VII
Modèle et outils (suite et fin)
Les conditions gouvernant l'application de la règle.
Suivent deux tableaux regroupant les conditions identifiées au cours des trente dernières années. Chacune de ces conditions sera examinée en détail dans les pages suivantes. Comme les catégories de la grille d'intelligibilité, elles ne s'appliquent pas toutes de façon systématique ; à l'exception des conditions sémiotaxiques et modulaires, elles n'interviennent que si leur contribution est pertinente. Le cas-type est celui de la condition paramétrique ou d'indirection qui ne s'appliquent que lorsque l'on se trouve devant une locution (ou assimilé) dans un cas et dans l'autre lorsque la perte de la référence première donne lieu à ce qu'on appelle couramment un « sens figuré » ou une métaphore ; parfois, dans le cas d'une extension de sens, il ne s'agit que d'une « redirection ».
| Conditions proprement syntagmatiques et contextuelles | |||
| 1 | sémiotaxique 1 | a ∁ ⊥ b | un [sentier]a [heideggerien]b |
| 2 | sémiotaxique 2 | b ∁ a ⊥ | un [sentier]a [heideggerien]b |
| 3 | sémiotaxique 3 | b ∁ a ⊥ c | consultera les spécialitésb médicalesc |
| 4 | contextuelle non contiguë 1 (élément de sens) | ∦[{y}] | ∦[{verger}] |
| 5 | contextuelle non contiguë 2 (élément lexical) | ∦[L] | ∦[verger] |
| 6 | paramétrique | φ[a_b_c] | φ[avoir le cœur à l'ouvrage] φcœur_d'_artichaut |
| Conditions morpho-syntactiques (grammaticales) | |||
| 7 | morphologique | -[b] | [a]- | -[b]- | in- abord –able | [abord]- –[able] |
| 8 | étymologique | ␃[x] | état crépusculaire ∁ ␃[douteux] |
| 9 | anaphorique | ⊳[x] ⋁ [y]⊲ | φj'⊳en suis |
| 10 | modulaire 1 | [sujet[verbe]objet] | [A[éprouver]B] |
| 11 | modulaire 2 (sémio-) | [PATIENT[v]passif AGENT] | les passagers sont rançonnés par des pirates |
| Conditions globales et relationnelles | |||
| 12 | référentielle | ℝ[x] | ℟[saison]a ℝ[mentale]b |
| 13 | indirection | ℟[c] | ℟[griserie] du succès |
| 14 | interdéfinition/énoncé connecteur | ⊥ ⋈[b] / ≎[c] | verger ⋈ fruit / ≎[le loup est cruel] |
| 15 | conjecturale | ≟[≡ ⊨ ⇗ ∈ ⇒ ∥ ↗ ≢ ∩] | nastie ∁ [nastos]≟␃ ⊢ {pressé} |
| Conditions-traces (référence-signification) | |||
| 16 | situationnelle | ␏[…] | ␏[au restaurant]/furie ∁ ␏[femme] |
| 17 | de domaine | ⌂[…] | cœur d'artichaut ∁ ⌂[sentiments] |
| 18* | axiologie | α[…] | la Σ[pompe]α de Bossuet |
| 19 | doxologie | δ[…] | δ[le succès grise l'homme] |
| 20 | idéologie | ω[…] | oubli de soi |
| 21 | signification | Σ[...] ⋁ ∞ | furie ∁ vagues_en⊥ Σ[littéraire] |
| hors série | contrainte paradigmatique | ⇕[d, e, f...] | ⇕[curieux, drôle, étonnant, étrange, inattendu, insolite, saugrenu, singulier, …] |
*de 18 à 21 Les applications des conditions de signification sont tributaires des goûts, des croyances et du système de valeurs de chacun. Je me trahis par mes exemples, même si mes informateurs sont des dictionnaires (ils devraient, a fortiori, se comprendre eux-mêmes, sinon les uns les autres).
| N° | condition | exemple |
| 1 | sémiotaxique « avant » | creux ∁ esprit ⊥ |
| 2 | sémiotaxique « après » | esprit ∁ ⊥ creux |
| 3 | sémiotaxique « entre » | sévit ∁ paupérisme ⊥ en Angleterre |
| 4 | contextuelle non contiguë sémantique | échec ∁ ∦[conduite] ⊥ ⊢ {{tout {faire} inconsciemment} {pour échouer}} |
| 5 | contextuelle non contiguë lexicale | la ∦[colère] est donc, en fait, une 'conduite d'échec' |
| 6 | paramétrique (syntagmatique) | creuse ∁ φ tête ⊥ |
| 7 | morphologique | multipartisme ∁ (multi—) ⊢ {multiplicité} |
| 8 | étymologique | aliéné ∁ [lat. alienus ≝ autre, étranger] |
| 9 | anaphorique (de coréférence) | « …s'adapter à l'idée d'avoir tort et à la situation qu'elle entraîne…» → elle ⋫ situation, elle ⊲ idée |
| 10 | modulaire (ou syntactique) | démocratisation ∁ [x[démocratise]y]1 |
| 11 | sémiomodulaire2 | changer ∁ [[AGENT[changer]PATIENT]RÉSULTAT] |
| 12 | référentielle ou « du monde » | panoplie ∁ ℝ[chevalier] ⋀ ⌂[féodalité] ⊢ {armure complète} |
| 13 | indirection | pâtés ∁ couverts de ⊥ ℟[pâtisserie] ⋀ ∦[papiers] ⊢ {{tache} d'{encre}} |
| 14 | interdéfinitionnelle3 | …fondées sur l'habitude et l'imagination ⋈[(association des idées)] |
| 15 | conjecturale4 | nastie ∁ (nastos) ⊢ {pressé} (conjecture étymologique) |
| 16 | situationnelle | furie ∁ SIT(femme) ⊢ {{femme}{déchaînée}}5 |
| 17 | de domaine | ⌂[dans la science moderne] — artifice ⌂[politique] |
| 18 | axiologique | furie ∁ vagues en⊥ α[littéraire] ⊢ {{mouvement}{impétueux}} |
| 19 | doxologique | δ[autel contre autel] |
| 20 | idéologique | tout homme est peccable — ω[le prochain] ≍ {semblable} |
| 21 | signification | la ∞[poésie] des Martyrs de Chateaubriand ∦[style] |
| hors série6 | paradigmatique | se creuser ∁ ⊥ la cervelle ⇕[esprit/cerveau/tête/méninges] ⊢ {réfléchir} |
n° 4 π PR « avoir une conduite d'échec »
notes
1. Dans une application plus complète les positions reçoivent les mots de la phrase, à l'exception de la base qui y figure sous forme de point d'insertion ⊥ : [⊥ [chancir]∅] ; si la base est le verbe, on aura [confitures[⊥]⇥] ; entretenue ∁ [promoteur[entretient]secrétaire].
2. La condition sémiomodulaire peut accommoder d'autres formes grammaticales que le verbe, comme on l'a vu pour la morphologie.
3. La condition d'interdéfinition artificielle est l'énoncé connecteur : « l'échec serait le point de départ des sentiments de culpabilité et d'inhibition, puis ≎[(par réaction contre ceux-ci)] des « mécanismes de compensation » (vantardise, fabulation… » (exemple textuel).
4. Peut exploiter toutes les relations entre unités lexicales et entre éléments de sens : appartenance, inclusion, implication, etc.
5. La condition d'indirection (condition du monde/de référence niée) pourrait également s'appliquer.
6. Voir le numéro 19 du tableau préliminaire des relations ci-dessous.
Les deux tableaux, sans les notes, ont été réunis sur un seul document photo Aibase2.
Les relations sémantiques interviennent désormais principalement comme conditions au sein de la règle et ne constituent plus, dans la théorie des opérations sémantiques, un champ d'étude propre ni central ; on peut à la rigueur les coupler à ce que j'ai fait du sémiogramme de Bernard Pottier (le schéma relationnel, chez moi, devenu depuis sagittal relationnel). Toutefois, comme dans cet essai sur l'inférence qu'est la sémantisation il sera question, à titre d'hypothèse, de la configuration possible des divers systèmes intériorisés lexicaux, encyclopédiques, axiologiques, doxologiques et idéologiques, les relations continueront d'être l'objet d'une attention soutenue. Pour l'instant, j'en donne ici la liste, suivie d'exemples du sémiogramme étendu. La connexion fondamentale, pivotale, de ces systèmes est la synèse, qu'il s'agisse du sens ou de la référence ou encore des jugements de valeur (de l'axiologie, de la doxologie ou de l'idéologie).

Plus bas, figure le canevas d'analyse du sens, le MMA, qui a le mérite d'être extensible horizontalement et verticalement et de permettre de comparer les définitions ou les paraphrases entre elles (acceptions et emplois).
| terme | religion* | sectaire |
| sens | doctrine religieuse | qui suit avec une ardeur excessive les opinions d'une secte religieuse ou philosophique |
*Huit acceptions dans le Petit Larousse 1918, dont une figurée {devoir | scrupule sacré} avec deux locutions, se faire une religion d'une chose ; surprendre la religion de qqn, tromper sa bonne foi.
Dans un premier temps, où j'envisageais une version de la théorie décrivant la langue (une véritable sémantique linguistique, « statique »), j'avais classé les relations en me servant des catégories également retenues par Pottier pour son sémiogramme : syntagmatiques et paradigmatiques, auxquelles j'ajoutais un troisième volet, celui des relations opératoires, c'est-à-dire qui sont aussi et avant tout des opérations. Ces divisions ne sont plus exactement pertinentes, surtout en ce qui concerne la troisième classe. Le souci de classification allait jusqu'à marquer l'incidence de chaque relation, c'est-à-dire si elle concerne le signe, le sens ou les deux, dans une même relation ou séparément. La néologie propre à ce secteur des sciences humaines m'avait infecté et à côté d'une homosémie, j'avais une hétérosémie et une anhomosémie, ainsi qu'une métasémie pour désigner le parcours des éléments d'une classe ℄[poitrine, seins, gorge, doudounes, nénés], cf. la catégorie générique (extension), celle qui est assimilable à la référence.
Du tableau qui suit, il est possible d'extraire les relations qui seraient directement liée à l'inférence sémantique sans qu'il s'agisse d'opérations cognitives générales ou fondamentales ni des opérations inférentielles proprement dites (les cinq dernières, du no 26 au no 30). Pour ne pas anticiper sur l'importance de certaines d'entre elles, j'applique à la liste l'ordre alphabétique, sauf pour les cinq en question et les versions négatives des relations à leur ordre alphabétique.
A priori, seul l'ordre des relations a changé par rapport au tableau figurant au chapitre 5 ; ce dernier répartit les relations en S = syntagmatiques, P = paradigmatiques, O = opératoires. On notera que celui qui suit comporte en échange le signe (≍ symbole) correspondant à la relation.
| N° | nom | notation | exemple | se lit |
| 1 | analogie | ⊨ | futurible ⊨ futurologue ⋁ mer ⊨ huile | « est analogue à » |
| 2 | appartenance | ∈ | futorologie ∈ prospective | « appartient à » |
| 3 | association1 | ↗↘ | science-fiction ↗avenir ; fjord ↗ Norvège ; fixisme ↘ | « à ‘x’ s'associe [péjorativement ou méliorativement {y} ou y » |
| 4 | asymptote | ≍ | grenier ≍ {région fertile} | « au sens de » |
| 5 | comparaison | ⊼ | général ⊼ universel | « est comparé à » |
| 6 | compréhension | M{x, y, z} | fusionner{{unir} {par {fusion}}} | « l'ensemble (valeur) comprend les éléments de sens ... » |
| 7 | contiguïté | ∥ | Écosse ∥ Norvège ; fusil ∥ pistolet | « est contigu à » |
| 8 | définition | ≝ | réprimer ≝ arrêter le développement ; privautés ≝ familiarités ; instant ≝ moment très court | « se définit » |
| 9 | différence | ≠ ⋁ ≏ | Écosse ⊩ Norvège ; flagellant ≠ flagellé ; lunette\lunule | « diffère de » |
| 10 | équivalence | ≋1 / ≡ | filmique ≋2 / ≡ cinématographique | « équivaut à » |
| 11 | extension | ℄C[a, b, c] | ℄fustiger[blâmer ∥ stigmatiser] | « la classe comprend les membres ... » |
| 12 | implication | ⇒ | fjord ⇒ nord ; futurible ⊃ {avenir} | « implique » |
| 13 | inclusion3 | ⊂ / ⇘ | personne ⊂ prisonnier ; supplice ⇘ punition ; conjecture ⇘ hypothèse | « inclut » | « infra » ou « supra » |
| 14 | interdéfinition | ⋈ | avenir ⋈ prévision ; arriver ⋈ probabilité ; fixité ⋈ fixisme | « interdéfinit » |
| 15 | intersection | ∩ | avenir ∩ futur ; hypothèse ∩ opinion ; fission ∩fusion | « inter », « intersecte » |
| 16 | non-implication | ⇏ | récif ⇏ terre ferme | « n'implique pas » |
| 17 | non-intersection | ⋔ | privation ⋔ privatisation | « n'intersecte pas » |
| 18 | opposition | ≢ | sud ≢ nord : fission ≢ fusion | « s'oppose à » |
| 19 | parcours | ⇕ | {vaurien, galopin, chenapan, garnement} | « ... » | « la classe comprend ... » |
| 20 | paraphrase | ℘ | prévision ℘ action de prévoir l'avenir ; fusillade ℘ fusiller pour exécuter ; nib ℘ rien | « se paraphrase par » |
| 21 | sélection | ⊽ | filmique ⊽ cinématographique ; garnement ⊽ chenapan | « plutôt que » |
| 22 | substitution | ↺ | fissile ⊻ ou ↕ fissible4 | « se substitue à » |
| 23 | subordination | ⇘ | conjecture ⇘ hypothèse | « est subordonné à » |
| 24 | superordination | ⇗ | distance ⇗ intervalle | « est superordonné/ surordonné à » |
| 25 | abstraction | Θ | invraisemblable Θ vérité | « fait abstraction de » |
| 26 | attribution5 | ∋ | Lune ∋ cratère | « possède » |
| 27 | conversion | ⋈ | snifer ⋈{snifer}≍{priser} ∁ cocaïne6 | « interdéfinit » |
| 28 | inférence | ⊢ | fusiller ⊢ exécuter | « infère » ou « on infère » |
| 29 | prédication | ∋ | fusionner ∋ unir ; le fjord ∋vallée glaciaire | « prédique » « possède » |
| 30 | sémantisation | ⊢ ∨ ≍ | fusillade ≍ coups de fusil | « infère » | « au sens de » |
1. L'association peut n'être que lexicale et donc hors accolades.
2. Le signe ondulé est celui de la forme (la synonymie, et non une triple négation, dont ∼ serait le pivot) ; l'équivalence sémantique est marquée ≡, mais l'une ne vient pas sans l'autre. Toutefois, l'équivalence sémantique (entre éléments de sens) n'entraîne pas obligatoirement la synonymie.
3. L'inclusion est ambiguë en sémantique, car si l'espèce appartient au genre, le genre appartient à la définition [la compréhension] de l'espèce.
4. Il s'agit de signes alternatifs de la substitution, mais ma préférence va à ↺ et ↻ selon l'ordre.
5. Il faut distinguer l'attribution qu'on trouve en discours, qui est la prédication classique, et l'attribution par inférence (sémantisation).
6. Ou bien : raisonnement ⊨ {raisonnement} ∁ inférence ⊢ {⊥}, dans lequel ⊨ se lit « est le modèle de ».
Le schéma est le suivant : m ⊨ {⊥} ∁ x ⊢ {⊤} ; le signe de la perpendiculaire (antitruc) ‘⊥’ indique le point d'insertion et évite la répétition de la variable précédente, si elle est identique ; les accolades encadrent un élément de sens ; le truc ‘⊤’ indique que le point d'insertion est saturé. L'assertion ‘⊣’ a été abandonnée comme elle implique une production discursive.
Certaines relations figurent en double, en quelque sorte, puisque la sémantisation et l'inférence se confondent ici même [ce qui n'était pas le cas en 1987, quand la sémantisation décrivait également un improbable processus intracontextuel] ; toutefois, l'asymptote, en tant que relation (cf. empester ≍ corrompre), ne fait pas double emploi avec l'inférence, comme elle est en est le résultat. L'attribution et la prédication sont moins faciles à ditinguer l'une de l'autre et une réduction pourrait s'opérer. On peut envisager la même chose entre définition (strictement sémantique) et équivalence. J'ai ajouté une variante pour la conversion, qui évite de mêler l'assertion à l'inférence et qui est plus explicite quant à la condition d'application.

Comme le format jpeg de cette carte (qui remonte à plusieurs années ; le programme libre a disparu) ne permet pas d'accéder aux notes (représentées par un bloc-notes sur l'image), j'en reproduis ici le contenu (tel quel ou presque), en commençant par le haut : inférence : il s'agit de l'opération qui fonde chaque relation ; opposition : il existe plusieurs variantes de l'opposition, la contrariété, la contradiction, la réciprocité, la relation converse, le contraste, antinomie, l'antithèse, la polarité... contiguïté : la contiguïté est une proximité et non une intersection, même si les deux relations peuvent cohabiter, cf. glacis/muraille ; différence : la différence se présente sous deux aspects comme absence d'intersection ou de contiguïté et activement comme élément subordonné permettant de distinguer une unité des autres appartenant au même genre (inclusion/classe) ; inclusion 1 : l'inclusion peut être envisagée de deux points de vue en extension elle est le genre, classe qui contient ses espèces ; extension (dénotation) : domaine des objets et des formes lexicales ensemble des objets auxquels s'applique un termes'oppose techniquement à la compréhension au sens d'intension ; interdéfinition : l'interdéfinition est un rapport complexe entre la forme et le sens de termes contigus ou en intersection, représentable par un noeud papillon ; prédication : dans la théorie des opérations sémantiques, elle se présente comme la relation inverse de l'appartenance ;
compréhension : ensemble des caractères (ou des notes, comme disaient un temps les philosophes, cf. connotation) généralement associés à un concept ou une idée - considérée comme inversement proportionnelle à son extension ; inclusion 2 : l'inclusion peut être envisagée de deux points de vue: en compréhension, il s'agit de l'élément de définition (de sens) qui situe le mot dans une classe d'où ensuite on le distingue par la différence spécifique ; subordination : l'inclusion peut être envisagée de deux points de vue: en compréhension, il s'agit de l'élément de définition (de sens) qui situe le mot dans une classe d'où ensuite on le distingue par la différence spécifique ; intersection : peut se formuler de manière binaire ou ternaire: X inter Y (ils ont Z en commun) ou Z inter X et Y ; équivalence : rattachée à l'extension dans la mesure où elle peut constituer une classe d'équivalence (ou d'équivalents), mais la relation elle-même est un phénomène de compréhension, dans la sémantique classique, au plan des « sèmes » ; implication : X implique Y, relation où X serait la forme (le mot) et Y un de ses éléments de sens ; appartenance : relation qui concurrence l'implication (pour des raisons épistémologiques) dans la description où X est un élément de sens et Z une forme lexicale, dans X appartient à Z - peut aussi décrire le rapport entre l'espèce et le genre (subordination-inclusion).
Ci-dessous le tableau préliminaire des relations sous forme de carte cognitive ou « conceptuelle », avec séparation des opérations. Les flèches rouges ne sont qu'une indication, l'exhaustivité rendrait l'examen du tableau plus difficile, en plus d'être un casse-tête à établir, les deux domaines complémentaires présentant des correspondances indéniables. [Tableau préliminaire proprement dit.]

Les relations ont fait l'objet d'un premier examen sous leur aspect opératoire, au chapitre 5. Avant d'aborder leur réduction au sémiogramme, même enrichi, on peut les passer en revue afin de déterminer celles qui sont le plus aptes à intervenir dans une condition, c'est-à-dire comme sous-opération dans la règle. Il est naturel (et plus simple) de trier par exclusion. La conversion (27)*note, quoique parallèle et nécessaire à l'inférence sémantique, est un dispositif appartenant au stockage morpholexical (à « l'organisation » des données de la cognition). Elle est, en principe, automatique, et rattachée aux synèses, soit [place-église]-{temple}. Exceptionnellement, dans l'application d'une condition conjecturale, elle pourrait être appliquée « consciemment ».
*note Le numéro entre parenthèses (x) renvoie au « tableau préliminaire » ci-dessus.
Pour une raison différente, mais aussi claire, l'inférence sémantique (28) ne sera pas, a priori, condition de l'inférence sémantique, bien qu'elle puisse intervenir comme condition de la règle d'inférence référentielle (élection du ou des référents d'un mot ou d'un syntagme ou d'un mot suivi d'une complétive) ou comme condition également de la règle de signification (dans ses trois versions : axiologique, doxologique, idéologique). Cette exclusion entraîne une partie de la « relation » de sémantisation (30), celle qui concerne l'inférence comme sémantisation. On notera que l'inférence discursive (celle des logiciens et celle de tous les jours) n'est pas à proprement parler une règle d'interprétation :
[p ⊢ q] ≠ [‘p’ ∁ ⊥x ⋀ [p[x]] ⊢ {q}].
La deuxième forme de la sémantisation (le signe de l'asymptote ‘≍’, qui introduit également un sens ou un élément de sens) peut être invoquée dans le déroulement de la règle pour contraindre un élément à la monosémie. C'est aussi le cas de la prédication (29)-attribution (26), notamment dans un module verbal. Il est possible qu'elles fassent double emploi avec l'appartenance (« ce qui appartient à x est un attribut de x » ou en extension « est un membre de x ») : mais elles reste activent « à l'étage supérieur », comme l'inférence logique.
L'abstraction (25) n'a pas d'impact sur le déroulement de règle, elle correspond à la fin d'un parcours générique (de genre en genre), dans une version descriptive de la théorie des opérations sémantiques. On ne la retiendra pas comme condition habituelle ou potentielle. Son rôle dans une condition conjecturale n'a pas été déterminé. Elle reste toutefois une opération contiguë de, sinon assimilable à, la généralisation, comme elle opère, à l'issue de la comparaison, la différenciation de la spécificité à l'intérieur de la classe formant un genre. Elle reste présente chaque fois qu'on peut isoler une fonction d'analyse, même rudimentaire.
La subordination [23] (de l'espèce ⇘ au genre) et la superordination [24] (ou surordination, du genre ⇗ à l'espèce) n'ont pas de statut précis dans la règle et pourraient éventuellement contribuer à cerner un sens difficile à établir, au moyen de l'asymptote (≍). Ce sont des relations d'ordre hiérarchique, avec ceci de particulier que le genre qui comprend les espèces comme le fait une classe ses membres et en retour est contenu dans la définition de ses espèces. La flèche → n'est ici rien d'autre qu'une flèche, mais on peut sans peine l'interpréter comme le retournement du rapport.
distance ⇗ intervalle → intervalle ≝ distance = intervalle ⇘ distance ;
abattement ⇗ langueur → langueur ≝ abattement = langueur ⇘ abattement.
La substitution (22), ‘↺’, est une opération extérieure à la règle d'inférence sémantique et s'intègre à l'opération complexe de paraphrase (cf. 20), ‘℘’, qui n'appartient pas à la compréhension, bien qu'elle la sollicite. J'ai abandonné mes recherches de ce côté, comme il s'agissait d'un phénomène de production, bien qu'il fasse appel à une homosémie (identité ou équivalence de sens). Cf. prendre le large ℘ {la haute mer} ⋁ prendre le large ℘ {s'enfuir}, Petit Larousse 1918. La paraphrase se présente en fait comme la forme discursive de la sémantisation dans une conversation ou dans un texte. Comme elle est l'objet d'une inférence, elle ne peut donc en faire partie autrement que comme amorce des conditions, devant ∁, entre les pseudo-guillemets ‘_’, « analysée » ou non par la perception.
La substitution (commutation) est une opération classique de la linguistique et a pour objet, en sémantique, de valider ou contrôler l'équivalence de sens (ou toute autre relation) entre deux ou plusieurs unités lexicales ou syntagmatiques. Comme telle, elle appartient à la panoplie de la théorie des opérations sémantiques, même si la description du sens hors de la règle n'est plus une priorité.
La sélection (21) est écartée comme opération autonome dans la règle, car elle partie intégrante du parcours (19), ⇕, avec sa première phase, qui est la comparaison (5), ⊼. L'opération de parcours s'applique 1) à des classes, 2) à des paradigmes et 3) à toute série. Elle appartient fort probablement aux opérations élémentaires de la perception. Le parcours est seul représenté dans la règle, mais il est obligatoirement lié à la comparaison et la sélection.
L'opposition (18) est une relation discriminatoire et, a fortiori, permet de sémantiser partiellement ou de stabiliser le processus de sémantisation. C'est donc une condition relationnelle privilégiée en raison de l'intersection obligée qu'elle postule dans la compréhension logique ou la définition sémantique de deux unités distinctes :
sud ≢ nord → sud ∩{points cardinaux} nord.
␞ ‘x’ ∁ ⊥y ⋀ [x ≢ y] ⊢ {z}
La non-implication (16) aura le même statut que sa version positive (12), c'est-à-dire analogue à celle de l'opposition, avec ceci de particulier qu'elle est analytique, puisqu'elle livre un caractère (attribut) du terme (⋁ syntagme) qu'elle situe comme principe. Contrairement à l'implication prônée par les logiciens, l'implication sémantique reste proche de son étymologie. légitime ⇒ {droit}.
La même chose se produit pour la non-intersection (17), ⋔, qui marque l'absence d'homosémie partielle, comme sa version positive (15), ∩, marque la présence de mêmes caractères dans les deux unités, séisme ∩secousse tremblement de terre. réunion ⋔ ségrégation → grouper ≢ séparer.
Il n'y a pas double emploi avec l'opposition, ≢, mais l'opposition est une relation combinant intersection et non-intersection.
a ≢ b ≡ a ∩{c} b ⋀ a ⋔{d} b, ce qui suppose des définitions du type :
a ≝ {c|˥d} et b ≝ {c|d}. Si c et d étaient présents dans a et b ceux-ci seraient synonymes.
L'interdéfinition (14), ⋈, est la seule forme de « définition » à pouvoir apparaître dans la règle, comme elle est strictement une relation et non une formulation, qui serait de l'ordre de la production du discours. Elle est sémiotiquement intéressante car c'est une des quelques relations à s'établir entre une forme lexicale et un élément de sens de manière énantiomorphe (image au miroir) quand elle est complète (ou forte). Elle forme une synèse en raccourci. L'interdéfinition pourrait également prendre en charge la métaconversion [n° 27] (remplacer le signe de l'analogie ou de l'assertion), car la notion d'interdéfinition même postule son image au miroir (la majuscule est l'unité lexicale et la minuscule entre accolades l'élément de sens).
A ⋈ {b} → B ⊨ {b} ≍ {b} ∁ A
[simplifié] B ⊨ {b} ∁ A ≍ {b}
VAR. n° 27 B ⊨ {b} ∁ A ⊢ {b}
C'est cette variante qui me semble la plus claire (elle figure en note [6] au bas deu tableau préliminaire plus haut).
L'ambiguïté de l'inclusion (13) la condamne au bannissement, mais plus sérieusement, c'est son double emploi avec le couple surordination-subordination d'une part et de l'autre avec l'implication qui jette la confusion dans les meilleurs esprits (à telle enseigne que les termes étaient intervertis dans le premier exemple, avec le signe ‘⊂’). Je ne suis pas le premier ni le seul à signaler ce risque (voir Josette Rey-Debove 1979), que l'on se serve de la forme affirmative ⊃*note mammifère ⊃ vertébré (ex. de Lalande), ou passive ⊂. cétacés ⊂ mammifères (ex. de Goblot).
* note entre classes uniquement (ou « concept ») ; sinon, l'implication logistique (p ⊃ q) se lit p entraîne q ; cf. Lalande (1926).
Ce n'est qu'une question de cohérence de la règle, car, on s'en doute, pour le sujet linguistique qui interprète un énoncé l'inclusion ne signifie que l'action d'inclure ou le fait d'être inclus. putois ⇘ belette ; purgatoire ⇘ lieu.
L'implication sémantique (12) est la relation entre une unité lexicale et tout élément de sa définition ou de son sens. Comme l'unité en question est une forme, elle n'est pas restreinte à une acception, mais dans la description, il est tout de même préférable de ne pas amalgamer les acceptions, malgré la notion de sémantisme qui permettrait de le faire. Dans ce cas, il serait bon de préciser à quel niveau se situe l'implication.
impliquer ⇒ {comporter} ; le sémantisme de impliquer ⇒ {comporter | entraîner | engager}.
On notera que les formes supplétives de l'inclusion n'entraînent pas la mise entre accolades. Toutefois, dans rixe ⇗ pugilat, le terme qui précède le signe est le genre ou générique et celui qui le suit est subordonné au précédent, c'est-à-dire qu'il est l'espèce ou le spécifique ; et dans psalmodier ⇘ débiter, le terme qui précède le signe est l'espèce (le subordonné) et celui qui le suit le générique ou superordonné.
Dans les deux exemples ci-dessus, l'implication sémantique ne serait fondée que dans le sens (direction) pugilat ⇒ rixe et psalmodier ⇒ débiter. Dans l'autre sens, il s'agirait de l'implication logique (pas d'implication au sens étymologique) ou d'un rapport indifférencié, ℛ, qui peut être marqué diversement (analogie, intersection, contiguïté) : sauf si l'on retourne à la relation réversible superordonné-subordonné. L'implication sémantique peut cependant, comme on l'a vu, marquer un autre rapport que celui de l'espèce-genre, toujours à l'intérieur d'une définiton (par acception), mais aussi d'un sémantisme.
port ⇒ {abri | côte | tranquille | déchargement}.
L'extension (11) est exclue comme relation entrant dans une condition car il existe déjà une condition référentielle, spécialement négative, ℟. Autrement, l'extension est également présente dans le parcours (classe) qui a son rôle dans la règle.
L'équivalence (10), ‘≡’, est retenue, comme elle permet de stabiliser une attribution de sens.
les planches ≡ la scène ≡ le théâtre ≡ les tréteaux ∁ monter sur ⊥.
La différence (9) est également une relation pouvant affermir une sélection dans un parcours de candidat à la conversion en élément de sens. Elle se marque normalement ≠ :
chagrin ≠ affliction. parémiologie ≠ paromologie.
rem Les exemples nouveaux de cette section sont tirés du Petit Larousse 1918, à l'exception de celui du verbe impliquer et des équivalences théâtrales tirés du Petit Robert.
La définition (8) comme telle, c'est-à-dire introduite par le signe ≝ et suivie d'une paraphrase ou d'un ensemble regroupant genre et différence spécifique n'a pas sa place dans la règle proprement dite, en raison de son caractère de production discursive comme la paraphrase. Comme je l'ai signalé, l'interdéfinition, ‘⋈’, remplit ce rôle, soit de stabilisateur d'assignation soit de relation dans la condition conjecturale.
pile ⋈ pont ⋈ culée ⋈ arche.
On note ainsi que l'interdéfinition a un rapport très net avec la contiguïté.
La contiguïté (7), dans le tableau ci-haut, est aussi candidate à la double fonction de stabilisation ou conjecture.
poignard ∥ gorge ; écorce ∥ aubier.
La compréhension logique (intension) (6), comme sa complémentaire, l'extension, est exclue de la règle pour des raisons analogues : elle fait, comme elle, partie de la description des phénomènes qui ont trait au sens, notamment dans leur rapport inversement proportionnel, mais dans sa généralité. La compréhension est le schéma de la définition qui est devenue celle des lexicographes, bien que les logiciens parlent (ou du moins parlaient) de définition par extension, c'est-à-dire consistant à énumérer les membres de la classe. Les deux formes, extension et compréhension, sont prises en charge par le parcours, ‘⇕’. Dans sa forme intensionnelle, le parcours peut prendre le signe que les logiciens attribue par erreur à l'équivalence, c'est-à-dire ⇔ [implication réciproque] qui devient dans un parcours « horizontal » dans l'ensemble des attributs (caractères) d'un terme.
L'asymptote (4), ‘≍’, a déjà été récupérée de la sémantisation (30). Elle se lit plus simplement comme « au sens de » et peut assumer les fonctions du rapport x ⇘ y. placide ≍{calme}. On note que le Petit Larousse 1918 comme le Petit Robert autorise une implication placide ⇒ injure, mais pas à titre d'éléments de sens.
Ce serait plutôt du domaine de l'association (3), au sens de Pottier 1974, c'est-à-dire le virtuème ou la version sémantique de la connotation de tout un chacun. Comme l'information sémantique « injure » figure dans les phrases-exemples, elle n'est pas un élément de sens, mais peut tout de même apparaître dans une condition, au titre d'une des trois sortes d'associations : péjorative ↘, méliorative ↗ ou neutre →. La flèche suit le terme auquel l'élément ou l'autre terme est associé et ces derniers peuvent figurer en indice ou en exposant, selon la nature du rapport.
plagiat ↘dénoncer
L'appartenance (2), sur le tableau préliminaire, a un signe connu, ‘∈’, qui se lit ici
x (attribut) appartient à y (sujet) et non, comme souvent en logique,
y (sujet) est un x (prédicat).
armes ∈ panoplie ; L'appartenance peut être une question de contiguïté, entre partie et tout.
œillet ∈ chaussure.
La dernière relation (1), l'analogie, ‘⊨’, a lontemps été la seule relation sémantique reconnue, sans doute à cause de son étymologie, mais le Petit Robert en fait encore une « Relation entre les mots qui sont apparentés par le sens, les mots d'un champ sémantique. » ; je ne surprendrai personne en ne souscrivant pas au champ sémantique qui tient plus à la notion de domaine (champ d'activité). En outre, les dits champs sémantiques sont une tranche synchronique dans un domaine et vieillissent donc plus rapidement encore en raison de leur fixité. Ils ne sont pas conçus comme systèmes.
Le Petit Larousse 1918 empile les genres prochains : rapport, ressemblance, similitude partielle d'une chose avec une autre. Pour le Petit Robert la ressemblance est établie par l'imagination, ce qui est très généreux pour ceux qui n'en ont pas beaucoup, mais sans doute ne font-il pas beaucoup d'analogie(s). Ce qui est important, à propos de l'analogie, c'est la diversité de ses catégories. Elles correspondent aux propriétés des choses et des êtres : forme, matière, taille (dimension), couleur, bruit (son), action, fonction, lieu, durée, appareil, rapidité (vitesse), etc. Le test consiste bien sûr à paraphraser le rapport au moyen de comme.
Le tableau récapitulatif plus bas peut être comparé au tableau portatif des relations intervenant dans les synèses, intitulé « Relations », qui suit immédiatement :

| n° | nom | signe | exemple |
| 1 | analogie | ⊨ | société amorphe ⊨ substance amorphe1 |
| 2 | appartenance | ∈ | {dangereuse} ∈ brebis galeuse |
| 3 | association | ↘ ; ↗ | gabion→génie ; crampon↘ |
| 4 | asymptote | ≍ | galette ≍{argent} |
| 5 | contiguité | ∥ | gaillard ∥ pont supérieur |
| 6 | différence | ≠ | gagner ∁ le ciel ≠ gagner ∁ un rhume |
| 7 | équivalence | ≡ | inclination ≡ tendance |
| 8 | implication | ⇒ | brebis galeuse ⇒ fréquentation |
| 9 | interdéfinition | ⋈ | loquet ⋈ chambranle |
| 10 | intersection | ∩ | plaintea ∩expression plainteb2 |
| 11 | non-implication | ⇏ | prénommé ⇏ prénom3 |
| 12 | non-intersection | ⋔ | préscience ⋔ science |
| 13 | opposition | ≢ | sceller ≢ desceller |
| 14 | subordination | ⇘ | tarière ⇘ vrille |
| 15 | surordination | ⇗ | burlesque ⇗ macaronique |
1. L'analogie se présente lexicalement non comme un rapport, mais comme le résultat de la relation : cf. cravate de chanvre (corde de la potence).
2. Dans le Petit Robert, plainte ≍{gémissement} ∩ plainte ≍{protestation}.
3. Dans le Petit Larousse 1918 et le Petit Robert, homonyne de prénommé dans « le prénommé Oscar ».
L'hypothèse d'une structuration partielle du lexique en sous-systèmes d'interdéfinition m'avait amené à envisager une provision pour les modalités de ces rapports ; le modèle que je présente incorpore la plupart des relations dont il a été question jusqu'ici. L'original (le sémiogramme de Bernard Pottier 1974) ne comportait que quatre relations : deux paradigmatiques — inclusion et opposition, et deux syntagmatiques — participation (implication ou appartenance) et association (connotation) :
| ∈ appartenance | ∩ intersection | ∥ contiguïté |
| inclusion (sub) ⇘ (sup) ⇗ | association ↘péjorative ↗méliorative | |
| ⇒ implication | ⊨ analogie | |
| ≠ différence ⋁ \ | ≢ opposition | ≡ équivalence |
La représentation sous forme de tableau n'est pas toujours la meilleure ni la plus explicite. On peut le comparer à la disposition en étoile, ce qui deviendra le « sagittal » des relations.

L'inclusion cède le pas à la superordination et à la subordination (voir note 3 du tableau préliminaire des relations plus haut). On peut l'appliquer à « se creuser la tête », sous forme de tableau et plus bas, en « étoile » :
| ∈ appartenance laborieusement | ∩ intersection chercher | contiguïté ∥ réfléchir |
| ⇗ inclusion se creuser ⇥* | association ↘effort | |
| ⇒ implication approfondir | ⊨ analogie creuser une idée | |
| ≠ différence ≠ rendre creux | ≢ opposition devenir creux | ≡ équivalence se creuser [la cervelle, l'esprit, le cerveau, les méninges] |

Comme la règle inférentielle d'interprétation ci-dessous n'est pas tenue de faire figurer le « sens dictionnairique » comme tel (seulement quand l'informateur est un dictionnaire), le schéma a ensuite également incorporé l'interdéfinition et l'opération qui fonde l'attribution du sens.
| interdéfinition ⋈ | |||
| compréhension ≝ {...} | extension ℄[…] | ||
| implication ⇒ | superordination g ⇗ e | subordination e ⇘ g* | contiguïté ║ |
| appartenance ∈ | prédication ∋ | analogie ⊨ | association ↗↘ |
| différence ≠ | opposition ≢ | intersection ∩ | équivalence ≡ |
| inférence ⊢ | |||
*note g = genre, e = espèce.
Même encadré par l'inférence et l'interdéfinition, il devrait être possible d'exploiter un sémiogramme plus succinct, en ce qui concerne la configuration partielle de sous-systèmes lexicaux. L'intersection peut figurer dans l'encadrement et l'inférence permet de faire l'économie de la prédication, comme l'appartenance de l'implication. La différence est superfétatoire (ce n'est pas une véritable relation, mais l'observation d'une absence de relation qui a pourtant des degrés) et la compréhension et l'extension sont trop générales, en particulier comme toutes les relations qui restent sont du domaine de la compréhension ≍ intension.
On sait que depuis les premières versions de ces schémas est apparue la notion de synèse qui ne contraint pas à une description exhaustive des relations d'un terme donné.
| interdéfinition ⋈ | |||
| superordination se réconcilier ⇗ se rajuster | subordination certitude ⇘ conviction | contiguïté brouiller ∥ embrouiller | association infus ↘imaginé |
| appartenance jour ∈ journalier | analogie circonspection ⊨ prudence | opposition brouiller ≢ réconcilier | équivalence avantage ≡ supériorité |
| inférence ⊢ | |||
* note Avec exemple individuel par relation.
Même dans une version « économe » du sémiogramme étendu, on arrive au double des relations du sémiogramme original de Bernard Pottier. La notion de schéma relationnel (ou de sémiogramme) est « déformable », comme le montre cette représentation.
Le lecteur est également invité à jeter un coup d'œil aux deux cartes Glinkr suivantes : le sémiogramme sous forme de carte et le sémiogramme d'« idée ». Sur le site Glinkr on trouve aussi le sémiogramme original de Pottier (avec l'un de ses deux exemples originaux).
Le sémiogramme et la « structuration » du lexique intériorisé
| ∈ appartenance | ⇗ superordonné | ⊨ analogie |
| ≢ opposition | ∩ intersection | ≡ équivalence |
| association ↗ ↘ | ⇘ subordonné | ∥ contiguïté |
Les limites du sémiogramme ou du schéma relationnel peuvent être testées dans son application à une phrase. On en trouve deux exemples, le premier assez simple sur une phrase de J. Claret à propos de la forme et du fond et le second, légèrement plus complexe, sur une phrase de G. Bachelard relative à la mémoire.
L'hypothèse du sémiogramme comme organisation du sémiolexique (où les unités lexicales ne se distinguent pas du sens ; où il n'y a pas de « représentations sémantiques abstraites » propres) est purement théorique. Le sémiogramme est avant tout un outil d'analyse des rapports lexico-sémantiques. Postuler qu'une unité lexicale soit stockée en mémoire pour chacun de ses sens avec toutes les relations dénombrables (neuf) n'est pas une hypothèse réaliste, pas plus que ne le serait un lexique intériorisé sous forme de listes, à l'instar de la liste des cinquante États américains, qui a eu cours ches les psychologues. — On consultera également ces deux versions du sémiogrammes, la première explicite et la seconde, succincte, ci-dessous.

Il faut se rabattre, comme je l'ai suggéré avec les relations, sur une version allégée ou fragmentée du sémiogramme, où les relations (quitte à se dédoubler) se manifesteraient par petits groupes où interviendraient les trois opérations (prédication, substitution, permutation). Comme le sémiogramme est fondé sur l'intersection sémantique par les relations, je reprendrai une expression dont j'ai déjà fait état, expression concurrente de la compatibilité-affinité de mes premières analyses, la connexion, terme d'abord emprunté à Condillac pour marquer un rapport de partage sémantique indifférencié. Le terme technique aujourd'hui, quoique délaissé, est homosémie. Je lui préfère le mot neutre d'intersection, phénomène qui s'explique bien par la superposition des patates d'Euler-Venn.
La règle est encore ici la déformabilité. Une « connexion » (sorte de mini-sémiogramme plus souple) évolue dans le temps en général et en particulier dans le cours d'une conversation ou d'une lecture. Elle peut être très simple (binaire), mais généralement elle dépasse le couple sujet-prédicat. Le verbe ‘advenir’ sera à la base ternaire : « advenir ℛ arriver ℛ [par] accident », les relations se greffant par ensuite par deux ou trois, selon les individus, en fonction de leur connaissance de la langue.
Avec la forme lexicale que j'ai nommée paramètre (cf. ‘boire à même’), on franchit la frontière sens-signification, car souvent la locution est le résultat d'un jugement ou peut en comporter. Ainsi ‘advienne que pourra’ ⇒ {prêt à subir les conséquences d'une résolution} chez un locuteur peut être remplacé par ‘advienne que pourra’ ≍ {peu importe le résultat}. ‘Advenir’ sera naturellement rattaché à deux locutions, ‘quoi qu'il advienne’ et celle déjà citée, avec des valeurs équivalentes.
advenir ∩ quoi qu'il advienne ≡ advienne que pourra
Les exemples sont hétéroclites. Larousse 1918, Dictionnaire général de Guérard et Sardou (1864) qui succédait au Nouveau dictionnaire abrégé de Sardou de 1851 et le Petit Robert électronique.
On retiendra que l'expression « sémiolexique » se propose en amalgame de mémoires qui seraient strictement lexicale, d'une part, et strictement sémantique, de l'autre. Comme on le sait, dans les opérations sémantiques les éléments de sens sont des unités lexicales converties en vertu de leur pouvoir explicatif du terme de départ. La conversion (forme de permutation) attribue à une unité lexicale le statut d'élément de sens. Soit :
arriver ∁ advenir ≍ {x} ⊢ {x} ⇨ {arriver}
Si y doit être sémantisé (y ≍ x), z est converti en élément de sens z de y. Pour des variantes de la métaconversion, voir AZ.
Matrice
| niveau (plan) de la langue objet/énoncé | ex. ‘métagramme’ | métachronisme |
| niveau (plan) métalinguistique analytique & descriptif | ex. {{{changement}{d'une lettre}}{{dans}{un mot}}} | erreur qui consiste à assigner à un fait une date postérieure à sa date véritable |
La matrice (dont j'ai donné un aperçu sous le sigle mma) est en quelque sorte la bonne à tout faire de la théorie des opérations sémantiques : elle a fait son apparition alors qu'il y a presque trente ans je me penchais sur l'analyse de la redondance des éléments de sens d'une unité à l'autre dans les contextes où elles sont en cooccurrence, afin de confirmer l'hypothèse de ce que j'appelle aujourd'hui de manière plus sobre, l'intersection sémantique. Elle ne doit rien à la structure profonde, puisqu'il ne s'agit pas de syntaxe et préfère les tiroirs aux arborescences. La matrice est essentiellement comparative et le nombre de mots examinés concurremment n'est limité que par la largeur de la page. Verticalement, elle permet de multiplier les lignes et donc d'analyser des éléments de sens à leur tour. Elle est en outre d'une grande adaptabilité. La matrice métalinguistique de base, comme celle ci-dessus, est typiquement un schéma d'interdéfinition, comme l'illustre l'exemple qui suit [que j'ai enrichi de deux termes depuis son apparition] :
| plan lexical | pommeau | poignée | coquille | garde |
| plan sémantique | petite boule au bout de la poignée d'une épée | partie d'un objet par où on le tient : poignée d'un sabre | expansion inférieure de la garde d'une épée, servant à protéger la main | rebord protecteur, placé entre la poignée et la lame d'une arme blanche |
Ce n'est pas un moyen de description du sens (ni de description de « la description », comme dans le cas ci-dessus), puisque ce n'est pas l'objet de la théorie des opérations sémantiques, mais un instrument qui permet de mettre en évidence les reprises d'une définition, d'une description ou d'une acception à l'autre. La matrice est liée au développement de la notion d'interdéfinition, comme on peut déceler l'apparition énantiomorphe d'un terme dans le sens ou la définition d'un autre. Cf. poignée (x2) et garde pour l'interdéfinition et protecteur-protéger pour l'intersection.
La notion de connexion prend le nom de synèse (sens ancien : assemblage régulier de mots) ; c'est le néologisme sémantique pour lequel j'ai opté dans ma recherche de modules ou de petits ensembles d'organisation des mots ou termes dans la mémoire (ou dans les diverses fonctions que l'on désigne globalement sous ce nom). Le sémiogramme était trop encombrant et trop contraignant dans ce cas, même dans sa forme d'origine (quaternaire) où les relations sont lexicales. Cela ne veut pas dire que le sémiogramme plus élaboré soit abandonné, même si sous sa forme fléchée il prend le nom de « sagittal », mais simplement qu'une organisation cognitive réaliste me semble privilégier des groupement plus limités, aptes à se regrouper par superposition d'une ou plusieurs de leurs positions ou, plus généralement, par intersection sémantique.
Soit [poignée-garde-lame] et [poignée-pommeau-épée], où les positions en ocre sont susceptibles de se superposer pour constituer un assemblage plus étendu : [pommeau-poignée-épée-garde-lame]. Comme représentation graphique ici même j'ai choisi certains moyens offerts par Aibase2, comme on le voit avec l'exemple ci-dessus sous forme plus visuelle.
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L'avantage de la synèse tient à ce qu'elle s'insère dans la panoplie de la théorie des opérations sémantiques sans en bousculer les notions ni en modifier le cadre. Elle permet une représentation économe du module verbal, souvent essentiel dans l'application de la règle et intègre aussi bien les relations sémantiques que les postes de la grille d'intelligibilité. Soit le module de la phrase « le soleil darde ses rayons brûlants », où le complément lui-même est un module.

La synèse [soleil-brûlant] existe également, avec ou sans dépliement de l'adjectif en verbe [soleil-(qui)-brûle]. Pour l'instant, les traits pleins marquent les rapports qui forment la synèse et le pointillé le lien virtuel pouvant se transformer en rapport établi ou en superposition. Ou, suivant la suggestion de Ruyer, le pointillé relierait « tout ce qui n'est pas la présentation de nos images conscientes » On suppose que les synèses sollicitées dans une activité de compréhension ou d'interprétation le sont en vertu du principe de parcimonie ou d'économie, sauf en raison d'une association antérieure fréquente ou affective marquante.
Voici un exemple de superposition potentielle, avec le terme et sa description (on note l'intersection lieu-endroit, outre la superposition arbres) :
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Les relations dans les synèses
Lorsque j'ai évoqué l'utilisation de la synèse pour la première fois, je l'ai d'emblée considérée comme un micro-sémiogramme. Autrement dit, une synèse assemblant trois notions ou trois termes, selon le point de vue, comporte au minimum déjà deux relations sinon trois, dans le cas où la synèse formerait un triangle. Il n'y a là rien de métaphysique. Une synèse peut se former sans que la ou les relations ne soient identifiées par le sujet. Cela correspond à la relation indifférenciée, ℛ, mais d'un point de vue sémantique, si en outre la synèse assemble des termes pouvant entrer en cooccurrence, cette relation indifférenciée peut être marquée par l'intersection, commme la non-intersection marque une rupture dans une suite sémantique.
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Dans la case de gauche, le rapport est celui d'intersection, qui rend compte de la compatibilité des deux mots ; dans la case du milieu, ‘prolixe’ est une espèce de défaut, dont les associations sont toutes deux négatives ; dans la case de droite, c'est encore l'association qui est neutre dans l'expression « se nommer vulgairement » et péjorative dans « s'exprimer vulgairement » : naturellement le sujet n'est pas le même dans les deux cas. Dans le cas de ‘se nommer’, le symbole de domaine conviendrait parfaitement, comme il s'agit de sciences naturelles. Le rapport entre les deux formes verbales n'est pas précisée, mais peut être identifié par ≡ ; la superposition dont je parlais intervient alors, par exemple, dans le cas qui suit :
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Contrairement à ce qui se passe dans l'application de la règle, toutes les relations répertoriées et celles qui le seraient à l'avenir peuvent lier les termes d'une synèse. Le tableau portatif (déjà mentionné) en donne un résumé, mais on peut tout aussi bien envisager le tableau préliminaire plus haut, malgré ses scories et ses doublons.

Il est délicat de constituer des synèses à partir de métaphores répertoriées car on suppose alors leur préexistence à la figure. C'est d'ailleurs le même dilemme qui se pose à celui qui répertorie les métaphores (dans le cas présent, le lexicographe). Pour une fois, je serai infidèle à mon informateur du début du siècle dernier et me servirai des métaphores que le Trésor a cru bon de donner pour le mot ‘clairière’, auxquelles j'ajoute l'analogie de Mauriac (aussi boiteuse qu'une métaphore) pour faire bonne mesure.
Sans entamer une critique dictionnairique, on notera que dès la définition, il y a un excès. Soit clairière ≝ Espace plus ou moins grand dégarni d'arbres dans un bois, une forêt, que l'on comparera à ce que dit le Petit Robert ≝ Endroit dégarni d'arbres dans un bois, une forêt. L'italique met en évidence un détail sans pertinence : la clairière ne se caractérise pas par sa taille, mais par l'absence de ce qui fait la forêt ou le bois, à l'intérieur même de ceux-ci.
J'ai réuni en synèse la phraséologie que donne le TLF, ainsi que l'explication qu'il donne de la métaphore, c'est-à-dire « L'idée suggérée étant celle de clarté ou de moment privilégié, etc. » :
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L'analogie d'abord, pour opérer une éclaircie (qui n'est pas synonyme de clairière) : « Les pauvres maisons fumantes, au ras de terre, le ruisseau, les prairies, composaient une clairière de verdure, d'eau et de vie cachée que cernaient de toutes parts les plus vieux pins de la commune. » Mauriac, Le Mystère Frontenac. On note d'emblée le heurt : « composer une clairière », alors que celle-ci est, par rapport à ce qui l'entoure, la négation. Un bois peut se composer, une clairière, non. Second heurt : « cachée » encore une fois, on se cache dans le bois mais non dans la clairière.
La tentative d'une construction de synèse est vouée à l'échec. La seule attente « synésible » est celle des prairies-verdure-clairière, pour emprunter à Revault d'Allonnes son mode de regroupement pour les éléments du schème. Pour plus de sûreté, on comparera l'exemple donné pour l'acception standard de clairière : « Dans le bois d'Amont, il y a une clairière. Elle est tout près de la lisière ; à peine un rideau d'arbres la sépare-t-elle des champs ; et c'est comme un grand pré carré, avec une herbe courte et rare, mêlée de mousse et de bois mort, ... » Ramuz.
La seule métaphore qui n'est pas une « forme de trop » dans l'énoncé semble celle de Renard dans son Journal : « Penser, c'est chercher des clairières dans une forêt », mais la synèse n'est pas plausible.

Genevoix qui est sollicité deux fois usurpe nettement le rapport clairière-clair qui semble autoriser la phrase de Renard ; dans le premier cas, la forêt serait un fleuve de vent en contrepartie d'une clairière considérée comme une accalmie : « Dans ce grand fleuve de vent qui passe, il y a (...) des clairières d'accalmies » (Genevoix, La Boîte à pêche). Dans le second cas, au lieu de déboucher on s'enfonce : « Il [Ferrague] paraissait doucement s'enfoncer dans (...) une grande clairière de souvenirs » Genevoix, Marcheloup). Dans les deux la phrase peut se réécrire sans le mot ‘clairière’, avec très peu de changements, et dans la deuxième citation le marécage ou le sable mouvant se prête mieux à l'exercice. C'est aussi le cas de la citation de Gracq, du Rivage des Syrtes.
On peut lire sans difficulté : « nous serrer plus étroitement l'un contre l'autre au cœur de cette intimité tiède », mieux en fait que le début de la phrase, mal construit, avec le vide inexplicable des ténèbres [parce qu'invisible] : « Des lieues et des lieues autour de nous de ténèbres vides semblaient nous serrer plus étroitement l'un contre l'autre au cœur de cette clairière d'intimité tiède. »
On notera aussi qu'en général « des lieues et des lieues séparent », comme intimité appelait la chaleur plutôt que la tiédeur et que le vide ne serre pas, normalement. Pour les habitués des bois d'Europe, la clairière est le contraire d'un abri, on ne s'y enfonce pas, on y débouche. On y est à découvert et non dans l'intimité. Il y aurait un joli essai à écrire sur les métaphores comme contresens.
Le dernier exemple de métaphore ratée avec ‘clairière’ rappelle presque l'exemple d'emploi normal, mais si l'on peut s'imaginer y déboucher, la clairière est privée de ses caractères, sauf de son superordonné (genre) et ne doit pas sa blancheur à elle-même mais à son opposition au désespoir. Encore une fois, le terme est virtuellement superflu. Il eût suffi, pour le normaliser de remplacer bout par milieu. « Vous ne le savez pas, vous autres, mais tout au bout du désespoir, il y a une blanche clairière où l'on est presque heureux. » Anouilh, La Sauvage.
Je ne me proposais pas d'écorcher les lexicographes, mais on constate qu'il valait mieux parler de « lieu » plutôt que de moment (exception faite de la première citation de Genevoix), dans la description générale de la métaphorique clairière. Quant à dire qu'il est privilégié, ce n'est que pour prétendre y voir un rapport avec « féerie ».

Rappel du schéma :
␞ ‘_’ ∁ ⊥ ⋀ [_] ⊢ {_}
On l'a déjà vu dans la formule d'inférence, plus haut. Ici je l'illustrerai par une locution découverte dans le Petit Larousse [1918], où s'appliquent ici quatre conditions (2, 6, 10 et 13 dans les listes plus haut) : sémiotaxique, modulaire + paramétrique et d'indirection (le ‘caleçon’ n'étant pas/plus littéralement jeté). Il est possible de se dispenser du module analytique, où seul « à qqn » a une référence.
␞ ‘caleçon’ ∁ jeter le ⊥ ⋀ φ[x[[[[jette]⊥]à]qqn]] ⋀ ℟ ⊢ {{provoquer}{{à}{la}{lutte}}}
La règle et l'inférence feront l'objet de discussions plus poussées dans les deux chapitres qui suivent, mais je signale d'emblée (j'en ferai des rappels, pour en faciliter la lecture) quels sont les signes les plus fréquents du schéma de la règle.
␞ est mnémonique : règle sémantique ;
∁ est iconique : dans le contexte/dans les conditions ;
⊥, l'antitruc, tient lieu, dans le corps de la règle, de la forme qui fait l'objet de la règle (la « forme à sémantiser ») ;
⋀ coordonne les conditions (se lit « et ») ;
φ (phi) marque une sémiotaxie figée, ici désignée du nom (paramètre) qu'a donné l'écrivain Jean Paulhan au phénomène que sont les locutions ;
[[...]] l'enchâssement de crochets est un module, généralement verbal ;
℟ Le R [ℝ] barré, qui marque l'absence de référence, est iconique ; et
⊢ est le signe de l'inférence, qui introduit les accolades encadrant les éléments de sens retenus. — le signe inverse est celui de l'assertion (qui s'écrit ⊣) et qui a été parfois pris par des logiciens pour désigner l'inférence, comme quoi les problèmes de langage ne sont pas strictement ceux des langues naturelles.
Le signe de l'assertion a un avenir incertain dans cet essai, car je ne suis pas convaincu que la conversion d'une unité lexicale en élément de sens soit du domaine de l'assertion (qui est un mode de production du discours). En dehors de la règle anaphorique (= de coréférence), la règle de conversion est la seule à être dérivée de la règle fondamentale. Il s'agit en réalité d'une métarègle (règle de métaconversion) et comme telle elle appartient à l'organisation cognitive du lexique intériorisé. L'assertion avait finalement été retenue dans mes travaux antérieurs à cause de l'inversion que rendaient possible les premiers signes utilisés pour marquer l'inférence, inspiré de la notation de Susanne K. Langer « =int » (cf. ≝) et de celle que signalait René Moreau en informatique, :=. Le premier schéma exploitait la barre contextuelle emprunté à la phonologie — a/_b := x, et la règle de conversion (alors appelée « de transcodage », sous l'influence de Greimas) devenait — a =: a / b := a.
À l'époque (1981-82), je parlais aussi de « promotion » ou de transposition. Le mot ‘m’ est promu valeur v dans le contexte où le mot m' reçoit le sens v. La place de cette métarègle, sa forme, sa nécessité et son rapport avec l'opération d'inférence seront repris à nouveaux frais par la suite. À l'origine, son apparition était justifiée théoriquement pour expliquer l'emploi d'unités lexicales pour décrire le sens d'autres unités lexicales, dans l'impossibilité méthodologique où je me trouvais d'hypostasier le « sème ».
Pour l'instant, j'envisage de retenir la version de la métaconversion où l'élément de sens nécessaire à l'application de la règle sémantique serait « l'image au miroir » de l'unité lexicale, comme je l'ai suggéré en traitant de l'interdéfinition. Il ne s'agit, naturellement, que d'une précaution théorique. Le sujet qui interprète un énoncé n'a pas conscience de procéder à cette conversion.
Le schéma utilisant l'interdéfinition se présenterait comme ceci :
m ⋈ {⊥} ∁ x ⊢ {⊥}
et se lit de la façon suivante :
le mot m s'interdéfinit comme valeur dans le contexte où le mot x reçoit la valeur que représente m.
‘avenir’ ⋈ {avenir} ∁ prophétique ⊢ {prévoir{avenir}}
‘prévoir’ ⋈ {prévoir} ∁ prophétique ⊢ {{prévoir}avenir}
C'est donc l'opération d'inférence même qui constitue la condition de la métaconversion, que l'on peut distinguer par des couleurs différentes, en bleu la conversion et en ocre la condition avec son signe ∁ :
règle d'interdéfinition ou de métaconversion m ⋈ {⊥} ∁ x ⊢ {⊥}
| notation | explication |
| ␞ | règle sémantique |
| ‘f’ | forme lexicale (graphique ou sonore) |
| ∁ | dans le contexte/les conditions |
| ⊥ | point d'insertion (antitruc), tient lieu de la forme à sémantiser |
| ⋀ | et (coordination des conditions) |
| φ | paramètre (locution : sec comme un hareng ≍ long et maigre |
| [...] | module paradigmatique, paramétrique ou verbal (enchâssable pour ce dernier) |
| ℟ | absence de référence (cf. vésanie chez Duhamel, Bachelard et Colette) |
| ⊢ | signe de l'inférence |
| {x} | valeur : sens ou éléments de sens (enchâssables) |
| règle d'inférence | ␞ ‘_’ ∁ ⊥ ⋀ [_] ⊢ {_} |
Le tableau comprend certaines des conditions les plus fréquentes.
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