, 7=comment, 8=avec quoi, 9=pourquoi, 10=dans quel but.

π Charlemagne [4] fut sacré [2] empereur [3] par le pape Léon [1] (Petit Larousse [1918])

On ajoutera :  « en 800 » [6] (partie historique) ;  « le jour de Noël de l'année 800 » [6]x2, « dans la basilique Saint-Pierre » [5] (Grand Larousse du XXe siècle)

Somme toute, il ne serait pas surprenant que cette grille soit à l'origine de l'idée qui veut que seule une phrase ait un sens « complet ».  D'où la confusion trop fréquente avec le sens tel qu'il peut être reconnu d'un mot ou d'un syntagme.  Néanmoins, elle est un des outils nécessaires dans le modèle sémiocognitif.  On la retrouvera même au sein de la règle d'interprétation, dont je donne un tableau explicatif plus bas.


L'examen des unités linguistiques révèle trois composantes potentielles, en proportion variable, dans chaque morphème ou affixe.  Le plus simple est sans doute (en français) la conjonction ou le pronom relatif (adverbe et pronom interrogatif) que qui se présente comme une cheville grammaticale/référentielle.  Les trois éléments qui se combinent dans toutes les proportions imaginables sont la dénotation ou la référence (la, là), le sens (intrus) et la signification (républicain).  Ces exemples sont donnés pour illustrer la plus forte proportion présente.  Le sens du troisième est minimal, {relatif à la république} ;  la signification du deuxième est fonction de son emploi, avec un sens courant assez stable ;  la désignation (référence) est essentielle dans le premier exemple, article défini, adverbe et interjection.  Le Robert 2007 cite un excellent exemple de Gide :  « L'homme est plus intéressant que les hommes ».

La forme actuelle du sagittal, combinant les questions et les catégories des coordonnées, est celle-ci : 

sagittalref.png





La règle d'inférence

formule d'inférence
condition syntagmatique φ‘boisson’ ≍interprétation :  {x} formule d'inférence
prendre une ⊥liquidepour se désaltérer‘a’ ∁ b ⊥ ⋀ [c] ⊢ {x}
⊥ alcooliséeboisson particulière℄[vin, bière, cidre]
débit de ⊥consommationboisson à consommer sur place
pris de ⊥ivresseêtre ivre
s'adonner à la ⊥alcoolismeêtre alcoolique
‘boisson’ ∁ pris de ⊥ ⋀ ≡[soûl] ⊢ {être {ivre}}

note  φ paramètre ;  ≍ au sens de ;  {sens} ;  ⊥ point d'insertion ;  ℄[...] classe (extension).  La formulation de la règle est expliquée plus bas en détail (page suivante)..


La règle d'inférence sémantique n'est pas une formule de prestidigitation.  Elle ne tire pas le sens d'un chapeau comme « le contenu d'un contenant ».  Son application est conditionnelle, c'est-à-dire fonction de conditions, où la forme n'est qu'une condition sensorielle.  Dans le tableau qui précède, la matière m'est fournie par le Petit Robert. On se demandera, à propos du Robert, pourquoi le lexicographe a choisi π « Je ne puis troubler sa boisson » de La Fontaine, qui trouble justement la sémantisation à partir des éléments de définition :  Liquide qui se boit. → breuvage.  Le Trésor cite Brillat-Savarin, ce qui est moins troublant.

Cette remarque en passant porte le sémanticien, comme l'utilisateur de dictionnaires, à se demander si les exemples signés [exemples d'auteurs et non de lexicographes] sont là pour faire joli et cultivé ou s'ils ont quelque mystérieux pouvoir sémantique occulte.  On s'inquiétera aussi de trouver le même « contexte » illustratif dans deux dictionnaires (le Lexis et le Robert), à vingt ans d'intervalle, ce qui tendrait à faire de l'auteur le seul usager de l'expression.  Je parle de vésanie, et de ce pauvre Duhamel qu'on ne cite même pas au complet :  La guerre, « cette monstrueuse vésanie » (Duhamel).

rem  La consultation du Trésor de la langue française, accessible en ligne [plutôt deux fois qu'unenote], apporte heureusement un démenti.  Proust s'en sert au sens médical (qui date de Pinel, semble-t-il, sauf deux attestations isolées aux XVe et XVIe s.), Bachelard (1957) par extension (litt.) et Colette (1949) par métaphore et de façon incohérente, compte tenu de l'emploi qu'en fait Duhamel.

L'exemple de Proust ci-dessous est particulièrement représentatif du contexte indifférent.  On pourrait y substituer ‘maladies’ sans peine.  Mais c'est aussi, sans autre détail, le cas de celui emprunté à Duhamel.  La signature n'est pas un élément de sémantisation.  À la rigueur, elle constituera un élément de signification, c'est-à-dire, par la relation d'association, un jugement sur l'emploi du mot.

(...) mon médecin ne peut pas me faire rester couchée (...). Mais naturellement, Madame, on ne peut pas avoir, pardonnez-moi le mot, toutes les vésanies, vous en avez d'autres, vous n'avez pas celle-là (PROUST, Guermantes 1, 1920, p. 304) [tiré du TLF]

Comme le Robert donne également ‘vésanique’, j'ai cherché cette forme dans le TLF et découvert ainsi l'explication du caractère artificiel de l'emploi de ‘vésanie’ que fait Colette :  il semble s'agir, pour elle, d'un mot fétiche, avec son adjectif, dont la première datation chez elle est de 1903, et dont elle dérive en 1938 un adverbe, que le TLF marque comme hapax.  Toute la citation vaut son pesant de « sémème » :  La pièce de Mackenzie, il appartenait à Pitoeff de la découvrir et de s'y réserver un de ces rôles de demi-fou qui lui vont si vésaniquement bien (COLETTE, Jumelle, 1938, p. 59)

rem  —  Un de ces exemples de citations littéraires qui vous poussent à remettre en question cette pratique lexicographique, sorte de perpétuation du mythe du « bon usage » que représenteraient les meilleurs écrivains, alors que le choix de phrases-exemples devrait être déterminé en fonction de sa contrôlabilité par la substitution de tout ou partie de l'acception, avec levée de l'obligation dans le cas de description d'objets, bien entendu.

Un autre exemple, à propos du mot ‘boisson’ tendrait à nous faire accroire que Claude Lévi-Strauss avait une casquette de médecin :  « Le refus de boisson et de nourriture, fréquent chez des malades en proie à une angoisse intense, précipite cette évolution, la déshydratation agissant comme stimulant du sympathique et la diminution de volume du sang se trouvant accrue par la perméabilité croissante des vaisseaux capillaires. »  C. Lévi-Strauss, Anthropol. struct., 1958, p. 184. [cité dans le TLF].





note  —  Le site de l'Atilf et celui, pratique et immédiat, du cnrtl, qui offre moult ressources linguistiques et par surcroît une barre de recherche aux inconditionnels de Firefox.

supra  ·  ∥  ·  Suite