Relations sémantiques 5
Chapitres remaniés de l'Essai de sémantique
L'intersection et ses formes
L'appartenance à une même classe tient à un partage de propriétés communes. C'est alors qu'on parle d'intersection. L'intersection se représente par un diagramme d'Euler-Venn (Leonhard Euler [1707-1783] et John Venn [1834-1923]), ou bien encore par un tableau à double entrée, suivant Lewis Carroll (Charles Dodgson [1832-1898]). Quelles que soient les représentations, elles ont en commun une étendue donnée. L'intersection est donc ternaire, même si on la représente par un couple, où le symbole ⋂ tient lieu de {chien} dans cet exemple :
briard ⋂ schnauzer

Traditionnellement les figures des diagrammes d'Euler-Venn sont des cercles ou des ellipses, auxquels on préfère aujourd'hui la « patate » pour éviter l'amalgame avec la propriété d'une figure donnée, cf. le Dictionnaire des mathématiques d'Alain Bouvier, Michel George, François Le Lionnais, pls B, G & LL).
On voit donc que le générique (superordonné) marque une redondance de traits par rapport à son hyponyme, comme l'impliquent les règles de redondance chomskyennes.
| schnauzer | |
| briard | chien |
La définition rigoureuse de l'intersection est la suivante (cf. le DDM ⇧) : dans la théorie des ensembles, partie commune à des ensembles M et N, qui se note M ⋂ N (et se lit « M inter N »), et qui comprend les éléments qui appartiennent à la fois à M et à N. Sa définition formelle est : A inter B égale x tel que x appartient à A et x appartient à B. La relation d'intersection est fondatrice et permet de définir toutes les autres relations. L'intersection est une relation généralisable qui s'appuie sur la compréhension au sens d'intension (complémentaire de l'extension). On comparera avec l'inclusion ci-dessous :
| airedale | danois | bouvier |
| griffon | schnauzer | caniche |
| berger | labrador | boxer |
Connexité : iso- ou homosémie ?
L'intersection a pris un temps deux noms distincts dans ses manifestations, d'une part, lexicales et, de l'autre, discursives. Le sens partagé par deux mots hiérarchiques ou contigus porte le nom de connexité, tandis que la reprise d'un élément de sens d'une unité à l'autre d'un énoncé prenait celui d'homosémie. Auparavant le phénomène d'homosémie s'appelait « isosémie », suivant Pottier, et sur un texte ou discours, le phénomène prenait le nom que lui a donné Greimas dans sa Sémantique structurale, soit isotopie [familièrement, « même topo »].
Rastier reste radioactif ou biologique, comme il dispose de « molécules », d'après ce que j'ai cru comprendre en passant. Personnellement, je vois plus loin et soupçonne l'existence de queds. On s'en doute, il s'agit de quasi éléments de sens, avec le sourire, dans mon cas. Il n'y a aucune justification à multiplier les termes quand le phénomène est le même, à quelque échelle qu'il se situe.
La connexité est le rapport sémantique (ℛ) issu de la redondance comme principe organisateur des relations sémantiques et lexicales. En fait la question du titre est un artifice : même si l'isosémie est passée du côté des opérateurs sémiotiques entre l'hypersémie et l'hyposémie comme équilibre, mais elle ne sert plus. Et l'homosémie doit paraître suspecte... Sans être tout à fait guéri de ma création terminologique galopante, je préfère m'en tenir à une dénomination correspondant au symbole adopté : l'intersection.
cerner ⋂ isoler {séparer de ce qui entoure}
qui se lit ‘cerner’ inter (ou intersecte) ‘isoler’
La valeur partagée est introduite ici par les accolades ‘{_}’, c'est-à-dire comme élément de sens et sera toujours métalinguistique. La formule intégrera le signe contextuel de condition, pour « isoler » le sens des formes, mais l'emploi de l'exposant est aussi pratique :
cerner ∩ isoler ∁ {séparer de ce qui entoure}
cerner ∩{séparer de ce qui entoure} isoler
L'exemple plus bas comporte deux intersections observables d'emblée : Jean ⋂ verse, où ⋂ est {humain} et verse ⋂ lait, où ⋂ est {liquide}.
Je rappelle que les accolades qui encadrent un mot le coupe ipso facto de sa référence et en font un élément de sens. {liquide} est l'élément de sens qui intersecte les morphèmes « verse » et « lait » ci-dessous, mais tout comme le mot ‘chien’ n'aboie pas, l'élément de sens {liquide} ne coule pas.
Jean verse du lait.
La connexité s'obtient en faisant abstraction des différences entre mots contigus ou réputés synonymes, ou en supprimant ce qui sépare deux antonymes. Les deux exemples sont ici empruntés à l'abbé Girard (XVIIIe s.).
faim ∩ appétit
s'opposer à ∩ consentir à
La sémantique anglo-saxonne parlera de règles de dépendance (présupposition - en fait, une chaîne d'inclusion) dans le cas d'intersection entre deux classes ou ensembles hiérarchisés, mais l'intersection n'est pas nécessairement « verticale », en particulier dans une démonstration ; « l'isosémie » au sens de Pottier est traitée, chez les auteurs anglo-saxons comme dépendance contextuelle (cf. G. Leech).
Ce qui est clair c'est qu'il y a équivalence entre un terme et son superordonné quand celui ci est accompagné d'un modulateur, qui est généralement le trait qui distingue le terme du superordonné, soit {librement}, pour distinguer ‘s'épanouir’ de ‘se développer’ plus bas. La relation entre « se développer » et « s'épanouir » est une intersection. On notera qu'à mesure qu'une classe gagne en abstraction, c'est-à-dire en généralité, l'intersection s'affaiblit : la part commune à tous les éléments de la classe n'est jamais que celle qui constitue le terme le plus abstrait de la classe. Autrement dit les éléments d'une extension ℄X[1, 2, 3…] ont en commun leur classe X.
s'épanouir ⋂ se développer ˥{librement}
‘S'épanouir’ intersecte ‘se développer’ moins l'élément de sens {librement}, ou : s'épanouir et se développer sont homosémiques abstraction faite de l'idée de liberté.
Vérification de l'intersection
La matrice comparative (MMA) fait partie des moyens utilisés, ci-dessous sur un exemple du Petit Larousse 1943, auquel on rapporte les acceptions correspondantes. Le tableau original a fait place à une disposition moins fermée : on peut encore identifier une intersection entre saisies et sentir. Une recherche plus poussée conduit à rattacher « témoignage » à « vérités » par l'entremise de conscience.

L'objet de la théorie des opérations sémantiques n'est pas la constitution d'une sémantique lexicale qui se consacrerait à la stricte description du lexique et de ses relations, même si plus tôt je me suis attardé aux principales d'entre elles (synonymie, polysémie, homonymie, etc.). Et cela, malgré une concession à la tradition dans ma thèse d'État, avec la mise en place de « description sémantiques » qui adapteraient les « descriptions lexicographiques » fournies par les dictionnaires.
L'objet de la matrice (MMA), qui est polyvalente, n'est pas strictement lié à la description sémantique d'une phrase. L'analyse qu'elle permet de pratiquer est une décomposition comparative et graduelle (progressive) du sens des termes définis à la ligne supérieure (ici on s'est dispensé du tableau) : les lignes noires et rouges renvoient aux définitions, l'identité de couleur marque l'intersection. On remarque une interdéfinition du bien et de la morale.
L'intersection, dans la théorie, se manifeste également par une catégorie plus générale que les formes assimilables aux axes saussuriens, la connexité des signes. On la réserve à la redondance d'un ensemble d'éléments de sens à l'autre d'éléments de sens identiques. Plus couramment, cependant, l'intersection sémantique (un même élément de sens appartient à deux définitions distinctes) est plus ou moins synonyme de l'isosémie, au sens de Pottier (1974:84), mais dégagée de l'asservissement grammémique. Il y a « isosémie », au sens de Pottier, c'est-à-dire intersection d'un élément de sens au moins, entre gercer et lèvres. L'intersection sémantique se vérifie le plus simplement en juxtaposant les définitions lexicographiques des termes correspondants, dans ce que j'ai appelé la matrice métalinguistique d'analyse (mma). [Toutefois, les confirmations ne sont pas toujours explicites dans les super-informateurs que sont les dictionnaires le Petit Larousse 1918 ne retient {peau} que dans ‘gerçure’ et dans l'article ‘gercer’, la peau est reléguée en exemple, comme la terre.] La connexité peut se subdiviser en compatibilité et affinité. La compatibilité de deux signes tient à la reprise (à la redondance) d'un élément de sens au moins l'affinité en exigerait deux ou plus. Dans l'exemple de la grotte, on note également la présence de l'élément de sens {dur}, nécessaire à l'occurrence de gravure, comme le montre la non-intersection de ⋔graver sur le sable et la normalité apparente de graver sur le sable vitrifié. « Gravure » et « paroi » sont donc en affinité, alors que ‘couvertes’ et ‘gravure’ ne seraient que compatibles.
Le premier symbole (avant la non-intersection) était celui de l'asémanticité, soit ∅, c'est-à-dire le signe de l'ensemble vide : ∅ graver sur le sable.
Quand on parle d'intersection (a ∩ b) en sémantique linguistique, a et b sont des sens qui se recoupent en partie. Autrement dit, ils partagent un certain nombre d'éléments de sens. L'intersection existe au niveau de la forme, mais sa pertinence pour le sens manque de généralité ; par commodité, ici on utilise les caractères graphiques plutôt que la transcription phonétique : π signifié / signifiant, ainsi que ce qu'on appelle les paires minimales, bain / pain, etc. L'homophonie ou l'homographie n'est pas nécessairement isomorphe à l'intersection sémantique, qui est le sous-ensemble intersecté d'éléments de sens.
L'intersection ∩ et sa raison d'être
En tant que relation, elle se manifeste par l'affinité qui intervient entre personnes et choses, et comme le note Grize : « Les classes sont constituées d'objets, [et] ne sont groupés que des objets qui ‘vont ensemble’ »;. Dans la langue courante, l'affinité est souvent assimilée à la compatibilité, mais en logique on fait intervenir la vérité, comme le montre la définition de l'incompatibilité : relation qui s'établit entre deux propositions quand la vérité de l'une entraîne la fausseté de l'autre, où le signe ‘˥’ est employé au sens de {non}, dans l'exemple suivant :
Jacques est grand ⇒ ˥(Jacques est petit)
lire — « il est faux que ». Personnellement, en dehors des signes qui comportent leur propre signe négatif (∉, ≭, ⋔, ⇏, ∄, je favorise ‘˥’ et pour il est faux que, ‘∄’.
L'incompatibilité (représentée par la barre de Sheffer ‘|’) se distingue de la différence de sens : ‘rectangle \| rouge’ ne sont pas incompatibles. Ici je note la différence comme la négation de l'égalité, soit ‘≠’, mais avec cet exemple on a une incertitude comme la prédication est possible et pourrait s'écrire « rectangle = rouge » au lieu de « rectangle ∋ rouge »
Ce type d'exemples (comparatifs, etc.) a été étudié en profondeur [ad nauseam diraient ses détracteurs] par Oswald Ducrot qui voudrait, après le logicien Peter Frederick Strawson (1919-), faire de la présupposition une question sémantique. Elle ne l'est en réalité que lorsque l'implication est lexico-sémantique. Les sous-entendus et assimilés sont du ressort d'une pragmatique ou d'une théorie de l'énonciation [ou d'une philosophie de la doxa et de l'idéologie] dont l'objet d'étude est l'ensemble non fini des énoncés : Jacques est grand pour un Français comporte une inférence implicite, mais elle n'est pas spécifiquement sémantique, pas plus que la taille moyenne des habitants de la Trapobane, comme disait Voltaire. On notera qu'il n'y a pas de présupposition, si l'on attribue le sens {par rapport à la norme} à la forme « pour un/une/des ».
L'intersection est vérifiable dans les deux cas : grand ∩ petit, rectangle ∩ rouge. Ce dernier est moins évident, mais il s'agit de l'intersection observable discursivement :
Au mur on voyait un grand rectangle rouge
Les objets ont des couleurs, des dimensions, des formes, etc., c'est-à-dire les propriétés structurelles de la plupart des éléments de la réalité, en particulier visible : on est pratiquement « dans la référence ». Il s'agit pourtant d'intersection sémantique, mais je ne nie pas l'existence d'une isoréférence, nécessaire aux figures de la dénotation, métonymie et synecdoque.
L'intersection est la garante de la cohérence de l'énoncé et par défaut, on l'a vu, sert de signal de figure ou de locution, ci-dessous, à moins d'être dans l'univers de discours du Cirque du Soleil. :
∅ il a pris ses jambes à son cou
Les formes et les couleurs, comme les dimensions, constituent des contextes indifférents, c'est-à-dire non diagnostiques ou à faible pertinence sémantique, comme les comparatifs proprement dits. [Où il n'y a pas de présupposition : des deux, seule Hélène peut être douillette.]
Hélène est plus douillette que Marie-France.
L'intersection comme redondance. À propos de l'intersection, Rastier (1987:93) discute les trois notions de redondance, itération et récurrence pour rendre compte de l'isotopie et préfère « itération », c'est-à-dire répétition [avec un petit parfum humien]. En réalité, la redondance et l'itération désignent le même phénomène (la répétition), que l'intersection saisit analytiquement. L'élément de sens est repris, d'un ensemble à un autre, ou plutôt partagé par les deux ensembles, créant une connexité. Le caractère pléonastique du mot courant redondance est de l'ordre de la « connotation » (« sèmes afférents » chez Rastier) et ne devrait pas intervenir dans son emploi technique. La redondance est une nécessité du « discret » : elle n'apparaît pas dans le continu comme elle se confond avec lui.
Cervoni (1987:18-19) qui retient la proposition de R. Martin (1983) et parle de cohésion textuelle au lieu d'isotopie, signale qu'il y a parallélisme entre les contraintes de sélection de la phrase et les conditions d'utilisation de l'énoncé ; il considère qu'il s'agit d'une adéquation, mais ne dit pas à quoi (on supposera qu'il s'agit du contexte, ce qui peut être galement pris en charge par l'isosémie), tandis que la cohérence est une adéquation à la situation, toujours à la suite de R. Martin (qui pourtant signale l'isotopie).
Pour Rastier (1987:105) la cohésion est interne au texte et la cohérence d'ordre intersémiotique, tandis que dans la sémantisation (où le problème n'a pas d'acuïté particulière) on admettrait plutôt la nature de servitude de la cohésion (grammaire, syntaxe, morphologie) et la nature sémantique de la cohérence, fondée sur un équilibre entre la redondance et la différence. Disons que si le prédicat reprend partiellement le thème (argument), il y apporte quelque chose d'autre. Qu'il s'agisse ou non de plus ou de moins (cf. Rastier [1987:145] qui suit R. Martin contre Josette Rey-Debove, à propos de « une femme est une femme »), il y a différence, donc, dans l'exemple incriminé il y a femme et femme' (femme prime), en tant que formes à sémantiser.
[L'exemple « un sou est un sou » aurait eu une signification différente (au sens de la théorie des opérations sémantiques), comme il n'aurait pas donné l'impression d'une opposition entre les sexes. De mon point de vue, ces culturèmes peut recevoir une nouvelle interprétation avec un nouvel interprète (homme ou femme), mais le registre risque d'être limité. J'ai retrouvé le passage de Josette Rey-Debove (1979:146) où elle considère qu'il s'agit d'une tautologie formelle où la rhétorique permet de réduire ou d'accentuer l'écart entre ce dont on parle (p. ex. « l'éternel féminin ») et la définition qui en est donnée (le PRE donne ≝{il faut économiser, ne pas gaspiller} à propos du proverbe Un sous est un sous) ; pour la femme, l'association virtuelle peut jouer si l'on a des souvenirs du film de Godard.]
Redondance ou itération. La critique de la notion que fait Rastier (1987:93) se fonde sur un passage de la Rhétorique du Groupe de Liège (Jacques Dubois et al., Groupe μ, 1970:42) qui omet de dire en quoi consiste cette minimalité du signal ; en outre, il ne tient pas compte des travaux de Shannon et Weaver, qui envisageaient les applications au langage, ni de la contribution de Brillouin ou de celle de Guilbaud. Enfin, si Rastier admet que « femme' » diffère de « femme », a fortiori la redondance sémantique sera de l'ordre de l'élément de sens et non de la quantité de signal. Le défaut du terme itération, c'est qu'il fausse l'observation. Si on analyse la connexité de ‘ivoirin’ et ‘éburnéen’ (réaménagement de l'information lexicale du Petit Larousse 1993), on ne peut pas dire que le « sémème » de l'un répète partiellement le « sémème » de l'autre (à la rigueur il le reproduit), mais qu'il partage les mêmes éléments dans une certaine mesure, ou, mieux, que les deux sens s'intersectent. L'itération trahit son origine : elle s'observe linéairement, comme récurrence, en succession, c'est-à-dire dans le texte ou le discours. Je n'insiste pas sur son côté psychopathologique (écholalie, palilalie).
rem [2010] ‘ivoirin’ et ‘éburnéen’ se confondent à un élément de sens près, mais l'élément de sens {éclat} est subsumé dans l'élément de sens {apparence}.
Connexité minimale (un sème [ou élément de sens] repris) entre deux ensembles d'éléments de sens [entre deux sens], la compatibilité est à la base de la cooccurrence sans asémanticité, et se note ici ‘∼’, distincte de l'affinité ‘≈’. La compatibilité prend en charge notamment, en tant que forme et modalité minimale de l'intersection, les relations sélectionnelles harrissiennes et chomskyennes.
{jeter} ≈ {dehors}
à la porte ∩ sortez-le
humer ∩ l'air du soir ∼ {air}
La compatibilité est donc l'intersection minimale : un élément de sens. Si l'on veut une échelle, le second terme sera l'affinité : deux sèmes au moins. Quoique théoriquement, il n'y ait pas de limite au nombre d'éléments de sens d'un mot, méthodologiquement, les catégories sont au nombre de cinq dans le modèle du « sémème » emprunté ici à Pottier (1974) pour les besoins de la démonstration. Comme le sens est une opération sur un signe, le nombre d'éléments de sens attribués (ou instanciés ≍ liés) varie avec les moyens mis en œuvre et la nature de l'entreprise [la connotation millienne ressemble à un article d'encyclopédie]. La démarche opératoire à laquelle je finirai par arriver s'oppose, par ses solutions techniques, à l'approche strictement analytique.
La connexité, dont j'ai déjà parlé à plusieurs reprises, prend la place, avec ses degrés (compatibilité ⋀ affinité), de la notion de « rapport de sens » qu'utilisent le PRE et le RM (Robert méthodique) et qui exploite aussi l'intersection sémantique. Ce rapport de sens était dans le PRE, jusqu'à tout récemment, marqué par la flèche de l'implication, ce qui ne devait pas être intentionnel ; en effet, on ne peut pas dire que « une voûte d'arbres » implique « berceau, dais. » Le sens de ‘berceau’ ≝ voûte de feuillage ; celui de ‘dais’ n'est qu'un contexte : un dais de feuillage.
Dans la terminologie classique, on dira qu'il y a connexité sémantique lorsque deux unités lexicales partagent au sein de leurs sémèmes respectifs un « sème » ou élément de sens au moins, dans l'une des classes pertinentes, dans la mesure où l'on reste dans le cadre de l'analyse sémique.
Le terme, comme la notion, peut être rattaché, entre autres, à Condillac dans son Dictionnaire de synonymes : elle sert de fondement au rapport qu'est la connexion, celle ci étant la « liaison formée par le rapport qu'il y a entre les choses »). On dira donc qu'il y a connexité sémantique lorsque deux unités lexicales partagent un sème au moins, dans l'une des classes (catégories) pertinentes. La connexité de Condillac est à rapprocher (compte tenu du fait qu'elle existe entre les « choses », donc les objets du monde) de ce que Ray Jackendoff a tenté de faire au moyen de ses redundancy rules, « règles de redondance », soit de rendre compte des unités lexicales distinctes, mais liées entre elles sémantiquement ; ces règles expriment les liens morphologiques et sémantiques qui unissent les unités lexicales.
Une idée semblable sous la forme de shared elements of meaning (« éléments de sens partagés ») avait fait son chemin dans la lexicographie américaine (cf. Webster's Collegiate), dans la lignée des « études synonymiques », qui sont aussi un trait des dictionnaires anglo-saxons, comme le Macmillan. On remarque enfin que la connexité n'entre pas en concurrence, comme notion, avec celui d'interdéfinition qui met en correspondance deux plans (forme-élément de sens), tandis que, théoriquement, la connexité s'établit entre éléments de sens d'une forme à l'autre
Si je n'ai pas le Roget original, j'ai un excellent dictionnaire de synonymes de la langue anglaise (1816), avec les gloses ou études synonymiques comparées tant prisées de Girard, Condillac, Sardou et Sommer. English Synonyms Explained de George Crabb, A.M. [1778-1851] qui se pique ne n'avoir pas eu recours au dictionnaire de Johnson. À l'inverse de Lafaye (qui utilise l'intersection), il n'expose pas en détail sa méthode, mais indique qu'il est parti dans chaque série du mot ayant le sens le plus général ; quoique sa métalangue soit économe, il emploie le terme d'application (dans un sens proche d'emploi) en corrélation avec le sens. J'avais d'abord écrit qu'il était sans date, mais aujourd'hui, il n'est pas rare qu'internet dépanne. Merci à l'encyclopédie HighBeam (Columbia).
Avec l'énoncé connecteur, c'est-à-dire un énoncé normalisant la non-intersection, la connexité est établie de force, comme dans la comparaison en discours et constitue un semblant de solidarité (par assimilation) qui sera une interdéfinition artificielle, balisant le détour du sens indirect de la figure. Cf. Les « idées et principes » républicains sont comme la foi religieuse.
[2010] Énoncé connecteur, interconnexion, connexion et interdéfinition peuvent désormais prendre la forme d'une ou plusieurs synèses dont les pôles sont superposables pour constituer des parcours dans la mémoire du sujet. Ce type de lien labile et reformable serait typique de l'organisation sémiolexucale chez le sujet et interviendrait notamment entre la règle de conversion et la règle d'interprétation.
A ⋁ a ∩ B ⋁ b
qui se lit « a inter b » ou « A intersecte B », qui se décrit comme {x} ∈ A et {x} ∈ B
C'est on l'a vu, le partage d'un nombre variable d'éléments de sens entre les ensemblesqui forment théoriquement le sens des termes. Le minimum est d'au moins un et constitue la compatibilité ‘∼’. Plus la contiguïté sémantique est grande entre deux termes, plus grande est leur intersection sémique. Je rappelle la convention adoptée :
{x} = ℟A,
soit l'élément de sens est un morphème privé de sa référence.
Le repérage de l'intersection est en quelque sorte la démarche inverse d'une analyse sémique ou du moins de la phase matricielle : au lieu de chercher ce qui différencie les termes d'une série qu'on a retenue, on s'attache à ce qui demeure intact de l'un à l'autre des membres.
C'est pourquoi il est plus profitable de travailler sur un corpus présélectionné, comme celui de dictionnaires, car l'identité est perdante face au préjugé de la différence qui remonte aux premiers synonymistes, mal nommés, persuadés qu'ils étaient que l'objet de leur entreprise était un défaut de la langue, alors qu'il s'agit d'une tendance normale, présente même dans l'élaboration d'une terminologie ou d'un métalangage [le titre de l'ouvrage de l'abbé Gabriel Girard (1677-1748) n'est guère dissimulateur à ce sujet : La justesse de la langue française ou les différentes significations des mots qui passent pour être synonymes (1718).].
Une série constituée intuitivement ou à partir d'enquêtes risque de fausser la recherche de l'intersection, comme la substitution syntaxique stricte a rejeté l'équivalence sémantique qu'elle ne pouvait observer (les frontières des catégories sont infranchissables), refusant la paraphrase et l'hypothèse d'un sens non formel, comme si un sens formel était encore un sens. La notation symbolique intempestive [et sans doute vaine] que je pratique depuis le début est un excellent exemple de la difficulté qu'il y a à vouloir accorder symbolisme (formalisme) et sens.
Dans un cadre syntaxique plus large, comme celui de Denis Creissels (1995), la démonstration se fait inversement, où les signifiés ne permettent pas de distinguer les classes d'unités lexicales. Le substantif chute et le verbe tomber exprime effectivement la même notion (dans une acception au moins) ; en termes sémantiques, il y a intersection. Où la syntaxe est perdante, c'est la sémantique qui gagne.
Le repérage cherche à établir l'intersection, c'est-à-dire le « bloc » qui demeure stable, par exemple, à travers une série de termes, de synonymes, le vocabulaire d'un domaine d'expérience ou d'un hypothétique sous-système lexical).
Il existe une autre forme d'analyse, de la phrase, cette fois, qui cherche à en établir la sémanticité, par la repérage d'intersection. On dépiste les éléments de sens qui font l'objet d'une reprise d'un terme à l'autre dans le cadre d'un syntagme, d'une proposition ou d'une phrase. Apparaissent alors des notions comme « intervalle critique » et « opérateur d'étalement ».
L'intervalle est le nombre de termes ≍ {mot} [l'étendue syntagmatique] sans autre reprise entre le terme A et le terme B d'une reprise donnée (une unité phrastique peut comporter plusieurs intersections), et, l'étalement, l'expansion d'une reprise trop dense (les grammairiens parlent de reprise de l'objet interne). Soit l'exemple suivant en (a), formulé en (b), où ∩ désigne l'intersection.
(a) Il a vécu une vie bien remplie
(b) vécu ∩ vie, vie ∩ remplie
Dans « Les arbres croulent sous les fruits », l'homosémie est générale, comme le montre l'analyse :
arbre ∩ fruit, fruit ∩ arbre, crouler ∩ sous, sous ∩ crouler, crouler ∩ fruit, sous ∩ fruit.
Dans ma thèse d'état de 1987, j'analysais le type d'élément de sens qui participaient aux reprises, d'après le classement à l'intérieur du sémème de Pottier. Il suffit de retenir qu'une intersection ne privilégie pas, comme on le croirait en utilisant les restrictions de sélection américaines, une catégorie plutôt qu'une autre, bien que la reprise du générique soit rarement contiguë (contrainte de pléonasme). L'élément de sens peut être l'image au miroir de la forme (interdéfinition) aussi bien que celle d'un autre élément de l'ensemble voisin. À partir du même exemple, le tableau ci-dessous est une tentative d'analyse générique (connexité) :
| les | arbres | croulent | sous | les | fruits |
| déterminant | plante | tomber | situation | BIS | organe |
| morphème | végétal | être entraîné | manière | partie | |
| unité | être vivant | emporté | façon | portion | |
| structure | ce qui possède la vie | prendre | manière | ||
| ensemble | indiquant l'objet | emporter | |||
| collection | montrer | ||||
| réunion | indiquer | ||||
| ensemble |
Note sur le tableau: Le retour d'un même terme forme boucle ‘↹’ : c'est le « primitif » du système ou du parcours. Le rang du dessus fait figurer la phrase prise comme exemple. Chaque rang en ordre décroissant donne, paradoxalement, l'élément superordonné, selon le dictionnaire.
Les collocations (ou unités phraséologiques) manifestent généralement une affinité (redondance de deux éléments de sens, minimum). « Les feux de la rampe » : source de lumière ∩ rangée de lumières disposées au bord de la scène. Exception faite des locutions : celles-ci manifestent plutôt un creux sémantique, sinon un vide.
Je ne chercherai pas à établir l'orientation du rapport tributaire où se trouvent phraséologie et affinité, ni l'antécédence. Dans l'étude de la lecture, j'avais postulé des familles de collocables (cf. familles de terme affines) qui se présentaient comme des ensembles pré-syntagmés. Le clichage est malheureusement d'ordre socio-culturel et échappe à une sémantique linguistique.
L'affinité et la compatibilité, formes de la connexité, posent la question d'une comptabilité des éléments de sens. Non, ce n'est pas une faute de frappe. J'estimais à une époque qu'il fallait traquer le moindre « sème » et je cherchais un symbole pour chaque observation : aujourd'hui il me semble que l'intersection, avec le système d'exposant ou d'indice, rend suffisamment bien compte de ce que l'on observe.
Il y a naturellement des intersections « inévitables », exploitées surtout par la grammaire générative et transformationnelle, comme celle de {humain} ou {personne}, {liquide}, {chose}, mais il ne s'agit pas pour le sémanticien d'en faire des filtres ou des potions magiques (jeu de mots à part). Personne ne mettra en doute la présomption de cohérence, sur laquelle insistait avec raison Chaïm Perelman, mais la démonstration qu'elle exige est moins aisée qu'il n'y paraît et moins évidente qu'on ne le croit. Je ne voulais pas douter de la cohérence profonde de la définition du PRE dans l'exemple de « mantique », mais c'est une chose que de dire « toute activité peut faire l'objet d'une pratique ou d'une méthode ». Et une autre que d'assurer dans la proximité de la chose sa description sémantique. Quelle serait la capacité de description d'une sémantique catégorielle qui tiendrait à peu de choses près (avec ou sans formalisation) le même discours que la grammaire prescriptive et mentaliste ? Les topoi (lieux communs) ont servi dans les années 30 en linguistique, mais que faire d'un « sème » comme {action} sinon un « primitif » ? [décembre 2011] on y verrait plutôt une catégorie de la référence.
Par « profonde » il faut entendre une allusion aux tiroirs du MMA.
Quittons ces sphères où le sens est raréfié et voyons justement le sens en défaut, mais pas avant d'avoir résumé par une formule la démarche de repérage de l'intersection (la première et la deuxième formules ont été remaniées et rectifiées) :
∁ [[A ║ B] ⇒ [x ∈ A & x ∈ B]] ⊢ A ∩{x} B
« Si deux signes contigus (en discours ou en langue) impliquent l'appartenance d'un même élément de sens à l'un et à l'autre, on infère (⊢) une intersection par x. Soit encore :
[[x ∈ A] ║ [x ∈ B]] ⊢ A ∩x B
De la contiguïté de deux mots auxquels appartient le même élément de sens, on infère l'intersection des termes par l'élément de sens.
Défaut d'intersection — La non-intersection ‘⋔’ est une forme de l'asémanticité ‘∅’ par différence (≠) dans le syntagme ou la phrase. Elle se caractérise par la cooccurrence de deux formes dont les sens n'ont aucune connexité apparente (absence d'élément de sens partagé, ‘⋔’). Le signe de la dyssémie ‘‽’ ou celui de l'asémanticité ‘∅’ peut marquer l'absence d'assignation, l'échec de l'acte sémique comme dirait Prieto :
‽ Un heureux marasme
heureux ⋔ marasme
un zurlub ≍
C'est une forme de dyssémanticité, qui peut servir de signal à une nouvelle interprétation, comme le montrent les deux exemples ci-dessous pour que la non-intersection apparente soit plus grande encore. Elle se vérifie par la prédication négative : un torchon ne se pond pas; un chameau n'est pas ovipare, pas plus qu'il ne lui est possible d'écrire. On remarque que la non-intersection est une trace de la cohérence des connaissances du monde.
⋔ ce chameau a bâclé la lettre
⋔ ce chameau a pondu un torchon
L'absence d'intersection ne rend pas ces propositions asémantiques, mais aiguille l'interprétation. Malgré la ressemblance, on a dans les exemples suivants deux chameaux différents, même si le chameau vit vieux.
a) ce vieux chameau n'arrête pas de blatérer
b) ce vieux chameau n'arrête pas de déblatérer
L'étude de l'intersection prépare peut préparer à une analyse « sémique », c'est-à-dire à la décomposition en éléments de sens, inaugurée simultanément en France par Greimas et Pottier (vers 1960 [ce dernier l'attribue à Coseriu, semble-t-il]). Aujourd'hui cette analyse n'est plus un but de la théorie, ni même un relais.
On consultera Eugene Nida (1975) pour une initiation moins partisane et moins elliptique que la mienne et une synthèse des travaux américains de la componential analysis, grand-tante de l'analyse sémique. Par ailleurs, Mounin, dans ses Clefs consacre un court chapitre aux deux ethnologues précurseurs, Conklin et Lounsbury, que cite Lévi-Strauss dans sa Pensée sauvage. Mais on se souviendra que la genèse des classifications dans les sociétés archaïques, qu'ils décrivent, avait déjà atteint un développement considérable chez les logiciens et philosophes d'Europe au XIXe siècle sans avoir déclenché l'inauguration d'une sémantique, sans doute pour des raisons de cloisonnement de disciplines et de division du travail, accompagnés d'une euphorie immobiliste ; si les philosophes se mêlaient de langage, peu de philologues songeaient à emprunter les outils des sciences naturelles. Voir les sources de « De l'inférence sémantique ».
La recherche intégrale dans Robert (le PRE) permet de relever les occurrences d'un mot dans les définitions et les exemples/citations, ce qui permet de mettre en évidence certaines intersections, sans recourir à la constitution de séries intuitivement, ou à partir d'une source analogique (Ch. Maquet, D. Péchoin) ou synonymique (R. Bailly, H. Bertaud du Chazaud). L'intersection minimale constitue la compatibilité. Je ne précise pas si l'occurrence est le genre prochain ou la différence spécifique. J'ai exclu les occurrences dans les exemples et les citations. La liste est un peu longue, mais je n'avais pas prévu que le PR avait fait du mot ‘événement’ un descripteur de son métalangage.
abonnement ⋂événementaccélération⌂histoire ; accident ; actualité ; advenir ; affaire ; aléa ; aléatoire∁contrat⊥ ; algérien∁conflit⊥ ; annales ; anniversaire ; annonce ; anticipation (—é, —er) ; anxiété ; Φapprenti sorcier ; Φaprès coup ; arriver ; arroser ; assister à ; Φcoup d'assommoir ; attendre ; attentisme ; augurer ; auparavant ; automatisme ; aventure ; background ; bataille ; bêteadj ; bidonner ; bilan ; bimillénaire ; binomiale∁loi⊥ ; bit ; calamité ; calculer ; calme ; catastrophe (—ique) ; cause ; célébrer ; centenaire (bi—) ; cérémonie ; certain (—ement) ; chagrin (adj, nom) ; chance ; Φà chaud ; Φla surprise du chef ; Φchoc en retour ; Φprendre les choses comme elles viennent ; chronologie (dendro—, géo—) ; chronométrer ; circonstance ; clairvoyance ; Φson de cloche ; cofacteur ; cognition ; cohorte⌂démographie ; coïncidence) ; commémorer (—atif, —ation) ; commentaire ; Φprobabilités composées ; (rendre) compte ; condition⌂droit ; conditionnel ; confidentnom ; conseil ; Φcontingences de la vie quotidienne ; contraire⌂math. ; contrecoup ; contretemps ; corrélation ⌂phys. ; main courante⌂banque ; couverture ; couvrir ; Φl'horizon se couvre ; crac ; crise ; date ; déboire ; Φêtre dépassé par les événements ; depuis ; Φêtre, aller à la dérive ; Φtu ne connais pas la dernière ? ; se dérouler ; déroutement ⌂informatique ; désastre ; destin ; détail ; déterminisme ; détonateur ; Φdeus ex machina ; devancer ; développement ; direction⌂astrol. ; disgrâce ; Φfaits divers ; docudrame ; Φdouche écossaise ; drame (—atique) ; dupe ; Φà petite cause grands effets ; émergence ; engramme ; Φenvoyé spécial ; éphéméride ; épopée ; époque ; équiprobable⌂math. ; événementiel ; éventualité ; éventuel␃ ; exemple ; expérience ; exprimer ; Φpar extraordinaire ; Φla face des choses ; facture ; fait⌂dr. ; Φc'est un sale coup pour la fanfare ; fastes ; fatalisme (—iste) ; feeling ; film ; fois ; Φforce majeure ; Φc'est forcé ; forme ; fortune ; Φcoup de foudrevx ; Φdans la foulée ; Φhuit jours francs⌂dr. ; fréquence⌂statist. ; futur⌂gramm. ; garantir ; Φnous sommes gâtés ; généalogie ; glorieux ; guetter ; happening ; hasard ; héroïne ; ⊨héroïque ; histoire (—riette) ; Φen l'honneur de ; hypothèse ; justice immanente ; impression ; Φthéorie de l'imprévision⌂Dr. admin. ; un imprévu ; incident ; incubation ; inespéré ; information ; inquiétude ; maladie intercurrente ; intrigue ; jour ; journal ; lendemain ; livre [blanc, etc.] ; logique [de guerre] ; malheur ; manifestation ; Φcoup de massue ; médaille ; mémoires ; mésaventures ; commune mesure ; une, des misères ; au moins ; moment ; mondanités ; morale (—ité) ; narrateur ; nécessité ; néfaste ; loi des grands nombres⌂math. ; nouvelle ; tomber des nues ; une, des obscurités ; observateur ; occasion de ; Φla révolution des œillets ; onde de choc ; oublier ; palingénésie ; parachronisme ; montage parallèle⌂cin. ; Φaccident, incident de parcours ; pari ; se passer ; Φc'est le pavé dans la mare ; période ; péripéties ; perspective ; phénomène ; sur place ; placer ; plaindrevx ; Φfaire tout un plat de qqch ; portée ; prédire ; préjudice ; préliminaires ; prémonition ; Press-book ; pressentiments ; prévalence⌂méd. ; prévoir ; probabilité ; prochaine ; prodige ; prodrome ; producteurvx ; produire ; prolongement ; promesse ; pronostiquer ; raison ; psychose réactionnelle ; Φrécrire l'histoire ; encontrer ; renforçateur ; reproche ; amnésie rétrograde⌂Méd. ; risque ; grain de sable ; sabler le champagne ; scène ; sensibiliser ; séquelles ; Φdonner le signal de ; sinistre ; souhait (—er) ; soulever ; souligner ; Φce n'est plus qu'un mauvais souvenir ; spectateur ; Un, des succès ; à la suite de ; Φça y est, j'en étais sûr... ; Φles évangiles synoptiques ; témoin ; Φle théâtre de ; Φcoup de tonnerre ; tragédie ; tragicomédie ; traumatisme (psychique) ; à la veille de ; Visitation ; vraisemblable.
REM Une décision, comme celle du PRE, d'employer ‘événement’ comme métadéfinisseur ou différenciateur du lexique pose un problème de méthode en raison de la polysémie du terme : EUL©, contrairement au PRE, plus haut, reconnaît trois acceptions au singulier et deux au pluriel. Φ signale une forme paramétrique (syntagme lexicalisé) ; ⌂ note un domaine ; ∁ un contexte ; ⊥ le point d'insertion (l'antitruc évite la répétition).
Note sur la non-intersection ⋔
Dans les relations de connexité, la non-intersection désigne l'absence de connexité, soit la différence (‘≠’) de sens exprimée par l'intermédiaire d'éléments de sens, c'est-à-dire leur absence. L'hétérosémie s'oppose à l'homosémie ‘∩’, parallèlement au rapport entre l'homosémie et l'anhomosémie ‘⋔’. Dans le cas d'un défaut de sémanticité, on a recours à la dyssémie ‘‽’.
Dans une perspective catégorielle des éléments de sens, on se gardera de considérer la non-intersection comme différence de structuration, c'est-à-dire les mêmes éléments de sens dans un ordre différent, réorganisation qui pourrait se produire dans le passage du nom au verbe ou à l'adjectif et inversement : il s'agit ici d'éléments de sens différents. La connexité demeure entre deux aménagements différents, comme dans le cas des dérivés ou des polycatégoriels, cf. râler ∩ râleur; se déplumer 1 ∩ 2; siffler, transitivement ∩ intransitivement ; sauf dans les sens « figurés » : siffler ∁ {liquide} ⋔ siffler ∁ {air}.
| manifestation | signe | point d'incidence |
| intersection « paradigmatique »1 | {∩} | lexique, parcours métasémique ⇕ |
| intersection syntagmatique | a ∩ b | syntagme, phrase, énoncé, discours2 |
| différence | x ≠ y | paradigmatique & syntagmatique3 |
| non intersection | c ⋔ d | syntagmatique |
| compatibilité | a ∩ b | lexique & discours |
| affinité4 | a ∩ b | lexique & discours |
| dyssémie | ‽ P | mot, syntagme, énoncé |
| asémanticité | ∅a, ∅Q | mot, syntagme, énoncé |
| relation indifférenciée | c ℛ d | lexique |
1- expression abusive : sémantiquement il n'y aurait pas de paradigme s'il n'y avait pas d'intersection ; 2- Abandon de l'isosémie et de l'isotopie et remplacement par l'intersection ou intersection sémantique ; 3- Je signale l'abandon de « contrasémie » comme de « l'antisémie », et de l'hétérosémie pour des raisons évidentes ; la différence « ne s'oppose pas » à l'intersection dont elle dépend. Sa manifestation lexicale extrême, l'antonyme, est un « synonyme » qui fait l'objet d'une négation, abstraction faite des possibilités de gradation. cf. « C'est la même chose, sauf que c'est le contraire » ; 4- Le nombre d'éléments sécants n'a plus de pertinence, pas plus que la « catégorie » d'élément, sauf dans une relation où elle est déterminante (cf. superordination ⋁ subordination) : la théorie des opérations sémantiques ne fait plus d'analyse « sémique ».
A b⋈a B
L'interdéfinition s'appuie sur l'intersection et qui permet de l'introduire. Pour reprendre un exemple déjà vu, ‘conjoncture’ et ‘occasion’ sont en interdéfinition, partiellement par intersectione de {circonstance} :
conjoncture ⋂circonstanceoccasion
rappel Dans la théorie des ensembles, l'intersection est la partie commune à des ensembles M et N, qui se note M ⋂ N (et se lit M inter N), et qui comprend les éléments qui appartiennent à la fois à M et à N. Sa définition formelle est : A inter B égale x tel que x appartient à A et x appartient à B. A ⋂ B = x ∈ A & x ∈ B.
La recherche des formes d'intersection et d'interdéfinition ne se borne pas à comparer les acceptions qui conviennent, mais aussi à pousser plus profond l'analyse, aussi peut-on ajouter des cases (« tiroirs ») au tableau « bois-serpe » en fonction des termes en gras, qui sont à élucider :
[2011] Dans une note en 2008, je proposais une définition comptable de la connexité (à trois éléments de sens) qui m'obligeit à apporter une note à l'entrée correspondante dans AZ, où j'avais eu tendance à lui conférer une plus grande généralité (embrassant les deux notions précédentes [compatibilité, affinité], plutôt qu'assurant la troisième position.) Ce balancement terminologique n'est qu'une preuve de plus qu'il faut chercher l'efficace et l'équilibre et non pas la spécificité à tout prix.
| A | bois (1) | bûcheron (2) | serpe (3) |
| B | 1. Espace de terrain couvert d'arbres | Personne dont le métier est d'abattre du bois, des arbres dans une forêt | Outil (de bûcheron, de jardinier) formé d'une large lame tranchante recourbée en croissant, montée sur un manche, et servant à tailler le bois, à élaguer, à émonder |
| C | Végétal pouvant atteindre des dimensions et un âge considérables, dont la tige ligneuse se ramifie à partir d'une certaine hauteur au-dessus du sol | Matière ligneuse et compacte des arbres | Matière ligneuse et compacte des arbres |
A plan linguistique ou discursif ; B plan méralinguistique 1 ; C plan métalinguistique du terme saillant du plan B : ici C-1 définit B-2 et B-3 et C-2 et C-3 définissent B-2 et B-3.
On a ainsi, à un niveau plus « profond », ou mieux, en un point plus éloigné, une affinité avec {ligneuse} et une correspondance avec {arbre}. Pour compenser la tendance à l'économie des dictionnaires, on peut inclure dans la recherche les phrases-exemples (π) qui concrétisent l'intersection. Ce n'est cependant pas un moyen vraiment rentable. Les exemples de ‘serpe’ portent sur le sens figuré et locutionnel. à ‘bois’, on ne trouvera pas trace de ‘tailler’. Il est d'ailleurs curieux que les détails soient si abondants à ‘serpe’, puisque ‘tailler’ pourrait être le superordonné de ‘élaguer’ et ‘émonder’, alors qu'il n'est que plus général (apparemment), car le superordonné le plus fréquent est ‘couper’, sauf dans le PRE qui recourt à ‘débarrasser’.
tailler ∩ élaguer ; tailler ∩ émonder ; couper ⇗ élaguer (PL 18 & PL 96, Quillet, Q-F, Lexis) ; ‘émonder’ a généralement pour surordonné ‘retrancher’.
‘élaguer’ comporte cependant {arbre}, comme ‘tailler’ et ‘émonder’.
tailler ⋂arbre élaguer ⋂arbre émonder
L'interdéfinition est en quelque sorte l'aboutissement théorique de l'idée de redondance des éléments de sens d'un sens à l'autre, sur le principe de l'intersection. Un des premiers exemples de la relation m'est venu en préparant un cours sur le vocabulaire des châteaux forts en 1980. On sait que dans la muraille d'enceinte sont découpés des créneaux, que tout le monde connaît, mais le contigu du créneau (et il ne s'agit pas d'une métaphore), c'est-à-dire la partie pleine du mur, est moins connue : il s'agit du merlon qui ne se définit que dans sa dépendance vis-à-vis de l'autre. Merlon ⋈ créneau.
Dans le discours les définisseurs (descripteurs) d'un terme se retrouvent dans la contiguïté de ce terme dans un passage donné. L'effet de miroir peut être indirect, et se produire entre les définisseurs de deux termes plutôt qu'entre le terme et le définisseur qu'il reprend dans la chaîne. Appliquée aux figures, la relation d'interdéfinition prenait le nom d'énoncé connecteur (angl. linking statement, noté ≎[x]), dont il a déjà été question.
L'intersection sémantique sous-tend bien sûr l'observation de domaines d'expérience, mieux justifiés que les champs sémantiques (cf. Jost Trier [1934], Georges Matoré [1953]), qui sont plutôt des champs notionnels ou confinés à des domaines, et l'interdéfinition peut y apporter une solution technique par l'emploi d'une notion comme le « système d'interdéfinition », qui reste à valider. Peut-être découvrira-t-on que les petits ensembles se distinguent des grands ensembles par une décision méthodologique, c'est-à-dire arbitraire, comme c'est le cas du noème par rapport au sème, dans les derniers travaux de Pottier (1992).
Pottier (1974) distingue à l'intérieur du domaine d'expérience (communications) le taxème (moyens de transport) et l'élément du taxème, le taxe (voiture, dans son exemple). Il me semble qu'il y a là l'influence de la classification, taxonomie, qui est une mise en ordre plutôt qu'une organisation. Dans le système d'interdéfinition, on arrive aux limites du système quand cesse l'interdéductibilité. C'est un système qui s'observe, comme celui du phénomène de synonymie : les substitutions sont d'abord acceptables, puis possibles, jusqu'à devenir maladroites et enfin impossibles.
La grille matricielle des analyses en éléments de sens suppose en principe l'idée d'un système d'interconnexion sémique, avec passage d'un plan à l'autre, des unités décrites et descriptives. Naturellement, il y aurait quelque circularité à vouloir démontrer le système d'interdéfinition à partir d'une série isolée dans un domaine, le domaine ayant toujours sa capacité de regroupement. Les démarches peuvent se contrôler, mais heuristiquement elles se concurrencent. C'est à partir d'un énoncé ou d'un fragment de discours (d'une intersection) que la démarche interdéfinitoire a le plus de chances d'aboutir.
La connexité propre à la hiérarchie [l'échelle de généralité] ne peut guère offrir autre chose que ce que démontrerait le repérage de l'implication ou de l'inclusion.
Personnellement, quand je prends ma voiture (eh oui, la rançon de vivre isolé), je n'ai pas le sentiment que mon acte s'inscrive dans les communications. Il s'inscrirait plutôt dans le scénario « (aller) faire des courses à la petite ville voisine ».
Bien qu'il soit possible de trouver des cas d'interdéfinition avec effet de miroir (interdéfinition forte), les cas d'interdéfinition orientée sont les plus fréquents, même s'il est parfois difficile de les construire à partir des indications lexicographiques, à moins d'utiliser les renvois relationnels des dictionnaires comme le PR, ce qui préjuge de la relation qu'est l'interdéfinition, qui met en corrélation deux plans, celui des lexèmes et celui des éléments de sens.
Ce caractère circulaire se manifeste d'une manière indirecte, par exemple, si on utilise le terme b dans la définition du terme a, le terme c dans la définition de b et le terme a dans la définition de c. Selon S. Marcus, c'est parce que les « dictionnaires habituels ont l'ambition de définir tous les mots » que la circularité de leurs définitions « est inévitable ».
Je ne vois pas bien à quoi rime ce reproche, puisque cette « ambition » est partagée par la plupart des disciplines scientifiques, sur des objets différents. La relation d'interdéfinition (qui n'est qu'une forme de l'interdéductibilité apparentée à celle des systèmes formels) se propose de dégager l'entreprise définitoire de ce stigmate de circularité qui vient d'une discipline basée sur la tautologie. Ce n'est d'ailleurs une ambition que pour ceux qui n'y voient pas un objectif conforme à l'entreprise de définir, qui, elle, pourrait être une ambition à son tour.
Un exemple pris au hasard risque de décevoir au premier abord, comme on le constate avec celui-ci, emprunté au PRE :
▴ mantique [pratique ∩ divinatoire]
Le PR possède son propre système de renvois, donc la flèche « d'implication » ⇒ [Sans doute un simple renvoi plutôt qu'une véritable implication ; ailleurs remplacée par la seule pointe de flèche (fer ?) dans l'édition du Millésime.] réfère à « divination » et à la forme –mancie. « Divinatoire » comporte un renvoi à « rhabdomancie » et se définit naturellement par la {divination}, qui comporte son renvoi à « mantique ».
La déductibilité est donc assurée pour le PRE. Mais si l'on force un peu la note en prétendant appliquer le principe exhaustivement et chercher pratique, c'est en vain qu'on essaiera de rattacher « pratique » à « divination ». J'aurais tout aussi bien pu faire abstraction des renvois curieusement implicatifs du PR (il s'agit de l'édition électronique 2001, parfois abrégée en NPRé, mais plus généralement en PRE).
En termes de logique classique, si la divination est une pratique (inclusion), la pratique ne comporte pas la divination dans sa compréhension, mais sans doute dans son extension, qu'on n'est cependant pas en mesure d'établir très aisément. Avec l'aide du Thésaurus de Péchoin (sur le Bibliorom Larousse), ce n'est pas par ‘pratique’ qu'on y arrive non plus, mais avec une recherche générale, qui situe la divination (485) sous (B.) l'homme, (III) l'esprit, (3.) la vie spirituelle, (b) le sacré et le profane. Ce n'est plus un parcours de classe d'éléments de sens, mais le parcours du combattant. Dans l'édition papier, ‘divination’ a ses renvois dans l'index.
En fait, il ne faut pas en conclure que l'interdéfinition appartient au domaine des chimères. Il faut se souvenir qu'il y a élément de sens et élément de sens, c'est-à-dire que {pratique} et {divinatoire} ne situent pas au même niveau d'abstraction et n'ont pas le même degré de généralité et qu'en plus, mantique est sans doute au terme (point) concret du parcours lexical (borne à l'opposé de celle du primitif dans une hiérarchie).
L'intersection pour {pratique} est {activité} {exercice} et son superordonné serait {manière}. On peut déjà suggérer que la définition du PRE ne répond pas au modèle ≝ GP, DS. Même lexicalement « pratique » n'est pas à proprement parler le superordonné de mantique. La difficulté aurait été la même si le premier descripteur avait été {sorte de}. Et également à partir du syntagme semi-lexicalisé : procédé divinatoire ⇒ procédé ⇒ méthode…
On voit donc que si l'hypothèse de l'interdéfinition qui ne serait pas une circularité à la logicienne est plausible, les moyens de la vérifier sont incertains. La structure et la rédaction des dictionnaires facilitent jusqu'à un certain point ce que j'ai appelé en 1987 les « chemins » génériques (au sens de parcours), mais pas l'inverse, à moins de « descendre » le parcours que vous avez construit. Même un ambitieux projet comme celui de Péchoin n'est pas un dictionnaire extensionnel, compte tenu du filtre imposé par le modèle de Roget. C'est donc au coup par coup qu'une description du lexique est possible, mais elle risque toujours de ne plus correspondre à l'état qui en aura été l'amorce.
rem [2010] Le recours au TLF ne justifie pas l'emploi de {pratique} comme élément de sens générique, même au sens religieux.
Néanmoins la démonstration n'aura pas été stérile. De divinatoire on passe à divination et comme par hasard (j'ai failli écrire « magie »), on tombe sur le descripteur {action de}. Nous avons donc notre rapport, indirect, avec mantique. On comprend mieux, dès lors, pourquoi une description de la mise en œuvre d'une interprétation puisse reposer sur un schéma de raisonnement.
Il est possible que le passage de l'un à l'autre terme soit gêné par des obstacles non lexicaux, comme la nature occulte des activités en question, où la spécialisation du vocabulaire qui reflète cette marginalité. La labilité (déformabilité - reconfigurabilité) de l'interdéfinition ne sera pas celle de la fantaisie ni de l'expérience (ni même de l'imagination, mais plutôt des connaissances acquises) de l'observateur, les relations d'interdéfinition n'étant pas les mêmes d'un système lexical à l'autre, d'un dictionnaire à l'autre. À preuve, ‘divination’ a pour GP art dans le Petit Larousse 1943. Idem dans le Bibliorom cinquante ans plus tard.
Le TLF pour sa part voit d'emblée dans la pratique une application : « Activité qui vise à appliquer une théorie ou qui recherche des résultats concrets, positifs. »
L'idée d'un système d'interdéfinition est séduisante, mais, compte tenu des contraintes, notamment du corpus préconstruit, très orienté, comme celui du PRE, son observation ne tient pas de l'évidence. C'est pourquoi il est bon prendre des exemples où il ne suffit pas de postuler des « traits contextuels » ou des « restrictions sélectionnelles » ad hoc.
La parasynonymie de « cap, pointe, langue », signalée plus haut, peut inviter à une nouvelle analyse. On peut les regrouper dans un tableau :
| cap | pointe | langue de terre (PL) | bande (PRE) |
| pointe de terre | langue de terre | Ce qui | |
| qui s'avance dans la mer (PL) | qui s'avance dans la mer (PL) | a la forme allongée et étroite d'une langue (PL) | |
| partie d'un territoire (PRE) | Langue de terre (PRE) | ||
| pointe de terre | bande de terre | bande de terre | Partie de qqch |
| qui s'avance dans la mer (PRE) | qui s'avance dans la mer (PRE) | allongée et étroite (PRE) | étroite et allongée (PRE) |
La métasémie (d'abord décrite en termes d'inclusions successives [le signe de subordination est substitué dans certains cas]) du PL est plus uniforme que celle(s) du PRE qui oblige à la construction de deux autres parcours. On peut suggérer que l'interdéfinition est plus forte pour le PL où malgré la faiblesse du « ce qui » le passage de ‘bande’ à ‘langue’ est marqué et l'absence d'un sens analogique pour bande.
1 cap ⊂ pointe ⊂ langue ⊂ ce qui ↹ langue (PL)
[1 cap ⇘ pointe ⇘ langue ⇘ ce qui ↹ langue]
2 cap ⇘ pointe ⇘ bande ⇘ partie ⇥ (PR)
3 cap ⇘ pointe ⇘ partie ↹ (PR)
4 langue ⊂ partie ⇥ (PR)
L'inclusion ≍ {[est]-inclus-dans} (au sens de) est un début d'interdéfinition, considérée comme faible, et notée ‘⋊’, à l'instar de la synecdoque. Toutefois le couple ‘cap ⊂ pointe’ [ou cap ⇘ pointe] du PL comporte une forte intersection, le seul élément différent étant {langue}. On peut donc dire que cap et pointe sont en relation d'interdéfinition, ce que vérifie également la description du PRE, soit avec {partie}, soit avec {bande}.
A cap ⋈ pointe (PL)
B cap ⋈ pointe ∁ partie ⋁ bande (PR)
De pointe à langue, le PL nous laisse tomber. On n'a qu'une inclusion, ou une suprasémie (un superordonné), mais on note aussi l'interdéfinition propre à ‘langue’, due à l'analogie.
C (pointe ⊂ ce qui) ⋁ (ce qui ⇗ pointe)
D langue ⋈ {langue} ∁ ⊨forme
Tandis que pour le PR, pointe et langue, et langue et bande sont en interdéfinition, mais au niveau descriptif, dans le premier cas, et applicatif dans le second (comme l'intersection de cap et pointe).
E pointe ⋊ langue ∁ ≈{{bande de} {terre}}
F langue ⋉ bande ∁ ≈{{allongée} {étroite}}
Je rappelle en guise de conclusion que la vérification de l'interdéfinition stricte se fait par un tableau à quatre cases. Les deux cases supérieures reçoivent les termes de la langue et les deux cases inférieures les éléments retenus : génériques, spécifiques, descriptifs et applicatifs, selon la nature de la définition [ces termes sont ceux de l'analyse sémique de Pottier].
| cap | pointe |
| pointe de terre ⋁ ≡ | langue de terre ⋁ bande de terre |
1 – interdéfinition partielle PL, PRE ; intersection partielle pour {terre}
| cap | pointe |
| qui s'avance dans la mer ⋁ ≡ | qui s'avance dans la mer ⋁ ≡ |
2 – intersection totale PRE, PL
| pointe | langue |
| langue de terre ⋁ bande de terre | ce qui ⋁ bande de terre |
3 – interdéfinition partielle PL ; intersection totale ou identité PRE
| pointe | langue |
| qui s'avance dans la mer ⋁ ≡ | [a la] forme allongée et étroite d'une langue ⋁ [bande] allongée et étroite |
4 – sauf la circularité analogique déjà signalée, aucun recoupement
Rem — les tableaux 5 et 6-8 ne représentent que le PR.
| langue | bande |
| bande de terre | partie de qqch |
5 – interdéfinition partielle ⋌ ; superordonné qqch ⇗ terre
| langue | bande |
| allongée et étroite | étroite et allongée |
6 – intersection totale des applicatifs
| pointe | bande |
| partie d'un territoire | partie de qqch |
7 - intersection et suprasémie partielles : identité de partie ; qqch ⇗ territoire ; aucun recoupement de la forme au sème
| pointe | bande |
| qui s'avance dans la mer | étroite et allongée |
8 - aucun recoupement de la forme à l'élément de sens
En guise de récapitulation, l'interdéfinition forte ‘⋈’ est réalisée par une reprise formelle du niveau de la forme à celui du sème du premier au second terme. L'interdéfinition faible ‘⋊’ se fonde sur une interdéfinition partielle (reprise formelle simple) et une intersection partielle ou totale qui peut être de l'ordre de l'identité ou de la paraphrase (équivalence), cf. 5, ci-dessus.
L'interdéfinition se manifeste parfois dans la définition sous forme de doxologie, comme pour gouffre qui est indirectement un « péril imminent » dans la locution Etre au bord du gouffre, mais qui reçoit déjà le trait connotatif (associé) de {effrayant} lorsqu'il s'agit de sa largeur et de sa profondeur (Robert Méthodique).
L'interdéfinition ⋈ est une relation complexe qui existe entre signes, mais trouve sa confirmation dans la conversion de ces signes comme éléments de sens d'autres signes. Il s'agit, comme l'apparente motivation du mot l'indique, d'un rapport entre définitions. C'est une relation entre deux plans (celui des mots et celui des définitions de ces mots), observable entre les éléments d'un ensemble, de séries causatives, métonymiques ⇩ et métaphoriques, dérivées, d'associations et de solidarités du monde réel ou intellectuel, par laquelle les définitions de certains mots vont comporter en contexte l'équivalent sémantique de certains autres mots de la même série (tige ⋈ plante, grain ⋈ céréale, etc.). La contiguïté n'est pas étrangère au phénomène. Les interdéfinitions les plus évidentes sont issues de sous-systèmes du monde réel, y compris socioculturels, mais ne s'y limitent pas (cf. agent-action, action-résultat, partie-tout).
⇨ Dans les années soixante-dix, Robert Martin parlait de séries métonymiques, avec si mon souvenir est bon l'exemple de la serrure. Son livre (Inférence, antonymie et paraphrase) a malheureusement fait une fugue au cours d'un de mes nombreux déménagements (probablement après ma soutenance d'État). C'est, avec la Philosophie du style de Granger, l'un des deux ouvrages qui m'ont le plus motivé en 79 dans cette belle époque métaphorisante. [Mais si le livre m'avait paru d'un abord facile, j'ai appris à mes dépens et à mon grand dam, huit ans plus tard, que l'auteur était intransigeant, intolérant, et d'une incuriosité patente, hostile à tout ce qui n'entrait pas dans son étroitesse de vues.]
bois ℛ bûcheron ℛ serpe
parlement ⋈ sénat ⋈ assemblée
loi ℛ juriste ℛ législateur ℛ vote ℛ élection
ℛ indique une relation indifférenciée/indéterminée, susceptible d'être caractérisée : c'est une corrélation au sens neutre, s'il existe. Et le signe ⋈ (nœud papillon) est celui de l'interdéfinition.
Le terme d'interdéfinissable est recensé dans le Grand dictionnaire encyclopédique Larousse (Gdel), comme on l'a vu. Pour mémoire, il faut également signaler les emplois en passant des formes interdefinability et interdefinable par Lyons (1977, v. 1978-80) et Kempson (1977) qui semble l'emprunter à Quine (1953), chez qui la notion est synonyme de circularité, non comme observation mais comme condamnation au titre d'exercice futile (‘empty’) ⇩ . Cf. plus tôt.
⇨ Comme on le sait, Quine est un grand expert du vide. Je sais que ce que je viens d'écrire peut être considéré comme un argument ad hominem, mais à quoi reconnaît-il le vide, sinon par sa grande familiarité avec lui ? Le logicien en général est aux premières loges en la matière, puisqu'il réussit à démontrer la vérité (ou la fausseté) de ce qui ne veut rien dire.
La vérification des interdéfinitions dans les sources n'est pas garantie pour des raisons d'économie propres aux dictionnaires, dont l'objet n'est pas la démonstration de la cohérence de portions du lexique. La matrice déjà utilisée permet d'observer l'intersection des définitions qui fonde l'interdéfinition. En gras, la reprise entre acceptions ; en italiques, d'un plan à l'autre.
| bois | bûcheron | serpe |
| 1. Espace de terrain couvert d'arbres 2. Matière ligneuse et compacte des arbres (PRE) | Personne dont le métier est d'abattre du bois, des arbres dans une forêt (PRE) | Outil (de bûcheron, de jardinier) formé d'une large lame tranchante recourbée en croissant, montée sur un manche, et servant à tailler le bois, à élaguer, à émonder (PRE) |
| I. Lieu, terrain couvert ou planté d'arbres. II.1. Matière compacte et ligneuse, plus ou moins dure, composant le tronc, les racines et les branches des arbres, recouverte de l'écorce et qui transporte la sève. (c) [PL 96] | Personne dont le métier est d'abattre les arbres. (c) [PL 96] | Outil tranchant à manche court, à fer plat et large, servant à couper les branches. (c) [PL 96] |
[2010] J'ai ajouté une source au tableau déjà présenté et je le présente sous une forme où les intersections peuvent être marquées par des traits (Aibase2).

On peut l'appliquer à un ensemble abstrait : idée-notion-concept.
| idée (PRE) | notion (PRE) | concept (PRE) |
| Représentation intellectuelle, distinguée des phénomènes qui concernent l'affectivité ou l'action. \ Toute représentation élaborée par la pensée (qu'il existe ou non un objet qui lui corresponde). | Objet abstrait de connaissance. | Représentation mentale générale et abstraite d'un objet. |
Les rapports seront éclairés par la définition pertinente de ‘représentation’ :
≝ Le fait de rendre sensible (un objet absent ou un concept) au moyen d'une image, d'une figure, d'un signe. Pour mieux l'illustrer, ajoutons une ligne (un « tiroir ») au tableau, métalinguistique, cette fois et non de source. Les colonnes 1 (gauche) et 3 (droite) élucide, dans leur deuxième case, le même terme (‘représentation’), mais on aurait pu mettre la ≝ d'‘abstrait’ dans dernière case de droite.
| idée (PRE) | notion (PRE) | concept (PRE) |
| Représentation ⇩ intellectuelle, distinguée des phénomènes qui concernent l'affectivité ou l'action. \ Toute représentation élaborée par la pensée (qu'il existe ou non un objet qui lui corresponde). | Objet abstrait de connaissance ⇩. | Représentation ⇩ mentale générale et abstraite d'un objet. |
| ⇨ Le fait de rendre sensible (un objet absent ou un concept) au moyen d'une image, d'une figure, d'un signe. | ⇨ avoir présent à l'esprit (un objet réel ou vrai, concret ou abstrait; physique ou mental) | ⇨ Le fait de rendre sensible (un objet absent ou un concept) au moyen d'une image, d'une figure, d'un signe. |
Annexe du tableau (qui explique pourquoi je n'ai pas intégré l'explicitation d'abstrait : abstrait, e adjectif : 1. Qui résulte d'une abstraction ; qui procède de l'abstraction. 2. Privé de réalité concrète ou de références à des éléments matériels. — abstraction nom féminin : 1. Action d'abstraire ; résultat de cette action. - Faire abstraction de qqch : n'en pas tenir compte. 2. Idée abstraite. — abstraire v. tr. : Isoler, séparer mentalement (un élément, une propriété d'un objet) afin de les considérer à part. (c) [PL 96].
On notera les rapports indirects ou relayés de {intellectuel}, {mental}, {pensée}, {connaissance}.
intellectuel ≝ qui se rapporte à l'intelligence (connaissance ou entendement).
mental ≝ qui a rapport aux fonctions intellectuelles de l'esprit.
pensée ≝ activité psychique, faculté ayant pour objet la connaissance.
connaissance ≝ fait, manière de connaître ≝ avoir présent à l'esprit (un objet réel ou vrai, concret ou abstrait; physique ou mental) ; être capable de former l'idée, le concept, l'image de. (PRE)
Ni achoppement ni anicroche ne sont définissables autrement que dans un rapport avec obstacle, difficulté ou ennui, qui sont alors eux-mêmes dans un rapport d'équivalence, compte tenu des aléas dictionnairiques.
| achoppement PRE | anicroche PRE | obstacle PRE | difficulté PRE |
| Obstacle contre lequel on bute, difficultéqu'on rencontre. | Petite difficulté qui accroche, petit obstacle qui arrête. | Ce qui s'oppose à l'action, à l'obtention d'un résultat. | chose difficile |
Ennui ≝ chose, événement qui contrarie le cours normal de l'existence.(Lexis)
rem Le Gdel cerne les définitions circulaires comme les définitions se présentant telles que la première renvoie à la seconde et la seconde à la première. C'est aussi la caractéristique des membres d'une classe, des éléments d'un même domaine.
L'interdéfinition relative comporte une formule un peu difficile, que je vais essayer d'éclaircir. Deux termes contigus A et B ne manifestent qu'une intersection orientée (a ⋂ B ou B ⋂ a), avec un définisseur neutre (≝n). L'interdéfinition forte ou absolue satisfait également la condition A ∩ b et B ∩ b. Le schéma devrait être explicite :

Les éléments de sens n sont en intersection ⇩ tandis que les éléments de sens a et b sont en miroir par rapport aux termes du couple examiné.
rem 2 Il s'agit d'une hypothèse et d'une précaution théorique qui, jusqu'ici, semble se bien porter. Toutefois, le sémanticien est toujours prisonnier des faits qu'il recueille. Comme dans ma démarche, je m'interdis le recours intempestif à mon idiolecte ou à mon sentiment linguistique (aussi dangereux que la contrainte grammaticale, la grammaire de chacun étant ce qu'elle est, c'est-à-dire ultra-rigoriste, même dans les fautes), mes exemples m'imposent leurs limites.
La règle d'interdéfinition, c'est-à-dire la règle de transposition ou de conversion métalinguistique, peut prendre la forme suivante, avec le signe adopté, mais qui diffère quelque peu de la version envisagée auparavant (j'ai remplacé l'exemple dénotatif par celui-ci, plus sémantique) :
muet ⊨ {muet}/{demeurer {muet}} ⋈ être changé en pierre
Se lit « ‘muet’ prend le statut d'élément de sens dans le contexte (/) où {demeurer{muet}} instancie ‘être changé en pierre’ ».
La barre contextuelle est remplacée par le signe de complémentarité ∁ qui présente l'avantage d'être iconique à la fois pour le contexte et les conditions ; le signe de modélisation (⊨ = comme) en (A) peut être remplacé par celui de l'assertion (dans la forme originale c'est ce qui se passait := était inversé de façon à se présenter comme ceci : =:) en (B) ; dans l'exemple ci-dessous, j'ai introduit une condition métonymique (moyen/instrument), au moyen du signe ≻ (x suit y) —, avec variante d'antitruc pour truc ; ma source est le PL 1918 :
(A) ‘fatiguer’ ⊨ {fatiguer} ∁ [faire suer qqn]≻discours ⊢ {⊥}
(B) ‘fatiguer’ ⊣ {fatiguer} ∁ ‘faire suer qqn’ ⊢ {⊤} ⋀ ≻discours
On remarquera que la version ci-dessus en (A) occulte partiellement le terme à sémantiser, en l'intégrant dans un module à la façon d'un paradigme ou d'un schéma grammatical, or il est déterminant (je l'ai donc corrigé en bleu dans la version (B)). Dans un souci égal d'assurer une redondance à la règle elle-même, le signe de la définition ≝ pourrait être ajouté et celui de l'interdéfinition maintenu ⋈, et cela sans écarter l'opération justificatrice, c'est-à-dire l'inférence sémantique. La source est le Petit Larousse 1943 et la règle serait différente à partir des matériaux du PRE 2001, plus proches d'une description scientifique moderne. Synchronie, disiez-vous ?
␞ ‘disparition’ ⊣ {disparition} ∁≝ éclipse ⊢ {⊤} ⋀ ⋈[astre]
rem [2010] Comme je ne suis pas convaincu de la pertinence de l'assertion dans la règle, je reviens à l'interdéfinition en maintenant la possibilité d'employer le signe analogique (⊨ = de modélisation) :
‘rouge’ ⋈ {rouge} ⋀ ‘gonflé’ ⊨ {gonflé} ∁ vultueux ⊢ {{⊤} ⋀ {⊤}}
| interdéfinition | forte | faible |
| stricte ⋁ absolue | mots et éléments de sens isomorphes réciproques Ab ⋈ Ba + intersection. arbre-branche | intersection analytique* hétéromorphe du mot (paroi-cavité [au lieu de grotte]) + intersection |
| relative | mot et éléments de sens An ⋈ Ba/Bn ⋈ Ab + intersection ville-citadin | intersection (avec ou sans analyse*). vrai-vérité |
* Par analyse et analytique, il faut entendre que l'élément de sens apparaît un niveau plus bas dans les « tiroirs » métalinguistiques, comme dans le MMA ci-dessous.
Cette synonymie est également une circularité, ou, si l'on préfère, la manifestation la plus faible de l'interdéfinition (l'élément de sens {grotte} est indifférencié par rapport aux éléments de sens de « grotte ») :
| forme | caverne | grotte |
| élément de sens | {grotte} | {cavité} {naturelle} |
| forme | caverne | grotte |
| ℳ | {excavation profonde} | {caverne} |
| ℳ 2 | {trou creusé dans la terre} {qui a de la profondeur} | {excavation profonde} |
Ce dernier MMA est tiré du Larousse de Poche (1954)
L'interdéfinition se manifeste parfois dans la définition sous forme de doxologie, comme pour gouffre qui est indirectement un « péril imminent » dans la locution être au bord du gouffre, mais qui reçoit déjà le connotateur (élément de sens ou notion associé) de ↘effrayant lorsqu'il s'agit de sa largeur et de sa profondeur (Robert Méthodique).
L'interdéfinition forte caractérise les cas comme ceux que j'ai analysés plus haut ; à l'exception de « parachever », tous les termes de l'ensemble sont liés par une interdéfinition forte ou absolue ‘⋈’. L'intérêt de la notion tient à ce qu'elle exploite une autre relation opératoire, l'intersection, dont le statut est indiscutable et largement productif et dont elle n'est qu'une application analytique
On voit que la cohérence du lexique par le sens peut s'expliquer autrement que par des champs sémantiques, qui ne diffèrent pas beaucoup des nomenclatures de disciplines, langues de métiers ou lexiques d'activités, ou de domaines. Le champ sémantique de l'art, par exemple, n'est qu'une collection de termes organisés en constellation, sans qu'on sache ce que signifie véritablement le trait qui va d'un concept à l'autre. L'interdéfinition élucide la proximité « par l'intérieur », au lieu de recourir à un critère référentiel.
Avec l'interdéfinition on peut désormais parler de connexion ou de connexité au sein des termes du lexique, sur le plan sémantique, dans une relative indépendance vis-à-vis des rapports de dérivation et de composition : domaine de la formation des mots en lexicologie. L'interdéductibilité du lexique est structurée par métaduplication trans-niveau, d'un plan à l'autre (description ⊨ objet).
Le champ sémantique (Jost Trier [1934]) peut aussi prendre la forme du tableau à double entrée, comme le montre Georges Mounin, et qui rappelle à ce propos les ‘ petits groupes ’ d'Antoine Meillet qui refusait, avec raison, au vocabulaire l'organisation d'un système analogue au système grammatical ou morphologique. La forme de présentation ne préjuge pas de leur existence ni de leur organisation réelle. cf. les Tableaux de relations de l'Organon de la première édition de l'Encyclopædia Universalis (abandonnés dans les éditions suivantes).
La dérivation (grosso modo la suffixation) et la composition (grosso modo la préfixation) sont déjà plus sémantiques, mais on se gardera de voir une modularité ou une combinatoire absolue dans les éléments disponibles qui se caractérisent en outre par une évidente polysémie (la modularité étant une forme atténuée de compositionnalité). Il suffit de comparer « proconsul » et « proanglais ». Il serait difficile, sauf à vouloir jouer sur les mots, de faire dériver « décéder » de « céder ».
supra · ∥ · infra · ∥ · Page suivante
