Sémantique restreinte  (457-550)




457.0  Dans la situation idéale que décrivait le « linguiste » du groupe de discussion (cf. §454), personne ne fait de contresens, de faux sens ni de non-sens.  Et si j'emploie ces mots, je « maîtrise » leur sens :  ce qui n'est pas le cas, mais je sais que c'est le Bordas qui les distingue le mieux, sinon, à en croire le NPR, deux d'entre eux au moins, sont commutables (au sens strict de Hjelmslev).


458  dérivés/composés de sens (Bordas du français vivant)
termeacceptionπ phrase-exemple
faux senserreur faite sur la signification d'un mot dans la phrase à laquelle il appartientconfondre tangage et roulis
contresenserreur faite sur le sens d'une proposition ou d'une phraseun contresens peut avoir pour origine un ou plusieurs faux sens
non-sensb. interprétation complètement dépourvue de signification, n'ayant aucun sensfaire un non-sens dans une traduction
non-sensa. façon absurde d'agirépousseter avant de balayer


459  Si l'on exclut l'acception que donne NPR pour l'emploi adjectival, à propos de l'ADN, ce dictionnaire distingue quatre sens pour ‘non-sens’.  Il recense aussi cinq emplois pour ‘contresens’, dont un défini par synonymie et par sa phrase-exemple.  ‘Faux sens’ figure à l'entrée ‘sens’ (ce que Bordas faisait pour les trois formes.  Je regroupe les sens pertinents sous forme de tableau :


460  NPR :  faux sens, contresens, non-sens
termeacceptionπ phrase-exemple
faux sensinterpréter d'une manière erronée le sens d'un mot dans un texteFaire un faux sens
contresensInterprétation contraire à la signification véritableFaire un contresens et des faux sens dans une traduction, une version
non-sens 3Ce qui est dépourvu de sens (phrase, proposition, raisonnement)Élève qui fait des non-sens dans une version latine
non-sens 2Absence de sens« Sens et non-sens », essai de Merleau-Ponty.
non-sens 1Défi au bon sens, à la raison.* « Exalter la violence et la haine pour instaurer le règne de la justice et de la fraternité, c'est un non-sens » (Martin du Gard).

* Le non-sens : l'absurde (sens 4)


461  On voit qu'un lecteur pourrait ne pas comprendre la distinction que la phrase-exemple de ‘contresens’ (§460) a pour rôle d'illustrer.  En outre le NPR semble motiver le préfixe contre- alors que ce n'est pas le cas pour le Bordas, qui précise bien la portée de l'erreur d'interprétation.

462  J'ai retrouvé le groupe de discussion, mais il était trop tard pour y ajouter un commentaire, c'est aussi bien puisqu'il aurait été à côté de la plaque.  Je continuerai la comparaison des deux éditions de Guiraud, cf §454.  Mais il faut aussi expliquer que cette « mise à jour » de son texte ne change rien à ma façon de concevoir le sens.  Je reviendrai là-dessus également.  J'ai aussi trouvé (sur le web) ce questionnaire dont parlaient les participants du groupe.  Et je m'y suis plié, avec des résultats qui demandent des précisions sur le modèle que j'ai écarté de mon champ de recherche.

463  Guiraud avait l'excuse de présenter une introduction à une discipline, sous une forme que certains pourraient considérer comme vulgarisatrice ; je n'ai pas de raison de me convertir à la pragmatique, dont la quête graalienne est vaine (imaginez [essayez] un dictionnaire de phrases [et Benveniste partageait mon humble avis, c'est-à-dire que je suis du sien en l'occurrence]), et encore moins à la logique qui n'a jamais su où était le sens et encore moins de quoi il pouvait avoir l'air.  Si c'est un objet sémiotique, ce n'est certainement pas un truc qu'on trimballe.

464  Il semble que Ducrot exclue le sens comme moyen d'expliquer la signification (chez lui, c'est à l'envers, car il attribue aux mots une signication, comme le faisait* et le fait encore la langue courante).  Selon lui donc, la signification (≍ sens), pour servir à l'explication du sens (≍ signification), doit être d'une tout autre nature que lui.  Il précise dans la mesure où une allégorie est une précision :  « pour expliquer la construction du sens (≍ signification) à partir du contexte (probalement au sens de [≍] situation), la signification (≍ sens) devrait contenir de nombreux éléments qui ne peuvent pas apparaître dans le sens (≍ signification) une fois constitué :  le mode d'emploi du meccano n'est pas partie intégrante de l'objet construit avec le meccano, l'échafaudage n'est pas, en principe, partie intégrante de l'immeuble ».

464.1  [2010]  *L'imparfait nous situe au XIXe siècle.

465  Intéressant.  Ainsi le mot serait le mode d'emploi de la phrase.  Et une fois construit le sens de celle-ci (car on suppose qu'il en fait le vecteur du sens dans le sens où il l'emploie), on peut s'en passer.  Ce qui permet au producteur de discours de dire :  mais ce n'est pas ce que j'ai dit.   —  [2010]  On remarque que pour quelqu'un qui prétendait être à la fine pointe de l'avancée linguistique il tient les même propos que F. François (langage ≠ superstructure).  À trois ou quatre ans d'intervalle je m'aperçois en outre qu'une allégorie aurait dû suffire, car la seconde fout tout par terre (parfois l'édifice s'écroule).  Le rapport mode-d'emploi-meccano n'est pas le même qu'entre échafaudage et immeuble.  L'échafaudage n'est pas le mode d'emploi des matériaux qui entrent dans la construction de l'immeuble.  Ni le mode d'emploi de l'immeuble.

466  Un colloque qui se déroulait le 2-3 juin (2006) semblait lui être consacré, avec son titre révélateur :  « Entre sens et signification ».  Je ne suis pourtant pas un tenant de la thèse du mot, mais jusqu'à preuve (et je veux vraiment dire preuve) du contraire, ce sont des mots qui entrent dans la composition des phrases et non l'inverse.  Et je ne vois pas le rapport avec l'échafaudage, et je ne suis plus myope.

466.1  Je relisais § 464 et je ne suis pas sûr d'avoir bien compris, et même je crois être pris de vertige.  C'est un peu comme essayer de suivre les gestes et les objets d'un jongleur.  La confusion vient du fait je je mêle ma terminologie à la sienne.  Dans § 465, si je voulais faire la même métaphore filée ou allégorie (je ne suis pas sûr de l'interchangeabilité du mode d'emploi et de l'échafaudage — il oublie Beaubourg (Pompidou) à propos d'échafaudage, je dirais que la phrase est le mode d'emploi du mot.  C'est comme cela qu'elle se présente dans le dictionnaire (tiens, je me demande si les phrases sont aussi périmées dans le LXX*).

467  *Qu'aurait dit notre vénérable et vénéré von Wartburg à propos du Dictionnaire général de Hatzfeldt et Darmesteter ?  [Sa bannière était « je suis périmé ».

468  Mais cela ne m'astreint pas à en faire la pierre angulaire d'une théorie sémantique ou le siège du phénomène du sens ou de la signification (ici la valeur de chacun importe peu).  Entre vous et moi et le lampadaire, comme disent les Anglo-Saxons, vous remarquerez que Monsieur Ducrot emploie des mots aussi et il faut croire qu'il s'imagine qu'il y a une différence entre sens et signification, sinon il n'insisterait pas pour se démarquer.

469  En fait, je serais enclin, comme on doit s'en douter, à faire une réflexion du genre de celle de Ryle, à propos de l'esprit ou de l'esprit d'équipe, qu'on ne trouvera pas sur le terrain de foot, sauf qu'il a tort en ce qui concerne la métaphore comme personnification.  Ainsi on ne trouvera pas le sens dans un mot, pas plus d'ailleurs que dans une phrase ou dans la situation.  Et surtout pas dans un texte (ni d'ailleurs dans la tête de Monsieur Ducrot).  Même si en rejetant la feuille où il est écrit je peux m'écrier :  « qu'est-ce que ça veut dire ? »  Naturellement, il n'est pas interdit de parler de (ni même de gloser sur) la signification d'Eugénie Grandet dans le roman français du XIXe siècle, mais son sens demande certainement un mode d'emploi.

470  Le sens de sens rendrait la phrase suspecte.  D'ailleurs, pour les linguistes enclins à contester la place du mot comme unité lexicale (dans la présentation du colloque dont j'ai parlé en §466), il serait bon de rappeler que si une phrase peut être ambiguë, celle-ci se limite généralement à deux « sens », tandis qu'un mot peut avoir, en moyenne, jusqu'à cinq sens (ce n'est pas un jeu de mot, mais une approximation assez grossière).

471  On m'objectera, comme le faisait de façon ambiguë Guiraud en corrigeant son petit livre, qu'il n'y a pas de sens, mais des emplois (en fait, on devrait dans ce cas-là employer le mot anglais « use », pour éviter l'assimilation au sens d'emploi du lexicographe (relevé dans un corpus).  Mais il y a une sorte de réalignement du mot « emploi » dans le NPR, sans doute à cause de la thèse soutenue par Rey-Debove.  Le Dictionnaire de linguistique signale d'ailleurs l'influence de l'école anglaise de Fries, mais l'anglais, comme langue, n'a jamais eu de sens linguistique pour le mot ‘emploi’.  ‘use’ n'a ni de sens ni d'emploi correspondant (apparemment).

471.1  Il y a donc un loup déguisé en mouton dans le troupeau.  Ce en serait pas la première fois que l'anglais ne soit pas compris par le Français, faute de repères.

472  Le Robert cite Littré :  « Les mots ne sont immuables ni dans leur sens, ni dans leur emploi ».  Mais il ne donne lui-même que « l'emploi du mot propre » comme emploi.  Et Robert nous ferait croire que le sens n'a pas évolué depuis 1876 ?  Le Quillet de 1948 donne déjà « l'emploi d'un mot, d'une expression, la manière dont on doit en faire usage », ce en quoi il n'est pas suivi par le Petit Larousse de 1943 (qui reprend grosso modo le texte du Larousse de 1918).  Le Gdel n'est d'aucune utilité : « fait de se servir d'une forme de la langue ».

473  Pour Dubois et al. quand il s'oppose à sens, emploi désigne la « signification » d'un mot selon le contexte où il se trouve (le sens contextuel de Guiraud).  On admettra que si Fries avait raison, la langue serait réinventée à chaque phrase.  La définition du Dictionnaire de linguistique, pour utile qu'elle paraisse, demeure inopérante en l'occurrence, puisqu'elle se présente comme solidaire (l'opposition est une relation) d'un mot abstrait doté de sens (ou de signication si vous suivez Ducrot, mais attention, il vous retirera le mode d'emploi après la construction de son nid).

474  On notera que pour plaire à tout le monde le Dubois et al. parle de contexte (emploi absolu) ou contexte verbal, et de contexte social ou contexte situationnel ou contexte de situation.  La querelle des mots ne date donc pas de ce balancement entre signification et sens.  Personnellement, je vois une issue au dilemme :  il suffit de parler d'acception.  Comme dit Littré :  « Manière de prendre un mot, sens qu'on lui donne.  Ce mot a plusieurs acceptions.  Acception propre, acception figurée.  On prend ce mot dans une double acception ».

475  À ‘sens’, il est cependant moins lumineux :  « Manière, façon, par extension d'acception, de signification », présenté comme « Signification, manière de comprendre ».  À ‘signification’ (celle des mots ne le dérange pas, pas plus que la signification d'un tableau), il cite d'Alembert :  « La signification des mots s'établit par de bonnes définitions ;  leur usage, par une excellente syntaxe ;  leur nature enfin, par l'objet du dictionnaire lui-même. Œuvr. t. III, p. 183 ».

475.12006  Corpus complémentaire :  
duper ≡ blouser ∵ duper ⊢ {tromper ⋁ abuser} & blouser ⊢ {tromper ⋁ abuser}
empiler ≡ flouer ∵ empiler ⊢ {duper ⋁ voler} & flouer ⊢ {duper ⋁ voler}
pigeonner ≡ posséder ∵ pigeonner ≍ duper ⋁ tromper & posséder ≍ duper ⋁ tromper
(id. pour rouler, id. pour couillonner, entuber NPR)
approprier s' ⇨ faire sien (NPR de manière illicite)
arnaquer qqn de ⇨ duper, escroquer |NPR escroquer, voler
attraper ⇨ tromper par ruse, artifice NPR
berner ⇨ tromper en ridiculisant
blouser ⇨ tromper, abuser
carotter ⇨ soutirer qqch à qqn par ruse | NPR extorquer qqch à qqn par ruse
délester ⇨ Fam. Délester quelqu'un de son portefeuille, de son argent, etc., dérober, le dévaliser | NPR Fig. et iron. Voler
dérober - S'approprier [NPR s'emparer] furtivement le [du] bien d'autrui. Dérober de l'argent, un secret. Sens 1.
duper ⇨ tromper, abuser
emparer s'_ de ⇨ prendre
empaumer ⇨ (se faire) duper
empiler se faire_de ⇨ duper, voler cf. refaire NPR
escroquer ⇨ s'emparer de qqch de manière malhonnête, frauduleuse …des millions
être victime de ⇨ L01=0 souffre ou pâtit des agissements d'autrui NPR
extorquer ⇨ Obtenir quelque chose par force, violence, menace, ruse ou contrainte
filouter ⇨ voler avec adresse ; escroquer
flibuster ⇨ L01=0 NPR=0 filouter, voler Lexis
flouer ⇨ voler, duper
Jouer ⇨ litt tromper, duper
mettre la main sur ⇨ prendre, s'emparer de NPR
faire main basse sur ⇨ prendre, emporter, voler NPR
pigeonner ⇨ fam tromper, duper
posséder ⇨ fam duper, tromper
refaire ⇨ duper, rouler, voler NPR
rouler ⇨ fam duper, tromper
souffler ⇨ qqch à qqn, le lui enlever NPR
soustraire ⇨ Prendre quelque chose, l'enlever de quelque chose, généralement par des moyens irréguliers ; dérober.
saisir (se_de) ⇨ mettre en sa possession NPR
soutirer ⇨ obtenir par ruse ou par adresse
trafic
imposture
duper SYN NPR ⇨ abuser, attraper, berner, flouer, jouer, leurrer, mystifier, tromper; fam. 1. avoir, 1. baiser, couillonner, embobiner, empaumer, empiler, entuber, feinter, pigeonner, posséder, refaire, rouler.


476  Le sens de sémantique

477  J'avais décidé contre la citation du passage du Grand Larousse du XXe siècle (1928-1933) à propos de l'évidence, mais quoique je ne commette pas cet anglicisme, il reste néanmoins pertinent pour un sémanticien, même si la vérité n'est pas un critère du sens.  Je cite donc :  « L'évidence a été considérée par Descartes comme le critérium de la vérité :  elle n'appartenait, d'après lui, qu'aux notions claires et distinctes auxquelles on parvient par l'analyse des idées complexes, à ce que les Règles pour la direction de l'esprit appellent des « natures simples ».  Pour Renouvier, l'évidence ne peut, en aucune façon, être le critère de la vérité. »

477.1  « Nous croyons une proposition évidente quand nous ne pouvons concevoir la contradiction, et quand les idées que nous exprimons par elle sont tellement d'accord avec nos tendances, nos préjugés, nos connaissances antérieures et nos hypothèses, que, sans aucun effort, nous leur attribuons une pleine valeur objective.  Juger une proposition évidente et avoir la certitude de sa vérité n'est pas cependant la même chose :  on peut se juger certain de la vérité d'un jugement (tout en faisant erreur parfois sur sa valeur objective) après une longue série de déductions bien faites, mais qui ont convaincu sans rendre la vérité évidente.  L'évidence suppose donc une clarté exceptionnelle en chacun des éléments et des rapports qui entrent dans la synthèse mentale dont on proclame évidente la valeur objective. »  P. 353, Vol. 3.

478  Les précautions de Renouvier sont également valables en ce qui concerne le sens.  L'évidence d'une valeur sémantique serait au contraire un signal déclencheur invitant à une plus grande prudence.  Quant à la vérité, elle n'a rien à voir dans le sens.  Un énoncé considéré comme faux n'est pas asémantique, et qui plus est, doit être compris pour être déclaré faux, c'est-à-dire qu'il doit avoir reçu un sens quelconque.  Le passage cité est intéressant par un autre aspect :  on ne peut que se féliciter du parallélisme qui apparaît à propos de l'attribution d'une valeur objective.  On peut en tirer un schéma intéressant.


479  évidence/vérité
[matériau]analysedéduction ⇨ synthèsevaleur
propositiontendanceshypothèsesévidence
= jugementpréjugésconnaissancesvérité


480  Le rang supérieur désigne les opérations et leur résultat à partir du matériau qu'est la proposition. Les rangs médian et inférieur s'équivalent, mais conduisent à des résultats différents. Pour être juste je devrais mettre sur le même pied le contenu des quatre cases médianes et inférieures.


481  évidence/vérité
[matériau]analysedéduction ⇨ synthèsevaleur
propositiontendances | préjugés | connaissances | hypothèsesévidence
= jugementvérité


482  Un jour, un historien de la sémantique au sein de la linguistique expliquera peut-être pourquoi et par qui le glissement vers l'expressivité s'est fait.  Est-ce parce que déjà la philologie avait un mal considérable à se distinguer de la littérature ?  On a vu l'aventure sémiotique.  Je peux dire sans lyrisme et sans hyperbole qu'elle a fait l'objet d'un détournement.  Peu de linguistes, en effet, étaient prêts à admettre que la linguistique puisse s'inscrire dans une discipline comme celle dont rêvait Saussure.  Le problème ne se posait pourtant pas pour Peirce, comme son cadre d'activité était la logique et les mathématiques.

482.0  Tout cela pour en venir au fait que Bally, jusqu'à preuve du contraire, a largement contribué, en créant sa stylistique, au discrédit de la sémantique.  Les spécialistes eux-mêmes ont participé, par leur langage, à la présenter comme quelque chose d'indéfinissable.  Toujours en feuilletant un ouvrage de ma petite bibliothèque personnelle, je suis tombé sur les principes de méthodologie lexicographique à l'issue du colloque qui portait sur le projet de ce qui deviendra le TLF (1957) :  il y est question du « pouvoir d'évocation et de suggestion » de la définition.  Quant aux exemples pertinents ils seront choisis « principalement en fonction de leur aptitude à évoquer l'atmosphère du mot ».  On se demande alors à quoi rime la précaution d'exclure les exemples forgés par le lexicographe.  L'italique est de moi.  Vous avez dit atmosphère ?

482.1  Au même colloque, un professeur de littérature, après avoir nié l'existence d'un vocabulaire technique de la philosophie (sans doute ne connaissait-il pas le Lalande), parle d'une inflexion sémantique des termes de la langue commune (je souligne).  Je lui tire mon chapeau (malgré mon hypothermie).  Il continue sur sa lancée :  « ...une sémantique philosophique qui a presque ses lois propres et qui serait curieuse à étudier, un trésor d'étymologies jamais vérifiées, fluctuantes, souvent fantaisistes, parfois subtiles et éclairantes, en tout cas la plupart du temps intéressantes, mais il n'y a pas de vocabulaire technique. »  Le deuxième soulignement est de lui ou du rapporteur.

483  On voit en § 482.1 que ce colloque ne regroupait pas uniquement des gens bien informés ou modestes.  Doit-on finalement blâmer les philologues eux-mêmes :  à l'ouverture du colloque, C. Brunel cite Ernst-Robert Curtius  —  « Les vérités de fait ne peuvent être assurées que par la philologie.  Elle est aux sciences de l'esprit ce que les mathématiques sont aux sciences physiques et naturelles. »  Belle analogie proportionnelle, mais loin d'être évidente ou prouvée.  Dans un cas comme dans l'autre, on comprend mieux les exigences de Benveniste, même s'il est justement un de ces philologues, fort de cette Tour de Babel imprenable.

483.1  Le développement de la sémantique comme discipline n'a pas seulement été freiné par la mode qui s'est installé au tournant du siècle (l'autre), mais aussi par le fait que l'étymologie, pratiquée par les philologues eux-mêmes, passait pour LA discipline consacrée au sens et aux changements de sens.

484  ‘Sémantiste’ me saute aux yeux à la page où se trouve ‘sémantique’ dans le LXX. Il est défini sans note d'usage :  savant qui s'adonne à la SÉMANTIQUE.  Celle est définie juste au-dessus.  « Étude du sens de mots et de leurs variations, science de la « vie des mots » :  la sémantique est aussi importante que la phonétique. »  L'article comporte deux développements, l'un militaire, selon lequel on aurait fait mouvoir les troupes par des signaux, et l'autre qui nous intéresse directement, ci-dessous.

485  « Le mot sémantique a été proposé par Michel Bréal [1883].  Telle que la définit Bréal, la sémantique embrasse tous les phénomènes du langage, en tant qu'ils sont des manifestations de l'intelligence humaine.  Elle se confond avec la psychologie du langage (sic).  Pour F. de Saussure, au contraire, et pour ses élèves, la sémantique étudie les changements de sens subis par les mots ; on peut prévoir la constitution d'une sémantique générale, qui ramènera ces changements à un petit nombre de principes, universellement valables.  V. Sémasiologie, Sémiologie. » Grand Larousse du XXe siècle (1928-1933).

485.1  Le sic est de moi et s'explique par le fait que le lexicographe ici confond Bréal et Saussure.  Le modèle de Bréal est strictement celui de l'histoire et du comparatisme.  On voit d'ailleurs que l'auteur de l'article a fait son siège mais au rebours de la vérité.  Darmesteter (en 1881-82) et de nombreux de ses contemporains ont suivi les cours de Saussure à Paris, mais il n'y fondait pas sa sémiologie et encore moins l'étude des changements de sens :  De Mauro signale que dans ses cours de gothique et de lituanien, il a abordé des questions de méthode et parlé de caractères distinctifs.  Il préparait donc indirectement le cours de linguistique générale qu'il donnera à Genève, mais celui-ci exclut la sémantique.

486  « Sémantique, adj. (gr. sêmantikos ; de sêma, signe), relatif à la sémantique :  La valeur sémantique d'un mot, d'un suffixe. »  Grand Larousse du XXe siècle (1928-1933) [Il s'agit toujours de l'édtion augmentée (suppléments verts) de 1954].

486.1  Sémantique, n. ou adj., est également absent de Littré, comme la tradition en attribue la création à Bréal dans un article de 1883. L'édition du Littré sur cédérom est celle de 1872 (suppl. 1876). L'édition papier (Pauvert-Gallimard-Hachette) donne le texte de 1877. Littré lui-même est mort en 1881.

487  « Sémantème  n. m.  (du gr. sêmainein, signifier, et du suffixe ème).  Élément linguistique exprimant l'idée, par opposition au morphème, élément linguistique marquant les rapports entre les idées (élément grammatical). [Ces deux éléments font corps le plus souvent au point de rendre impossible l'analyse du mot.] »   LXX.

488  « Sémasiologie  n. f.  Mot inventé par Reisig (1839) et employé par les Allemands pour désigner l'étude des éléments du langage considérés dans leurs significations.  V. Sémantique. »  LXX.

489  La sématologie du LXX n'est pas au nombre des disciplines linguistiques ou langagières.  Il s'agit de spiritisme, malgré l'analyse morpho-étymologique :  sêma, signe, et logos, discours.  « Manifestation par coups frappés dans les meubles, dans les murs, etc., que l'on attribue aux esprits. »

490  La sémiologie a deux entrées différentes, mais la graphie séméiologie est réservée à la partie de la médecine traitant des signes des maladies.  Toutefois, séméiotique (ou sémiotique) comme adj. appartient aux deux, à la médecine et aux signes en général.  Sémiotique, à son ordre, est identifié comme militaire et médical.  SÉMIOLOGIE  n. f.  (du gr. sêmeion, signe, et logos, discours).  Mot proposé par F. de Saussure pour désigner une science qui étudierait la vie des signes au sein de la vie sociale.  (Elle ferait partie de la psychologie sociale et comprendrait la linguistique.)  V. Séméiologie.

490.1  Sémiotique et sémiologie se trouvent dans Littré, mais aux sens militaire et médical.  On remarque sa note :  « SÉMÉIOLOGIE, SÉMÉIOTIQUE, SÉMÉIOGRAPHIE.  Mots mal faits, la diphthongue grecque, epsilon-iota, se rendant toujours en français par i :  voy. SÉMIOLOGIE, SÉMIOTIQUE, SÉMIOGRAPHIE. »

491  Dans le LXX, Sens fait presque deux colonnes, mais on sait qu'il y a polysémie sinon homonymie (le critère est généralement la dérivation).  Je ne donnerai que les sections pertinentes.  SENS  n. m.  Manière d'être compris, considéré ;  acception, signification :  Il l'entendait en un bon sens (Pascal).  Faire un faux sens.  Mots, paroles à double sens. — le sens propre, ce qu'un mot signifie à proprement parler. — Le sens figuré, ce qu'il signifie par métaphore.

492  SYN.  Sens, acception :  Sens est d'un emploi plus large.  On dit également bien le sens d'un mot, le sens d'une phrase ;  on dira seulement l'acception d'un mot et non l'acception d'une phrase.

492.1  (Littré)  SENS  17° Signification, manière de comprendre. — 18° Ce qui fait la solidité d'un discours.  Je ne citerai que quelques exemples (ils sont très nombreux), ici pour le sens 17 :  « Les mots diversement rangés font un divers sens, et les sens diversement rangés font différents effets, PASC. Prov. XXV, 128. »  « Toute expression qui ne trouve pas hors de notre esprit un objet sensible auquel elle puisse se rattacher, est vide de sens, DIDER. Opin. des anc. philos. (Locke). »

492.2  Littré (suite — 17°) « Sens propre. Sens figuré.  Les grammairiens distinguent ordinairement deux espèces de sens dans les mots :  le sens propre qui est leur signification originaire et primitive, et le sens figuré par lequel on détourne le premier sens, le sens propre, en l'appliquant à un objet auquel il ne convient pas naturellement, D'ALEMB. Œuv. t. II, p. 249. » — Le sens de 18 n'est pas clair, si j'en juge par les exemples (j'omets complètement 19°  Manière, façon, par extension d'acception, de signification, que j'avoue ne pas comprendre)* :  « 18°  Ce qui fait la solidité du discours.  Perse, en ses vers obscurs, mais serrés et pressants, Affecta d'enfermer moins de mots que de sens, BOILEAU Art p. II.  Lycurgue voulait que la monnaie fût fort pesante et de peu de valeur, et, au contraire, que le discours comprît en peu de paroles beaucoup de sens, ROLLIN, Traité des Ét. V, 3e part. 2.  Mérite non commun, savez-vous, ni facile, de clore en peu de mots beaucoup de sens, P. L. COURIER, Pamphlet des pamphlets. »

492.3  *Examiné plus tard dans « De l'inférence sémantique ».

493  LXX (section de l'article ‘sens’) « Gramm. et Rhétor.  Les mêmes éléments du langage peuvent recevoir plusieurs sens, c'est-à-dire des significations différentes.  Cette propriété est due au jeu de l'association des idées.  L'étude des changements de sens est l'objet de la sémantique.  |  En ce qui concerne les mots, le sens absolu et le sens relatif, suivant que le le mot est considéré isolément ou placé dans un ensemble (bien qu'un mot ne soit jamais isolé dans la pensée) ;  le sens propre et le sens figuré, suivant que le mot est pris dans son sens usuel ou qu'il recèle une métaphore ;  le sens concret et le sens abstrait (faire un beau travail, et :  le travail est nécessaire) ;  le sens large ou le sens restreint ou spécial, etc.  Ces distinctions peuvent aussi s'appliquer aux phrases tout entières.  Les traités de rhétorique distinguent, en outre, pour les phrases et les groupes de phrases, le sens littéral, qui résulte de la valeur naturelle des termes, et le sens spirituel (allégorique, moral) ; le sens déterminé, qui s'applique à un individu désigné nommément, et le sens indéterminé (emploi du pronom on) ;  le sens adapté, quand on détourne un texte de sa signification normale, pour l'appliquer à un cas particulier (textes bibliques des prédicateurs) ;  le sens équivoque (amphibologie), etc. »  LXX.

493.1  On reconnaît ci-dessus bien des catégories effleurées dans les passages que j'ai consacrés à la sémantique intuitive ou naturelle (naïve, entendre sans prétention scientifique).  Je ne passerai pas en revue chacun des cas cités, mais je vais tout de même jeter un œil du côté d'emploi et d'acception.  ACCEPTION  Gram.  Sens dans lequel un mot est employé.  Acception propre.  Acception figurée.  Ex. :  La chaleur (acception propre) du feu ; la chaleur (acception figurée) du discours. EMPLOI  n. m.  (Substantif verbal de employer)  Action ou manière d'employer :  l'emploi d'un mot, d'une matière.  (...)  Double emploi, répétition inutile.  (...)  Employer des termes impropres.  LXX.

493.2  Littré. ACCEPTION « 2°  Manière de prendre un mot, sens qu'on lui donne.  Ce mot a plusieurs acceptions.  Acception propre, acception figurée.  On prend ce mot dans une double acception. »  On trouve aussi chez lui l'emploi, dans le sens qu'on lui donne toujours.  « L'emploi du mot propre. »

494  « SIGNIFICATION  (lat. significatio)  Ce que signifie, représente une chose :  la signification d'un symbole.  (...) »  L'essentiel de l'article est consacré aux trois degrés de comparaison, dit de signification :  positif, comparatif, superlatif.  SIGNIFIER  (lat. significare)  Vouloir dire, avoir le sens de.  En latin le mot auriga signifie cocher.  ||  Être le signe de :  Les symboles ne signifient que ce qu'on leur ordonne de signifier (Renan).  LXX.

494.1  Littré — SIGNIFICATION  « 1° Ce que signifie une chose. »  Je ne résiste pas à l'envie de reciter ses citations, très judicieuses.  « Dans son Cratyle, il [Platon] agita l'ancienne et fameuse question, si la signification des mots leur est naturelle, ou si elle est arbitraire et fondée uniquement sur la volonté des hommes, à qui il a plu d'attacher telles idées à tels mots, ROLLIN, Hist. anc. Œuvr. t. XI, 2e part. p. 582, dans POUGENS.  C'est une règle des plus communes du raisonnement, que, lorsqu'au commencement du discours on a donné à un mot une certaine signification, on ne doit pas lui en donner une autre dans la suite du même discours, DUMARS. Œuvr. t. IV, p. 237. La signification des mots s'établit par de bonnes définitions ;  leur usage, par une excellente syntaxe ;  leur nature enfin, par l'objet du dictionnaire lui-même, D'ALEMB. Œuvr. t. III, p. 183. »

494.2  SIGNIFIER (Littré)  « 1° être signe de quelque chose ;  dénoter quelque chose. »  Mais il ne faut pas y voir un sens linguistique.  Il s'agit d'un rapport sémiotique général où Littré mêle le sens théologique, distingué par le LXX.  L'emploi qui nous intéresse est présenté comme grammatical.  —  2°  « Terme de grammaire.  Exprimer ce qu'on entend par un mot, par une phrase. Le mot latin lupus signifie loup en français.  Érato signifie l'aimable ;  Uranie, la céleste ;  Calliope peut désigner l'élégance du langage ;  Euterpe, celle qui plaît.... BARTHÉL. Anach. ch. 33. »

494.2.1  On remarque cependant que la citation se rapporte à la deuxième partie de l'acception 1°, dénoter.  À cet égard, je dois signaler que l'exemple d'auriga du LXX est un contresens ou un faux sens (au choix et que j'ai déjà signalé).  En effet, « En latin » indique ce que les Latins (Romains) entendaient par ‘auriga’, on ne peut donc faire figurer un mot français, sauf à faire de ‘cocher’ un élément de sens dans une métalangue latine.  La forme précautionneuse que donne Littré est au-dessus de tout soupçon.  On peut d'ailleurs réécrire l'exemple du LXX sur le modèle de Littré — Le mot latin auriga signifie cocher en français.

494.3  Je ne veux pas déranger le sommeil du juste des mânes de von Wartburg, mais SIGNIFIANCE est marqué Vx., avec le triple sens de signification, indice, témoignage.  Également dans Littré :  « Indice, marque. »  Où la citation la plus récente est de P.-L. Courier (1772-1825).

495  Dans les termes associés au sens ou à la signification, on n'oubliera pas le verbe RIMER dans cette construction :  Ne rimer à rien, {ne rien signifier}, {être dépourvu de sens}.  Cf.  N'avoir ni rime ni raison, être dépourvu de tout bon sens.

495.1  Ne rimer à rien est tel quel dans Littré.  À RIME, « Fig. Il n'y a ni rime ni raison dans..., il n'y a pas de bon sens dans. »


496  La sémantique dans Quillet

496.0  Je commencerai par les termes auxquels j'aurais dû penser déjà dans la livraison* précédente.  Les deux sont antérieurs à la création du mot et de la discipline. Lexicologie et synonymie. Celui que j'ai omis aussi de la discussion de la page qui précède, c'est polysémie, mais il est clair par les dates que Littré ne pouvait pas en rendre compte. Il en va autrement pour le Larousse du XXe s.

496.1  *À l'origine, le texte était un blog.

497  POLYSÉMIE  (du gr. polusêmos, qui a beaucoup de significations).  Multiplicité de sens que présentent certains mots.  Lexicologie se confond avec lexicographie.  Cette dernière est définie comme la science de la composition des lexiques.  La lexicologie a deux acceptions dans LXX :  Art de faire des lexiques, des dictionnaires ∥  Science, connaissance raisonnée des mots par rapport à leur étymologie, à leur acceptions, etc. ∥  Traité sur ce sujet.  —  Parmi les oubliés, je devrais aussi citer glossologie qui a trouvé son chemin dans le LXX :  (mot rare dans ces deux sens) Traité sur le langage ∥ Connaissance des termes d'une science.  On l'a vu plus tôt à propos de Grote, dans la relecture du petit Guiraud sur la sémantique.

498  SYNONYME  LXX  Se dit des mots qui ont entre eux une analogie générale de sens, mais avec des nuances différentes d'acception :  Ne pas craindre de se répéter, selon le conseil de Pascal ;  il n'y a pas de synonymes (A. Daudet).  [Ceci étant posé, le développement encyclopédique est à sens unique.]

499  LXX  « Gramm.  Presque tous les grammairiens admettent qu'il n'y a pas de synonymes parfaits.  On a en effet remarqué que le langage ne tolère pas les mots faisant double emploi*.  Il existe au moins des synonymes imparfaits ;  ce sont  :  1° les termes qui, tout en ayant exactement le même sens dans une langue donnée, ne sont pas employés dans la même région ni dans le même milieu social.  Ainsi l'on appelle en province frairie ou assemblée ce qu'on appelle fête aux environs de Paris.  En réalité, il s'agit ici de langue différentes, beaucoup plutôt que de synonymes appartenant à la même langue ; 2°  les termes qui ne coïncident qu'approximativement (plier, ployer) ou dans quelques-unes seulement de leur significations (rester, demeurer, habiter, loger).  C'est aux mots de cette seconde catégorie que l'on donne d'ordinaire le nom de « synonymes ». — La distinction des synonymes poétiques (coursier au lieu de cheval, courroux au lieu de colère) et des synonymes nobles (sein au lieu de poitrine) est abandonnée. »  L'entrée suivante est SYNONYMIE, définie comme qualité des mots synonymes.  ∥  Syn. Dittologie.  Et à « Dittologie », nous sommes renvoyés à « Synonymie ».  Bel exemple de véritable circularité.  La dittographie est un terme de paléographie qui désigne une répétition fautive dans un manuscrit, d'une lettre, d'un mot ou d'un passage, fréquentes dans les manuscrits grecs et latins.

499.1  *On remarque la belle personnification de la langue comme puriste.

500  LEXICOLOGIE (LITTRÉ) « 1°  Partie de la grammaire qui s'occupe spécialement des mots considérés par rapport à leur valeur*, à leur étymologie, à tout ce qu'il est nécessaire de savoir pour composer un lexique.  2°  Recherches sur les dictionnaires. »  L'article lapidaire contraste avec la méthode de Littré.  Aucune indication qu'il s'agisse du supplément.  Par comparaison, LEXICOGRAPHE cite P.-L. Courier.  Si Littré s'est fait remarquer pour sa philosophie positiviste, Pierre Larousse (1817-1875) s'est distingué par l'application de la lexicologie à l'enseignement. J'ai de cette occupation un des produits, le Jardin des racines latines (livre de l'élève), s.d.

500.1  *Dans le concours qui a dit quoi avant qui, ce n'est pas mal.

501  Polysémie est absent du Dictionnaire Quillet de la langue française de 1948.  SYNONYME ≝ Se dit des mots qui ont la même ou à peu près la même signification.  Ex.  Danger et péril ;  prisonnier et captif sont des mots synonymes.  = S'emploie comme un n.  Un synonyme. — Les synonymes sont plusieurs dictions ou plusieurs phrases différentes qui signifient la même chose.  (La Bruyère.)  La citation de La Bruyère figure dans Littré, dont je cite l'article complet, tant pour le traitement qu'il en fait que pour les citations.  —  [2010]  On notera que ‘phrase’, à l'époque de La Bruyère, n'a pas le sens de proposition, mais de locution.

502  « 1° Il se dit d'un mot qui a, à très peu près, le même sens qu'un autre, comme péril et danger, funeste et fatal, mort et trépas.  Ce qui constitue deux ou plusieurs mots synonymes, c'est d'abord un sens général qui est commun à ces mots ;  et ce qui fait ensuite que ces mots ne sont pas toujours synonymes, ce sont des nuances souvent délicates et quelquefois presque imperceptibles, qui modifient ce sens primitif et général, D'ALEMB. Élém. de philos. ch. 13.  ∥  Fig.  Il se dit de ce qui est une seule et même chose.  Chez plusieurs, savant et pédant sont synonymes, LA BRUY. XII.  Si quelquefois il [Pontchartrain] faisait du bien, c'était vanterie qui en faisait perdre tout le mérite, et qui devenait synonyme au reproche, SAINT-SIMON, 305, 233.  Dans le langage de l'ancienne chevalerie, bailler sa foi était synonyme de tous les prodiges de l'honneur, CHATEAUB. Génie, I, II, 2. 

502.1  — 2°  S. m. Mot synonyme.  Les synonymes sont plusieurs dictions ou plusieurs phrases différentes qui signifient une même chose, LA BRUY. I.  Les esprits médiocres ne trouvent point l'unique expression, et usent de synonymes, ID. ib.  La maxime, qu'il n'y a point de synonymes, veut dire seulement qu'on ne peut se servir, dans toutes les occasions, des mêmes mots, VOLT. Dict. phil. fécond.  ∥  Demi-synonymes, mots qui sont exactement synonymes dans une partie de leur emploi, sans l'être dans l'autre partie.  On pourrait donner peut-être pour exemple de ces demi-synonymes les mots de pleurs et de larmes, qui, au sens moral, semblent pouvoir être employés indifféremment, sans pouvoir l'être de même au sens physique ;  car on dit également les pleurs ou les larmes d'une mère ; mais il semble qu'on dit beaucoup mieux les pleurs que les larmes de l'aurore, D'ALEMB. Élog. Girard, note 4. 

502.2  — 3° En histoire naturelle, se dit des noms différents qui servent à désigner le même être. Il ne faut pas oublier que la multitude des noms nuit à l'avancement des sciences, qu'il faut diminuer les synonymes, et rétablir ainsi la précision de la nomenclature que le nombre des mots rend toujours plus difficile, SENNEBIER, Ess. art d'obs. t. II, p. 58, dans POUGENS. 

— 4° Au plur. Titre de certains ouvrages, en forme de dictionnaire, dans lesquels la différence des mots synonymes est expliquée (il prend une majuscule).  Les Synonymes latins de Gardin Dumesnil.  Les Synonymes français de Girard.  Les Synonymes de Lafaye.  ∥  SYNONYME :  SYNONYME, ÉQUIVALENT.  L'équivalent remplace un mot par une locution qui signifie la même chose ;  par exemple quand on met la définition au lieu du terme lui-même.  Le synonyme offre des nuances d'acception qui le distinguent plus ou moins d'un mot à signification voisine. »  (LITTRÉ)

503  On notera que les sources anciennes (Littré & Larousse) distinguent clairement la synonymie de désignation (même chose) de la synonymie lexicale (même sens).  Par contre, on voit que les nuances avaient déjà cours.  Elles doivent déjà figurer dans Girard.

504  SENS  (Quillet)  (2°)  Signification d'un discours, d'un mot.  Sens absolu, sens relatif.  Sens propre, le sens normal d'un mot, son premier sens ; sens figuré, sens donné à un mot par image, par comparaison.  Ex.  Il reçut une blessure à la tête (sens propre) ;  Il fut mis à la tête de l'armée (sens figuré).  ∥  Ce qu'a voulu dire un auteur.  Je saisis mal le sens de ce passage. — Ne pas saisir ou traduire mal le sens d'un passage, c'est faire un contre-sens.  —  Non-sens, absurdité, amas de mots ne signifiant rien.  —  Faux sens, erreur sur l'acception d'un sens particulier.  —  Mot à double sens, mot qui possède une double signification et partic. un second sens obscène.

505  ACCEPTION  (QUILLET)  « Sens dans lequel on prend un mot ;  signification.   Acception propre, figurée. »  Au tableau science du DQLF figure le vocabulaire, sous forme de liste, des sciences dites linguistiques.  On y trouve en particulier une série de dénomination caractérisant les sens.

506  Sous le titre Sémantique, voici ce qu'on trouve :  « étymologie, sens, signification des mots, sens étymologique, dérivé, sens propre, figuré, sens matériel, moral.  Sens général, particulier, absolu, relatif, collectif, distributif ; composé, divisé, défini, indéfini.  Sens nuancé.  Faux sens, contresens, non-sens.  Définition, filiation des mots ;  terminologie, termes techniques.  Lexique, vocabulaire, dictionnaire.  Lexicologie.  Vie des mots.  Influence de l'usage ;  bon, mauvais usage.  « Philologie » reçoit un traitement distinct, bien que la sémantique apparaisse dans ses attributions.

507  J'ai traité divers de ces sens dans les sections consacrées à la sémantique intuitive, mais il n'y aurait aucun mal à rafraîchir les idées (surtout anciennes).  Au Tableau MOT, on a un certain nombre d'explications.  Je vais en choisir quelques-unes.  —  « En français, comme dans la plupart des langues, un même mot, particulièrement un nom, un adjectif qualificatif ou un verbe, peut avoir des acceptions de sens très diverses, et, en particulier, être pris tantôt au sens propre, et tantôt au sens figuré.  § Le sens propre est celui que le mot présente à son origine et qui s'applique à un être, un objet, à une qualité ou à un acte déterminés.  Mais bientôt, par des procédés spontanés de dérivation divers (comparaisons, passage du sens abstrait au sens concret, et, surtout, du sens concret au sens abstrait), par l'emploi inconconscient d'images et de figures diverses (métonymie, etc. V. ci-après) beaucoup de termes sont passés du sens propre au sens figuré. »

507.1  [J'abrège les exemples] pied de l'homme  ⇨ (bases en général) pied de l'arbre, d'une table, d'un mur.  Forger (fer) ⇨ se forger des chimères.  [Suivent deux colonnes, assez longues]  baisser (le rideau) ⇨ baisser (la voix)  |  poussière de la route  ⇨ poussière de petits faits  |  Tremper une soupe ⇨ tremper dans un complot.  [Le Quillet marque son âge réel (fin XIXe s.) en parlant de la sémantique comme une science philologique récente].  Sens individuel (Une pomme) ⇨ sens collectif  (La pomme a été abondante cette année en Normandie)  —  Mots & expressions subissent des TRANSFORMATIONS, élargissement, ci-dessus, et restriction, ici — Viande (ravitaillement en fait de nourriture) ⇨ chair des animaux de boucherie et de charcuterie. ∥ Charcuterie (viande cuite ⇨ viande de porc.  Affaiblissement  —  Gêner (tortures) ⇨ (˥tortures) ; meurtrir (mettre à mort) ⇨ (˥mort).  Renforcement (rare) — génie (dispositions naturelle) ⇨ capacité supérieure d'intelligence.  Ce Tableau renvoie dans le dictionnaire à celui des « Figures de mots et des Gallicismes ».

508  QUILLET  —  Métonymie, synecdoque, catachrèse, comparaison, métaphore, antithèse.  J'ai abordé ces notions au début de l'Essai de sémantique, mais un rappel n'est pas de trop.  Je n'emprunte qu'une faible part de ce tableau consacré à toutes les figures de la rhétorique (il fait trois pages en petits caractères).

508.1  Avant de l'aborder, rappel de signification, réduite à sa plus simple expression :  « ce que signifie une chose ».  Réapparition des « degrés de signification », c'est-à-dire du positif, comparatif et superlatif.  SIGNIFIER ≝ « Dénoter, marquer quelque chose, être le signe de quelque chose.  ∥  En parlant de langue et de grammaire, exprimer, avoir tel sens.  Ce mot latin signifie telle chose en français. »  DQ

509  (DQLF)  Métonymie (du gr. transposition de mots).  Prendre la cause pour l'effet ;  l'auteur pour l'ouvrage.  Vivre de son travail, avoir un Corneille dans sa bibliothèque.  —  l'effet pour la cause, les pâles alarmes.  —  le contenant pour le contenu.  Avaler une tasse de lait.  —  le lieu où la chose est frabriquée pour la chose elle-même.  Un Sèvres (vase).  —  l'insigne pour la chose signifiée.  La robe, la mitre, l'épée, le bâton (maréchalat).  —  l'abstrait pour le concret.  Ex.  Ton effronterie a surpris ma vieillesse (Corneille).  —  le concret pour l'abstrait.  La maison de France.  ∥  Synecdoque (du gr. action de recevoir).  Le genre pour l'espèce.  Les mortels.  —  l'espèce pour le genre.  Le temps des cerises.  —  la partie pour le tout.  Une flotte de cent voiles ; vingt têtes de bétail.  —  un nombre déterminé pour un nombre incertain.  Je vous l'ai dit mille fois ;  en voir trente-six chandelles.  —  le singulier pour le pluriel.  Le Français, né malin, forma le vaudeville (Boileau).  —  la matière pour l'objet qui est est tiré.  L'airain pour la cloche ; le bronze rugit (pour le canon).

510  Catachrèse (du gr. action de servir contre).  Cette figure étend le sens propre des mots, par analogie, à d'autres mots.  Le bec d'une plume ;  une feuille de papier ;  être à cheval sur un bâton.  Comparaison.  renvoie au Tableau « Comparaison » qui fait quatre pages, qui recense les comparaisons familières ou populaires, dont certaines sont moins connues de nos jours (maladroit comme un cochon de sa queue ;  hypocrite comme un chat).  Métaphore  (du gr. je porte)  Comparaison abrégé qui ne comporte ni le sujet ni le signe de la comparaison.  L'Angleterre prit l'aigle et l'Autriche l'aiglon.  Antithèse  (du gr. action de placer en opposition).  Figure qui oppose deux mots ou deux idées, en les juxtaposant pour faire ressortir la différence.  Ton bras est invaincu, mais non pas invincible ;  Et monté sur le faîte, il aspire à descendre (Corneille).  Cf. Antiphrase (du gr. je parle contre), consiste à exprimer le contraire de ce que l'on veut dire.  C'est du propre !  c'est du beau travail !  (DQLF)

511  Sémantique (DQLF) adj. « Qui se rapporte à la signification des différents éléments du langage =[7] N. f. Science de la signification des mots d'une langue, de la vie des mots, de leur naissance et de leur vieillissement, etc. »  On comprend qu'avec une telle définition on ne puisse guère s'attirer la sympathie des philologues étymologistes à qui cette occupation, entre autres, revenait de plein droit.  En outre, le choix des mots trahit l'âge du dictionnaire, bien plus ancien que sa date officielle de sortie des presses (1948).  J'avais déjà fait la même observation à propos du Petit Larousse paru pendant la deuxième guerre mondiale, l'année de ma naissance, dont le texte est presque entièrement repris à l'édition de 1918.  Ce n'est donc pas, comme le prétend von Wartburg que ces ouvrages « traînent avec eux des acceptions périmées », mais qu'ils décrivent un état de langue bien antérieur à celui qui est parlé au moment de leur publication.

512  On a vu que le projet du Trésor se donnait en 1957 des outils et des principes anciens, se proposant de faire un Littré du XXe siècle.  Je n'ai pas le résultat sous les yeux, mais je le consulterais avec méfiance*.  Tout d'abord parce qu'il n'est pas sûr que la citation soit un moyen pratique d'illustrer un sens.  Un exemple parmi d'autres :  j'avais, en tant qu'écrivain (romancier) en formation, retenu un temps comme mot d'ordre une citation de Valéry (Paul), de mémoire, « un homme qui pense pense toujours contre le monde habitable ».  Eh bien, récemment, Fabrice Luchini, avec son air d'en remettre, cite le même passage, mais son attention se porte sur la phrase qui suit celle-là. — Je m'explique :  sauf dans les citations que Littré fait de D'Alembert ou Diderot (ou Vauvenargues et La Bruyère) sur le langage, il y a fort à parier que Troyat, par exemple, n'ait pas écrit la phrase qu'on cite de lui pour illustrer le sens du mot que le lexicographe a retenu.  Autre exemple de chausse-trape qu'un philologue chevronné tournerait sans doute sans mal.  En consultant Littré, je suis tombé sur des formulations de sa part que j'avoue ne pas avoir compris.  Il a fallu que je tombe sur l'acception spéciale dans le DQLF pour comprendre ce qu'il voulait dire ;  je ne critique pas sa métalangue (il ne devait avoir aucune idée de ce que cela pût être), mais je signale qu'en travaillant uniquement sur textes rapportés (comme je le fais moi-même), on est à la merci d'un faux sens ou d'un contresens.  Ah, oui.  ‘signification’ s'est employé au sens de préférence, exactement comme le mot s'est aussi employé pour désigner les degrés de comparaison.

512.1  [2010]  *À propos du TLF qui, on le sait désormais, est une source qui me sert de complément depuis maintenant un an.  Il est effectivement difficile à manier et cela vient surtout de l'inégalité des traitements, comme si des équipes différentes employaient des méthodes sinon opposées presque incompatibles.  Le choix du modèle historique OED n'est pas très heureux, même si une bonne partie du dictionnaire en question cite ses prédécesseurs du XIXe siècle.  Je ne peux pas en faire une critique, ne l'ayant pas examiné dans cette intention.  Disons que je m'en sers avec circonspection.

513  Je vais plus loin, je donne un exemple :  j'ouvre au hasard le Précis d'Histoire de la Philosophie de Thonnard (ouvrage ancien, éd. orig. 1937 ;  rev. et corr.1963, acquisition récente [j'ai un faible pour les vieux manuels]) — « chaque catégorie d'intelligences doit se contenter de celui (du sens) qui lui est proportionné et qui est vrai pour elle. »  À quoi correspond ‘intelligences’ ?  (Il s'agit de la théorie des trois ordres dans l'interprétation du Coran.)

513.1  Je viens de passer une demi-heure (agréable, toutefois) dans L'homme qui assassina de Claude Farrère, à chercher un exemple pertinent.  Finalement, mon choix s'est porté, de guerre lasse, sur ‘alias’, qui seul semblait se présenter comme son emploi typique. « Chef du cabinet politique, alias prince des espions du Palais ? »

514  Que cache en réalité ce pertinent ?  Dans le texte du colloque, il était question de l'atmosphère du mot.  Il ne s'agit pas d'une pertinence au sens du polariseur ou d'attracteur d'homosémie, qui serait toujours associé au mot, à la façon d'un corrélatif classique.  Les chercheurs s'étonnaient rétrospectivement de l'emploi que Saussure faisait de distinctif.  Que dire du « trait distinctif » découvert chez Farrère ?  Je n'en ferai pas un phonologue avant l'heure, comme il s'agit d'une observation sur la société constantinopolitaine.

515  Évidemment, je n'escomptais pas trouver une « sémantique » dans le dictionnaire Quillet, pas plus que je ne trouverais de « lexicologie » comme telle dans le Larousse du XXe s., malgré les efforts pédagogiques de Pierre Larousse pour introduire l'usage du dictionnaire dans les classes.  Si j'en juge par son Jardin des racines latines, il appliquait l'analyse étymologique, mais aussi, déjà la distinction du radical et des préfixes/suffixes.  C'est aussi ce que fera La Troisième année de grammaire de Larive et Fleury (1895-35e édition), sur 46 pages d'exercices consacrés à la formation des mots [Quillet semble l'avoir eu dans sa bibliothèque].  D'après l'avertissement au début de l'ouvrage de Pierre Larousse, il semble que sa méthode lexicologique ait connu un succès enviable (et très imité).  Je reviendrai à la question.  Ce sont les ancêtres de cette brochure déjà signalée, de J. Sinou, Le vocabulaire, dans La grammaire au cycle d'observation (1963), qui couvre également les changements de sens et la synonymie (sans oublier l'homonymie).  On notera que les explications sont très succinctes, dans la version moderne et dans l'adaptation faite par Larive et Fleury.


« ...lorsqu'on pèse au trébuchet les phrases. »
Huysmans


516  Charles Bally et la sémantique

517  Je dispose d'une biographie succincte de C. Bally (1865-1947), celle préparée par Geneviève Chauveau dans le volume La linguistique de l'Encyclopoche Larousse (textes tirés de la Grande Encyclopédie du même éditeur).  Disciple passionné de Saussure, il cherche pourtant à créer une discipline propre.  La stylistique, que Chauveau considère comme une linguistique de la parole.  Il semble que je ne sois pas le seul à lui reprocher son insistance sur l'expressivité, mais aujourd'hui (enfin, à la fin des années soixante-dix), on reconnaît chez lui des tendances pré-transformationnistes et l'Énonciation à ses débuts (pour cette dernière, on cherche aussi du côté de Benveniste).  À croire que la linguistique est encore tellement fragile qu'il lui faille se trouver des prédécesseurs et des précurseurs pour tout et pour rien.  Je cède moi-même à cette fâcheuse tendance (que j'ai appelé « concours » un peu plus haut).  Il faudrait d'ailleurs mettre ‘linguistique’ au pluriel, même s'il y a de singuliers linguistes.

518  J'ai au moins pu éclaircir un point :  la datation de 1905 ne se rapporte pas au Traité de Stylistique (1908-09), mais à un Précis qui est donc antérieur.  J'aurai l'occasion de parler de sa Linguistique générale que je possède fort heureusement.  Qu'on ne se méprenne pas, si je ne le suis pas dans sa conviction de la nécessité d'une science de l'expression, comme l'appelle G. Chauveau, j'ai pour l'homme la plus grande admiration, même s'il est influencé par Bergson en ce qui concerne la psychologie ;  il est impossible de s'abstraire de son époque.   Bloomfield l'est bien par Wundt (W.).

519  Pour corriger la confusion de dates, j'aurais tout aussi bien pu lire les premières lignes de l'Avant-Propos de l'Essai.  J'en ai largement fait usage dans la préparation de ma première thèse et j'aurai probablement l'occasion d'aborder ces questions à leur heure.  En effet, après une brève pause analytique qui réexaminera « Craindre & Cie », la suite de cette chronique portera pour un temps indéterminé sur la genèse de mes idées, même si cela veut dire remonter jusqu'à 1975. J'examinerai aussi de nombreuses communications non publiées et quelques initiatives pédagogiques que les sables mouvants ont englouti.

520  Bally a conscience d'emblée de jeu que le mot stylistique a déjà des « significations forts diverses », mais c'est pour affirmer qu'aucune des définitions proposées n'est satisfaisante.  Un retour sur le LXX donne ceci :  Recueil de règles de style, avec un développement :  « La stylistique tient le milieu entre la grammaire et la rhétorique :  elle donne des règles sur le choix des expressions, sur l'emploi des parties du discours, sur la construction des périodes, et met en relief les caractères essentiels d'une langue donnée. »  Il y a de fortes chances que l'article ait été remanié, s'il figurait dans le premier dictionnaire de Pierre Larousse.

521  Absent du Petit Larousse Illustré de 1918. Le Nouveau Petit Larousse Illustré de 1943 lui a trouvé une place :  « recueil des règles de style ». Et l'article styliste s'est enrichi d'un exemple :  Théophile Gautier est l'un de nos meilleurs stylistes.  Revenons à notre véritable stylisticien :  il veut mettre en correspondance les unités de pensée avec les faits d'expression.  L'unité lexicologique, le mot, serait une entité illusoire...  Il convient tout de même de ne pas tronquer sa pensée  —  dans beaucoup de cas et ne correspond pas toujours aux unités de pensée, aux représentations, aux concepts, aux notions de l'esprit.

522  En se souvenant de la discussion précédente, on peut voir là ce qui distinguerait l'emploi de l'acception, mais ce n'est probablement pas ce que Bally avait en tête.  Il veut surtout dégager l'interprétation des unités lexicologiques de l'étymologie et de l'histoire et même, dans le cas des locutions ou expressions idiomatiques, de l'analyse en éléments formants.  Il prend comme exemple l'apprentissage, et notamment l'analytique privilégié par un Larousse (il ne nomme personne) ou dans la grammaire classique l'analyse logique.  Selon lui, les moyens d'expression de la pensée dont le langage constitue le système tend au synthétique.  [Je souligne.]

523  La pensée n'est pas uniquement l'idée, c'est aussi, selon lui, le sentiment.  Il tend même à donner la priorité à cet aspect contre l'idée qui serait une manière d'effort pour se rapprocher de la réalité objective.  Ces exemples ne sont pas uniformes et uniformément convaincants :  la Terre tourne, Dieu est bon, honore ton père et ta mère.  Quoi qu'il en soit, l'intellectuel et l'affectif se partagent l'expression de manière variable.  Bally ne s'arrête cependant là :  il y a une troisième composante.  Le social, c'est-à-dire la manifestation de la volonté, du désir.  Bally en fait les « sentiments sociaux ».

532.0  [2010]  « La Terre tourne » était certainement affectif et intellectuel pour Galilée.  Et, non, ce n'est pas un exemple de pragmatique, pas plus que la théorie des opérations sémantiques n'est une pragmatique déguisée parce que la règle suppose un interprète.

524  Les objections qui viennent à l'esprit sont en partie déjouées par Bally lui-même qui ne propose pas la stylistique en discipline concurrente de la psychologie et de la linguistique.  Son objet, assure-t-il, est l'expression parlée et non le fait pensé.  On pourrait, à peu de frais, reprendre la formulation pour la sémantique.  Il ne s'agit pas non plus pour le sémanticien de décrire la cognition (le fait pensé), mais ce qui est exprimé (comme expression et non comme chose objective, idée ou sentiment social ou personnel, objet transmis dans les règles fonctionnalistes).  Mais l'intérêt d'un sémanticien pour le travail ne Bally n'est pas dans l'épistémologie ou la mise en place de la stylistique comme discipline.  Il s'agit, au contraire, ou plutôt de façon complémentaire, des outils dont il se dote.

525  Les faits d'expression doivent être délimités pour être identifiés :  ‘panier percé’ dans « votre panier percé de gendre ».  L'identification fait intervenir, selon lui, le sens général de la phrase, la situation, le caractère du personnage qui parle, ce qu'il appelle l'entourage (cf. l'entour « moderne » de Rastier) du fait d'expression, mais aussi « les expériences linguistiques antérieures où cette même expression apparraissait avec le même sens ».  L'identification, dans le cas présent, isole la notion simple et abstraite de prodigalité.  La comparaison des deux éléments lui permet de conclure à une expression figurée, à un effet comique (esthétique), à un langage familier.

526  Cela, pour le sémanticien utilisant ou connaissant mon modèle, est de l'ordre de la signification proprement dite, c'est-à-dire de l'axiologie-doxologie-idéologie.  Par ailleurs, l'entourage dans le même alinéa (§ 525) est de l'ordre de la référence (qui dit quoi à qui dans quelle intention, etc. ;  de quoi est-il question ?).  Bien que le nombre et le type des stylistiques possibles soient d'un moindre intérêt, il est clair que pour Bally, l'étude en question est synchronique.  La stylistique historique doit comparer « des systèmes d'expression dans leur totalité par plans successifs ».

527  Ce qu'il appelle « l'instinct étymologique » trouve sa place (sans le côté animal) dans la règle d'interprétation comme condition permettant d'instancier une valeur.  Il en va de même pour « l'instinct analogique », devenu condition relationnelle.  Le soin qu'il prend à distinguer l'instinct de la science étymologique correspond bien à l'idée d'application potentiellement fautive d'une étymologie dans l'interprétation d'un mot peu familier.  Il établit assez singulièrement deux tendances contradictoires :

528  Plus le sens d'un mot est connu, plus les associations se rattachant à des faits de pensée tendent à étouffer celles que provoque la forme du mot.  Inversement  —  plus les associations rattachées aux faits de pensée font défaut, plus les associations provoquées par la forme du mot, et même par les sons matériels, tendent à occuper la première place dans la conscience.  Il explique ensuite le double fonctionnement du recours à l'étymologie :  la communauté de radical et la décomposition en préfixes et suffixes.  Pour celui qui connaît déjà les conditions de la règle, la condition morphologique est donc invoquée, elle aussi.

529  Bally a un certain mal à distinguer de façon nette les analogiques, tant il est soucieux de démêler les rapports des deux « familles », étymologique et analogique (synonymes et contraires).  Il semble curieusement gêné par l'allusion à la sémantique.  Il ne manque pas de se trahir en affirmant que « le sémantiste, ne visant qu'à une solution du problème, concentre toute son attention sur la communauté d'origine, sur les causes et la filiation des changements de sens. »  Fait-il allusion à Bréal ou à Darmesteter ?  Il faut croire qu'il aborde la question avec les préventions relayées par Saussure (à qui le Traité est dédié).  Il est clair qu'il n'entrevoit pas le potentiel de la sémantique pour la discipline qu'il cherche à définir.  Il ne l'envisage que comme correctif possible de l'étymologie.  Dans l'examen qu'il fait des homonymes sémantiques, jurer ≍ serment et jurer ≍ contraster, il déplore que les opérations correctrices du sémantiste se bornent à l'histoire et au mot « pris isolément ».  Il ne voit pas que ce qu'il dira de l'entourage (y compris le contexte linguistique), de la synchronie, n'attend que son initiative pour enrichir la sémantique qu'il croit connaître.

530  Il aborde assez négativement ce qu'il appelle « l'illusion du mot », mais si son observation n'a pas besoin de preuve quand il s'agit de noter qu'un « mot n'est pas forcément une unité lexicologique, si par ce terme on entend ce qui, dans un contexte parlé ou écrit, correspond à une unité indécomposable de la pensée ».  L'intérêt de sa démarche consiste à permettre de développer la notion de phraséologie et de définir les locutions.  Il appelle celles-ci, curieusement, locution composée :  « si, dans un groupe de mots, chaque unité graphique perd une partie de sa signification individuelle ou n'en conserve aucune, si la combinaison de ces éléments se présente seule avec un sens bien net, on peut dire qu'il s'agit d'une locution composée. »  En outre, « les clichés sont des locutions toutes faites, transmises par la langue littéraire à la langue courante ».  Je dirais plutôt la langue des médias, aujourd'hui, mais à son époque, seuls les journaux pouvaient concurrencer la littérature ou s'en faire les diffuseurs.

531  La série (≍ groupement) phraséologique est analysée en série d'intensité pour l'adjectif stéréotypé et en série verbale (qui périphrase le verbe).  Les véritables indices de reconnaissance phraséologique ne viennent pas de l'extérieur, note Bally ; l'indice général, « c'est la possibilité ou l'impossibilité de remplacer une locution par un mot unique », qu'il appelle terme d'identification.  Sans qu'il le dise, on a là la substitution/commutation centrale des procédures linguistiques et réversible, c'est-à-dire qu'on peut également remplacer un terme unique par une péri/paraphrase.  On voit d'où venait pour moi l'importance de ce que je désignerai un temps par l'étiquette inélégante de « processus de locutionnalisation ».

532  Bally distingue clairement le groupe phraséologique et le contexte, « où plusieurs unités lexicologiques se trouvent déterminées les unes par les autres ».  Il est probable que l'origine du terme de situation en sémantique vienne de Bally, qui en fait un autre facteur de l'entourage, en plus du contexte, de la mimique, de l'intonation.  Il ne manque pas d'insister sur le rôle primordial du contexte.  Accessoirement, il renvoie à la philosophie du langage l'idée que la phrase puisse être l'unité linguistique.

533  Le terme d'identification repose sur l'existence de séries synonymiques qui permettent d'extraire un sens commun et sur les notions que l'on connaît, le genre et l'espèce.  On voit donc que pour un stylisticien, Bally développe en réalité une sémantique.  Il semble même être à l'origine de ce que j'appelle l'excès de généralité :  à l'occasion des fautes d'extension, qui rendent un terme d'identification inutilisable, trop général ou plus spécial que le terme à expliquer.  Dans le premier cas, dire que la peur est un sentiment (définition métaphorétique) et dans le second dire qu'une demeure est une maison (excès de spécificité).

534  La substitution réapparaît à propos de l'équivalence en contexte, qui sert de test comparatif du terme d'identification.  Il enchaîne plus tard (après une critique des dictionnaires du type thesaurus [Roget]) sur les fondements rationnels de la synonymie, dont il donne deux pierres de touche :  1°  possibilité ou non-possibilité de substituer un terme à un autre dans un contexte donné ;  2°  possibilité ou non-possibilité d'utiliser le contraire logique de tel ou tel terme.  Sa démarche consiste à élargir la notion courante de synonyme, en levant la contrainte d'identité de classe de mots et à la préciser en restreignant la comparaison de l'équivalence en contexte à des faits de langage réductible à une unité qu'il nomme logique.

535  Surprise, p. 148 (éd. 1951), il écrit :  le principe fondamental de la connaissance des mots est l'habitude de les voir dans l'atmosphère qui les entoure.  Est-ce à lui qu'on doit la métaphore ?  Probablement pas, mais le sens n'est pas relevé dans Littré.   Le LXX ajoute un sens à ceux de Littré, dérivé de ce qui est déjà considéré comme une extension par le LXX, soit air d'un pays, d'un lieu ⇨ Milieu dans lequel on vit, considéré comme exerçant une influence.  Présent dans DQ comme Fig. Ambiance, milieu.

534  Dans Linguistique générale et linguistique française, les passages relatifs à la sémantique sont épars et on a parfois l'impression qu'il ne s'agit pas tout à fait du même auteur.  J'y reviendrai pourtant à propos de la métaphore.  Je note, en attendant, ce qu'il dit de la polysémie qui, selon lui, présente deux aspects :  tantôt un signifiant a plusieurs significations (plurivalence), tantôt un même signifié est rendu par plusieurs signifiants* (plurivocité).  —  Nous regrouperons, écrit-il, les faits autour de deux types extrêmes, entre lesquels se rangeront les cas intermédiaires, les formes mitigées ; ces types extrêmes sont, pour la plurivalence, l'homonymie, et pour la plurivocité, la « supplétion ».

534.1  Comme on le sait dans la théorie des opérations sémantiques une telle formulation est impossible, le « signifié » n'ayant pas d'existence propre hors d'un rapport forme-sens.


t534 — Polysémie selon Bally
plurivalence
signifiantsa1sa2sa3plurivocité
sé1sé2sé3signifié


535 Si l'on n'a aucun mal à reconnaître l'opposition complémentaire déjà abordée plus haut avec Vendryès, notamment, les termes peuvent dérouter.  C'est que Bally cherche à systématiser, ce qui, selon moi, est un vain effort dans ce cas-là, car si les phénomènes sont complémentaires, les causes et le fonctionnement ne le sont pas.  D'ailleurs, on peut se demander pourquoi supplétion devrait remplacer synonymie.  Je cite la définition qu'il donne six pages plus loin :  « Les signes supplétifs ont exactement la même signification et des signifiants hétérogènes dont le rôle est déterminé par un choix arbitraire. »  —  [2010]  L'avantage, c'est qu'il réhabilite la synonymie.

La section qui était consacrée à la synonymie est reprise et augmentée dans le Supplément de « De l'inférence sémantique ».





536  Bally et la métaphore


537  Je commencerai par signaler que dans la « stylistique » que mettait en place Bally (pron. comme bailli), la notion de valeur n'était pas du tout alignée sur celle de Saussure, ou, du moins, son interprétation (si c'est le cas) est à mille lieues de la notion que les structuralistes en ont tiré.  Liée à l'affectivité, la valeur de Bally est binaire ou ternaire, comme l'indique le tableau, résumant les expressions dont il fait usage quand il aborde la question.


538  Valeur chez Bally
plaisirdouleur
bonmauvais
en bonne parten mauvaise part
mélioratifpéjoratif
agrémentdésagrément
avantagesdésavantages
qualitésdéfauts
vertusvices
laudatifneutredépréciatif


539  Il s'était déjà distingué en constituant des séries synonymiques transcatégorielles, c'est-à-dire regroupant des noms (de qualité et d'agent), des verbes (y compris les causatifs et les locutions).  On note que c'est probablement à ce propos qu'il introduit les deux-points pour marquer un rapport, comme « habileté : ruse ».  Ici s'arrête la digression, quoique ce soit dans cet ordre d'idée qu'il aborde le langage figuré.

540  « La stylistique, écrit-il, n'étudie pas la valeur littéraire des images, car le langage figuré n'est pas avant tout le produit d'un besoin esthétique ;  il résulte de l'informité de l'esprit humain. »  À part quelques échos sociologiques dans les années soixante-dix, le temps lui a pourtant donné tort au sujet de l'objet d'étude de la stylistique.  Il écarte non seulement le langage littéraire, mais l'idée même d'une figure de pensée.  Les tropes sont bannis, parce qu'ils absorberaient contradictoirement tout ce que Bally entend par « catégories expressives ».

541  D'où son choix délibéré d'image comme terme technique, mais celle-ci reste toutfois la preuve d'une infirmité de l'esprit humain  —  bien qu'il puisse y avoir des « nécessités auxquelles obéit le langage ».  Il n'épargne pourtant pas à ses lecteurs la petite histoire de la métaphore qui serait une comparaison bancale.  Naturellement, il s'agit de mon interprétation.  Il écrit très exactement (comme disait Thomas Mann dans Joseph et ses frères) :  « une comparaison, où l'esprit, dupe de l'association de deux représentations, confond en un seul terme la notion caractérisée et l'objet sensible pris pour point de comparaison. »  Cet homme est rusé comme un renard  ⇨  cet homme est un renard.

542  Bally psychologue est redoutable :  Une autre infirmité de l'esprit humain est celle-ci :  c'est que l'homme a la manie de se retrouver dans ce qui n'est pas lui.  Il ne peut concevoir que la nature soit inerte (...) il veut que tous les objets du monde extérieur à lui soient doués de la même personnalité et de la même volonté que lui.

543  Voilà pour les métaphores/catachrèses courantes :  le soleil se lève, le vent souffle, un péril me menace.  L'infirmité en question est aussi caractérisée par une perception et une analyse imparfaites.  C'est une voile, un verre de vin.  Voilà pour la synecdoque et la métonymie.  Ce « vice » est favorisé par la paresse de pensée et la facilitation de la communication.  —  Je lui laisse toute la responsabilité de ses propos.  Je ne suis pas sûr que le « raccourci » d'une métonymie favorise la communication, sauf en ce qui concerne peut-être la quantité de signaux transmis (c'est d'ailleurs là la seule communication entre humains).

544  Ce n'est qu'en passant que vingt ans plus tard, il revient à la figure, et sans le cadre psychologique qu'il s'était d'abord donné.  Ici il est question de signe zéro (marche :  travers-ée), de motivation, d'hypostase, de la présence ou de l'absence du déterminant comme mot indépendant.  Il insiste sur le caratère analytique implicite d'une flotte de cent voiles ou de la ville est en révolution.  Il indique que le sens d'une expression figurée n'apparaît qu'avec l'appoint d'un contexte approprié (où il fait d'ailleurs une métaphore puisqu'il parle d'un choc en retour  —  langage affectif oblige).

545  C'est surtout sa note qui présente un intérêt, qui tranche avec son psychologisme du Traité :  « Au point purement logique, écrit-il, on peut ramener la synedoque, la métonymie et la métaphore respectivement aux trois formules suivantes :  pars pro toto, pars pro parte et totum pro toto.  Ainsi la voile est la partie du tout qu'est le bateau ;  les habitants de la ville et les maisons sont deux parties d'un même tout ;  enfin, Marie et dinde sont deux êtres assimilés l'un à l'autre grâce à un caractère commun. »  Il refuse de pousser plus loin cette classification, mais prend le cas du symbole* qui, dit-il, cadre avec la définition saussurienne du signe :  « monter sur le trône = devenir roi » est une métonymie, parce que la royauté et le symbole qui la représente sont dans le même rapport qu'un signifié et son signifiant, c'est-à-dire les deux parties d'un tout que Saussure appellerait un signe.  Il en profite pour signaler l'innovation de Saussure qui fait du signe une union, alors que dans l'usage il s'applique au signifiant seulement.

545.1  *Cette fusion des deux unités sémiotiques (signe et symbole) n'apporte rien théoriquement et risque, dans la pratique, de donner lieu à une synonymie « parasite ».

546  On est loin du pugnace stylisticien, à quelque sauce qu'il la serve.  Comme toujours quand il s'agit du signe saussurien, on perd de vue que le signe était le signe d'une idée dès le XVIIIe siècle (je parle des Encyclopédistes et grammairiens de l'époque, non pas de la datation d'une notion, voir Auroux).  Deux notions pouvant s'associer et se dissocier ;  dans le signe saussurien, augurant le curieux mariage de Hjelmslev, la disparition de l'un condamne l'ensemble.

547  « Le propre de la métonymie, poursuit Bally, est de supposer une représentation complexe qui n'a pas de désignation propre ;  on dit un verre de vin pour désigner le contenu du verre, parce qu'il n'y a pas de mot désignant le contenant et le contenu réunis, pas plus qu'il n'y a de mot pour désigner la ville et ses habitants ;  ainsi la métonymie supplée la synecdoque par nécessité. »

548  Bally, selon Étienne Karabetian, aurait cessé de publier sur la stylistique en 1929.  Trois ans avant la parution de sa Linguistique générale.  Il y aurait eu, selon le même, des différends entre Saussure et son élève et successeur, notamment de la part de Saussure sur la validité de la stylistique et de la part de Bally à propos de la distinction saussurienne langue ≠ parole.  Toujours selon le même, l'arrière-plan de la stylistique de Bally serait celui de l'anthropologie linguistique qui se serait développée au XIXe s., mais sur laquelle il n'apporte aucune lumière et dont je n'ai jamais autrement entendu parler que comme d'un mouvement psychologique et ou philosophique.  Un spécialiste de Bergson éclairerait mieux la question des faits de pensée auxquels Bally se référait.

549  Faute de grain, le moulin cesse de tourner.*

550  *En fait, c'est après avoir revu ce texte que je me suis lancé en 2007 dans la rédaction des fiches de la Présentation alphabétique de la théorie des opérations sémantiques, révisées et refondues récemment. [2010]