Essai de sémantique




II




II - Introduction 2
perspective historico-génétique  ·  logique ou sémantique  ·  la sémantisation cadre théorique et préalables  ·  le rôle de Prolog  ·  sémantique naturelle  ·  un modèle cognitif  ·  un modèle linguistique  ·  un modèle sémantique I

Abréviations utilisées dans l'Essai de sémantique




Perspective historico-génétique et repères historiques

Les préoccupations d'ordre sémantique ont certainement fait leur apparition avec la formation du langage, et progressivement, comme les « arts » qui en découlent.  Si la sémantique existe depuis longtemps, elle a attendu le XIXe siècle pour connaître un semblant d'autonomie aux mains des linguistes, alors philologues, qui venaient d'apparaître et d'inaugurer la linguistique.  Les philosophes, les logiciens, les rhéteurs et les grammairiens, de l'Antiquité au Moyen Âge, traitaient de ces questions à leur façon, sans y voir une spécificité réclamant une autonomie.  Les grammairiens du XVIIe et du XVIIIe siècles ont favorisé sa naissance avec la production des premiers dictionnaires raisonnés et l'étude systématique des figures.  Une place toute spéciale doit être faite aux Synonymistes (du XVIIe au XIXe s.), à Condillac (1715-1780), et aux Encyclopédistes (1751-1766).

Le Petit Robert date le mot « linguistique » de 1826.  Le mot « linguiste » date de 1632, mais a été « repris » en 1826.  Le Dictionnaire étymologique de la langue française de Bloch et Wartburg, ne donne pas d'autre précision.  Comme repère, je signale que la Grammaire comparée des langues indo-européennes de Franz Bopp, fondatrice du comparatisme, date de 1833-1852).  Je rappelle que ce chapitre préliminaire n'est ni une histoire de la linguistique ni une histoire de la sémantique :  je me borne à indiquer quelques jalons de la « science » du sens pour mieux situer les enjeux épistémologiques.

Mais à ses débuts sous son propre nom, la sémantique (gr.  sêmainô, je fais connaître, ou semainen, ou semeiôn, signe) était d'abord historique et « transformationniste » (Michel Bréal [1832-1915]), sur le modèle que fournissait alors la linguistique, avec l'étymologie et le comparatisme, et s'attachait aux changements de sens (« la vie des mots [1887], leur naissance, leur vieillissement », Arsène Darmesteter [1846-1888]); la science-pilote du siècle était l'histoire (l'étude de l'évolution) et le modèle-métaphore organique, sinon darwinien.  Deux dates marquent la naissance de la sémantique dans le domaine français :  1883, parution d'un article de Bréal, philologue comparatiste, sur les lois intellectuelles du langage, qui fixe le sens du mot sémantique comme « science des significations » et 1897, sortie de son Essai de sémantique.

On a naturellement beaucoup disputé cette paternité.  Le lexicographe Alain Rey, comme Stephen Ullmann, fait remonter le projet à Karl Kristian Reisig (1825), sinon au philosophe anglais John Stuart Mill (1806-1873).  Le linguiste (latiniste) proposait en réalité une sémasiologie, qui a trouvé sa place dans la linguistique allemande, distincte de la sémantique bréalienne.  Les véritables précurseurs, libres de tout moule antérieur, si la chose est possible, sont les Synonymistes (ou anti-synonymistes, plutôt, comme le veut Bernard Quémada), dont l'abbé Girard (1677-1748), Condillac (1714-1780), et surtout les Philosophes et auteurs de l'Encyclopédie (1751-1772), en particulier Denis Diderot (1713-1784).

Au début du XXe siècle la sémantique a connu une certaine vogue populaire qui lui a nui (« faire de la sémantique » était devenu une mode), comme lui a nui son objet d'étude, le sens des mots, et sa concurrente l'étymologie, qui décourageaient les tenants d'une science plus abstraite ou plus empirique.  Même Ferdinand de Saussure (1857-1913) semble la bouder, mais pas ses élèves, Antoine Meillet (1866-1936), avec une socio-sémantique, et Charles Bally (1865-1947), qui, lui, faisait de la sémantique sous le couvert de la discipline qu'il venait de créer, la Stylistique, peut-être même sans se l'avouer à lui-même.

Bally est aussi, plus indirectement, le « père » ou l'inaugurateur du champ d'étude qui porte le nom aujourd'hui d'énonciation.  Bien qu'on puisse trouver chez Destutt de Tracy (1754-1836) l'idée d'une « proposition énonciative ».

Du premier tiers à la première moitié [du XXe siècle] se situe l'époque où le nom de sémantique a servi à désigner des entreprises néo-positivistes logicistes (sous l'impulsion de mathématiciens, philosophes et logiciens, dont Bertrand Russell [1872-1970] et Rudolf Carnap [1891-1970]).  Ullmann distingue à cet égard la sémantique philosophique (entendre « logique », sinon symbolique ou formelle) de la sémantique linguistique.  Cette nouvelle mainmise était favorisée par l'antimentalisme des linguistes behavioristes américains (Leonard Bloomfield [1887-1949]), qui avaient relégué l'étude du sens aux oubliettes et aux soins des anthropologues-ethnologues, Franz Boas (1858-1942) et Edward Sapir (1884-1939).  Mainmise qui s'est poursuivie tout au long de la première moitié du siècle, malgré les premiers travaux en Europe d'Émile Benveniste (1902-1976), et ceux moins diffusés de Gustave Guillaume (1883-1960) qui ont exercé sur Bernard Pottier, champion de l'analyse sémique en France, une large influence.  La domination logico-philosophique s'est résorbée partiellement au milieu du siècle où la sémantique a retrouvé une certaine crédibilité avec la renaissance de sa parente et concurrente la sémiologie, due à F. de Saussure, mais qui a eu son essor à partir de 1950, moment où la linguistique structurale est devenue pour un temps une science-phare par les soins de non-linguistes.

Le mathématicien et logicien américain Charles Sanders Peirce (1839-1914) fonde une sémiotique de nature logico-formelle qui influence encore la sémiotique américaine contemporaine, avec l'approbation de Lady Welby, qui connaissait les travaux de Bréal, auxquels elle préférait sa propre SignificsElle (la sémiotique de Peirce) précède la sémiologie de Saussure et s'en distingue dans la mesure où elle ne se réclame pas de la psychologie.

Antoine Meillet, dans sa préface au Dictionnaire de Bloch et Wartburg, lève l'ambiguïté qui entoure l'étymologie, à laquelle on tend à faire un procès d'intention, et marque la coupure épistémologique qui caractérise la démarche du linguiste, historien, préoccupé de suivre le mot dans ses formes et ses valeurs, de celle des philosophes, qu'il attribue à Platon (–427-347), qui consiste, par rapprochements successifs avec d'autres mots, à chercher le vrai sens du mot, ce qui ferait de Socrate un des premiers « sémanticiens ».

Les études des ethnologues Harold C.  Conklin et Floyd G. Lounsbury, de 1956 et 1962, complétées en 1972, mettent en place un système binaire, dichotomique dans un cas pour la classification des connaissances dans les sociétés archaïques et dans l'autre pour le champ sémantique de la parenté.  Le tableau à double entrée (matrice), d'origine logique, est consacré en sémantique.

Le formalisme n'a pas dit son dernier mot :  avec la « découverte » de la « forme logique » chomskyenne, les travaux de grammaire formelle de Montague ont gagné du terrain [écrit vers 1995].

Et, sur un autre mode, avant le dévoiement total du terme de sémantique comme épithète de Web.  [2008]  La faute en revient naturellement à la culture anglo-saxonne où la sémantique passait déjà pour un exercice rhétorique frivole.  Il faut dire que dans la société américaine, en particulier, sans qu'on s'y réclame de Hume, règne un anti-intellectualisme qui relègue jusqu'à la pensée aux oubliettes, sinon à la torture, comme activité anti-américaine.  L'École de Vienne n'est pas entièrement exempte de responsabilité, Wittgenstein compris, ainsi que les philosophes du langage ordinaire et, si l'on en croit Jean Largeault, depuis 1920, la logique a enterré le psychologisme et rendu caduque toute référence aux « lois de la pensée ». 

Malgré une occultation relative de Bréal, c'est le début d'une ère prometteuse pour une sémantique structurale :  Roman Jakobson [1896-1982], Stephen Ullmann [1914-1976], Louis Hjelmslev [1899-1965], E. Coseriu [1921-2002], Algirdas-Julien Greimas [1917-1992], Bernard Pottier [1924-]), préparée dès 1913 par le volume 4 de la Grammaire historique de Kristoffer Nyrop [1858-1931].

Cependant, entre l'éclosion et l'apparition dans les années cinquante et soixante des grandes synthèses et des théories originales, se situe une période où la sémantique linguistique est partiellement occultée par les entreprises qu'Ullmann range sous le nom de « sémantique pratique », et que l'on doit aux philosophes réformistes de la langue, C. K. Ogden et I. A. Richards (1923), d'une part, et, de l'autre, à Alfred Korzybski ([1879-1950] 1921, 1933) et à sa « Sémantique générale » (pls SG) qui pourchasse métaphores, propagande et abstractions, escamotant par la même occasion le niveau conceptuel ;  son élève, Samuel Ichiye Hayakawa (1906-1992) a poursuivi ses travaux dans cette direction.

La notoriété et la diffusion d'une théorie linguistique nouvelle (Noam Chomsky [1928-]), la Grammaire générative, née en Amérique – 1957 –, alors que le structuralisme européen est en plein essor, ont donné un certain regain au champ d'études en stimulant les recherches de Jerrold J. Katz et Jerry A.  Fodor et Paul M.  Postal (« sémantique interprétative », qui réévalue et resitue l'analyse componentielle), puis en créant à la syntaxe un pendant (« sémantique générative », cf. Ray S. Jackendoff, comme la Phonologie générative), malgré une première mise à l'écart, mais l'obsession descriptiviste qui accompagne souvent certains modèles d'explication importés a fini par entraîner son enfermement dans des voies balisées par d'autres disciplines, encore une fois la logique, dans un retour en force assez gourmand, et cette fois la psychologie qui avait déjà influencé les travaux de Gustav Stern (1931) et Willem L. Graff (1932). 

1957 est une année féconde pour la linguistique.  Le PR indique que le mot métalangage fait son apparition en français.  Vpl.

Deux disciplines plus ou moins étrangères, sauf par leur point de vue morrissien (Charles William Morris [1901/03-1979]), se disputent alors son champ si difficile à cerner, l'énonciation (Antoine Culioli) et la plus ancienne Pragmatique (J. L. Austin, P. F. Strawson, Oswald Ducrot), d'origine philosophique, malgré l'apparent succès de la synthèse de John Lyons.  Les deux grandes tendances sémantiques de ces dernières années en font une grammaire formalisante (R.  Montague, cf. Frédéric Nef) ou la recherche d'un âge d'or monosémique (psycho-sémantique du séduisant prototype, cf. Linda Coleman et Paul Kay, Eleanor Rosch en 1973).  Une troisième avenue semble se tracer dans la foulée des sciences cognitives, mais au risque d'un appauvrissement de l'objet (cf. Jacques Lerot, sur la sémantique « conceptuelle » et le prototype).

Malgré les travaux de Luis J. Prieto (1972, 1975), la linguistique fonctionnelle ou fonctionnaliste d'André Martinet ([1908-1999] 1968, 1970) n'a jamais donné à l'étude du sens sa vraie place, sauf à l'envoyer sur le terrain (cf. Claude Germain [1981]), pour substituer à une sémantique « fonctionnelle » une « axiologie », qui aurait mieux convenu à la SG.

Cette carence tient à la position de Martinet sur le sens, très proche de celle de Bloomfield :  le sens demeure, pour lui, un fait d'expérience.  L'aporie qu'il prétendait voir dans l'absence de forme concrète du sens et qui servait à justifier son scepticisme, aurait eu, en philosophie et ailleurs, des conséquences tragiques pour la connaissance.  Non seulement prive-t-il l'homme du symbolisme, mais également de l'abstraction.

Le terme d'axiologie refera son apparition ici même, mais dans un sens plus conforme à celui que lui donnaient les philosophes.  C'est par référence aux « valeurs » au sens de « jugement de valeur » qu'il désignera une superstructure du « modèle sémio-cognitif » développé parallèlement.  Vpl.

On n'entrera pas dans ces querelles d'école, de chapelle ou d'église et si j'y fais allusion, ce sera pour rappeler quelles sont ou devraient être les contraintes spécifiques d'une étude du sens dans le langage.

[2008]  Pour « dater » certains noms que je signale, je suis allé sur Wikipédia, qui ne cesse de m'inquiéter par la désinformation qui y circule.  La page consacrée à celui qui a poursuivi la diffusion de la SG décrit l'état de la sémantique au moment (1933) où Korzybski fait paraître son principal ouvrage.  « En proie au mysticisme, au scientisme et à la propagande ».  On croit rêver.  Alors que c'est ce que la sémantique générale combattait.


Logique ou sémantique ?

Une remarque concerne les emprunts apparemment fréquents à la logique dans la première partie de cet Essai, après les mises en garde qu'on vient de lire.  Il s'agit surtout de la logique ancienne, préformelle (ou plutôt davantage formelle que symbolique) ou peu s'en faut, à sa période de formation, à laquelle ne lui sont empruntés que des outils « formels », et non des modèles d'explication :  ainsi la vérité ou la fausseté ne sont pas pertinentes en sémantique, en particulier si elles se fondent sur la tautologie, pas plus que ne l'est en regard le sens ⇩ en logique.  Même le principe d'identité, « pierre angulaire de la pensée » (Lalande), ne tient pas, avec des verbes comme « glander ».

 ⇨  J'avais d'abord écrit « contenu », mais je me suis souvenu de la distinction que faisait Blanché :  si « l'actuel roi de France est chauve » est faux la proposition a tout de même un « contenu ».  Du point de vue du sémanticien, comme on la comprend sans qu'elle ait de référence sauf loufoque, il n'en demeure pas moins que c'est quelque chose que l'on comprend [en réalité une dénotation qui échoue].  Il n'en va pas de même quand on parle du contenu (le mobilier, en quelque sorte) d'une phrase asémantique.  Mais la phrase asémantique est une invention de non sémanticien.  J'inclinerais plutôt pour une phrase qui ne signifie rien, bien que compréhensible :  « il considère Dieu comme la source de toute vérité, humaine et surnaturelle, et cette vérité s'est transmise jusqu'à nous, de génération en génération, par tradition... » (à propos de Roger Bacon, F.-J. Thonnard).  rem [2010]  —  En feuilletant Gide, je suis tombé sur la surprenante :  « S'il était, ou s'il n'était pas, que nous importe ? mais il était tel, s'il était. » (à propos du Paradis).

L'asémanticité est le fait de syntacticiens, alors que le rapport privilégié de la syntaxe est avec la référence, comme elle décrit une situation.  « L'actuel roi de France » est aréférentielle.  Quant aux « idées vertes », elles ne sont pas mûres et relèvent de l'imaginaire poétique.

Une proposition comme « glander = (se lisant :  est identique à) glander » n'a pas de sens, ni dans le temps (diachroniquement) ni à une époque (synchroniquement), soit « ∅glander=glander. »  L'identité de sens passerait par l'identité des « sèmes » des unités [ou de la dénotation ou de la valeur] et demande une identité de conditions régissant l'attribution de sens.  Même en admettant deux définitions identiques, issues de deux dictionnaires différents, on ne pourra postuler qu'une équivalence de sens, notée ‘≡’, à cause des contraintes inhérentes au sens.  Cf. bravache ≡ fanfaron/≍{faux brave}, qui se lit « bravache est l'équivalent sémantique de fanfaron dans le contexte, ‘∁’ au sens de, ‘≍’, faux brave ».⇩

[2008] ⇨  Les contraintes sur l'identité paraissent sans doute exagérées, mais il s'agit ici d'écarter la relation d'identité comme sans pertinence du point de vue sémantique.  Autrement, un même sens peut être donné à deux formes différentes dans des conditions différentes et à une même forme dans des conditions différentes.  La question ne se ramène donc pas à A = A, ni d'ailleurs à A = B pas plus qu'à P = Q et P = P.

rem [2010]  —  L'alinéa précédant la note de 2008 a dû être corrigé pour éviter d'ajouter à la confusion parfaitement légitime que peut engendrer l'emploi de symboles et de notations.  Les rectifications se feront ainsi au cours de la révision dans un souci d'uniformisation.  Le signe de congruence ≡ est désormais la notation symbolique de l'équivalence sémantique.  L'identité, qui n'est pas une notion sémantique, se note par l'égalité (=), comme une quantité.

L'outil formel a une propriété particulière, c'est d'être dépouillé de sens, et, par conséquent, de « connotation » (d'association péjorative ou méliorative), bien que sa référence puisse avoir une « signification » au sens qui sera développé ici.

L'usage des signes logiques ne devrait entraîner aucune confusion sur le rôle qu'on assigne à ces notations.  Il ne s'agit pas de formalisme comme tel et la nécessité d'un outil de description rigoureux et monosémique ne justifie pas le défigurement de l'objet d'étude ni son travestissement.  Je ne prétends pas faire de logique, même au cours des discussions sur la nature des relations, ni d'ailleurs quand j'aborde l'inférence ou un de ses avatars, le syllogisme.

Il ne s'agit surtout pas de reconnaître un statut sémantique à la vérité, même si la formulation habituelle de l'inférence considère que le fait sur lequel on raisonne « est vrai ».  Dans la sémantisation, il suffit que l'on croie qu'il est vrai.  Un élément du raisonnement sémantique peut être faux sans mettre en péril le dispositif sémiocognitif qui l'utilise.  Par ailleurs, l'indépendance respective du sens et de la vérité peut être simplement démontrée par le paradoxe du menteur.  « Je mens », dans sa forme la plus simple (Lalande 1926).  L'énoncé est compris quelle que soit la valeur de vérité retenue et cela depuis Eubulide de Milet, créateur du sophisme en question.  L'inférence dont il est question est celle des systèmes experts, de la règle de production si <condition> alors <action>.  Autrement dit, il est parfaitement plausible de donner au sens le rôle de garant qu'a la vérité dans le raisonnement inférentiel de Prolog, sur le mode « X a tel sens Y, si X a un sens », au lieu de « si X est vrai ».

Il ne s'agit pas strictement d'un paradoxe d'autoréférence (en angl. mention ˥use).

Il est plus simple et plus sûr de parler de conditions de vraisemblable (ou de présomption de vérité dans la communication) plutôt que de conditions de vérité, cf. van Dijk (1973).  La cohérence d'un énoncé dépend moins de sa conformité (vérité tautologique) au monde réel que de la redondance sémantique d'une unité lexicale à l'autre.  Il s'agit dans ce cas de plausibilité ou de vraisemblance, sanctionnée par la phase idéologique, cf. {triste} dans il était sombre et abattu, et la cohérence maximale de « Sommelier, la carte des vins ! » par opposition à « Sommelier, la carte de la région ! » Sémantiquement, l'exemple de « la neige est blanche » se vérifie plutôt par le fait qu'il ait neigé ou non et qu'elle ait été souillée ou non.

On verra beaucoup plus loin que la règle sémantique issue de l'inférence repose beaucoup plus sur les rapports entre X et Y que sur la vérité de X ou de Y ou même de X ⇒ Y (x entraîne ou implique y).

Quoique la paraphrase soit évoquée et située, on ne proposera jamais de transcrire la langue (le discours) dans un système formel qui s'en distingue en se dépouillant des caractéristiques qui font d'elle ce qu'elle est (ce qu'il est).  En aucun cas, il n'est projeté, dans cet Essai, de remplacer le langage ou le discours par un produit (plus pur ou moins vague, univoque, etc.), nécessairement et à la façon d'un sous-produit, dérivé du langage qui, chez l'homme, se confond [dans le meilleur des cas] avec l'exercice de la pensée.

L'inconscient n'appartient pas à la pensée (au sens d'activité de raisonnement [cognitive], mais pas strictement de « pensée rationnelle », trop limitative), mais au psychisme et ne peut que simuler la pensée, le langage (pas d'homologie de structure, malgré les affirmations de Jacques Lacan) et le sens, comme la cognition, est également animal.  A priori, je n'exclus aucune approche :  je me borne à délimiter le champ qui est l'objet de la sémantique linguistique.  Il y a place pour une zoosémantique.  « Linguistique » ici ne veut pas dire réservée aux seuls linguistes, mais plutôt « concernant la langue et le langage ».  Un mot sur l'animal :  on peut penser qu'il n'a qu'une référence, sans la zone tampon que l'homme s'est créée avec le sens, mais l'animal qui vit avec l'homme (et qui plus est en mini-société animale) développe aisément une sémiotique « à deux vitesses », sinon à deux plans, comme il est capable de manipulation abstraites.


La sémantisation  —>  théorie des opérations sémantiques

Cadre théorique et préalables

Les nombreux emprunts à des domaines distincts et souvent considérés comme indépendants ne sont pourtant ni des métaphores ni des allusions gratuites, quoique naturellement ils n'engagent pas l'intégrité de ces disciplines.  Aujourd'hui, avec la cognitique, nous disposons d'un point de rencontre de sciences plus anciennes (la plus jeune étant la sémiotique) où les préoccupations concernant la pensée sont réunies.  La lecture de cette étude pourrait donc être facilitée par une connaissance relative de l'un ou l'autre des divers domaines qui se recoupent ici : linguistique, sémiologie, psychologie, philosophie, cybernétique, analyse textuelle, lexicologie, sémantique, programmation logique, mais cette connaissance, même minimale, ne constitue pas une condition préalable.

REM La cognitique est assimilée aux recherches en intelligence artificielle (IA).  Sciences cognitives, ensemble des sciences qui portent sur la cognition (psychologie cognitive, linguistique, logique, recherches en intelligence artificielle, etc.).  [EUL]©

On se méfiera toutefois d'analogies terminologiques.  Je songe en particulier à la notion de mémoire, caractérisée diversement par la psychologie.  Le sémanticien ne suit pas nécessairement le découpage qu'opèrent cette discipline et ses divisions théoriques.  Il y a une mémoire lexicale si les formes sont reconnues comme significatives (aussi dites signifiantes), mais on doit aussi supposer une mémoire sémantique, distincte ou non de la précédente, mais certainement distincte de celle que la psychologie met en place et qui y range en vrac les connaissances du monde alors qu'il s'agit plus justement d'une mémoire encyclopédique qui étend les connaissances linguistiques aux objets du monde et à leurs représentations livresques ou imagées. 

[2008]  À des fins de description, on peut considérer la mémoire sémantique comme métalexicale, mais l'hypothèse d'une mémoire où les données seraient inorganisées oblige à poser un dispositif/processus cognitif qui distinguerait par leur nature, même inégalement, les objets mémorisés.  À l'égal de celui que suppose la distinction que peut faire un sujet parlant entre « procession religieuse » et « procession profane ».

La mémoire « sémantique » postulée ici est parallèle à la grammaire intériorisée, que ne semble pas discerner la psychologie.  La perception n'est pas exactement du ressort du « modèle de traitement des signes », mais on admet qu'elle se subdivise au moins en perception des formes acoustiques ou graphiques (audition et lecture) et en perception de la situation (visuelle, auditive, tactile), que le message soit acoustique (auditif) ou écrit (visuel ou télévisuel ou encore « vidéo »).  Dans ce cas-là, on estime aussi qu'il y a mémoire qu'on dira perceptuelle, que les psychologues semblent appeller « perceptive ».  La composante sémantique, outre la reconnaissance significative (comme mot de la langue), comporte une phase de traitement [un ensemble d'opérations] :  la sémantisation, qui consiste à associer à la forme le sens qui lui convient dans l'énoncé.  Ici, la mémoire intervient comme mémoire du processus (cf. « mémoire de travail » du psychologue).

REM  Dans une situation de langues en contact, le sujet peut assimiler à sa langue une unité de la langue voisine ;  Radio-Canada a ainsi fait de ‘moron’ un mot français.  Idem pour ‘attrition’, dans les relations/ressources humaines (emploi).  Ces cas illustrent bien le peu de pertinence pratique des distinctions théoriques, pourtant nécessaires à un examen méthodique.

La transdisciplinarité n'est pas sans risque pour l'intégrité d'un domaine de recherche.  La consultation d'un ouvrage comme The Oxford Companion to the Mind (R.L. Gregory [1987]) qui inaugure l'article « signification » ('meaning') par « l'étude scientifique de la signification pose problème », a quelque chose de déroutant pour le linguiste, à tout le moins le sémanticien.  Sur les quinze colonnes qui y sont consacrées, seul Saussure (et on sait qu'il n'est pas sémanticien) fait une brève apparition :  le champ semble appartenir tout entier aux philosophes et aux logiciens.  La condition modulatoire de l'affirmation ci-dessus est évidemment : « si la science est objective ». 

Il semble surtout exagéré de considérer les philosophes comme des scientifiques, et cette réserve s'applique également aux logiciens, même si Jean Largeault peut écrire :  « Son but [le ⊥ de la logique] est celui de la science en général, établir des vérités stables définitivement à l'abri des réfutations ».  Que la science soit liée à la vérification n'implique pas qu'elle ait pour objet la vérité, dont on distinguera le « vérifié ».  Pourquoi ne pas faire du quantifiable le pivot ?  Les banquiers et les sportifs seraient des scientifiques.  Je ne crains rien ;  j'ai un abri anti-réfutations.

Il aurait été préférable d'écrire : « Dans les limites conventionnelles de l'objectivité scientifique », car c'est de cela qu'il s'agit, comme l'essentiel de l'article rapporte les opinions des uns et des autres, notamment que le critère du sens « est » la vérité, ce qui est assez curieux dans un texte où les uns réfutent les autres.  Le lecteur perspicace (et surtout persévérant) aura compris que la vérité est portative (en plus d'être commode et élastique), mais surtout que jamais le sens n'y est considéré comme véritable objet d'étude :  les tenants du mot se heurtent aux partisans de la phrase qui sont la proie des promoteurs du discours, auxquels s'attaquent les partisans de la référence et de la pragmatique ou de l'énonciation, et le plus curieux c'est que la réalité des uns n'est jamais celle des autres (pas plus que la vérité ni la « signification », et encore moins le sens).

REM  Faisant fi de l'interdit pesant sur l'introspection, le linguiste Georges Mounin s'est intéressé à ses failles de mémoires pour confirmer certaines « affirmations linguistiques », dont la différence entre signifiant (forme) et signifié (sens) et l'hypothèse saussurienne sur les valeurs des mots, limitées réciproquement, mais il ne réussit qu'à démontrer la délimitation du signifiant (forme) ;  il considère également confirmé le caractère opératoire du trait distinctif (différence spécifique d'Aristote).  Il ne lui vient pas à l'esprit que c'est peut-être sa formation de linguiste qui l'amène à voir confirmées des thèses qu'il fait linguistiques.  La seule véritable est la position de Saussure (1857-1913) que j'infirme plus loin en ce qui touche au sens.  Michel Bréal (1832-1915) et Arsène Darmesteter (1846-1888) avaient déjà démontré que le lexique n'est pas un échiquier, c'est-à-dire l'inverse de la position ou proposition saussurienne.

La sémantique s'inscrit, avec de nombreuses autres disciplines, dans le champ de ce qu'il est convenu d'appeler les sciences du langage (linguistique, sémiotique, rhétorique, poétique, etc.), et plus largement encore dans celui des sciences humaines et sociales, au même titre que la sociologie, la psychanalyse, etc.  Quoi qu'elle puisse déborder à la fois son objet et son champ, et qu'elle subisse autant d'influences qu'il y a de disciplines concurrentes ou qui l'intersectent, elle revendique néanmois une certaine autonomie, dite « relative », d'autres sciences linguistiques, ainsi la phonologie ou la syntaxe vis-à-vis l'une de l'autre.  Rastier (1987:9), qui reste « en-deçà de la psychologie cognitive » admet cette autonomie, mais s'oppose à une « interdisciplinarité sans principe », en distinguant le « sémantisme du texte » et les « opérations cognitives du lecteur » malgré les contraintes et les déterminations.  On voit qu'il avait en mains ma thèse lorsqu'il a peaufiné san manuscrit.  L'ironie veuille que de croire au sémantisme du texte, c'est croire aux fantômes et à « l'âme des choses ».  Il optait donc pour une démarche délibérément antiscientifique.

L'autonomie caractérise également les ensembles d'opérations :  il y indépendance de la référence et du sens, par exemple, car si la compréhension maximale passe par le sens, ce n'est pas le cas de la référence, puisqu'il est possible de référer aux hémophiles sans pouvoir définir leur maladie, tandis que la valeur sémique {maladie} est au moins nécessaire à la compréhension.  Cette autonomie est relative, car les opérations ont toutes en commun un schème fondamental, auquel on reviendra.  Leibniz peut être considéré, avant G. Ryle, comme l'ancêtre d'une conception opératoire :  « Par un concept quel qu'il soit, nous n'entendons rien de plus qu'un ensemble d'opérations ;  le concept est synonyme de l'ensemble correspondant d'opérations ».  (cf. R. Blanché [1972:110]).

On reviendra sur cette question qui consiste essentiellement à reconnaître un produit indépendant d'une production.  Certains linguistes continuent de lier syntaxe et sens, ainsi B. Pottier (1992a:76-78, 81, 117) insiste en particulier sur l'interdépendance de la sémantique et de la syntaxe, par le biais du schème d'entendement (proche du module actanciel, x ARRÊTER y), le schéma analytique, lui, appartenant au plan conceptuel, indépendant des langues.  L'interdépendance se fonde ici sur les schèmes actantiels, que Greimas étendait aux textes (Greimas et Courtès 1979:3-5).  On admettra, dans une perspective systémique, que l'interdépendance n'est pas une subordination ni une préséance.

La transposition conceptuelle a toujours été une préoccupation importante à mes yeux et j'ai consacré un article à cette migration incontournable, trop souvent métaphorique.  Il en va de même pour la propriété intellectuelle.  L'absence d'un appareil formel de citations n'entraîne pas de ma part que je fasse fi de mes dettes intellectuelles pour me livrer au pillage.  L'économie qui est faite en ce qui touche les sources est une tentative de minimiser les tentations polémiques ou la justification relative à certaines notions dont la pertinence ou la paternité pourrait soulever des questions.  Les auteurs mentionnés apparaissent à titre de repères théoriques, généralement distincts de mes propres positions.  Sinon proprement à l'opposé.

REM  Avec le temps, les lectures et la maturation naturelle des idées, la notion de redondance, appartenant originalement à la théorie mathématique de la communication, qui semble encore faire entrer certains linguistes en convulsions, et qui a été le fer de lance de ma théorie, a été graduellement remplacée, en nom au moins, par sa description neutre en théorie des ensembles, c'est-à-dire l'intersection.  Ce changement d'identité n'implique pas de changement de nature ;  il est toutefois plus normal d'appliquer au sens du logico-géométrique que de lui prêter des propriétés reconnues aux signaux physiques.

Une dernière remarque préalable semble nécessaire :  elle porte sur le désenchantement qui caractérise de nombreuses entreprises touchant de près ou de loin à l'étude du sens.  Plus de cent ans après l'inauguration des études sémantiques pour elles-mêmes par Michel Bréal, Irène Tamba-Mecz trouve encore moyen de se faire l'écho de cet embarras : « Aussi à la question, pour l'instant prématurée, de savoir ce qu'est (ou sera) la sémantique, répondrons-nous par une autre question qui, elle, en attendant, peut recevoir une réponse :  ‘Une sémantique pour faire quoi ?’ » Elle aurait pu tout aussi bien se demander :  « la connaissance, pour quoi faire ? » Je reprendrai cette question à la fin de cet Essai.  C'est là d'ailleurs que Largeault faisait fausse route :  on ne cherche pas des dogmes inattaquables dans une démarche scientifique, on cherche une explication mieux adaptée aux faits observés.

REM  Comme son Que Sais-Je ? prend la place de celui de Pierre Guiraud, elle doit estimer que « sa » sémantique à lui n'a plus cours, alors qu'elle reste un des plus sûrs fondements synthétiques de la discipline, avec l'ouvrage de Stephen Ullmann (1952).  La plupart des ouvrages de sémantique qui ont suivi privilégiaient une théorie ou une autre au détriment de l'avancement de la discipline (à part le copieux Semantics de John Lyons dont les deux tomes anglais ont paru en 1977, mais auparavant, sur la sémantique structurale, Tullio De Mauro).  Les Clefs de George Mounin (1972), trop parcellaires, demeurent tout de même un appoint non négligeable à un survol d'une discipline dans ses avatars.  Son intérêt pour la sémantique comme telle, de son propre aveu, commence vingt ans avant le mien, mais ne semble jamais avoir conduit à une construction théorique personnelle.

Enfin, je voudrais proposer une définition de la sémantique, en rappelant la tradition, citée par Robert, et qui l'assimile en partie à une lexicologie :  « La sémantique étudie les relations du signifiant au signifié, les changements de sens, la synonymie, la polysémie, la structure du vocabulaire. » Théoriquement, « la sémantique est une discipline scientifique qui a pour objet les manifestations du sens dans le langage et les langues », précision qu'apporte aussi Mounin.  Une sémantique « opératoire », mieux nommée et plus explicitement théorie des opérations sémantiques, a, elle, pour objet d'étude les opérations sémantiques, sémiotiques et cognitives qui caractérisent le sens dans le langage.

REM  Lexicologie : « Partie de la linguistique qui étudie le fonctionnement des composantes lexicales de la langue et leurs relations avec les autres composantes linguistiques et avec les milieux d'élocution. » (EUL©).  En ce qui concerne le langage, on peut récupérer, avec une minime restriction mentale, la définition qu'en donnait Joseph Vendryes (1923) : « La définition la plus générale qu'on puisse donner du langage est d'être un système de signes (...) Il y a langage toutes les fois que deux individus, ayant attribué par convention un certain sens à un acte donné, accomplissent cet acte en vue de communiquer entre eux. » On la comparera avec la définition de la langue que donnait L. Hjelmslev (1953) : « Une langue au sens large, y compris, disons, notre langue parlée habituelle, est un système de signes ou de constituants de signes, qui donne forme à la fois à l'expression et au contenu d'une manière spécifique à chaque langue particulière. » La subordination de l'étude du langage à cette apparente fonction de communication a souvent été un obstacle épistémologique, faisant du sujet parlant et comprenant une sorte de télégraphiste.

rem [2010]  —  Les liens ci-dessus (en vert) renvoient aux fiches d'AZ.

La restriction mentale est aussi une observation plus étendue :  quand je lis la phrase de Vendryes, il n'est pas là, et il n'y a pas de « nous » :  lui et moi n'avons jamais rien convenu concernant un acte quelconque :  Dans sa Préface , Vendryes insiste sur le caractère d'acte, qui « suppose l'activité volontaire de l'esprit ».  Dans un souci de justice pour Vendryes que j'estime beaucoup, j'ai retrouvé le passage...  (p. 19) Il télescope deux énoncés distants de dix lignes, que marquait les points de suspension « (...) », mais il me faut insister, car langage comme coréférent-anaphorique reprend l'idée de signe et non celle de langue.  Il énumère les types de langage possible :  olfactif, tactile, visuel, auditif.  On comprendra encore mieux que ma critique était trop sévère, car si je ne suis pas lyrique, je n'ai pas le droit de lui en vouloir de l'être  —  la suite est révélatrice :  « Un parfum répandu sur une robe, un mouchoir rouge ou vert dépassant la poche d'un veston, un serrement de main plus ou moins prolongé... »  On lui reprochera peut-être alors de battre la campagne, en quête d'une sémiotique.

Le « sens » exige également une définition, de par sa polysémie et de par son apparente interchangeabilité avec « signification » dans l'usage courant.  Le choix que j'ai fait entre « sens » et « signification » n'est pas terminologique, mais épistémologique.  Depuis la lecture de Pierre Guiraud (1955), j'ai toujours considéré, comme lui, que la signification était un procès (au sens de {processus}).  Il le disait « psychologique » et, aujourd'hui, on le dira « cognitif ».  [Krysteva (1969), le fait sémiotique, mais reprend la distinction de Guiraud].  En fait il décrivait ce qui correspond, dans une discipline voisine, la sémiotique, à la fonction sémiotique, la semiosis.

REM  Sémiotique ≝ théorie des signes et du sens, et de leur circulation dans la société.  Fonction sémiotique ≝ capacité à utiliser des signes, des symboles.  (PR/PRE)

Quant au sens, défini par Robert (PR/PRE) comme « idée ou ensemble d'idées intelligible que représente un signe ou un ensemble de signes », il manifeste le même caractère statique que lui reconnaissait Guiraud, même s'il reprend une conception privilégiée au XVIIIe siècle.  Le Petit Larousse de 1918 (PL1918 ou PL18 par la suite) ne s'encombre pas de préjugés (ici et par la suite le signe ≝ introduit une définition) : 

sens ≝ signification ≝ ce qui (sic) signifie une chose. π contester la signification d'un mot.

rem [2010]  —  π (habituellement suivi d'italiques) introduit ce que j'appelle une phrase-exemple, à la suite des auteurs du Dictionnaire Bordas du français vivant.

Conformément à la circularité serrée qui est le propre d'un dictionnaire portatif comme le PL18, ‘signifier’ reçoit la double définition suivante : 

≝ vouloir dire, avoir le sens de π « en latin, le mot auriga signifie cocher ». 
‘vouloir dire’ ≝ avoir l'intention de faire entendre, avoir un certain sens. 

Cette spirale témoigne assez justement de la difficulté que présente l'intention de cerner le sens dans une définition. 

Le dictionnaire Larousse Lexis ne dépanne pas vraiment :  sens ≝ ensemble des représentations que suggère un mot. 

Le seul mérite du verbe ‘suggérer’, c'est qu'il désolidarise du mot le sens.  Plus utile et révélatrice est la définition de ‘contresens’ ≝ interprétation erronée d'un mot, d'une phrase. 

Le Larousse électronique (PL97), peu précis, signale : ≝ [ensemble des représentations que suggère un mot], un énoncé ;  signification.  Les crochets indiquent la partie empruntée à Lexis.

REM  Le sens n'est nulle part et n'est jamais stocké comme tel.  « Regarder le sens d'un mot dans le dictionnaire » ne signifie pas qu'il s'y trouve :  les définitions doivent faire l'objet d'une interprétation ;  rien n'est donné.  Et il n'y a pas de sémantisme du texte :  pas de petits coffrets précieux, comme le voulait Rignano, je crois.  Toute la question de l'apprentissage du sens est grevé par cette aporie.  Les notions de « sens de base » et de « sens contextuel » ne sont pas, par ailleurs, probantes à l'usage.  L'exemple « En latin, le mot auriga signifie cocher » est une métaphrase.

Si l'on retourne brièvement à ‘représentation’, on comprend mieux le dilemme :  le Robert ne permet l'adéquation qu'avec l'acception générale, préalable à l'arborescence : « Action de mettre devant les yeux ou devant l'esprit de qqn. » Pour le Lexis, la représentation se fait également, comme dans l'acception spécifique du Robert, dans un sens inverse :  le symbole représente.  La seule acception approchante est philosophique : « image d'un objet donnée par les sens ou par la mémoire ».  cf. « Le fait de représenter par le langage » (PR/PRE).

Comme éléments de définition, je retiens l'interprétation (cf. ≝ action de donner une signification [aux faits, actes ou paroles de qqn], PR), la représentation et le ‘faire entendre’ du PL 18, c'est-à-dire « comprendre ».  Le sens est donc « ce que l'on comprend au terme d'une opération réglée qui consiste à associer une représentation mentale (psychique, cognitive) à une unité du lexique, reconnue comme telle ».  Cette compréhension n'est pas la fin du procès qui chez le sujet-interprète s'accompagne d'une comparaison de ce résultat à ses convictions qui intervient sous trois formes, axiologique, doxologique et idéologique, mais on est là dans le domaine de la signification.

Autrement dit, si le « texte » n'est pas lu, il ne veut rien dire.  Tout le monde ne réagit pas de la même façon au même discours, justement, parce que le discours n'est pas le même.

REM 1 Cette définition du sens s'écarte considérablement de celle que donnait en vrac Bloomfield il y a soixante-dix ans (et reprise par Mounin [1972], dont je reproduis la traduction), prisonnière du béhaviorisme qui n'est pas innocent dans la propagation du prototypisme) : « la signification d'une forme linguistique [c'est] la situation dans laquelle le locuteur l'énonce, et la réponse [linguistique et/ou comportementale] qu'elle obtient de l'auditeur. » Mounin trouve une confirmation de cette position peu nette dans l'apprentissage des signifiés que fait l'enfant [comment sait-il que l'enfant a appris ce que Mounin prend pour des signifiés — enfant, j'apprenais comment les choses s'appellent et par quoi on désignait certaines activités ;  de signifié, point].  D'où Bloomfield et Mounin tirent une aporie scientifique dans la description du sens.  

Ce qui frappe d'emblée, c'est la non spécificité du cadre :  l'énoncé est assimilé à un comportement quelconque ;  la spécificité humaine n'est même pas respectée.  En outre, on peut se demander en quoi les éléments d'une situation peuvent constituer un fait qui y échappe.  L'aporie est celle du béhaviorisme, dont le refus antimentaliste de « l'introspection » le réduit à prétendre décrire « autre chose » que l'extérieur par l'extérieur. 

Deux chiens dans l'enclos ;  l'un lève la patte, l'autre l'imite.  En quoi le geste du second constitue-t-il le sens du geste du premier ?  En quoi l'enclos est-il déterminant ?  Le commentaire « what a moron ! » ⇩ ne forme pas le sens du propos ou du comportement du président américain, pas plus le cadre où a eu lieu le second énoncé.  Plus exactement, ce qui sort d'une boîte noire ne permet pas de conjecturer sur ce qui y est entré, mais plutôt de conjecturer ce qui s'y est passé, à partir de ce qui y est entré et de ce qui en est sorti.

Moron — Macmillan 1973-79: 1.  one who is mentally retarded, having a mental age of up to 12 years.  2.  very foolish or stupid person.  C'est la deuxième acception qui s'applique (espérons-le), petite phrase exaspérée prononcée lors du premier mandat de G.W. Bush par la secrétaire de presse du premier ministre canadien d'alors, dans les couloirs d'une conférence.  Équivalence :  Quel imbécile/cornichon/etc. !  Dans la langue de Sarkozy, pauv' con ou couillon.

REM 2  Dans son étude de Bloomfield, Terrence Gordon (1982) confirme l'intention de Bloomfield en relevant les expressions analogues.  « Le sens d'un énoncé se rapporte aux événements pratiques. » « Le sens linguistique est formée des traits sémantiques qui sont communs à toutes les situations qui commandent l'énonciation de la forme linguistique. » « En produisant une forme linguistique, le locuteur signale à ses auditeurs qu'ils doivent répondre à une situation ;  cette situation et les réponses qu'ils y font sont le sens linguistique de la forme. » Gordon fait même remonter cette position théorique à 1926 :  « les traits de stimulus-réaction correspondant [à la forme] sont les sens. » Gordon explique ce radicalisme par l'exclusion de tout ce qui n'est pas quantifiable ou intégrable à une taxonomie.

À  mesure que je relis ce texte, je m'aperçois qu'il gagne en ampleur et en complexité.  La raison en est principalement la découverte que j'ai faite du gouffre qui me sépare aujourd'hui de la linguistique que j'ai apprise tant bien que mal.  En effet, celle-ci, la structurale, était en phase d'essoufflement au moment de mon contact avec elle, dans sa coexistence défensive avec le fonctionnalisme et le générativisme triomphant ;  la redécouverte du guillaumisme [Guillaume est un épigone linguiste de Bergson] lui a porté un coup fatal, dont le Grand dictionnaire encyclopédique Larousse (Gdel) se fait une sorte de compendium.  Si elle s'était montrée plus tolérante à l'égard du sens, avec un regard sur le passé, je me rends compte qu'elle s'était contentée de cantonner la sémantique dans un rôle tenant de l'alibi, comme le font les autres théories linguistiques qui la subordonnent à l'interprétation des phrases ou à la constitution de règles lexicales.

Si l'on sort du champ linguistique, le même scénario se reproduit :  le sens n'est jamais appréhendé pour lui-même.  Je m'y trouve confronté aux mêmes subterfuges qui sont autant d'échappatoires.  La faille épistémologique que j'ai détectée progressivement « dans les linguistiques » est naturellement plus nette dans des disciplines où le sens est trop encombrant et apparaît irréductible, le condamnant à l'exclusion.  Je me propose, si j'en ai la force, d'ajouter une annexe où j'étudierai les occurrences du mot ‘sémantique’ dans mes corpus électroniques (Petit Robert & Encyclopédie universelle Larousse).  [Seul le corpus est réuni.]

‘Gouffre’ et ‘faille’ sont des métaphores au sens qu'on donne habituellement à ce mot, mais ces termes marquent l'isolement épistémologique où se trouve un sémanticien, quel que soit son désir d'allégeance théorique.  Ayant échappé aux sanctions (positives ou négatives) des collègues et confrères par suite d'une maladie, j'avais longtemps gardé des attaches envers les théoriciens qui avaient eu l'audace, à mes yeux, de réserver au sens une place plus que congrue.  Aujourd'hui, ce que j'ai pu considérer comme des dettes n'a plus lieu d'être, et c'est avec une plus grande liberté que j'aborde le sens et les problèmes qu'il semble présenter pour certains auteurs. 

Le sens est, quotidiennement, de nature linguistique.  Je ne chercherai donc pas à en faire 1) une « émanation » des formes ni 2) un avatar de la pensée, pas plus 3) qu'un comportement ni 4) une coordonnée matérielle.  Le modèle qui me sert de référence tient compte des principaux aspects que le sens a pu revêtir au cours de l'histoire ;  il a les mérites d'un garde-fou dont la principale propriété est de se déformer à chaque apport pertinent.

Si aujourd'hui on était en quête d'un modèle pour ce qui est du langage et du lexique, c'est vers la cosmologie (au sens moderne) qu'il faut se tourner.  Le Big Bang et les hypothèses actuelles sur l'Univers (héraclitéen, celui-là) constituent un excellent modèle déformable, qui autorisent des métaphores audacieuses (que je laisse à d'autres) ;  il y a longtemps que pour moi le signe est labile (variable) et non une feuille de papier recto-verso.

REM  On remarquera à cet égard que les formes (stratégies) d'un apprentissage ne peuvent pas servir d'argument dans la conjecture sur les formes (configurations) d'un savoir ;  « l'apprentissage des signifiés » ne permet pas de déduire la nature du sens ni sa forme d'organisation s'il a une forme d'organisation distincte de l'organisation des lexiques intériorisés.

La sémantisation est donc l'opération par laquelle un locuteur donne un sens à un énoncé.  Elle est le pendant de l'énonciation, par laquelle le sujet parlant transforme de la langue en discours, sauf lorsque le sujet parlant interprète son propre discours [il passe alors en régime métalinguistique].  Dans la sémantisation, la transformation porte sur des portions de discours qui reçoivent un sens en fonction, notamment de la langue à partir de laquelle les énoncés été formés, ainsi qu'en vertu d'autres facteurs comme le contexte verbal, et des circonstances telles que la situation de réception ou la compétence ou les connaissances du sujet comprenant.

La signification (phase 3 du modèle sémiocognitif) de ce que quelqu'un nous dit fait encore intervenir un facteur supplémentaire :  l'image qu'il a de nous, que l'on peut scinder en 1) ce qu'il pense de nous et 2) ce qu'il attend de nous (qu'est-ce qu'il me veut ?).

Les relations occupent (surtout après 1987) une place particulière dans la théorie des opérations sémantique qu'est la sémantisation qui ne se rattache à aucune école syntaxique ni pragmatique ou énonciative, pas plus qu'à une linguistique données.  Ses règles ne concernent pas les faits de discours ou les situations des échanges verbaux.  Les relations, dont la liste sera établie plus loin, interviennent donc comme produits d'opérations ;  elles sont des formes de connexité.  On en distingue d'abord deux « fondamentales » dont dérive les autres :  l'identité (partielle [l'intersection], relative [l'équivalence], complète, nulle [la différence]) et l'assimilation (identité forcée - intersection de l'analogie et de la contiguïté imposée par prédication/attribution).  La connexité est abstraite, version conceptuelle de la contiguïté dans la réalité perceptuelle.  Dans la théorie, elle prend diverses formes selon le point de vue choisi.  Les noms de redondance, d'intersection, d'interdéfinition et d'homosémie, et même d'homéosémie vont disparaître au cours de cette révision et la terminologie devrait présenter une plus grande uniformité avec celle des autres textes du sites, notamment « De l'inférence sémantique » et « Les opérations ».

rem [2010]  —  L'alinéa qui précède a été remanié, mais les relations de 1987 étaient surtout lexicales et rhétoriques (métaphore, métonymie, synecdoque).  Voir la liste dans Az ou la version portative ci-dessous (cet Essai a été le lieu de leur élaboration) : 


Comme le remarque J.-W.Lapierre (1992), il y a autant de systèmes que de points de vue sur le même objet :  la connexité est modélisée d'un certain nombre de manières.  Et c'est sur elle que s'exerce l'opération intellectuelle fondamentale de substitution.  Les relations de connexité sont plus abstraites que l'inclusion (remplacée ici graduellement par l'appartenance pour des raisons pratiques) ou l'analogie.

rem [2010-12]  —  Le « sème » sera systématiquement remplacé par l'élément de sens, télescopant ainsi les hypothèses, de 1987 à 2007.  Aujourd'hui le chapitre de « l'analyse sémique » est clos dans la théorie des opérations sémantiques :  on y substitue plusieurs classes d'éléments pouvant servir de valeur  —  élément de définition, de description, de connaissance, élément de sens, de dénotation (ou dénotateur), élément de signification, prédicable du référentiel d'un énoncé.  Les éléments de référence ont une existence théorique, mais leur représentation graphique pose un pose qui les ramène à un seul symbole, soit ℝ, devant un paradigme ℝ[...] ou suivi d'un exposant reprenant les valeurs de la règle précédente, ℝconjoncture (Roubaud [1785] en fait le superordonné de ‘circonstance’).

La description du phénomène qu'est le sens repose sur un principe transitif qui établit la triple équivalence « relation = opération = règle ».  Ceci revient à dire que toute relation correspond à une opération qui correspond, à son tour, à une règle.  Ce principe guide toute construction théorique au sein du modèle, ainsi que toute représentation.  Il est inspiré par le fait que les relations logiques sont considérées comme des opérations, y compris une notion comme la définition qui permet « d'obtenir » un concept (cf. Thonnard 1950).  Sur les sortes de définitions, on pourra consulter, entre autres, Lerot (1993:26-28), mais aussi Greimas et Courtès (1979:85-86) ou encore plus simplement Galisson et Coste (1976:140-141).

La triple équivalence théorique relation/règle/opération signifie en outre que l'opposition notée comme relation par exemple en (a) peut l'être en (b), sans indication du rapport calculé implicitement. 

(a)unipare ≢ multipare

(b)  unipare ≍ multipare ;  (≍ = au sens de)

La juxtaposition des deux formes (indépendamment du statut métalinguistique que peut prendre la seconde à la droite du signe ‘≍’) entraîne obligatoirement une opération cognitive d'opposition ou de contraste (cf. femme femme ;  il y a livre et livre).  La variante abrégée a le même pouvoir. 

unipare ≍ multi- 

Il en va de même pour toutes les relations, ainsi qu'à tous les niveaux de traitement.  Il est sans doute bon d'insister sur le fait que les exemples sont donnés à titre d'indication et que les valeurs assignées (attribuées) pourraient différer sensiblement d'une interprétation] à l'autre, sans pour autant remettre en question le principe o-r-r (opération-règle-relation), pas plus que le schéma ternaire de la règle qui s'accommode de plusieurs morphologies :  Forme-Condition-Valeur.  Ce n'est donc pas une valeur donnée qui est solidaire de la condition ou de la forme, mais l'appareil proprement dit, qui s'écrit aussi bien en Prolog, où les majuscules sont des variables.

asd(F,V):-
condi(F,C),condi(V,C)


Le rôle de Prolog

« Prolog » est un langage informatique basée sur la logique des prédicats du premier ordre.  C'est un exemple de programmation logique, c'est-à-dire de programmation déclarative basée sur l'emploi de langages apparentés à la langue naturelle.

[Remarque sur langue naturelle :  j'emploie l'expression consacrée, par opposition à « artificielle » ou encore « formelle », par commodité sans cacher pour autant la nature culturelle de la langue, dont seuls les moyens d'expression phonatoire et d'audition sont naturels.] 

Ce type de programmation consiste à construire des ensembles de règles réalisant un certain traitement lorsqu'elles sont interprétées.  Les formules de logique, et notamment la logique des prédicats constituent un modèle de représentation des connaissances à la base de tous les systèmes devant effectuer des opérations de déduction.  Les faits y ont une valeur de vrai ou faux [il s'agit de Prolog et non de sémantique], comme dans la formule (fait pouvant entrer dans une base de connaissances) :

pere(Jean,Paul) = vrai

Dans le sociolecte Prolog utilisé (Turbo, puis ensuite PDC, uniquement à des fins d'expérimentation, d'illustration et de construction de prototypes) la formulation omet les capitales, réservées aux variables.  Je signale aussi que l'orientation de la relation est à la discrétion du programmeur qu'il fait figurer au début de son programme.  Le « système » n'a pas de « sémantique » :  le prédicat pourrait être « is_a(jean, paul) », soit jean est un paul ou paul est un jean.  Ce qui permet de formuler des rapports entre plans différents et de construire un analyseur syntaxique [ce dont je me suis bien gardé de faire]..

pere(jean,paul).

Un des emplois les plus fréquent de Prolog est la construction de prototypes de systèmes experts (SE) qui sont des systèmes informatiques de type « intelligence artificielle » (IA) développés dans un domaine bien délimité et dont les connaissances modélisent (représentent) une expertise (un savoir d'expert).  La compétence interprétative du sujet comprenant peut être assimilée à un système expert, plutôt qu'à un analyseur syntaxique.

Les systèmes de production, développés initialement en psychologie, constituent un modèle largement utilisé en IA, principalement pour les systèmes experts.  Très souvent associés à la notion d'objets (au sens informatique du terme) pour décrire les concepts à manipuler, les faits y sont des descriptions structurées et les relations sont des règles de production du type « si-alors ».  Moins formalisé que la logique des prédicats, ce modèle est d'extension plus aisée.

Le système expert est un système d'IA, c'est-à-dire un système informatique particulier constitué de trois composants fondamentaux :  une base de connaissances, un système (moteur) d'inférence et un système de contrôle.

Les règles de production sont des paires condition-action du type « si... alors... », la partie « si » spécifie une condition, la partie « alors » une action à effectuer si la condition a la valeur « vrai », ou un processus ajoutant de nouveaux éléments de données.  Lorsque la condition est satisfaite par la base de faits courante, la règle est appliquée et la base de faits est modifiée par l'action.

À des fins de modélisation, si l'on revient en sémantique, on peut retenir deux composantes dont on peut supposer qu'il existe un équivalent chez le sujet comprenant :  la base de faits et le moteur d'inférence.  Toujours par transposition, la mémoire de l'ordinateur (au début Prolog n'utilisait que la mémoire vive) permet de situer les opérations dans un espace de travail, un « espace mental ».

Ce bref aperçu définitoire de la programmation logique est inspiré principalement de Bruno Dufay 1987; Patrice Bihan et P.E. Parizot 1987; Bihan 1987; J. Laporte et D. Delport 1987 et Michel Treillet 1987.


Sémantique naturelle

Il existe une sémantique naturelle, c'est-à-dire un emploi métadiscursif de la langue à des fins d'interprétation, à laquelle je consacre une annexe, sous le nom de « sémantique intuitive ».  D'une certaine manière, les dictionnaires de l'époque pré-linguistique (avant les années 60-70) constituent de bons exemples de cette sémantique non scientifique, ainsi que la plupart des ouvrages didactiques et encyclopédiques, vulgarisateurs ou non, qui sont tenus de délimiter leur objet.

Dans le discours d'un sémanticien, il est très difficile de dégager le véritable métalangage dont l'objet est la description objective de la sémantique naturelle du sujet, formée essentiellement de son expérience de la langue.  Encore une fois, on ne verra pas dans cette expérience le « fait d'expérience » des fonctionnalistes ;  il s'agit de sa compétence.  C'est pourquoi la plupart des exemples rapportés le sont au sens strict et jusque dans leur interprétation.  Le corpus (énoncés attestés) est la seule protection contre le subjectif, non scientifique, et je me suis fait une règle de ne jamais m'appuyer sur mon intuition pour définir ou décrire un terme ou son sens, sauf s'il intervient dans la théorie qui sert de cadre à la recherche.

La sémantisation m'est généralement extérieure et je me borne à rapporter les sens déjà recensés, ou à sélectionner dans ce matériau ce qui me semble pertinent, ce qui devrait minimiser la part de la fantaisie.  Je ne peux pas supprimer toute subjectivité sans disparaître tout à fait :  après tout, c'est bien moi qui feuillette le dictionnaire — disons que j'essaie, quand il s'agit d'une interprétation, de me borner au rôle de relais.  Les entorses à ce principe seront indiquées clairement.  Les exemples non lexicographiques sont signalés comme tels, mais interprétés à partir de dictionnaires, considérés comme interprètes de l'énoncé.  Un dictionnaire peut ne pas « comprendre » un autre dictionnaire et peut très bien ne pas réussir à interpréter un exemple ⇩.

Il lui manque [c'est-à-dire il manque au dictionnaire], comme interprète d'un segment d'énoncé, la possibilité de conjecturer ou de s'adapter.  C'est en quelque sorte un informateur figé dans le temps.  Comme je l'ai montré dans une communication (qui avait un autre objet moins avouable), Littré ne peut pas lire Louis-Ferdinand Céline.  [2008]  Deux expressions sont à la mode, dirait-on, dans le sociolecte des politiques de la Métropole (ℝ la France), l'horrible « s'agissant de », quand à propos de serait plus élégant, surtout dans la bouche du Garde des Sceaux (le jeu de mots est tentant) et le verbe ‘monter’ dans un emploi qui rappelle l'argotique ou populaire goupiller :  j'avais noté un « monter un turbin », mais sans autre info, tandis que quand un ministre (ici de l'Éducation, s'il vous plaît) parle de « monter une querelle », on a beau être primesautier, on n'en est pas moins interdit.

L'accord ne semble pas exister sur les conditions de scientificité de la métalangue du lexicographe et éventuellement du sémanticien.  Selon Alain Rey (1977), les définitions-paraphrases du discours quotidien ne sont soumises à aucune généralisation permettant d'en extraire une méthode.  Josette Rey-Debove, pour sa part, ne semble pas aussi catégorique. 

Alain Rey ne dit pas s'il fait intervenir les compétences d'un sujet donné :  le discours quotidien du lexicographe est-il plus scientifique ? Il ne dit pas non plus qu'il est possible de faire des observations générales sur le discours quotidien en tant que tel en prenant un autre discours pour objet.  Si les produits ne sont pas « généralisables », la fonction, même quotidienne, l'est.  Il reste qu'une des fonctions du langage consiste à parler de lui-même :  cf. « comme on l'appelle plus volontiers ».  Soit encore ‘opiler’ explique ‘désopilant’, par le biais de « désopiler la rate ».

REM (antérieure) Dans le cas de l'individu il est souvent question d'idiolecte.  Pendant longtemps les linguistes américains, luttant contre la tentation normative propre à tout individu et contraire à la démarche scientifique, jugeaient les énoncés inacceptables (agrammaticaux) en disant « qu'ils ne figuraient pas dans leur idiolecte ».  On remarquera que la généralité y était allégrement sacrifiée, au profit d'une singularité variable à l'extrême.  Si la science était servie d'une part, de l'autre elle était réduite à l'opinion personnelle.  Quant à moi, l'intuition constitue mon dernier recours, et le moins sûr.  Pendant un temps en France il était question chez les linguistes non GT (non chomskyens) d'acceptabilité, mais les critères ne semblaient pas s'appuyer sur autre chose que « non, moi je ne dirais pas ça. »

Il reste qu'on remarque que tous les énoncés lexicographiques n'ont pas le même statut scientifique.  Mon Dictionnaire complet illustré de Pierre Larousse de 1911 (pls, PL1911 [36 ans après sa mort]) qui utilise « action de » pour « initiation » adopte-t-il un métalangage ou non, surtout s'il définit « initiateur » comme « celui qui initie » et « initié » « qui a été admis ou mis au fait », synthèse de deux acceptions différentes.  J'espère pouvoir montrer, au fur et à mesure, que la scientificité d'un métalangage est fonction de contraintes déterminées et que, d'un point de vue sémantique, ce ne sont ni le statut social ni le groupe socioprofessionnel ni les termes employés qui constituent les garants d'un « métalangage ».

REM  La rigueur du raisonnement n'est pas non plus l'apanage des sciences dures :  un physicien « nucléaire » désormais célèbre se sert de la radioactivité naturelle comme argument pour justifier le développement du nucléaire.  L'assassin peut aussi expliquer son geste en prétendant qu'il ne fait qu'avancer une échéance naturelle.

Il faut également signaler que le métalangage n'est pas une méthode :  c'est, comme l'ont vu Bühler et Jakobson, une fonction.  Celle-ci est généralement reconnue à tel ou tel sous-ensemble de la langue objet.  La langue de la physique n'est une métalangue que dans des cas bien précis (ceci exclut aussi son jargon).  Qu'une méthode (ou même plusieurs) soi(en)t associée(s) à l'emploi d'une métalangue n'en permet pas l'amalgame.

En fait, la fonction métalinguistique permet de supposer un « plan » métalinguistique, distinct du plan de la langue ;  en sémantique, le plan du sens présente par rapport au plan de la langue-objet une hétérogénéité :  prouesse et {acte}.

Ce « plan » se situe dans la zone tampon par rapport au signe à laquelle j'ai fait allusion tout à l'heure, dans le dispositif symbolique de l'homme par rapport à l'animal.  Mais cet espace est construit.  Il n'est pas donné à tous, semble-t-on croire, de s'immiscer entre le mot et la chose.

Aujourd'hui, cette coupure est mise en place par les accolades.  ‘poignard’ et {arme}.  Sauf omission, les formulations seront adaptées dans l'ensemble du texte.  Un dernier mot sur le métalangage :  il n'est pas en mesure, contrairement à ce qu'on est en droit d'imaginer, de se substituer à la langue maternelle de celui qui l'emploie.  C'est par « abus de langage » que même les formalismes se parent du simple terme de langage.  On ne pourrait pas s'en servir pour inviter quelqu'un à déjeuner.


Un modèle cognitif

Le modèle qui sert de cadre de réflexion aux opérations sur le sens a une triple origine qui remonte à 1976, dont les principales étapes sont marquées par trois travaux universitaires (un mémoire et deux thèses de doctorat) et diverses communications et publications scientifiques (V. Annexe bibliographique personnelle).

La réflexion approfondie, marquant un tournant, a commencé productivement en 1977 lorsque j'ai décidé de ne pas donner suite au projet de doctorat de troisième cycle de sémiotique que je m'étais fixé et qui consistait en une analyse de « Bouvard et Pécuchet » de Flaubert, pour y substituer une étude sémantique de la lecture comme processus, sous le titre de « le sens de la lecture ».  A. J. Greimas a eu la bonne grâce d'accepter ce changement, mais pour des raisons administratives, c'est à Bernard Pottier qu'est revenu la responsabilité de la direction de cette entreprise qui s'écartait des théories greimassiennes.  Le changement d'objet ne trahissait pas mon intérêt pour la lecture puisque le mémoire portait sur une application de l'idée de superlecteur de Michael Riffaterre.

Les aléas de ma carrière universitaire involontairement raccourcie ne m'ont pas empêché de poursuivre ma réflexion sur le sens et de développer parallèlement une règle d'interprétation et un modèle sémiotique et cognitif de la compréhension du sens et des phénomènes associés (référence et signification).  Les bases ont été mises en place dans la thèse de doctorat d'État sous la direction de Bernard Pottier et soutenue en juin 1987.

À l'origine [dans le mémoire], un premier outil d'analyse textuelle, dans une approche générale de nature sémiotique (dont la praxémique et la gestuelle), s'inspirait à la fois de la cybernétique, de la réflexion épistémologique sur la technologie et l'informatique, et ravivait une notion ancienne, celle de programme, analogue à celles de scénario ou de cadre (‘frame’).

Le projet consistait à chercher à dégager un ensemble d'actions et de conditions à remplir dans la lecture d'un texte et s'inspirait de la notion musicologique de « musique à programme ».  Autrement dit, un texte (littéraire ou non) comporterait (il s'agissait d'une hypothèse de travail, aujourd'hui défunte) une « structure » particulière destinée à en guider la lecture.  L'hypothèse de la « programmatique textuelle » mettait naturellement à contribution les recherches sur les titres et les noms propres d'un texte donné (personnages, institutions, lieux).

REM  Musique à programme ≝ qui se propose d'illustrer un thème précis.  (PR) Le signe ≝ introduit une définition.

Si aujourd'hui je ne considère plus le texte comme un « objet sémantique », cette étape n'est pas à négliger, car elle a permis, en plus de m'initier à la linguistique générale et structurale, de mettre en place trois considérations importantes concernant le signe, en plus de dégager la notion très féconde de redondance, que je supposais à l'origine du programme de lecture d'un texte.

Le premier modèle, au sens d'une « représentation simplifiée d'un processus » et de « construction théorique » aux fins d'explication structurelle, a pris forme en 1978/79 quand la perspective textuelle a cédé le pas à une analyse du processus même de la lecture.  Il était marqué à la fois par la sémiotique, alors dans son heure de gloire, et par certaines recherches sémantiques américaines dans le cadre de la linguistique qui prédominait à cette époque et de ses contre-modèles.

Comme je l'indiquais, le signe m'était apparu tripartite, et non binaire comme le postulait la linguistique structurale (comme rapport entre signifiant et signifié) ou ternaire comme le positionnaient les recherches anglo-saxonnes, dans son rapport à la référence et à l'objet (la chose :  matérielle inerte, animale ou humaine).

REM On ne retiendra pas la situation et la réponse de l'auditeur comme éléments du signe (cf. le béhaviorisme).

Les travaux de certains anthropologues (vers 1955) ont donné lieu à une forme de « sémantique de l'objet » :  l'analyse componentielle, décrite avec soin dans l'ouvrage d'Eugene A.  Nida (1975), Componential Analysis of Meaning.  Ses liens historiques avec l'analyse sémique sont incertains, car le modèle de celle-ci semble être l'analyse en traits phonologiques et dériverait, selon Dubois et al., de la classification technologique et l'analyse documentaire [J.-C. Gardin (1965) ;  Éric de Grolier (1962), cf. Coyaud (1966)].  Les premiers travaux de Bernard Pottier datent de la même époque (1963-64).  On peut aussi considérer que l'étude des liens de parenté conduit presque naturellement à une analyse des relations en termes distinctifs.  Ce qui ferait de Claude Lévi-Strauss un acteur de premier ou de second plan (via Roman Jakobson).

REM  Ces recherches ont un intérêt dans la perspective de l'hypothèse d'un « inventaire fondamental » d'unités sémantiques, question déjà soulevée par Diderot ; ici, j'opte pour un point de vue complètement différent où le sens devient l'image au miroir du lexique.  Par ailleurs, sauf erreur de ma part, les premiers travaux de Pottier étaient liés aux débuts de la traduction automatique (mécanique, alors).

Si l'on se confine à l'ordre du signe proprement dit, l'objet de la désignation n'a aucune incidence (personne n'a jamais vu de licorne, sauf s'il s'agit du narval ou d'une gravure ancienne).  Il y a cependant une triple relation :  1) au sens ; 2) à un « fait » d'expérience ou d'imagination (on peut parler de ce qui n'existe pas) ; 3) à un jugement porté sur cette expérience ou cet imaginaire.

REM  Cette triple distinction s'écarte du point de vue fonctionnel, que reprend Mounin, en citant André Martinet (1960), héritier sans doute involontaire du béhaviorisme américain :  « Tout ce que je sais du sens du mot maison, c'est qu'un certain type d'expérience est associé chez moi au signifiant (…) ‘maison’ et que cette même association existe chez les autres personnes de langue française.  La preuve m'en est fournie par leur comportement, y compris leur comportement linguistique, selon lequel le mot ‘maison’ figure exactement où je pourrais le placer moi-même. » Il ajoute, toujours cité par Mounin : « …chaise et lampe ne correspondent pas aux mêmes faits d'expérience. » Il est curieux que ni le linguiste ni son disciple ne mentionnent le fait (d'expérience) que les trois mots sont polysémiques et correspondent alors à une multitude de « faits d'expérience ».  rem [2010]  —  Et l'on se souviendra que le sens (qui entraîne le phénomène de polysémie) ne tient pas compte des faits d'expérience individuels. ⇩ Cf. maison d'arrêt, maison de campagne, maison de santé... six chaises dans le DQLF, et dix lampes (et vingt maisons).

[2008]  Cette mémoire des maisons ou la faculté d'imaginer une maison selon nos goûts n'a cependant rien à voir avec le sens du mot ‘maison’.  Mon expérience des maisons n'est pas aussi étendue que celle que j'ai des lampes, mais sans invoquer les différences individuelles ou culturelles, on peut faire remarquer les différences des objets.  Je ne peux m'empêcher de penser aux tableaux du Larousse du XXe siècle pour illustrer les sortes d'objets (marteaux, fenêtres, etc.).  Je sais que mes schnauzers réagissent quand ils l'entendent [onvaàlamaison], mais l'élément cognitif (l'état de conscience) qui y correspond chez eux me reste opaque ;  je peux cependant conjecturer qu'il y a quelque chose d'équivalent à « chez nous », comme ils ont un sens aigu de la propriété.

En outre, un observateur impartial ne manquera pas de remarquer que l'emploi d'un mot, même en contexte (à condition de s'entendre sur le sens de contexte, ce qui est loin d'être le cas, si l'on fait un tour sur le site de la « Sémanticlopédie » [attention non-compositionnalistes s'abstenir]), ne peut pas constituer la preuve d'un partage d'expériences.  Je ne nie pas « l'expérience » que j'ai de la chaise ou de la maison, mais a priori, ces expériences sont incommunicables, et surtout non partagées.  Si elles l'étaient, on pourrait faire l'économie du langage, qui est, comme le pensent certains nobles esprits, un effort de communication, alors qu'il est surtout historiquement un instrument de domination d'abord et de persuasion ensuite, qui est une autre forme d'asservissement [quand ce n'est pas l'asservissement par l'injure, comme le montre le Web].  L'autre faiblesse de ce point de vue tient au caractère « concret » des exemples que signale Mounin au secours de ces positions myopes.  Contrairement à ce qu'il avance, je ne possède aucune « expérience » concernant les termes épistémologie, idée, définir.

Addendum 2007 :  je sais comment est faite une définition et je peux en faire (avec plus ou moins de bonheur), mais on ne peut pas parler d'expérience, même si on est normalement en mesure de reconnaître une définition boiteuse.  Il s'agit de connaissances et de savoir-faire intellectuel.  Ces questions sont extrêmement complexes et ne sauraient être réductibles à un quelconque « contenu partagé », comme on partagerait ses tartines.  Dans un cours de traduction technique où il était question de turbines à vapeur, un étudiant m'a renversé en me demandant d'où venait la vapeur.  Qu'allait-il faire dans cette galère ?  [2008]  Je n'ai pas dit que je n'avais pas d'éléments affectifs associés à épistémologue, car ç'eût été mentir.  Bachelard, Foucault et Popper, entre autres, se sont chargés d'ajouter une signification (au sens de la théorie des opérations sémantiques) assez riche à la définition que j'en avais.

Ces caractéristiques du signe sont également les phases du traitement cognitif qui correspond à l'interprétation/compréhension.  À l'époque (1978-79), la terminologie adoptée était soumise aux influences que je subissais.  Pour éviter de parler de « signifié » pour une phrase ou un syntagme, j'avais emprunté à la sémiologie fonctionnelle [Prieto (1966)] le terme de « message ».  Sous l'influence de la logique, la deuxième phase devenait celle du « discours » (cf. univers de/du discours, alternant avec univers de coordonnées) et la dernière, encore embryonnaire, prenait le nom général de « signification », intégrant dans un premier temps les notions (alors à la mode) de connotation et de présupposition.

REM  Univers du discours ≝ domaine des objets mis en jeu par un raisonnement. 
Signifié ≝ contenu sémantique (ou concept) du signe linguistique, manifesté concrètement par le signifiant. 
Présupposition ≝ proposition qui précède logiquement une autre proposition, et qui suppose vrais ou démontrés tous les éléments contenus dans cette deuxième proposition.  (Encyclopédie Universelle Larousse, signalée ici par EUL© — il s'agit de la version cédérom).

À cette époque d'apprentissage (même s'il était tardif), je n'étais pas en mesure de remettre en question la plupart des notions qui traversaient mon horizon intellectuel.  Mais depuis ma lecture adolescente de Gide, j'ai toujours été un adepte du second mouvement.

[Dans le modèle tripartite d'alors] Le traitement s'exerçait sur certaines unités spécifiques, en boucle, avec rétroaction.  Le « message » (qui aujourd'hui est devenu le sens ou la valeur sémantique) opérait sur le syntagme (au minimum le mot et son déterminant, sauf exception) ; le « discours » (aujourd'hui la référence) exploitait le « message » et la « signification » traitait le « discours ».  C'est-à-dire que le discours lu ou perçu sous forme de message devenait une signification, en fonction de l'univers de discours.

rem [2010]  —  J'adoptais en principe la conjonction/équation que l'on doit à Robert Martin :  phrase + situation = signification.

L'unité de traitement de base, comme il s'agit d'un modèle, varie en réalité avec les capacités cognitives et les limites perceptuelles de l'individu (empan de lecture, empan de mémoire auditive).  Le produit de la première phase est tributaire du dictionnaire intériorisé du sujet ;  de même, celui de la deuxième phase dépend de son expérience vécue et livresque ou intellectuelle (ses connaissances, ses lectures, sa formation, ses voyages).  La dernière phase est fonction de ses préjugés et de son jugement (de ses « valeurs »).

REM  Empan ≝ longueur maximale d'une série d'éléments susceptibles d'être mémorisés après une seule présentation.  (EUL©)  —  l'empan de lecture n'est pas obligatoirement mémorisé, du moins à long terme.

Les recherches subséquentes ont permis d'établir que les deux premières phases ⇩ étaient respectivement 1)  sémantique et 2)  référentielle (encyclopédique).  Longtemps j'ai cherché à remplacé la dénomination de la troisième, à mesure que j'en dégageais les éléments, l'axiologie (jugement personnel, esthétique, moral, notamment, le « goût »), la doxologie (le « on »), l'idéologie (le « nous »).  En fait, les proportions peuvent varier, mais si l'on accepte de distinguer la signification du sens, une signification sera toujours triple ⇩.

Abstraction faite de la reconnaissance des formes sonores/auditives et graphiques comme formes d'une langue connue.  Mais cette reconnaissance est indépendante du sens.  Je peux reconnaître de l'allemand sans nécessairement comprendre ce qui est dit ou écrit.  Le cyrillique m'est opaque, bien que je sache de quels caractères il s'agit.

C'est aussi le procès lui-même, comme l'avait vu Pierre Guiraud et j'ajouterais que contrairement aux phases précédentes, la phase de signification est aussi une fonction indépendante de notre cognition.  Je n'irai pas jusqu'à prétendre que dans le versant production (énonciation) elle tient lieu de la composante sémantique, mais la tentation est forte.  Aussi forte que risquée.

REM  axiologie ≝ science et théorie des valeurs morales (Petit Robert, signalé par PR) ;  au sens où le terme est pris ici il s'agit de la phase d'évaluation (axios ≍ qui vaut).  La doxologie n'est pas ici la prière à la gloire d'un dieu quelconque, mais par retour à l'étymologie, le discours de l'opinion et son système.  L'idéologie est la systématisation des éléments précédents orientant les conduites et le jugement.  Si l'axiologie se caractérise par j'aime/je n'aime pas, l'idéologie situe ce choix dans une vision du monde :  elle explique le monde et permet de justifier le choix.

rem [2010]  —  Le signe ≍ (l'asymptote) se lit « au sens de ».

La première étiquette du modèle était celle de « sémiotique », puisqu'il découlait d'une analyse du processus de lecture comme traitement de signes.  Toutefois la sémiotique, sans avoir d'objection mentaliste comme certaines linguistiques, reste une théorie générale des signes, même si elle admet une fonction sémiotique (semiosis).  Avec la phase intermédiaire (référentielle), qui reste en contact avec le perçu, on est toutefois sur le terrain de la cognition, quoique les unités traitées et produites puissent être considérées à leur tour comme des signes, signes « intériorisés ».

Si le modèle, dans son ensemble, peut sembler hétéroclite, c'est la cognition qui en fait l'unité.  La nature hétérogène du sens a d'ailleurs amené historiquement certaines écoles linguistiques à le proscrire pour le remplacer par la réponse à un stimulus, comme je l'ai signalé dans mes remarques.  Plus tard, toutefois, lors d'une nouvelle offensive de la sémantique aux États-Unis, certains linguistes d'abord anti-mentalistes ont admis l'existence de « systèmes de croyances ».  On hésitera à conclure que la cognition implique la pensée.


Un modèle linguistique ?

Malgré la fécondité du modèle et sa forte imprégnation cognitive, c'est le langage humain (souvent dit naturel, par opposition à artificiel, celui des ordinateurs, ou symbolique, celui de la logique, ou, [daté, maintenant, celui des langues internationales]) qui reste l'élément structurant de l'ensemble, en ce qui concerne le sens.

REM  EUL fait de la fonction cognitive le synonyme de fonction référentielle ≝ fonction du langage ayant pour but de communiquer des informations.  (Synonyme : fonction cognitive ou dénotative) [EUL©], suivant en cela Roman Jakobson (1960).

Néanmoins, le modèle esquissé ici n'appartient en propre à aucune théorie linguistique existante établie et s'écarte des catégories habituelles d'une linguistique, sociolinguistique ou psycholinguistique.  La grammaire ou la syntaxe n'y trouvent pas leur compte, ni la lexicologie, pas plus que la phonologie ou la phonétique.

Cette absence de correspondance tient à la nature du modèle :  il opte pour le seul aspect perceptible et observable [du sens] dans le langage, c'est-à-dire sa compréhension (sa reconnaissance ou sa réception).  Il existe des modèles de production, mais il leur est pratiquement impossible de décrire des phénomènes confirmables.  C'est aux neurosciences qu'il reviendra d'observer la production d'énoncés, mais sans pouvoir en expliquer les processus.  rem [2010]  —  les sons appartiennent naturellement au domaine de la perception, mais le sens n'est qu'un alibi en phonologie s'il y intervient.  On peut très bien décrire la phonologie d'une langue inexistante.  « L'inverse » n'est pas possible :  l'attribution d'un sens suppose le signe interprété.

Même une sémantique de la production ne peut postuler qu'une « pensée » [un ensemble d'états de conscience] qui s'investirait dans le langage, surtout si cette pensée prend l'aspect d'une « forme logique ».  La syntaxe peut toujours expliquer la combinaison des mots en vertu de règles, d'une structure antérieure (dite « profonde ») à celle qui s'observe, mais elle transpose une analyse qui est normalement postérieure à la production et l'œuvre de spécialistes [rhéteurs et grammairiens] depuis des siècles.  La forme logique, elle, comme le signalait Benveniste, vient de Russell.

Il ne s'agit pas d'affirmer qu'il n'existe pas de pensée indépendante du langage (mes chiens raisonnent par inférence :  si on n'aime pas les chiens, on peut songer aux rêves), mais qu'elle n'est descriptible pour l'homme qu'au moyen de signes linguistiques.

Le langage est donc une contrainte du modèle, comme le prédicat est une contrainte du jugement (la référence à la réalité est un jugement synthétique — aussi dit empirique).  On ne sera donc pas surpris que la signification d'un énoncé (au sens de jugement porté sur un énoncé) soit un autre énoncé :  l'importance de la notion de paraphrase sera souvent signalée.  Il ne s'agit pas d'un retour en catimini du schéma stimulus-réponse.  Les « équivalences » des trois phases sont des reformulations intérieures.  Cette circularité peut être apparemment brisée par l'artifice du métalangage [d'où la notion de métaphrase], mais celui-ci, comme tout signe, a besoin d'une élucidation.

REM  Métalangage/métalangue ≝ langage spécialisé que l'on utilise pour décrire une langue naturelle.  [C'est le cas du discours linguistique utilisé dans la description de la structure et du fonctionnement d'une langue naturelle (ou langue-objet) et qui comporte aussi bien des termes construits à cet effet que des termes empruntés à la langue-objet.]  EUL©.

L'épithète ‘linguistique’ s'applique au modèle dans la mesure où il tente de décrire un aspect de l'activité linguistique (ou langagière, comme l'on dit parfois).  C'est aussi le cas si l'on considère que la sémantique fait partie des disciplines linguistiques, n'en déplaise à certains linguistes.  On ne manquera pas de remarquer ici les emprunts fréquents à la terminologie linguistique.

La principale innovation qu'apporte le modèle dans le cadre d'une linguistique quelconque tient au fait que la compréhension d'un énoncé est considérée comme une opération sur le sens de ses constituants et le sens lui-même comme une opération sur des formes linguistiques cooccurrentes.

Il n'y a donc pas de solidarité entre une forme et un sens, pas d'inhérence entre les deux, pas de signe indépendant d'un interprète de ce signe.

Il est naturellement difficile d'imaginer une linguistique sans grammaire (sans syntaxe), mais dans l'optique de la réception (c'est-à-dire de la compréhension), il n'est pas possible de postuler une véritable analyse grammaticale, en termes de classes et de fonctions, comme l'ancienne analyse logique ou même l'analyse en arborescence de la grammaire générative, sans faire du sujet-interprète « une grammaire » de reconnaissance.

Il faut faire appel à l'existence de schémas appris (par l'usage ou par méthode), ici appelés modules, nominaux (xNy, xyNz) ou verbaux (xVy), prépositionnels (xày, xDEy), verbo-prépositionnels [-prépositifs] (xV[y]àz) et conjonctionnels [ou conjonctifs] (xMAISy, xQUANDy).  Bien entendu, ces catégories sont métalinguistiques et n'apparaissent pas dans le traitement normal, sauf si le sujet-interprète est obligé de passer en mode analytique et « métalinguistique », en raison de la difficulté de lecture ou d'audition.  Ce mode serait fonction des connaissances syntaxiques du sujet, comme sa capacité de référencier dépend de son « encyclopédie » et de sa mémoire, sans oublier sa perception, dans une situation réelle.  P. ex. l'arganier ne fait pas partie des « objets » que je pourrais reconnaître.

REM  La notion de module (verbal) est empruntée à Pottier (1974).  Sa représentation ne semble jamais arrêtée dans mes travaux.  Toutefois comme les positions y sont des paradigmes, disons que pour le français, la forme canonique devrait être [s[v]o] et s'accomode d'exposants ou d'indices dans la version sémiomodulaire (il s'agit toujours de la représentation de la règle qui sert d'hypothèse). 

Paradigme ≝ ensemble des termes substituables situés en un même point de la chaîne parlée.  (PR/PRE).

La forme mémorisée (intériorisée) d'organisation de cette encyclopédie est considérée comme le prédicat, en raison de son ancienneté et de sa généralité, schéma qui associe un sujet ou thème (ce dont on parle) à un attribut (ce qu'on affirme ou nie du sujet/thème).  L'organisation des prédicats entre eux dans cette encyclopédie est probablement relationnelle, sur le même principe que les bases de données du même nom.  J'y reviendrai plus loin, en examinant les relations sémantiques qui structurent sans doute le lexique individuel.  Depuis j'ai adopté la synèse comme configuration de base :  il s'agit d'un assemblage minimalement binaire ou ternaire, si l'on ne compte pas les relations entre éléments.

REM  Mounin (1972) affirme « (qu') en sémantique, on en est encore à chercher s'il est possible de structurer un lexique :  comment prouver de façon linguistique objective qu'il y a un rapport sémantique — et lequel ?  — entre écornifleur et pique-assiette ? »  C'est au moins une question à laquelle répond la théorie des opérations sémantiques, même si elle ne se pare pas d'« objectivité linguistique ». 

[2008]  En fait, la notion même de lexique comme ensemble des termes d'une langue donnée est une abstraction dont aucun dictionnaire (ni linguiste) ne peut donner l'idée, ne fût-ce qu'à cause de cette opposition absurde que l'on doit à Saussure entre synchronie et diachronie.  Toutes les unités lexicales ne vieillissent pas au même rythme et pour tous les locuteurs [ni même pour tous les dictionnaires].  Le NPRé (éd. électronique du PR) donne ce savoureux exemple :  « La diachronie est une succession de synchronies. »  On est tenté d'ajouter « et la synchronie une diachronie au ralenti. »  Aucun système n'est atemporel, même pas l'anti-inductionniste.


Un modèle sémantique I

Le cadre théorique le plus apte à accueillir le modèle demeure la sémantique, dans la mesure où celle-ci ne s'enferme pas dans des contraintes qui lui sont étrangères.  Je songe ici à une logique notamment formelle qui cherche parfois à remplacer le sens par une symbolique épurée, ou encore à une syntaxe qui voudrait la subordonner à une grammaire (entendre :  unités + règles de combinaison).

REM  Malgré le refus du formalisme comme voie royale, on s'apercevra que ce texte comporte de nombreux signes empruntés à la logique ou aux mathématiques, mais leur usage est strictement une manière de réduire le flottement et d'économiser.  [On voit que j'hésitais à parler de « rigueur ».   Mars 2006]

Les compartimentages classiques à l'intérieur de la linguistique ont fait coexister la lexicologie et la sémantique (après s'être dégagée de l'histoire du mot au profit de l'étymologie), alors qu'elles étaient destinées à se rejoindre dans une sémantique lexicale, qui devenait souvent une lexicologie sémantique.  Certains aspects de la lexicologie se sont spécialisés jusqu'à constituer des domaines indépendants.  Si l'on se demande à quoi tient leur survie, il ne faudra pas s'étonner d'y découvrir le quantitatif.

D'autres tentatives ont franchi la frontière du mot (déjà contestée en raison des mots composés [et synapsies]), puis du syntagme (groupe de mots), et enfin de la phrase.  Toutefois, si le syntagme peut se réclamer du statut de signe (intégrable à un niveau supérieur), il devient difficile de considérer la phrase comme signe, quoiqu'il puisse régner une relative combinabilité dans certains textes, à l'égal de la mobilité des mots au sein d'une phrase, mais cette mobilité est plutôt propositionnelle que phrastique.  Cette difficulté est insurmontable quand il s'agit du texte ou de ses unités, qui ne sont pas combinables entre eux, malgré l'apparition de notion comme intertexte, désignant d'abord une sorte de bibliothèque intériorisée ⇩.

REM  On notera, d'une part, que la « phrase » est une unité construite du grammairien, ce qui en fait l'énoncé d'un linguiste, à titre métalinguistique ou non (la différence ici tient au fait de référer) et, de l'autre, qu'un ouvrage de deux cents pages comporte environ 60 000 mots ⇩, le signe est alors particulièrement encombrant, malgré la redondance propre au langage, c'est-à-dire à l'écriture et au sens.

 ⇨  Le Nouveau Petit Robert de 2007 (Millésime) n'accueille qu'intertextualité ≝ « Ensemble des relations existant entre un texte (notamment littéraire) et un ou plusieurs autres avec lequel le lecteur établit des rapprochements. »  — Malgré l'étiquette didactique, la notion semble mal ficelée.  À preuve l'emploi de « relations existant » pour désigner la même chose ensuite par des rapprochements établis par le lecteur :  ou bien elles existent, ou bien le lecteur les invente.  Et si elles existent, il faut qu'il les perçoive et les comprenne.

 ⇨  À 15 mots par phrase en moyenne (ce qui exclut Proust), cela fait 4 000 pseudo-unités.

Le signe est donc dans la perspective adoptée ici non pas l'association d'un signifié à un signifiant, mais l'attribution [et ce n'est pas un vain mot] d'un sens à une forme.  Le mot est alors l'équivalent approximatif de signe, compte tenu du fait qu'il a, dans le discours, la forme du syntagme, sauf dans le cas des noms propres ⇩, mais on peut considérer le prénom comme le cooccurrent du nom de famille.  En outre, dans cette même perspective « opérationnelle », a priori, n'importe quel sens peut s'associer à n'importe quelle forme, en raison du traitement qui en est fait dans son interprétation.

 ⇨  Et encore, compte tenu des surnoms le parallèle tient :  Philippe le Bel ou Pépin le Bref, Charles le téméraire, etc.

J'ai donc choisi de parler de « sens » et non de « contenu » ou de « signification » (réservée, celle-la, à la phase finale de l'interprétation, la valorisation).  L'exclusion de chacun de ces termes ne s'est pas faite pour les mêmes raisons.  Le « contenu » est écarté, car il suppose un « contenant », même figuré.  La signification est repoussée, parce qu'elle s'applique à autre chose, malgré les définitions contradictoires des dictionnaires, comme on l'a vu, manifeste dans le TLF, qui s'appuie sur une brochette de linguistes.

REM  Il ne s'agit pas uniquement d'un mouvement d'humeur contre une catachrèse gênante ou d'un choix méthodologique :  Blanché, dans son Introduction à la logique qui a cinquante ans maintenant, ne manquait pas d'opposer le contenu au sens.  En évacuant le sens comme une sorte de souillure, les logiciens sauvaient les meubles, comme si une métaphore usée pouvait servir d'abri efficace.  Il semble en outre qu'en vingt ans cette idée de « contenu malgré le sens » se soit acclimatée dans certaines théories linguistiques, puisqu'on trouve ce sens de contenu (paradoxe intéressant) à propos des phrases asémantiques, dès le PRE (2001) et maintenu dans le Millésime 2007 ;  l'origine est sans doute générative-transformationnelle ou pragmatique, sinon formelle.  Il semble en outre qu'on parle de mobilier.  Je savais qu'en grec moderne ‘métaphore’ dénote un déménageur, mais tout de même (à Londres, on voit des camions marqués Removals (littéralement, « enlèvements »).

Cette façon de faire voudrait nous faire croire que les mots d'une phrase/énoncé asémantique ont une sorte de pré-sens et que c'est la phrase bien formée (encore un coup de la logique) qui assure le sens.  Le problème c'est qu'il s'agit d'une transposition de l'agrammaticalité où les unités constituantes sont techniquement dans un ordre syntaxique, mais dont l'ensemble est mal formé.  Or la malformation sémantique n'est pas une notion viable.  Une interprétation n'est pas « formée » sémantiquement.

« La lampe pense à son frère », exemple d'EUL© est une phrase pseudo-asémantique, car elle est destinée à illustrer la nécessité, en syntaxe, des contraintes sélectionnelles.  La phrase de Tesnière cité par Robert pourrait être de la poésie :  « Le silence vertébral indispose la voile licite » (Tesnière [1893-1954]), où la dyssémie est presque une obligation de nos jours.  Comme je n'ai plus la brique de Tesnière sous la main, il m'est impossible de suggérer autre chose qu'une intuition ;  il s'est amusé à modifier une phrase qui commençait par « le silence vespéral... », ou il l'a emprunté aux amateurs (surréalistes) du cadavre exquis.  Je ne puis même assurer qu'il ait abordé la question de l'asémanticité.  addendum  La revue Texto! me permet de faire une mise au point.  En effet, Tesnière adapte « le signal vert indique la voie libre » et commente :  « Une phrase peut être sémantiquement absurde tout en étant structuralement parfaitement correcte ».  Mais la chose importe peu, car ce n'est pas le sens du produit fini :  l'absurdité n'est pas l'asémanticité

J'ai employé le mot de dyssémie (en supposant qu'il y ait des degrés d'asémie), parce qu'il est est rare qu'une phrase ininterprétable le soit en totalité.  Soit « Brillat-Savarin a laissé un poème sur Messer Gaster » qui est pratiquement dysréférentielle ;  cf. « le sol gaulois est commun en Vendée » ou encore « on gave les jeunes écoliers de connaissances confuses pour les mettre en chair. » 

Morale de l'histoire :  il faut partir du sens pour découvrir l'asémanticité et non partir de la syntaxe.  Je ne vise pas Tesnière, avec qui je suis d'accord pour la place de la syntaxe, mais plus près de Saussure en ce qui concerne la genèse du message linguistique chez le producteur de l'énoncé (mais ce n'est pas mon champ d'étude, alors ça ne m'engage à rien).

Le sens (au sens strict de mon propos) n'a en outre rien à voir, je le rappelle, avec l'opinion que nous nous faisons de celui qui parle, ni, dans un premier temps, de ce qu'il dit, pas plus de ce qu'il fait (phase de signification).  L'opinion personnelle n'est ni généralisable ni reproductible, pas plus qu'elle n'est vérifiable (et à peine citable, malgré son apparent caractère potentiellement collectif).  Même le « sens intentionnel » que Pottier (1987) place en amont et en aval n'est pas un sens opératoirement vérifiable. 

révision achevée le 29/03/2012 01:50:05





eul  Les citations de l'Encyclopédie Universelle Larousse (EUL) portent un © Larousse / VUEF 2001

supra  ·  ∥  ·  Page suivante