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De l'inférence sémantique




VIII




Les relations et la règle (suite et fin)




plan de la suite du chapitre huit
contiguïté  ·  équivalence  ·  implication  ·  interdéfinition  ·  intersection  ·  opposition  ·  subordination & surordination  ·  relations écartées des conditions  ·  faux génériques  ·  prédication ou implication  ·  relations sémantiques sélectives





contiguïté

— La contiguïté ici ne recouvre pas les paronymes ou les doubles formations (aérostier, aérostatier), comme elle est sémantique, et n'a pas non plus d'analogue en logique.  Éventuellement, elle pourrait partager les propriétés de l'analogie.  La contiguïté, cependant, comme l'analogie (par le biais de la ressemblance) et l'association (comme terme) a un rapport avec l'associationnisme, comme le montre cet extrait d'Alfred Binet (1886) : 

« La formation d'une idée générale présente le même phénomène d'isomérie [fait de comporter des parties semblables] ;  on sait qu'elle provient de la réunion de plusieurs images particulières qui se soudent par leurs portions communes ;  l'opération totale se compose donc d'une association de ressemblance suivie d'une association de contiguïté. »

L'extension de sens à laquelle se rapporte le lexicographe peut s'expliquer soit par analogie, soit par contiguïté.

rem  —  Ça ne semble pas être l'avis des auteurs du TLF qui auraient pu avoir la main plus heureuse avec leur exemple, aussi vague que la sémantique vague qu'il prône.  —  LING. SÉM.  Fait de donner à un mot (par généralisation et abstraction) outre son sens premier (original et spécifique) un sens secondaire plus général :  la relation entre le sens de base et le(s) sens secondaire(s) étant motivée.  Extension de la signification d'un mot; mot qui subit une extension.  « L'ambiguïté doit être encore distinguée de l'extension sémantique :  la plupart des expressions ont une signification très générale, qui leur permet de décrire des situations très différentes » (Ducrot, Todorov, Dict. encyclop. des sc. du lang., Paris, Seuil, 1972, p. 303).  rem bis  —  On se méfiera des « très » comme des « tous ».

rem (sur la remarque)  —  Si Ducrot et Todorov veulent distinguer l'ambiguïté de l'extension c'est qu'ils partent du principe que l'extension est comme l'ambiguïté, alors que celle-ci est un phénomène de syntaxe.  L'extension est le produit d'une nouvelle dénotation, et non de rendre le sens plus général.  La polysémie n'est pas un phénomène de généralité, mais de multiplicité.  On préférera la version du Petit Robert, plus conforme aux observations :   Ling.  Le fait d'acquérir une plus grande extension logique, de s'appliquer à plus d'objets (pour un mot).  Par extension :  par une application à d'autres objets (opposé à spécialisation). ⇨ aussi analogie.

rem (suite)  —  Le Trésor ne connaît pas la spécialisation, bien qu'à l'article « tuile », le libellé « spécialement » apparaisse en tête des acceptions.  Avec la confusion (parfaitement logique, d'ailleurs) des deux modes d'extension, dans le cas de « CONSTR. Plaque de même forme que la tuile, mais d'une autre matière et destinée au même usage.  Tuile d'ardoise, de bronze, de cuivre, de pierre, de tôle, de verre, de zinc. », où il s'agit d'élargissement est non d'une pseudo-spécification ;  l'extension de l'extension (il s'agit de cela) est une redirection de la dénotation.  Le verre qui devient matière plastique devrait cesser d'être un verre, mais il le demeure.  Quant à la synecdoque de Balzac (la tuile pour le toit), elle n'est même pas signalée comme telle, mais comme une forme grammaticale de la classe des tuiles comme dénotation, alors qu'il s'agit au moins d'une redirection de la dénotation primitive.

rem (fin)  —  La seule distinction « sémantique » entre les deux phénomènes est la sortie évidente d'un domaine pour « la spécialisation » :  pâtisserie, laiterie pour « tuile » (pris au hasard).  C'est-à-dire qu'il ne s'agit pas vraiment d'un phénomène sémantique, mais d'une dénomination (désignation) hors de la classe extensionnelle (ou extensive) des premiers membres de la classe « tuile », ici, pour conserver le même exemple.  On fera pourtant observer que les quatre catégories de tuiles dans la section A de l'article sont hétéroclites, notamment en ce qui concerne la tuile romaine qui est un conduit et non un recouvrement.  Le Petit Robert a une tuile que le TLF n'a pas :  « Par anal. Chacune des plaques métalliques munies de crampons qui composent les chenilles des véhicules. »

On retiendra de ce parcours buissonnier que quel que soit le procédé que voudront y voir les lexicographes ou lexicologues, le résultat du point de vue du sens est l'accroissement du sémantisme ou, comme on disait jadis ou naguère, de la signification.  Dans tous les cas, d'un point de vue lexicographique, il s'agit d'une acception de plus, que ce soit pour désigner un fromage ou un petit four, la couleur des cheveux ou de la peau.  Reprenons donc le double procédé potentiel de polysémie :  la contiguïté et l'analogie.

paroxysme ≝ extrême intensité d'une maladie, et, par ext., d'une passion, de la douleur — π être au paroxysme de la colère (Petit Larousse [1918]).

passion ⊨ maladie, mais douleur ∥ maladie

La classe des paroxysmes s'est étendue depuis, puisque le Robert y ajoute un incendie (phénomène) et date la sensation/sentiment de 1831, mais ne le marque pas comme extension de sens.  Le TLF nous fait cadeau d'un paroxysme tectonique (1980), dont on attend l'extension hors des formations géologiques, mais le Robert avait déjà une phase paroxysmale/mique d'une éruption.  Faute de place, sans doute, il a laissé au TLF le soin d'afficher un ‘se paroxyser’ avec qqn ou qqch comme sujet.

Le Quillet [1948] n'en fait pas non plus explicitement une extension, mais donne déjà l'acception moderne ≝ point le plus aigu, moment de la plus grande violence, avec pour π Le paroxysme d'une passion, d'un orage., mais ne fait qu'une acception (omnibus) pour trois sujets différents la maladie, l'accès (sans autre précision), la douleur.

Une extension de sens n'est pas toujours marquée comme telle, comme je l'ai signalé plus haut à propos des tuiles.  Si ‘échanson’ devient {toute personne qui sert à boire}, le Robert le marque « plaisant », ce qui en fait une association méliorative (ou euphorique, comme eût dit Greimas) au sens de la théorie.  La contiguïté ne se borne pas à recruter de nouveaux candidats prédicables.  Elle est aussi la version sémantique des figures que la rhétorique distingue comme métonymie et synecdoque (cf. Balzac, plus haut, et sa tuile), comme l'analogie donne lieu à la métaphore.

Dans l'hypothèse d'une organisation (très) partiellement hiérarchique du lexique (la lexicologie étudie l'hypostasie du lexique, comme certaines sémantiques lexicales), la contiguïté peut également être identifiée dans les rapports qu'entretiennent les espèces d'un même genre, ou certaines espèces par rapport au genre voisin, cela sans s'aventurer dans la systématique ou la taxonomie.  Dans ma phase terminogénique, j'avais avancé une contradictoire juxtasémie, qui devait dans une arborescence lexicale s'établir entre éléments de branches voisines, c'est-à-dire dont le genre immédiat n'entrerait pas en ligne de compte, mais un genre éloigné, plus haut dans la hiérarchie.

Le critère de la contiguïté n'est pas, comme dans l'analogie, une correspondance supposée ou imposée par comparaison comme dans π tortiller des hanches, mais bien un rapport vérifiable au moyen de l'intersection.  C'est aussi sa définition :

abab

auteurx ∥ auteury ⇒ [{ouvrage} = x{ouvrage} y]

L'exemple est celui d'une métonymie classique, lexicalisée (Petit Larousse [1918] vérifié par Robert).  Plus clairement, celui de vol.

le vol de l'aigleun vol de perdreaux ⇒ {voler} ⋁ ( aigle ∋ voler ⋀ perdreaux ∋ voler)

La différence dans le rapport de contiguïté métonymique et extensive tient à la place et le type des éléments dans la définition.  L'extension va conserver le genre prochain, dont elle étend la classe en changeant les circonstances (ici la source) :

bouffée1{souffle} bouffée2 ∁ air2 ⋁ bouche1

Dans cette description, je suis le Robert, le Petit Larousse [1918] intervertissant l'ordre.  La contiguïté métonymique ou synecdochique dans l'exemple qui suit renverse l'ordre des éléments :

chapelet1 ∥ chapelet2 ⇒ chapelet1prières chapelet2

chapelet1 ≝ objet + prières :  chapelet2 ≝ prières + objet

On notera que dans l'emploi figuré le genre prochain cède sa place à l'abstraction correspondant aux grains et aux prières.

␞ ‘vol’ ∁ un ⊥ de canards sauvages ⋀ ≟[vol ∥ vol] ⊢ {ensemble}

Il y a naturellement contamination conceptuelle ou notionnelle avec une idée comme celle de contiguïté, car on est assurément toujours au bord de la dénotation.  « ≝ qui touche à une chose », dit le Petit Larousse 1918 de contigu  et de ‘contiguïté’ « ≝ état de deux choses qui se touche ».

Dans un élan de masochisme, je citerai l'exemple signé du Petit Robert :  « Reconnaître serait donc associer à une perception présente les images données jadis en contiguïté avec elle »  (Bergson).  « Ils » auraient tout de même pu choisir un psychologue qui savait (à cette époque) de quoi il parlait.  rem  —  ce qui fait de la contiguïté d'une perception son « contexte ».

rem  —  On note l'incohérence temporelle :  « jadis en contiguïté avec elle » pourquoi les images contiguës et non l'image de la perception d'alors ;  et qui donne quoi à qui ?  Si je reconnais l'âne du Poitou, ce n'est pas parce que j'en ai une image contiguë, mais bien parce que j'ai pu en observer un.

Sans passer du coq à l'âne, le TLF recourt à Bergson également pour illustrer la contiguïté :  « De tout temps, la femme a dû inspirer à l'homme une inclination distincte du désir, qui y restait cependant contiguë et comme soudée, participant à la fois du sentiment et de la sensation.  Bergson, Les Deux sources de la mor. et de la relig., 1932, p. 39. »  Sans la précaution oratoire on l'aurait pris pour le spécialiste des données millénaires de la conscience.

Rappel des catégories classiques des métonymies et des synecdoques  —  cause ↔ effet, signe ↔ chose, contenant ↔ contenu, lieu ↔ chose, possesseur ↔ objet possédé, auteur ↔ ouvrage, abstrait ↔ concret ;  espèce ↔ genre, tout ↔ partie, nombre → autre nombre, quantité déterminée → quantité indéterminée, nom d'une chose → matière dont elle est faite, d'après Larive et Fleury (1895).  V. plus bas le tableau dans la section consacrée à l'interdéfinition

J'imagine que l'on peut considérer des concepts comme contigus, même s'il n'est pas possible de s'assurer « qu'ils se touchent ».  Il est même difficile d'imaginer ce qu'est un concept ou tout bonnement une idée.  Néanmoins, on voit la tentation extensionniste se profiler.  C'était d'ailleurs le cas, plus haut, avec la mention de métonymie et de synecdoque.  La synecdoque étant le contact souvent le plus absolu.  C'est d'ailleurs la problématique de la contiguïté (hors de la doctrine de l'associationnisme), rendue plus manifeste encore par la concurrence de la notion d'interdéfinition qui intervient plus bas.

Le meilleur moyen de dissiper la confusion possible entre contiguïté et analogie consiste à se souvenir que la contiguïté n'implique pas ressemblance, à la façon dont l'opposition qui intersecte n'est pas assimilable à l'équivalence.


équivalence

— La relation logique d'équivalence est réflexive, symétrique et transitive.

xy f(x, y)

A ≡ B ⇔ (∀a, a ∈ A ⇔ a ∈ B)

étonner ≡ surprendre ⋀ surprendre ≡ stupéfier ⇒ étonner ≡ stupéfier

Si elle n'est pas réflexive (l'identité de forme n'entraîne pas l'identité de sens), la relation d'équivalence sémantique est néanmoins symétrique et transitive.  Chauvineau fait remarquer que la symétrie et la transitivité n'entraînent pas la réflexivité, mais que l'asymétrie et l'intransitivité (séparément cette fois) entraîne l'irréflexivité.

L'équivalence sémantique prend deux formes, l'équivalence lexicale, par ex. par système et systématiquement ou avoir peur et être effrayé et l'équivalence entre éléments de sens qui s'apparente à l'équivalence lexicale, mais se situe au niveau explicatif (descriptif ou métalinguistique).  On peut naturellement envisager des rapports croisés, entre une unité lexicale et un élément de sens, mais pas entre le mot et l'élément de sens qu'il devient par métaconversion.  La formule (a) n'a pas lieu d'être dans la théorie des opérations sémantiques, sauf dans le cadre de la conversion métalinguistique elle-même.

(a)  ∄a (A ≡ {a}) ⋁ ∄ ‘étonner’ ≡ {étonner}

Cette contrainte s'explique par la même raison qui écarte la réflexivité.  Un mot n'est pas un signe autonome, même si je convenais de le remplacer par x, x, en tant que mot, ne serait pas réflexif.  On peut aussi interpréter la contrainte comme le poids de la polysémie sur toute sémantique et que les grammairiens ont tort de ramener à l'ambiguïté ou à l'amphibologie.

Un coup d'œil dans un dictionnaire ouvert à n'importe quelle page témoigne du fait qu'il y a en réalité assez peu de mots monosémiques, synchroniquement ou diachroniquement, et ce phénomène est de plus en plus net à mesure que grossit la nomenclature du dictionnaire.  L'exemple lexical de (a) a été choisi pour cette raison.  Dans la langue actuelle, ‘étonner’ tend à la monosémie, bien qu'on puisse relever des emplois distinctifs.  ‘exulcération’ est différent et a plus de chances de sortir de l'usage, comme le verbe ‘exubérer’, que d'y prospérer.  Cf. même ‘enchevêtrure’ a deux « sens » distincts.  rem On maintient ici la fiction qui veut que les objets (choses matérielles) ont un sens, mais techniquement les « choses du monde » n'ont qu'une dénotation-désignation accompagnée de description, que les dictionnaires assimilent à une définition (comme la logique ancienne d'ailleurs).  En réalité, seul le morphème -ure, que l'on retrouve dans ‘dentelure’ aurait un ou plusieurs sens.

Mais la monosémie n'empêche pas l'équivalence, comme le montre, le Robert pour ‘exulcération’ :  excoriation, érosion, écorchure.  Le même dictionnaire triche pourtant avec le verbe et, après l'avoir marqué Méd., (exulcérer→méd.) donne un exemple de Huysmans, qui prend des libertés avec le sens (tête exulcérée [emploi non verbal]). Doit-on en conclure que Huysmans est médecin, alors qu'il se fait critique d'art ?  La huysmansite est une maladie contagieuse, comme le prouve le TLF :  « P. métaph.  Le démon n'a pas besoin de s'exhiber sous des traits humains ou bestiaux afin d'attester sa présence ;  il suffit, pour qu'il s'affirme, qu'il élise domicile en des âmes qu'il exulcère et incite à d'inexplicables crimes (Huysmans, Là-bas, t. 1, 1891, p. 174). »  De médecin, il passe démonologue.  Aussi redoutable que la vésanique Colette.

La difficulté de l'équivalence entre éléments de sens est du même ordre que celle qui exclut la réflexivité entre mots (xx).  En effet, quelles garanties possède-t-on que {gros} dans le sens de ‘ventripotent’ soit le même {gros} que celui de ‘ventru’ ?  Le Petit Larousse [1918] nous dépanne en nous donnant un moyen terme, que je mets en bleu.

[Ici je suis l'ordre alphabétique] ventripotent ≝ qui a un gros ventre ;  ventru

ventru ≝ qui a un gros ventre.

On pourrait en construire une sorte de syllogisme (je ne m'y risquerai pas, n'ayant pas la vocation scolastique), mais en vertu de l'apparente transitivité, il vaut mieux appliquer ce principe (‘≍’ se lit « a le sens de ») : 

A ≍ C, B ≍ C, B ≍ A

ventripotent ≍ {qui a {gros ventre}}
ventru ≍ {qui a {gros ventre}}
ventru ≍ ventripotent

On peut aussi se contenter de la règle « classique » partielle, pour somptueux-splendide-magnifique, dans un étroit paradigme du Petit Larousse ⇕[repas, palais], auquel le Petit Robert n'ajoute que ⇕[château, installation, fête*] :

▴ splendide ∁ palais ⊥ ⋀ ≟[{magnifique} ≡ {somptueux}] ⊢ {magnifique}

* note  —  Chaque terme du paradigme ouvre un autre paradigme, ad libitum.

equivalence.png


implication

L'exemple d'implication du tableau est une implication discursive, aussi distincte de l'implication logique que l'est l'implication sémantique, qui forme un parallèle avec la relation de prédication, inverse de l'appartenance.  Un mot implique nécessairement autre chose qu'une proposition ou un terme logique.  La transitivité est exclue, à moins de faire justement intervenir le plan métalinguistique, ce qui supposerait une triple appartenance, en (c).

(b)  A ⇒ B = (˥A) ⋁ B (BGLL)

(c)  magnifique ⇒ {somptueux} ⋀ splendide ⇒ {somptueux} ⊢ luxueux ⇒ {somptueux}

L'implication sémantique n'est pas plus réflexive que les autres relations réunies ici.  Elle n'est pas non plus symétrique, puisqu'elle entraîne ou conclut à un élément de sens et non à une proposition.

x, yy, x

La présence de l'implication parmi les relations sémantiques tient à l'appartenance, dont elle constitue l'inverse, parallèlement à l'opération de prédication utilisant le signe inverse de l'appartenance, avec ici le sens de {possède}, dans la mesure où il s'agit d'un attribut.  On peut comparer :

{évident} ∈ palpable ⇒ palpable ⇒ {évident} ⊼* vérité ∋ palpable | {palpable}

{évident} appartient à ‘palpable’ implique ‘palpable’ implique ‘évident’ (cf.) ‘vérité’ possède ‘palpable’ ou {palpable}

* note  signe (iconique) de la comparaison.  Lexicalement, on peut considérer que ‘vérité’ appartient au paradigme des cooccurrents de ‘palpable’ et inversement.  vérité ∈ [⊥]palpable ⋀ palpable ∈ vérité[⊥].  La cooccurrence est représentée ici par un paradigme d'insertion ‘[⊥]’.

L'implication courante (discursive) constitue probablement la structure privilégiée des éléments de la doxa, qu'on retrouvera plus loin, ou de connaissances transmises de cette manière :  π La mollesse des Sybarites est restée légendaire. Petit Larousse [1918].  Pour varier, c'est un exemple de ce genre qu'on retient dans la semi-application de la règle, où la fèche droite est une association neutre ni péjorative ni méliorative, mais l'association basculerait si le syntagme interprété était « une réponse dans le style des habitants de Laconie » :

␞ laconique ∁ réponse ⊥ ⋀ ≟[laconique ⇒ →(à la manière des habitants de la Laconie)] ⊢ {bref}

On retiendra qu'en principe tout élément de sens ou de définition peut entrer dans le schéma implicatif comme « conséquence » :  a ⇒ {b}.

vigoureux ∁ coloris ⊥ ⇒ {fortement {accusé ⋀ exprimé}}

vileté ∁ [chose] ⇒ {sans {valeur}}

vigne ⇒ {vin}

L'implication est remise en question plus bas.


interdéfinition

— L'interdéfinition est une relation qui étymologiquement mettrait en jeu deux définitions, mais ce n'est qu'après coup que cela s'est produit.  Sa première forme était celle de la circularité dans le langage de logiciens, les premiers à avoir érigé un monument à la tautologie (ils s'exerçaient depuis des siècles avec le syllogisme), sorte d'interdéductibilité verbale, dont le type était la définition du coq comme mâle de la poule et « inversement », salva veritate*.  Et le Petit Larousse [1918] ne nous déçoit pas :  femelle de divers oiseaux, après femelle du coq.  On se consolera en les retrouvant dans le Robert.

*La poule n'est évidemment pas le « mâle » du coq.

Mais si cette contrainte est le joug du lexicographe, les rapports qu'entretiennent des termes cooccurrents ou apparentés peuvent se décrire en faisant intervenir deux plans :  celui de la forme lexicale et celui, métalinguistique, de la description du sens.  J'ai déjà introduit l'outil simple, mais privilégié de l'étude de ces rapports, la matrice (ou le modèle) métalinguistique d'analyse.

Techniquement, le rapport se fait entre deux plans entre trois éléments, (ou quatre, dans les cas cas d'interdéfinition « forte », c'est-à-dire complète, que symbolise la notation ‘⋈’), mais soit à partir de deux éléments lexicaux (dont un est repris au niveau explicatif chez son voisin) ou de deux éléments de sens, (dont un est également présent au niveau lexical, sous forme d'unité lexicale).

Les ensembles (qui donnent lieu aux synecdoques) ou les séries métonymiques (selon l'expression de R. Martin) de la réalité ou les choses ou objets comportant des parties ou constitutifs d'autres objets ou réalités sont les plus intéressants du point de vue de l'interdéfinition.  Dans un pont classique, l'arche, la voûte, la culée, la pile forment un tel ensemble.  Je prends l'exemple (dans le Petit Larousse [1918]) du pylône et du portail, mais sans recourir au tableau de la « mma » (matrice ou modèle métalinguistique d'analyse), comparé aux définitions du Quillet :

pylône ≝ construction massive, à quatre faces, formant le portail d'un monument égyptien. [1918]

pylône ≝ tour massive, en forme de pyramide tronquée, qui flanquait la porte des temples égyptiens (Quillet [1948])

portail ≝ entrée principale et monumentale d'une église, d'un édifice [1918]

portail ≝ entrée monumentale d'une église (Quillet)

À titre d'exemple, on peut rappeler les catégories habituellement recensées pour les deux figures basées sur la contiguïté référentielle et, pour certains, de facto, sémique ≍ du sens.  Je les présente avec le signe de relation indifférenciée, ℛ, remplaçable par celui de substitution, ↺.  La source est le Quillet, vérifiée dans le Larive et Fleury.


métonymie - synecdoque
changement/transposition de nom xycompréhension + ↺ - ⋀ - ℛ +1
cause ℛ effet
contenant ℛ contenu
effet ℛ cause
lieu ℛ chose
insigne/signe ℛ chose
abstrait ℛ concret
concret ℛ abstrait
possesseur ℛ objet possédé
auteur ℛ ouvrages
espèce ℛ genre
genre ℛ espèce
tout ℛ partie
partie ℛ tout
nombre ℛ autre nombre/incertain2
singulier ℛ pluriel2
quantité indéterminée ℛ quantité déterminée
le nom d'une chose ℛ la matière dont elle est faite
1 Le plus pour le moins et le moins pour le plus.  — 2  Dans l'exemple il s'agit d'un nombre pour un autre (le Français pour tous les Français)

L'inconvénient de ces catégories, c'est d'une part que certains exemples sont très anciens et que d'autres sont tellement lexicalisés qu'on n'y reconnaît pas de figure, sans compter le fait qu'avec le temps et l'incompréhension la synecdoque a été assimilée à la métonymie, à quoi on ajoutera un classement parfois arbitraire ou dont la raison nous échappe :  en quoi le pinceau est-il la cause de la peinture qui serait l'effet ?  On est dans un univers où les objets sont doués de vie.

On n'en fera pas un système.  Si la nymphe est une divinité des fleuves, des fontaines, des bois et des montagnes, elle n'est pas partie intégrante des articles qui leur sont consacrés dans le Petit Larousse.  Idem pour naïade qui inclut dans son habitat les rivières.  Il y a donc des contraintes propres à chaque catégorie et elles ne sont pas également généralisables.  De plus, certains exemples, entrés dans l'usage, passent inaperçus, comme je viens de le dire ;  c'est le cas, par exemple, de ‘robinet’ dans π tourner le robinet, où, comme le fait remarquer le Petit Larousse on ne tourne que la clef de celui-ci.

Le phénomène peut également être de nature idiosyncratique :  le Petit Larousse [1918] ne rattache pas le dolmen au menhir ni celui-ci à celui-là.  Ils sont pourtant interchangeables dans l'exemple :

π Les x sont nombreux en Bretagne.  Cf. π Les cromlechs abondent en Bretagne.

Mais il est généreux, car le Guérard et Sardou (1864) et le Bescherelle jeune (1880), se passent du cromlech.  Le Bescherelle n'a ni ‘alignement’ dans ce sens ni d'entrée pour ‘menhir’, que le G-S définit comme ≝ {pierre druidique, plantée en terre}.

Le Robert renvoie par l'exemple uniquement de dolmen à menhir, mais pas inversement ;  le menhir renvoie à cromlech et à alignement.  Il se peut qu'il y ait un principe d'économie en vertu duquel si la partie commande la désignation du tout, le tout n'implique pas la mention de la partie.  Le lexicographe se rachète en alignant une extension à mégalithique.  C'est aussi par les exemples que le TLF rattache les trois cromlech-dolmen-menhir, formant synèse, avec en prime peulven (peulvan).

cromlech.png

‘Meneau’ renvoie à fenêtre, mais celle-ci, comme croisée, reste muette sur celui-là.  L'exemple ci-dessous est emprunté au Robert, mais on aurait pu aussi exploiter son chapelet.

▴ vantaux ∁ les doubles ⊥ des hautes portes ≟[vantail ⋈ porte] ⊢ {battant}

Je rappelle que le signe ≟ introduit une condition dite conjecturale et que celle-ci est généralement une relation sémantique.  ▴ indique que l'application qui est faite est partielle.

L'interdéfinition, ⋈, ne doit pas être réduite au couple métonymie-synecdoque.  Ces deux relations sémiotiques sont des figures de rhétorique et non spécifiquement sémantiques, en particulier la métonymie (qui le dit bien).  Avec cet exemple, croisée/fenêtre-meneau(x)-montant(s)-traverse(s), a priori, aucun risque de métonymie ni de synecdoque, à part une extension de la croisée à la fenêtre en bois (signalée par les pluriels).  Dans le Petit Larousse L'illustration de meneau mentionne fenêtre et celle de fenêtre fait mention d'un battant meneau (distinct du battant de noix) et d'une traverse.  À croisée, toutefois, on est réduit à la synonymie avec fenêtre (ce que ne laissait pas entendre l'entrée meneau.Traverse fait partie du châssis (ou d'un bâti), assemblée aux montants.

croisée ⋈ meneau ⋈ montant ⋈ traverse.

cromlech ⋈ menhir ⋈ dolmen

rem  —  Il faut noter qu'a priori l'interdéfinition privilégie la dénotation, à moins qu'on la cherche dans les termes dont les définitions se rapprochent (les espèces d'un genre - termes subordonnés d'un surordonné) et l'on a affaire à une forme de périsémie, comme dans l'exemple qui suit (le superordonné est placé au milieu  —  l'informateur est ici le Petit Robert) : 

interdéfinition périsémique
chancelervacillertituber
Vaciller sur sa base, pencher de côté et d'autre en menaçant de tomberAller de droite et de gauche, être en équilibre instable et risquer de tomber. Vaciller sur ses jambes, aller de droite et de gauche en marchant.


intersection

— C'est au moyen de l'intersection, de l'appartenance et de l'implication que se vérifie l'interdéfinition.  L'intersection sémantique, si elle n'est pas réflexive (A ⋔ A), est cependant symétrique et pourrait être transitive, mais l'inférence n'est pas garantie en 1), A et B pouvant intersecter C sans s'intersecter l'un l'autre, sauf dans la forme donnée en 2).

A ∩x B ⇒ B ∩x A

1)  A ∩ C ⋀ B ∩ C ⊢ ∄(A ∩ C) ⋁ ⊢ A ⋔ C.

2)  A ∩ B, A ∩ C ⋀ B ∩ C ⊢ (A ∩ B) ∩ C

cf. les anneaux borroméens, Guilbaud.  Sur le dessin, à gauche, 1) et à droite 2).

En principe, comme les relations sont interdéductibles, il est possible, par exemple, dans le cas ci-dessus d'utiliser l'union, mais cette dernière n'appartient pas à l'ensemble des relations sémantiques recensées.

L'exemple du tableau des relations plus haut a été choisi dans le Petit Larousse [1918] ;  mais hors du choix spontané, il n'avait pas été comparé à l'opposite, or il se vérifie à peine.  Je rappelle le principe de la matrice métalinguistique d'analyse :  la première ligne, unités lexicales ;  deuxième ligne, éléments de définition recueillis ;  les 3e, 4e et 5e lignes sont les analyses successives, en chiffres dans la première colonne et en lettres dans la seconde.

intersection
optimismepessimisme
système1 de ceux qui prétendent2 que tout est pour le mieux dans le monde, ou tout au moins que la somme de bien l'emporte sur celle de mal.opiniona de ceux qui pensentb que tout va au plus mal.
1. assemblage de principes3 vrais ou faux liés ensemble de manière à forme un corps de doctrine4a. sentimentc qu'on se forme d'une chose
2. affirmer5, soutenir | 3. opinion | 4. ensemble des opinionsb. croire, juger
5. soutenir qu'une chose est vraiec. opinion

On a un exemple de circularité réelle en rouge dans la colonne de l'optimisme et dans celle du pessimisme (a-c).  Le principe des tiroirs du mma permet de mettre en parallèle les résultats d'une analyse des premières données de la source.  Mais bien entendu, ces analysent sont extraites de la même source, puisqu'il s'agit de mettre en évidence l'intersection quand elle n'est pas « injectée » délibérément.  La notion de métalangue lexicographique n'avait pas de sens à cette époque ni celle de métalangage que le Robert fait remonter en polonais à Tarski (1931).

On notera qu'il manque à la définition d'« optimisme », un emploi qui soit courant, sorti du cadre philosophique (Leibniz 1646-1716) :  il ne semble y avoir eu de doctrine pessimiste qu'avec Schopenhauer (1788-1860).  La configuration des articles correspondants du Grand Larousse du XXe siècle forme interdéfinition, car outre le fait que le pessimisme y est traité comme doctrine, il ajoute pour chacun des termes un sens courant, en plus de remonter à l'Antiquité pour l'optimisme et au bouddhisme pour le pessimisme.  Il ajoute Hartmann à Schopenhauer et Fénelon à Leibniz.

Dernier exemple : 

π La dispute dégénéra en rixe.  (Exemple du Petit Larousse que lui emprunte le Quillet ;  ce dernier ajoute {caractère} et de {de mal en pis}, modulé d'un {généralement} :  on notera que pour Quillet la préposition est partie intégrante du verbe.)

␞ dégénéra ∁ la dispute ⊥ en rixe ⋀ ≟[dispute ∩ rixe] ⊢ {changer de nature}

Pour le Grand Larousse du XXe siècle, dégénérer dans ce sens, c'est « changer (en mauv. part) ».  Ce qui se note : 

‘dégénérer’ ≍ {changer}↘


opposition

— L'exemple d'opposition du tableau (bien ≢ mal) est dérivé de l'exemple de l'intersection.  La relation d'opposition sémantique correspond partiellement à la relation converse, chez Chauvineau qui comprend aussi bien x reçoit y - x est reçu par y que x est au nord de y - x est au sud de y :

f(x, y) ⇒ f(y, x)

Cette transcription n'est pas suffisamment claire pour l'opposition, comme l'exemple de la réception, puisque le contraire est l'opposé, mais pas le converse.  « Être le père » n'est pas l'opposé d'être la mère, mais son complémentaire.  C'est pourquoi on a retenu le signe de négation de l'équivalence, même si, référentiellement, il peut paraître ambigu.

origine ≢ fin

Le signe ‘≢’ ne doit donc pas être interprété comme l'est la non-intersection (‘⋔’), c'est-à-dire comme une non-équivalence, mais être lu comme « x ou A est l'opposé ou l'opposite de y ou B »

Les propriétés de l'opposition sont toutes négatives, sauf la symétrie (en raison de la converse, sans doute), car si ‘début’ est un opposé de ‘fin’, il est alors synonyme ou analogue de ‘origine’.  Idem pour ‘commencement’.  Cf. bout, extrémité, terme.

On peut imaginer un forme parasyllogistique où x serait l'opposé de y...

xy
zy
zx

Soit

défendre ≢ tolérer,
interdire ≢ tolérer
interdire ≡ défendre.

On n'en fera pas un credo, car « xyz » n'est pas à exclure.  Comme l'opposition double ne fait pas nécessairement des opposés des équivalents, cf. debout ≢ assis, debout ≢ couché ⇏ assis ≡ couché.

Dans l'application, empruntée au Petit Larousse [1918], on peut exploiter les deux relations, d'opposition et d'équivalence :  π Le vice est la gangrène de l'âme.

▴ gangrène ∁ le vice est ⊥ de l'âme ⋀ ≟[dépravation ≡ débauche ≢ vertu ≢ vice] ⊢ {corruption}

Cf. débauché ≡ dépravé ≢ intègre ≡ vertueux ≡ rangé ≡ probe [Petit Larousse 1918].


subordination & superordination

— Il s'agit des deux versants de l'inclusion éclatée.  L'inclusion se note ⊂ est se lit passivement, « B est inclus dans A », mais le signe de ses remplaçants s'apparente à celui de l'implication (sans rapport direct, sauf avec la superordination).  xy, où x supra y ou x est le genre de y, c'est-à-dire son surordonné ou son superordonné.  La relation converse (opposée et complémentaire) se lit ici yx, soit y infra x ou y est le subordonné (l'inférieur, chez les scolastiques) de x.

tourmenter ⇗ vexer ;  victimer ⇘ ridiculiser ;  percher ⇘ loger ⇗ percher (PL 18)

Il serait possible d'invertir le signe, c'est-à-dire de ⇘ faire ⇖, mais cela compliquerait la lecture (xyxy) à l'égal de la notion d'inclusion elle-même (A ⊂ B → B ⊃ A). 

regret ⇘ déplaisir → regret ⇖ déplaisir ;  le second volet se lisant naturellement (peu ⊥) de droite à gauche pour un Occidental.

L'inclusion comme telle est normalement transitive, mais pas symétrique, et certainement pas sémantiquement, comme le superordonné deviendra le subordonné :

corroborer ⇘ confirmer (DQ 48) ⇒ ‽(confirmer ⇘ corroborer)

L'exemple suivant (PL 18) montre que le « primitif » (la boucle ou le genre suprême) n'est jamais loin, bien que souvent il ne s'agisse que d'un accident du travail lexicographique.  Il est toutefois des termes qui en sont vraiment, c'est-à-dire des terminus du parcours vers la généralité et l'abstraction.

opprobre ⇘ ignominie ⇘ infamie ⇘ honte ⇘ opprobre, où le terme à droite du signe est censé marquer une degré de généralité de plus.

(Même source) abjection ⇘ abaissement ⇘ humiliation ;  π vivre dans l'abjection n'est pas vivre

▴ abjection ∁ vivre dans l'⊥ n'est pas vivre ≟[opprobre ⇘ abjection ⇘ humiliation] ⊢ {humiliation}


revue des relations écartées comme conditions

asymptote, définition, différence, prédication — Deux d'entre elles pourraient néanmoins se voir sollicitées.  La différence, advenant le besoin de distinguer une condition ou une valeur {élément de sens} et la prédication, pour remplacer l'implication comme foncteur attributif.  L'asymptote et la définition n'ont normalement aucune raison d'apparaître dans la règle, l'une parce qu'elle en est le raccourci et l'autre parce qu'elle en est en quelque sorte l'expansion, mais à rebours.

J'avais, dans un premier tri, retenu l'asymptote, c'est-à-dire « au sens de », comme garantie de monosémie, mais d'autres relations peuvent très remplir le même rôle.  Disons que la question n'est pas définitivement tranchée.

On hésitera cependant à se montrer trop catégorique dans un domaine où l'on doit rendre compte du sens d'objets aussi étrangers les uns aux autres que les noms, les verbes et les adjectifs, malgré les liens transformationnels (verbe ⇨ nom/nom ⇨ verbe ;  participe présent ⇨ adjectif ;  participe passé ⇨ nom, etc.).  Le règne de l'inclusion prend fin aux limites du domaine du concept aristotélicien.  On a bien vu dans les exemples donnés que le genre prochain d'un verbe, lorsqu'il est un verbe a l'air d'un synonyme, lorsque le verbe n'est pas tiré d'un nom.  De même, pour les noms formés à partir d'un verbe, « action de » (ou « fait de ») est difficilement pertinent au regard de l'inclusion (cf. ‘justification’ ≍ action de justifier) ;  ou bien la classe des actions est incommensurable ou bien c'est un faux générique (un genre postiche), à l'égal de « sorte de ».  Cf. « résultat de » :  on notera l'absence d'indépendance de cette acception  —  résultat de cette action.  « Qualité de (ce qui) » présente un problème de généricité également, bien que la généralité soit au rendez-vous.  Et « se dit de » est une belle pierre dans le jardin du sémanticien comme « tout ce qui ».

C'est également le cas des pronoms relatifs (« qui avait droit de rendre la justice sur ses terres » ;  « qui doit répondre devant certains juges »).  C'est souvent le cas des adjectifs et des noms qui en dérivent ou dont ils dérivent.  À la rigueur, pour la préposition, on pourrait supposer que le pronom sujet est rattaché à la désignation de la partie du discours :  « prép. qui marque un terme au delà duquel on ne passe pas. » (PL 18).

Ce qui est sûr, c'est que « qui » n'est pas un genre prochain.  Comme son sosie, « celui/celle qui » qui a pour équivalent « personne » (qqn), mais ne s'applique pas aux adjectifs.  « qui peut être justifié » ⇏ « celui qui peut être justifié » ;  [ce qui] chose qui peut être justifiée.

C'est alors que se révèle utile l'asymptote qui permet d'isoler un élément de sens pour identifier le sens du mot en question.  Se justifier ≍ {prouver son innocence} ≠ {être justifié}.  L'asymptote présente sinon une réflexivité ou une symétrie, une propriété assez curieuse, celle de faire commuter un contexte et le sens qu'aurait le mot dans ce même contexte, soit l'adjectif :

justicier ≍ qui aime à faire régner la justice  ↺  justicier ≍ saint Louis fut un roi justicier

L'expression peut alors prendre des tournures différentes :  juteux, au sens où l'est un rôti/un roman.

On notera toutefois que le verbe générique peut exister, comme dans le cas suivant : 

juxtaposer ≝ poser à côté d'une autre chose.

La définition n'est donc pas aussi simple que le philosophe, qui s'aventure rarement hors de son pré carré, voudrait nous le faire croire, ni d'ailleurs aussi étrangère à l'usage de synonymes.  La convertibilité avec l'objet défini (cf. Thonnard 1950) n'est pas non plus aussi praticable que le laissent entendre les descendants d'Aristote, y compris les moins chauds Pascal, Arnauld et Nicole.  On peut retenir comme contraintes la clarté par rapport au terme défini (et non par rapport à l'objet, comme le dit Thonnard), l'absence de termes négatifs (la définition par la différence, cf. la vertu n'est pas le vice) ;  quant à la concision, elle doit, selon moi, céder le pas à la pertinence ou à la distinctivité.  On ne perdra pas de vue que la « définition » d'un mot tend à accréditer la fréquence de la monosémie, alors qu'il est alors plus juste de parler des acceptions ou des emplois d'un mot, si l'on hésite devant l'idée d'un sens.

juxtaposition ≝ Action de juxtaposer ;  résultat de cette action. (Petit Robert)

La règle dont il est question dans ces pages n'a pas de rapport direct avec la définition.  Elle l'exploite à sa manière, qui consiste à établir ce qui dans une définition est substituable au mot en contexte (et qui devient la valeur) et ce qui ne l'est pas.  Ce qui ne l'est pas n'est pas obligatoirement écarté, mais récupéré dans les conditions.  L'exemple ci-dessus oblige celui qui considère le sens comme le produit d'une opération cognitive à se reporter au verbe.  S'il est possible de relever deux sens ou emplois, il n'est pas possible de savoir, à proprement parler, de quoi il s'agit, puisque qu'on a une équivalence modulée d'une seule et même idée :  juxtaposition ≞ juxtaposer.

Plus simplement, celui qui ne sait pas en quoi consiste juxtaposer (qui est une action) n'est pas plus avancé quand il sait que le terme ‘juxtaposition’ désigne cette action.  Loin de moi l'idée de révoquer en doute l'économie (ou la tradition) de la rédaction lexicographique, mais je signale la chose car ce type de procédé n'éclaire pas et on économiserait davantage en plaçant le substantif à la fin de l'article du verbe.

Le Petit Robert fournit deux acceptions qui se distinguent l'un de l'autre par la quantité des choses posées (1° une ou plusieurs ;  2° plusieurs) et par ce qui justifie cette disposition (1° sans liaison ;  2° aucune mention), par rapport au PL 18 qui est succinct :  ≝ {poser à côté d'une autre chose} et au Quillet 1948, plus fourni, et le seul par ailleurs à donner la forme pronominale, ≝ {mettre une chose tout à côté d'une autre}.

Outre un sens qui concerne les corps inorganiques [absent du Grand dictionnaire encyclopédique Larousse (1982-1985)], le PL 18 ajoute une précision à sa définition de ‘juxtaposition’, ≝ {situation d'une chose à côté d'une autre, {sans rien qui sépare}}.

On observera que les sens du nom (dans le Petit Robert), reportés sur le verbe, donnent en substance quatre acceptions différentes.  La question est assez importante :  à quel moment et dans quelle mesure peut-on considérer qu'un dérivé est autonome sémantiquement ?  Pour trancher, dans le cas de ‘protester’, le PR se sert de l'étymologie/datation :  protester serait postérieur à protestation ;  confirmé par le TLF .

Poser, mettre (une ou plusieurs choses) à côté, près d'une autre ou de plusieurs autres et sans liaison.
Juxtaposer une chose à une autre, une chose et une autre.

— Poser (plusieurs choses) l'une à côté de l'autre, les unes à côté des autres.
Juxtaposer les termes d'une série.  Juxtaposer deux mots pour former un composé.

Le Trésor s'en tire un peu mieux.  « Placer (une ou plusieurs choses) à côté (d'une ou plusieurs autres). », qu'il analyse ensuite sous forme de modules verbaux du type qqn ⊥ qqch à qqch, qqch et qqch, analysés en animé, inanimé concret et abstrait, puis qqch ⊥ qqch à qqch, qqch et qqch.  ‘Juxtaposition’ connaît trois « états », 1° l'action ;  2° ce qui est ⊥ ;  3° fait d'être, de se ⊥, et deux spécialisations :  juxtaposition de mots, juxtaposition de phrases.

La prédication comme relation est remise à l'honneur plus bas.


Les faux génériques

À propos de la définition, il faut revenir sur les faux génériques, les quantificateurs (ou quantifieurs) ou assimilés (any, tout, espèce, ensemble, partie, etc.) dans la recherche du générique (genre prochain).  Le véritable générique serait le mot dominant (superordonné) sémantiquement et non logiquement, précaution que l'on peut accepter au moins à titre d'hypothèse.  La même mise en garde devrait frapper les relatifs :  qui, par exemple, intervenant dans la définition d'adjectifs modaux (‘reconductible’, « qui peut être x »).

La logique du rejet s'appuierait sur le fait que l'élément de sens {qui peut y} ne concerne que le suffixe -ible.  Certains de ces faits sont dus à la nature de la métalangue du dictionnaire, suivant les règles de la langue.  Ainsi organe est défini par « partie d'un corps vivant qui remplit une fonction utile à la vie ».  La contrainte est claire :  à moins d'écrire « [dans le corps vivant] partie...  ».  La solution pourrait consister à accepter un concept composé comme « sème » (élément de sens) et d'imaginer {partie d'un corps}.

Cette difficulté a été signalée, parmi d'autres, par Robert Martin (1983:56), à propos de la définition analytique ou paraphrastique.  On notera que si l'on retient la thèse des quantificateurs assimilés pour le paradigme {ensemble, partie, ...}, on n'a plus affaire à un générique, mais à un élément de sens voisin [juxtasème, dans l'ancienne terminologie] (dérivé, dans ce cas).  Les hiérarchies non intuitives ne présentent qu'un intérêt relatif dans la description du lexique puisqu'elles se limitent à se décrire elles-mêmes, c'est-à-dire à décrire le système apriorique du linguiste ou de l'auteur de la taxonomie.

On peut se demander pourquoi je considère la définition comme une relation plutôt que comme une opération (qu'elle est, de toute évidence [et même une opération du versant production], même si l'on dispute le haut du pavé aux philosophes).  Je pourrais me tirer d'affaire en expliquant qu'il existe un principe dans la théorie des opérations sémantiques qui fait de toute relation une opération, mais ce principe avait trois têtes (était tripartite) et je suis moins sûr aujourd'hui que la correspondance aille des deux premières (opération-relation) à la règle.  On a vu brièvement qu'avec la définition, la règle aurait fort à faire, c'est-à-dire qu'elle devrait changer pratiquement avec chaque catégorie grammaticale.

La réponse est plus simple :  la relation de définition (ou définitoire) n'est pas entre le produit global (péri- ou paraphrase — formule ≍ du Petit Robert) et le mot défini, mais entre celui-ci et chacun de ses définissants ou définisseurs.  Ou mieux encore, la relation va du définissant au défini.

Par exemple, dans Petit Larousse 1918, avoir, jugement, bon, annoncer, du, le, jugement sont en relation de définition avec ‘judicieux’, mais pas tous dans la même formule, comme le dictionnaire distingue entre HUMAIN et ˥HUMAIN pour mimer les sémanticiens contemporains (qqn/qqch), et ce, par le moyen des exemples.  Selon moi, ils ont une part égale dans le travail de sémantisation auquel procède le sujet qui consulte le dictionnaire et doivent donc être considérés comme des informations lexicographiques sinon des éléments de définition.

auteur ≝ judicieux ;  remarque ≝ judicieuse :  la relation est symétrique, mais le judicieux de l'un n'est pas réflexif de l'autre ni de lui-même d'ailleurs.  Le seul moyen pour une notion sémantique entrant en relation d'avoir pour propriété la réflexivité, c'est de disposer d'un verrou de son sens, l'asymptote, par exemple.

Exemple complet de judicieux :  Qui a le jugement bon :  auteur judicieux.  Qui annonce du jugement :  remarque judicieuse.  (Petit Larousse 1918)

Pour que judicieux soit sémantiquement en relation avec lui-même, ‘judicieux’ ℛ ‘judicieux’ ( cf. a = a) ne suffit pas.  Il faut un troisième élément : 
judicieuxremarque judicieuse.

Complément, judicieux d'après le Petit Robert :  1°  Qui a beaucoup de jugement, le jugement bon. ⇨ raisonnable, sage, sensé. Un esprit judicieux. ⇨ 1. droit.  —  2°  Qui marque du jugement. ⇨ intelligent, pertinent. Choix judicieux.  Remarque, critique judicieuse. « Quelques réflexions fines et judicieuses » (Chateaubriand).  Il serait plus judicieux de renoncer.

judicieux ≍ critique judicieuse

‘≍’ se lit « au sens de ».  Naturellement cette formulation ne satisfait pas la réflexivité ensembliste, mais il est parfaitement possible pour la sémantique de se dispenser de la réflexivité puisqu'elle se dispense également de l'identité comme relation.  L'équivalence a d'ailleurs le mérite de verrouiller le sens comme le fait l'asymptote :  judicieux ≡ pertinent = judicieux au sens de pertinent.


Prédication ou implication

Reprenons la relation définitoire ci-dessus.  « avoir, annoncer, jugement, bon, le, du » peuvent être introduits comme le résultat d'une implication, et même dans un sens quasi étymologique :  jus, judex, etc. :

‘judicieux’ ⇒ {jugement}

Mais comme il s'agit de la relation inverse de l'appartenance, selon laquelle l'élément de sens {jugement} appartient au terme ‘judicieux’ :

{jugement} ∈ ‘judicieux’

Une simple « inférence » par inversion (permutation) permet de poser en conséquence que :

‘judicieux’ ∋ {jugement}

soit, le mot judicieux « possède » l'élément de sens {jugement}.

L'Encyclopédie universelle Larousse (2002) considère le syntagme nominal résultant d'un prédicat transformé comme son équivalent :

Sagesse/sage est prédicat dans « La sagesse appartient à Socrate  [=la sagesse de Socrate] ou dans « Socrate est sage ». — Prédicat :  Ce qui est affirmé d'un sujet ou est dit lui appartenir.

Naturellement, les formes effectives de l'implication comme relation ne sont pas nécessairement celles de l'implication comme opération, surtout chez les logiciens où elle est la bonne à tout faire.  Dans le Paradoxe de Hempel, elle est notamment, sauf erreur d'interprétation de ma part, la prédication, c'est-à-dire qu'elle tient lieu de la copule (est) qui introduit le prédicat.  EUL donne le schéma de Hempel comme « implication formelle » et l'implication comme connecteur propositionnel, ce qui le vide habilement de sens.  Comme il s'agit de prédicats liés entre eux, on a techniquement trois prédicats dans une même proposition :  x(être corbeau) être x(être noir), où xC s'analyse en x ⇒ C.

Si j'ai fidèlement reproduit l'implication (en modernisant le signe) dans les sections où je cite des ouvrages de logique, je crois qu'il est préférable (même dans la syllogistique, ou ce qui en reste) de la remplacer par un signe mieux justifié, celui de l'inférence, qui est une opération, et ne risque pas de faire double emploi avec la prédication comme relation ou comme opération.  On apporte donc cette correction au tableau sélectif des relations (les notes sont reportées sous la carte).

Sous le tableau la carte correspondante.  La relation d'« ordination » est une fiction théorique ou de méthode, mais le mot (vieilli) signifie {action de mettre en ordre} (Petit Larousse 1918).  Les couleurs n'ont pas de rôle dans la représentation.

relations sémantiques sélectives (révisées)
0signese lit1exemple
1analogiex2 y est analogue à bec à bec ⊨ face à face
2appartenancexyappartient à{contraire} ∈ paradoxe
3association3 méliorativex{y}suggèreétoffe↗valeur
association péjorative x{y}suggère(la) faux↘mort
4contiguïtéxyjouxteâne ∥ mulet
5équivalencexyéquivaut àvol ≡ volée
6prédication4x ∋ {y}possèdehérésie ∋ {condamnation}
7interdéfinition5xyinterdéfinitbarbacane ⋈ meurtrière
8intersectionxyintersecteoptimisme ∩ pessimisme
9opposition6xys'oppose àbien ≢ mal
10subordination 7xyest inférieur à8optimisme ⇘ système
superordinationxyest supérieur àignominie ⇗ opprobre
0.  L'ordre est alphabétique ;  quand deux formes (dotées d'un signe différent) existent, elles figurent au même numéro.  —  1.  L'expression est implicitement accompagnée de l'adverbe sémantiquement.2  Largeault donne à ce signe la valeur de conséquence (autrement dit inférence). — 3.  peut être un mot et un élément de sens ou un mot et un autre mot. — 4.  L'implication est remplacée par la prédication, signe inverse de celui de l'appartenance (∈) et qui lui est symétrique :  ce qui appartient à A, A le possède. — 5.  Un rapport sémantique peut être envisagé de diverses manières et donc prendre divers noms. — 6.  Chauvineau signale la relation converse, forme de l'opposition, cf. (xy) ≢ (yx). — 7.  Décomposition de l'inclusion, que Chauvineau range dans les relations « d'ordre large ».  —  8.  Sémantiquement, dans un ordre immédiat de généralité ou d'abstraction, idem pour la position complémentaire. — Est absente de la liste :  l'incompatibilité, qui, sémantiquement, est notée par la non-intersection, ⋔.  La différence n'est pas la non-intersection, pas plus qu'elle n'est l'incompatibilité.

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