Essai de sémantique
| Sémantique intuitive · absolu-relatif \ individuel-collectif · abstrait \ concret · ambigu \ simple-double · dérivé \ originel \ primitif · étymologique · figuré \ littéral-propre · général \ particulier · spécifique · spécialisé · large · strict \ restreint · Moderne \ Vx · par extension · sens divers (courant, etc.) · synthèse critique · pertinence |
Abréviations utilisées dans l'Essai de sémantique
« Chacun est seul, en principe, à savoir ce qu'il comprend. »
— B.
Dupriez, Gradus
Il découlerait de cette observation qu'on est également seul à savoir ce qu'on veut dire,
mais en réalité le locuteur-producteur de discours (le sujet parlant) n'est pas mieux placé que le locuteur-interprète,
qu'il devient par la force des choses [et a fortiori de lui-même]. rem (2006)
Les sens présentés ici comme « intuitifs » n'appartiennent pas à la terminologie de la théorie des opérations sémantiques, sauf indication contraire, et ne sont pas tous intuitifs au même degré, certains d'entre eux manifestant un début d'analyse ou une position théorique donnée (cf. les effets de sens). Ils restent « intuitifs » dans la mesure où ils ne permettent pas de construire la cohérence dont ils se réclament : par exemple, le « sens de base » (Guiraud) sous-tend un sens qui ne le serait pas, un « sens ajouté ou différenciable du premier » (chez Guiraud, le sens contextuel). La plupart de ces notions ont une capacité de discrimination (la possibilité de distinguer deux sens l'un de l'autre), mais elle n'est pas généralisable. Tous les mots n'ont pas de nos jours un sens moderne et un sens « ancien ».
C'est sans doute une lapalissade que de signaler que c'est particulièrement vrai pour les néologismes et, à un moindre degré les mots obsolètes (anciens) ou rares. Il faut naturellement distinguer le mot ancien du mot désignant une réalité ancienne. « Toge » n'est pas sorti de l'usage (d'un certain usage), même si on la porte désormais au figuré. Les philosophes et assimilés ont fait grand cas de la distinction entre le mot et la chose. Le mot chien n'aboie pas, mais Greimas faisait aboyer un commissaire.
Le lexique intériorisé (c'est-à-dire de chaque individu parlant la langue) ne possède probablement pas d'étiquettes diachroniques, en tout cas de manière systématique ; le commentaire se fera sous la forme d'un jugement comme « ça ne s'emploie plus beaucoup », etc. Pour s'assurer de la validité de la notion il suffirait de construire un questionnaire où les mots devraient recevoir leur sens le plus ancien (premier). Le sentiment de l'archaïsme (« ça ne se dit plus », à propos de ‘garde-manger’) n'est pas suffisant pour établir l'existence d'une mémoire historique des sens pour chaque forme. VOIR FIN
Certaines notions reposent même sur des observations difficiles à reproduire : la présence « d'éléments sensibles » dans le sens, par exemple, dans la catégorie abstrait-concret. L'idée fréquente de valeur expressive était déjà utilisée par les (anti-)synonymiste du XVIIIe siècle. Enfin, certaines catégories (large, strict, général, courant, mathématique, etc.) sont récupérées dans l'arsenal des opérateurs (dans le chapitre sur le texte [écarté du texte actuel, mais présent dans la section consacrée à la sémiotique opératoire]) qui sont l'empreinte du producteur et de la production du discours sur l'énoncé.
La sémantique opératoire peut se constituer en métadescription de la description du sens. Je présente ici l'amorce d'une étude sémantique descriptive, qui prend pour objet les notions qui sous-tendent certains opérateurs sémiotiques et certaines catégories de sens relevées par Dupriez (par la suite dans cette annexe [D]) dans son Gradus où les sens occupent presque deux colonnes dans son index. Dupriez recense les dénominations au moins depuis le XVIIe siècle, à travers les diverses compilations d'autres traités de figures, souvent interprétées en termes modernes (isotopie, virtuème). Dans le cas précis des sens, il tente un regroupement (Dupriez [1984:409-416]) selon huit catégories oppositives :
| 1) fondamental | spécifique |
| 2) dénotation | connotation |
| 3) strict | large |
| 4) propre | figuré |
| 5) abstrait | concret |
| 6) littéral | symbolique |
| 7) d'origine | adapté |
| 8) manifeste | subjectif |
REM Ma terminologie ici est celle des études sémantiques en général et non spécifiquement celle de la théorie des opérations sémantiques. Sème, sémème, etc. Connotation, chez D a le sens courant et s'oppose donc, comme il le fait à la dénotation, mais c'est le Gradus qu'il faut consulter pour savoir ce qu'il entend par dénotation, car je l'ai indiqué la confusion dans ce couple est totale. [Un autre livre qui a fui mes rayons.].
Naturellement, la grille de Dupriez, constituée de matériaux provenant d'horizons divers, répond à des objectifs rhétoriques et littéraires [et certainement pédagogiques] et je ne la critiquerai que pour signaler qu'il rend spécifiques certaines catégories beaucoup plus générales. Ainsi le couple 2) pourrait coiffer l'ensemble de la grille (ce que font historiquement la dénotation et la connotation, avant et après le retournement de sens, et qu'utilise Leech(1974), dans une première répartition) et notamment absorber le couple 8), ainsi que le 7) et le 6).
Un dictionnaire traditionnel comme le Quillet (1948) recense un sens absolu (ville) opposé à un sens relatif (capitale), mais s'en tient essentiellement à la distinction propre\figuré, avec une remarque pour le sens individuel et collectif (un lapin, le lapin) [or c'est l'article qui fait office de quantificateur, comme pour massique (du) et comptable (un)] et des considérations sur l'élargissement (affaiblissement, cf. extension) ou la restriction du sens (cf. spécialisation).
absolu-relatif \ individuel-collectif
On a compris que le sens individuel ou collectif se rapporte à la désignation, c'est-à-dire à la vraie dénotation, c'est-à-dire encore à la référence. Le collectif est aussi synecdochique : les lapins → le lapin. [Méronyme, holonyme, dit-on ajourd'hui].
On remarque qu'ici, comme chez Dupriez, on a affaire à une intention taxonomique, qui tend à assimiler au sens les propriétés grammaticales ou rhétoriques des unités concernées ou encore à en classer les mots (ou expressions). En fait il y a deux legs principaux : d'une part la rhétorique et ses figures antiques et de l'autre la sémantique historique, lexicologique, décrivant l'évolution du sens (cf. Guiraud 1955).
La sémantique « intuitive », c'est-à-dire sans visée scientifique, se développe dans un espace diachronique et synchronique. On aura donc deux paradigmes : l'étymologique-diachronique (évolution) et logique-synchronique (changement, en arborescence), dans la mesure, naturellement où la préoccupation reste classificatrice et dénominatoire. Il n'est pas sûr, malgré les efforts d'analyse, qu'il existe d'autres systèmes, ni que la théorie des opérations sémantiques puisse éclairer la question.
Il est hors de question de retracer les parcours convergents, divergents ou contradictoires des analyses classiques. Je me contenterai d'indiquer en examinant les principales catégories (celles qui semblent irréductibles, malgré la synonymie) s'il y a lieu de les considérer comme pertinentes dans la théorie ou de les cantonner dans une description lexicographique historico-logique traditionnelle. J'appliquerai deux critères déjà sollicités, la généralité-reproductibilité (scientificité) et la distinctivité-pertinence (pouvoir explicatif).
Une catégorie comme celle de « plénier » (sous-catégorie d'accomodatice [adapté] s'opposant à limitatif), où la citation dilate le sens d'origine se révèle particulièrement inefficace : pour être utile, la citation doit être signalée, sinon, il faut se poser la question pour toute phrase ; l'exemple conforme de Bossuet « Tout est vanité », présenté comme limitatif omet en fait un élément, ce qui techniquement devrait assurer le « sens plénier ». On note donc que la distinctivité n'est pas garantie et que la reproductibilité est impraticable, sauf dans des cas d'érudition fort rares.
La discussion est obscurcie du fait que le « tout est vanité » est en fait biblique et que Bossuet semble avoir écrit : « tout est vain en nous ». La paraphrase, car il s'agit de cela, est particulièrement délicate, quand il s'agit d'une source mal connue, comme une pseudo-citation d'Auguste Comte.
« Le patrimoine concrétise donc le devoir envers les générations futures, que, paraphrasant Auguste Comte, on pourrait traduire ainsi : ‘ ‘L'humanité se compose plus d'hommes non encore nés que d'hommes vivants’. » [Michel Lacroix, Marianne]
Formule attribuée à Comte :
« L'Humanité se compose de plus de morts que de vivants. » ⇩
⇨ Il s'agit en fait d'une citation-prétexte ou d'une sorte de marchepied ≍ fig.
On ne peut pas, à ce propos, ni d'ailleurs pour ma fausse citation fétiche de Jean Paulhan « À demain la poésie »authentique ⇨ à demain la science ⇨ à demain la sémantique, parler de sens. Je ne peux pas jurer que je me souvienne exactement de ce qu'il voulait dire ; la formule m'a plu. Je viens de relire quelques passages et je ne suis pas plus avancé. Il semble conseiller d'écrire sans se soucier des règles, ce qui est loin de ce que je laissais entendre : « ce n'est pas pour aujourd'hui ! »
Abstrait — ≝ Rareté des éléments sensibles ou perceptifs (GDEL). V. concret. « place le sémème parmi les idées », la témérité d'un soldat (D). « Qui trop embrasse manque le train », où selon D embrasse n'a plus son sens abstrait. Ni le commentaire ni l'exemple de D ne sont convaincants. À moins de maintenir une homologie avec les nombres abstraits (ne désignant pas la nature de l'objet), la catégorie n'a pas de rigueur et alors l'exemple est faux (il faut le priver de son complément).
On ne voit pas, d'autre part, comment ranger un sémème parmi des idées, ni d'ailleurs des idées parmi des sémèmes. Il ne s'agit ni d'un plan commun ni d'objets de même nature. On note qu'une catégorie doit pouvoir s'appliquer à plus d'un cas, avec une certaine régularité, or il est difficile, dans les acceptions d'une colonne de dictionnaire, de déterminer avec certitude le sens « abstrait », à moins d'avoir comme guide le PR qui exploite la notion.
embrasser ≝ [qqn ⊥ qqn] prendre et serrer dans ses bras || prov. Qui trop embrasse mal étreint ≝/℘ qui veut trop entreprendre risque de ne rien réussir. (d'après Robert 2007) Le sens « abstrait » est celui du proverbe, donc la variante ludisémique fait fi, bien entendu. Mais on ne dira pas qu'embrasser « n'a plus » son sens abstrait, mais qu'il retrouve son sens concret. On notera que les « sens abstraits » d'embrasser sont plus nombreux (en vrac, contenir, appréhender, embrasser [parti|intérêt|défense], adopter [opinion])
Pour mémoire, le sémème « désigne l'ensemble des sèmes ou traits sémantiques pertinents d'un mot, en relation avec un ensemble lexical lié à une situation de communication (ici, la présence possible d'un choix: fauteuil, canapé, tabouret). Le sémème de chaise comportera les sèmes 1) avec dossier, 2) sur pieds, 3) pour une personne, 4) pour s'asseoir. Le sémème a pour forme phonique chaise, appelée lexie, ou unité de langue. » (Le Langage [Pottier, dir.], 1973) — Le sème est le trait sémantique pertinent ou l'unité minimale de signification, dans un parallélisme avec le plan phonique, le sème correspond au phème etn'est pas susceptible de réalisation indépendante (même source, p. 453)
L'allusion est évidemment à « Qui trop embrasse mal étreint », que le PL 43 ne considère pas comme abstrait, puisqu'il propose de lui substituer entreprendre. Le sens de ce dernier est mixte, soit en 2 temps : décision de faire et commencer.
Concret — ≝ Directement perceptible par les sens, palpable, tangible, matériel (GDEL). D cite deux exemples : « pousse [le sémème] vers l'individualisation », un soldat téméraire (D) et la bonté → les bontés de Marguerite [abstrait → concret]. Ce dernier exemple pourrait infléchir la décision, mais « la bonté de Marguerite » est aussi concrète que ses bontés, aussi individualisée, au moins. La différence semble être de nature morale/physique plutôt qu'abstraite. En fait ce sont deux sens différents, dans un schéma de règle : la valeur instanciée n'est pas la même (les conditions diffèrent également).
Quant au soldat, il serait encore plus individuel s'il était précédé de l'article (in)défini ⇩. Les deux catégories ne sont pas claires et semblent vouloir concurrencer des notions comme celles de collectif/général.
⇨ Selon le point de vue. Pour Quillet, comme le lapin, un soldat est individuel par opposition à « le soldat » collectif, mais toutes les occurrences de ‘le soldat' ne sont pas collectives. De même, tous les pluriels ne sont pas concrets, pas plus qu'ils ne sont collectifs (sens général). Ces catégories sont d'un maniement malaisé. — Si la bonté est une qualité morale elle consiste à faire le bien.
Si l'abstraction existe dans le domaine du sens, il faudrait pouvoir en rendre compte avec des instruments sémantiques, c'est-à-dire une raréfaction des sèmes (remontée générique dans un arbre hiérarchique). Et non pas dire « le sens de x est abstrait », parce que « x est abstrait ». Le sens d'une notion (par nature abstraite) n'est pas nécessairement abstrait, ou alors c'est une catégorie inutile, pléonastique. [2010] La témérité est un défaut et la hardiesse est une qualité (propriétés), et dans « un soldat téméraire » qu'on distinguerait d'un « soldat hardi » on a toujours un être et une propriété.
Le PR 1990 donne le sens abstrait à l'acception de concentration qui porte sur l'intellect. Sur la difficulté d'emploi d'abstrait comme catégorie, je renvoie aux mises en garde de Cuvillier. En outre, on peut se demander si ce n'est pas justement cette tradition philosophique (très ancienne) qui guide D (abstraire au sens de dématérialiser). La bonté et la témérité sont peut-être abstraites dans ce sens (considérées abstraitement), mais pas « la témérité du soldat ».
Quant au soldat, il serait encore plus individuel s'il était précédé de l'article défini. Les deux catégories ne sont pas claires et semblent vouloir concurrencer des notions comme celles de collectif/général. Si l'abstraction existe dans le domaine du sens, il faudrait pouvoir en rendre compte avec des instruments sémantiques, c'est-à-dire une raréfaction des sèmes (remontée générique dans un arbre hiérarchique). Le PR 1990 donne le sens abstrait à l'acception de concentration qui porte sur l'intellect. Sur la difficulté d'emploi d'abstrait comme catégorie, je renvoie aux mises en garde de Cuvillier. En outre, on peut se demander si ce n'est pas justement cette tradition philosophique (très ancienne) qui guide D (abstraire au sens de dématérialiser). La bonté et la témérité sont peut-être abstraites dans ce sens, mais pas « la témérité du soldat ». Si l'on construit un énoncé, on peut voir que l'abstraction n'est pas au rendez-vous : « la témérité de ce soldat lui a coûté la vie ».
[2010] Le TLF cite Destutt de Tracy très à propos. Le terme est abstrait. « on appelle termes concrets les adjectifs, tels que pur, bon, etc. qui expriment une qualité considérée comme unie à son sujet; tandis que l'on appelle termes abstraits, les mots pureté, bonté, etc., qui expriment ces qualités séparées de tout sujet. A.-L.-C. Destutt de Tracy, Éléments d'idéologie, Idéologie proprement dite, 1801, p. 88. » Il s'agit donc de l'abstraction au sens de séparer. Si un sens est abstrait, ils le sont tous, car le sens n'a pas de contrepartie concrète.
Ambigu ≝ Qui présente deux ou plusieurs sens, dont l'interprétation est incertaine. cf. la métaphrase « s'entend en plusieurs sens » (EU). S'oppose parfois à simple. Catégorie aussi incertaine que ce qu'elle cherche à désigner, comme c'est souvent le cas dans les dénominations dénonciatrices. Le sens simple est sans doute la monosémie et caractérise le signe plutôt que le sens. Le sens d'un signe monosémique peut être le contraire de simple.
Poise ≝ unité de viscosité dynamique valant 10-1 pascal-seconde.
ou encore:
Hylémorphisme ≝ doctrine qui explique les êtres par le jeu de la matière et de la forme (Aristote/scolastiques, d'après Lalande)
Dans la forme dite équivoque (D), la catégorie correspond à la bisémie qui apparaît avec certains opérateurs, ainsi qu'à la ludisémie. L'équivoque est l'ancien synonyme d'homonyme. L'équivoque des termes s'appelle ambiguïté, dit Cuvillier.
Double
« Le terme de saison, envisagé du point de vue de la climatologie, a un sens double. » (EU). Aussi : dualité de sens. D en parle à propos du jeu de mots, mais sans entrer dans les détails de la ludisémie : c'est la présence de deux contextes qui rend le sens double et non l'actualisation de l'unité lexicale dans la chaîne, sauf sans doute avec l'opérateur de point de vue de la métaphrase climatologique. Le PR voit le double sens comme l'un cachant l'autre.
Dans le cadre de la sémantisation, je distingue provisoirement la bisémie de l'ambisémie (ou amphisémie) par l'absence d'incertitude d'un opérateur comme « au propre et au figuré ». L'amphisémie peut être volontaire ou non, « après l'ouragan Mitch, le gouvernement français a épongé les dettes des pays touchés ». [Moins pénible que l'emphysème.]
Sens dérivé (provient de, a son origine dans), s'oppose à « originel » et à « primitif » (D, qui donne l'exemple d'impact ≍ {effet brutal}). D'une certaine manière on peut admettre qu'il y a « création » d'un nouveau sens pour un même signe sur le modèle du dérivé affixal, mais l'élément formel conditionnant va se trouver dans le contexte. À ‘mimologie’, D fait remarquer que Lausberg (1960) dérive le sens rhétorique du sens spécifique « art, science des mimes ». Au départ, il s'agit donc d'un emploi auquel l'attribution habituelle ne correspond plus ⇩.
⇨ Ma curiosité naturelle n'avait pas été titillée à l'époque, mais je viens d'ouvrir le Robert 2007, et je trouve : 1. Didact. Art de l'imitation par le geste, et plus spécialt par la voix. 2. Langage mimique des sourds-muets. Malheureusement, je n'ai plus le Gradus sous la main, donc le « sens rhétorique » restera à tout jamais un mystère. Voulait-il dire qu'une mimologie est une figure ? Je sors la grosse artillerie. Le Larousse du XXe siècle a quatre entrée s'y rapportant et aucune ne porte sur un quelconque art du mime au sens courant. C'est ‘mimique’ qui a ce sens (avec ‘mimographie’), avec une phrase-exemple : La mimique est une langue à part. Mimologie = Imitation de la voix, des gestes d'une personne, du cri d'un animal. Mimologique = 1, relatif au précédent ; 2, Gramm. Qui exprime l'idée des objets par l'imitation des sons. [On note que la dérivation n'en est pas une ; rien à voir avec le mime (muet), mais bien avec l'onomatopée.] Mimologisme = Représentation par les sons, imitation figurée d'un cri, d'une voix, d'un geste, d'un fait quelconque. Mimologue = Qui imite la voix, la prononciation d'autrui.
Originel
Qui vient de l'origine (s'oppose à dérivé). Primordial (le plus fréquent), central (d'où les autres rayonnent) (D), aussi : étymologique, premier (le plus ancien), v. propre.
Sens fondamental : ce qui vient à l'esprit en premier lieu (dominant, majeur) ; s'oppose à spécifique, alexandrin ≍ {d'Alexandrie} ⋁ {versification} (Dupriez). Aussi sens primitif : impact ≍{heurt d'un projectile}. On laissera « propre » à la rubrique figuré, étant donné la confusion déjà grande. Il faut au moins distinguer l'étymologie du sens primordial, que je préfère considérer comme probable et/ou habituel. La fréquence peut être assez subjective, comme le montre le PL1993 avec concupiscence, dont le sens « théologique » figure le premier (Péchoin a succédé à Dubois). Le PL 1982 amalgame les deux sous l'étiquette littéraire.
L'étymologique ne doit pas se confondre avec le sens dominant ou courant. Ce qui donne lieu à deux types de dérivation au moins, sans compter la spécialisation et l'extension (par ext.). Ces catégories conservent leur pertinence dans la description du lexique, mais l'instanciation d'une valeur à grouiller, par exemple, ne semble pas pouvoir utiliser la catégorie comme condition. spécifique ≝ propre à une espèce ≢ genre/générique [?]
Il ne semble pas non plus que le locuteur mémorise les sens dans un ordre de dérivation (pas plus que dans un ordre étymologique, pour lequel il se rapporte à la forme; stomatologie ← ⊘ estomac) [ici, à tort, puisque stoma ≍ bouche].
La catégorie peut cependant être récupérée dans l'opérateur sémantique : au sens dérivé. L'inconvénient de catégories comme « primordial » et « dominant » c'est qu'elles laissent entendre que les autres sens sont moins importants ou accessoires, or ces considérations ne devraient pas entrer en ligne de compte. Un sens dérivé (étymologiquement) peut devenir le plus important.
Dans le cadre de la règle, le sens « dérive » des conditions. Le sens classé « dérivé » de pointure ≍{personne de valeur}, ne sera pas instancié en fonction de sa dérivation hypothétique, mais bien en vertu de conditions précises, comme l'absence de chaussure dans le contexte.
Sens le plus proche de son étymologie. (Aussi comme opérateur : « à l'origine »); cf. dérivé (D). Le sens étymologique ne fait pas problème dans le cadre des opérateurs, pas plus que dans celui de la sémantisation. En fait, le sens étymologique est souvent fabriqué par le discours, au moyen d'opérateurs qui imposent ou non les valeurs qu'ils prétendent originelles.
Deux mots peuvent avoir la même origine : grogner et gronder. Un contexte peut sans l'aide d'un opérateur resémantiser un signe en lui donnant sa valeur d'origine. « Le groupe de curieux se dénoua. »
Figuré ≝ Perçu comme résultant d'une figure de style (métaphore ou métonymie) (GDEL); s'oppose à propre. Comme P. Fontanier (1821), D rapproche le sens figuré cliché d'un sens spécifique-extensif, très difficile à manier (ex. fiole; marqué pop. par le PL 1982). Le DQLF (1948) est plus accessible : « sens qui est attribué à un mot quand on le détourne de son sens propre et littéral » ; l'exemple est celui de ‘tempête’, au sens propre sur mer, figuré s'il s'agit de protestations. La diffusion et l'ancrage d'une telle notion rend sa discussion difficile et je ne reprendrai pas mes remarques sur l'indirection par négation de la référence directe. La catégorie est bien représentée par les opérateurs, qu'elle soit ou non fondée intuitivement.
Propre
Sens propre ; sens apparu d'abord, qui est le plus proche du sens de l'étymon. Syn. Sens premier. (GDEL) v. originel, principal (s'oppose à accessoire) (D). Ce qui en fait curieusement le synonyme d'étymologique. On pourrait en quelque sorte affirmer que la meilleure preuve de l'existence du sens propre est l'existence du sens figuré.
La figuration est une « dérivation », notamment le passage d'une catégorie sémantique à une autre (inanimé-animé pour fiole, concret-abstrait —dit-on— pour tempête). Les opérateurs sémiotiques en font grand usage qu'il existe ou non. Mais une vérification de tempête dans le PR montre que toutes les autres tempêtes sont figurées. On ne peut donc pas dire que le sens figuré s'oppose au sens propre, mais que un sens figuré s'oppose au sens propre.
S'applique à un ensemble d'être ou de choses (GDEL); s'oppose à particulier. Qui appartient à un genre. Le DQLF (1948) signale « en termes généraux », c'est-à-dire de manière vague et indécise. Le PR 1990 donne l'exemple d'‘animal’ par rapport à ‘chien’ et renvoie à large (syn. de générique). Particulier ≝ défini, précis, limité (GDEL).
Opposé à fondamental (v. originel); propre à un contexte (D, qui les reprend à N. Beauzée [1767]). On ne devrait en faire qu'un usage circonspect, en raison du conflit terminologique potentiel avec « sème spécifique » et « différence spécifique ».
Le PR 1990 indique « camp de » à « concentration ». Le défaut tient ici à une incertitude quant à l'objet qui est doté de généralité : le sens ou le mot [ou bien encore l'objet]. Le sens d'animal est plus général que celui de chien, mais y a-t-il un sens général de chien, d'animal ? et s'agit-il de la même généralité ? Si l'on prend au hasard un mot, comme desservir, il est difficile de savoir si le service du prêtre est plus général que celui du chemin de fer. Le fait pour une porte de desservir est marqué « par extension », mais aucun sens ne permet la dérivation correspondant à la desserte au sens de voie. Malgré les difficultés, on admettra la catégorie comme matière à opérateur, en reconnaissant la généralité de {action de concentrer} par rapport au camp, marqué curieusement Hist. dans le PL 1993.
⊥ spécialisé : dont le champ d'application est restreint (NPRé = Robert)
Si la catégorie doit avoir une utilité, ce sera celle de désigner le sens que prend un terme dans une activité de spécialisation (opérer aurait des sens spécialisés) ou comme spécialisation d'emploi (ce qui peut se recouper). Le PR (cédérom) précise à ce sujet : « spécialement : dans un sens plus étroit, moins étendu ; s'oppose à par ext. (Ne pas confondre avec particult) », et pour particulièrement : « concernant telle situation, tel objet particuliers. (Ne pas confondre avec spécialt, qui concerne le sens et non pas ce dont on parle). » à l'entrée « spécialement », on trouve : « Dans un sens restreint (mot) ⇩ . »
⇨ Il serait intéressant de faire un relevé exhaustif des emplois de spécialt (spécialement) dans le PR pour vérifier s'il s'agit toujours du sens et non de la désignation. Un sens spécialisé devrait posséder un « sémème » plus fourni. — « particulièrement » est employé par Quillet à proprement des mots à double sens, lorsqu'il indique que le second sens est souvent obscène. Textuellement : « Mot à double sens, mot qui possède une double signification et partic. un second sens obscène. »
Dans son acception la plus large — de façon large, le terme est employé... — au sens le plus large [s'oppose à précis : cf. « génération perdue » (large) ≝ postérieure à la Première guerre mondiale, (partic.) groupe d'écrivains américains.] ; s'oppose à étroit (v. strict, abstrait), étendu, élargi. Lato sensu ≝ au sens large. Ex. Les hommes ≍ {les humains}.
On note la présence de particulier dans la définition de « génération perdue », alors qu'on pourrait penser qu'il s'agit d'un emploi spécialisé (litt. ≍ {littéraire}). Il en va de même pour le syntagme « État français » dont l'emploi est bloqué historiquement ⇩ — mais remis au goût du jour, sans doute par nostalgie de l'Occupation — c'est un peu comme si les Allemands décidaient de parler de leur structure politique en le nommant Das Reich.
⇨ EU, ici désigne comme ailleurs dans mes travaux, l'Encyclopædia Universalis, qu'on ne confondra pas avec EUL©, qui est l'Encyclopédie (universelle) Larousse sur cédérom. EUT renvoie au Thésaurus d'Universalis (sorte de dictionnaire et d'index des sujets traités dans le Corpus de EU.
Ces remarques indiquent à quel point ce genre de catégories est délicat d'emploi. Quand Benveniste parlait de la syntagmation d'un mot, il évoquait cette possibilité pour le terme de se spécialiser, ce qui revient à limiter le paradigme de cooccurrence pour un sens donné. Je me suis servi de cette notion au moment où la règle, à l'état d'ébauche, décrivait encore plus particulièrement les locutions idiomatiques, qui sont des contextes spécialisés.
C'est l'excès de spécificité qui grève ces notions. Comme elles cherchent à cerner le sens dans un emploi particulier (même la catégorie « général »). Autrement dit, elles cherchent de façon taxonomique à cerner quelque chose d'analogue à ce que la règle parvient à décrire; or la règle ne se borne pas à une catégorie à la fois.
lato sensu {la plus grande extension} : ≢ étroit [s'oppose au sens strict, disent les pages roses du PL 1918]
Assez curieusement, l'EUL © donne cet emploi : Au sens large, expression servant à rappeler que, dans une inégalité mathématique, l'égalité est permise. [qui semble aller dans le « sens » contraire, c'est-à-dire approximatif plutôt qu'étendu.]
Stricto sensu (v. littéral, propre) « dans une acception plus limitée ». Aussi : étroit (de peu d'extension), fort. Le sens qui a la plus petite extension (PR 1990). Apparemment, le couple strict-large est avec le sens étymologique celui qui est le plus facilement vérifiable et le mieux installé dans l'usage, en raison de son côté logique. On remarquera cependant que c'est sur la référence que s'appuie le rapport et non sur la compréhension (intension, les traits sémantiques). Il n'est pas non plus garanti que les signes puissent tous être répartis en « sens » large et en « sens » étroit. Néanmoins, comme les autres catégories intuitives relativement pertinentes, elles s'intègrent sans mal aux opérateurs, et pourraient absorber le couple général-particulier.
La remarque à propos de la répartition est décisive : il faut pour bien faire que la réponse soit oui ou non. C'est en cela que la condition positionnelle est efficace : toute unité d'une chaîne est positionnée par rapport à une autre. La seule exception est l'interjection ou l'ordre, de même nature, et contraints par le paradigmatique uniquement.
Sa productivité dans les opérateurs n'en fait pas une catégorie méthodologiquement fondée. Il ne s'agit que d'une classe intuitive et non analytique. On voit nettement ici en quoi réside le conflit entre perspective taxonomique et démarche opératoire.
[2010] On se souviendra que les notions qui font appel à l'étendue (l'extension) ne sont pas d'ordre sémantique comme tel. L'extension c'est dans la référence, la dénotation, c'est-à-dire l'énumération des individus appartenant à un ensemble, une classe, un ordre, une famille (dans les taxonomies, notamment).
Dans son sens moderne → sens actuel, contemporain (opposé à vieux, vieilli). Présent : courant, habituel, usuel, ordinaire, commun.
Vieux, vieilli : s'oppose à moderne, actuel. « Il s'agit d'un charme au sens ancien du terme, chant magique » (D). Ces catégories s'imposent dans le cadre des opérateurs et sont irrécusables du fait de la diachronie.
Opposé à spécialisé, c'est-à-dire par application à d'autres objets. La comparaison des étiquettes (par ext., spécialt.) utilisées dans le PR 1990 rend délicate la distinction entre sens spécialisé et sens par extension, comme je l'ai déjà signalé. Les deux catégories regroupent des sens techniques, que l'on considérerait comme spécialisés (lumière, lustrer). Encore une fois, on semble décrire la référence plutôt que le sens. On admettra cependant la catégorie dans les opérateurs comme exemple de classe intuitive. [2010] En fait, même si l'on est tenté de ratiociner et de justifier qu'il s'agit là d'un élargissement du sens, il s'agit plutôt d'une extension de l'extension. Ou sans doute plus intelligiblement de dénoter au moyen d'un même terme une nouvelle classe d'objets [y compris « d'êtres »], soit une sorte de métaphore sans l'ivresse.
Il s'agit ici des étiquettes comme scientifique, courant, etc. Souvent « sens » est remplacé par « terme ».
Sous-sol ≝ terme qui ne répond pas à une définition scientifique précise.
énergie ≝ terme de physique, désignant x
Engelure ≝ terme du langage courant, qui désigne ℚ
Synonyme : Enseigne ≝ terme qui, en règle générale, est synonyme de signe ou d'emblème (EU)
sens mixte (sentiment) — Acception affective (intuition) ou cognitive [conscience] (sentiment)
signification vague (sensibilité) (EU)
sens équivoque, sens louche (D), v. double
Sens manifeste/subjectif; d'origine/adapté —
Dupriez considère comme un sens « accommodatice » ou adapté la paraphrase que Zola fait de celle de Cl. Bernard (cf. ph, Bossuet et Auguste Comte).
ℙ nous autres romanciers, nous sommes les juges d'instruction des hommes et de leurs passions [Zola]
Si le sens subjectif peut être récupéré dans les opérateurs, la catégorie ne semble pas autrement généralisable.
L'expérimentateur est le juge d'instruction de la nature [Cl. Bernard]
Vrai sens — opposé à ironie (D), renvoie naturellement à l'opérateur aléthosémique, mais aussi à l'étymosémie.
Sens accidentel — c'est-à-dire virtuème, selon D, où on ne le suivra pas. Il s'agit, comme on le sait, dans la théorie des opérations sémantiques de l'association péjorative ou méliorative, donc qui ne peut pas à elle seule « former » un sens. Dans la règle d'interprétation, elle est généralement rangée parmi les conditions et non les valeurs.
cf. ⊥ stable : qui demeure dans le même état ≢ ⊥ variable
Sens passif — Le sens passif est lié à la forme passive : (Larousse XXe) se simplifier → être simplifié.
Le « sens » péjoratif et le « sens » mélioratif ont leur place dans les opérateurs qui spontanément retiennent les caractérisations en général, mais dont les dénominations ne sont pas nécessairement transparentes.
variable : susceptible de se modifier —A priori dans la théorie des opérations sémantiques, tous les sens sont dotés de variabilité, en fonction de sa nécessité et de sa pertinence, naturellement, et non par vertu intrinsèque. C'est d'abord dans une perspective diachronique que la variabilité est observée (le PL 1918 n'a qu'un sens pour <primordial>, et l'EUL © en donne trois et la marque peu us. est devenue littéraire), mais la comparaison d'occurrences contemporaines d'une même forme amène vite à constater certaines irréductibilités.
[2008] Un coup d'œil dans la section « Variation du sens des mots » du vieux DQLF me rappellent les notions très anciennes que semble ne pas avoir retenu D (= Dupriez). : il s'agit de catégories appuyées sur l'idée de force ou d'énergie du sens d'un mot, notamment diachroniquement. Le sens du mot ‘génie’ s'est ainsi renforcé depuis sa souche latine. Le Quillet donne surtout une liste de treize mots de ‘viande’ à ‘meurtrir’, où le sens s'est affaibli ou restreint. On a là une explication aussi figurée que le procès étudié. On voit surtout l'influence de la philosophique extension, mais aussi et surtout la sémantique à sa naissance, avec Bréal, Darmesteter, Vendryes et dont Ullmann présente encore un tableau. Le mercier n'est plus n'importe quel marchand, mais exclusivement (en 1948) celui qui vend du fil et des aiguilles. À ce titre on peut se demander si le mot a encore cours. Compte tenu de cette évolution les planificateurs d'anglicismes adaptés auraient eu la main heureuse en revitalisant ‘mercerie’ au « sens général », au sens fort ?
J'ai surtout retenu la perspective des opérateurs pour l'examen des notions de sémantique naturelle, en raison de leurs affinités descriptives : les classements d'opérateurs ne sont pas, en l'état, vraiment généralisables, en dehors de certaines catégories vérifiées. Certains opérateurs, par leurs dénominations actuelles, sont du domaine de l'intuition, un peu comme les interprétations de phrases. Il ne faut pas perdre de vue que l'opérateur est l'outil du sujet parlant pour contrôler la réception de ce qu'il dit : les catégories convergent naturellement.
La meilleure épreuve (je ne dirai pas la vraie) consiste à attribuer aux notions de sémantique naturelle, à titre d'essai, un statut de condition dans le schéma de la règle appliqué au segment qu'elles prétendent décrire.
Je dresserai d'abord un tableau récapitulatif qui permettra de faire le tri dans l'abondante matière (je rappelle que le signe ‘≋’ indique un synonyme et ‘≢’ un contraire) :
| type | synonyme/exemple | remarque |
| fondamental-1 | alexandrin (de la ville)/essence ≍ extrait | |
| ≢ spécifique | alexandrin (vers)/essence ≍ carburant | |
| dénotatif | « sens référentiel » | désignation |
| ≢ connotatif | ≋ accidentel (contexte) ≋ affectif | plus général |
| strict-2 | génération perdue ≍ d'après-guerre | |
| ≢ large | génération perdue ≍ écrivains | |
| propre | tempête en mer/blessure à la tête | |
| ≢ figuré | tempête de protestations/à la tête de l'armée | |
| abstrait | la témérité d'un soldat | |
| ≢ concret | les bontés de Marguerite | |
| étymologique | ≋ d'origine-3≋ propre : pied | le plus proche de celui de l'étymon |
| littéral-4 | ≋ strict | fiole |
| symbolique | fiole ≍ {tête} | |
| dérivé-5 | impact ≍ {effet brutal} | tirer son origine |
| ≢ primitif | impact ≍ {{heurt} {d'un projectile}} | |
| adapté | citation paraphrasée | |
| ambigu | ≋ équivoque | doute |
| simple | sans ornement ? | |
| ≢ double | saison en climatologie | X ∨ Y |
| individuel | le lapin domestique | |
| ≢ collectif | tuer du lapin en quantité | la pomme a été abondante |
| absolu | ville/espérer, c'est vivre | sans complément |
| ≢ relatif | capitale | |
| général-6 | animal | |
| ≢ particulier | chien | |
| manifeste | ≋ objectif | |
| ≢ subjectif | ≋ implicite | |
| indéfini | ≋ indéterminé un/certain | |
| passif | se dénoter | |
| amphibologique | un fils qui aime son père défend ses intérêts-7 | double sens ; équivoque |
1 — ou dominant, majeur;
2 — cf. particulier;
3 — ou originel : primordial (le plus fréquent), central, étymologique, premier (le plus ancien);
4 — cf. spécifique-extensif;
5 — ex. pointure ≍{personne de valeur} ;
6 — cf. large, générique
7 — ex. du DQLF (Quillet).
| singuliers et opposés | apparentés | remarque exemple |
| primordial ≋ central | ≋ premier (cf. étymon) | forger (forgeron) ≢ chimères |
| dominant ≋ majeur | ≋ principal | |
| ≢ accessoire | ||
| louche | singularité/déviation | |
| restreint ≋ strict ≋ étroit | ≋ fort (-extension) | viande≍{chair}/ennui≍{angoisse} |
| ≢ faible (+extension) | ≋ large | viande≍{vivres} |
| par extension | ennui | |
| moderne ≋ courant | ||
| ≢ vx vieilli | ancien | meurtrir ≍{mettre à mort} |
| scientifique | ||
| ≢ courant | ||
| vague | indécis, mal déterminé, mal défini | |
| ≢ précis | fixé nettement, net, exact | |
| mixte | ||
| spécialisé | camp de concentration | « État français » |
≋ marque un rapport d'équivalence suffisamment motivé (synonymie) pour permettre la substitution.
≢ présente un contraire ou une opposition
≍ introduit un sens ou une valeur permettant de l'identifier
les accolades encadre l'élément de sens
Si les 64 étiquettes permettent d'agrandir la liste potentielle des opérateurs sémiotiques discursifs, l'effet est inverse sur la règle. La classification n'éclaire pas le fonctionnement du sens en question. L'application d'une condition comme « Vx » diffère pour chaque base. La plupart des désignations sont analytiques et postérieures à un sens donné. D'autre part, certaines catégories appartiennent à une archéologie du sens : le mot ennui n'est pas senti comme étant employé par extension.
Il en va de même pour l'expression « se forger des chimères », où le verbe n'est qu'une variante de « se faire ». L'application d'une condition « accessoire » serait superflue. Certaines des dénominations viennent d'une part de la référence (collectif\individuel) et de l'autre de la grammaire (absolu \ relatif). De telles conditions potentielles sont déjà prises en charge par la condition d'indirection (¬ℝ) et le module verbal, dans un paradigme plus général.
Un examen même rapide permet en outre de reconnaître deux types de distinctions : temporelles (chronologiques) et référentielles (relatives aux objets, êtres et phénomènes). D'une part, on distingue entre un sens originel (étymologique) et dérivé (diachroniquement). Cette première distinction (hier\aujourd'hui) est reportée d'autre part sur le rapport du mot à la chose — rapport d'extension (proche de la chose [classe d'origine], loin de la chose [classe étendue] ou [nouvelle classe]). Naturellement elle se traduit en considérations intellectuelles sur le sens : figure, abstrait→concret, affaiblissement, restriction, élargissement. On a donc les catégories croisées suivantes :
| extension\filiation | ancien (originel) | moderne (courant) |
| propre (« littéral ») | ||
| figuré (dérivé) |
Cette matrice permet de répartir les sens des deux tableaux précédents et d'alléger considérablement la nomenclature.
Quant à la pertinence par rapport à la règle, elle se limite en fait à la différence entre propre (littéral) et figuré (dérivé), que j'ai désignés comme « sens direct » et « indirect », le « sens indirect » étant celui qui est relayé par une inférence secondaire. La diachronie n'intervient que dans la phase référentielle et axiologique. Seul le dictionnaire date les formes de sa mémoire. note — Le locuteur tend à considérer deux âges : « ce qui se dit », et « ce qui ne se dit plus », avec la nuance guère. À ce « troisième âge » potentiel, on peut ajouter la localisation (régionalisme, patois, etc.)
| Après l'examen de la question du sens de la phrase, il a semblé nécessaire de reformuler certaines notions intervenant dans la description du sens et de la référence. Si le sens est indirect, son « indirection » s'explique mieux par le rôle de la dénotation que par l'existence d'un sens qui serait « direct ». Si l'on admet qu'une des fonctions fondamentales du langage consiste à « parler du monde » (ce qui ne veut pas dire qu'il y ait nécessairement communication), il faut tenir compte du fait que la feuille de papier est une indirection par rapport à celle de l'arbre, mais comme elle « désigne » également un objet matériel. Il s'agit alors de « redirection » (ce que traditionnellement on voyait en métonymie, à cause de la contiguïté spatiale, causale ou partie-tout [synecdoque] ou l'analogie produisant des catachrèses). C'est également le cas du verre d'eau (redirection : l'eau dans le verre) et du verre de plastique (redirection de matière). L'indirection n'apparaît que dans ‘boire un verre’. Dans le cas de la ‘minerve’, on a avec l'appareil orthopédique une redirection dénotative et avec l'expression de Rousseau une véritable indirection, c'est-à-dire un sens ; c'est pourquoi je modifie le tableau correspondant et la matrice qui le précède. |
L'exemple qui vient à l'esprit est celui de ‘minerve'. Les dictionnaires modernes (PR, Lexis) ne permettent de comprendre le « Fatiguez leur minerve » de J.-J. Rousseau que si l'on tient compte de la parenthèse étymologique — intelligence, esprit (1626). Le Larousse du XXe siècle donne comme équivalents : tête, cervelle, intelligence. Le deuxième tableau fait état de la stratification (à l'exclusion de la minerve d'imprimerie).
| premier/historique | actuel/moderne | |
| dénotation directe | ||
| dénotation indirecte (sens)* |
*voir l'encadré ci-dessus.
| premier | moderne | actuel | |
| dénotation directe | déesse de la Sagesse (Rome) | ||
| indirecte (sens) | esprit, intelligence, cervelle, tête (1626) | ||
| redirection dénotative | appareil orthopédique pour le cou ou la tête en cas de traumatisme vertébral (1842) |
Les conditions potentielles de la règle n'atteignent pas, dans le meilleur des cas, la vingtaine, et leur application est rarement simultanée, surtout pour l'ensemble, mais rien n'en interdit la conjonction, dans une perspective analytique. Imaginons que l'on dispose effectivement de 64 catégories sémantiques pour décrire le sens : théoriquement, chaque unité aurait une soixantaine de sens, au moins potentiels. En dehors du fait qu'une telle grille se révèle ingérable, un examen superficiel du dictionnaire montre qu'en moyenne un terme dépasse rarement les cinq sens (sans jeu de mots), compte tenu des traditions lexicographiques : je parle naturellement des ouvrages en un volume — dans le PL 1918, ‘fourchette’ a six sens, mais deux d'entre eux n'ont pas de lien avec l'ustensile et dans le TLF on approche de la trentaine (qui intègre la langue du XIXe siècle) contre une douzaine pour le PR 2001 ; sauf erreur dans le décompte, le Grand Larousse du XXe siècle (1928-1933) en six volumes bat le TLF de quatre ou cinq « fourchons ».
En outre, la plupart de catégories n'obéissent pas à la contrainte oppositive ou discriminatoire de la linguistique structurale : le sens manifeste, s'il se définit par rapport au sens subjectif, ne s'oppose pas au sens courant
La règle du réductionnisme peut sans doute ramener le nombre des catégories à la moitié ou au tiers, mais le problème reste le même : en admettant que chaque notion décrive une dérivation possible, aucun mot ne les subit toutes.
Même lorsqu'il s'agit de réalisations discursives comme le couple individuel \collectif (partitif). Tous les mots ne prennent pas systématiquement un sens comptable, non comptable, distributif. Si « j'en ai lu, du roman » est acceptable, on hésitera avec « j'en ai arpenté de la ville », qui passe mieux avec ‘trottoir’.
Le cas le plus frappant dans l'actualité récente, est l'emploi a contrario de racaille par N. Sarkozy, alors candidat mais aujourd'hui [2010] Président de la République française (et non de l'« État français » comme on a tendance à dire très légèrement désormais, v. la remarque en guise de Rem). Racaille est collectif, donc non comptable, sauf avec adjectif ou complément, et surtout, ne peut former un groupe, c'est-à-dire qu'on ne peut pas en faire une bande, sauf si on féminise aussi mémoire quand il s'agit d'un document (à Culture et dépendances) et qu'on réfléchit une décision (par analogie rétrograde sur une décision [mûrement] réfléchie), lors de son intronisation comme candidat. La racaille se suffit à elle-même, inutile de la multiplier. On avait écrit sur le style du Général, il faudra écrire sur la grammaire de Sarko.
Arpenter du x est plus plausible avec un objet comportant la notion de longueur, avec sentier, par exemple. Cf. « j'en ai avalé des kilomètres. » Mais le critère d'acceptabilité (R. Martin, notamment) ne garantit pas un sens (une sémantisation). Il repose sur l'idée que le locuteur dirait ou ne dirait pas la chaîne linguistique qu'on propose à son jugement. Dans une question de ce genre, on se heurte à un aspect psychologique pouvant fausser l'objectivité apparente de l'exercice.
rem L'expression « État français » appartient à ce que j'appelle les syntagmes réservés, c'est-à-dire que comme la Shoa ne peut pas désigner autre chose (cf. le Général ci-dessus), et dans ce cas, c'est une période peu glorieuse où la République française a été suspendue. N'en déplaise à Jack Lang, qui l'a employée dans un sens déshistoricisé, passant donc du particulier au général. Et France 2 a embrayé. Et Rfi a suivi. Cf. *« être discriminé » [juin 2008]
La dernière difficulté à rapporter ces catégories pléthoriques à la règle tient au fait que les conditions de la règle sont issues de contraintes descriptives réelles, et non d'une projection de catégories spécifiques à un ensemble de phénomènes. Si le sens « relatif » trouve naturellement sa place dans la condition modulaire, puisqu'il s'agit de la construction avec complément, il ne s'appliquera que lorsqu'il est pertinent, c'est-à-dire discriminant. On note que couteau à huîtres n'a pas d'incidence sur huître, mais sur couteau, et encore, dans la référence. Notons que le Grand Larousse du XXe siècle (1928-1933) distingue la fourchette à salade et indique de quelle matière elle est faite.
Le seul domaine où ce réservoir de catégories a quelque utilité, c'est, je l'ai dit, du côté des opérateurs sémiotiques, mais ceux-ci sont en sursis : il faudra élaguer, alléger, retrancher, non seulement dans les séries synonymiques comme « restreint, strict, étroit, fort », mais à partir de la notion de paradigme, l'outil garant de la généralité en linguistique : il n'y a qu'un phénomène d'« étymosémie » malgré le paradigme de formes qu'elle peut prendre : {étymologique, premier, primordial, primitif, vx, fondamental, propre, d'origine, littéral, etc.}. [Ce qui rappelle curieusement le « sens de base » de Pierre Guiraud.]
Toutefois, il ne faut pas conclure de cette énumération qu'elle est exhaustive, même si elle a été recueillie sur un corpus assez vaste. Les types intuitifs de sens tendent à se multiplier en fonction des points de vue que le sujet parlant adopte vis-à-vis de ce qu'il cherche à « communiquer » : il est le seul à chercher ce résultat — l'auditeur ou le lecteur se borne à chercher à comprendre et une compréhension n'assure jamais la communication. Ce refus de la communicabilité du sens n'est pas une coquetterie, mais une précaution méthodologique, en plus d'être un principe théorique et théorétique* qui prend parfois le nom de « relation d'opacité ».
*« Le théorétique se rapporte à la théorie,
le théorique fait partie de la théorie (Goblot 1920). » TLF.
« Error is the price we pay for progress. »
Alfred North Whitehead (1861-1947)
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