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Sens et dénotation




première tranche





les phrases ont-elles un sens ?  II




 

Table d'orientation de la Page 2

soutenir  ·  innéité  ·  principe  ·  rationnel  ·  esprit humain  ·  souris  ·  abîmer  ·  sac  ·  pomme de terre  ·  Synthèse et conclusion  ·  semi-parcours  ·  Conséquences pour la phrase et pour la théorie  ·  Complément et mise au point  · rappel des exemples  ·  notations  ·  parcours hypothétiques (première version)  ·  parcours révisés et rappel de la grille d'intelligibilité (sagittal)





soutenir


5)  On a soutenu l'innéité des principes rationnels dans l'esprit humain.

Le pronom indéfini n'a guère besoin de traitement particulier :  c'est quelqu'un, mais quelqu'un d'autre.  Du moins dans le cas présent.  ‘On’ dénote et désigne, à la manière des déictiques.  Le début de l'exemple 5) est d'ailleurs l'équivalent « soutenu » de « On a dit ».  Il y a également une ressemblance entre l'exemple 4) et 5).  Cf. « On a soutenu que l'erreur était partie intégrante de l'esprit humain. »  Les exemples sont rappelés en pied de page, de même que les notations et les deux modèles :  celui de la théorie et celui des parcours hypothétiques première mouture et révisés.

Sur la dizaine d'emplois que signale le PR (éd. électronique 2001) —l'équivalent du PL—, un seul convient, avec la valeur {affirmer | prétendre}.  Ce n'est pas tant le sujet humain que le complément de nature notionnelle qui permet d'écarter les autres candidats.  Parmi les dérivés, soutenant, soutenance ont un lien, mais c'est surtout ‘soutenable’ qui est apparenté (et son contraire, ‘insoutenable’, avec les ajustements), encore que le PL cite aussi ‘souteneur’, que le PR marque « vx. ».

Le parcours semble aller du dénotatif matériel inanimé au dénotatif humain et enfin au notionnel ;  le pronominal est directement humain et ensuite assimilé (domaines d'activité, produits sociaux [soutenir une monnaie]).

▴ soutenir ∁ ⊥ l'innéité ⋀ ℕ[caractère] ⊢ {affirmer}


innéité

Le PR permet de rapprocher la phrase-exemple 5) de la 4) :  «  Philos. Idées innées, inhérentes à l'esprit humain, antérieures à toute expérience.  ».  Les mots de la même « famille » ont tous une singulière unité de vues :  inné, innéisme, innéiste.  Non seulement sommes-nous dans le notionnel, mais encore dans le sens critique d'abstraction ou d'abstrait, frisant l'imaginaire.

[rappel]  4)  L'erreur est inhérente à l'esprit humain.

Le PL paraphrase ‘inné’ par « que nous apportons en naissant ».  Le Robert n'offre qu'une variante :  « Que l'on a en naissant, dès la naissance (opposé à acquis). »  Ce sont presque des élucidations du mot latin ‘innatus’, donc ici le notionnel se confond avec le sens.

▴ innéité ∁ ⊥ de principes ⋀ ℕ[croyance] ⊢ {inhérence}


principe

On risque ici, avec la proximité d'innéité, d'être distrait par la première acception de ‘principe’, à cause de leur contiguïté notionnelle.  On remarquera qu'il semble aussi difficile, parfois, de parler de dénotation dans le cas de notions, comme on en a l'exemple ici :  « début, origine », bien que la deuxième et troisième acceptions (PL) marque un progrès dans l'abstraction :  « première cause, raison » et « bas, source ».  La phrase-exemple ne permet pas de départager clairement les attributions : 

π le travail est le principe de toute richesse

Le PR préfère « cause ».  Et c'est la citation de Pascal qui vient éclairer le contexte sémiotaxique :  « selon les principes de la raison, la conduite des hommes est tout à fait déraisonnable ».

▴ principes ∁ ⊥ rationnels ⋀ ℕ[origine] [⋁ μ[raison]*] ⊢ {{premières} règles}

*Le symbole μ introduit une condition morphologique.


rationnel

Si l'on imaginait que c'est par ‘raison’ qu'on pouvait éclairer ‘rationnel’, on risquerait de rester sur notre faim.  C'est plutôt ce qui est dit ‘rationnel’ qui permettrait de cerner la « nature » de la raison, à l'exception peut-être des dénotateurs astronomiques et mathématiques.  Cette apparente ambiguïté (au sens large) se retrouve dans le double rationalisme :  d'une part, celui qui rejette la révélation (religion) et de l'autre, celui qui s'oppose à l'empirisme (l'expérience comme origine des idées).

Quant au sens de ‘rationnel’ (l'adjectif ici, même relationnel, a au moins trois sens) :  {fondé sur}, {conforme à} et {déduit par raisonnement}.  Le PR permet d'exclure le troisième (en rouge) qui se rapporte à la mécanique étudiée mathématiquement au XVIIIe siècle et qui n'est donc pas un sens mais une description d'une dénotation.  Un article devant l'exemple du PL aurait réglé la question.  Le PR n'emploie pas « fondé », mais « qui relève de ».  On notera que dans le PL la raison est encore une faculté, d'ailleurs, double :  elle permettrait à l'homme de connaître et de juger et, en outre, elle serait la règle intellectuelle de nos actions, toujours sous forme de faculté, que l'on nomme aujourd'hui fonction.

▴ rationnels ∁ principes ⊥ ⋀ ∦[innéité] ⊢ {∈{raison}}


esprit humain

Dans le syntagme en question, ‘humain’ est pratiquement superflu.  Il ne s'explique que par habitude de langue (paramétrisation) ou nécessité à une époque de distinguer cet esprit d'autres concurrents, comme l'esprit de vie (esprit vital), l'Esprit saint, ou l'esprit tout court, souffle divin (terme biblique, selon le TLF qui m'a servi en l'occurrence — je parle du dictionnaire).  Il est d'ailleurs assez curieux de constater que la raison, définie comme principe pensant ou mode de pensée a pour synonyme « esprit », dans ses deux acceptions (qui font l'effet de trois sinon quatre) :  1.  « Faculté qu'a l'esprit humain d'organiser ses relations avec le réel ;  son activité considérée en général tant dans le domaine pratique que dans le domaine conceptuel.  Synon. pensée, intelligence, esprit, connaissance. » et 2.  « Ensemble des facultés intellectuelles considérées du point de vue de leur état et de leur usage (capacité, force, intensité) par rapport à la normale.  Synon. esprit. »

‘Humain’ peut être alors assimilé à un postiche dénotatif ou sémantique.


souris

Le PL n'a qu'un sens paramétrique (φ on entendrait trotter une souris), en dehors du proverbe « Souris qui n'a qu'un trou est bientôt prise ».  Autrement, le rongeur n'a d'autre dénotation que le muscle qui tient à l'os du gigot.  Mais dans le TLF, la souris pullule, qu'il s'agisse des rongeurs et assimilés ou des métaphores ayant l'homme ou la femme pour objet, tant par le comportement que motivation argotique (« faire la souris »).  Les souris de l'exemple 6) sont néanmoins de l'espèce mus musculus dont le TLF signale les dégâts dans les habitations.

▴ souris ∁ ⊥ ont abîmé ⋀ ∦[pommes de terre] ⊢ {mus musculus}

On note qu'il n'y a littéralement pas de « sens » pour le mot ‘souris’ dénotant le rongeur, à part sa description.  La valeur {mus musculus} comble vaille que vaille une faille sémantique.


abîmer

La première acception du PL n'est pas recensée dans le TLF qui pourtant est autrement généreux.  Ce qui veut dire qu'il ne « comprend » pas cette phrase-exemple π Condé abîma l'infanterie espagnole à Rocroi.  Au sens de (selon le PL) {renverser | culbuter}.  Le sens moderne est donné presque par surcroît dans le TLF, qui note :  « Au sens physique, abîmer se dit de dégâts, taches, trous, déchirures; » et pour l'acception ≝ [Le compl. est un n. de chose] Dégrader en rendant méconnaissable, ou inutilisable, ou en mettant dans un état voisin de la destruction ne donne qu'un exemple critiquant l'emploi :  « abîmer une robe, un chapeau.  Dites plutôt froisser, salir, gâter une robe, un chapeau. Il ne faut pas croire toutefois qu'abîmer une robe soit un barbarisme, c'est seulement une expression trop forte et qui n'est pas justifiée par la chose dont il s'agit. »  B. Jullien, Le Langage vicieux corrigé, 1853.

Sur les sept exemples, seul celui de J.-B. Say à propos de Rome se rapproche de la dénotation de 6) ici.  En dehors de l'acception originale, ≝ plonger dans un abîme, y compris l'emploi réfléchi, tous les sens sont figurés.  Le PL ne distingue par d'agent animé, mais recence l'emploi moderne et courant :  π la pluie abîme les chemins.

▴ abîmer ∁ les souris ⊥ ⋀ [[⊥]qqch] ⊢ {endommager}

Cf. la phrase-exemple du PL pour ‘endommager’, π la grêle endommage les récoltes


sac

Le PL le définit comme une ≝ espèce de poche ouverte par le haut, alors que le TLF explique comme il est est obtenu :  « mise en double et assemblée sur les côtés et le fond » (ce qui est heureux, car ce ne serait pas un sac, sans fond).  Comme avec tous les contenants on s'attend à ce que la dénotation qui suit celle de l'objet soit celle du contenu de l'objet.  Le PL dit simplement :  « son contenu », tandis que le TLF oppose les sémiotaxies ‘sac à’, ‘sac de’ et ‘sac de/en’.  Les deux premières sont construites avec le terme indiquant le contenu, mais seul [[sac de] x] le dénote.  L'exemple donné pour le premier (sac à tabac) est d'ailleurs mal choisi comme il est porté à la ceinture par le personnage :  il ne le ferait pas s'il était vide.  La description est en effet ≝ :  « Sac destiné à recevoir, à contenir du (...) ».

La section suivante ne serait pas strictement nécessaire si « sac de pommes de terre » ressortit à la deuxième acception du PL et la troisième du TLF.  Je tire donc d'un sac deux moutures.

▴ sac ∁ ⊥ de pommes de terre ⊢ {contenu}

Cette preudo-règle aurait l'intérêt de situer le sens dans le rapport de contiguïté (la métonymie du TLF) immédiatement après la dénotation du terme à sémantiser, si la métonymie livrait autre chose qu'un autre objet, mais ce n'est pas le cas.  {contenu} n'est notionnel qu'en apparence comme il dénote les tubercules de la plante.  Ce ne sont donc pas les accolades qui devraient l'encadrer.  Et y substituer <tubercule> nous replace dans la dénotation dont le référent est une patate.


pomme de terre

Le TLF est plein de surprises :  j'apprends à l'instant que je mange des métonymies.  En effet que si le PL reste discret sur le rapport de la plante et de ses tubercules (« dits aussi pommes de terre », le lexicographe du TLF a cru bon de baliser le rapport lexical de dénomination comme s'il s'agissait d'une figure, mais comme les tubercules sont une partie de la plante, il s'agirait plutôt d'une synecdoque.  Toutefois, ce type de transmisson est mieux situé sur le « sagittal » d'intelligibilité (comme résultat) que comme manifestation rhétorique.  Ce terme convient mieux me semble-t-il que « grille » comme plus rien ne rappelle celle-ci.

J'ai déjà émis des doutes sur l'emploi et la collection des métaphores comme acceptions dans un article de dictionnaire.  À la rigueur, on admettra l'analogie, car c'est effectivement une relation sémantique, mais la métaphore est un fait de style et les dictionnaires ne sont pas des recueils stylistiques, quoique la rédaction du TLF ait pu l'imaginer (par exemple avec la remarque à propos d'‘abîmer’).  On ne rejettera donc pas cet extrait de l'article :  « 2. P. anal.  Nez en pomme de terre.  Gros nez rond.  —  On lui disait qu'elle avait un nez en pomme de terre : cela la tourmentait beaucoup, elle ne savait pas ce que ça pouvait être (Goncourt, Journal, 1863, p.1331).  [ou le paramètre]  Fam. [En parlant d'une grosse femme mal habillée]  C'est un sac de pommes de terre.  — « La personne qui s'offrit alors avait été comparée quelquefois par celui-ci, avec plus d'exactitude que de respect, à un sac de pommes de terre à moitié vide. »  Elle en avait la tournure et, si on peut dire, la démarche (Bloy, Femme pauvre, 1897, p.99). », mais on note dans l'expression de Bloy qu'il fait une métaphore qui n'a pas besoin d'être recensée dans un dictionnaire pour être comprise.

Quant aux ‘pommes de terre’ proprement dites, nom composé, en tant qu'aliment, elles ont une dénotation qui, comme les souris du même exemple, passe outre l'application même partielle d'une règle d'inférence sémantique pour aller directement à l'étape suivante, c'est-à-dire l'attribution d'un référent.  Dans le mode sémiocognitif, c'est la référence et la constitution d'un référentiel à partir du « sagittal » (l'ex-grille) phrastique.


Synthèse et conclusion

La discussion de Frege sur les subordonnées et la référence indirecte est assez difficile à suivre, notamment parce que son exemple de Copernic n'est pas limpide.  Pour un profane, les orbites planétaires (sur lesquelles Copernic se trompait d'ailleurs) n'ont pas une incidence irréfragable sur le mouvement d'x par raport à celui d'y ;  pour un citoyen non prévenu le mouvement de la Terre n'empêche pas le mouvement du Soleil.  Comme il mêle à sa discussion les verbes-opérateurs gnostiques (doxastique et épistémiques), la question s'épaissit, sans oublier qu'il spécule sur les déductions de Christophe Colomb.

En outre, il fait fausse route en affirmant que le sens d'une phrase complexe est un fait de conscience unique (thought, « pensée » ou idée), si l'un est subordonné à l'autre :  Frege croyait que l'étoile du berger était Vénus.  Pour lui, la référence indirecte consiste à dire « l'étoile du berger » pour Vénus (ce qui explique mon exemple, alors que s'il y a indirection, ce n'est pas dans l'expression, mais dans la classe d'objets ;  pas dans « le sac », mais dans le rapport de ‘sac’ aux tubercules plutôt qu'à la plante.  Les descriptions définies sont uniquement des éléments encyclopédiques dont l'équivalence n'est pas une véritable synonymie, les termes en question ne s'équivalent pas sémantiquement, mais par leur référence.  Cf. « Frege pensait que l'étoile matinière était l'étoile du berger. »  Sans évoquer les périodes de Proust, une phrase complexe comporte plus d'un objet de conscience et, sauf à postuler une synthèse irrépresentable, l'« état de conscience » sera aussi complexe que la phrase si elle est est la compréhension.

On se souviendra que ce n'est pas une imperfection du langage qui fait apparaître des portions d'énoncé comme celui-ci :  quiconque ayant découvert la forme elliptique des orbites planétaires (whoever discovered the elliptic form of the planetary orbits), mais le jeu d'un piètre logicien :  la misère de Kepler n'a rien à voir dans la forme des orbites.  Doublé d'un étrange moraliste, affirmant que « la volonté du peuple » n'a pas de référence, faute d'avoir pu noter la triple nature de la référence, comme référent matériel (objet pouvant être désigné), comme référent notionnel (le résultat d'élections libres et démocratiques) et comme représentation(s) de l'un et de l'autre.

On verrait plutôt son Chinois peu au courant de l'histoire européenne comme n'ayant pas de référence, ou trop de référence, comme la séparation du Schleswig [Slesvig]-Holstein du Danemark ne m'était pas connue lorsqu'à treize ans en 1956 j'ai quitté l'Europe.  On serait même tenté de formuler une règle :  une démonstration ne vaut que ce que valent ses exemples.  Il observe justement que l'absence d'indicateur temporel est lié à la généralité :  « Une « pensée » hypothétique établit un rapport réciproque entre deux idées ».  J'ai remplacé thought par idée pour plus de facilité.  Néanmoins, sa formulation n'est pas absolue et l'on pourrait très bien découvrir des expressions temporelles dotée de généralité

De la lecture de Frege, on peut tirer deux conclusions :  The subordinate clause usually has for its sense not a thought, but only a part of one, and consequently no truth value as reference. → « La proposition subordonnée a pour sens non un fait de conscience, mais partie d'un fait de conscience et par conséquence n'a aucune valeur de vérité comme référence ». Et :  the sense of the sentence, viz., the thought expressed by it, is no less relevant than its reference, i.e. its truth value. → « le sens de la phrase, c'est-à-dire le fait de conscience qu'elle exprime n'est pas moins pertinent que sa référence, c'est-à-dire sa valeur de vérité ».

Deux questions :  quelle est la valeur générale de ces positions et quelle application ont-elles en ce qui concerne notre étude ?  —  Commençons par les complétives, relatives et subordonnées qui n'ont pas été directement étudiées ici (sauf brièvement dans le cas de π 3)), mais dans les passages théoriques de Croire ou savoir et dans l'hypothèse Gamma de « De l'inférence sémantique » :  les constructions avec verbe-opérateur ont au contraire comme référent(s) notionnel(s) ou référent(s) matériel(s) des entités autonomes.  La « principale grammaticale » dans 7) est isolable sous forme autonome en 8) : 

7)  Claude pense que le Sahara est un pays sablonneux

8)  Le Sahara est un pays sablonneux

Il en ressort que 7) comporte non pas une « pensée » ou idée ou fait de conscience, mais deux.  Et comme 8) en contient 3.  Ce qui fait que 7) compte en réalité autant d'objets cognitifs que d'objets entraînant une opération (Claude est distinct de ce qu'il pense).  On peut à la rigueur considérer que ‘penser’ est compactable, mais même une phrase comme 8bis) comporte autant d'objets cognitifs que d'unités lexicales (sauf paramétrisation) avant l'obtention d'une signification :  a = b n'est pas þ.

8bis)  Aréneux est synonyme de sablonneux.

La question des véritables subordonnées, comme 9) et 10) —celles qui n'ont pas d'autonomie « et ne pourrai(en)t pas être utilisée(s) comme telle(s) dans une phrase simple », Dictionnaire de linguistique— est reportée à une éventuelle suite de cette étude.

9)  Les hommes regrettent la vie quand elle leur échappe.

10)  Les hommes regrettent la vie qui leur échappe

La phrase n'est pas autonome mais l'idée peut l'être :  « la vie échappe aux hommes ».  En fait, Frege a tort de prendre une proposition subordonnée pour une idée (ou pensée) subordonnée.

On note que la circonstance, dans 9), a une référence plus assurée et plus générale que « l'idée principale ».  La première conclusion de Frege est donc suspecte.  La pertinence de la subordonnée (plutôt que la valeur de vérité) dépend partiellement de la principale, sauf dans la fausse complétive avec verbe-opérateur gnostique (croiresavoir) où la réalité (vérifiabilité empirique) de l'énoncé subordonné est parfois possible, sauf référent notionnel.

Quant à la deuxième conclusion frégéenne qui semble supposer une égalité du type sens phrastique = référence phrastique, elle ne coïncide pas du tout avec l'impression d'ensemble après l'examen des exemples réunis ici.  D'une part, le sens ne semble pas du tout s'étendre à la phrase (surtout dans l'expression abusive qui lui reconnaîtrait un sens complet) et de l'autre, la référence n'a ni la simplicité affirmée d'une valeur de vérité ni l'unité et l'évidence des modèles de l'époque (signifiant-signifié-chose) : 


  

Sans appliquer les parcours potentiels de façon générale à toutes les unités lexicales, on peut essayer d'y rapporter les six exemples brièvement analysés en se souvenant du découpage du modèle général où la phase référentielle consiste en principe à doter d'un référent les produits (valeurs) de la phase antérieure à partir de données de la mémoire encyclopédique du sujet, l'opération consistant en l'application de l'inférence à un objet sémantique pour lui assurer une place dans le référentiel que représente le « sagittal », également illustré plus bas à droite ;  on peut également se référer à une vision simple de l'extension et de la « compréhension », c'est-à-dire le sens (ci-dessous, à droite, avec l'exemple des bovidés) : 


phasereference.png  

Les « parcours » sont ici ceux qu'on imagine être ceux des mots dans l'emploi qui en est fait.  En principe, et on en a vu l'illustration, il n'y a pas de systématicité semblable à celle que supposent certains modèles théoriques à forte composante taxonomique, comme le modèle évoqué par le Dictionnaire de linguistique où le sémantique est comme le miroir du référent et inversement.  On n'a donc pas, même dans la complexité du modèle en bas de page, de la dénotation (identification de la classe) à la représentation (référent cognitif), de parcours immuable et inévitable forme → sens → référence.

Le modèle original, qui avait pour activité la lecture, supposait une succession des phases, mais si les explications construites par l'homme paraissent étanches, il ne semble pas que ce soit le cas dans la cognition où l'imperméabilité rejetterait trop de faits comme inexplicables.  Il n'y a donc pas, dès à présent, d'antériorité sytématique du sens sur la référence, mais au minimum parallélisme, avec, selon les types d'énoncés et de discours, une proportion croissante ou décroissante de traitement dénotatif et, inversement, de traitement sémantique.

Si vous expliquez à quelqu'un comment on s'y prend pour faire une queue-d'aronde, le dénotatif domine, naturellement.  L'opposition n'est pas strictement entre le concret et l'abstrait, comme il y a des dénotations dont le référent est notionnel, mais aussi entre objectif et subjectif.  Et si j'explique comment la dénotation peut donner lieu au sens par l'absence d'un référent, le notionnel propre aux référents abstrait cède la place au sémantique.

Ce qui frappe d'emblée, c'est que les mentions analytiques du type « par métonymie », « par métaphore » ou « par analogie » ne sont pas plus ni moins figurées que la simple mention « Fig. » habituelle du PL.  Seule « par ext. » est d'ordre clairement dénotatif :  on assiste à l'extension de l'extension.  Mais ce n'est pas la cuisine lexicographique qui doit nous retenir.  Il s'agit plutôt de savoir ce qu'il advient de ces catégories dans la phrase et s'il convient de parler de sens dans de tels cas.

À ce sujet, on note que la « métonymie réversible » dans une dénotation n'a pas la même stabilité que la dénotation par contiguïté dans sa première application, comme on le voit en rappelant la phrase 1') : 

1')  L'eau minérale est sur la table.  Cette « redirection » est conditionnelle et peut désigner autre chose qu'une bouteille (notamment un casier ou une caisse) :  sa condition de dénotation est la situation.  ▴ eau minérale ∁ l'⊥ ␏[bouteille] ⊢ <contenu>

L'exemple π il tombe de l'eau est de cet ordre (c'est-à-dire réversible), mais sa stabilité est plus grande.

On est en droit de se demander si une définition du modèle ‘action de’ est d'ordre sémantique :  l'action est plutôt notionnelle que physique, tandis que le résultat va dépendre du type d'action.  ▴ embouteillage ≝ action d'embouteiller.  Cf. embouteiller ≝ mettre en bouteille.  La question se posera également pour ‘mettre’, ≝ « faire passer » (TLF).  Cf. ≠ ≝ <action d'instruire>.

C'est la question du verbe.  Quand le complément qui suit le verbe qui fait l'objet d'une définition est une chose (objet ou substance matérielle), cf. mettre en bouteille, on a un verbe qui dénote, quelque décision que l'on prenne sur la nature de sa définition.  Il faudra sans doute adopter une solution mixte.  ‘déminéraliser’ est défini (TLF) ≝ « Priver des substances minérales par déminéralisation. » et pose la même question, mais la réponse est cette fois plus nettement favorable à une action matérielle (chimique/physiologique).

Il n'y aurait donc apparemment pas de « partie du discours » privilégiée en ce qui concerne le sens, sauf peut-être l'adjectif dans la mesure où il est notionnel.  Un adjectif dénotatif comme ‘métallique’ doit d'abord passer par la figure avant de présenter un « sens ».  Même si une chose rappelle le métal, l'adjectif a un sens (≍ {qui rappelle l'aspect, la sonorité, la dureté, la solidité du métal}.  Le TLF qui fournit la valeur composée dit de la chose qu'elle est « perceptible par les sens ».

On aura donc tantôt un définition verbale V+N où V et N sont dénotatifs matériels ou notionnels, où V est dénotatif matériel et N notionnel, où V est sémantique et N dénotatif matériel ou encore où V est notionnel et N matériel.  Ce qui fait qu'un verbe ait un sens plutôt qu'une dénotation c'est en partie sa substituabilité par équivalence ou synonymie.  Si deux dénotateurs (nom et expression) peuvent avoir la même dénotation (Attila & le fléau de Dieu) leur commutation n'obéit pas à une équivalence réelle, mais à une habitude d'association (tout le monde ne sait pas qui est « le Stagirite » ni le père de Socrate — et il ne s'agit pas de la même personne), tandis qu'‘enlever’ et ‘ôter’ n'ont pas besoin de glose axio-idéologique.

Un examen plus général des verbes (qui reste à faire) pourrait les présenter comme une sorte de no man's land, une zone neutre entre la dénotation et le sens, surtout s'il s'agit de verbes de plein droit et non de verbes exprimant une action à partir d'un dénotateur original.

Le nom (commun) est majoritairement dénotatif, même s'il s'agit de dénotation notionnelle (≢ matériel) [opposé à].  Si la dénotation matérielle tend à la redirection métonymique, on peut envisager que la dénotation notionnelle tend alors vers le sens.  Pour qu'une dénotation matérielle conduise au sens, il lui faut la syntagmation et une transposition dans le notionnel, par analogie.  Ici l'analogie (⊨) regroupe la métaphore, mais celle-ci peut être détectée par la non-intersection (⋔) d'éléments de sens ou de dénotation.

Il existe aussi des noms (généralement définis par le {fait de+V}) qui sont donc identifiés comme des actions, mais aussi comme ce qui en résulte ;  dans la phrase-exemple 2), le mot ‘expérience’ reçoit la valeur {connaissance pratique} qui est le résultat de l'expérience active, le {fait d'acquérir}.  Leur nature mixte en tant que parties du discours en fait des dénotateurs partiellement matériels et notionnels.

L'exemple 3) illustre bien comment le notionnel et le sémantique s'interpénètrent, avec l'adjectif dérivé de stoïcien/stoïcisme, que confirme l'équivalence ;  c'est aussi l'effet résultant de la phrase 4).  L'erreur est notionnelle, mais on trouvera des « erreurs condrète » ou des résultats matériels du fait de se tromper.  Il n'est pas inutile de signaler alors le rôle déictique du présentatif :  ‘c'est’.  Ce rôle n'est cependant pas automatiquement ni directement lié à la dénotation matérielle ou notionnelle :  dans les paramètres du type φ c'est la bouteille à l'encre, la dénotation passe par le sens.


Semi-parcours

Par semi-parcours il faut entendre, dans le schéma des parcours de dénotation révisés, le passage pour une catégorie lexicale d'un point à un autre.  Un parcours n'en exclut pas un autre :  on ne peut que formuler des hypothèses.  Si l'explication de φ être bien en selle est une syntagmation devenue paramètre, on ne peut pas exclure le passage de la dénotation au référent matériel puis notionnel et au sens ni refuser d'y voir une figure analogique.  On observera cependant que le graphique dans son état actuel exclut un passage direct de la dénotation au sens :  il faut un relais.

On remarquera également que le schéma permet le parcours dénotationfigure, mais passe ensuite vers le sens au lieu de référer directement.  Il faudrait sans doute envisager une rétroaction sur la dénotation, mais pour l'instant, je n'ai pas d'exemple net d'une métaphore qui dénote matériellement sans relais.  Dans la théorie des opérations sémantiques, la négation de la référence (l'indirection) comme condition est le signe de la métaphore ou du « sens figuré » en général.

Mais ‘rédaction’ = <ensemble des rédacteurs> est un bel exemple de boucle dénotation-métonymie-dénotation (redirection, donc) et si l'on se reporte au sagittal phrastique voisin, on constate que le parcours (toujours pour ‘rédaction’) est le suivant :  actionrésultatagentlieu.

Si l'équipe du TLF a cru bon de remplacer le classique « Fig. » par un classement en métonymie, analogie et métaphore, elle a été dupe de l'époque où les travaux ont commencé.  Dans Lexis, par exemple, ce signe qui est une instruction de ne pas prendre l'expression au pied de la lettre avait été remplacé au profit de « Litt. », mais, plus souvent encore par « Fam. ».  Le contenu pour le contenant comme le résultat pour l'action sont trop fréquents et trop systématiques pour être considérés comme des figures, même dans le sens atténué de « sens figuré ».

Le signe « Par ext. » est du même type :  le passage de ‘salière’ comme pièce de vaisselle à ‘salière’ « boîte dans laquelle on met le sel employé aux usages de cuisine » est bien une extension de la dénotation d'origine (ou l'inverse), mais le lecteur du dictionnaire n'en est pas plus éclairé :  le TLF se borne d'ailleurs à numéroter dans ce cas, mais maintient l'analogie pour l'anatomie du cheval et reprend le « Fam. » du PL pour la clavicule.

Dans nos exemples, c'est le cas des pommes de terre (n° 6).  On peut même suggérer une simplification (utile) du schéma des parcours, à partir de la dénotation pour bifurquer d'une part vers la redirection et de l'autre, l'indirection.  La différence se situant dans l'application ou non d'un ℟ (de la négation de la référence première).  Deux exemples :  le ‘sac de’ et la plantealiment.


  

Le verbe « abîmer » permet d'illustrer le passage de l'autre côté, en l'absence du référent d'origine (℟abîme).


Avec ‘principe’, il est possible de passer de la dénotation à son référent : 


Le schéma offre la possibilité d'un intermédiaire, comme je me suis servi de Lexis qui ne précise pas la nature de la base, de la cause première, de l'origine ou de la source.

Comme je l'ai déjà fait remarquer, en dehors des adjectifs directement dérivés de dénotateurs (cf. ‘prismatique’), il semble bien que seuls les adjectifs relationnels soient liés à la dénotation plutôt qu'au sens.  L'adjectif (cf. prisonnier) partage cette double nature avec l'adverbe (qui tend de toute façon vers le notionnel, à cause de ses catégories qui se retrouvent dans le sagittal) et le verbe (cf. emprisonner [prison] → ⊥ {resserrer} → ⊥ {entraver}).  La présentation du Lexis que j'utilise ici dispense d'un passage par l'étape figurée, mais qu'on marquera par le signe d'indirection : 


  inseparable.png

Matériel :  La chaleur est inséparable du feu (Ac. 1835, 1878) [dans le TLF] ;  notionnel :  L'effet est insépable de la cause (Lexis).


Conséquences pour la phrase et pour la théorie

L'hypothèse qui voudrait qu'il existe un lien systématique entre l'unité lexicale dans un emploi phrastique et sa référence et que ce lien fût sémantique est mise à mal.  Le modèle sémiocognitif n'est cependant pas totalement bouleversé :  il était suffisamment souple pour accommoder des rectifications sans s'effondrer.  Au lieu du schéma de 2009, immédiatement ci-dessous, on aura la nouvelle version qui assure une place au concurrent du sens :  il n'est toutefois pas question de faire de la dénotation une sorte de sens, ce qu'elle ne peut pas être, quoique le sens, lui, puisse référer, mais c'était déjà une de ses prérogatives.  La mise en garde à propos de l'hypothèse où la dénotation serait le sens stable tient toujours.  C'est une illusion qui découle du fait que le langage semble être fait pour communiquer, alors qu'il n'est que le moyen de parler du monde, entre autres choses.


modèle sémiocognitif 2009 de la théorie des opérations sémantiques



Modèle sémiocognitif 2010 révisé


modèle sémiocognitif

Il découle des observations faites que le signe, s'il peut encore être question d'une telle entité, est hétérogène et ne correspond ni au schéma binaire saussurien ni à la tripartition anglo-américaine.  Pour reprendre une « image » qui avait cours au XIXe siècle, le signe est un polypier d'éléments et de fonctions contradictoires.

La théorie des opérations sémantiques n'est pas compromise par ce rétrécissement de son aire d'application.  La référence n'avait jamais été absente du modèle de 1979 et la « sémantique restreinte » pressentait un tel virage.  Les premiers « signes », si je puis me permettre, remontent à la conception même de la règle, entre 80 et 82, quand préoccupé par la locution (devenue le paramètre dans mon jargon), j'ai parlé de « condition du monde » qui se représentait par un M nié :  ˥M.  Le sens idiomatique correspondait à la négation d'un rapport avec la référence, dans « salad days » il n'y a pas de laitue ni de salade, même si Shakespeare s'est amusé à parler de la « verdeur » de cet enthousiasme innocent et inexpérimenté de la jeunesse.  « Green » partage un certain nombre de traits avec salad days :  crédulité, manque de maturité et d'expérience.

La théorie, donc, n'est pas condamnée, comme elle a toujours porté cette faille entre le physique et le moral (au sens du PL, c'est-à-dire « intellectuel ») ou, si vous préférez, le concret et l'abstrait.  La faille, pour rester dans la métaphore et d'une certaine façon, dans le sens, cette faille s'étend davantage et devient plus nette et en même temps moins menaçante, même si en apparence elle semble compromettre la description du sens.  Mais comme cette tâche a de tous temps été la raison d'être des lexicographes (depuis qu'il existe des « lexiques »), une théorie sémantique ne devrait pas être ébranlée outre mesure et les rectifications à apporter se confondront facilement avec l'approfondissement de la réflexion (jeu de mots involontaire entre ‘creuser’ et ‘faille’).  Les lexicographes s'accommodent tant bien que mal de la cohabitation de l'objet tactile et de la construction abstraite.  J'en serai quitte, en ce qui concerne la théorie des opérations sémantiques, à procéder à certains aménagements dans l'application de la règle et des modèles au sein de « De l'inférence sémantique », mais l'Essai de sémantique, mammouth équivalant à 900 pages papier reste en l'état et n'incorporera que quelques mises au point, notamment l'introduction de la notion de « descripteur » ou élément de description.

L'issue est moins heureuse pour toute théorie de la phrase, compositionnelle ou autre.  Avant d'entreprendre cet examen, j'avais déjà suggéré qu'il n'y avait pas d'intégration pas plus que de composition (ni synthèse d'ailleurs) quand on passe à cette pseudo unité qu'est la phrase sous prétexte qu'elle semble être la plus petite unité du texte.  J'avais proposé la juxtaposibilité plutôt que d'essayer de voir à quoi ressemble cette arithmétique qui suppose une équation quelque part (cf. Frege a = b).

Il est clair qu'on ne peut pas parler, comme le fait le Dictionnaire de linguistique, d'un « concept pour une série d'objets concrets », sans évoquer par la même occasion une quelconque alchimie.  Je ne nie pas la représentation cognitive mais celle-ci garde sa « concrétude », nécessaire à l'identification référentielle (distincte de sa représentation).  Il ne suffit pas de connaître la définition (ou description) du tapir et du tamanoir pour les identifier et les distinguer.  Il y a une marge entre parler du monde et parler des moyens de parler du monde.

C'est d'ailleurs les lexicographes qui tendent la perche aux sémanticiens :  les termes de la définition n'ont pas de référent autre que le terme défini.  Toutefois l'hégémonie du concret est telle que pour les objets matériels, c'est une description qui se substitue à la définition et la description n'a pas les vertus d'un métalangage.  C'est le terme décrit qui, dans une phrase, a une dénotation, s'il correspond à un objet ou un phénomène matériel.  Il ressort de tout cela que les phrases-exemples 1) et 6) n'ont rien à voir avec les quatre autres et qu'elles ne peuvent pas être analysées avec les mêmes outils :  l'incidence ici sur la règle est nulle comme l'inférence manie aussi bien le dénoté que le sens  —  ce n'est qu'à la représentation écrite-graphique que se pose le problème et l'ajustement ne concerne que l'ordre dans lequel se fait le traitement cognitif.  La prochaine révision de « De l'inférence sémantique » en fera état.

La question reste cependant délicate.  La définition d'un verbe issu d'un terme dénotatif matériel (ce qu'on appelle couramment un terme concret) comme ‘étager’ constitue-t-elle un sens ou une description, également dénotative ?  Avec ≝ <disposer par étages>, on a normalement l'explication d'une action impliquant un objet, comme <mettre en bouteille>.  On remarque l'emploi des chevrons pour éviter de prolonger la confusion ou l'assimilation d'un sens (normalement identifié par les accolades) à la dénotation.  Dans le corpus qui prolonge cette enquête, on leur substituera les signes suivants :  ⊲...⊳, après avoir fait l'expérience des chevrons inversés ou invertis (>...<).

L'hétérogénéité du signe fait planer une incertitude sur le langage qui est probalement à l'origine des critiques que les philosophes font à son égard depuis, disons, l'Antiquité, même si je n'ai pas de témoins sous la main.  Admettons par exemple que j'emploie le verbe ‘étager’ dans un sens proche de ‘sérier’ :  « Pour plus de clarté, ces questions doivent être étagées ».  Non seulement la dénotation du verbe change (elle devient au moins partiellement notionnelle, mais la description qu'on peut en donner passe dans la classe des sens.  Le sens serait abstrait ?  Dans cette phrase la valeur serait {traitées à des niveaux différents}.

Pour résumer, on dira qu'une phrase est une unité lorsqu'on y fait référence :  cette unité est alors un objet mixte matériel/notionnel où seule la dénotation notionnelle s'accompagne d'un sens  —  « Votre phrase comporte plusieurs coquilles. »  « Votre phrase n'a ni queue ni tête. »  Un exemple plus serein pourrait être un jugement favorable :  « Votre phrase est bien tournée ».  La phrase n'est néanmoins ni plus ni moins sémantique que le texte.  Cf. La conclusion de « De l'inférence sémantique » sur les « objets sémantiques ».

À propos des complétives et du nombre d'« idées » que Frege pouvait y voir, je me suis permis quelques « transformations » qui n'ont rien de rigoureux, mais qui illustrent le risque de rapporter la syntaxe à la dénotation.  J'aurais pu aussi me servir de la π 5), mais j'ai plus d'affinité pour la douleur que pour l'innéité.


J'aurais pu accumuler les exemples, multiplier les manipulations, mais il reste que fondamentalement on aura des phrases à dénotation matérielle, comme 11), abstraction faite de l'épithète, ou 12), des phrases à dénotation mixte, comme 13), qui est un fait historique, mais n'a plus de référence matérielle, des phrases à dénotation mixte en raison de l'hétérogénéité de ses syntagmes, comme 6) ou 14) ou encore 15) où l'ouvrage peut être un travail matériel ou intellectuel dont la facture est caractérisée sémantiquement : 

11)  Des sequoias [majestueux] se trouvent en Californie.

12)  Les serpentaires détruisent les reptiles.

13)  Le sérapéum de Memphis a été découvert par Mariette en 1841.

14)  La forme de ce livre en sauve le fond.

15)  Cet ouvrage est fait à la serpe.

Un fait demeure, et incontournable :  la phrase n'est sémantique que si sa dénotation [toute sa dénotation] est notionnelle ou ses syntagmes paramétriques ou encore métaphoriques (« Fig. » pour le Petit Larousse 1918).  Mais la phrase mixte domine : 

16)  Le grand aigle de mer est aussi appelé orfraie ou pygargue.

17)  Le pygarque attaque les animaux aquatiques et terrestres, le menu bétail et même les enfants.

Cette conclusion peut sembler mutilante pour l'autonomie d'une sémantique stricte, mais l'autre solution, celle qui consiste à faire de la dénotation un fait sémantique, comme le propose le PL 96, suivi par Hachette, « Ensemble des éléments fondamentaux et permanents du sens d'un mot (par opp. à l'ensemble des valeurs subjectives variables qui constituent sa connotation) »  (c) Larousse (PLE), pour réconfortante et myope qu'elle soit, tient de la duperie.


Complément

l'indirection réexaminée :  sens et dénotation


La question du sens directindirect est liée à la dénotation, au sens philosophique et non au sens qu'emploient imprudemment certains linguistes (cf. l'acception marquée Ling. du Petit Larousse électronique 2001, citée dans l'alinéa précédent et la mise en garde page 1).  Après l'examen de la question du sens de la phrase que l'on vient de faire et l'entrée, dans la théorie des opérations sémantiques, de la dénotation comme « Propriété [sémiotique], distincte du sens, que possède un terme de pouvoir être appliqué aux êtres ou aux choses qui composent l'extension du concept auquel il correspond »PLE 2001, il a semblé utile de reformuler certaines notions intervenant dans la description du sens et de la référence.

Si le sens est indirect, son « indirection » s'explique mieux en effet par le rôle de la dénotation que par l'existence d'un sens qui serait « direct ».  L'expression « sens indirect » devient pléonastique, comme il se définit alors par une dénotation indirecte ou une indirection de la référence (℟).  Si l'on admet qu'une des fonctions fondamentales du langage consiste à « parler du monde » (ce qui ne veut pas dire qu'il y ait nécessairement communication, comme je l'ai déjà indiqué), il faut tenir compte du fait que la ‘feuille de papier’ est une indirection par rapport à celle de l'arbre, mais comme elle « désigne » (= dénote) également un objet matériel, il s'agit dès lors de « redirection », ce que traditionnellement on voyait en métonymie, à cause de la contiguïté spatiale, causale ou partie-tout [synecdoque] ou encore en analogie produisant des catachrèses.

On en a encore l'exemple dans l'acception de ‘mélange’ comme « résultat de plusieurs choses mêlées ensemble » qui est une indirection par rapport à celle de « action de mêler », mais comme elle, elle « désigne » également une action matérielle.  Il s'agit donc d'une « redirection »  L'indirection qui permet le sens n'apparaît que dans ‘bonheur sans mélange’.  C'est également le cas du verre d'eau (redirection :  l'eau dans le verre) et du verre de plastique (redirection de matière).  L'indirection —le sens— n'apparaît que dans ‘boire [prendre, payer, offrir] un verre’.  Dans le cas de la ‘minerve’, on a avec l'appareil orthopédique une redirection dénotative et avec l'expression de Rousseau « Fatiguez leur minerve » ≍ {intelligence | esprit} une véritable indirection, c'est-à-dire un sens ;  le premier graphique illustre le cas de ‘ressort’ d'après l'article du Petit Larousse 1918.  Le second illustre le processus dans sa complexité.  Le troisième décrit le principe.

Le Petit Robert note (1) Vx et cite Laplace :  je l'ai placé dans le notionnel parce qu'il s'agit d'une propriété.  (2) est une pièce d'un mécanisme (objet commun) et (3) conduit au sens qu'illustre l'exemple « les ressorts de la machine himaine ». Le PR ne reconnaît pas le sens III dont l'exemple est :  faire jouer tous les ressorts.  En fait il le présente comme renvoi analogique «  ⇒ 2. moyen. « L'honneur est ainsi le véritable ressort des guerres » (Alain).  Les ressorts cachés d'une intrigue. »  Grosso modo la répartition des exemples n'y est pas très claire.



  





Rappel des exemples






Rappel des schémas





Symboles utilisés


notations.png


parcours hypothétiques


sensdenot.png


parcours révisés & rappel de la grille d'intelligibilité (devenue « sagittal référentiel »)


  

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