Sémantique restreinte 1 (1-129)




« Une foule de soi-disant grammairiens ont subtilisé
sur les mots et les tours de phrase
 » (Renan).


1-10  Préambule

2  Cette présentation de la sémantique se veut succincte et limitée à la fois à des problèmes généraux, d'ordre théorique et terminologique, et à des applications particulières qui découlent du développement de la théorie sémantique opératoire au cours de ces vingt dernières années.  Succincte, car le corpus privilégié sera un ensemble de termes qui s'intersectent, en dehors des termes du métalangage que constitue la sémantique.

3  Cette sémantique est restreinte, premièrement parce qu'elle est linguistique.  À une époque où la logique a envahi l'espace cognitif et l'horizon épistémique jusqu'à contaminer l'informatique et internet, il est sans doute bon de rappeler que l'étude du sens n'est pas d'origine philosophique, mais bien linguistique.  C'est le traducteur français de Bopp qui l'a fondée en 1883, après diverses tentatives d'outre-Rhin (notamment la sémasiologie de K. K. Reisig 1825).

4  Il s'agit en outre de délimiter le champ d'application de la sémantique linguistique, ainsi que les objets qu'elle se donne pour tâche de décrire.  Avec la logique qui rêvait de se voir en grammaire de la pensée, le lexique a été délaissé au profit de la phrase ou de l'énoncé.  Or toute phrase est déjà-du-sens. En faisant l'économie du mot et de son lieu d'insertion, les sémantiques de la phrase sont d'emblée des sémantiques de la référence, et restent muettes sur le sens, construisant même leur épistémologie sur son inexistence.

5  Concurrentes et complices des sémantiques génératives, les grammaires formelles ne visent plus à décrire le langage ou les langues, mais à les remplacer, car elles cherchent à décrire le monde.  Mais à la différence des langues humaines, elles s'encombrent d'obstacles qui les conduisent cycliquement à la stérilité.  Je songe particulièrement aux critères de forme/structure et de vérité.

6  Sémantique restreinte aussi, car s'écartant des modes et des courants qui ont agité les disciplines ces trente dernières années. Une sémantique isolée, car, contrairement à ce qu'affirmait George L. Dillon en 1977, ce n'est pas au contact de la réalité qu'une sémantique devient opérationnelle, mais bien au contact de la cognition. La théorie de la référence dans la sémantique restreinte est une stucture de phrase qui prend en charge les éléments déictiques du langage et constitue une sémiotique.  Elle porte le nom, ici, de grille d'intelligibilité ⇩.


7  Comme c'était déjà le cas pour les ouvrages précédents, devenus à la suite d'une refonte, l'Essai de sémantique, le discours n'est pas l'objet de l'étude, pas plus que ne l'est la production du discours, ou son "encodage".  On reste toujours du côté de la "reconnaissance" ou, si l'on préfère, de la réception.  Si deux interlocuteurs discutent, ils sont non seulement tour à tour locuteurs, mais également et surtout, du point de vue sémantique, interprètes, et cela du discours qui leur est tenu et de celui qu'ils tiennent.  On ne s'aventurera donc pas dans le champ de la pragmatique linguistique, de l'énonciation ni de la philosophie du langage.

8  Afin de mieux cerner la question du sens, et non pas de la « signification », on retranchera, de cette présentation, sauf pour y faire allusion, certains aspects étudiés dans les autres ouvrages ou articles :  l'anaphore, l'extension de la règle à la grammaire, la sémiotique de la signification, c'est-à-dire la référence et l'examen tripartite de la signification comme doxologique, axiologique et idéologique.  Depuis la rédaction de ce texte, ces deux dernières questions ont été abordées dans le « petit dernier », « De l'inférence sémantique »

9  Comme il fallait s'y attendre, toute étude sémantique aborde les questions non selon de domaine (cf. Dillon 1977, Palmer 1976, Black 1968), mais aussi de terminologie.  Je viens de le faire moi-même et me détachant du groupe de ceux pour qui d'une part le sens et la signification sont synonymes et de ceux qui les intervertissent, c'est-à-dire de ceux qui écriront des énoncés du genre :  la « signification » d'un mot est généralement donnée par le dictionnaire sous forme de définition.

10  Essentiellement, donc, il sera question ici des capacités et des limites d'une sémantique linguistique, de ses instruments, de ses « concepts » et des méthodes qui permettent de traiter une règle comme une opération, et de l'autonomie de la sémantique comme discipline.


11  Moulin à vent ou auberge espagnole

12  Dans sa conclusion, Dillon suggère que les premiers résultats des représentations sémantiques de la grammaire générative ont été bouleversés lorsque les logiciens se sont étonnés de l'emploi que les linguistes faisaient de l'expression « interprétation sémantique » (semantic interpretation, aussi connu sous le terme de reading), qui entrait en conflit avec l'usage répandu chez les logiciens pour qui l'interprétation sémantique consiste à associer les symboles à leur référence.

13  Pour ma part, je connaissais déjà à l'époque cet emploi spécialisé (selon moi) et qui s'appliquait essentiellement aux systèmes formels (cf. J. Virbel, dans l'ancienne édition de EU), sans déranger le locuteur qui pouvait à sa guise se servir du terme ‘interprétation’. Le locuteur (français, cette fois) pouvait cependant se demander s'il n'y avait pas un parfum de pléonasme dans l'expression dans son rapport avec un mot ou la phrase où il apparaît.

14  Je signale ce détail sans conséquence, sauf pour Dillon, pour illustrer le fait d'une part que toute construction théorique est généralement extrêmement myope et de l'autre que l'ascendant de la logique ne tient pas seulement à l'arrogance épistémique des logiciens, sous le parapluie des mathématiques, mais aussi à une complicité plus ou moins volontaire de certains linguistes en quête de modèles ou à court d'idées.

15  De façon analogue, malgré le soin que prend F.R. Palmer à marquer l'apparition de la sémantique comme jeune discipline linguistique historique empiétant sur l'étude qui portait le nom d'étymologie et sur le domaine de la philologie, on ne peut que s'étonner du fait qu'il attribue à Bloomfield (1887-1949 ; Introduction to the Study of Language, 1914 ; éd. rev. Language, 1933) le classement des types de changements de sens. La note du chapitre qu'y consacre Joseph Vendryès dans Le langage (1923) cite clairement, en plus de Darmesteter (1887), Bréal, Nyrop (1913), Jaberg (1877), Littré (1888 ; avant-propos et notes de Bréal), Meillet, Hermann Paul (1909), Person (1912).

16  À sa défense, on notera que l'ouvrage est issu d'un cours que ce professeur anglais donnait aux Etats-Unis et qu'il cherchait par là sans doute à plaire à son public, flattant une tendance aux courtes vues et à l'isolationnisme.  Néanmoins, en situant la création de la sémantique dans les vingt dernières années du XIXe siècle, je n'entends pas dénier l'existence de préoccupations analogues au XVIIIe s., ni d'ailleurs depuis Aristote ou ses prédécesseurs (la dénotation remonterait au Cratyle de Platon) ni même chez les Scolastiques.  J'ai personnellement étudié la « sémantique » des Anti-synonymistes et la lexicographie de Diderot qui pratiquait une forme d'analyse sémique avant la lettre, à l'instar d'autres Encyclopédistes.

16n[1]  Comme personne n'est à l'abri de l'erreur (par insuffisance d'information ou manque d'approfondissement ou de vérification, ou encore par retranscription incomplète ou inattentive - la liste n'est pas complète :  fatigue, empressement, situation matérielle), j'ai moi-même un bagage de bourdes que je traîne sans gloire.  Retranscrivant un passage de Michel Bréal, j'ai copié « raison rayonnante » au lieu de « raisonnante ».  Le plus gênant (qui n'a pas été attrapé par les éditeurs), c'est cette étude sur Condillac et Diderot et l'anti-synonymisme qui commence par cette erreur de datation : « Quand Sommer en 1906 préface son Petit dictionnaire de synonymes français. »  Le pauvre aurait eu du mal  :  selon le Larousse du XXe s. Jean-Édouard-Albert Sommer, grammairien, a vécu de 1822 à 1866.

16n  Bien sûr, tout le monde n'a pas un dictionnaire de l'époque du Larousse en question (même pas toutes les bibliothèques) et on ne peut pas tous vivre à proximité de la Bibliothèque Nationale.  D'ailleurs je soupçonne Sardou (autre dictionnaire de synonymes) de ne pas dater de 1939, mais A.-L. Sardou est inconnu au Larousse, comme l'est Guérard, avec qui il a publié un dictionnaire de langue.  Un indice :  dans les autres ouvrages du même libraire figure le dictionnaire de Larive et Fleury et ces deux collaborateurs ont écrit une Troisième année de grammaire dont j'ai une édition de 1895 (la 35e).  On peut donc s'attendre à ce que Sardou ait vécu au XIXe s.  Cet « applatissement » historique (reproche fait par Greimas à propos de Brunot [1926] dont j'utilisais une édition récente [1960, je crois]) tient aussi en grande partie à la pratique qu'ont les éditeurs de rééditer leur fonds sans indication de la première édition.   —  Le Web vient au secours des ermites de mon genre, mais pas toujours :  c'est pourtant le cas pour notre philologue Antoine-Léandre Sardou (1803-1881), qui est aussi l'auteur d'une Lexicologie française, ou Traité méthodique du sens précis des mots (théorie et application) (1862), selon Wikipédia.  — Mise en garde, donc :  les datations sont données sous toutes réserves. 

16n  En feuilletant les documents réunis dans le premier tome du Littré de l'édition préparée par Pauvert et publiée en 1961 par Gallimard et Hachette, je puis non seulement confirmer qu'il s'agit bien de Sommer, et qu'il est mort en 1866, mais aussi qu'il a été un collaborateur de Littré.

17  Toujours est-il qu'il n'y a pas de marque déposée sur les mots et qu'il existe quantité de chercheurs cherchant autre chose que l'avancement des connaissances, sans compter le fait que les préjugés soient plus répandus que le sens commun.  Mais ce n'est pas une raison pour aligner l'emploi d'un mot dans une discipline sur l'emploi qui en est fait dans une autre.  Cela s'appelle poliment de la planification linguistique.  En particulier quand la discipline prise comme référence emploie le terme de traduction (translation, toujours selon Dillon) pour désigner la description du sens à laquelle se livraient les sémanticiens de la grammaire générative.

18  Cela éclaire un vieux débat remis au goût du jour et qui a pour origine Word and Object de Quine (tiens, un autre logicien).  Ses remarques seraient en quelque sorte mal interprétées, puisqu'on les aurait sorties de leur champ d'application d'origine.  Je n'y crois pas beaucoup, même si mon souvenir de l'ouvrage est lointain et a été remplacé par l'irritation qu'il avait réussi à créer chez moi [Paris :  préparation de la thèse de 3e cycle chez Greimas, avec Pottier].  J'étais jeune, naïf, profane.  Mais j'attachais une grande importance à ce que j'appelais « baliser la transposition conceptuelle », devant le risque de multiplier les métaphores.

19  Mes contacts avec la logique se faisaient par l'entremise de Robert Blanché, W.V.O. Quine lui-même (son manuel) et des citations éparses de Russell.  Puis j'ai eu entre les mains l'Introduction à la logique symbolique de Susanne K. Langer et les manuels de Joseph Dopp et le plus général Précis de Philosophie de Thonnard, pour ensuite me casser les dents sur Carnap [pendant un bref séjour à Ottawa].  Ce n'est qu'avec le temps que j'ai compris que ce qui se présentait de l'extérieur comme une discipline achevée était en réalité un ensemble de constructions théoriques aussi instables et mouvantes que celui de la linguistique.  Langer (1937 [1953]) signale d'ailleurs, non pas dans une intention critique, mais pour aiguiser la sagacité des étudiants, que Louis Couturat, dans l'Algèbre de la logique, utilise le même symbole (±⋜) pour désigner tantôt l'inclusion et tantôt l'implication.

20  Il suffit en outre de comparer les notations de Langer à celles de Dopp ou de Blanché, ou de suivre les discussions du dictionnaire de Lalande sur les notions correspondantes pour comprendre que si aujourd'hui un consensus existe ce n'était pas le cas du vivant de Frege.  Toute discipline a une histoire, et celle-ci n'est pas une évolution rectiligne.

21  Le Petit Larousse 1982 (ma collection de dictionnaires a diminué au cours des années) définit ‘interprétation’ comme l'action d'interpréter, de donner un sens particulier ; explication, commentaire. Plus bas dans l'article, on trouve, oh surprise, interprétation d'une théorie axiomatique formalisée (log.) avec comme synonyme ‘modèle’ et définit ainsi : opération qui consiste à associer aux symboles d'une théorie des objets et des relations entre ces objets ; le résultat de cette opération. Quant à ‘interpréter’ c'est selon la même source « chercher à rendre compréhensible, à traduire, à donner un sens ».

22  On a remarqué que j'utilisais les ‘pseudo-guillemets’ pour encadrer le terme dont je parle.  C'est une de mes notations particulières, les autres étant empruntées à la logique ou aux mathématiques, mais sans nécessairement en importer le sens (pardon l'objet [la dénotation]) qu'elle a.  Je les introduirai au fur et à mesure, mais on peut aussi consulter les pages qui y sont consacrées ;  symboles.  J'ai également adopté une convention (elle vaudra pour tout le présent texte) pour marquer le « sens » ou l'interprétation qui est donnée du mot figurant entre chevrons.  Il s'agit des accolades.  ‘interpréter’ a le sens de {donner une signification} pour le dictionnaire Bordas (1976).

23  Les symboles ne sont pas nécessairement uniformes dans les textes qui se trouvent sur le site.  Ce n'est qu'avec l'adoption de la police Lucida sans Unicode que j'ai pu maintenir une certaine cohérence.  Mais un des plus stables et aussi un des plus importants, c'est celui de l'asymptote.  ‘interpréter’ ≍ {donner une signification}.  Pour reprendre brièvement la convention de Langer, on écrira ≍ =int a-le-sens-de ou (≍) au_sens_de. ‘=int’ s'interprète à son tour comme « équivaut par interprétation ».  Le signe de l'asymptote n'est pas à proprement parler une opération, mais une relation « opératoire », c'est-à-dire résultant d'une opération.

24  Pour illustrer l'opération équivalente, introduisons les deux conventions successives du contexte immédiat (syntagmatique), /_ , empruntée à la phonologie américaine, remplacés ensuite par ∁⊥, adaptation du signe de complémentarité. Comme le Bordas donne le sens d'interpréter que j'avais retenu dans le cas d'un geste, on peut écrire, avec le signe de l'inférence ⊢ :

25  ‘interpréter’ ∁ geste ⊢ {donner une signification}. On lit la formule de la règle comme :  pour ‘interpréter’ dans le contexte devant/de geste on infère le sens {donner une signification}. Dans le Petit Larousse on trouve un autre terme substituable à ‘geste’, soit ‘intentions’. On comprend donc que la position ⊥ après ∁ est un paradigme, que je représente par les crochets [geste|intention].

26  PL 82 définit (≝ =int égale par définition) paradigme ≝ ensemble des termes d'une même classe de motsqui peuvent être substitués l'un à l'autre dans un contexte déterminé. À celui que j'ai amorcé on ajoutera [attitude, grimace, parole, décision, mouvement d'humeur, etc.]. Néanmoins, on comprend aussi que le sens {donner une signification} n'est pas le même que donner un sens à un mot. S'il y a synonymie, c'est-à-dire interchangeabilité, c'est parce que le mot ‘sens’ a une acception qui correspond à celle de ‘signification’.

27  La synonymie est la relation dont la notation a été la plus instable au cours de mes recherches, avec son corollaire, l'opposition (≢). Sens ≋ ⋁ ≈ signification. Tantôt = ou ≡ (congru). Elle est aussi, de l'histoire du langage et de ses disciplines, la relation la plus contestée, alors que toutes les formes d'opposition ont fait les délices des philosophes et des logiciens. Pour rester sur la rive des mathématiques, une équivalence linguistique est toujours modulo qqch. Donc, à choisir entre l'égalité et la congruence, c'est celle-ci qui devrait l'emporter, ≡ pour l'équivalence et ≋ pour la synonymie.  La distinction à faire, c'est que la synonymie s'observe entre deux mots par la constatation d'une équivalence sémantique ou d'une intersection importante des éléments de sens.

28  Ce qu'il faut retenir, c'est que l'équivalence ou la synonymie sont relatives ou approximatives, toujours fonction d'autre chose.  Comme le sens est asymptotique, les autres relations d'ordre sémantique ou sémiotique sont conditionnelles.  Il est même inutile d'invoquer le fait que si l'on réunit un certain nombre de locuteurs d'une même langue, on n'arrivera que très difficilement à un consensus sur le sens à donner à un mot, que ce soit dans l'absolu ou dans un emploi.  On peut constater la même chose en furetant dans les dictionnaires.

29  Ainsi ‘interpréter’ et ‘comprendre’ sont dans une relation d'équivalence relative. ‘interpréter’ ≡ ‘comprendre’ ∁ [remarque|silence|conduite]. On notera que le français ne semble pas permettre l'expression « interpréter un mot », à moins que ce soit comme une attaque ou une insulte. Cette fonction est prise en charge par ‘comprendre’, ≍ {percevoir le sens de}.

30  On pourrait croire que je retarde le moment de parler de la distinction qu'un sémanticien comme moi fait entre le sens et la signification. Dès la maîtrise, pourtant, j'avais fait mon siège.  Je répétais à qui voulait l'entendre, y compris à mon directeur de mémoire, que la signification c'était le sens + la situation.  Ou si vous préférez la référence.  Je n'avais pourtant pas encore résolu de plonger en sémantique.  Il faut dire que la lecture de Martinet n'y incitait pas ;  heureusement que j'avais lu Guiraud dix ans plus tôt.

31  Un bon exemple de départ nous est donné par le Bordas, qui était, je le rappelle, un dictionnaire pédagogique, comme le Dictionnaire du français contemporain de Larousse.  Je cite :  le mot hôte est à double sens - il peut être compris de deux façons différentes.  Ou encore, ceci, du même - « beaucoup de mots ont plusieurs sens = acceptions, significations particulières à tel ou tel emploi ».

32  La série sur laquelle s'exerce l'examen compte déjà 1 sens, 2 signification, 3 emploi, 4 acception.  Fidèle à son rôle Bordas explique qu'il y a un sens primitif, des sens dérivés, un sens propre, un sens figuré.  À peu de chose près, Bordas traite ‘sens’ et ‘signification’ comme équivalents.  Voyez dans votre dictionnaire la signification de ce mot - le sens qu'il a.  Il renvoie en outre à trois termes dont deux grossissent notre série, à des fins d'analyse :  5  définition, 6  valeur.

33  Un premier tableau permettra de les comparer :

sens du sens
SensEnsemble des représentations que suggère un mot, un énoncé ; signification*
SignificationSens et valeur d'un mot*
Emploi**Le fait de se servir d'une forme de la langue " Les mots ne sont immuables ni dans leur sens, ni dans leur emploi " (Littré) - NPR 2001
AcceptionSens particulier dans lequel un mot est employé*
DéfinitionÉnonciation de ce qu'est un être ou une chose, de ses caractères essentiels, de ses qualités propres*
ValeurSens que prend un mot dans un contexte déterminé*

*Le Petit Larousse 2001 **Ni dans le PL 82 ni dans le PL 2001

34  D'emblée, seuls ‘valeur, emploi, acception’ semblent avoir quelque chose de commun avec ‘sens’, qu'ils relaient, sauf pour le Robert et Littré qui veulent les distinguer. Il faudra donc poursuivre les investigations et comparer les résultats de plusieurs sources pour 1) définition ; 2) emploi. Quant à ‘acception’ et ‘valeur’ ils sont des sens contextualisés ou syntagmés. 


Le PL 82 ajoutait à ce qu'on trouve ci-dessus la première ligne du tableau suivant.


définition de la définition
DéfinitionSignification du mot qui désigne les caractères essentiels d'un être ou d'une chose (PL 82)
Explication du sens des mots (Bordas 1976)
Explication du sens d'un mot par l'énonciation de la nature et des qualités essentielles de l'être ou de la chose que ce mot désigne (Lexis 1979)


 —  [2010] Une relecture n'est jamais de trop :  si l'on suit le raisonnement du Lexis la définition a une origine référentielle, mais c'est par implication, également le cas du sens [pour le rédacteur].  La définition expliquerait le sens par la référence.  Mon raccourci serait trop sec ?  Le sens d'un mot consisterait à énoncer la nature et les qualités de l'être ou de la chose que désigne ce mot.  Je ne devrais pas m'étonner, puisque le PL l'indiquait déjà dans le premier tableau.  Et le Quillet-Flammarion 1963 était sur la même longueur d'ondes :  « énonciation des attributs qui distinguent une une chose, des qualités qui lui appartiennent en propre ».  C'est la marque de la logique ou de la philosophie.  L'exemple du Q-F est bien  —  π définition du triangle.


Dictionnaire Quillet 1948
Définition*Détermination exacte de ce qu'est une chose
Explication précise de ce qu'un mot signifie
par définitionEn vertu de la définition même de ce dont on parle


*Si la distinction est claire ici, elle l'est moins dans la définition de définir :   ≝ donner la définition, le véritable sens d'un mot  —  Voilà un sens à ajouter à la liste des 64 sens intuitifs en annexe à l'Essai de sémantique, le « sens véritable ».


36  Il me faudra aborder la question du métalangage à un moment donné, mais à propos de la définition seul le symbole (≝) en fait partie. On notera d'ailleurs sa ressemblance avec l'expression de Langer pour introduire les notions ou les relations, =int (elle utilise aussi =def, sur lequel elle a construit son « égale par interprétation ». Selon Lexis 1979, c'est en logique que l'on fait état de l'extension et de la compréhension (l'intension des logiciens anglo-saxons). Je toucherai un mot de ces notions, car elles constituaient pour Quine (1953 [1961]) une pierre d'achoppement.

37  Autrement dit, la définition comme telle (≝ du dictionnaire) n'appartient pas au métalangage d'une sémantique basée sur des opérations cognitives (tso) et n'y existe qu'au titre de matériaux, c'est-à-dire, par exemple, la colonne de droite des tableaux.  La définition a été analysée comme instrument et comme opération dans le dernier chapitre de ce qui est maintenant l'Essai].  Ceci dit, j'ai le plus grand respect pour le travail à la fois ingrat et passionnant (hénaurme, dirait Flaubert) qui est celui des lexicographes et une admiration indiscutable pour ceux qui ont illustré la profession.

38  Le dictionnaire est ici, comme dans les ouvrages précédents (ramené à un seul, l'Essai), un « informateur », c'est-à-dire que dans une application de la règle je ne construis jamais de sens (ou de valeur) de mon propre chef, soit intuitivement.  Les matériaux des dictionnaires peuvent faire l'objet de remaniements, mais ces refontes sont toujours signalées. Cette façon de procéder qui ne connaît qu'une exception :  c'est le cas de l'absence de définition correspondant à un terme retenu.  Je procède alors comme un locuteur ordinaire dans ces cas-là, c'est-à-dire par conjecture.  Comme illustration, je prendrai un vieil exemple.  ‘misonéisme’ n'appartient pas à la nomenclature (le vocabulaire) du Petit Robert électronique que je possède.  Je suis donc obligé de recourir à une conjecture ou à une analyse morphologique.

39  ‘⊥isme’ ∁ misoné⊥ ⊢ {système}
‘miso⊥’ ∁ ⊥néisme [≟miso ⊨ misogynie] ⊢ {aversion}
‘⊥né⊥’ ∁ miso⊥isme [≟néo⊥ ⊨ néologisme] ⊢ {nouveau}

40  Le locuteur-interprète possédant un bagage gréco-latin va procéder différemment pour les segments ‘miso-’ et ‘-né-’, sur ce modèle :
‘miso⊥’ ∁ ⊥néisme [miso ⊢ misein] ⊢ {aversion}
‘⊥né⊥’ ∁ miso⊥isme [né⊥ ⊢ neos] ⊢ {nouveau}

41 ⊨ signifie 'sur le modèle de' (comme) ; ≟ introduit une conjecture ; ⊢ signale l'inférence ; {...} encadrent une valeur sémantique, c'est-à-dire un sens ; ‘...’ encadrent une forme linguistique, mot, expression ou fragment de mot ou d'expression ; [...] encadrent un paradigme conditionnel.

42 La condition morphologique [miso ⊢ misein] peut prendre une forme plus achevée, avec la valeur que l'interprète associe à la forme : ≍ haïr ; ≍ nouveau. ‘miso⊥’ ∁ ⊥néisme [miso ⊢ misein ≍ haïr] ⊢ {aversion} ‘⊥né⊥’ ∁ miso⊥isme [né⊥ ⊢ neos ≍ nouveau] ⊢ {nouveau}


43  J'aurai souvent l'occasion de revenir sur la règle, puisqu'elle est le pivot de la théorie et la justification de sa première épithète ‘opératoire’, mais on peut signaler que, dans la configuration habituelle, tous les éléments à droite de ∁ et à gauche de ⊢ sont des conditions. À gauche de ∁ se trouve la base de l'opération, c'est-à-dire la forme linguistique à sémantiser (=int donner un sens). Soit le tableau de 44.

44 — Décomposition de la règle
‘forme’[paradigme des conditions]{valeur}
‘aiglefin’[victime]{homme malhonnête}
‘arsouille’[argot]{voyou}
‘bandit’[dévaliser | banque]{malfaiteurs}
‘canaille’[ ↘]collect{ramassis de gens méprisables}
‘racaille’[ ↘]collect{ensemble de gens méprisables}


45  Le signe ↘ marque un sens associé péjoratif (une connotation) et l'exposant collect rappelle que le sens est « non comptable », contrairement à ce que laissaient ententre les propos de Nicolas Sarkozy, soufflant sur le brasier des banlieues (2005)  —  L'emploi vicieux a été largement repris depuis et presque toujours ne varietur.  On remarque d'emblée que la règle, même dans une application fruste, ne tend pas à rivaliser avec une définition.  Dans une telle perspective, une sémantique ferait concurrence à la lexicographie.  D'ailleurs, en temps normal, personne n'interprète de mot ou d'expression dans l'absolu, sauf dans une situation métalinguistique.


 —  [2010]  —  Le principe même de la définition n'est pas sémantique, comme l'a montré la comparaison des définitions de la définition.  C'est la pierre de touche de toute étude du sens.  Où le sens commence-t-il ?  et où finit-il ?  Dans ma thèse d'État, comme auparavant avec l'étude des opérateurs sémiotiques de référence, j'avais conscience de la difficulté à vouloir situer le sens dans le processus de cognition et par rapport au dictionnaire.  Le locuteur lambda n'a pas ces préoccupations.  Les choses ont des noms.  Le lexicographe explique donc pourquoi telle chose porte telle nom, à quoi elle sert, de quoi elle est faite, etc.  Mais il n'y a pas que des choses comme il n'y a pas que des noms, même si chose est polysémique et peut vouloir dire ‘action’ :  « c'est une chose que je ne ferais pas. »  Plus techniquement, j'avais en 86-87 proposé entre la définition et l'étape sémantique (dans la cognition de je parlais de zone tampon), une description lexicographique qui, affinée, devenait une description sémantique.  Avec le temps le vocabulaire a évolué et le mot ‘description’ est devenu une sorte de métaterme réservé à ce que fait le lexicographe (et le dictionnaire).  Il désigne particulièrement la définition millénaire dont l'analyse sémique de Pottier a repris le flambeau.  Mais qui n'éclaire pas la question du sens. Le sens d'un mot n'est pas la fonction de la chose qu'il dénote (ici ‘dénoter’ est strictement extensif, c'est dire donc « la chose à laquelle il réfère »).  J'y reviendrai.

46  À la place de la définition, une sémantique peut proposer une analyse.  C'est alors une sémantique lexicale, proche de la lexicologie classique.  Les deux modèles les mieux connus sont ceux de l'analyse componentielle et de l'analyse sémique, que j'ai évoqués ailleurs.  La règle d'interprétation ou d'instanciation n'a pas de visées analytiques, mais n'entre pas en contradiction avec une analyse simple, reposant sur le principe d'une matrice à deux niveaux ou plans, le deuxième niveau se répétant (se dépliant) pour tout élément analysable du premier niveau métalinguistique, et ainsi de suite (cf. le mma dans l'Essai).  J'en donne l'exemple en 47, 48 et 49.


47  Matrices métalinguistiques

47
Cecommerçantestunbandit
désignePersonne qui, par profession, accomplit habituellement des actes de commerce PL 2001Homme avide et sans scrupules NPR

48‘ bandit’
hommeavidesansscrupules
être humain masculinQui manifeste un désir ardent et immodéréabsencedélicatesse morale


49  représentation conventionnelle
plan linguistique (objet)
plan métalinguistique (analytique)


50  À mesure que s'ajoutent les niveaux ou les tableaux, l'analyse avance en abstraction.  On découvre vite, si l'on part comme ici d'un énoncé, que les éléments de celui-ci sont disparates ou hétérogènes.  Il est donc difficile de prétendre à une solution d'analyse unique en matière d'énoncé.  La grammaire classique parlait déjà de mots-outils (mots grammaticaux) et de mots pleins (lexicaux).  Les mots grammaticaux ne sont pas nécessairement vides de sens, comme on le voit avec les prépositions, mais elles sont rarement représentatives du sens, qu'elles tendent à relayer.

50n  —  On s'apercevra assez vite que certaines notes étendues (numéro suivi d'un n minuscule) ne datent pas de la première rédaction (avril 2006), mais de la mise en ligne (commencée fin février 2007).  —  En fait, l'examen des unités de langue révèle trois composantes potentielles, en proportion variable, dans chaque morphème ou affixe.  Le plus simple est sans doute (en français) la conjonction ou le pronom relatif (adverbe et pronom interrogatif) que qui se présente comme une cheville grammaticale/référentielle.  Les trois éléments qui se combinent dans toutes les proportions imaginables sont la dénotation ou la référence (la, là), le sens (‘intrus’) et la signification (‘républicain’). Ces exemples sont donnés pour illustrer la plus forte proportion présente.  Le sens du troisième est minimal, {relatif à la république} ;  la signification du deuxième est fonction de son emploi, avec un sens courant assez stable; la désignation (référence) est essentielle dans le premier exemple, article défini, adverbe et interjection. Le Robert 2007 cite un excellent exemple de Gide :  « L'homme est plus intéressant que les hommes ».

Ces remarques n'ont pas pour objet de réduire l'intérêt de telle ou telle unité de langue, mais de marquer en quoi elles interpellent une sémantique stricte.  Je reviendrai sur la signification, mais sans reprendre les outils et les recensements mis en place dans les autres ouvrages, dont la version refondue duTraité de sémantique.

51  La règle ne se propose pas en « interprétation » (au sens de [≍]reading), mais se propose de montrer comment un sujet parlant-interprétant peut parvenir à donner (attribuer) ou à associer un sens aux parties d'un énoncé et finalement à celui-ci. Ce que ne parvient pas à faire une définition, ni en extension ni en compréhension (intension).

52  La dénotation (anciennement opposée à la connotation, même par les philosophes) n'offre en réalité aucune perspective d'analyse sémantique.  Je parle ici du sens que lui donnent les logiciens, soit, selon le Larousse 2001 (électronique) : « Propriété, distincte du sens, que possède un terme de pouvoir être appliqué aux êtres ou aux choses qui composent l'extension du concept auquel il correspond ».  Autrement dit, une classe d'individus étant donnée, le terme (nom-de-la-classe) peut désigner chaque membre ou tous les membres (une canaille/la canaille) [anciennement, n'était que collectif, comme en témoigne le Petit Larousse 1918].

53  Dans son sens linguistique qui s'oppose toujours à la connotation, il s'agit de l'« Ensemble des éléments fondamentaux et permanents du sens d'un mot ».  On note ce malentendu séculaire où la connotation désignait justement cela, alors que désormais on en fait les valeurs subjectives et variables d'un mot. Voir les numéros 56 et 57 sur mon blog, « les mots du sens ».

53n  J'éviterai donc de multiplier l'emploi de ces termes qui exigerait une définition à chaque usage qu'on en fait.  La connotation (au sens moderne de sens virtuel) est dans mes travaux généralement remplacée par la notion et le terme d'association, suivant en cela Pottier 1974.  L'association et péjorative ou méliorative, se signale par des flèches (↘ et ↗) et peut, en exposant, comporter un élément de sens indicatif, comme on l'a vu plus haut. La désignation est d'un emploi relativement clair, mais autrement, je me servirai presque toujours du terme de référence pour désigner les faits extralinguistiques (dont la situation, context chez les Anglo-Saxons) et pour désigner les unités de langue qui réfère à l'extralinguistique.  Ainsi dans l'exemple de Gide (ci-dessus 50n), les deux articles sont référentiels et ne constituent pas simplement un passage du singulier au pluriel.

54 Quine (1951 [1953/1961]) entretient la confusion en parlant d'intention (avec un t) plutôt que d'intension (avec un s ≍ compréhension logique) pour l'opposer à l'extension (il semble qu'il s'agisse d'une seule occurrence, donc d'une faute de frappe).  Ici, je me contenterai de retenir l'opposition sens-référence (en opposant à ces deux-là la signification).  Quine a d'ailleurs vite réglé le problème de l'avenir de la sémantique :  « l'objet de la théorie du sens est simplement la synonymie des formes linguistiques et l'analyticité des énoncés, les sens proprement dits, en tant qu'entités obscures, peuvent être abandonnés ».

54n Il s'agit d'un article de Quine (disponible sur le Web), Two Dogmas of Empiricism, repris dans les éditions de From a Logical Point of View.  Sa position ambiguë vis-à-vis de la langue me poussera à intituler une série de ces réflexions « le paradoxe de Quine »  —  Y avait-il astuce ?  Il est clair que le point de vue « logique » n'est pas nécessairement celui du logicien.  Exactement comme je suis mal placé pour parler de la syntaxe.

55  Ce qui veut dire que l'on dispose d'énoncés qui ont une référence et qui peuvent ou non être synonymes entre eux et analysables.  Mais analysables en quoi ?  De toute évidence en référence.  On peut donc lui rendre la politesse quand il se demande comment on parvient à définir ‘bachelor’ comme ≝ homme non marié  —  Quine pressentait-il la venue du divin Prototype, qui nous débarrasserait de ce fatras analytique post-aristotélicien ?  .

56  L'analyse métalinguistique que je proposais comme activité parallèle à l'étude du sens comme instanciation n'a pas de prétention au-delà de l'efficacité de ses instruments, qui consiste à mettre en place le réseau de corrélations sous-jacents.  Je ne souscris pas au mythe d'un stock universel d'éléments fondamentaux, du type des sèmes, des noèmes, ou des universaux.  Naturellement, on dispose d'ensembles restreints qui donnent l'idée de ce que serait un tel inventaire, les cas, les prépositions, les préfixes et suffixes savants (grecs ou latins) ou non, les aspects, mais cette combinatoire n'existe pas.  Et construite en théorie, elle ne serait d'aucune utilité sans des règles d'emploi.

57  On constate donc que je viens de vider de sa substance la définition citée en 53.  Le sens d'un mot n'a pas, a priori, d'éléments permanents ou fondamentaux.  L'actualité remet à l'honneur un sens particulier de ‘corbeau’, celui d'auteur de lettres anonymes.  Ce sens n'est sans doute pas antérieur au film de Clouzot.  Littré en donne un très ancien :  porteurs de morts, plus spécialement de pestiférés.  Il est possible que la « permanence » d'un élément sémantique (d'un corrélateur) soit la permanence de l'extension (de la référence). Corbeau est non seulement, semble-t-il, le nom d'une classe d'oiseaux, mais le nom d'une classe (genre) de classes de corbeaux :  grand corbeau, corneille, freux, choucas.  Bordas y rattache le cormoran (même famille).  Mais quelque fascinant que puisse être le monde des oiseaux (le Petit Larousse 1918 en compte dix mille espèces), il n'a rien à voir avec le sens.  On peut même avancer que la définition de l'oiseau (et du corbeau) en tant que volatile n'est pas sémantique, même si j'emploie à cet égard l'expression « sens direct ».  Si avec la prise en compte de la dénotation dans la théorie des opérations sémantiques, l'expression « sens indirect » devient pléonastique, celle de sens direct fausse la perspective, comme l'un et l'autre se définissent alors par une dénotation directe ou une indirection de la dénotation (℟) qui donne lieu au sens, sans qualificatif.

58  Par un de ses sens, ‘corbeau’ appartient à l'un des deux corpus de cette double fonction de la sémantique que j'avais favorisé et entretenue dans l'Essai de sémantique, l'autre étant la langue même du sémanticien.  Il y a un corbeau ≍ personnage rapace et sans scrupule.  En fait, en dehors des sens d'architecture, d'engin de levage ou de guerre, Lexis 79 en recense six, dont deux seulement sont ailés.  D'ailleurs, la citation de Zola, en 59, présente un défi si on la tire de sa position dans l'article du dictionnaire.

58n  —  [2010]  C'est avec la compilation et la rédaction des fiches d'Az qu'il m'a été donné de réévaluer certaines hypothèses et certaines positions.  Aujourd'hui, sauf à concurrencer la lexicographie, la définition du « sens » des mots (au sens courant) n'est pas une priorité pour une théorie comme celle qui s'affirmera au terme de cette réflexion (futur dans le passé, puisque ce texte se termine en 2006).  Le pan descriptif du sens (mais non ses outils, interdéfinition, sémiogramme et mma) « en langue » est abandonné au profit des deux hypothèses les plus prometteuses, la règle d'interprétation et le modèle sémiocognitif.

58n  (suite)  Pour le Petit Larousse 1918, il existe deux appareils portant le nom (eh oui, le terme s'applique) de ‘voltamètre’.  Le dictionnaire fait donc figurer deux définitions, mais on ne pourra pas parler de sens, même si la description est succincte du point de vue technique.  Toutefois, le terme en question, comme tout signe linguistique est soumis à la double contrainte ou double propriété que représentent l'extension et l'intension.  En extension, il y aura deux classes de ‘voltamètre’ et en intension, chaque classe aura sa compréhension distincte, la seconde présentant un élargissement de la première.  Retour au corbeau.  L'application de la règle en 60 illustre le paradigme qui doit être parcouru dans l'interprétation de 59.


59 contexte/situation insuffisants
iln'aimait paslescorbeaux
fléchage déictique/anaphoriquefléchage déictique


60 corbeau ∁ ne pas aimer ⊥ [≟ oiseau|porte-malheur|anonymographe|prêtre|personne sans scrupule|porteur de pestiférés] ⊢ ‽


60n La barre | dans le paradigme peut être remplacée par ⋁ (ou bien). Ah, oui, la réponse, c'est {prêtre}.

61 Il faut donc préciser que les querelles logiciennes n'éclairent que l'épistémologie de la discipline en question et ne résolvent en rien les problèmes spécifiquement sémantiques dont de toute évidence certains logiciens n'ont qu'une idée très vague. Si la différence d'extension et l'identité de sens est un objet de curiosité, qu'en sera-t-il de l'inverse ?  Revenons plutôt à l'extension dans ses rapports avec l'énoncé que comprend le sujet humain.  L'application classique de cette forme de définition n'a aucune incidence.

62 Ainsi l'extension de mot adjectif, adverbe, article, conjonction, interjection, nom et substantif, préposition, pronom, verbe n'est pas invoquée, pas plus que l'hypothétique mot mettre, recoudre, bas, acte, second, vouloir, prune, envolée..., en tout cas, en ce qui concerne ‘bon mot’ dans ‘amateur de bons mots’.  —  Les bornes de classe (marquant un sous-ensemble) ont été modifiées par souci d'élégance — elles ont valeur égale dans leurs domaines d'origine, semble-t-il.  Désormais, donc, une classe sera bornée par les anciens signes de l'inclusion et de l'implication, soient ⊂... ⊃, plutôt que par les anciens carrés auxquels il manquait un côté, c'est-à-dire ⊏... ⊐.  Comme la chose n'a pas d'importance majeure dans la théorie, j'ai finalement simplifié et opté pour les crochets [...], l'énumération les distinguant des crochets du module ou de ceux de l'enchâssement de conditions.

63  Bien sûr, un théoricien sourcilleux voudra faire du second cas une phase de la règle, mais la reconnaissance d'une forme de la langue appartient, à ce stade, à la perception, comme le montre le passage aux sons.  Ceci dit, il y a tout de même deux aspects de la référence qui ont une pertinence dans la compréhension d'un énoncé (au sens cognitif, ici).  Ce qui nous amème à sortir un peu du cadre de la sémantique restreinte.

64  On ne sait pas de qui parlait Zola (cf. le corbeau), mais ‘il’ réfère à un être humain masculin, dont il a déjà été question ou qui se trouve dans la situation dont il est question.  Culioli parle de fléchage dans ces cas-là.  L'un est anaphorique ou cataphorique, renvoyant à une portion du texte antérieure ou postérieure, et l'autre déictique.  On les a appelés shifters (traduits par embrayeurs, par Ruwet, je crois), car il sont fonction de la situation.  En tant que tels, ils n'ont pas de définition à proprement parler, donc pas de sens, à l'exception de certains adverbes qui se comportent de la même manière, qui eux retiennent une valeur sémantique minimale, cependant marquée par le lien avec l'extralinguistique et la situation modèle.

64n Chez C.S. Peirce (mathématicien-logicien fondateur de la sémiotique américaine) les déictiques sont des indices, « symboles indiciels » (cf. Ducrot & Todorov 1972)


65  Petit modèle
sensréférence - situationsignification
règle sémantiquerègle d'instanciationrègle d'instanciation
énoncé (suite de syntagmes)⇨référentiel évaluation


Modèle de lecture (1979)


Adaptation de 65.



66  La situation (le récit, quand il s'agit d'un texte journalistique ou littéraire) est très différente de l'extension conçue comme classe d'entités ;  la principale différence tient au fait que les termes ne sont pas généraux dans les textes qui nécessitent une situation pour leur compréhension.  ‘voilier’ et ‘mouette’ sont généraux dans « la mouette est un bon voilier ».  Cette particularité ajoute un élément de complexité au langage.

67  Il n'est pas sûr, cependant, qu'on puisse établir une liste de termes généraux en permanence.  Il s'agit plutôt d'emplois, ou, pourquoi pas, de sens. « Ce voilier » n'est pas général, même si le terme ‘voilier’ désigne {tout bateau à voile}.  Je me suis déjà posé la question à propos des noms abstraits ou concrets comme catégories ;  l'humain aime beaucoup les étiquettes et les tiroirs, quitte à oublier ce qu'elles désignent et ce qu'ils contiennent.  La notion de « collectif » tend à se confondre avec la généralité.  L'insolence de ses propos  —  ses insolences.  L'individuation est opérée par le déictique, comme la généralité, avec le risque de confusion parfois, mais pas dans cet exemple dictionnairique :  le lapin est très prolifique.

68  Si l'on est obligé de parler des éléments déictiques de l'énoncé, même dans une sémantique restreinte, on peut repousser l'application de la règle d'instanciation dans un modèle, sans chercher à en faire la démonstration comme je l'ai tenté ailleurs, sans assurer de solution satisfaisante. Dans le domaine de la référence, on peut supposer que la plupart des individus « visualisent » les éléments du monde auxquels se rapporte le discours.  Si je dis « Ce commerçant est une fripouille », je désigne effectivement une personne qui a une activité commerciale et un état civil.  Il peut avoir été question de lui dans la conversation, ou il peut passer dans la rue à ce moment-là, ou mieux, avoir sa boutique sur le trottoir d'en face.  L'application de la règle prend alors un aspect qu'il devient impossible de transcrire ici  —  N'ayez crainte cependant, le logicien si porté sur la chose, est logé à la même enseigne que nous.  Le cas de ‘fripouille’ est différent.

69  Le dictionnaire (en général [!], mais ici le PL82) voudrait nous faire croire qu'il y a une classe d'individus qui corresponde à la description sémantique suivante :  {personne d'une grande malhonnêteté} ou à celle-ci {crapule}.  Le Nouveau Petit Robert électronique 2001 (NPR) pour sa part considère qu'il s'agit de {personne sans scrupules, qui se livre à l'escroquerie et à toutes sortes de trafics}.  Lexis (1976) partageait l'opinion du PR :  {personne sans scrupule, d'une grande malhonnêteté}.

70  En fait, il voudrait mieux utiliser ≝ plutôt que les accolades qui encadrent normalement une valeur sémantique.  Car on est au stade de la définition. Aucun sujet parlant-interprétant ne donnerait le sens de fripouille correspondant à la description du Robert ou du Lexis. En réalité, ce sur quoi je voudrais attirer l'attention ici, c'est la frontière ténue et flottante qui sépare le prédicat de l'injure. Ou si vous préférez la désignation de la dénonciation, c'est-à-dire l'expression d'un jugement moral.

71 C'est donc l'intrusion de ce que dans le modèle sémiocognitif je considère comme le siège de la signification (ou du sens, comme dans « la vie a-t-elle un sens ? ») et que j'ai détaillé ailleurs en trois types de corrélations, axiologiques (valeurs morales/esthétiques personnelles - le Je), doxologiques (l'opinion - le On) et idéologiques (socio-politiques - le Nous).  Dans le modèle tout semble bien rangé et réglé rationnellement, mais le langage se moque de ces modèles qui pourtant facilitent la réflexion.  [les couples bon/mauvais, bien/mal intersectent les trois phases (2009)]

72  Où veux-je en venir ?  Le modèle tripartite est un instrument d'étude, mais le discours n'est jamais strictement sémantique, référentiel (extensionnel) ou formé de jugements (idéodoxologiques), pas plus qu'il n'est strictement grammatical, comme l'imaginait le Chomsky des années cinquante.  Je souris quand je tombe sur une phrase dans le genre de « il semble que la structure de surface contribue à l'interpétation sémantique de la phrase à l'instar de la structure profonde » L'interprétaton d'une phrase ou d'un énoncé n'est pas une affaire de structure, mais d'individus qui seuls peuvent interpréter à partir de ce qu'ils savent, perçoivent et de leurs préjugés ou préconceptions (y compris les « beliefs systems » de Chomsky du Langage et la Pensée).

72n  —  [2010]  Ces systèmes de croyances sont individuels et disparaissent avec les individus ;  on peut observer des recoupements, c'est pourquoi en plus de l'axiologique, j'ai prévu le doxologique et l'idéologique.  Mais cela ne veut pas dire que j'affirme que chacun de nous est un idéologue, loin de là, mais à un moment ou à un autre, nous « marchons » de gré ou de force, comme nous partageons certaines opinions avec d'autres, quelque individualiste(s) que nous soyons.

73  Le choix du corpus non métalinguistique, en dehors du déclenchement en réaction à l'assurance ignorante d'un ministre futur président, tient justement à son côté aléatoire.  Mon intention n'est pas d'ordonner le vocabulaire et de rationaliser les sens.  S'il est clair à première vue qu'un ‘fripon’ n'est pas une ‘fripouille’, en dehors de leur air de famille, il y a fort à parier que la fripouille soit une crapule, et inversement.

Hiatus

73n  L'interruption de la rédaction de ce texte au printemps 2006 n'a pas été éclaircie (il y a fort à parier que ce soit une question de santé), mais en tout état de cause, il s'agit aussi peut-être d'une subite désaffection pour un pensum (le domaine circonscrit présentait finalement assez peu d'intérêt, et j'aime l'aventure, même si elle n'est que lexicologique.  Je me suis donc donné campo en ce qui concerne les gredins et autres écorcheurs, et carte blanche pour ce qui est du corpus que j'attraperai au vol, sans m'en tenir aux volatiles des logiciens, de tradition platonicienne.  Cette façon de faire me permet de muser dans de vieux volumes regorgeant de trésors.  Mon seul regret :  ne pas avoir sous la main le Grand dictionnaire universel Larousse du XIXe siècle, celui que Pierre Larousse a composé avec l'aide de ses collaborateurs.  je ne l'ai consulté que lors de mes deux ans à Dalhousie et j'en garde un souvenir ému.

74  Avec les dictionnaires que j'ai réunis on pourra quand même remarquer que chacun a son idiolecte, même s'il y a partage d'un fonds.  Naturellement, on ne manquera pas de constater que les sens, comme le voulaient Darmesteter et Bréal, changent.  Aussi, les assurances que je donne pour fripon ne tiennent pas si on quitte l'enfance et que l'on retourne à l'âge classique ou dans la langue littéraire.  La citation de Molière est claire : « parce qu'un fripon vous dupe avec audace... »

75 Application

fripon ∁ ⊥ dupe [audace] ⊢ {escroc}
dupe ∁ fripon ⊥ [audace] ⊢ {abuser de la bonne foi}
audace ∁ [x[dupe]y]avec audace] ⊢ {insolence}

76 Je préciserai plus loin le type de condition qui peut intervenir.  Dans l'application de 75, on a la positionnelle-syntagmatique [aujourd'hui sémiotaxique], variante contextuelle, puis à la ligne 3 le module verbal avec un élément de la grille d'intelligibilité. 76T Ces catégories appartiennent évidemment à la phase référentielle, mais elles ont des opérateurs grammaticaux correspondant. Tous les énoncés n'investissent pas toutes les cases, mais les attentes sont là chez le récepteur ou le lecteur du récit. Les juristes romains semblent avoir codifié ces catégories, issues de la philosophie grecque.

76T  « grille de lecture »
QuiFait/est Quoià Quiavec Quoiavec QuiQuandCommentPourquoiavec Quel effet
agentactionpatientinstrumentaccompagnementlieutempsmanièrebutrésultat


Dite aussi grille d'intelligibilité et qui peut prendre la forme ci-dessous.


77  Il semble donc difficile sinon impossible de se couper complètement de la référence et pour une fois ce ne sera pas la faute des logiciens, même s'ils ont contribué à brouiller les pistes.  Je me souviens avoir planché sur la « description définie » de Russell. Cf.  L'aigrefin qu'elle a épousé.  Ducrot & Todorov (1972) esquissent un inventaire :  article défini+nom ;  art. déf.+nom+adj. ;  art. déf.+n+relative ;  art. déf.+n+complément, et élargissent la catégorie aux constructions possessifs+nominaux, cf. mon fripon de fils ≝ le fripon qui est mon fils.  Les auteurs du Dictionnaire des sciences du langage insistent sur le rapport entre l'expression et une situation, ne fût-ce que sous-entendue.  Mais on peut s'étonner qu'ils ne font/fassent pas mention d'expressions comme ‘cet escroc-là’.  Sans doute sont-elles trop évidentes.

78  Selon moi, il ne faut pas s'emballer.  À cette enseigne, tout nom commun défini par son article serait l'équivalent d'un nom propre et perdrait de ce fait sa capacité de tenir lieu d'une classe.  C'est justement la position de Russell qui va jusqu'à faire de ‘ceci’ ou ‘cela’ comme des noms propres au sens de J.S. Mill :  ils dénotent sans connoter. [Connoter au sens des philosophes anglais, c'est-à-dire avec pour compréhension, c'est-à-dire des sèmes en langue moderne et, dans mon jargon, des éléments de sens.] D & T terminent leur section sur la référence en faisant état des idées de la Grammaire de Port-Royal sur cette question (position qu'ils ne partagent pas).


79 Grammaire de Port-Royal
plan métalinguistiquefixe l'étendueréférent
opérateur de référenceconcept
plan de la langue objettoutbrigand
catégories grammaticalesun, le, ce, quelquesnom commun


80  Cette perspective peut déranger Ducrot qui a enchaîné ses recherches à la fois sur la logique, la philosophie du langage et la pragmatique, mais il me semble plus choquant de faire des noms communs des noms propres que de doter de référence des formes ayant reçu un sens.  C'est en fait ce principe qui fonde le modèle sémiocognitif de la compréhension, nonobstant l'enchevêtrement des données dans la perception.

81  Cette petite diversion ne règle pas le problème de la nature des représentations au niveau de la référence. C'est une question extrêmement difficultueuse qui m'a poussé à ne pas insister dans le développement des applications de la règle dans cette phase du processus de compréhension. Prenons le cas du nom propre, justement. Jusqu'à aujourd'hui, je n'avais aucune idée de la tête qu'avait Quine (à l'anglaise, kouaïne), mais dans un texte parlant de Diderot, je me représentais facilement sa figure avenante. Dans l'exemple cité plus haut du commerçant, on peut imaginer que sa représentation se fera à partir d'une silhouette sur le pas de la porte de sa boutique, s'il n'est pas connu d'un des interlocuteurs.

82  Je peux comprendre une phrase où il est question de Tel-Aviv sans être obligé de me la « figurer ».  Je me souviens à cet égard d'une conversation avec un sémanticien américain (très connu et vénérable) qui avait fait une présentation sur ‘air bus’, pour les avions effectuant des vols de courte durée, à la façon de cars faisant la navette (buses, en angl.), notamment entre New York et Washington.  J'ai attiré son attention sur le fait que l'expression dérivait fort probablement du nom de l'avion qui desservait cette ligne.  Tant que la logique se confinera à traiter d'ensemble d'objets bien délimités et à sa mesure, elle n'aura pas de compte à rendre, mais si elle s'aventure à vouloir plier le langage à sa règle, elle va droit vers le cimetière des fictions métaphysiques.

83  Il est d'ailleurs paradoxal ou ironique de constater l'impossiblité d'adopter une convention raisonnable de représentation de la référence (inimaginable, en effet, de faire défiler objets et personnages), alors que l'on prétend achopper sur la représentation du sens. Quoi qu'en ait pensé Quine (1908-2000), le sens n'est pas si obscur que ça, puisqu'il a continué à écrire et à enseigner dans une langue naturelle (humaine). Dans des circonstances semblables, il est sans doute poli de ne pas poser de question.

84  Un dilemme analogue à celui de la référence nous guette-t-il dans la dernière phase, celle de la signification ?  Quand j'ai abordé ces questions au cours des ouvrages précédents [dans l'Essai, désormais], j'ai fini par adopter le signe inverse de celui de l'inférence pour introduire le « produit » du procès, c'est-à-dire celui de l'assertion.  Il est vrai que si cette phase consiste surtout à juger les produits des phases précédentes (le sens et le référentiel), l'instanciation consiste alors à apparier des jugements aux éléments retenus de la référence et du sens.

85  Une description du processus ne peut en donner que des exemples controuvés (intuitifs), car chacun réagit différemment à ce stade-là, sauf à mener une enquête, sans aucune garantie d'objectivité mieux assurée.  Disons qu'en ce qui nous concerne, c'est l'aspect « connotatif » (éléments associés/surajoutés) qui va manifester la « signification » dans le cadre d'une sémantique restreinte.

85n  —  [2010]  L'assertion a été abandonnée au profit de la prédication (le signe inverse de celui de l'appartenance)  le jugement de valeur est un jugement, donc fondamentalement on prédique une qualité valorisante ou dévalorisante de l'objet sémiotique formé par le référentiel.

86  C'est à une sémiotique des valeurs, des opinions et des croyances que revient la tâche de poursuivre l'exploration, sur le modèle établi pour les autres phases.  Information entrante → application de la règle → produit.  Dans les recherches antérieures, j'avais conclu à trois composantes :  l'axiologique, la doxologique et l'idéologique.  Ceux qui y rechercheraient la religion aurait le choix entre les trois, car elle a tendance à se substituer à tout autre système.

87  Les étapes signalées en 86 supposent aussi un stockage, où sont gardés les produits et une mémoire de travail, mais depuis 2006 les « mémoires » ne sont ici que classificatrices, les formes de la langue comme l'expérience intellectuelle, affective et sensible de l'individu reçoit le nom générique d'encyclopédie, comme il s'agit de son savoir. [ ⇨ajouté en 2010].


87T  modèle
croyances|valeurs|préjugés ⇘mémoire
traitement ⇨produit (jugement) ⇧
info (référentiel) ⇗


88  Je signale cet aspect de la compréhension pour mémoire.  Le schéma est le même pour le sens et la référence.  Le traitement est cognitif et sa localisation n'entre pas dans mes attributions.

88T sens
stock de formes/modèles ⇘ ⇩stock de corrélateurs de sensmémoire
application de la règle ⇨sens ⇧
forme (graphique/phonique) ⇗


89  référence (schéma du procès)
stock encyclopédique ⇘référentiel*
instanciation ⇨référent ⇧
produit sémantique ⇗

*Système de coordonnées spatiales, temporelles & actorielles, imaginaire ou en contact avec le réel perçu.

90  Je rappelle qu'il n'est pas besoin d'être psychologue pour comprendre que toutes ces opérations se font très vite et même souvent parallèlement.  Les distinctions sont apportées pour assurer un minimum de clarté.  L'interpénétration des procès, des modèles et des produits va de soi, ainsi que leur constante révision, à mesure que se poursuit la lecture ou l'audition.  S'ajoute à cela une fonction d'autogommage qui désencombre la mémoire de travail.

90n  —  [2010]  Les hypothèses ont été récemment réévalues dans « De l'inférence sémantique ».


91  Le Paradoxe de Quine

92  S'il y a un certain agacement de ma part en regard de son arrogance, il n'y a guère d'animosité dans mon rapport à ce qu'il a été. La vénération dont on semble entourer le fameux article de 1951 n'est certes pas justifiée hors du cercle des logiciens et philosophes.  Sa discussion de l'analyticité n'est pas plus probante que celle qu'il fait de la synonymie, cherchant laquelle est l'œuf et la poule.  Il atteint le sommet de l'aveuglement quand il caractérise le sens comme « entités obscures » [les logiciens succombent facilement au mysticisme, du fait de leur tendance à métaphysiquer sur la forme. (2009)].

93  Il est clair que si le sens est obscur, sa phrase n'apporte aucune lumière, pour rester sur la même note métaphorique [le mysticisme est nécessairement métaphorique. (2009)] .  Pour ne pas avoir l'air de m'acharner, prenons un cas plus proche.  Très tôt après avoir entrepris des études universitaires tardives (ah), je me suis plongé dans les Éléments de linguistique de Martinet, de l'École fonctionnelle ou fonctionnaliste, et donc pour qui la raison d'être du langage est la communication.  Sa fonction.

94  Comme à cette époque j'étais déjà tenté de prendre le contre-pied, je me suis mis à développer une thèse selon laquelle la dite communication se fonde en réalité sur une relation d'opacité.  Je n'ai jamais prétendu être un linguiste pur et dur (si tant est que cela existe :  Jean-Claude Milner, peut-être, mais il semble avoir changé de casquette), mais je trouvais assez cocasse d'étudier Martinet et Prieto (le fameux acte sémique) et d'entretenir l'idée iconoclaste que la communication était en fait un malentendu.

95  En effet, rien ne passe.  Même pas les sons, en tout cas, pas toujours correctement, depuis que j'en perds des bouts.  Le médecin ce matin me donne ma tension, 10 sur 6. Je lui ai fait répéter « six », mais plus tard, je me suis demandé si j'avais bien compris.  En effet.  Elle ne se trompe pas.  Il m'arrive à certains moments d'être au bord de l'évanouissement.

96  Mais le problème dépasse un nombre mal saisi.  Sauf dans les conversations les plus pratiques et ancrées dans une situation, rien d'autre que la forme linguistique ne passe (sous forme de vibrations de l'air ou d'impressions visuelles).  Autre exemple personnel : je pars du principe que tout le monde connaît la race des schnauzers, dont je prononce le nom à l'allemande (aou).  Erreur.   Les schnôzeurs ne sont pas nécessairement connus. Et encore moins les schnaouzeurs.

97  Bon, me direz-vous, il s'agit d'une lacune de l'encyclopédie personnelle de certains individus (comme je ne me souvenais pas que Kepler était mort dans la misère, fait que la lecture de Frege m'a rappelé).  Mais demandez-vous la prochaine fois que vous boirez une bière, ce qu'est une chambre à bulles.  Plus près de nos préoccupations présentes, en discutant la synonymie, Quine savait-il que la notation symbolique connaissait le même phénomène que la langue ?  L'implication s'est longtemps écrite ⊃, puis ⇒, concurremment, avant que cette dernière triomphe (et pas toujours partout).

98  Bréal, celui à qui l'on doit le mot de sémantique et celui de polysémie, ne voyait pas dans le langage le miroir ou le reflet de la réalité, même s'il assimilait la phrase à un microdrame.  Il s'agissait, pour lui, de transposition au moyen de signes, ceux-ci ne correspondant à rien de réel.  Presque cent ans plus tard, Jean-Claude Milner fait passer la référence par certaines conditions. ‘ordure’, donc, ne désigne rien.  La séquence linguistique peut désigner des segments de la réalité, mais en tant que groupes nominaux pris dans leur ensemble.

99  Je n'ai plus sous la main le texte qu'il consacre à l'injure, mais on suppose qu'il y a là exception, comme c'est le cas de l'interjection.  Dans le dictionnaire PL 1918, ‘ordure’ dans la nomenclature, en tête de l'entrée, n'a pas de référence et l'acception se lit :  ≝ impureté du corps.  Les relais varient avec les constructions théoriques.  Chomsky, dans les années soixante-dix, cédant à certaines pressions, admet l'existence d'un système de croyances et d'attentes quant à la nature et au « comportement » des objets (sens commun[2]), s'intercalant entre la langue et la réalité.

—  [2010]  Au sens d'immondices, toutefois, la référence se dessine. Rien à voir avec la référence comme valeur de vérité de Frege.

100  Cela n'empêche pas le locuteur ordinaire de continuer à percevoir les mots comme le nom des choses, pendant que certains sémanticiens et pragmaticiens voudraient lui imposer l'énoncé comme remplaçant, à qui Robinson (1974) oppose la difficulté de rendre compte du savoir-faire par un savoir-dire de ce faire.

101  Quel que soit le modèle adopté, les procès cognitifs demeurent.  Le sujet parlant reconnaît la différence entre « mettre aux ordures » et le Père Noël est une ordure.  Il sait aussi (admettons) qu'il s'agit, dans ce dernier cas, du titre d'un film, avec Coluche en prime.  On a donc fait le tour des trois phases, sens-référence-signification.

102  Naturellement, un dictionnaire de langue combine description du sens, description de l'objet, savoir encyclopédique, même s'il est moins bavard que l'encyclopédie ou l'intermédiaire le dictionnaire encyclopédique, mais il le fait souvent sans baliser le passage de l'un à l'autre et entretient l'idée d'un sens self-service, conditionné en pack.  Ceci ne veut pas dire qu'une encyclopédie soit mieux indiquée pour cerner le sens, loin de là.  Dans les essais de définition que donne Universalis, on finit toujours par se demander si nos idées sont plus claires après en avoir pris connaissance.

103  Pour l'usage que j'en fais, l'encyclopédie électronique (ici Hachette Multimédia et Encyclopédie Universelle Larousse) permet de relever à moindres frais un ensemble d'emplois et de contextes des principaux termes retenus aux fins d'analyse ou d'illustration.  Ceux-ci viennent compléter ceux que fournissent les dictionnaires.  On voit que je m'entoure de multiples précautions, bien que je ne croie pas à la possibilité d'inventaires d'emplois, assortis des situations et des types de locuteurs que souhaitent la pragmatique ou la philosophie du langage.  Austin a certainement contribué à l'analyse des verbes quand il a observé l'existence de « performatifs », mais en dehors d'une série aux contours plus ou moins précis, la notion n'est pas généralisable.  —  [2010]  Frege s'était essayé aussi avec les verbes épistémiques, gnostiques, et les propositions subordonnées, sans me convaincre.

104  Même si le droit anglo-saxon prévoit la citizen's arrest, en tant que locuteur, je ne produis pas un performatif en disant « j'ai arnaqué l'arnaqueur ».  D'ailleurs le performatif tient plus à la situation sociale du sujet de l'énoncé qu'au sens ou à la référence du verbe.  C'est l'occurrence de l'officiant qui fait qu'on baptise dénotativement ou par indirection (y compris au sens d'asperger ou d'éclabousser).  Il faut noter en plus que dans le cas les dictionnaires qui font état de ‘arnaquer’ ≍ {arrêter|prendre|faire prisonnier|appréhender}, la construction signalée est ‘se faire+V’, jusque dans le Grand dictionnaire encyclopédique Larousse (GDEL).

105  Il est possible qu'il y ait dans cette construction privilégiée une trace de la conception qu'a celui qui est arrêté ou susceptible de l'être, mais l'intérêt d'une réponse à cette question est limité pour le sens.  Le dictionnaire (ici le NPR) n'explicite pas cette construction plutôt passive que factitive, dont le modèle serait ‘se faire aimer’.  Je n'ai pas relevé de ‘faire arnaquer’.

106  Revenons un instant au paradoxe de l'ambition logicienne :  vouloir expliquer le langage et ses rapports à la réalité (en passant par le sens ou en l'escamotant).  Les obstacles à cette entreprise ont même été signalés par certains logiciens (Grize, Quine, malgré son ambivalence).  J'ai évoqué ces obstacles en divers endroits.  Retenons-en deux.  Le métalangage et la vérité.

107  Si j'utilise une formalisation (même réduite) pour ma règle, à des fins de rigueur et d'économie, comme dans cet exemple ‘filou’ ∁ vrai ⊥ [homme d'affaire] ⊢ {malhonnête}, pour que la règle ait vraiment un sens, je dois la transcrire dans une langue plus simple.  Plusieurs versions sont possibles, notamment une qui est très proche du déroulement de l'application :  de filou dans le contexte de vrai et de commerçant, on infère le sens de {malhonnête}.  On peut aussi s'éloigner davantage de la terminologie et dire plus simplement que quand « vrai » qualifie « filou » et qu'il s'agit d'un homme d'affaires, le sens de filou est « malhonnête ».

108  La phrase-exemple est tirée du PR :  Π Cet homme d'affaires est un vrai filou. Le signe Π désigne donc ici une phrase-exemple, tirée du corpus, sauf indication contraire.  Naturellement, on ne manquera pas de noter qu'après le commerçant, c'est l'homme d'affaire qui trinque et donc qu'il y a parallèlement aux connaissances du monde une certaine doxa qui veut que le commerce ou les affaires soient propices à l'éclosion de certaines vocations, comme la presse et la politique.

109  Dans le même ordre d'idées, avec ou sans allitération, le NPR note l'attraction de copain et de coquin, en politique, dans un sens incompréhensible ou peu compréhensible (marqué par Vx qui s'oppose à Vieilli, compréhensible, mais peu employé). Au niveau du sens, il s'agit de connotation, et dans ma terminologie de sens associé, et dans la phase de signification d'une opinion aussi répandue que celle qui fait du voyou et du bandit un personnage très courtisé des romanciers et des cinéastes (mais aussi du public rock, à en juger par mes recherches dans EUL) ; on peut même dire que la figure du bon larron remonte à l'évangile et colonise aussi bien l'axiologie que la doxologie.

110  De retour à l'obstacle logique numéro deux :  la vérité.  Je me souviens notamment de l'objection de Greimas à la théorie de Grice.  Tout se passe comme si nous n'utilisions pas le langage pour mentir.  Quine, dans son combat donquichottesque, ne manque pas de s'en prendre à la théorie de la vérification du sens qui justement établit qu'un sens est fonction de sa vérité.  « C'est une crapule » est vrai si et seulement si c'est une crapule.  En dehors de son caractère tautologique, on remarquera que le terme peut être employé comme injure.

111  En fait, ce procédé, appliqué à mon exposé, donnerait quelque chose comme :  (crapule ∁ c'est une ⊥ ⊢ {individu très malhonnête}) est vrai ssi une crapule est un individu malhonnête.  Ce qui me convient à merveille, mais n'avance guère la démonstration.  Par ailleurs, la véracité du propos dans une situation réelle ne peut être vérifiée que par un accord des interlocuteurs sur les qualités de la personne en question.

112  En ce qui nous concerne ici, le meilleur moyen de vérifier une attribution de sens consiste à comparer la « définition » d'un dictionnaire à celle d'un autre. Pour une raison inconnue, le PL82 ajoute :  ≝ capable de n'importe quelle bassesse. La version électronique de 2001 est plus cohérente :  crapule 1 ≝ Individu sans moralité, capable des pires bassesses. ‘Bassesse’ se retrouve aussi dans le sens de ‘crapuleux’, mais pas dans le Robert. On peut comparer les paraphrases de ‘crime crapuleux’.


113 crime crapuleux
crime dont le mobile est le vol PL82
crime commis par intérêt, cupidité, pour voler L01
ayant l'intérêt, l'argent pour mobile NPR
commis pour de bas motifs (par ex. pour voler) Bordas 76
méfaits accomplis pour des motifs sordides Lexis 79


114  La dernière ligne est au pluriel parce ‘crime crapuleux’ est accompagné de ‘action crapuleuse’, paradigme permettant d'accommoder une partie de celui de méfaits.  Mon vieux Quillet-Flammarion, quant à lui, ne signale comme syntagme que « habitudes crapuleuses », mais à titre d'exemple.  À titre de curiosité, on peut rappeler que l'origine est latine et désigne l'ivresse, sens qui s'est perpétué jusqu'au sens classique, avec l'association à la débauche.

115  ‘sordide’ se présente dans le PR comme synonyme de ‘crapuleux’, dans le syntagme formé avec ‘crime’ et il semble bien qu'ils soient interchangeables, n'en déplaise à Quine.  Comme la synonymie est une relation sémantique, elle entre dans l'appareil de la règle sous la forme de condition, mais peut aussi très bien être considérée comme une sous-règle.

115r  Soit ▴ sordide ∁ crime ⊥ [↺] ⊢ ≡{crapuleux}, qu'on lira dans le contexte après crime, sordide, s'il est substituable a pour synonyme par inférence crapuleux .

116  Variante d'écriture :  sordide ↺ crapuleux ∁ crime ⊥ ⊢ sordide ≡ crapuleux

117  Ce qui se lit :  si sordide se substitue à crapuleux dans le contexte après crime alors sordide est synonyme de crapuleux ou (variante de lecture) de la substitution de sordide à crapuleux dans le contexte après crime, on infère la synonymie de sordide et de crapuleux.

118  La synonymie est une des cases du sémiogramme inférentiel ou relationnel adapté de celui de Pottier, avec les autres relations fondamentales qui correspondent toutes à une opération et par conséquent à une règle.  La version dite simplifiée comporte dix relations.  Parmi celles-ci, au moins cinq correspondent à ce que Quine dénonce comme superfétatoire, c'est-à-dire l'analyticité, l'appartenance, l'inclusion, l'implication, l'association et l'interdéfinition.


119 sémiogramme ℛ
appartenance ∈ contiguïté ∥
inclusion ⊃/ ⊂ ↱ ↳association ↗ ↘
implication ⇒interdéfinition ⋈ (cf. ∩)analogie
opposition ≢différence ≠équivalence ≋


120  De ce tableau sont absentes des notions classiques comme l'extension et l'intension-compréhension, mais aussi la prédication, l'intersection et la sémantisation ;  cette dernière parce qu'il s'agit en réalité de l'inférence, la prédication parce qu'elle est la relation du syntagme à la phrase et l'intersection parce qu'elle y apparaît déjà sous la forme de l'interdéfinition.

121  Appartenance :  {malhonnête} ∈ aigrefin ;  inclusion :  escroc ⊃ arnaqueur ;  aigrefin ⇒ {moyen de vivre} ;  aigrefin ∥ faisan ;  scélérat ↘crime ;  scélérat ⋈ ⋁ ∩ malfaiteur ;  forban ⋈ pirate ;  corsaire ⊨ flibustier ;  escroc ≋ filou ;  copain ≠ coquin ;  canailles ≢ honnêtes gens.

122  Les exemples de relations du §121 sont disparates par commodité et ne correspondent pas à l'intention première du sémiogramme qui avait pour objet de recenser les relations potentielles d'un terme unique.  On note également que les relations n'ont pas le même statut.  L'opposition, la différence, l'équivalence, l'analogie, la contiguïté et l'interdéfinition sont des relations de signe à signe (intersigniques/intersémiotiques), tandis que l'association, l'appartenance, l'implication sont des relations mettant en jeu les éléments sémantiques du signe (ℛ intrasigniques).  L'inclusion est ambivalente, mais on peut décider ici qu'elle rend compte du rapport genre-espèce, espèce-genre, qu'elle se dédouble donc et mette à profit les notations iconiques.


123 Sémiogramme ℛ modifié
↱ est_le_genre_de (⊃)terme∥ contiguïté
↳ est_l'espèce_de (⊂)⋈ interdéfinition (cf. ∩)↗ association ↘
⇒ implication≢ opposition⊨ analogie
∈ appartenance≠ différence≋ équivalence


124 Sémiogramme avec escroc comme exemple
escroc ↱ (⊃) arnaqueurescrocescroc ∥ canaille
escroc ↳ (⊂) voleurescroc ⋈ (cf. ∩) friponescroc ↘tricher
escroc ⇒ tromperescarpe ≢ escrocaventurier ⊨ escroc
duper ∈ escrocaigrefin ≠ escrocescroc ≋ ⋁ ≡ filou



125 L'interdéfinition d'escroc et de fripon n'est pas absolument satisfaisante, comme le montre le tableau 126. Il s'agit plutôt ici d'intersection. En t127, on est plus près de l'interdéfinition, puisqu'une des unités lexicales apparaît partiellement au niveau métalinguistique de l'autre terme. L'interdéfinition est empruntée à la logique qui semblait en faire le synonyme de définition circulaire. L'interdéfinition totale (rare) est signalée dans le tableau 128.

 — REM (2007) L'interdéfinition faible est plus fréquente et la recherche intégrale sur ‘raillerie’ dans l'EUL permet de relever les définitions des termes suivants :  brocard, dérision, flèche, goguenard, gouaille, gouaillerie, malicieux, moquerie, moqueur, mordacité, ouais, persifleur, piteux, railleur, riposte, sarcasme. La recherche sur « raison » est impraticable car l'encyclopédiste utilise « en raison de » comme cheville dans son métalangage. Mais sur ‘raisonner’ (par comparaison, raisonneur n'en a pas), on obtient les résultats suivants :  analogie, a posteriori, décervelage, famille, faux, gageure, logique, logiquement, pensant, penser, perte, pompe, psychose, raisonner, ratiociner, vide et subtiliser (« à force de subtiliser on perd de vue l'essentiel »). Il faut noter que cette fonction de recherche vous fournit également de simples cooccurrences, comme elle parcourt les exemples et les développements encyclopédiques au même titre que les définitions.


126
escrocfripon
Celui qui vole en usant de manœuvres frauduleuses, de fourberieVx Personne malhonnête, voleur adroit.


127
escrocfripouille
individu qui agit frauduleusement, qui trompe la confiance des gensPersonne sans scrupules, qui se livre à l'escroquerie et à toutes sortes de trafics


128 schéma d'interdéfinition
mot1mot2
≝ …mot2≝ …mot1


129 Les reprises (intersections) dépendent des sources et peuvent se faire à un niveau d'analyse plus poussé (nécessaire dans le cas de 127.  Le Larousse électronique de 1996 donne autre définition de ‘fripouille’ : « Personne d'une grande malhonnêteté, crapule », qui devrait assurer une reprise, mais en toute rigueur on n'interprète ≝ crapule que comme synonyme et non comme élément de sens comme « grande ». C'est en cela que l'interdéfinition se distingue de la circularité.  Celle-ci consisterait à définir ‘fripouille’ par ≝ crapule et ‘crapule’ par ≝ fripouille.