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De l'inférence sémantique




Annexe 1 sur le métalangage





Terminologie


table d'orientation de la terminologie
acception  ·  analycité  ·  arbitraire  ·  asémantique  ·  assertion  ·  association  ·  axiologie  ·  cohérence  ·  cohésion  ·  collocation  ·  compatibilité  ·  compréhension (logique)  ·  connexité  ·  connotation  ·  contexte  ·  contrainte  ·  cooccurrence  ·  décodage  ·  définition  ·  dénotation  ·  déréférence  ·  description  ·  désignation  ·  discours  ·  disproportion  ·  doxastique  ·  doxologie  ·  dyssémantique  ·  élément  ·  emploi  ·  énoncé  ·  épistémique  ·  extension  ·  figuré (sens)  ·  gnostique  ·  indirection  ·  idéologie  ·  intension  ·  interdéfinition  ·  intersection  ·  langage  ·  langue  ·  langue naturelle  ·  lexie  ·  lexique  ·  mot  ·  phrase  ·  phraséologie  ·  prédicat  ·  prédication  ·  propriété  ·  redirection  ·  référence  ·  référent  ·  référentiel  ·  sémantisme  ·  sémiotaxie  ·  sens  ·  signification  ·  situation  ·  sujet parlant  ·  sujet comprenant  ·  synèse  ·  syntagmation  ·  syntagme  ·  syntagmer  ·  syntagmé  ·  tactisme  ·  texte  ·  trait  ·  valeur  ·  vocabulaire





Si le terme recherché est absent de l'annexe, on peut se reporter à la table d'orientation de la Présentation alphabétique  —  AZ.  En désespoir de cause, on a toujours la possibilité de se servir du moteur de recherche.  Les définitions suivies d'un chiffre en exposant [1, 2, 3] sont empruntées aux dictionnaires signalés.


métalangage [en ocre, termes et sens propres à la théorie]
termedéfinitionremarque
acceptionsens particulier dans lequel un mot est employé1v. emploi
analyticitéPropriété des énoncés dans lesquels le prédicat est logiquement contenu dans le sujet et dont un exemple trivial est « tous les octogénaires ont plus de 80 ans »3synonyme : analycité ;  pour éviter toute confusion on peut parler de morphoanalycité
arbitraireselon F. de Saussure, absence de relation de causalité ou de nécessité entre les deux faces du signe, le signifiant et le signifié3On y préfère la disproportion, observée par Bréal.  Saussure a eu comme prédécesseurs pour l'arbitraire du signe Boole et Delbœuf.
asémantiqueexpression linguistique qu'il est impossible pour un locuteur donné de doter d'un sensv. notations & dyssémantique, à son ordre ;  on notera que dans la théorie des opérations sémantiques il n'existe pas de phrase asémantique  —  l'asémanticité se situe avant, comme il s'agit d'une opération qui n'est pas menée à son terme de façon satisfaisante
assertionproposition (qui, dans sa forme, peut être affirmative ou négative) que l'on avance et que l'on soutient comme vraie2Opération qui consiste à poser la vérité d'une proposition et qui est généralement symbolisée par le signe placé devant elle ;  cette proposition.3, v. notations
associationnotion remplaçant la connotation et la virtualité sémique ;  il s'agit d'une relation sémantique, au même titre que l'appartenance ou la contiguïtéelle peut être méliorative ↗ ou péjorative (plus fréquente) ↘ ;  d'origine sociale ou personnelle :  impie ↘religion
axiologiecomposante de la signification correspondant au jugement personnel, « je », très marquée par l'affectivitév. doxologie, idéologie
cohérence rapport étroit d'idées qui s'accordent entre ellescf. cohésion  [En parlant des parties d'un tout ou de ce tout lui-même, p. ex. une pensée, un discours, une théorie, un ouvrage, etc.] Harmonie, rapport logique, absence de contradiction dans l'enchaînement des parties de ce tout. (TLF)
cohésionsi l'on suivait le Robert ou l'EUL celle-ci serait une forme plus large de la précédente [En parlant d'une pensée, d'un raisonnement, d'un exposé, etc.]  Caractère de solidité du lien logique qui unit entre eux des arguments, les parties d'un ensemble logiquement organisé. La cohésion d'un récit. (TLF)
collocationPosition (d'un objet, d'un élément) par rapport à d'autres; proximité dans une chaîne2cette définition du PR ne coïncide pas avec l'idée de Firth, pour qui il s'agit de « fréquentation » (contiguïté, affinité, probabilité) qui donne la phraséologie
compatibilité État d'une chose pouvant s'accorder à une autre. (TLF)terme préférable à cohérence ou cohésion.  v. intersection
compréhensionl'ensemble des notes qui constitue le contenu objectif d'une idée (Thonnard)Totalité des caractères renfermés dans un concept.1
connexitérapport de sensidentifiable et représentable par une relation, dite alors sémantique
« connotation »« parasitage » du sens d'un mot par association avec des attributs ou qualités du référent (l'objet désigné).  Marina Yaguello.La « connotation », c'est-à-dire ici l'association, peut être positive (méliorative), négative (péjorative) ou neutre (cf. collocation).  V. notations
contexteEnsemble des éléments (phonème, morphème, phrase, etc.) qui précèdent et/ou suivent une unité linguistique à l'intérieur d'un énoncé. (Synonyme : environnement.)3ce sens neutre ne figure pas dans le PR :  Ensemble du texte qui entoure un mot, une phrase, un passage et qui sélectionne son sens, sa valeur.2 | ne s'emploie pas ici au sens de circonstances du discours ni de situation.  V. ce mot.
contrainteremplace dans la t.o.s. l'idée de loi au sens du XIXe siècles'exerce soit sur l'objet soit sur sa description
cooccurrenceapparition dans un même énoncé de plusieurs éléments linguistiques distincts ; relation qui existe entre ces éléments. (Dans la phrase « Le chat dort », ‘chat’ est en relation de cooccurrence avec ‘le’ et ‘dort’.)3
décodage[action de] Transcrire un message, une information, en rétablissant un texte clair (ou celui d'origine) à partir des signes conventionnels d'un texte codé. (TLF)comme tous les dérivés du code, absent de la théorie des opérations sémantiques
définitionénonciation de ce qu'est un être ou une chose, de ses caractères essentiels, de ses qualités propres1 La définition au sens strict dans une sémantique ne devrait s'appliquer qu'aux dénotations notionnelles.  Dans le dictionnaire, la « définition » d'un objet ou d'un être matériel est généralement une description.  Si l'on divise d'habitude l'article en « sens », pour être exact, il vaudrait mieux parler d'acceptions.
dénotation« Propriété, distincte du sens, que possède un terme de pouvoir être appliqué aux êtres ou aux choses qui composent l'extension du concept auquel il correspond »1avec l'introduction de la dénotation (≠ désignation) dans le cadre de la théorie des opérations sémantiques, le processus entraîne dans son application deux cas, outre la « réussite » de l'inférence (identification de la classe) :  l'indirection et la redirection (voir à leur ordre)
déréférencecas d'indirection de la dénotation dans la règle d'inférencese marque par le signe ℟  —  « la ℟[mélodie] des vers de Racine ».  V. indirection, à son ordre
description(en général) définition d'un objet ou d'un être matériell'objet notionnel (le concept) se réserve la « véritable » définition, qui est proche du sens (voir ce mot)
désignationpropriété, distincte du sens, que possède un terme ou un déictique d'isoler un membre dans la classe des êtres ou des choses qui constitue sa dénotationCette paraphrase de la définition du terme précédent (dénotation) est conforme à l'usage philosophique et on ne suivra donc pas Pottier, même s'il est cité par le TLF (qui d'ailleurs passe outre le sens technique du terme) :  Les désignations sont, dans une langue donnée, les éléments sémantiques appartenant à un inventaire ouvert et non-fini (Pottier Ling. gén. 1974, p. 43)
discours Actualisation du langage par un sujet parlant. Résultat de cette actualisation. Discours écrit, parlé. (TLF)avec une belle citation de Destutt de Tracy où il est question de « système de signes » (1803)
disproportionle signe linguistique n'est pas arbitraire, mais disproprotionné dans sa réalisationformant un conglomérat de sens, de référence et de signification
doxastiquequi concerne la doxa, les croyancescf. épistémique et gnostique
doxologiecomposante de la signification, correspondant au « on »intermédiaire groupal entre le « je » et le« nous »
dyssémantiqueforme atténuée d'asémanticité, marquée par l'incertitude à doter d'un sens
élémentélément de sens, remplace le sèmeautres formes :  élément de connaissance, éléments de définition, éléments de description ;  l'élément de sens est un mot converti au moyen d'une règle
emploile fait de se servir d'une forme de la langue. 2« Les mots ne sont immuables ni dans leur sens, ni dans leur emploi » (Littré)
énoncédonnée linguistique constituée par une suite finie d'unités de la chaîne parlée, délimitée par deux périodes de silence3
épistémiquequi concerne le savoircf. doxastique, gnostique
extensionensemble des sujets auxquels convient le contenu objectif d'une idée (Thonnard) « L'extension et la compréhension des idées sont en raison inverse. » (Thonnard)
figuré (sens)devient dans un premier temps le sens « indirect » (perte de référence originale :  déréférence)notion remplacée depuis par l'indirection (vers le sens) ou la redirection (de la dénotation)
gnostiqueclasse de verbes-opérateurs relatifs à la connaissance et, partant, d'énoncésse répartit en doxastique et épistémique
indirectionl'un des deux cas d'évolution ou d'absence d'une dénotation :  l'indirection donne lieu au sensnotion diachronique [évolution], descriptive [acception lexicographique] et conditionnelle dans la règle [absence ou négation]  —  V. redirection
idéologiecomposante de la signification, correspondant aux énoncés de croyance correspondant au « nous »
intensionsyn. de compréhension logique, c'est-à-dire de l'ensemble des notes [caractères] d'un concept
interdéfinitionrapport de défini à définissant et inversementgénéralement d'un signe à l'autre ;  v. intersection
intersectionPartie commune à deux ensembles (TLF)deux cooccurrents compatibles sont nécessairement en intersection sémantique
langagefonction d'expression de la pensée et de communication entre les hommes, mise en œuvre au moyen d'un système de signes vocaux (parole) et éventuellement de signes graphiques (écriture) qui constitue une langue.2
languesystème d'expression et de communication commun à un groupe social (communauté linguistique).2
langue naturelleexpression créée par opposition à langue artificielle pour désigner les instruments de communication spécifiques à l'espèce humaine et reposant sur les propriétés universelles propres à tout langage humain3Cette définition semble contredire le propos de M. Yaguello.
lexiesimple (cheval), composée (cheval-vapeur), complexe (cheval marin, si je ne m'abuse, prendre la mouche, rendre justice)certains auteurs emploient lexème, monème, synthème, etc. Ici on revient au ‘mot’.  La locution prend le nom de ‘paramètre’, néologisme de l'écrivain Jean Paulhan
lexique Ensemble des mots d'une langue. (TLF)dans la théorie des opérations sémantiques, ce terme prend le sens « Ensemble des mots dont dispose une personne », sous le nom de sémiolexique, comme ici le dictionnaire est assimilé à un locuteur et que le lexique n'est pas une archive, mais un principe actif en raison de la règle de conversion
motdésigne l'intégrant du syntagmesyn. unité lexicale, lexie, lexème, morphème
phraseassemblage de mots, grammaticalement cohérent, marqué par une intonation ou une mélodie spécifique, encadré de pauses (à l'écrit, de signes de ponctuation forte: point, point d'interrogation, point d'exclamation), que le locuteur considère comme produisant un sens complet (assertif, interrogatif ou injonctif).  (TLF)Rem. [TLF] Ce sens corresp. à une intuition plus ou moins floue.  Le découpage d'un discours en phrases (p. ex. d'un texte non ponctué) peut varier sensiblement d'un locuteur à un autre.

rem  —  la phrase n'est pas un sens complet au sens de la théorie des opérations sémantiques (jcc)
phraséologieEnsemble des expressions, locutions, collocations et phrases codées dans la langue générale2cf. collocation
prédicatCe qui est affirmé d'un sujet ou est dit lui appartenir.3(Sagesse/sage est prédicat dans « La sagesse appartient à Socrate » ou dans « Socrate est sage ».)
prédicationrelation prédicativecf. attribution
propriétécaractèrecf. trait
redirectionsecond cas dans l'évolution ou la réévaluation de la dénotationla redirection donne lieu à une nouvelle dénotation qui peut être soit matérielle soit notionnelle
référencedomaine complexe de l'extension par opposition à la compréhension logique (c'est-à-dire le sens)les fonctions ou composantes de la référence sont au moins au nombre de trois dans la perspective adoptée :  dénotation, désignation et référent, si l'on fait abstraction de leur représentation cognitive
référentdénomination ambiguë en ce qu'elle est employée à la fois pour désigner l'objet ou l'être d'une dénotation et leur représentation cognitivela dénotation notionnelle se caractérise par le fait que son « objet » est déjà une représentation cognitive (l'idée ou le concept)
référentielsystème de coordonnées spatiales, temporelles & actorielles, imaginaire ou en rapport avec le réel perçu.représentation que le sujet se construit d'une situation ou de ses éléments
sémantismeContenu sémantique; ensemble des valeurs sémantiques dont un mot ou une expression sont investis. (Dict. xxe s.) [TLF]il ne s'agit pas de contenu, comme il n'y a pas de contenant ni d'ailleurs d'un inverstissement :  ensemble potentiel des emplois que peut prendre une unité lexicale avant syntagmation.
sémiotaxieassemblage ordonné de mots en syntagme et propre à recevoir un sens
sensensemble des représentations que suggère un mot, un énoncé ; signification1la signification n'est pas assimilée au sens dans la théorie des opérations sémantiques, mais elle peut s'appliquer à l'énoncé, comme il s'agit d'un jugement ;  le sens est distinct de la dénotation et de la désignation
significationsens et valeur d'un mot1la signification implique normalement l'antériorité du sens et de la référence ;  c'est dans la théorie des opérations sémantiques un jugement sur le sens et la désignation
situationsystème de coordonnées réel ou imaginaireplusieurs situations peuvent coexister ;  circonstances
sujet parlant locuteurdans la théorie des opérations sémantiques, il est souvent question de sujet-interprète, sujet interprétant, sujet comprenant
sujet comprenantpersonne qui perçoit et interprète un énoncé ou un discoursaussi appelé interprétant ou interprète
synèseconnexion simple ou complexe du lexique intérieur du sujet parlantsi le sémiogramme ou le « sagittal » des relations sont des instruments théoriques, la synèse, reprenant le schème de Ravault d'Allonnes, est « l'assemblage de mots » (étymologiquement) qui constitue la forme organisatrice du sémiolexique
syntagmationcooccurrence du point de vue sémantiquec'est la syntagmation qui permet d'attribuer un sens aux formants du syntagme en réduisant la polysémie d'un sémantisme lors de l'insertion d'un mot dans un syntagme
syntagme(Saussure) toute combinaison, dans la chaîne parlée, de deux ou plusieurs unités consécutives (par ex. relire ; contre tous ; la vie humaine).3(ling. str.) groupe d'éléments formant une unité dans une organisation hiérarchisée3 [mot-syntagme-proposition-phrase]
syntagmeropération par laquelle l'insertion d'un mot en syntagme, la syntagmation le dépouille de sa polysémie potentiellev. syntagmation, sémiotaxie
syntagméétat d'un mot en cooccurrence avec un ou plusieurs autres dans un syntagmele sens syntagmé est généralement proche de la monosémie
tactismela figure de construction où « l'ordre des mots reproduit quelque chose du sens » dans la phrase. B. Quémadarapporté par Dupriez.
textesuite de signes linguistiques constituant un écrit ou une œuvre. (TLF)tout écrit ;  le texte n'est pas un objet sémantique
trait(sém.) sèmeici (TOS) :  élément de sens ;  il n'a pas la contrainte de distinctivité (discriminatoire) que le sème emprunte au phonème ;  il n'est pas axé sur la différence, mais l'intersection et l'équivalence
valeursens que prend un mot dans un contexte déterminé1
valeursens ou élément de sens tel qu'il est attribué dans l'application de la règle d'inférence sémantiquela valeur ici n'est pas saussurienne, mais liée comme on lie une variable
vocabulaireensemble des mots dont dispose une personne. (TLF)v. lexique
[1] Le Petit Larousse électronique 1993/2001 :  [2] NPR électronique 2001 (Petit Robert) :  [3] Encyclopédie Universelle Larousse (EUL)

Par la suite et par souci de simplicité et de commodité, tous les renvois aux Robert (électronique ou papier) se feront au Petit Robert, comme les emprunts au Petit Larousse prendront cette forme, et la date sera précisée.  Quillet tient lieu du Dictionnaire Quillet de la langue française de 1948.  Normalement les exemples et les définitions (qui servent à mimer la compréhension du sujet-interprète) seront empruntés à l'édition 1918 ou 1911 du Petit Larousse, sauf mention contraire.  Les dictionnaires en un volume du XIXe siècle, comme le Bescherelle jeune et le Guérard & Sardou ne résistent pas vraiment à la comparaison avec ces derniers.  Ma bibliothèque de dictionnaire de cette époque s'est agrandie grâce à Gallica, toujours, et j'ai désormais une édition de 1856 de ce qui peut être considéré comme un des premiers « Petit Larousse », même si l'expression n'existait pas (suivent aussi le 1878 et 1905).  Le Bescherelle aîné-Pons en un volume s'est ajouté à la collection.  Ils permettront de grossir mes exemples au cours des prochaines révisions.

Le Trésor de la langue française m'a permis de compléter ce tableau qui est loin d'être exhaustif, même en ce qui me concerne, comme nos tics passent souvent inaperçus à nos yeux.


Le dictionnaire de Dubois et al. (1973) définit analytique de la façon suivante : : « Un jugement est analytique quand il est nécessairement vrai, sa véracité étant assurée par le sémantisme des mots qui le constituent et par les règles syntaxiques de la langue qui mettent ces mots dans un certain type de relation. »  Pierre est un homme.  S'oppose à synthétique, comme « Pierre est ivre », dont la vérité dépend d'une situation donnée.  note [juin 2010]  La vérité en question est celle de Frege, dont le critère est l'application correcte d'une dénotation.

Lalande (1926) indique :  « Kant appelle analytique un jugement (attributif) dans lequel le prédicat est contenu dans le sujet. »  On peut se demander ce qu'est « Pierre est un homme ivre ».





Question de mots

Je ne reviendrai pas sur ma terminologie (voir l'annexe 1) ni sur la distinction nécessaire dans la théorie développée ici entre sens et signification, mais sur certains emplois rencontrés sur ma route, notamment dans le maquis des gros dictionnaires.

Alain Rey, par exemple, précise dans une parenthèse que la communicationrem est la condition préalable de la signifiance (mot auquel je reviens dans l'alinéa qui suit).  Voilà une vue bien myope ou bien une communication bien large.  Le seul à mettre un modulo semble avoir été Ducrot, car Jean Dubois affirmait aussi que l'analyse distributionnelle présupposait la communication.  Personnellement, je ne vois pas en quoi.

rem  —  « ...les formes et les structures sont un moyen, et ne sont qu'un moyen, tandis que la transmission des significations est une fin », André Martinet cité par Georges Mounin dans l'avant-propos à l'article « sémantique » de l'édition 1989 de l'EU (confié à Catherine Kerbrat-Oreccchioni qui intronise un Saussure sémanticien en lui prêtant un signe triadique et des propos relatifs au signe qui ne sont pas dans le Cours :  elle lui prête un curieux exemple de chaise comme référent, alors que ses signifiés sont le cheval indo-européen et l'arbre).

On peut croire à une probable adaptation de l'anglais, significance [sens, signification, portée], mais cela se révèle inexact, si l'on en croit l'étymologie fournie par le TLF.  Le Robert 2001 pour signifiance ≝ le fait d'avoir du sens, marqué Ling. et daté. de 1973.  Je souligne « du » car le sens n'est pas massique (non-comptable) à ma connaissance (sauf au Québec dans l'adaptation de to make sense en « ça a du sens »).  Les dictionnaires du XIXe siècle confirment l'ancienneté du mot français.

« Étymol. et Hist. a) Ca 1100 senefïance « ce que signifie une chose, un rêve, etc. » (Roland, éd. J. Bédier, 2531); ca 1150 signifïance (Wace, St Nicolas, 1275 ds T.-L.); b) 1119 signefïance « ce qui signifie une chose, sens attaché à une chose » (Philippe de Thaon, Comput, 2530, ibid.). »  TLF.

La signifiance n'est pas forcément inhérente à la forme, et peut résulter de l'absence d'opposition sémantique qui crée la signification :  ainsi le subjonctif français serait signifiant toutes les fois qu'on peut l'opposer à l'indicatif (...), mais non quand il est régi, c'est-à-dire obligatoire, et qu'aucune autre forme verbale ne saurait figurer à sa place (Mounin 1974).

On note que l'exemple n'est pas sémantique :  le subjonctif n'a pas de sens comme tel, en plus d'être une forme particulière, c'est-à-dire une forme que prend une forme (c'est entre « je veux qu'il soit pendu » et « pendez-le » qu'on cherchera le sens ou son absence). — le segment « l'absence d'opposition sémantique qui crée la signification » mériterait une thèse entière.

Entrant dans une phrase, le signe-occurrence subit des modifications internes :  il peut se combiner avec certains signes et non pas avec d'autres ;  ces combinaisons sont de nature différente.  Cet aspect du signe qui lui permet d'entrer dans le discours et de se combiner avec d'autres signes est nommé par E. Benveniste signifiance.  Le langage humain est le seul à posséder la signifiance (M. Tutescu, Précis de sém. fr., Paris, Klincksieck, 1975, p. 22). in TLF.

Note terminologique sur les mots se terminant en –sémie :  J'ai créé, entre 1982 et 1985, en m'inspirant de l'isosémie, une série de néologismes à propos d'un phénomène qui présentait, pour moi, une certaine nouveauté, le volume des corrélations au cours du processus d'interprétation :  hypersémie, hyposémie, équisémie, virtuosémie, vérisémie (devenue aléthosémie), ambi-, amphisémie, étymosémie, ludisémie, bisémie, multisémie.  Je reviendrai en détail sur le sens de chacun de ces termes barbares.  Pour l'instant, disons que l'isosémie sera mieux à sa place dans ce phénomène scalaire qui va de la sursaturation à la sous-saturation (entre hypo- et hypersémie).

Pottier (1986) a produit, entre autres, l'orthosémie, compréhension immédiate (il ne s'agit plus de relation, ni d'état de choses, mais d'un mode de réception) ;  la métasémie, transfert (pour interpréter une métaphore, donc distinct de la métasémie du parcours, vpl, au sens métalinguistique) ;  la périsémie, où le champ du compréhensible est indéterminé ;  la parasémie, désignant la parasynonymie traditionnelle ;  parallèlement, il a complété le tableau avec des noms pour les signes correspondants, en –onyme, comme orthonyme, le mot juste.  Rastier pour sa part a une allosémie qui lui vient d'ailleurs.





Addenda (4)




Une science normative, pour nous, n'est pas une science qui, partant des faits, aboutirait à créer, à légitimer, ou à imposer des valeurs cela nous semble en effet parfaitement impossible. André Lalande (1929)

Il [Claude Bernard] pose en principe le déterminisme des phénomènes, sans lequel il n'y a pas de science ensuite, les phénomènes, objet de la physiologie, doivent être tous physico-chimiques, sans quoi ils se déroberaient irrémédiablement à nos procédés expérimentaux. Edmond Goblot (1898)

Deux écueils sont à éviter dans la construction d'une science, l'empirisme et la métaphysique. Frédéric Paulhan (1889a)

le spectacle de phénomènes bien ordonnés, selon l'expression de Leibnitz. Antoine-Augustin Cournot (1851)

Mon seul désir est de demander que dans la recherche d'une théorie de la connaissance rationnelle on tienne plus compte qu'il n'est fait d'ordinaire d'une activité spontanée de l'esprit, et qu'on ne craigne pas d'aller jusqu'à reconnaître à cette activité créatrice quelque degré de contingence et d'indétermination. Milhaud (1898a)

Henri Poincaré (1906) l'espace est « musculaire »

(quand je dis qu'une série de sensations musculaires s « conserve » une de nos impressions a, je veux dire que nous constatons que si nous éprouvons l'impression a, puis les sensations musculaires s, nous éprouverons encore l'impression a après ces sensations s.) Henri Poincaré (1906)

Poincaré a certainement révélé les raisons profondes de la résistance du physicien, en faisant valoir que la notion d'effort ne nous fait pas connaître la véritable nature de la force ;  elle se réduit définitivement à un souvenir de sensation musculaire, et on ne soutiendra pas que le soleil éprouve une sensation musculaire quand il attire la terre.  Émile Meyerson (1923a) [« métaphysique »]

La notion de cause n'a rien de scientifique ;  elle est essentiellement finaliste et sociale ;  elle dépend de nos actions, de nos intentions, de nos responsabilités. André Lalande (1919) [conteste même la formulation « ensemble des conditions » - oppose l'exemple de la colère et reprend une vue anglo-saxonne, ce qui m'amène à suggérer que sa critique de la notion de cause chez Goblot n'est pas beaucoup plus scientifique. Son exemple du balancier de l'horloge arrêté par l'homme fait cesser le mouvement, alors que la cause est constituée par les poids (précise-t-il). La cause de l'arrêt, peut-on demander? Il y a là deux causes. Est-ce que l'arrêt de l'effet a pour cause l'arrêt de la cause ? 

Après avoir critiqué l'emploi de compréhension que fait Goblot, André Lalande (1919) lui reproche ses divers emplois (non uniformes) d'arbitraire

Mais ce noyau, cette idée centrale abstraite, que nous avons surtout observée jusqu'ici en combinaison avec des images variables, peut exister seule. Nous en avons la preuve en examinant le fonctionnement de l'esprit, et nous trouverons ainsi un moyen de mieux constater la réalité et la nature de l'idée. Si je m'observe penser, je remarque que, lorsque je pense à une chose, il se trouve parmi les images ou les fragments d'images et les rudiments de volition qui peuvent apparaître, un certain état psychique particulier, assez faible, qui ne se résout ni en images ni en volitions. Si, par exemple, je pense à la justice, je me sens une disposition interne particulière, de même si je pense à un objet concret ou à une personne; le phénomène est peut-être moins apparent en ce cas, parce que les fragments d'images qui se mêlent à l'idée peuvent empêcher de la discerner nettement. Cet état de conscience, il est difficile de le définir et de le dépeindre exactement comme tous les autres d'ailleurs, car comment dépeindrait-on à un aveugle une sensation de la vue? mais je pense que d'autres que moi peuvent l'observer en eux-mêmes. Frédéric Paulhan (1889)

[L'idée] Mais elle est générale, en tant que pour nous et dans l'usage que nous en faisons elle représente un grand nombre de faits particuliers sans ressembler plus à l'un qu'à l'autre elle est abstraite par les mêmes raisons ou des raisons analogues. De plus elle est réellement abstraite et générale en ce que les éléments psychiques qui la composent sont réellement séparés d'autres éléments, représentations, sentiments, perceptions, etc., qui, en d'autres temps, leur donnent une nature concrète. Frédéric Paulhan (1889)





synese1.png


les synèses ne sont pas obligatoirement des « unités » de mémoire (car il faut bien faire l'acquisition d'un « fait de connaissance ») ;  on peut imaginer ce qu'un syntagme lu deviendrait comme synèse : 

synese2.png





Condition

J. Duval-Jouve (1844) rapport constant entre un fait et une condition - la condition n'a point d'existence isolée et hors des faits

les circonstances essentielles à la production d'un fait - J. Duval-Jouve (1844)

circonstances dont la réunion constituait dans ce cas les conditions du phénomène - John Stuart Mill (1862 [1889]) T. 1

Un fait particulier est, comme on dit, expliqué quand on en a indiqué la cause - John Stuart Mill (1862 [1889]) T. 1

tout phénomène est conditionné par d'autres phénomènes, V. Egger, cité par Goblot (1898)

Dans la réalité physique, une cause ne produit pas un effet, mais une multitude de causes distinctes contribuent à le produire, sans qu'on ait aucun moyen de discerner la part de chacune d' elles. Henri Poincaré (1906)

La généralisation sûre d'elle-même repose sur une parfaite détermination de ses conditions, et cela représente la forme la plus achevée de la discussion expérimentale. Maurice Dorolle (1926)

Interpréter l'expérience, c'est en dégager la loi, c'est découvrir l'antécédent constant ou le conséquent constant, ce qui conditionne le conséquent ou ce qui résulte de l'antécédent. L'interprétation de l'expérience est nécessairement générale; après elle, la généralisation de l'expérience n'est plus à faire, elle est faite.  C'est dans le passage du fait à l'hypothèse que se rencontre la généralisation; après la vérification expérimentale de l'hypothèse, le raisonnement est terminé. La seconde question ne se rapporte pas à une seconde opération, mais au principe d'une opération qui est unique. Edmond Goblot (1918)





Notes de lecture en vrac

qu'il [le concept général] consiste dans un schème opératoire de notre entendement, quelque chose comme le rythme d'un vers dont on ne peut retrouver les mots, ou comme le mouvement à vide d'une presse qui continuerait une fois encore son geste automatique, après avoir imprimé la dernière feuille de papier André Lalande cité par Louis Dugas (1896)

François Evellin (1889) :  logomachie.  « Force nous est de répondre qu'une doctrine, lorsqu'elle se pose, doit avoir une signification précise, et que le moins qu'on puisse faire est de donner aux termes dont on se sert un sens concevable. Pour nos adversaires comme pour nous, l'intelligibilité, sous sa forme la plus générale, est de nécessité absolue. Systématiquement écartée, elle se retournerait contre eux et leur défendrait de dire un mot. Intelligibilité et causalité, observera-t-on, ne sont pas termes identiques. » — « L'action, selon nous, est le fond même et la substance de l'idée qu'on exprime quand on parle de rapport. S'il y a rapport entre deux phénomènes, c'est qu'ils se rapportent l'un à l'autre, et, s'il en est ainsi, c'est qu'ils n'ont pas l'absolue inertie qu'on leur prêtait. On va peut-être distinguer le rapport une fois produit et posé du rapport en voie de production, mais, si on le fait, on oublie qu'aucun rapport n'est possible, dans la durée où il apparait, qu'à la condition de se produire à chaque instant, et qu'alors ce qu'on appelle état n'est plus à chaque instant que l'action qui se réalise. Faisons une suprême concession. Le rapport est purement adynamique. » — « Voici, en attendant, les conclusions qui se dégagent, selon nous, de la présente analyse Si le phénomène n'est que par l'être, l'être, loin d'être une chimère, est la réalité même. Etre et action sont synonymes, synonymes aussi phénomène et inertie. L'être, ou ce qui agit de soi, est absolument, car il possède une existence concentrée en elle-même et autonome. Au contraire, faute de s'appartenir, le phénomène est relatif. Ces définitions admises, une remarque s'impose, d'une importance capitale. L'être est en rapport avec la pensée qui l'affirme, et qui l'affirme comme être et comme absolu. Quelque chose entre donc dans la pensée qui n'est ni phénoménal ni relatif. S'il en est ainsi, la loi de connaissance relative n'est pas une règle universelle et sans exception »

Le Moi et le Monde extérieur sont des constructions empiriques et non pas des notions métaphysiques. Marcel Dufour, traducteur de Ernst Mach (1908)

Sous le nom de représentation imaginative, il évoque ce qui pourrait être l'ancêtre du prototype de Raush [le prototype s'oppose à l'idée générale, « construite » ;  en termes d'image, le prototype est une image-image, et tombe dans la référence]

a > b, b > c. ⊃ a > c que Jacques Picard (1937) dit irréductible au schéma d'identification de Meyerson, mais il a tort d'y voir une syllogisme (même de relation, comme Jules Lachelier) [cf. Deux choses étant (respectivement) dans un même rapport avec une troisième...]

selon un schéma défini, celui de la participation, lequel comme nous croyons l'avoir montré à notre tour rentre dans le cadre général de celui de l'identification, Émile Meyerson (1934a)

qu'en employant le mot raison (dans le sens subjectif) nous entendrons désigner principalement la faculté de saisir la raison des choses, ou l'ordre suivant lequel les faits, les lois, les rapports, objets de notre connaissance, s'enchaînent et procèdent les uns des autres [cite Bossuet] Antoine-Augustin Cournot (1851)

Quand cette notion est introduite et définie (Principles of Math., p. 13) elle est précisément distinguée de la proposition en ce que l'une est de la forme « x is a man », tandis que l'autre est de la forme « x is a man implies x is mortal for all values of x », ce qui me paraît la formule même de la « connexion ». L'idée essentielle, dans cette méthode, est de considérer la proposition singulière comme la base de toutes les autres, celle qui leur donne un sens et permet d'en définir les divers degrés.  L'inhérence est la relation sous-jacente à la connexion. André Lalande (1914)

En quel sens intelligible l'intelligence peut-elle intervenir dans l'opération dont il s'agit, si, en raisonnant, on ignore que l'on raisonne? Brochard critiquant Mill qad critique qui tombe à plat, le schnauzer raisonne, mais le sait-il?

L'opposé de général, c'est donc spécial ou individuel.  On emploie souvent dans le même sens le mot ‘particulier’ ;  c'est un usage regrettable, car ce mot est nécessaire dans une autre acception. Je m'abstiendrai d'appliquer les mots universel et particulier à de simples notions, et ne les emploierai que pour désigner des propriétés formelles des propositions. Edmond Goblot (1898)

Ce qu'on appelle une idée fausse ne saurait être qu'un concept composé d'éléments contradictoires, ou bien un jugement erroné.  Idée fausse n'a pas de sens, si on l'entend d'une véritable idée. Martial de Fornel de la Laurencie (1906)

Il importe de la distinguer de l'idée complexe ou concept, qui est, dans le sens étymologique du mot, un agrégat de plusieurs idées simples, conçues ensemble par l'esprit de manière à former un tout. Cette distinction entre l'idée et le concept est fondamentale. Cependant, par un abus que l'usage a consacré, on donne souvent le nom générique d'idée aux notions simples et aux concepts. Martial de Fornel de la Laurencie (1906)

il suffit à vrai dire pour obtenir une relation répétable d'éléments repérables, au sens connu de ce terme. Jean Ullmo (1936)

C'est donc la répétition de certaines apparences qui est à l'origine de la recherche scientifique, de l'espoir des hommes en l'intelligibilité de la nature. Mais « répétition » est pris ici dans un sens encore tâche, flou, qui résiste mal à l'analyse. Proprement, un phénomène ne se répète pas. Jean Ullmo (1936)

discerne les phases 1° sentiment de déja entendu/familer, 2° direction (attitude) mentale 3° évocation effective d'images - c'est en ce sens que le mot, comme la sensation, est le signe de l'objet. Barat (1917)

c'est que l'on ne sait pas au juste si et comment le mot dit par l'expérimentateur a été compris par son sujet. Lorsqu'on fait des expériences consistant à dire des termes généraux et qu'on s'enquiert de l'idée que le sujet s'est formée après avoir écouté ce qu'on lui dit, on admet implicitement, sans même se poser la question, que le sujet, en recevant ce terme général, a eu une pensée générale ce n'est pas tout à fait prouvé, quoique ce soit possible. Il est possible aussi que le sujet n'ait pas fixé son attention sur le mot, n'en ait pas pénétré profondément le sens, mais que, glissant rapidement, il soit allé de suite à l'image, car c'est l'image qu'on lui demande d'expliquer. [se propose de continuer avec des phrases] Alfred Binet (1902a)

par idéation, j'entends largement tous les phénomènes de pensée; l'imagerie a un sens plus restreint; elle est une représentation sensible soit d'un objet, soit d'un mot Alfred Binet (1902a)

dans bien des cas elles [les images] effacent presque complètement la conscience des sensations qui leur ont donné naissance ;  c'est ce qui a permis à Helmholtz de comparer la perception des objets extérieurs à une interprétation de signes.  Les signes, ce sont les sensations ;  notre esprit ne leur prête que juste l'attention nécessaire pour en tirer [sic] le sens.  La perception du monde extérieur est comme la lecture d'un livre ;  préoccupé par le sens, on oublie les caractères écrits aussitôt après les avoir vus. Alfred Binet (1886)

Une image en elle-même, et comme chose en soi, n'a pas de sens. Une image n'a de sens et ne devient une réalité psychologique, une chose pour l'esprit, que si elle est mise en rapport avec d'autres images, avec des mouvements, avec des mots, avec des notions. (...) Binet disait justement que penser ce n'est pas « contempler de l'Épinal ».  Mais contempler de l'Épinal, c'est déjà penser. Henri Delacroix (1924a)

Une image, on l'a bien dit, n'existe pas nécessairement dans la conscience des sujets parlants, parce qu'elle existe dans la parole ou sur le papier. Henri Delacroix (1924a) parle de moments lacunaires où le sens nous échappe / effet amnésifiant

En un sens tout mot est symbolique si on considère, avec quelques auteurs, que le signe Individuel et concret prend une valeur symbolique du fait qu'on l'applique à une catégorie, à un genre, ou si, plus simplement encore, avec Littré, on prend le terme symbole dans le sens même de signe; mais nous avons écarté ces sens du symbole et donné nos raisons. Nous dirons donc qu'un mot est symbolique, qu'il constitue par son application, une métaphore symbolique lorsqu'il traduit en langage concret, par le moyen de l'analogie, des qualités abstraites ou des réalités mentales. Georges Dumas (1934)

Toute conversation suppose que les mots employés ont un sens et le même sens pour celui qui parle et celui qui écoute. Or, en fait, il arrive que :  1° les mots n'ont pas de sens, soit pour l'un des interlocuteurs, soit même pour les deux ;  2° qu'ayant un sens, ils n'ont pas le même pour. les deux interlocuteurs. L. Dugas (1896)

En effet, s'il est absurde de ne pas aller des mots aux choses, on ne commet toutefois, tant qu'on reste dans le formalisme pur, d'autre erreur que celle, à vrai dire énorme, de croire que les mots équivalent à la connaissance des choses. Le tort est peut-être moindre que d'employer les mots à la légère, de les interpréter à faux et, quand on en ignore le sens, de leur en forger un de toutes pièces. Rousseau dit fort bien, en parlant de l'éducation, que « le mal n'est pas dans ce que l'enfant n'entend point, mais dans ce qu'il croit entendre ». [sa conception de la compréhension est singulièrement dogmatique et sa référence présente un double décalage, le cas d'un enfant, et le cas d'un étrange éducateur] L. Dugas (1896)

Veut-on savoir si les mots que nous employons sont pour nous des mots, et rien de plus ?  Il faut examiner l'emploi que nous en faisons. Une connaissance sera dite apparente ou verbale, si nous n'en faisons aucun usage, ou si l'usage que nous en faisons est malencontreux, hors de propos et vain. Le non-sens ou le contresens, voilà l'écueil du psittacisme il n'évite l'un que pour tomber dans l'autre. Il ne faut pas conclure de l'emploi des mots à la connaissance de leur sens. Ce serait prendre les pédants pour des savants, quand ils ne sont que des perroquets. [L'autorité de Montaigne et son jugement porte à faux. Il n'est sans doute pas pédant, puisqu'il les dénoncent, mais cela ne fait pas de lui une autorité sur les pédants] L. Dugas (1896)

Quoi qu'en disent les logiciens, il y a des degrés dans l'absurdité ou le non-sens ou plutôt l'absurdité est une limite que peut-être, en dépit des apparences, les esprits les plus dévoyés n'atteignent pas. [Il y a aussi des degrés dans la confusion.] Louis Dugas (1896)

il faut élargir la signification du mot psittacisme. Quand nous substituons, en parlant la langue commune, nos idées propres à celles d'autrui, c'est alors que nous ressemblons au perroquet; car le perroquet jase,comme d'autres oiseaux chantent, pour traduire ses sensations il exprime en langage humain les exubérances de sa vie animale, ses joies, ses colères. Son ramage a un sens. Le psittacisme, au propre comme au figuré, n'est pas tant un langage dénué de sens qu'un langage à double sens. Nous pouvons donc étudier, sous le nom de psittacisme, la mésintelligence qui s'établit entre les hommes. Louis Dugas (1896)

Même l'usage des idées générales prête plus au contresens et au non-sens que celui des idées particulières, par la raison que plus les opérations de l'esprit se compliquent, plus elles renferment de chances d'erreur. Ainsi toute conversation suppose des idées générales, et s'entend d'autant moins qu'elle renferme des idées plus générales. C'est que l'idée générale est d'abord, en tant que telle, difficile à former c'est de plus qu'elle implique des relations avec d'autres idées et ne peut être isolément conçue. Louis Dugas (1896)

[Comme quoi le psittacisme est un piège universel] Pour combien le mot amour, par exemple, n'est qu'un mot Pour donner à ce mot tout son sens, il faudrait en effet avoir fait l'expérience de toutes les tendresses, il faudrait les avoir éprouvées soi-même et les avoir observées chez les autres. Louis Dugas (1896)

Je donne au terme abstrait son vrai sens, en l'interprétant à la fois comme un ordre et une défense, à savoir comme la défense d'affirmer ce qu'il enjoint de concevoir. Louis Dugas (1896)

On peut donc dire qu'en réalité il n'y a pas d'idées absurdes, il n'y a que des juxtapositions de mots dont le sens est contradictoire. En revanche il peut y avoir des jugements absurdes. Le jugement est absurde lorsque l'attribut énonce une idée qui contredit la compréhension essentielle du sujet. La compréhension essentielle se compose 1° du genre; 2° de l'espèce; 3° de la différence; 4° des propriétés. Georges Fonsegrive (1885)

Bourdon [cité en note], dans le très bon exposé critique qu'il a fait des « Recherches expérimentales sur l'intelligence » de Binet dans la Revue philosophique, 1904, t. 1, p.113, reproche à cet auteur l'emploi du mot pensée dans un sens imprécis, sans détermination. D'ailleurs, il rejette la supposition d'une pensée sans images qui ne serait qu'une « connaissance confuse comme nous en avons de beaucoup de choses » Théodule Ribot (1913)

Jules Sageret (1918) l'opinion au sens collectif (l'opinion publique) « il n'y a pas de pourquoi » opinion = mécontentement

L'épithète formelle peut être maintenue, en changeant complètement son sens. Elle signifiera qui se rapporte à la forme dans laquelle nous devons enchaîner nos idées. Abel Rey (1904)

proposition ni vraie ni fausse : indéterminée ou non-sens — on y ajoutera les expressions métaphoriques [bibi], comme le labyrinthe du continu de Froidmont-Leibniz

Et les phrases se suivent, rapides, abstraitement interprétées, une à une, et toutes ensemble. C'est la pensée verbale. Le sens des mots y est réduit à une valeur fiduciaire, à la fois exacte et immatérielle. Mais maintenant contemplons, dans son contexte, le terme « accord ». Nous entrevoyons cette fois des personnages de plusieurs nationalités, assis autour d'une table, et qui signent, après discussion, un compromis. Ainsi scruté, voici que le mot fait tableau. Enfin, ce tableau pourrait être présenté matériellement à nos yeux, dans une revue illustrée, ou au cinématographe, en une aperception inverbale, ou qui ne serait que peu et accessoirement verbale. Revault d'Allonnes (1920)

A peine sait-on, aujourd'hui, que faire des gorges-chaudes est une locution de fauconnerie, désignant le repas du matin, la ruée des rapaces sur des victimes vivantes, qu'avoir maille à partir veut dire avoir un demi-denier à partager, et que courtoisie dérive des armes inoffensives employées dans les simulacres de combats. Revault d'Allonnes (1920) [argument qui tombe à plat, puisque c'est le sens qui compte et non la situation d'origine qui n'est qu'une curiosité]

On dit souvent que c'est la copule qui énonce le rapport entre le sujet et l'attribut; mais, malheureusement, le sens du mot rapport, s'il n'est pas accompagné d'un qualificatif, est si large et si peu précis que sous lui on peut mettre toutes sortes d'idées. Et je crois bien que le désarroi dont je parlais tout à l'heure résulte surtout de l'absence d'une notion nette au sujet de la copule. Adrien Naville (1929) [rem le verbe être dans le propositions d'inhérence (Cuvillier) = Pierre est homme (oppo prop. de relation = comparative)]

Le terme scientifique hypothèse, employé dans un sens large, a la même signification que les mots usuels supposition et conjecture.  Ce terme désigne le résultat d'une opération intellectuelle qui s'accomplit à chaque instant.  Toutes les fois qu'on cherche à expliquer un fait, la recherche est provoquée par l'observation, mais le principe de l'explication doit toujours être supposé. Ernest Naville (1880)

Notons en passant que le mot expérience a deux significations.  Dans son sens spécial, il désigne l'observation activée par une intervention volontaire ;  dans son sens général, il désigne tout l'ensemble des donnés de fait obtenues par la perception. Ernest Naville (1880)

Mais il ne faudrait pas se faire illusion sur le sens précis de ces mots. Il y a bien de la différence entre l'essence dernière des choses, leur nature ou « idée » au sens platonicien, et leur essence ou nature par rapport à nous. Georges Fonsegrive (1896)

Une science est normative, au sens acceptable du mot, quand elle a pour point de départ et d'arrivée des jugements de valeur, reconnus dès l'abord comme tels, de même qu'une science est physique quand elle a pour aboutissement des assertions sur la réalité physique, et pour point de départ des jugements de même sorte, supposés acquis, et sans lesquels aucun travail intellectuel ne serait possible; ce qui n'empêche pas d'ailleurs que la science puisse avoir pour effet de transformer ou de rectifier quelques-uns d'entre eux. André Lalande (1929)

Quand on parle de l'essence des choses, de la structure intime de la matière, cela ne peut rien signifier, à moins que, pour les spiritualistes, cela représente la connaissance qu'aurait, des choses, un esprit dépourvu de corps, et c'est là, pour moi, je l'avoue, une phrase dépourvue de sens. Félix Le Dantec ((1904) [Il est biologiste (sa biographie dans le le Grand Larousse du XXe siècle est élogieuse), mais pas physicien]

André Lalande (1919) [en note] prétend relever cinq sens (et peut-être six, avec la compréhension éminente de Goblot) de compréhension (au sens logique), mais il y introduit un « homonyme » (si l'on peut dire) en l'espèce du sens {qqn comprend qqch} - « la compréhension subjective, c'est-à-dire l'ensemble des idées évoquées par un mot dans tel esprit et à tel moment ». On se demandera ensuite quels sont les facteurs de polysémie. On notera que le sens cité (le n° 2) est difficilement un sens « logique » corrélable à une extension (une classe donnée). Pour mémoire Littré (1872) n'en donne que trois, le troisième étant celui qui a fait des petits sous la plume de Lalande.

que ce qu'ont voulu établir les partisans du relativisme, « ce n'est rien de moins qu'un véritable système de déduction globale, dans le sens où la physique cartésienne ou la philosophie de la nature hégélienne constituaient un tel système. » [NOTE] 1. P. 125. Le texte exact est «rien moins qu'un véritable système de déduction globale... » mais tout l'ensemble du chapitre montre que c'est une faute d'impression, et que l'auteur, au contraire, avait écrit « rien de moins » problème de compréhension résolu avec succès par Lalande (1926) [à mon humble avis, vérification faite sur l'édition dont je dispose en pdf, 1923, seule la page indiquée diffère, soit 124]

Idéalement, au sens de Platon et de Descartes, à peine cela pourrait-il se soutenir. Lalande (1919) [exemple d'opérateur de sémantisation, mais exemple absurde, car si Descartes peut avoir donné un sens au mot idéalement dont l'usage de Lalande se rapprocherait, je doute que Platon ait parlé français]

La logique formelle importe à peu près autant à la pensée que la machine à écrire ou la presse rotative. Suivant le sens qu'on donne au mot forme, l'expression « logique formelle » est un pléonasme, ou une contradiction dans les termes car ou bien tout est forme, y compris le prétendu « contenu » des jugements et les rapports qu'il soutient avec l'univers du discours et toute logique est formelle ou bien la forme au sens le plus usuel est séparable de la matière, et les combinaisons traditionnelles auxquelles cette forme donne lieu, machinales, aveugles, sont étrangères à toute pensée. Maurice Marsal (1936)

Ces conditions expliquent le parallélisme des innovations qu'on vient de noter. Chacune des notions exprimées par le langage l'est au moyen d'un mot auquel est associé un sens défini. Toutes les langues procèdent par mots. Mais les choses à exprimer sont trop multiples, trop variées et trop nuancées pour qu'il puisse y avoir autant de mots que de notions. On ne réussit donc à tout dire qu'en faisant subir aux mots des variations ou des groupements destinés à rendre les nuances. Antoine Meillet (1918)

Ce que nous devons constater, par contre, c'est cette marche constante de l'Idée, dans le sens platonicien du terme, qui, en dépit des démentis incessants que lui inflige le réel, tend à s'imposer à notre conception de ce réel à le contraindre par la force à entrer, comme l'a dit Platon en parlant de son démiurge, dans ce monde du Même, qui semblait cependant si peu fait pour le recevoir et qui, dans une certaine mesure, réussit cette entreprise invraisemblable. Émile Meyerson (1924) [revoilà le sens platonicien du terme, sous une forme moins contrastée, mais néanmoins abusive — cf. Cuvillier « (chez Platon) essence intelligible et éternelle des choses sensibles ».]

Nous sommes amenés à voir que le terme de volonté n'offre à peu près aucun sens scientifique précis. Il y aurait lieu, peut-être, de ne le conserver que pour la commodité du langage, dans le cas où son emploi ne peut donner lieu à aucun inconvénient, à aucune illusion. L'emploi inconsidéré d'un mot peut, à l'insu du théoricien, tausser toute une théorie. On pourrait le remplacer par les mots activité motrice, activité intellectuelle, etc., délibération, personnalité, etc., selon les cas, le mot volonté exprime un peu de tout cela et l'exprime mal, sans précision. Frédéric Paulhan (1884)

D'après M. Spencer, la religion et la science ont chacune leur domaine distinct la science s'occupe des phénomènes, du relatif, du connaissab)e; la religion, du noumène, de l'absolu, de l'inconnaissable. L'objet de la religion est réel l'absolu existe, mais nous ne pouvons le connaître, telle est la vérité dernière que reconnaissent à la fois la religion et la science, et qui doit devenir la base de leur réconciliation. Ainsi, la religion doit respecter les droits de la science et ne s'occuper en rien des phénomènes qui sont la manifestation de l'inconnaissable; de même la science doit respecter les droits de la religion et renoncer à toute recherche de la cause première, à toute tentative de connaître l'absolu, de pénétrer l'essence des choses. Frédéric Paulhan (1878)

synthèse

analyser = décomposer ;  synthèse = recomposer [J. Philibert Damiron (1836)]

⇨ il suffit pourtant de se reporter au principe régissant le rapport genre-espèce :  ce qui est vrai du genre est vrai des espèces

Connaître, c'est posséder la synthèse naturelle et confuse des lois essentielles à la vie; étudier, c'est s'attacher à démêler et à classer les éléments de cette synthèse :  savoir, c'est la reconstituer distinctement, en assemblant par ordre, de phénomène à phénomène et de loi en loi, ces éléments dont l'analyse a défini les rapports. - Charles Renouvier (1854 [1875])

il y a dans ce travail de l'esprit sur les matériaux qui lui sont fournis par la sensibilité, une série d'analyses et de synthèses, de décompositions et de recompositions, Antoine-Augustin Cournot (1851)

L'hypothèse n'est qu'une synthèse prématurée. Martial de Fornel de la Laurencie (1906)

L'analyse raisonne en compréhension, la synthèse en extension. La première resserre peu à peu la compréhension en élargissant l'extension; la seconde restreint l'extension pour augmenter la compréhension; l'analyse opère sur le sujet en question, la synthèse sur l'attribut. L'une cherche l'espèce, l'autre le genre. Les raisonnements déductifs s'emboîtent extensivement comme les compartiments d'une lorgnette; l'analyse regarde par le petit bout, la synthèse par le gros; mais leur but commun est de rendre visibles les rapports cachés. Martial de Fornel de la Laurencie (1906)

Le changement est la synthèse des deux notions antithétiques même et autre, même, autre, changement deviennent égal, inégal (plus grand, plus petit), variable.  Edmond Goblot (1898)

Il est un autre mode de raisonnement que j'appelle démonstration. Prenant pour point de départ des concepts, on aperçoit comment leurs propriétés sont nécessairement liées entre elles. Ces liaisons forment également des chaines qu'on peut parcourir dans les deux sens. On peut partir de la propriété connue et découvrir ou démontrer des propriétés nouvelles, c'est la synthèse; on peut aussi partir de propriétés inconnues et découvrir ou démontrer qu'elles dépendent de propriétés connues, c'est l'analyse. Les relations entre ces propriétés sont plus que constantes, elles sont nécessaires; elles ne sont pas contenues les unes dans les autres, comme les espèces dans les genres. Elles sont dépendantes les unes des autres. Edmond Goblot (1898)

en résumé, la mémoire est la synthèse ou la conciliation de deux tendances ou opérations contraires l'une, par laquelle le moi se détache du passé, se contente d'en prendre acte, mais le tient pour étranger à sa vie, pour indifférent et mort; l'autre, par laquelle le moi se rattache au passé, le ressaisit tout entier, lui rend sa fraîcheur première et le tient dès lors pour réel et vivant. La première consiste à s'acharner en quelque sorte sur le passé, à en achever la destruction et la ruine, à le retenir pourtant encore, mais à ne s'y intéresser plus que dans la mesure où il sert les intérêts présents elle aboutit à la mémoire impersonnelle et abstraite, que j'ai appelée savoir. La seconde consiste à s'enchanter du passé, à le revivre dans son intégralité et à en oublier le présent elle aboutit à une sorte d'obsession, de hantise, ou d'hallucination. La mémoire proprement dite est à égale distance de cette hallucination et du savoir elle n'est ni la pleine et entière résurrection du passé rendu vivant, suivant l'heureuse expression latine (redivivus), ni la notation sèche, impersonnelle et abstraite du passé. L. Dugas (1907)

Nous croyons au contraire qu'il y a souvenir en dehors de la condition posée par l'auteur, et même qu'il n'y a véritablement souvenir qu'autant qu'il y a à quelque degré entrée du souvenir dans la synthèse mentale, qu'autant que l'esprit tout au moins s'attribue la représentation ou l'image-souvenir et, s'il la juge, en un sens, étrangère à lui, la juge, en un autre, sienne. L. Dugas (1907)

La formation des souvenirs est donc un travail d'organisation ou de synthèse elle suppose un esprit en état de recevoir les sensations qui se présentent, de se les adjoindre, c'est-à-dire de se les assimiler, de les harmoniser, de les faire tenir avec ses représentations anciennes, et par surcroît de les y encadrer et situer. L. Dugas (1907)

Il en est d'ailleurs, ici en mathématiques, comme dans les sciences expérimentales on n'est jamais sûr des éléments dont un corps est composé, que lorsqu'on a pu le produire par une synthèse à partir de ces éléments, car qu'est-ce qui prouve que l'analyse a été complètement exhaustive? Antoine Roux (1925)

sous le rapport de son extension, ou sous celui de sa compréhesion.  Soit l'idée d'homme, je puis en la pensant penser aux millions d'êtres humains qui peuplent la terre, ou seulement à ses quatre connotations essentielles: animal, vertébré, mammifère, bimane. Si donc de ridée homme je vais à l'idée.  Européen, je vais du composé au simple par rapport à l'extension, je fais une analyse extensive, mais je fais en même temps une synthèse, car je vais d'un petit nombre d'attributs à un plus grand nombre ;  seulement, cette synthèse est compréhensive. Goerges Fonsegrive (1882)

van Woerkom (1921) distingue les étapes suivantes dans l'élaboration d'une idée et de sa forme verbale :  1° la conception de l'idée globale ;  2° un processus psychique d'abnalyse et de synthèse dans le temps et dans l'espace ;  3° la conception du schéma de la phrase sans symboles verbaux ;  4° le choix des mots. Henri Delacroix (1924a) peut-être y a-t-il un peu trop de cet amour de la division et de la hiérarchie bien réglée, commente-t-il

Bien qu'il travaille à un autre étage, celui qui réfléchit sur les sciences n'a pas un autre critérium que le physicien.  Celui-ci, tout le monde l'accorde, rendrait un bien mauvais service à l'esprit humain s'il inventait une nouvelle hypothèse pour chaque nouvel effet qu'il découvre. Au contraire le succès, pour lui, c'est qu'une hypothèse, déjà imaginée à propos d'un certain ordre d'observations, se trouve convenir tout naturellement et sans raccommodage artificiel pour d'autres faits postérieurement observés, et aussi différents que possible des premiers. Cette extension et cette assimilation graduelles, laissant intacte une position première, constituent même la preuve positive par excellence en matière de raisonnement inductif. Sans doute, elles peuvent donner lieu à une réorganisation intérieure de l'hypothèse, à une nouvelle manière de la formuler ou de l'exposer, plus générale ou plus synthétique. André Lalande (1926)

La formule d'explication globale, qui signifie à coup sûr explication générale, exhaustive, mais qui peut signifier aussi, et qui paraît bien signifier dans une certaine mesure explication par synthèse. André Lalande (1926) [préoccupation « sémantique »]

Quand nous jetons les yeux sur quelques lignes écrites ou imprimées, nous avons, selon nos dispositions, nos facultés, nos connaissances, des perceptions assez différentes, surtout des perceptions d'accord, de synthèse, des affirmations implicites ou explicites. Frédéric Paulhan (1921)

L'intelligence consiste dans une désorganisation et dans une nouvelle organisation des données de la sensation le premier procédé est une analyse, le second est une synthèse, d'un côté nous prenons un caractère de l'objet que nous isolons des autres, de l'autre nous rapprochons ce caractère d'autres caractères semblables d'autres objets, et nous le mettons en rapport avec d'autres abstraits de même nature pour former soit des classes abstraites, soit des combinaisons et des complexus de lois devant servir de base et de point de départ aux tendances motrices qui règlent notre conduite. Frédéric Paulhan (1886)

Il y a lieu de distinguer les états isolés, les images, les sensations, ne formant que des groupements par juxtaposition, puis les éléments de plus en plus complexes, jusqu'aux idées, formant des synthèses, des systèmes. Henri Piéron (1904)

il faut avant tout ramener l'association au mécanisme de la synthèse tout se passe comme si les états qui existent dans la conscience allaient s'agréger un nouvel état. Henri Piéron (1904)

Je comprends sous ce mot idolologie, que j'aurais voulu n'avoir point à forger, mais dont la suite de mon travail éclaircira le sens, certaines Illusions très fortes auxquelles l'esprit est sujet dans son procédé nécessaire analytique ou synthétique, et qui semblent Inséparables de ce procédé. - Charles Renouvier (1854 [1875])

Mais cependant l'hétérogénéité n'est plus radicale, puisque l'on peut, dans de certaines limites, remplacer une durée par une distance, et vice-versa. André Lalande (1926) V

Quoi qu'il en soit, remarquons maintenant que toutes les oppositions dynamiques de nature objective se ramènent, en somme, à deux mouvements dirigés en sens inverse sur une même ligne droite ou sur l'élément rectiligne infinitésimal d'une courbe; et que toutes les oppositions dynamiques de nature subjective se ramènent à ces deux espèces la force de nier opposée à la force d'affirmer, et la force de repousser opposée à la force de désirer. Gabriel Tarde (1897) V

La méthode des variations « consiste à étudier pour chaque élement la variation qui se trouve liée à la variation de chacun des autres éléments. » Ernst Mach (1908) V

Logiquement, en effet, l'idée du tout préexiste aux parties, la fin aux moyens. Chaque partie est dès lors subordonnée à l'idée du tout, et les relations des moyens entre eux résultent de cette fin commune à laquelle tous concourent; la juxtaposition des éléments n'est plus le résultat passager d'un hasard aveugle mais l'oeuvre durable d'une finalité intentionnelle. - Louis Liard (1873) V

analyser - reconnaître par un examen successif et détaillé le nombre et l'ordre des points de vue de l'objet distingué J. Philibert Damiron (1836) V

Paul Tannery (1879) - pour formuler des théorèmes sur les fonctions, on est obligé de leur attribuer des propriétés, constatées en réalité sur telle ou telle fonction que l'on étudie et qu'on ne peut rien savoir a priori sur une relation concrète donnée. (...) En résumé, le concept de fonction en général, tant qu'on n'y introduit pas des notions d'origine empirique, reste un cadre vide.

schéma du syllogisme (1re fig.)
BC
AB
AC





La définition de la ligne droite par le plus court chemin est bien un principe, mais ce n'est pas un jugement analytique, parce qu'il n'est pas évident que, de toutes les lignes qui joignent deux points donnés, il y en ait une qui soit plus courte que toutes les autres.  C'est un postulat.  Tout axiome qui n'est pas un simple jugement analytique est ou implique un postulat. Edmond Goblot (1927)

on nous concédera sans peine notre définition de la science. A savoir, dans son principe, la recherche de relations répétables dans l'ensemble des apparences qui nous entourent. Jean Ullmo (1936)

La logique classique implicitement et la logistique comme l'algèbre de la logique explicitement définissent la négation au moyen des principes de contradiction et de tiers exclu et cela de la façon suivante si p désigne une proposition affirmative et p' sa négation, nous avons par rapport au Faux (F) et au Vrai (V) les égalités que voici.
I. p X p' = F.
Il est faux d'affirmer p et p' vraies simultanément, c'est-à-dire que p et p' ne peuvent être vraies en même temps.
II. p + p' = V.
L'une au moins des propositions p ou p' est vraie. Arnold Reymond (1935)

une science normative, pour nous, n'est pas une science qui, partant des faits, aboutirait à créer, à légitimer, ou à imposer des valeurs cela nous semble en effet parfaitement impossible. André Lalande (1929)

Il [Claude Bernard] pose en principe le déterminisme des phénomènes, sans lequel il n'y a pas de science ensuite, les phénomènes, objet de la physiologie, doivent être tous physico-chimiques, sans quoi ils se déroberaient irrémédiablement à nos procédés expérimentaux. Edmond Goblot (1898)

Nombreux sont les psychologues, en France surtout, qui ont cru pouvoir, par la seule observation psychologique, déterminer les formes de l'acquisition du langage, du langage intérieur ou de l'expression, les troubles du langage. Mais il suffit de lire leurs travaux pour en apercevoir le caractère partial; ils manquent de vues d'ensemble et de système; ils négligent trop visiblement des faits considérables qui conditionnent ceux qu'ils s'efforcent d'exposer. Ils sont conduits inévitablement à poser des questions inutiles, à oublier les questions essentielles, à mal poser les questions nécessaires, à créer des faits inexistants, à méconnaître les faits réels, à mal interpréter les faits constatés. Henri Delacroix (1924).

Deux écueils sont à éviter dans la construction d'une science, l'empirisme et la métaphysique. Frédéric Paulhan (1889a)

Mon seul désir est de demander que dans la recherche d'une théorie de la connaissance rationnelle on tienne plus compte qu'il n'est fait d'ordinaire d'une activité spontanée de l'esprit, et qu'on ne craigne pas d'aller jusqu'à reconnaître à cette activité créatrice quelque degré de contingence et d'indétermination. Milhaud (1898a)

There are plenty of nasty people around in the academic world, Mr Pascoe... Franny Roote dans Death's Jest-Bookde Reginald Hill.

le spectacle de phénomènes bien ordonnés, selon l'expression de Leibnitz. Antoine-Augustin Cournot (1851)

Le ‘feeling’ des Anglo-Saxons semble avoir été traduit tantôt par « sentiment » tantôt par « état de conscience », selon les auteurs et selon les traducteurs.

1. (50) feeling -- (the experiencing of affective and emotional states; "she had a feeling of euphoria"; "he had terrible feelings of guilt"; "I disliked him and the feeling was mutual")
2. (28) impression, feeling, belief, notion, opinion -- (a vague idea in which some confidence is placed; "his impression of her was favorable"; "what are your feelings about the crisis?"; "it strengthened my belief in his sincerity"; "I had a feeling that she was lying")
3. (16) spirit, tone, feel, feeling, flavor, flavour, look, smell -- (the general atmosphere of a place or situation and the effect that it has on people; "the feel of the city excited him"; "a clergyman improved the tone of the meeting"; "it had the smell of treason")
4. (8) feeling -- (a physical sensation that you experience; "he had a queasy feeling"; "I had a strange feeling in my leg"; "he lost all feeling in his arm")
5. (1) touch, touch sensation, tactual sensation, tactile sensation, feeling -- (the sensation produced by pressure receptors in the skin; "she likes the touch of silk on her skin"; "the surface had a greasy feeling")
6. feeling, intuitive feeling -- (an intuitive understanding of something; "he had a great feeling for music")





DES JUGEMENTS HYPOTHÉTIQUES — Le jugement hypothétique se compose de deux parties que nous pouvons appeler deux termes.  Chacune d'elles a un sujet, un attribut, un verbe, est affirmative ou négative.  Le jugement hypothétique n'est pourtant pas un assemblage de deux propositions dont l'une serait subordonnée à l'autre, car il est une seule assertion.  Le premier terme que nous appellerons l'hypothèse, la condition ou l'antécédent n'est pas une assertion, puisqu'il n'est que la condition d'une assertion.  Le second terme, le conditionné, la conséquence ou le conséquent, n'est pas une assertion, puisqu'il est une assertion conditionnelle.  Ce qui est une assertion, c'est la subordination du second terme au premier.  Si un triangle a deux côtés égaux, il a aussi deux angles égaux.  On n'affirme pas qu'un triangle a deux côtés égaux, ni qu'il a deux angles égaux ;  on affirme que l'égalité de deux côtés entraîne l'égalité de deux angles.  L'antécédent et le conséquent sont des assertions possibles ;  c'est pourquoi on y découvre tous les éléments du jugement, sujet, attribut, verbe, affirmation ou négation, sauf l'assertion.  Ils peuvent présenter toutes les variétés du jugement singuliers, pluriels, totaux ;  généraux, spéciaux ;  universels, particuliers ;  catégoriques, hypothétiques même.  Car l'antécédent et le conséquent d'un jugement hypothétique peuvent être l'un ou l'autre ou l'un et l'autre, des jugements hypothétiques ;  de même les termes de ceux-ci, et ainsi de suite indéfiniment.  Cette possibilité illimitée d'implication, ce pouvoir de subordonner indéfiniment des relations à des relations est un caractère intéressant de la faculté déductive, mais non un caractère essentiel ;  il ne la constitue en aucune manière.  Ce point demande quelques éclaircissements.  Prouver un jugement hypothétique, ce n'est pas transformer l'hypothèse en assertion ferme, établir que l'hypothèse est vraie, que la condition est effectivement donnée ;  ce n'est pas davantage transformer la conséquence en une assertion ferme, établir qu'elle est vraie.  Après la preuve, le conséquent et l'antécédent, resteront ce qu'ils étaient avant, des assertions possibles.  Ce qui sera prouvé, c'est que le conséquent est conséquence de l'antécédent, que l'antécédent entraîne le conséquent (ou l'exclut).  Car c'est là tout ce que signifie le jugement.  Ayons soin de dire «entraîne.», car il est inexact que l'antécédent «implique» 1e conséquent, qu'il le « contienne », qu'on puisse « l'en tirer » ils sont, ou du moins peuvent être hétérogènes.  L'égalité de deux angles d'un triangle n'est pas contenue dans l'égalité de deux côtés elle en résulte.  La similitude de deux triangles n'est pas contenue dans le parallélisme de leurs côtés ;  elle en résulte.  Dans le cas où le conséquentt est contenu dans l'antécédent comme l'espèce est contenue en extension dans le genre (s'il est vrai que le polygone régulier peut être inscrit dans un cercle carré), ou comme le concept générai est contenu en compréhension dans le concept spécial (si la trajectoire d'un projectile, est une parabole, elle est une section conique), on a un simple syllogisme.  L'antécédent et le conséquent ont déjà un terme commun; pour passer, de l'un à l'autre, il suffit de connaître la relation d'extension ou de compréhension des deux termes différents c'est le rôle du moyen terme et de la mineure.  Si au contraire, comme c'est le cas notamment pour toutes les propositions qui sont l'objet d'une démonstration mathématique, l'antécédent et le: conséquent sont hétérogènes, la preuve ne peut être ni un syllogisme ni une série de syllogismes.  Edmond Goblot (1913) [Traité de logique]




langage

quand on fait crédit à des paroles qu'on n'entend pas, soit en faveur des personnes qui les prononcent, soit même sur la bonne opinion qu'on a du langage en général, et particulièrement du texte écrit, on verse alors dans la superstition, et la forme la plus grossière de la superstition est, à coup sûr, l'idolâtrie verbale. L. Dugas (1896)

Wundt :  Au moment où je commence une phrase, j'ai déjà dans l'esprit le tout comme représentation d'ensemble (...) ses éléments sont encore obscurs et ne se précisent que dans la mesure où ils se condensent en représentations claires, comme mots particuliers. Henri Delacroix Chez James . Chez ce dernier,

VN

Quand il [le lecteur] étudie un auteur à la pensée profonde — mettons Descartes, Kant ou M. Bergson, — il se trouve sans doute obligé d'accomplir parfois un effort considérable.  Mais ce qui l'arrête alors, c'est presque toujours l'obscurité que présente pour lui tel ou tel point particulier. Émile Meyerson (1934a)

VN

Si les jugements virtuels qui forment la signification du nom sont susceptibles de vérification empirique, le concept est positif ou négatif selon que cette vérification est une expérience ou une absence d'expérience.  Si ces jugements sont susceptibles d'une démonstration logique, le concept est positif ou négatif selon que ce qu'il s'agit de démontrer est une nécessité ou une impossibilité. Edmond Goblot (1918)

« Mon mouchoir est dans ma poche », selon Victor Egger (1893), signifie que la classe (je souligne) ‘dans ma poche’ contient l'individu ‘mouchoir’.  Il ne comprend pas « être dans ». Il parle indifféremment de genre et de classe.

Whately et Mill signalent le sens analogique de même.  Ils ont le même emploi.  la même maladie

Nous nous flattons en vain d'arriver à la science par une voie plus courte ;  la connaissance, qu'on croirait acquérir par le secours des mots, serait apparente et non réelle. [deux objections 1- la « science » n'est ni strictement ni uniquement « transmissible » par le seul langage impossibilité matérielle de refaire les calculs et les expériences] et 2- le langage reste incontournable nonobstant les restrictions qu'on peut y apporter :  quitte à employer un argument ad hominem, l'auteur n'espère-t-il pas nous convaincre par la seule vertu de son langage ? ]  L. Dugas (1896)

Pour communiquer, il faut avoir des pensées communes.  Or les hommes n'en ont jamais qui soient telles, au moins à la rigueur. Nous n'avons point en face des mêmes objets les mêmes sensations. Louis Dugas (1896)




L'abstrait

« Russell se place au point de vue de la compréhension.  Par conséquent le genre est pour lui antérieur à l'espèce, et le summum genus est antérieur à tout. Cela n'aurait pas d'inconvénient si le summum genus était fini; mais s'il est infini, il faut poser l'infini avant le fini, c'est-à-dire regarder l'infini comme actuel. »  Henri Poincaré (1908) — Je ne suis pas sûr qu'il y ait une raison de faire du genre l'antérieur de l'espèce ou inversement.  Cela ne change pas grand chose à la critique qu'il fait de la logistique, mais en compréhension, le genre est l'intersection des espèces, sauf erreur de ma part.

« L'essentiel est de voir qu'il existe en nous des composés très complexes d'éléments psychiques abstraits, et que l'un de ces éléments peut être spécialement associé à un nouveau système qui l'extrait pour ainsi dire du premier, non pas complètement, mais en le mettant du moins spécialement en activité, en le faisant servir de trait d'union entre les deux systèmes. L'acte par lequel l'élément d'un système abstrait est ainsi associé à un autre système, ou du moins mis particulièrement en activité de manière à pouvoir contracter cette nouvelle association, cet acte est un jugement. »  Frédéric Paulhan (1889a).

« La similitude est une identité partielle parmi les caractères des objets semblables, les uns sont identiques et les autres différents. L'analogie est un cas particulier de similitude. Sans qu'un seul caractère perceptible soit identique dans deux objets, il peut exister entre les caractères d'un objet des relations qui se retrouvent identiquement entre tes caractères de l'autre objet. On peut dire que l'analogie est une similitude abstraite. L'observation sensible immédiate peut ne pas découvrir l'analogie, celle-ci ne se manifestant que par la comparaison de relations abstraites entre les caractères de deux objets. »  Ernst Mach (1908).

« Une analyse poussée démontre sans peine que le concept, à l'introspection, est proprement le mot, et, le mot étant dans un certain rapport avec un fait moteur, nous serons conduits à dire « le concept, à l'introspection, est nécessairement facteur de faits corporels ou moteurs » et cette proposition n'est pas loin d'avoir un aspect intrinsèque, sinon une consonance, qui la rapproche de la théorie de James. cf. la théorie si célèbre sur l'émotion, dite de James-Lange, théorie selon laquelle l'examen introspectif de l'émotion nous révèle les traces manifestes des réactions corporelles et qui s'exprime dans cette simple formule je ne tremble pas parce que j'ai peur, mais j'ai peur parce que je tremble. »  Dan Badareu (1925).




Non-seulement le vocabulaire de la langue s'étend ou se resserre, elle perd ou acquiert des idiotismes, sa règle syntaxique s'épure ou se corrompt; mais encore les mots sont comme des pièces de monnaie dont l'empreinte s'efface, qui s'usent et se déprécient par la circulation leur sens propre tombe en oubli; on perd la trace des analogies qui ont successivement amené les diverses acceptions figurées il n'y a plus entre les idées et les images, entre les pensées et leur expression sensible, entre la construction matérielle des éléments du langage et leur valeur représentative, cet accord que la raison réclame. Le néologisme et l'archaïsme, les alliances bizarres de mots, les tournures forcées et affectées, naissent de la recherche d'une énergie d'expression que la langue, à son état de pureté, semble avoir perdue par un trop long usage. Ces remarques, qui ont tant d'intérêt pour le philosophe, ont dû souvent être faites mais on ne les trouvera nulle part plus ingénieusement exprimées que dans l'élégante préface mise, au nom de l'Académie frauçaise, en tête de la sixième édition de son Dictionnaire. Antoine-Augustin Cournot (1851a)




Drôle d'induction

Il est vrai que Poincaré a nommé induction complète un raisonnement déductif d'une nature spéciale, mais remarquons-le, le raisonnement qualifié ainsi par Poincaré a un autre nom qui en caractérise beaucoup plus précisément la nature c'est le raisonnement par récurrence. Si Poincaré i'a qualifié d'induction complète, c'est moins pour le nommer que pour appeler l'attention sur son caractère généralisateur qui le rapproche, à certains égards, de l'induction baconienne. Jacques Picard (1932) V

Cette théorie ne supporte pas l'examen.  Martial de Fornel de la Laurencie (1906) [à propos du raisonnement par récurrence, avancé par Poincaré  ;  il oublie Peano et passe à côté en lui substituant le principe d'identité qui « est vérité [qui] est universelle et dérive de l'essence même des choses ».] [le mérite du raisonnement par récurrence est de justifier l'application répétée de l'égalité sans en faire une vérité essentialiste ni universelle. « L'universalité » de la récurrence tient uniquement au « pour tout n appartenant aux entiers naturels », dans la version que j'ai sous les yeux (Omnis)]

Observons en terminant que cette induction [raisonnement par récurrence] n'est possible que si une même opération peut se répéter indéfiniment.  C'est pour cela que la théorie du jeu d'échecs ne pourra jamais devenir une science, puisque les différents coups d'une même partie ne se ressemblent pas. Henri Poincaré (1902)

J. Bernoulli a trouvé la belle méthode qui permet de transformer ces inductions incomplètes en inductions complètes. Il a appliqué à la somme des carrés, des cubes, etc., ce procédé, dont voici le schéma: soit f (n) le terme général de la série et F (n) la formule de la somme, trouvée par induction. Cette formule est valable, quel que soit n, si F (n) + f(n + 1) = F (n+ 1). [voir Bouvier, George & Le Lionnais]

La plupart de nos jugements généraux nous sont fournis par induction incomplète. Ernst Mach (1908)

Contre la logique formelle

En résumé, on ne peut définir la logique la science des lois formelles de la pensée, sans s'exposer aux inconvénients suivants :  1° On contredit l'opinion commune et celle des plus grands philosophes ;  2° On dénie le titre de logiciens à ceux qui semblent l'avoir le mieux mérité ;  3° On retranche de la logique presque toutes les questions qui lui ont appartenu de temps immémorial, et en la réduisant à une partie des actes du raisonnement, on laisse de côté les procédés qui ont le plus grand besoin de règles ;  4° On parle un langage 'technique, obscur, équivoque ;  5° On confond la logique avec une partie de la psychologie, ou bien on lui ôte tout rapport avec les sciences on supprime donc son caractère pratique et ses applications ;  6° Si la logique doit ignorer tous les objets de la pensée et l'existence même de la vérité, elle enfantera nécessairement le criticisme ou scepticisme transcendantal ;  7° Enfin, cette définition est celle d'une école, non celle de tout le monde.  Charles T. Waddington (1857)

Jean-Claude Choul.

relecture partielle avec quelques corrections mineures [juillet 2011].





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