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Sens et dénotation




première tranche





Les phrases ont-elles un sens ?  I





Table d'orientation  —  page 1

Grille d'intelligibilité  ·  Synèses  ·  Le tout :  la phrase comme « unité »  ·  Du tout aux parties  ·  Les syntagmes et les sémiotaxies  ·  L'« indirection »  ·  Sur la dénotation  ·  Sens ou dénotation ?  ·  bouteille  ·  eau  ·  minérale (eau)  ·  bouteille d'eau minérale  ·  être  ·  table  ·  génie  ·  suppléer  ·  expérience  ·  stoïcien  ·  refuser  ·  voir  ·  mal  ·  douleur  ·  erreur  ·  inhérent  ·  esprit  ·  humain  ·  Rappel des exemples  ·  Modèle sémiocognitif de la théorie des opérations sémantiques  ·  Notations  ·  parcours première version & parcours révisés





Document de travail


Cet examen a un point de départ lointain, littéralement à l'aube de ma propre recherche, une observation faite il y a longtemps, mais dont les effets devenaient redoutables sous la triple pression que représentent les tenants du sens de la phrase (cf. l'idée d'une « phrase asémantique »), les héritiers de Frege et les compositionnalistes.  Double, direz-vous, mais pas si l'on tient compte du courant que signale la note au bas de la page

Normalement, dans la théorie des opérations sémantiques, la phrase est laissée à la syntaxe ou à la pragmatique et à l'Énonciation, sauf dans l'Essai de sémantique qui regroupe des travaux antérieurs.  La phrase est quelque chose dont se servent les parlant-la-langue, les locuteurs.  On connaît la tradition (répercutée par Grevisse) qui veut que la phrase se caractérise par un « sens complet ».  C'est apparemment le cas de ce premier exemple :  Le génie supplée l'expérience.

C'est aussi le cas de celle-ci, signée par un Prix Nobel :  La bouteille d'eau minérale est sur la table.  Comme à mon habitude, je prends mes exemples dans les dictionnaires, la bouteille vient de Lexis et le génie de mon Petit Larousse de 1918.  Ces deux phrases ne sont pas également sémantiques si l'on revient à cette observation qui me gênait déjà en 1979 et plus encore en 1987, quand j'ai fait une « description sémantique » de plateau (toutes ses acceptions).

Je disais à cette époque travailler sur des « descriptions » lexicographiques (les définitions) pour en tirer le sens.  Ce qui me gênait déjà c'est que ‘plateau’ tout en étant un mot est surtout une chose (en fait plusieurs choses, mais le nombre ne change rien à l'affaire) et a priori une chose n'a pas de sens au sens de la sémantique, même le nom d'une chose pas de sens (sauf si vous parlez de son étymologie, et encore, sous réserve d'autonymie métalinguistique), à moins que sens ne veuille rien dire.  Cette gêne m'a graduellement poussé à abandonner l'idée qu'il puisse y avoir des sèmes avec pour résultat le rejet de toute démarche rappelant l'analyse sémique.

Il ne devrait pas y avoir d'inconvénient à employer le terme de ‘nom’ en sémantique ;  c'est une tradition grammaticale et c'est une catégorie qui permet de les distinguer des autres classiques « parties du discours » que bien des linguistiques modernes ont conservées.  Mais il y a un risque de confusion avec l'usage qu'on adopté certains philosophes et autres mathématiciens, surtout anglo-saxons, mais on rencontre l'emploi chez Gottlob Frege, dans son Über Sinn und Bedeutung de 1892.

« The designation of a single object can also consist of several words or other signs.  For brevity, let every such designation be called a proper name. »  Je le cite en anglais comme j'utilise la traduction faite par Max Black.  Si la désignation est introduite un peu tôt dans la discussion, ce n'est pas un mal, mais il faudra, en ce qui nous concerne, considérer la dénotation pure et simple.  Il propose donc de traiter la bouteille d'eau minérale et les souris commes des noms propres (voir les exemples plus bas)  —  on admettra que c'est osé, même sous couvert de brièveté, mais on sait qu'il avait la tête dans les étoiles.  Nous y reviendrons.  Ah, il ajoute :  « The sense of a proper name is grasped by everybody who is sufficiently familiar with the language or totality of designations to which it belongs; »  Non seulement tous les noms et expressions sont des noms propres, mais ils ont un sens pour ceux qui connaissent la langue ou la totalité des désignations auxquelles ils appartiennent.  Autre difficulté, qu'est-ce que la « totalité » des désignations ?  Je ne connais certes pas la totalité des individus ni des classes « souris », pas plus que je ne connaisse les Stoïciens que le dictionnaire a gratifiés d'un statut analogue à celui de nom propre, mais pas à son ordre alphabétique.

Aujourd'hui la définition qu'on trouve dans un dictionnaire, ses acceptions, ses emplois, qu'on dit couramment être des sens ne le sont pas à proprement parler :  on a, comme c'est le cas dans le langage ou la langue, un produit mixte, où on trouve des éléments d'information (ou de connaissances), des éléments de description et, bien sûr, pour que subsiste la sémantique, des éléments de sens (quelques-uns).  En réalité, bien sûr, le lecteur du dictionnaire, si tant est qu'il existe, a devant lui des mots, dont la plupart sont organisés en phrases explicatives ou illustratives (jusqu'aux citations très littéraires du Robert et du TLF).  Mon propos n'est pas de disserter sur les articles de dictionnaire, mais de comparer les structures SVO données en phrases-exemples (expression qui me vient des lexicographes du très pédagogique Bordas du français vivant [1976], époque où la lexicographie bouillonnante nous a donné le Lexis après le DFC). 

On pourra accorder que le génie de 2) reçoive chez certains auteurs (Chateaubriand, par exemple) le même honneur que les stoïciens, mais la bouteille reste une bouteille, c'est-à-dire un récipient ou un vase, généralement en verre, et dans la famille des récipients, elle est la grande sœur du flacon et de la fiole.  Frege admet que la connaissance d'ensemble de la référence exigerait que nous disions si tel sens ou non lui appartient, savoir inaccessible, dit-il, mais sans doute pas pour les raisons qu'il croyait.  La première étant que le sens et la référence n'ont en principe rien à voir l'un avec l'autre.

La note de Frege à propos d'Aristote donne un exemple de référence identique :  « le précepteur d'Alexandre le Grand qui est né à Stagire » (il n'oublie pas la désignation qui fait aussi de lui l'élève de Platon  —  question incidente :  est-ce de là que viennent les descriptions définies de Russell ? ) ;  ce qui frappe c'est que Frege considère ces formulations comme des variations de sens.  On voit qu'au départ il n'est pas possible de suivre sans précaution le mathématicien.  S'il y a synonymie dans la désignation ou la dénotation, le sens est évacué.

Ou si l'on veut, comme dans le cas du Mormon voleur ou voleur mormon de Max Black, il faudra dénombrer tous les natifs de Stagire, pour mettre la main sur le Stagirite.  Avec les précepteurs d'Alexandre, la classe est probablement restreinte.  Un problème accessoire des exemples à noms propres (les vrais, surtout historiques), c'est qu'il font appel à bien autre chose que ce qu'on attend d'une phrase ordinaire, comme « la concierge est dans l'escalier », même si elle n'est peut-être plus très fréquente.

Il y vient tout de même en signalant qu'il ne faut pas confondre les idées associées avec la référence ou le sens d'un signe, comme il admet également que le sens (au sens où il l'entend) est sacrifié dans l'usage de tous les jours :  c'est de la référence qu'il est question.  Par idée associée, cependant, il entend la représentation qu'a l'auditeur ou le lecteur d'une référence/d'un référent.  Si le référent est un objet perceptible, c'est une image interne.  Il la dit saturée d'affectivité.  Mais c'est encore avec un exemple classique (Bucéphale) qu'il expose son point de vue sur la non identité des représentations (les idées) d'un invidu à l'autre.  Par opposition il avance curieusement que le sens est une propriété beaucoup plus commune et qu'il n'appartient pas à l'esprit d'un individu.  Le sens serait évanescence ?

Il ne se rend pas compte qu'il y a contradiction à refuser à ses interlocuteurs une idée partagée s'il leur permet de partager le sens.  Il perd de vue que l'une et l'autre sont des « états de conscience ».  Il semble plus à son aise avec la référence ou le référent :  mais il y a dans la classe des Bucéphale la monture de Sancho.

Le référent d'un « nom propre » est l'objet même désigné par ce moyen.  Mais il entretient l'idée qu'une phrase puisse ne pas avoir de référence.  L'arrivée d'Ulysse endormi à Ithaque.  Il y aurait des mots sans référence, ne possédant qu'un sens.  La difficulté ici c'est qu'on ne sait pas de quoi il parle.  D'accord, le Soleil est un « objet » et non un sens, mais tout va dépendre de la phrase où le mot apparaît.  Mais j'anticipe sur ma conclusion.

Il semble que Frege ne soit pas en mesure d'imaginer que le référent puisse être « fabriqué » pour les besoins de la cause.  Il lui faudrait distinguer le référent de la représentation qu'on s'en fait et postuler la possibilité de référent imaginaire (pour quelqu'un de notre époque, le Bucéphale d'Alexandre et celui de Sancho font tous les deux l'objet d'une représentation, mais leurs référents pourraient bien se confondre également (l'histoire et l'imagination ont toujours fait bon ménage).

Frege ne tarde pas à abattre ses cartes, sans vraiment avoir fait le tour de la question :  la référence est la valeur de vérité de la phrase.  De notre point de vue, c'est l'équivalent d'un cul-de-sac intellectuel, en plus d'une déception.  Et il cherche confirmation de ce qu'il avance chez Leibniz.  Pourquoi tout de go ne pas remonter à Aristote (pardon, au Stagirite) ?  Nous reviendrons peut-être à Frege si nous abordons, comme lui, les phrases complexes, c'est-à-dire comptant complétives ou subordonnées.  Mais les verbes gnostiques ont fait l'objet d'une étude à part et sont repris in fine avec l'hypothèse Gamma dans « De l'inférence sémantique ».

Dans mon application de la grille d'intelligibilité (deux premiers graphiques), j'ai eu l'occasion d'exploiter moi-même un énoncé relatif à des connaissances potentiellement partagées (troisième graphique :  Charlemagne).  La version faisant figurer les catégories est récente et diffère superficiellement de la première.  La grille est présentée sous forme de tableau dans l'Essai de sémantique.


  




Le tout :  la phrase comme « unité »


On peut donc aborder le problème de la phrase et de son sens par deux bouts :  d'une part, par le tout et de l'autre, par ce qui sont être réputées ses parties.  En partant du tout, ou de la grille, dont les postes sont diversement saturés, on pourra faire usage de la notion de synèse, qui a connu un retour à « la vie » dans « De l'inférence sémantique », avec son application à ce que Revault d'Allonnes considérait comme des schèmes.  La phrase 1), par exemple, exploite la synèse qqch-est-qqp (quoi-est-où), qu'on dérive de la grille (qui ne cache pas sa nature référentielle).

1)  La bouteille d'eau minérale est sur la table.


  

Cette synèse n'est illustrée qu'une fois dans les exemples, mais 2) donne lieu à un modèle plus fréquent : 

2)  Le génie supplée l'expérience.


  

Mais qui ne représente que 6) dans notre série.  On remarquera que la grille d'intelligibilité n'est pas pointilleusement grammaticale :  les temps sont négligés ;  je m'en tiens à ce que signalait un membre fondateur de la Société de Linguistique de Paris, Thurot (1868) qui faisait remarquer :  « les temps n'expriment pas autre chose que la simultanéité, l'antériorité ou la postériorité de l'action relativement à une autre ».  3) offre une variante par rapport aux deux modèles précédents, principalement en vertu de l'infinitive : 

3)  Les Stoïciens refusaient de voir un mal dans la douleur.


  

Les liens grammaticaux de ces deux synèses juxtaposées (il y a complétive infinitive) seraient plus clairs dans le schématisme de Tesnière ou dans les portemanteaux de la GT.  Ma propre représentation gagne à scinder les deux actions :  « refuser » et « voir », comme le montre le deuxième graphique.  Voir plus bas la synèse avec ses termes.  Une variante avec le texte côtoie les souris vosgiennes.  4) est moins complexe, mais demande sa propre synèse : 

4)  L'erreur est inhérente à l'esprit humain.


  

L'exemple 5) présente une variante par rapport à 4), mais aussi par rapport à 3) : 

5)  On a soutenu l'innéité des principes rationnels dans l'esprit humain.


  

6)  Les souris ont abîmé deux sacs de pommes de terre. (Oscar Bloch [1877-1937] dans son Lexique du patois des Vosges).


  

Quand on compare 1) et 6) à 2) et 4) viennent à l'esprit les catégories d'abstrait et de concret.  Mais s'agit-il vraiment de cela ?  3) donne un exemple de cooccurrence des deux :  la douleur est physique et le mal abstrait.  D'ailleurs la référence s'accommode aussi bien de l'abstrait que du concret, tandis que le sens est plus difficile, malgré une sémantique intuitive qui voudraient distinguer un sens concret d'un sens abstrait (on a compris qu'elle prend alors la référence pour le sens [il s'agit de la bonté et des bontés de Marguerite, je crois  —  ‘bonté’ est alors comptable, donc dénotative]).

Avec la grille et les synèses on a vu que les anciennes catégories mentalistes (circonstances rhétoriques mais aussi celles de l'instruction criminelle ;  elles remontent à l'Antiquité pour l'essentiel, transmises par Quintilien).  La phrase construit une situation ou la décrit.  Si nous sommes à ce moment-là dans la référence, c'est que le sens se situe avant ou ailleurs.


Du tout aux parties

Pour revenir à la cohabitation de l'abstrait et du concret dans la référence, on verra qu'avec deux symboles, on rend compte de la plupart des syntagmes ou même de leurs membres.  Dans la théorie des opérations sémantiques, il s'agit de ℝ et ℕ.  Le référent matériel et la notion.  Soit 5) où l'on note un mixte : 

5)  [On]ℝ a soutenu [l'innéité]ℕ des [principes]ℕ rationnels dans [l'esprit] humain.

On remarque immédiatement que l'adjectif (‘rationnel’, ‘humain’), pas plus que le verbe n'est marqué.  ‘soutenir’ serait marqué ℝ s'il s'agissait de son premier « sens », que le TLF appelle « emploi concret » où « le complément désigne une entité matérielle ».  Ce qui dans le métalangage de la théorie prend le nom de sens direct ;  dénomination liée à l'idée de l'indirection du sens par rapport à la pure dénotation, mais ce nom impropre (sens direct) est susceptible de disparaître au terme de cette réflexion.

Ces deux adjectifs doivent faire l'objet d'une vérification car il ne s'agit pas d'une propriété ou d'une qualité, mais d'un adjectif dit « relationnel », que signale le Dictionnaire de linguistique.  ‘rationnel’ est dérivé de ‘raison’ qui est une notion.  L'adverbe ‘rationnellement’ présente un cas de la grille :  manière.  Si l'on cherche à le marquer dans une phrase, on aura recours à Κ pour « catégorie » ;  pour l'instant, je n'ai pas d'exemple impliquant un adverbe.  Le signe du sens peut être emprunté à la signification, comme dans le cas présent la confusion n'est pas cruciale :  « [hanté]Σ par les idées noires. »

Pour ‘humain’, il s'agit de la première acception (mon informateur est le même dictionnaire qui m'a donné cette phrase-exemple), c'est-à-dire qu'il s'agit de l'esprit {qui appartient à l'homme}.  Si l'adjectif semble notionnel (il ne désigne pas) comme le mot qu'il qualifie, on admettra qu'il est mixte, alors que l'adverbe présente trois acceptions, dont deux sont nettement éloignées de la première, que le dictionnaire ne permet pas de préciser :  humainement ≍ {en homme}.  La vérification du côté de ‘viril’ ne donne pas d'interdéfinition.  Bordas suggère {ferme et courageux}.  Compte tenu de ces détails, la phrase 5) se note plus complètement, avec un rapport sémantique de 1 à 7 : 

5)  [On]ℝ [a soutenu]Σ [l'innéité]ℕ des [principes]ℕ [rationnels]ℕ dans [l'esprit] [humain].

On peut aussi pencher pour une version apparentée où ‘humain’ est a) dérivé d'une dénotation à référent notionnel et b) n'a donc pas d'autre référent que notionnel, décalé, ce qui permettrait d'y voir un sens.  Le cas d'‘esprit’ est déjà une dénotation tertiaire et toutes notionnelles en réalité, ce qui entraîne la modification suivante : 

5)  [On]ℝ [a soutenu]Σ [l'innéité]ℕ des [principes]ℕ [rationnels]ℕ dans [l'esprit] [humain]Σ.

L'étiquetage des phrases 1) et 6) est plus simple.  Je n'en donne qu'un exemple, celui qui recèle peut-être quelque chose pour le sémanticien, grâce à son verbe. 

6)  Les [souris] ont abîmé deux [[sacs] de [pommes de terre]].

Avant de passer aux parties de la phrase, il faut signaler les indicateurs déictiques, dont le rôle est d'assurer le fléchage référentiel, même lorsque l'unité en question n'est pas foncièment dénotative (cette catégorie comprend également les embrayeurs de Jakobson).  En effet, contrairement à ce que pensait Frege, la référence ne se fait pas sur un plan unique, celui du monde réel, mais bien à un niveau cognitif également et parallèlement, qu'on prendra soin de ne pas confondre avec l'idée contre laquelle il nous mettait en garde (cf. la signification dans le modèle sémiocognitif sous-jacent, signalé ici pour mémoire, sous le tableau des exemples, en bas de page).  Comme le français se passe difficilement d'articles et assimilés, on a tendance à ne pas y faire attention, mais leur rôle déictique est indubitable.

[Le] génie supplée [l']expérience.  [La] bouteille d'eau minérale est [sur]localisation [la] table.

J'ai profité de l'occasion pour indiquer la nature référentielle des prépositions.  C'est aussi le cas pour les objets notionnels « l'innéité des principes rationnels [dans]lieu l'esprit humain » et « un mal [dans]lieu la douleur. »


Les syntagmes et les sémiotaxies

Ceci ne veut pas dire que j'assimile toute préposition à un fléchage référentiel et que je leur nie un sens :  ce n'est certainement pas le cas de la plupart de locutions prépositives (cf. à l'intérieur de), même si elles jouent leur rôle grammatical sous forme de bloc.  Toutefois, il ressort de ce qu'on a vu jusqu'ici que la phrase, en gros, est dénotative et si elle ne désigne pas, elle met en place un cadre référentiel, dans les linéaments sont donnés par sa structure de base, SVO, et sur laquelle se construit une situation par l'adjonction de circonstances (coordonnées).  On peut estimer que dans l'éventualité où elle ne compte pas d'éléments situationnels déterminants, c'est la situation à laquelle elle se réfère qui vient alors la compléter.

Bien que pour ce qui suit j'utilise les dénominations classiques des parties du discours, il faut garder à l'esprit que la forme phrastique habituelle du mot est le syntagme et que dans la théorie des opérations sémantiques celui-ci est le plus souvent une sémiotaxie (y compris les noms composés, comme pomme de terre) et, s'il s'agit d'un verbe, d'un module verbal (cf. « refusaient de voir » dans 3) ou dans 4) « est inhérente à », [V+Adj+Prep]).  Comme on peut faire le découpage suivant dans 5) : 

(5)  [On a soutenu l'innéité]module des [principes rationnels]syntagme dans [l'esprit humain]sémiotaxie.

La distinction entre syntagme et sémiotaxie est d'ordre technique et n'a pas d'incidence majeure dans la présente discussion sauf que la sémiotaxie est décidément sémantique.  À propos du module de (5), [S+V+Compl], le complément comprend en réalité toute la portion de la phrase après le verbe :  la clôture du crochet est d'ordre pratique.

Dans l'examen des parties de la phrase, sans prétendre faire de la lexicologie rudimentaire, je serai amené à faire état de certains dérivés.  Ainsi, à partir du nom (commun), j'envisagerai les noms, puis les verbes correspondants ainsi que les adjectifs.  À partir des verbes, réciproquement l'attention se portera sur les verbes dérivés, puis les dérivés nominaux et adjectivaux et dans l'étude des adjectifs, je remonterai le fil vers le nom ou le verbe et en aval vers l'adverbe.


L'« indirection »

Dans l'hypothèse de l'indirection [note] qui sera obligatoirement évoquée et examinée ici, le sens comporte au minimum deux temps dans sa diachronie liée à une forme lexicale.  Je l'ai d'abord formulée pour éviter de parler de sens propre ou littéral et figuré ou dérivé.  La première formulation maintient une diachronie minimale, avec un sens ancien ou originel auquel succède un sens moderne ou courant (sans nécessairement défalquer l'autre), qui prennent les noms de premier ou historique et actuel ou moderne, avec deux niveaux d'indirection.  L'exemple choisi à l'époque m'a amené à donner trois « temps », en diachronie et en transformation.  Je reproduis le tableau d'origine.


indirection de ‘minerve’
⇩  ⇨historiquemoderneactuel
directdéesse de la Sagesse (Rome)
indirectesprit, intelligence, cervelle, tête (1626)
+indirectappareil orthopédique pour le cou ou la tête en cas de traumatisme vertébral (1842)


La première observation concerne naturellement le fait que plutôt que d'être une indirection, la troisième transformation se trouve à être une redirection en quelque sorte, par un retour à la dénotation :  extension nouvelle, toutefois.  Néanmoins, on note que la première dénotation entraîne une sémantisation du nom propre, dans ce cas précis.  Le stade sémantique ici commence donc avec l'indirection et l'on peut dire que le « sens » est indirect.  La première étape du terme est une référence directe ou dénotation.  Si par la suite j'ai pu parler de « sens direct », c'était par amalgame et sans doute pour plus de simplicité.  Il ne faut toutefois pas préjuger des résultats de la présente enquête.

Il ne s'agit non plus pour moi de me livrer à une étude étymologique ni de rivaliser avec le recensement d'un dictionnaire en ce qui concerne les acceptions successives que connaît une unité lexicale.  Ce que je cherche à établir ici c'est la part du sens dans la constitution d'une phrase.  Or, on a vu plus haut que la phrase elle-même ne pouvait pas constituer une unité sémantique ni même être considérée comme sémantique et cela à l'encontre des habitudes de pensée qui résultent d'expressions comme « phrase asémantique » issues d'une tradition qui n'a rien à voir avec l'étude du sens et où il ne sert qu'à cautionner le manque à gagner d'une syntaxe.  Une phrase est asémantique quand elle est irrégulière et ne peut pas être dite agrammaticale (y a-t-il des phrases asyntaxiques ? )

L'exemple que donne le Dictionnaire de linguistique est typique :  « Le corridor élucide le trottoir » qui dérive probablement de « Le corridor éclaire le trottoir », parfaitement compréhensible.  Les traits invoqués n'ont rien de sémantique :  {objet concret}, {abstrait} et {complexe}.  Il serait préférable de parler de phrase ininterprétable.  On notera qu'ici je ne critique pas le dictionnaire.  Tesnière avait une phrase [« sémantiquement absurde »] de ce genre bien avant le chomskysme :  « Le signal vert indique la voie libre » → « Le silence vertébral indispose la voile licite ».  Les phrases en question sont dites asémantiques alors qu'elles ne comportent que des syntagmes où l'intersection de traits descriptifs fait défaut.  Elles sont plus près de l'incohérence que de l'absence de sens, puisque, ne fût-ce que dans ces exemples classiques, tous les mots entrant dans leur composition peuvent recevoir un ou plusieurs « sens » au sens général du terme :  ‘corridor’ et ‘trottoir’ ont plutôt des dénotations, comme ‘voile’.  ‘silence’ présente l'intérêt d'une dénotation notionnelle :  quelque chose qui n'est que non perçu.

Il n'est pas question non plus de construire des tableaux exhaustifs pour chaque terme retenu comme point de départ :  littéralement, toutes les unités lexicales apparaissant dans les phrases-exemples retenues, soit bouteille, eau, minéral, être, table, génie, suppléer, expérience, stoïcien, refuser, voir, mal, douleur, erreur, inhérent, esprit, humain, soutenir, innéité, principes, rationnels, souris, abîmer, sac, pomme de terre.

Sauf exception, je me contenterai de mon vieux compagnon le Petit Larousse 1918, mais la consultation du TLF sur le site du CNRTL pourra compléter l'information, car une qualité du TLF consiste à donner un paradigme et une liste de syntagmes pour certaines formes, et parfois, par emploi ;  cela, en plus de recenser les emplois des dictionnaires du XIXe siècle.  Il m'arrivera également de consulter le PR 2001 sur cédérom.


Sur la dénotation

Perry (voir note) suppose à tort ou à raison un « mécanisme » sémantique entre le mot (le nom propre pour lui) et son référent ;  en français, comme je l'ai fait remarquer cette tâche est assurée par les déictiques (ce qu'il appelle indexicals), c'est-à-dire que pour un nom commun la désignation se fait par leur entremise, tandis que le nom propre désigne généralement un individu (l'article a alors un rôle pratiquement inverse: « les Nobel comme les Pasteur sont rares »).  Je ne m'encombrerai pas des déictiques, comme je cherche surtout à établir si oui ou non la référence semble ici s'opposer au sens.  Or il n'en est rien dans la réalité.  C'est pourquoi il est nécessaire de ne pas confondre dénotation et référence (il est plus sûr d'assimiler référence et extension).  Les locutions [paramètres] (jeter l'éponge, envoyer paître, à charge de revanche) ont une référence, au moins dans la mesure où ils se rapportent à une représentation cognitive rapportable à une situation.  Dans un cas comme celui-là, même sans dénotation, le sens est relayé par la référence.  La dénotation s'entend alors comme la correspondance entre une unité linguistique et une classe d'extension d'objets matériels ou notionnels ;  la désignation individualise ce rapport.  On notera le double plan référentiel de la dénotation qui est aussi celui de l'extension :  le plan de l'objet (référent) et le plan de la représentation de l'objet (référent bis ou cognitif  —  un produit et non une opération).  Dans le cas d'une dénotation notionnelle comme ‘innéité’ le plan de l'objet est celui de sa représentation.  Soit le schéma ci-dessous.  Le niveau supérieur est cognitif.  La dénotation identifie ;  la désignation isole.

Le Dictionnaire de linguistique, à propos de la GT, fait cohabiter une théorie de la référence avec une théorie sémantique, mais sans discrimination d'objet, c'est-à-dire que dans le « domaine » des sièges et de la chaise, chaque théorie reçoit son ordre de mission :  le sens se décrit à partir de traits récurrents et la référence par sa dénotation où l'objet est alors un objet du monde.  Le problème est alors que les traits récurrents sont eux-mêmes référentiellement des objets matériels dans une extension, d'une part, et, de l'autre, qu'ils ne sont pas des éléments de sens, mais des parties constitutives de l'objet physique quand ils ne désignent pas la fonction ou l'action qu'ils permettent.

Mise en garde :  la citation suivante est donnée in extenso pour dissiper toute méprise à propos de la dénotation telle qu'elle est entendue ici  —  seule la partie en ocre correspond, à condition d'omettre le « signifié »  —  « En linguistique, on désigne par « dénotation » la propriété qu'a le signifié d'un mot de renvoyer à toute une classe d'objets ;  en ce sens la dénotation peut être opposée à la désignation.  La dénotation constitue un élément de signification constant, non subjectif, d'une unité lexicale, valant pour l'ensemble des utilisateurs de la langue ;  en ce sens, la dénotation s'oppose à la connotation.  Ainsi, les noms propres ont une dénotation, mais pas de connotation.  La tendance générale veut que l'on recoure à l'opposition dénotation/connotation pour distinguer ce qui constitue le sens fondamental et stable d'une unité (sa dénotation) et ce qui constitue les effets subjectifs qui peuvent naître de son utilisation dans divers contextes (sa ou ses connotations). »  Encyclopédie Hachette Multimedia  —  On remarquera l'erreur à propos des noms propres :  Attila et Hitler, Staline et Robespierre ont tous, comme Néron, une « signification ajoutée » sous forme de valeurs associées péjoratives.  Cette erreur a une explication révélatrice ;  il semble bien que Hachette s'inspire de façon myope du développement encyclopédique du GDEL à l'entrée dénotation, mais comme il faut faire court, on sabre à tort et à travers, si bien que c'est à la connotation (= compréhension) dans la logique de J. S. Mill que se situait la phrase à l'origine, où elle était parfaitement acclimatée, les noms propres n'ayant pas de sens, sauf emploi spécifique (cf. mon exemple avec Pasteur et Nobel).



Le sens est absent de ce schéma, mais on le trouve dans les « parcours » potentiels de la forme au référent cognitif qui se trouvent à gauche en pied de page.  Ces parcours sont repris et enrichis page 2, où ils se trouvent au même endroit.

On notera à propos de « l'indirection » que la dérivation ou la création lexicale quelque figurée qu'elle semble ne commande pas systématiquement l'apparition d'un sens.  C'est pourquoi dans des cas comme celui de ‘bouteiller’, π le verre bouteille on peut parler de redirection plutôt que d'indirection (même si la forme d'origine n'est pas maintenue) :  dans la fabrication du verre, se remplir de bulles d'air, se goder (TLF).  On ne peut pas dire qu'il s'agisse d'un sens figuré puisqu'il s'agit de la première acception du terme.


Sens ou dénotation ?


bouteille

On a un phénomène apparenté avec un autre terme de la famille de ‘bouteille’ (on ne fera allusion ici qu'aux formes, donc on ne trouvera ni ‘fiole’ ni ‘flacon’) :  ‘embouteiller’ a pour acception figurée (Fig.) :  ≝ bloquer des navires dans une rade à goulet étroit en obstruant ce goulet.  Cela directement après ≝ mettre en bouteille.  l'embouteillage est ≝ l'action d'embouteiller.  ‘bouteillée’ est métonymique, ≝ contenu d'une bouteille.

Comme on le remarque, aucun de ces « sens » figurés ne sont des sens au sens de la sémantique :  il s'agit de dénotation.  L'embouteillage moderne est l'extension de la classe des embouteillages à de nouveaux membres (ici l'extension est doublement référentielle).  Sans gloser sur toutes les classes de syntagmes où apparaît ‘bouteille’, le PL 1918 apporte un peu d'eau à mon moulin :  en dehors de la bouteille de Leyde, qui est un cas semblable à celui de la minerve [redirection], on a ‘aimer la bouteille’ et ‘c'est la bouteille à l'encre’.  Dans les deux cas à la dénotation succède une glose, tandis que l'acception par métonymie ≍ {contenu} est encore une dénotation.  On néglige le bouteiller ou boutillier chargé de l'intendance du vin chez un roi, prince, etc.

aimer la bouteille ≍* {aimer à boire} ;  c'est la bouteille à l'encre ≍ {cela est obscur | embrouillé | on n'y connaît rien}

*≍ = au sens de ;  ≝ = égale par définition (introduit une définition/description du dictionnaire ou une acception.

‘bouteille’ dont le « sens » premier (ou plutôt dans sa première acception) est ≝ vase à goulot étroit pour contenir des liquides ou, selon le TLF, ≝ « Récipient de contenu variable, le plus souvent en verre (plus récemment en matière plastique), à large ventre, généralement à goulot long et étroit, destiné à contenir des liquides », sous-catégorie de la catégorie générique :  « Récipient pour un liquide destiné à la consommation, à un usage familier » est donc un objet du type « contenant ».  Il s'agit essentiellement d'une dénotation, c'est-à-dire de l'identification de l'appartenance à une classe d'objets et d'une description physique plus ou moins générale de l'objet en question.

Toutefois, la bouteille de l'exemple 1) est comme les sacs de l'exemple 6) :  c'est-à-dire qu'il s'agit d'une « bouteille de », comme un ‘sac de’.  La « métonymie » est d'ailleurs réversible ici, puisque la variante 1') est possible : 

1')  L'eau minérale est sur la table.

Le TLF partage ses syntagmes nominaux a) par référence à la matière constituante et b) par référence à l'origine ou au contenu, et beaucoup plus bas reconnaît ≝ P. méton. Contenu de la bouteille (généralement une boisson).  Une bouteille de bière.

eau

Même dans un dictionnaire ancien de petit format (en un volume), ‘eau’ présente un article très riche.  On peut écarter les « eaux » dont la dénotation est « chimique » (eau de Cologne, eau seconde, eau céleste, eau régale, eau oxygénée, eaux mères), ainsi que les eaux-vannes et les eaux et forêts.  On considère également exclues les eaux où il est question d'une dénotation secondaire de l'eau ou par métonymie de liquide s'y apparentant, comme l'eau de source, l'eau minérale, les eaux thermales et le sillage d'un navire, ainsi que la pluie (π il tombe de l'eau), rivière, lac, mer, sueur, salive, larmes, urine, suc de certains fruits ;  toutefois, la limpidité du diamant est un cas spécial comme il s'agit d'une propriété physique, mais également d'une acception figurée.  Le sens ne commence qu'avec l'indirection complète, c'est-à-dire la négation de la référence (au sens de dénotation), qui peut se marquer par la condition référentielle de la règle d'interprétation :  Nager entre deux eaux → ℟ → {ménager deux partis}.  Le PL en donne quatre autres, que je relaie (les symboles sont expliqués en bas de page  —  φ paramètre ;  ▴ preudo-règle [application partielle, descriptive] ;  ∁ contexte/condition ;  ℟ indirection ;  ⋀ et ;  ⊢ {inférence}) : 

▴ φ Coup d'épée dans l'eau ∁ ℟[eau] ⋀ ℟[épée] ⊢ {tentative sans succès}
▴ φ il n'est pire eau que l'eau qui dort ∁ ℟[eau] ⊢ {il faut se méfier des gens silencieux et sournois}
▴ φ se ressembler comme deux gouttes d'eau ∁ ℟[goutte] ⋀ ℟[eau] ⊢ {beaucoup}
▴ φ pêcher en eaux troubles ∁ ℟[pêcher] ⋀ ℟[eaux] ⊢ {tirer avantage du désordre}


minérale (eau)

Les « eaux minérales » font l'objet de deux « descriptions », à ‘eau’ et à ‘minéral’, légèrement divergentes d'ailleurs :  ≝ celles qui sont chargées de principes minéraux, et généralement utilisées en thérapeutique & ≝ qui contiennent des minéraux en dissolution et qu'on emploie en boissons ou en bains.  La famille « minerai » est très riche, mais la plupart des termes sont de purs dénotateurs, de ‘minerai’ à ‘minéraliser’ (remarquable pour les verbes) ;  avec ‘minéralité’ et ‘minéralogie’ nous entrons dans le notionnel, sauf pour ‘minéralogique’ (adj. relationnel, qualifiant un objet matériel) et ‘minéralogiste’ (personne).

‘Déminéraliser’ ne figure pas dans le PL, mais le TLF en fait une action concrète, donc une dénotation, avec un exemple instructif :  « le citron déminéralise ».

bouteille d'eau minérale

Quelque soit l'analyse qu'on veuille en faire, il faut toutefois se rendre compte que le référent [matériel] est ici unique et commutera aussi bien avec bouteille de bière qu'avec « sac de bonbons ».  C'est pourquoi dans les deux représentations des parcours, il y a évolution de la place qu'occupe la syntagmation.  On pourrait même envisager la duplication de la notion de paramètre entre la syntagmation et la métonymie du côté de la dénotation (gauche).  Le paramètre est une cooccurrence d'une grande stabilité et, normalement, conduit à une valeur sémantique non analytique (cf. prendre de la bouteille ≍ {vieillir}).

être

Le verbe ‘être’ est normalement une relation « qui sert à lier l'attribut au sujet », en plus de marquer l'existence, l'appartenance et la localisation (mixte).  Le Dictionnaire de linguistique indique un rôle d'inclusion, qu'il m'est difficile de distinguer clairement de l'appartenance (l'inclusion serait une classe dans une classe :  les professeurs sont des fonctionnaires).  Comme dans les cas précédents, le sens où la glose succède à la description se produit dans une syntagmation (ne fût-ce qu'avec une préposition) ou par suite d'une figure (mais on sait que ce n'est pas systématique :  une figure peut donner un dénotateur).  φ être en, φ n'être plus, φ en être, φ en être pour sa peine, φ être à, φ être de.

▴ φ être en ∁ ⊥[vêtement] ⊢ {vêtu}
▴ φ en être pour sa peine ∁ ␏[perte] ⊢ {l'avoir perdu}  —  PR {ne pas recueillir le fruit de ses efforts}
▴ φ être à ∁ ⊨[∈]* ⊢ {dépendre de}
▴ φ être de ∁ [x[∈]y] ⊢ {faire partie de}

*⊨ = analogie ;  ∈ = appartenance.  Voir en bas de page.

table

Dans le PL, la « table » occupe un article assez long, mais la plupart des acceptions sont des descriptions d'objets matériels, malgré l'extension ou la métonymie ;  ce n'est qu'avec la figure en syntagme que l'on passe au sens, mais pas dans les deux premières qui sont des actions relatives à la table où l'on mange, si l'on fait abstraction de φ s'approcher de la sainte table ≍ {communier}.  φ aimer la table forme une métonymie sémantique (par opposition à un simple changement de dénotation), ainsi que φ tenir table ouverte.

Les observations se confirment graduellement :  si l'acception d'origine est une dénotation, l'évolution n'est pas obligatoirement vers le sens et peut être une dénotation secondaire, et ainsi de suite.  Le cas de ‘table’ est très net.  La figure la plus fréquente est la métonymie et celle-ci ne favorise pas le sens comme elle ne repose pas sur une analogie mais une contiguïté matérielle.  ‘mettre la table’ peut sembler favoriser la glose ou l'élucidation par rapport à « mettre la table contre le mur », mais l'action dénotée reste matérielle, même par métonymie.

génie

Le cas du ‘génie’ rappelle celui de ‘minerve’ :  d'abord divinité (donc ℕ), puis personnification (personnage), mais surtout talent, puis le plus haut degré, nouvelle personnification, puis enfin activité matérielle et métonymie pour désigner ceux qui la pratique.  Il faudrait être étymologiste pour démêler le passage du militaire au civil, mais aussi pour expliquer ‘génie’ au sens de {caractère propre et distinctif}ℕ (d'une langue, etc.) ;  même cas pour ‘génial’.

On remarquera le passage de « avoir » à « être » qualité que possède une personne → personne possédant la qualité.  L'acception correspondant au talent (goût ou penchant naturel) n'est pas dénotative, malgré son caractère notionnel :  on peut imaginer qu'on a là quelque chose qui ressemble à un sens [au sens technique].  On trouve le même phénomène avec ‘génial’ :  π poète génialΣ, π idée génialeΣ.

suppléer

Le verbe ici se présente d'emblée comme une notion (une opération sur une notion) et par conséquent tend à présenter un sens plutôt qu'une dénotation (identifier un objet réel dans une classe) ;  s'il y a une classe pour ‘suppléer’ c'est une classe en compréhension.  Comme l'article du PL n'est pas long, je le transcris en pseudo-règles :  ici, je le signale, elles ont un rôle explicatif (d'où leur « pseudo ») et ne tiennent pas lieu d'une interprétation individuelle.

▴ π s'il faut plus de cent francs, je suppléerai le reste ∁ ␏[manque] ⊢ {fournir ce qui manque}
▴ supplée ∁ génie ⊥ expérience ⊢ {remplace | se substitue à}
▴ suppléer ∁ ⊥ un juge ⊢ {être le suppléant}
▴ π la valeur supplée au nombre ∁ ␏[défaut] ⊢ {réparer le défaut de qqch}

Le sens du troisième cas vient curieusement du nom dérivé, ‘suppléant’, et s'applique à des personnes occupant une fonction (‘suppléance’) et n'a donc pas d'incidence autre qu'un relais dans une dénotation.  Le PR ne limite pas la suppléance au cas des fonctionnaires.  On remarque que l'apparition du sens s'accompagne de la possibilité de substitution, pour ne pas dire de la synonymie.  On peut noter également que le PR place le cas qui sert d'exemple en 2) dans le verbe transitif indirect (‘suppléer à’) :  « La volonté puissante de Pierre [le Grand] suppléa à tout ce qui manquait » (Mérimée).

expérience

On peut pratiquement considérer les deux ‘expérience’ comme des homonymes.  Le second, même s'il semble dériver de l'acception concernant une épreuve ou un essai (cf. ‘faire l'expérience de’) a une dénotation matérielle en tant que production, bien que menée dans un but notionnel (l'étude).  Le caractère notionnel fait de la description une forme de glose où il est difficile de faire le partage entre la dénotation notionnelle et le sens comme para/périphrase (la valeur attribuée écarte la composante observation).  La deuxième règle s'inspire en partie du PR, le PL ne donnant pas de phrase-exemple.

▴ expérience ∁ ␏[manque] ⊢ {connaissance pratique}
▴ expérience ∁ φ faire ⊥ de ⊢ {éprouver}

stoïcien

Dans l'exemple, ‘stoïcien’ est un nom, mais je tiendrai compte de l'adjectif, comme dans le cas du dérivé ‘stoïque’ cumulant également les deux fonctions.  L'adverbe est classique, je veux dire par là qu'il s'agit d'une coordonnée ou circonstance de manière (‘stoïquement’), π affronter stoïquement la mort.

Le stoïcisme dénote un objet notionnel, la doctrine philosophique de Zénon, mais le nom lui-même vient de ‘stoa’, « portique », lieu où se réunissait ses disciples.  Le stoïcisme a pour synonyme ou description définie « la doctrine du Portique ».  L'acception figurée est tirée de la morale des stoïciens et constitue un « sens », que détaille la pseudo-règle : 

▴ π supporter les maux avec stoïcisme ∁ ␏[malheur] ⊢ {fermeté | austérité | constance}

▴ stoïcienne ∁ maxime ⊥ ⊢ {qui appartient au stoïcisme}
▴ stoïcien ∁ ℝ[personne] ⊢ {philosophe de la secte de Zénon}
▴ stoïcien ∁ c'est un vrai ⊥ ⊢ {homme ferme | inébranlable}
▴ stoïque ∁ prendre une résolution ⊥ ⊢ {ferme}
▴ stoïque ∁ ℝ[personne] ⊢ {celui qui est ⊥}

refuser

Sur les sept acceptions recensées par le PL, l'emploi de la phrase-exemple 3) se situe en 4e position, avec l'emploi en marine (⌂) à propos du vent et les deux pronominaux.  Le TLF indique la locution verbale [[refuser]de[inf.]] au sens de {repousser (ce qui est proposé par quelqu'un)}.  L'acception I.2.b {ne pas reconnaître} n'est pas recensée pour V+de+V.

▴ refuser ∁ ⊥ toute qualité à un ennemi ⊢ {ne pas reconnaître}

‘refus’ et ‘refusable’ semblent dériver du verbe.  Le TLF ne recense pas cette dernière forme et confirme le refus comme le fait ou l'action de refuser.  Il présente une curiosité dans l'acception technique « refus d'un pieu » où du notionnel on se retrouve brusquement dans le matériel.  On note que l'exemple permet la transformation en ‘refus de inf.’ et en ‘refuser que’ : 

3')  Les Stoïciens refusaient de voir un mal dans la douleur → le refus des stoïciens de voir un mal dans la douleur...

3")  Les Stoïciens refusaient que la douleur fût un mal

voir

Le sémantisme de ‘voir’ est riche, mais le PL omet la glose qu'un locuteur donnerait spontanément de l'infinitif en question.  Le TLF récompense celui qui cherche assez longtemps :  «  2. a) α) Voir qqc.1/qqn1 dans/en qqc.2/qqn2.  Attribuer une qualité, un statut, une fonction à quelque chose /quelqu'un ;  considérer quelque chose/quelqu'un en tant que (support de).  Dans l'homme il [Zola] voit la brute, dans l'amour l'accouplement, dans la maternité l'accouchement (Lemaître, Contemp., 1885, p. 265). »

‘Voir’ est de ces verbes qui exigeraient une monographie détaillée.  Sans s'attarder sur le parcours, on constate que de l'acte dénotatif que décrit la première acception, on est ici dans un sens qui est issu d'une adaptation notionnelle de la perception.  Par la même occasion, on a affaire à une sémiotaxie dans un module verbal [qqn[voir]qqch[dans]qqch] avec possibilité de permutation des compléments.

▴ voir ∁ [qqn[⊥]qqch[dans]qqch] ⊢ {considérer | envisager}

On trouve pourtant à ‘vue’ le sens de {considération}, dans le fil des « manières » de voir, ici naturellement, notionnelles, dont découle le sens.

mal

La dénotation est double (matérielle [physique] et notionnelle), tant pour le nom que pour l'adverbe, mais même le TLF ne recense pas un mal comptable comme celui de l'exemple 3).  Le mal philosophique ou théologique, selon le TLF est précédé de l'article ‘LE’.  Je n'ai trouvé que deux cas d'article indéfini, celui du mal suivi d'un complément de nom (‘mal de chien’) et celui-ci :  (je cite) « L'idée que cet homme est son amant me fait un mal affreux (Dumas fils, Dame Cam., 1848, p. 136). »

Il reste la possibilité d'amalgamer le sens d'{inconvénient} et celui de l'expression paramétrique φ prendre quelque chose en mal

▴ mal ∁ voir un ⊥ dans la douleur ⊢ {inconvénient | mauvais sens}

L'adjectif ‘mal’ dans les paramètres φ bon an, mal an et φ bon gré, mal gré, au sens de {mauvais ⋁ funeste} ferait parfaitement l'affaire s'il pouvait être nominalisé.

douleur

Il est curieux que la double dénotation* de ‘douleur’ ait dans le PL comme dans le TLF comme genre prochain ‘souffrance’ qui est dérivé d'un verbe (‘souffrir’) qui se définit par la douleur, dans l'un comme dans l'autre.  Dans l'exemple 3), la douleur est indubitablement physique, sinon l'opposition ne serait pas intelligible.

*On peut contester le caractère notionnel d'une douleur « de l'esprit » comme dit le PL (il ajoute :  « du cœur ») et « psychique » comme dit le TLF, mais le fait est que la douleur physique a un caractère très concret.

Au plur., le PL donne une dénotation de nature synecdochique (le plus pour le moins) :  π avoir des douleurs ≍ rhumatismes, névralgies.  On note que l'adverbe se distingue par le fait que la catégorie de circonstance est l'accompagnement :  ≝ avec douleur.  L'adjectif décrit une cause de la souffrance ou quelque chose qui marque la souffrance (que le TLF rend par « exprime la souffrance ».

Il est possible d'y voir le passage métaphorique, tant prisé du Robert, de l'abstrait au concret, mais la douleur n'est une notion que pour ceux qui n'on pas mal.

erreur

Le verbe ‘errer’ tient son sens {se tromper} d'une analogie avec le fait (dénotatif) d'« aller çà et là à l'aventure ».  Le sens du nom dans le PL est donné en vrac, sauf pour {méprise}, mais qui pourrait convenir à {faute} :  π erreur de calcul.  Toutefois l'exemple 4) permet d'écarter les sens qui ne conviennent pas :  opinion fausse, fausse doctrine, méprise, faute, illusion.  Cette dernière vient du TLF, qui seul seul offre la possibilité de sémantiser l'occurrence dans l'exemple :  « Action, fait de se tromper, de tenir pour vrai ce qui est faux et inversement. »

▴ erreur ∁ ∦[esprit] ⊢ {fait de se tromper}

On notera que l'action et le fait ne sont pas assimilables l'un à l'autre.  Il y a là un rapport métonymique causal, donc une redirection.

inhérent

Le TLF en fait une construction (ce que j'appelle un module, après Pottier) :  inhérent à qqn, à qqch et une expression :  « faire partie inhérente de l'être ».  Le nom semble dériver de l'adjectif ;  en tout cas, l'un s'explique par l'autre, sauf dans le TLF qui dote le nom d'une définition s'inspirant de Maine de Biran :  « État de choses qui sont inséparables de par leur nature, et qui ne peuvent être disjointes que mentalement et par abstraction ».  Cf. PL :  ≝ état de ce qui est inhérent, avec cette phrase-exemple que Victor Cousin conteste dans une citation du TLF :  « toute qualité a son sujet d'inhérence ».  Cf. « la pesanteur est inhérente à la matière. »  Le « sujet » est ici « l'esprit humain » auquel l'erreur, « par sa nature, est jointe inséparablement ».

▴ inhérente ∁ est ⊥ à ⊢ {inséparable de}

Le caractère notionnel de ce segment est clair, comme le fait remarquer le TLF en notant que la séparabilité n'est possible qu'abstraitement.

esprit

Selon le PL, à l'origine, « substance incorporelle », puis revenant, gnome, etc. pour passer au « principe pensant », doté d'une grande vertu :  π l'esprit humain est capable d'un progrès continu.  Le cheminement diffère peu dans le TLF, mais commence à l'Antiquité et compte également une branche dénotative chimique.  Le PL ajoute une acception concernant le sens, la signification :  π entrer dans l'esprit de la loi.

L'adjectif ‘spirituel’ se répartit grosso modo entre deux pôles, l'esprit lié aux croyances religieuses et l'esprit au sens d'« avoir de l'esprit ».  L'adverbe est scindé en deux par le PL, accompagnement (avec) et moyen (par l'esprit, en esprit).  Le TLF recense huit acceptions, mais cinq d'entre elles sont liées de près ou de loin à la religion.  Comparativement, le même compte une quarantaine d'emplois pour ‘spirituel’.  À ce titre, « homme spirituel » peut être largement ambigu.

La valeur retenue pour ‘esprit’ est naturellement le « principe pensant » du PL ou le « principe de la pensée et de l'activité réfléchie de l'homme. » indiqué par le TLF.  On raccourcit : 

▴ esprit ∁ ⊥ humain ⋀ ∦[erreur] ⊢ {pensée}

humain

Le TLF donne « Gir. 1834, p. 239 » comme source de cette remarque sur l'adjectif :  « L'Adjectif ne désigne ni un être physique, ni un être métaphysique ;  il exprime seulement la qualité ou la manière d'être du substantif. »  La date est un peu tard pour Girard (l'abbé des synonymes, mort en 1748, et j'ai trouvé Girault-Duvivier [La Grammaire des grammaires] dans Gallica, mais les dates ne correspondent pas — 9e éd. 1840*).  J'ai déjà cité la nature relationnelle de certains adjectifs (ici même à propos de ‘minéral’), mais il est bon de rappeler de quoi il s'agit :  « Adjectif de relation.  Adjectif dérivé d'un nom et qui exprime l'existence d'un rapport entre le nom auquel l'adjectif est joint et le nom dont l'adjectif est dérivé, comme les problèmes sucriers, les élections présidentielles (d'apr. Ling. 1972, s.v. relationnel).  Synon. adjectif relationnel*. Adverbe de relation. Adverbe relatif au temps, au lieu, ou à la quantité (d'apr. Mounin 1974). »

*La 8e édition cependant est de 1834 (date mentionnée dans le catalogue de la bibliothèque communale de la ville d'Amiens).

On le trouve décrit dans le Dictionnaire de linguistique (que cite le TLF) :  problèmes sucriers, problèmes pétroliers  —  il s'agit des problèmes qui ont rapport au sucre ou au pétrole.  Il peut sembler osé de rapprocher ‘humain’ de ce type de rapport, mais pour le PL cet adjectif marque 1) l'appartenance et 2) un rapport quelconque (« concerne »).  Serait-on amené à faire de tous les adjectifs des « relationnels » s'ils ne sont pas reconnus comme épithètes, qualifiant ou caractérisant le référent du nom d'une propriété de nature (intrinsèque) ou de circonstance ? 

▴ humain ∁ esprit ⊥ ⋀ ∞[erreur]* ⊢ {∈{homme}}

*La condition dite « de signification » est ici doxologique, « l'erreur est humaine ».  Sur les conditions intervenant dans la règle d'inférence, on consultera la page d'Az qui leur est consacrée ou le chapitre de « De l'inférence sémantique ».


Rappel des exemples



Modèle sémiocognitif de la théorie des opérations sémantiques


Ce modèle est donné dans l'état où il était avant cette étude, donc correspond à peu près à celui qui servait de repère pour la rédaction de « De l'inférence sémantique ».  Page 2, il est donné également dans la forme qui s'imposait après l'admission de la dénotation comme voie parallèle à celle qui va de la forme au sens.  Formes marque l'entrée.  Les opérations sont en principe l'application de la règle d'inférence dans les diverses phases.  Les couleurs sont plus ou moins significatives :  le mauve marque le domaine de la signification, le vert celui de la référence et les variantes moutarde le sens.  Les éléments sans couleur sont des exemples de ce qui constitue l'encyclopédie hormis les les éléments sémantiques.  Page deux, le modèle révisé présente un peu plus d'ordre et complète les liens :  normalement l'encyclopédie devrait être liée par une flèche d'interaction ↔ à la signification sans autre intermédiaire.  Naturellement, cette représentation n'a aucune prétention au réalisme.


Symboles utilisés


notations.png


parcours ⇙ 1re version et parcours révisés ⇘


sensdenot.png  

Les deux graphiques ci-dessus présentent deux temps de la réflexion sur les « changements sémantiques » que reflète un article de dictionnaire qui constitue, sans y prétendre, une capsule diachronique.  La série mot-syntagmation-paramètre concerne les formes, dont les étiquettes grises donnent les principales catégories.  La sémiotaxie, en raison de sa nature opératoire, est intégrée dans le deuxième schéma sous forme de lien.  Le paramètre est dédoublé au cas où l'interpétation doit passer par la négation de la dénotation, parcours par la figure jusqu'au sens.

Dans un premier temps, à gauche, il n'y a pas de place pour la « redirection » qu'on trouve à droite, par un retour de la métonymie sur la dénotation.  Les couleurs maintiennent en gros les distinctions déjà mentionnées :  vert -dénotation/référence ;  moutarde (jaune-orange) - sens ;  bleu-mauve - notionnel et cognitif.  La lecture se fait (à droite) de bas en haut, où se trouve les représentations, et en dessous les référents, en bleu, de nature intellectuelle et en vert le référent réél de la dénotation (l'objet comme chose).  Le référent matériel comprend non seulement l'inanimé, mais l'animé, l'être (animal ou humain).  Le centre du schéma est le triangle dénotation-métonymie-figure qui page 2 devient dénotation-redirection-indirection.

Exemples de parcours :  ‘bouteille’ → dénotation → référent matériel → représentation.  ‘erreur’ → dénotation → métonymie → référent notionnel → représentation.  ‘soutenir’ → dénotation → figure → sens → représentation.




  Comme la place de la dénotation n'est plus une question de spéculation dans le lexique désormais et comme cette modalité du signe caractérise des mots ayant une portée différente de celle du sens, et sans passer par lui, un premier symbole avait été choisi encadrant la valeur attribuée, les deux coins couchés ⊲...⊳, puis l'application de la nouvelle venue progressant, il fallut distinguer l'unité lexicale et sa valeur correspondante qui se borne généralement à la classe, car la sémantique ne fait pas de lexicologie, on a d'abord adopté une double flèche vers le haut ⇈ précédant la forme et le signe de correspondance ≘ préfixant la classe de dénotation.  La visibilité du premier signe laissant à désirer et le symbole delta étant pris, j'ai résolu d'employer une flèche sous forme de point d'exclamation en gras, soit , tandis que la correspondance était maintenue.  La conversion se fera graduellement. 





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note  —  Une hypothèse parallèle a été développée par David Kaplan à propos de la référence, mais dans la perspective de la philosophie du langage et, semble-t-il, appliquée aux noms propres, cf. Perry, John.  Reflexivity, Indexicality and Names [In Direct Reference, Indexicality and Proposition Attitudes edited by Wofgang Kunne, Martin Anduschus, and Albert Newen. Stanford, CA: CSLI-Cambridge University Press, 1997.] ;  voir aussi Recanati, Francois, Direct Reference: From Language to Thought. Oxford: Blackwells, 1993.