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De l'inférence sémantique




IX




Règle et conditions (suite et fin)




plan de la suite du chapitre neuf
[9a]  ·  situationnelle  ·  de domaine  ·  conditions de la signification  ·  axiologique  ·  doxologique  ·  idéologique  ·  signification  ·  conditions conjecturales relationnelles  ·  synthèse ou réduction  ·  résumé des conditions allégées  ·  règle, forme et formalisation





16situationnellefurie ∁ ␏[femme] ⊢ {{femme}{déchaînée}}

Le signe ␏ est celui de la situation, en alternance parfois avec l'indice sit<⊥>.  La situation est ici l'équivalent, toutes proportions gardées, en psychologie cognitive, du script ou du scénario.  Dans ma thèse sur la lecture, je me servais du terme de programme, dont l'intitulé comportait généralement un verbe à l'infinitif, marquant une action :  <faire le lit>, <manger au restaurant>, <faire des courses>, etc.  Personnellement, j'ai un faible pour les intitulés (souvent accompagnés d'images) des manuels d'apprentissage de langue étrangère.  J'ai un French Reader par exemple, datant de 1902 (d'après le copyright) qui comporte « un voyage à Paris » qui se subdivise en sous-programmes comme « en mer », « à la douane », « à l'hôtel », etc. Le Mauger (1953), de l'Alliance française est abondamment illustré et comporte les obligatoires « leçons de choses » :  « dans le train », « la chambre d'hôtel », « au théâtre et au cinéma », etc.  Le plus curieux est sans doute Le Petit Parisien de R. Kron (publié en Allemagne en 1901, date de mon édition, mais il existait déjà depuis 1895) qui se caractérise par « toutes les circonstances essentielles de la vie pratique » :  « Magasins », « Habitation », « À la campagne », « Comment on gagne sa vie », etc.

π nager entre deux eaux  —  ␞ ▴ nager ∁ ℟[eau] ⋀ ␏<politique, relations> ⊢ {ménager deux partis opposés]

π intervalle lucide  —  ␞ ▴ intervalle ∁ φ ⊥ lucide ⋀ ␏<personne dont l'esprit est dérangé> ⊢ {moments de raison}

π frapper d'estoc et de taille  —  ␞ ▴ estoc ∁ φ⊥ taille ␏<˥[duel]> ⊢ {à tort et à travers}

π Divers peuples anciens ont sacralisé le foyer (B.)  —  ␞ ▴ foyer ∁ [⊤[sacraliser]⊥] ⋀ ␏/⌂<religion> ⊢ {endroit où l'on fait du feu}

π Hélène fait des pâtés avec son seau et sa pelle (Mauger)  —  ␞ ▴ pâtés ∁ fait ⊥ ⋀ ␏<à la plage> ⊢ {moulage de sable} (Bordas)

π le plaisir est bien moindre, lorsque votre voisine est une personne boutonnée (R. Kron)  —  ␞ ▴ boutonnée ∁ personne ⊥ et ␏<avoir du monde à dîner> ⊢ {renfermée} (TLF)

π Pendant qu'il regardait le match, on lui avait volatilisé son portefeuille. (Gdel)  —  ␞ ▴ volatilisé ∁ lui ⊥ son portefeuille ⋀ [[AGENT[⊥]QQCH]à QQN] ⋀ ␏<match> ⊢ {voler}

L'intérêt de la synèse, c'est qu'elle n'est pas tenue de distinguer les éléments de description des éléments de sens.  Plus spécifiquement, ici, on peut considérer que le paradigme <où il y a foule> est potentiellement associé au vol, qu'il s'agisse de l'anglomane pickpocket ou de l'ancien vide-gousset.  Sans vouloir multiplier les représentations graphiques, on peut supposer que lorsque quelqu'un invoque l'automatisme de la lecture (soit par absence de « conscience », soit par rapidité), il fait état d'un phénomène par où chez un sujet-interprète peuvent préexister des synèses correspondant à des règles qu'il devra appliquer en partie ou complètement.


17de domaine⌂[dans la science moderne] — artifice ⌂[politique]

Le domaine est signalé par le symbole ⌂, déjà illustré dans l'exemple ci-dessus.  Il correspond généralement à ce qu'on trouve dans une table des abréviations d'un dictionnaire (hormis les indications grammaticales ou morpholexicales (v., syn., n. comp., par ex.) :  [au hasard] agriculture, anatomie, chorégraphie, féodalité, optique, physiologie, théologie, etc.  Dans un dictionnaire illustré, on peut considérer les tableaux comme des domaines et le plus souvent des sous-domaines (ordres, par ex. comme sous-domaine de l'architecture antique).

␞ ▴ impression ∁ ⌂<peinture en bâtiment> ⊢ {teinte {plate}}

π  Distinction entre binard et fardier ?  Pas si sûr avec l'exemple du TLF qui parle de carrières dans le cas de fardier.  Voici les descriptions respectives :  binard ≝ Chariot bas à deux ou à quatre roues servant à transporter de lourds fardeaux, notamment des pierres de taille  —  fardier ≝ Chariot à deux ou à quatre roues basses, servant à transporter de lourdes charges.  Le Petit Robert ne connaît pas ‘binard’ et fardier est marqué anciennement et sert à transporter :  « (blocs de pierre, troncs d'arbres, madriers) »

π expulser les grecs d'un cercle  —  ␞ ▴ grecs ∁ ⌂<Jeu> ⋀ [minuscule] ⊢ {escroc}

π l'adverbe modifie le verbe et l'adjectif  —  ␞ ▴ modifie ∁ adverbe ⊥ ⋀ ⌂<Gram.> ⊢ {change {le sens de}}

π Dans le cas d'une expédition en Turquie ou d'une irruption dans les principautés, il était d'une mauvaise politique de laisser un foyer d'incendie aux portes de la Pologne (Balzac, TLF)  —  ␞ ▴ foyer d'incendie ∁ φ[⊥] ⋀ ⌂<relations internationales> ⊢ <Lieu où se concentrent des tensions, des troubles qui peuvent s'étendre et dégénérer en conflits plus graves.>*

*On note que j'ai opté pour la description (littéralement une situation) du Trésor, plutôt que de tenter de la réduire en une acception qui serait pseudo-sémantique.  —  L'expression est absente du Petit Robert (2001), vérification faite à ‘incendie’ et à ‘foyer’.

Quant à l'expression, on songera, à l'opposite, à ‘glacis’: ≝ zone protectrice formée par des pays indépendants mais soumis à l'influence militaire d'un autre pays. (Petit Robert).  Surprise, le sens politique est absent du TLF, qui se borne à une métaphore (du sens ⌂<fortifications> :  « P. métaph. L'homme sur le point de mourir se sent brusquement à découvert et comme en première ligne, sans les délais et glacis protecteurs qui fournissaient des alibis à sa mauvaise foi (Jankél., Je-ne-sais-quoi) ».


Conditions de la signification (18)-(21)

Les lettres grecques α (alpha), δ (delta) et ω (oméga), signalent respectivement les conditions axiologique, doxologique ou doxastique et idéologique.  La signification (indifférenciée, c'est-à-dire inclassable dans l'une des trois catégories) est signalée par le signe de l'infini ∞.


18axiologiquefurie ∁ vagues en⊥ α[littéraire] ⊢ {{mouvement}{impétueux}}

π les lois de la nature sont inabrogeables  —  ␞ ▴ inabrogeable ∁ α[échappe à la volonté humaine] ⊢ {qui ne peut être abrogé}*

*serait mieux rendu par le sens d'abroger, annuler ⋁ abolir ␏[loi, décret]

π les ermites étaient nombreux en Thébaïde  —  ␞ ▴ ermite ∁ α[allusion à A. France] ⊢ {religieux vivant seul}

π style rempli  —  ␞ ▴ rempli ∁ style ⊥ ⋀ α[litt.] ⊢ {qui n'a rien d'oiseux}

π Les lits froids que nous napperons à la hâte Colette, dans Lexis)  —  ␞ ▴ napper ∁ α[litt.[⊥⋈lit]] ⊢ {couvrir}

π En principe, son projet est viable. (Bordas)  —  ␞ ▴ principe ∁ φ[en ⊥] ⋀ ˥[en pratique] ⊢ {en{théorie}}


19doxologiqueδ[autel contre autel]

π la lettre x désigne l'inconnue d'une équation  —  ␞ ▴ inconnue ∁ δ[solution problème] ⋀ ⌂[algèbre] ⊢ {quantité cherchée}

π la profondeur des mystères  —  ␞ ▴ profondeur ∁ δ[liturgie, nature...] ⊢ {impénétrabilité}

π il ne faut pas dire tout ce qu'on pense  —  ␞ ▴ pense ∁ δ[conduite] ⊢ {ce qu'on a dans l'esprit}

π Nous cahotions dans notre calèche rapiécée (Chat., dans Lexis)  —  ␞ ▴ rapiécée ∁ calèche ⊥ ⋀ δ[calèche ⋔ ⊥] ⊢ {formée de pièces disparates}

π La fortune, dit-on, sourit aux audacieux. (Gdel)  —  ␞ ▴ dit-on ∁ φ[la fortune ⊥ sourit aux audacieux] ⋀ δ[on dit] ⊢ {croit-on}


20idéologiquetout homme est peccable — ω[le prochain] ≍ {semblable}

π la raison dernière du monde est inconnaissable  —  ␞ ▴ inconnaissable ∁ ω[raison] ⊢ {qui ne peut être connue}

π David a écrit les psaumes de la pénitence  —  ␞ ▴ pénitence ∁ ω[relig.] ⊢ {vertu inspirée du regret d'avoir offensé Dieu}

π espérer en Dieu  —  ␞ ▴ espérer ∁ ⊥ en ⋀ ω[vertu théologale] ⊢ {avoir espérance*}

*{attente d'un bien désiré}

π Il imagina de toutes pièces un complot papiste (à propos de Titus Oates)  —  ␞ ▴ papiste ∁ μ[pape → papisme → ⊥] ⋀ ω[terme protestant anglais] ⊢ <Église romaine>

π Le sens de son discours a suscité de nombreuses controverses. (Gdel)  —  ␞ ▴ controverse ∁ nombreuses ⊥ et [x[suscite]⊥] ⋀ ω[désaccord] ⊢ {contestation}

On note que l'exemple ci-dessus peut se passer de ‘sens’ ;  « Son discours a suscité... »  On peut même avancer qu'il serait plus difficile de sémantiser ‘sens’ que ‘discours’.  À titre de curiosité, je signale qu'un exemple apparenté apparaît à ‘contestation’ :  « Une contestation s'est élevée entre nous deux :  nous n'étions absolument pas d'accord sur le sens du discours. »

π Chaque terme a un contenu précis. (Gdel)  —  ␞ ▴ contenu ∁ ⊥ précis ⋀ ω[≢[signifiant]] ⊢ {sens}


21significationla ∞[poésie] des Martyrs de Chateaubriand ⋀ ∦[style]

π ...pour la profondeur des vues qu'ils renferment et la netteté précise du style (sur les Essais de Macaulay)  —  ␞ ▴ profondeur ∁ ∞[portraits littéraires] ⊢ {pénétration d'esprit}

π une sage folie  —  ␞ ▴ sage ∁ ⊥ folie ⋀ ∞[⊥ ⋔ folie] ⊢ {paradoxisme}

π la pensée* est la vie intérieure  —  ␞ ▴ pensée ∁ ∞[idées] ⊢ {faculté de comparer, combiner et étudier}

π penser**, c'est vivre en soi  —  ␞ ▴ penser ∁ ∞[esprit] ⊢ {former des idées]

*pour une définition moderne, « Ensemble des processus par lesquels l'être humain au contact de la réalité matérielle et sociale élabore des concepts, les relie entre eux et acquiert de nouvelles connaissances. »  (EUL)

**idem  « Former et combiner des idées, construire des raisonnements » (EUL)  —  le Petit Larousse 1918 donne exactement « se former dans l'esprit des idées » et pour le substantif, ‘pensée’, « faculté de comparer, combiner et étudier les idées » ;  le Quillet (48) donne pour penser, « concevoir par la pensée » et pensée, « faculter de penser, intelligence », ce qui frise la circularité, sauf en ce qui concerne l'intelligence ⇩.  On se souviendra en tout état de cause que le Petit Larousse 1918 date, pour l'essentiel, de plus de 100 ans.

Il n'est pas inutile de signaler ce que voulait dire, à cette époque, faculté, en rapport avec ce qui nous occupe :  « puissance physique ou morale, qui rend un être capable d'agir  —  la volonté, l'intelligence et la sensibilité sont les trois facultés maîtresses de l'homme ».

π facultés intellectuelles  —  ␞ ▴ facultés ∁ ⊥ intellectuelles ⋀ ≡[moyens] ⊢ {dispositions}

π facultés morales  —  ␞ ▴ morales ∁ facultés ⊥ ⋀ α[˥matériel] ⊢ {intellectuelles}

⇨ voir équivalence et opposition plus loin.

Et la même remarque s'applique à intelligence ou ‘intellect’.  Intelligence :  « faculté de connaître, de comprendre » ;  intellect :  « intelligence, entendement. »  Entendement :  « faculté par laquelle on comprend. »

π l'entendement n'est autre chose que la raison  —  ␞ ▴ raison ∁ ω[moyen de l'homme] ⊢ {faculté de connaître et juger}

À propos de faculté, le Petit Robert commente :  « Le raisonnement, le jugement, la mémoire, l'imagination étaient conçus comme des facultés. » (Ce sens est marqué Philos. anc., avec une citation de Goblot [1858-1935] qui dégage l'âme de toute responsabilité [comme siège des dites facultés].)

rem  —  Il est possible d'envisager la disparition d'une condition aussi idiosyncrasique que celle de signification, puisqu'elle devrait pouvoir être intégrée à l'une de ses trois formes, l'axiologie, la doxologie ou l'idéologie.  On remarquera ici qu'il ne s'agit pas d'un double emploi entre une condition et une relation, mais entre une forme générale et une forme spécifique d'une même phase de l'interprétation.

rem bis  —  Le risque d'une telle décision est de verser dans une systématicité qui n'est pas observable et ne présente d'intérêt que comme construction abstraire.  La décision étendue à la référence consisterait à exclure de la règle sémantique les conditions référentielles, ce qui oblige à revenir à une explication comme la « figure » et à se priver de puissants moyens de discrimination.  Que la règle dans son application sémantique soit hétérogène ne fait refléter l'interpénétration des « phases » ou leur recouvrement.  Une relation comme l'association préjorative ou méliorative est un excellent exemple de la part de la signification dans le sens, cf. ‘croupir’, ‘végéter’, ‘fomenter’.

La seule ambiguïté qui pourrait subsister tient à la similitude qu'on peut établir entre l'association (péjorative ou méliorative) et l'axiologie et la doxologie dysphorique ou euphorique.  Compte tenu du fait que l'exemple auquel je songe est déjà marqué ∞  —  langue soutenue dans le Grand dictionnaire encyclopédique Larousse (1982-1985), on hésitera entre l'association et le « degré » de signification : 

π encourir le mépris de qqn  —  ▲ ‘encourir’ ∁ ⊥ le mépris ⋀ ∞[soutenu] ⋀ δ[peine ⋁ mauvais] ⊢ {mériter}

π encourir des reproches  —  ▲ ‘encourir’ ∁ ⊥ des reproches ⋀ ∞[soutenu] ⋀ ≟[↘mauvais]* ⊢ {s'exposer à}.

* On peut considérer qu'il ne s'agit pas d'une véritable conjecture et que la relation s'applique sans autre forme de procès.

rem  —  Une autre manière d'envisager la question consisterait à abandonner complètement l'idée que les phases entraînent des applications successives comme le voudrait l'ordre d'un exposé.  La règle changerait alors de « mode » en fonction de son objet.  Dénotative pour frégate a) bâtiment b) oiseau ;  sémantique pour froissement de l'amour-propre ;  signification [encyclopédique] pour « furie française » (furia francese).


Conditions conjecturales relationnelles

A priori, que l'application soit conjecturale ou non, la relation doit pour intervenir avoir une pertinence quelconque dans l'attribution de la valeur.  En principe, l'exactitude de la valeur sémantique n'a pas le poids qu'on serait tenté de lui donner :  il suffit, somme toute, que la valeur soit attribuée, même erronée, et même provisoire.  On pourrait amender le titre de la section de cette manière : 

conditions conjecturales relationnelles et conditions relationnelles d'interprétation.

Un bon moyen d'illustrer la sémantisation conjecturale consiste à donner un exemple qui constitue effectivement une incertitude quant au sens à lui donner, et c'est le cas d'un commentaire recueilli dans la rubrique « Réagissez » du site du NouvelObs, où il était question de deux anciens détenus de Guantanamo retenus en Suisse au grand dam de Pékin.  Aucune des sources que j'ai pu consulter ne permet d'attribuer un sens à cet emploi du verbe ‘gaver’, à moins d'une antiphrase (sens contraire de ‘combler’ ou de ‘ravir’), à moins qu'il s'agisse d'une application figurée au gavage et à ce qui peut en résulter... et à force d'en faire le tour avec l'idée d'excès, je suis arrivé à « gonfler » au sens vulgo-familier (selon le Petit Robert) : 

π (...) ce qui me gave c'est cette invasion de mauvais produits chinois (...)  —  ␞ ▴ gave ∁ me ⊥ ⋀ [x[⊥]y] ⋀ ≟[[invasion]⇒[déplaît]] ⊢ {gonfler}


15conjecturalenastie ∁ ≟[␃ [nastos]] ⊢ {pressé}* (conjecture étymologique)

* Mouvement végétal, distinct du tropisme, base morphologique des diverses sortes de nasties (thermonastie, etc.). (GDEL)

π doctrines éversives* (bis)  —  ␞ ▴ éversives ∁ ≟[␃[-versus, versare ≝ verser] ⊢ {subversives}

*peu usité selon le PL 18 ;  exemple du LXX pour le substantif :  l'éversion des vieilles institutions (peu us. également)

π l'occasion est chauve*  —  chauve ∁ φ occasion est ⊥ ⋀ ≟[φ[saisir l'occasion par les/aux cheveux]] ⊢ {{difficile} {à {saisir}}}

*Le TLF considère ce paramètre comme « Loc. proverbiale vieillie. »  Autrement, l'exemple donné permet de la classer parmi les doxismes :  « on sait que l'occasion est chauve » (Reybaud).


15-1analogie≟[xy]bec à bec ⊨ face à face (conjecture analogique)

π éventrer une valise  —  ␞ ▴ éventrer ∁ ≟[⊨[ventre]* ⊢ {défoncer}

*ici le Petit Larousse 1918 indique Par anal.  Une valise peut également être comme le ventre, « rebondie », même si une seule de mes sources sur sept semble autoriser l'analogie (le Grand Larousse du XXe siècle), avec deux exemples anciens, dont les flancs d'un navire.

π voiture qui chavire  —  ▴ chavire ∁ voiture ⋀ [qui[⊥]] ⋀ ≟[⊨[embarcation] ⊢ {se renverser}.  [Ex. du Grand Larousse du XXe siècle (1928-1933)].

π quelle chimère est-ce donc que l'homme ? (Pascal)  —  ▴ chimère ∁ ≟[⊨[composé de parties disparates]] ⊢ {ensemble sans unité}

π se repaître de chimères  —  ▴ chimère ∁ [se[℟[repaître]de]⊥] ⋀ ≟[⊨[imagination]] ⊢ {idée extravagante}.

π boue grasse (Petit Robert)  —  ␞ ▴ grasse ∁ boue ⊥ ⋀ ≟[⊨[consistance de la graisse]] ⊢ {gluant}


15-2appartenance≟[xy]{contraire} ∈ paradoxe

π Notre imagination est pleine de fantômes dangereux. (Massillon.) [LXX]*  —  ␞ ▴ fantômes ∁ ≟[∈[créations imaginaires]] ⊢ {chimère [que se forme l'esprit]}

*l'exemple du Petit Larousse 1918 me semblait un peu court :  se faire des fantômes ;  le second exemple du Grand Larousse du XXe siècle pour la même acception est celui-ci :  Cet homme se forme des fantômes pour les combattre.  Néanmoins, le principe de non-figurativité de la règle est transgressé encore une fois.  Une vérification dans le Petit Robert donne un empilement :  « idée, être imaginaire, chimère. » ;  on note la première virgule « économique », qui, pour un lecteur rapide donnerait à croire que l'équivalence s'établit entre ‘fantôme’ et ‘idée’ et non entre ‘fantôme’ et « idée imaginaire ».  Mais n'est-ce pas là non plus le statut ordinaire d'une idée ? 

Un détour par le Grand dictionnaire encyclopédique Larousse (1982-1985) n'apporte pas beaucoup de stabilité à l'acception.  ≝ {illusion de l'esprit, création bizarre de l'imagination, de la mémoire du passé ;  chimère}.  À l'exception des accolades j'ai respecté la ponctuation d'origine.  L'exemple n'est guère plus déterminant (ni déterminé) ;  on observe que dans le GDEL le point-virgule semble séparer les sous-acceptions ou emplois d'une acception : 

π Ce sont des fantômes de votre imagination.  —  ▴ fantôme ∁ [des[⊥[de]votre]imagination] ⋀ ≟[∈[imagination]] ⊢ {{création} {bizarre}}

Dans cette interprétation le module [x de y] a un rôle intéressant.  Sur le module, voir aussi les suppléments d'AZ.

π Un gigantesque échec architectural (Butor, dans Lexis)  —  ␞ ▴ gigantesque ∁ ⊥ échec ⋀ ≟[∈[⊤*abstrait]] ⊢ {dépasse toute mesure}

*Le truc ⊤ tient lieu du cooccurrent de l'antitruc ⊥, soit échec pour ‘gigantesque’.


15-3aassociation méliorative≟[x{y}]étoffe↗valeur

π les pluies et la chaleur fécondent la terre [Petit Larousse 1918]  —  ␞ ▴ fécondent ∁ ≟[↗[⊥] ⊢ {rendent féconde}*

On préférera le traitement du LXX, qui a en plus le mérite de rendre à Descartes ce qui revient à Descartes.

π C'est la pluie et la chaleur qui fécondent la terre.  (Descartes.) [LXX]  —  ␞ ▴ fécondent ∁ [↗productive] ⊢ {rendent fertile}.

On peut supposer qu'un sujet humain qui interprète la phrase en question dispose d'une synèse correspondant à fécond-fertile-productif superposable à d'autres et facilitant la conversion d'unité lexicale à élément de sens.  Je rappelle que la théorie des opérations sémantiques ne pose pas d'emblée que le sujet parlant distingue une « nature sémique », pas plus qu'une mémoire sémantique comme telle.

π La culture féconde l'intelligence (GDEL)  —  ▲ féconde ∁ culture ⊥ ⋀ ≟[[⊥]intelligence↗créative] ⊢ {enrichir}*

*Les matériaux sont, comme toujours, tirés de la source de l'exemple, mais la règle ne peut les intégrer tous, pour diverses raisons ;  ici, ce serait la surcharge, avec {rendre créatif} {enrichir}, en plus de la marque ↗litt., et le syntagme « féconder l'esprit ».

π Un esprit fécond (Lexis)  —  ␞ ▴ fécond ∁ esprit ⊥ ⋀ ≟[[productif]↗] ⊢ {imaginatif}

Le parasitage sonore (homophonie partielle) n'est pas pertinent hors de la phase signification.

π Manquer d'audace (Gdel)  —  ␞ ▴ audace ∁ manquer ⊥ ⋀ ≟[manquer ↗] ⊢ {hardiesse}

Cf. plus bas, la version péjorative.


15-3bassociation péjorative ≟[x{y}](la) faux↘mort

π farcir un discours de citations  —  ␞ ▴ farcir ∁ ≟[↘] ⊢ {bourrer}*

*peut figurer sous la rubrique « indirection » (fig.) et ci-dessus, sous « analogie ».  Cette note s'applique aux deux interprétations ci-dessus.

π esprit fort  —  ␞ ▴ fort ∁ φ esprit ⊥ ⋀ ≟[↘] ⊢ {celui qui veut se mettre au-dessus des opinions et des maximes reçues}*

* Sa paraphrase est de l'ordre de l'idéologie et devrait sans doute figurer entre chevrons <...>.

π être farci de préjugés (GDEL)  —  ▲ farci ∁ ⊥ préjugés ⋀ ≟[être[⊥↘fam.]↘α] ⊢ {bourré}

π L'adjudant, c'est pas un cadeau, il faut se le farcir (Lexis)  —  ␞ ▴ se farcir ∁ ⊥ adjudant ⋀ ≟[↘difficilement] ⊢ {supporter}

La valeur sexuelle ne figure pas dans le Lexis et se marque ↘trivial dans le Trésor.  Le Petit Robert le marquait ↘vulgaire.

π Être heurté par l'audace des propos de quelqu'un. (Gdel)  —  ␞ ▴ audace ∁ ⊥ propos ⋀≟[heurté = ↘] ⊢ {insolence}

rem  —  Le Petit Larousse 1918 donne deux acceptions relativement neutres de ce qui peut constituer un préjugé, de part et d'autre du sens que tout le monde a à l'esprit.  préjugé (1) ≝ Ce qui peut inspirer un jugement :  π la pauvreté d'un administrateur est un préjugé en sa faveur ;  (2) ≝ Opinion préconçue, adoptée sans examen π la crainte du vendredi est un préjugé ;  (3) ≝ Ce qui a été jugé auparavant dans un cas analogue et qui peut influer sur une décision à venir. — L'examen de l'article correspondant dans le Grand Larousse du XXe siècle (1928-1933) montre que le bloc bleu est en fait le « sens propre », la dénotation notionnelle originale.  Le LXX ajoute une acception (particulière) définie comme « opinion héréditaire, prévention pour ou contre par esprit de race, de caste, etc. ».


15-4contiguïté≟[xy]âne ∥ mulet

π certaines lectures exaltent l'imagination*  —  ␞ ▴ exaltent ∁ ≟[∥[exciter]] ⊢ {accroître l'activité}

*d'ordre doxologique.

π il n'existe pas de solution à votre problème (GDEL)  —  ▲ existe ∁ [il[⊥]solution] ≟[∥[il[y[a]]]] ⊢ {˥{il y a}}

π Ses jugements sont d'un arbitraire farfelu (Marou, dans le TLF)  —  ␞ ▴ farfelu ∁ ≟[∥[fantasque]↘péjoratif] ⊢ {absurde}

π J'allais, sous les plus fantasques travestissements, me poster à certain coin de rue obscur (Milosz, dans le TLF)  —  ␞ ▴ fantasque ∁ ⊥ travestissements ⋀ ≟[∥[étrange]] ⊢ {extravagant}

π Ces informations n'ont apporté aucune lumière dans le débat. (Gdel)  —  ▲ lumière ∁ ⊥ dans le débat ⋀ ≟[∥[clarté]] ⊢ {éclaircissement}

Cf. la contiguïté être /ne pas être une lumière+Compl et ∅ et avoir des lumières sur ou encore avoir besoin des lumières de qqn., ainsi que plus bas les remarques sur clartés.


15-5équivalence≟[xy]vol ≡ volée

π facultés morales  —  ␞ ▴ morales ∁ facultés ⊥ ⋀ ≟[≡[spirituelles]] ⊢ {intellectuelles}

π chacun oublie facilement les services qu'on lui a rendus  —  ␞ ▴ facilement ∁ ≟[≡[sans peine]] ⊢ {aisément}

π un article fanatique excita les lecteurs  —  ▲ fanatique ∁ ≟[≡[forcené]] ⊢ {empreint d'excès}.

On notera que cet exemple emprunté au Grand dictionnaire encyclopédique Larousse (1982-1985) est ambigu par rapport aux deux acceptions bien distinctes de ‘fanatique’ ≍ politique, social ou religieux et ≍ {passionné ⋀ enthousiaste}.

π Ce plaisir fanatique qu'éprouve l'animal humain à triompher par la violence (Martin du Gard, dans le TLF)  —  ␞ ▴ fanatique ∁ plasir ⊥ ⋀ ≟[absolu ⋀ irraisonné ≡ ⊥] ⊢ {outré}

π S'en prendre avec audace aux abus du pouvoir. (Lexis)  —  ␞ ▴ audace ∁ avec ⊥ ⋀ ≟[≡[témérité]] ⊢ {imprudence}

π ...goûter sereinement le rapport de nos intelligences ? (Anouilh in Lexis)  —  ␞ ▴ rapport ∁ ⊥ intelligences ⋀ ≟[≡[relation]] ⊢ {lien}


15-6prédication≟[x ∋ {y}]hérésie ∋ {condamnation}

π cette nouvelle est une fable  —  ␞ ▴ fable ∁ ≟[∋[faux]] ⊢ {récit imaginaire}*

*pour plus de naturel on peut intervertir la valeur et la condition : 

⊢ {fausse}.

π être la fable du quartier (GDEL)  —  ▲ fable ∁ ⊥ quartier ⋀ ≟[∋[être la risée]] ⊢ {{prêter à} {rire}}.

π (...) la fable sociale reçue généralement et adoptée du plus grand nombre (Vigny, dans le TLF)  —  ␞ ▴ fable ∁ ⊥ sociale ⋀ ≟[∋[légende des origines]] ⊢ {récit mythique}


15-7interdéfinition≟[xy]barbacane ⋈ meurtrière

note  —  ‘barbacane’ a le douteux mérite d'être polysémique et de désigner la partie et le tout d'un même nom.  Synonyme de ‘meurtrière’, elle est aussi garnie de meurtrières comme ouvrage avancé servant à défendre une porte (domaine des châteaux forts).  Elle désigne aussi ce qui sert à l'écoulement des eaux d'une terrasse.

rem  —  Comme je l'ai signalé plus haut, l'interdéfinition dans sa forme canonique est écartée des conditions inférentielles de la règle sémantique ;  elle intervient encore comme condition conjecturale, justement en raison de son caractère complexe qui est mieux décrit dans une sémantique analytique statique, par exemple le rapport des éléments d'une palissade avec celle-ci d'un point de vue lexicosémantique (on notera que le Petit Robert enrichit la classe de ces éléments [pieux, de perches ou de planches] par rapport au Petit Larousse 1918).

π Avoir les bronches fragiles (TLF)  —  ␞ ▴ bronches ∁ ≟[⊥ ⋈ poumons] ⊢ {poumons}


15-8intersection≟[xy]optimisme ∩ pessimisme

π les principes expliquent les faits*  —  ␞ ▴ principes ∁ ≟[⊥∩ faits] ⊢ {causes}

*l'exemple explicite le verbe ‘expliquer’.

π satisfaire sa curiosité (LXX)  —  ▴ curiosité ∁ satisfaire ⊥ ⋀ ≟[satisfaire ∩ exciter] ⊢ {{désir de} {savoir}}.

On peut noter l'intersection entre ‘curieux’ et ‘indiscret’.

π livrer sa vie privée au contrôle d'une foule indiscrète et goguenarde (Courteline, dans le TLF)  —  ▲ indiscrète ∁ foule ⊥ ⋀ ≟[curiosité ∩ indiscrétion] ⊢ {curieuse}*

*Le Trésor fait état d'une « curiosité indiscrète » ≍ {excessive ⋀ exagérée}

π Ne sortez pas en si mauvaise compagnie :  on gloserait. (Bordas)  —  ␞ ▴ gloserait ∁ on ⊥ ⋀ ≟[∩[mauvais]] ⊢ {jaser}


15-9opposition≟[xy]bien ≢ mal

π Euménides  —  ∁ les ⊥ ≟[≢[Bienveillantes ↺ Furies]*] ⊢ {Érinnyes}

*euphémisme datant de l'Antiquité

π facultés morales  —  ␞ ▴ morales ∁ facultés ⊥ ⋀ ≟[≢[matériel]] ⊢ {intellectuelles}

π divergence d'opinions (PR)  —  ▴ divergence ∁ ⊥ opinions ⋀ ≟[≢[convergence]] ⊢ {opposition}.

π destinées sans aucun doute, autrefois, à favoriser magiquement le succès dans les expéditions de chasse (TLF)  —  ▲ magiquement ∁ favoriser ⊥ ⋀ ≟[magiquement ≢ naturellement] ⊢ {surnaturellement}

π Tel mot (...) devient magiquement embarrassant (Valéry, dans le TLF)  —  ▲ magiquement ∁ ⊥ embarrassant ⋀ ≟[naturel ≢ rationnel] ⊢ {irrationnellement}

π La timidité enrichit la vie de nuances que l'audace et trop de facilités suppriment. (Montherlant in Lexis)  —  ␞ ▴ audace ∁ ⊥ facilités ⋀ ≟[≢[timidité]] ⊢ {courage}


15-10asubordination ≟[xy]optimisme ⇘ système

π Son style est clair et vigoureux ;  c'est le grand ennemi du fatras. (Voltaire.) [LXX]  —  ␞ ▴ fatras ∁ ≟[⊥ ⇘ amas] ⊢ {incohérence}*

*la ≝ exacte est {style incohérent, obscur} qui ne satisfait pas au principe de substitution dans la citation de Voltaire, mais bien dans le deuxième exemple :  Le fatras ↺ style incohérent, obscur des pédants.

π Un esprit encombré d'un fatras de préjugés.  —  ▴ fatras ∁ ⊥ préjugés ⋀ ≟[⇘[ensemble]] ⊢ {{idées} {confuses}}.

Cet exemple du GDEL ne permet pas de substitution satisfaisante :  Un esprit encombré d'un ↺ [ensemble confus d'idées, de paroles ou d'écrits incohérents et sans intérêt] de préjugés, même en « écrasant » les intersections.  Le paradigme [idées-paroles-écrits] peut être ramené à idées.  On se posera également la question de la tolérance à la suite « ensemble confus d'idées incohérentes », qu'on testera par permutation :  « ensemble incohérent d'idées confuses ».

π un ramassis d'ignobles commérages (Zola, dans le TLF)  —  ▲ ramassis ∁ ⊥ commérages ⋀ ≟[⊥ ⇘ réunion] ⊢ {accumulation}

π un fatras de connaissances mal assimilées (Petit Robert)  —  ▲ fatras ∁ ⊥ connaissances ⋀ ≟[⊥ ⇘ ramassis] ⊢ {amas}

π L'univers intellectuel était pour moi un vaste fatras où je me dirigeais à tâtons. (Beauvoir, in Lexis, TLF)  —  ␞ ▴ ∁ ⊥ ⋀ ≟[⇘[quantité]⊥] ⊢ {masse}

Par rapport à la suivante, cette relation sera beaucoup rarement invoquée, car le mouvement naturement se fait vers le général.  Avec le dernier exemple, il est plus facile d'établir dans le TLF une succession de genre plus généraux que de chercher ce qui se range sous fatras :  fatras-ramassis-amas-accumulation.  J'ai également eu recours à Lexis (‘masse’) pour démêler l'apparente progression.  Cf. le TLF range ‘tas’ sous ‘accumulation’, soit :  tas ⇘ accumulation.


variations sur le fatras  —  Aucune des synèses ci-dessus n'est réaliste.  C'est là que le bât blesse avec la thèse des phrases « jamais entendues faites de mots connus ».  Aucun mot n'est connu isolément.  Mais ce mot peut être connu dans un environnement différent de celui où il apparaît.  On se gardera donc de supposer que la compréhension d'une phrase n'est que la reconnaissance d'une série de synèses.  Pour le Bordas le syntagme « clartés de tout » est présenté comme tel, sans autre note d'usage que « au plur. », alors que le Petit Robert spécifie qu'il s'agit d'une expression vieillie, mais en plus donne comme phrase-exemple la citation de Molière que rectifiera Auguste Comte :  « Je consens qu'une femme ait des clartés de tout. »  On la comparera à la π de Bordas, suivi de son élucidation :  « Il est bon d'avoir des clartés de tout. »  = des connaissances, des notions [⊼ « Connaissances d'un certain niveau de culture. »  Petit Robert].  ‘Idée’, ‘lumière’, ‘notion’ figurent après la flèche de renvoi dans le Petit Robert.  On notera que ‘lumière’ est également marquée vieilli.

La comparaison des sources lexicographiques conforte la fiction qui les considère à l'égal d'informateurs humains possédant chacun ses idiosyncrasies.  Le GDEL adopte un point de vue analogue à celui du Bordas, avec l'indication Litt., cependant.  « connaissances générales ;  renseignements permettant d'éclaircir des points obscurs :  Si vous avez des clartés sur cette question, faites m'en part. »  —  Le Trésor, qui vieillit le sens donné par le Gdel, prend le parti du Petit Robert jusqu'à gloser sur la nature allusive de l'expression :  « Au plur. [P. réf. le plus souvent à Molière, Les Femmes savantes, 1, 3, vers 218 :  Je consens qu'une femme ait des clartés de tout] Connaissances générales ou particulières d'un certain niveau de culture.  Quel dommage que notre jeune maître, qui a des clartés sur tout, n'ait daigné nous en fournir aucune sur cette loi, faute de laquelle, nous dit-il, « nous allons avoir besoin de dérisoires consolations... »  (Mauriac, Le Bâillon dénoué, 1945, p. 475) :  Rappelez-vous d'ailleurs l'admirable maxime que notre grand Molière fit proclamer par l'homme de goût de son dernier chef-d'œuvre : je consens qu'une femme ait des clartés de tout et notez aussi que le je consens d'alors deviendrait maintenant, il convient.  Comte, Catéchisme positiviste, 1852, p. 64. [TLF]. »

Pour rester un instant sur la question des synèses, il semble bien que la limite d'acceptabilité soit atteinte dans la représentation du milieu, même si elle est la plus improbable, par son regroupement, chez un sujet parlant ordinaire ;  c'est toutefois l'intersection des six notions qui les rend représentable dans un même schéma.  La synèse de droite, avec le même nombre de nœuds, est plus difficile à suivre, sans doute en raison de sa double origine, mais même en ôtant « obscur » et « pédant », on note que le mobilier lexical de la phrase n'est réellement cohérent que dans l'ordre de l'énoncé.  C'est donc une pierre de plus dans le jardin des automatistes.  La synèse de gauche doit aussi être dépouillée de ses éléments étrangers.  Comme le montrent les lignes de couleur rouge (qui lient les mots des exemples) et les notions saumon (dont on fera abstraction).


15-10bsuperordination≟[xy]ignominie ⇗ opprobre

π fausser le sens d'un texte  —  ␞ ▴ fausser ∁ ≟[⇗[dénaturer]] ⊢ {pervertir}*

*valeur empruntée au Grand Larousse du XXe siècle (1928-1933) à propos de la vérité, le Petit Larousse 1918 donnant un synonyme pléonastique :  {donner une fausse interprétation}.

Le GDEL a une π Cette interprétation fausse le sens de la loi.

π la passion fausse votre jugement.  —  ▴ fausse ∁ ⊥ jugement ⋀ ≟[⇗[ ˥justesse]] ⊢ {déformer}.

On peut remarquer qu'une définition pléthorique appartient d'emblée non à la phase sémantique, mais à celle de la signification ;  le lexicographe anticipe en quelque sorte le jugement de valeur du lecteur ou, plutôt, répercute les préconceptions socioculturelles.

π L'enchevêtrement des pensées. Acad.  —  ▲ enchevêtrement ∁ ⊥ pensées ⋀ ≟[ensemble ⇗ ⊥] ⊢ {confusion}

π On a peine à démêler l'enchevêtrement de sa pensée. (Lexis)  —  ␞ ▴ ∁ ⊥ ⋀ ≟[⇗[emmêlement]⊥] ⊢ {désordre}


Synthèse ou réduction

En rendant à l'anaphore son indépendance et en refoulant l'interdéfinition dans les relations, on allège quelque peu les types de conditions pouvant s'appliquer au moment d'une interprétation.  Je rappelle ici que le sujet qui interprète un énoncé n'applique pas sciemment tel ou tel type de conditions, mais cherche uniquement le moyen de comprendre ce qu'on lui dit ou ce qu'il lit [on suppose ici quelqu'un de bonne foi].  La grille que je propose n'est avancée que comme méthode, comme d'ailleurs les dénominations retenues pour désigner les conditions.

On l'a vu, certains ont pu supposer qu'une bonne part sinon l'ensemble des opérations de l'activité de lecture comme celle de la compréhension d'une chaîne sonore se faisait en partie comme une stricte reconnaissance de signes (couples formes-sens), autrement dit, de façon automatique, sans pour autant qu'on dispose de preuves indiscutables de cette automaticité, sauf une impression due à la rapidité de la lecture chez ceux qui en font état.  Sans me faire l'avocat du diable, on oublie facilement que c'est le dysfonctionnement qui est le plus révélateur.  C'est donc, ici même, les « problèmes d'interprétation » qui permettent le mieux d'éclairer la question.  L'hypothèse de l'automatisation est une façon de pousser les balayures sous le tapis.

Si la circulation du sang est un automatisme, la « circulation du sens », pour emprunter l'expression d'Alain Rey dans la préface du Petit Robert, ne peut pas l'être.  La compréhension n'est ni un réflexe ni une habitude et encore moins hors du champ de la conscience.

Mais il y a un autre obstacle à une discussion claire de la question de ce qui se passe en réalité dans la compréhension et cela tient à l'assimilation plus ou moins consciente que l'on fait du degré d'intelligence d'un individu et de sa capacité de compréhension.  Naturellement, c'est l'introspection qui fait les frais de cette observation, mais elle révoque en doute également toute autre opinion, comme l'intégrité du « moi » de chacun est en cause.

Pour éviter ce piège de l'introspection où je serais moi-même tenté d'« automatiser » ce que je ne saisis que brièvement (la vitesse de l'influx nerveux serait de 320 km/h [1 mm en 1 centième de milliseconde ? ]), j'ai mis au point la fiction du dictionnaire comme informateur « humain ».  Mais il ne faut pas non plus tomber dans le piège de la transparence absolue.  Ce n'est pas parce que je suis conscient de comprendre que je sais ce qui se passe dans le cerveau.  Le psychisme n'est qu'une partie de l'activité cérébrale.  Et l'on n'assimilera pas l'activité du psychisme et/ou du cerveau avec ce que nous faisons des moyens qui sont à notre disposition.

Quand je simule le fonctionnement cognitif dans les phénomènes sémantiques à l'aide d'un dictionnaire devenu super-informateur, je ne prétends pas « comprendre la compréhension », mais je cherche néanmoins à l'élucider.  La fiction de ce que serait la compréhension du dictionnaire comme sujet-comprenant à partir des éléments qu'il met à ma disposition me permet de serrer de plus près l'asymptote qui caractérise le sens.

Prenons un autre exemple.  Ainsi pour distinguer les homonymes que sont les deux ‘incontinent’, dont un est polysémique*, le Petit Larousse 1918 ne donne que deux exemples, et l'un pour le nom correspondant : 

π incontinence de langage  —  manque de modération dans les discours (sens 2, le troisième étant le médical) ;  qui manque de modération [lat. incontinens] dans ses propos, sa conduite.

π ordre de déguerpir incontinent  —  aussitôt, sur-le-champ (in continenti [tempore])

*L'adverbe était polysémique, mais deux des trois sens sont vieillis selon le TLF.

Mais il donne également un antonyme, ‘continent’, synonyme de ‘chaste’.  Il aurait pu ajouter un synonyme d'incontinent comme ceux-ci ne manquent pas, si j'en crois le Petit Robert, mais on sait que Rey se défend de faire des synonymes sous prétexte de renvois analogiques (qui ne sont que des « rapports de sens »). 

Le Trésor confirme la synonymie potentielle pour l'incontinence en matière de langage :  intempérance, logorrhée, mais aussi en ce qui concerne la sexualité :  concupiscence, débauche, luxure, et dans les émotions elle est réduite à l'antonymie  —  équilibre, maîtrise de soi.

La règle, avec ses conditions et ses relations conditionnelles, n'est qu'un moyen de description hypothétique et ne « construit » qu'avec les matériaux disponibles, parfois en trop grand nombre et, parfois, assez parcimonieux.

La description est donc souvent difficile, mais elle donne justement une idée de ce qui fait de la compréhension ou de l'interprétation un domaine où l'évidence n'a pas lieu d'être, pas plus que le dogme ou l'enthousiasme mystique et mystificateur. 


résumé des conditions allégées
sémiotaxique1 - avantjauger ∁ ⊥ un homme
2 - aprèsinstitutions ∁ jeu des ⊥
3 - entrea crevé ∁ le torrent ⊥ la digue
contextuelle4 - sémantique non contiguë perdre son temps en d'inutiles jérémiades ∁ ∦[lamentations]
5 - lexicale non contiguë le ‘jaune d'œuf’ contient une forte proportion de lécithine
6 - paramétriquedonner prise aux ∁ φ⊥ reproches
morphologique7[in- [dé- [[nou-] -able]]]
étymologique8ové [lat. ovum]
modulaire9 - syntactiquepacificateur [x[pacifie]y]
10 - sémiomodulairePascal partageait les idées des jansénistes ∁ [y[avoir]z] ⇨ [x[partager]z]
référentielle11 - positiveles pattes du héron
12- indirectionBossuet fut une ℟colonne de l'Église
situationnelle13nichée ␏[encore au nid]
de domaine14Pacte fédéral ⌂[Polit.]
signification ∞15 - axiologiquela α[nébulosité] des idées
16 - doxologiquela chaleur est l'effet δ[nécessaire] du feu
17 - idéologiqueraisonnement ω[métaphysique] ⊢ {trop abstrait}
conjecturale/relationnelle18 - analogique⊨[coup de patte] ⊢ {trait}
19 - appartenancela logique des passions ∁ [logique ∉ passion]
20a - association +esprit lucide [↗]
20b - association -manque ∁ cet ouvrage ⊥ de logique [↘]
21 - contiguïtémâchicoulis ∥ muraille — main courante ∥ rampe
22 - interdéfinitionlécithine ≝ substance (...) que l'on trouve dans le jaune d'œuf, les laitances de poisson, etc. [cf. 5]
24 - intersectionexciter des troubles ∁ [exciter ∩agitation troubles]
25 - équivalenceféconder ∁ [rendre fertile ≡ productive]
26 - oppositiontrop ≢ pas assez (PL 18)
27a - superordinationobstacles ⇗ traverses
27b - subordinationtravers ⇘ défaut
28 - prédication« La pluie féconde les champs » ∋ littéraire (cf. 20a ou 20b ;  voir aussi la citation d'origine)


Le tableau ci-dessus (version allégée des conditions et des relations) —dans son état actuel— ne respecte pas uniformément les « règles d'écriture » de la règle d'inférence ;  on trouvera celles-ci discutées plus loin.

allege.png



Règle, forme et formalisation

Si pour la règle, comme pour les relations et les conditions, j'utilise une formalisation (même réduite), c'est uniquement à des fins de rigueur et d'économie, comme dans l'exemple (a) :

(a)  π Fontenelle avait l'humeur caustique.  —  ▴ ‘caustique’ ∁ humeur ⊥ ⋀ ␏[personne] ⊢ {satirique}

Pour que la règle ait vraiment un sens, je dois la transcrire dans une langue plus simple.  Plusieurs versions sont possibles, notamment une qui est très proche du déroulement de l'application :

de ‘caustique’ dans le contexte d'« humeur d'une personne », on infère le sens de {satirique}. 

On peut aussi s'éloigner davantage de la terminologie et dire plus simplement que « quand ‘caustique’ qualifie ‘humeur’ en parlant d'une personne, le sens de caustique est satirique ».

Contrairement à ce qui se passe dans certaines théories, ici la semi- ou simili-formalisation n'a pas de rôle de vérification ou de validation d'une formulation.  C'est au contraire sa traduction en clair, sous la forme (qui) « se lit », qui permet de modifier l'économie de la formalisation.  On observera en outre que je n'emprunte pas de schéma extérieur au domaine d'étude.  Je n'emprunte que les signes et non l'épistémologie ou l'idéologie qui les motive.  Cette remarque est également valable pour l'hypothèse Γ (plus loin) qui pourtant empiète sur les parterres de certains philosophes et logiciens.

Cette mise en garde s'explique par le fait que de nombreux chercheurs travaillant à la fois sur des questions sémantiques et sur des questions de cognition adoptent des schémas préétablis sans en avoir évalué la pertinence par rapport à leur objet (je songe au syllogisme qui refait surface).  Même sur un terrain aussi peu stable que celui de l'organisation de la pensée et des connaissances, je me garderais d'importer sans précaution des cadres de pensée ou des instruments qui fausseraient la perspective.

rem  —  Au futur :  je me garderai d'importer sans précaution des cadres de pensée ou des instruments qui faussent la perspective.

J. Largeault (1993:91) rappelle la solidarité épistémologique qui caractérise l'inférence (conditionnelle ou implication, dans son cas), où se lient conséquence logique et nécessité, en citant Anderson et Belnap (1975) sur la continuité depuis Aristote.  On notera que la redondance propre à Prolog lui vient effectivement de l'entailment d'Anderson et Belnap (cf. Largeault 1993:92), où s'observe une « communauté de sens entre antécédent et conséquent ».

La règle n'est ici rien d'autre qu'une inférence, c'est-à-dire un raisonnement élémentaire, répétable :  « si telle condition est présente, alors telle valeur est assignée. »  L'inférence est prise ici, comme on l'avait déjà signalé en 1987, au sens d' « opération intellectuelle par laquelle on passe d'une « vérité » à une autre « vérité », jugée telle en raison de son lien avec la première » (cf. Thonnard [1950:54]), mais je ne suis pas à l'aise dans l'assimilation de la forme et de ses conditions à un antécédent dont on tirerait le sens comme conséquent, comme un lapin d'un chapeau.

Naturellement, la formulation de Thonnard est marquée intellectuellement et socialement (sans oublier historiquement), j'ai donc tout intérêt à me désolidariser des « vérités » qui pourtant ne voulaient dire que « propositions » ou « jugements ».  On pourrait lui donner une allure psychologique et parler d'états de conscience.  En outre, comme j'ai eu l'occasion de le dire déjà, en bon perpétuateur de la logique formelle, c'est-à-dire scolastique, c'est-à-dire médiévale, Thonnard parlait certainement d'inférence immédiate et non médiate, à mon insu, pris que j'étais en flagrant délit de lecture automatique, c'est-à-dire pressée et superficielle, ergo sujette à l'erreur. — Le fait qu'il se trompât dans le respect d'une fausse tradition n'absout pas ma légèreté.

Admettons que l'inférence soit une « Opération cognitive passant d'un objet de perception ou de conscience donné à un autre, en raison d'un rapport conditionnel antérieur entre les deux. »  Ce rapport antérieur (sous forme de synèses) est le résultat hypothétique d'une observation mémorisée, que j'ai assimilé à l'induction, sans vraiment vouloir m'immiscer dans le débat induction-déduction, lourd sarcophage truqué.  Disons simplement

On évitera de voir dans l'attribution du sens à une forme linguistique un avatar quelconque de l'associationnisme (S serait associé à F [cf. sa/sé = Si]), en particulier comme l'inventaire actuel des relations comprend une association (qui remplace l'encombrante connotation), « protestation ↗positive d'amitié ». 

␞ ▴ ‘protestation’ ∁ ⊥ de dévouement ⋀ ˥[contre] ⊢ {assurance}

Depuis l'adoption de la notion de synèse, l'ombre associationniste est encore plus présente, mais l'interprétation d'un énoncé ne se réduit pas à la mise en œuvre d'une synèse, quelque banale que soit la chaîne linguistique à interpréter.  Si la banalité a un rapport quelconque avec la fréquence, on ne peut pas réellement en déduire qu'elle a un sens plus précis ou mieux connu.

Autre méprise possible, celle qui consisterait à adopter sans discrimination une « communauté de sens » (dans ma terminologie, une homosémie), constatée par des logiciens ou répercutée d'Aristote (encore par des logiciens).  Ils chassent sur des terres qui ne sont pas les leurs.  S'il y a des domaines où la sémantique n'a qu'un droit de visite, il en va de même pour la logique.  Elle n'est pas un passe-partout, surtout lorsqu'il s'agit d'un objet qu'elle évacue, dénaturant ainsi son propre objet d'étude [selon la tradition].

Mes emprunts « formels » concernent donc uniquement la forme.  Je n'importe plus de concepts comme j'ai pu le faire il y a trente ans, dans la phase « éponge » de l'acquisition, où le discernement se construit malheureusement avec l'organisation des informations.  Ceci ne veut pas dire qu'aucun remaniement n'est envisageable, comme en témoigne par exemple l'adoption du symbole de coordination (⋀) pour lier les conditions plutôt que de les « empiler » les unes « sur » les autres.  C'est d'ailleurs là qu'on observe que l'empressement qui consiste à souder la condition (antécédent) à la valeur qui serait une conséquence fausse singulièrement le rapport.  Il y a d'ailleurs un mythe de la nécessité [de l'évidence] en philosophie [et qui est passé en logique, ou inversement].

Ce n'est ni le rapport temporel qui la fonde, ni la nature cognitive des deux objets.  On se souviendra à ce titre qu'une valeur peut être la condition d'une autre valeur et inversement.  D'ailleurs il convient de rappeler que l'inférence sémantique met en jeu des conditions hétérogènes, notamment en ce qui touche à la forme (lexicomorphologique — le « support ») et des notions comme le domaine ou la situation, par rapport au contexte de la chaîne linguistique ou la nature paramétrique (φ fondre en larmes) de celle-ci.

Si l'on en croit Chaïm Perelman, il y aurait une présomption de sens, mais elle ne suffit certainement pas à expliquer les passages difficiles ni à nous préserver de la mésinformation.  Elle n'est certes pas comme la nécessité des philosophes ou la vérité des logiciens.  Le sens n'a rien de commun avec la foi, ni métaphysique ni mystique.





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